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Bienvenue sur www.delpla.org, le site de l'historien François Delpla.

EDITORIAL, publié le dimanche 8 août 2010

Soixante-dixième anniversaire de 1940 : premier bilan


NOUVELLE ADRESSE E-MAIL : francoisdelplaNOSPAM@sfr.fr (enlevez NOSPAM avant usage !) (suppression sauvage de fdelpla@club-internet.fr)

à propos de l’auteur (in english also)

sur la polémique Karski-Haenel

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d’autres infos dans la lettre d’info

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La nouvelle couverture de Churchill et les Français (en librairie depuis le 7 mai) - 150.6 ko
La nouvelle couverture de Churchill et les Français (en librairie depuis le 7 mai)

L’affaire du comité national (23 juin)

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La scène commémorative est dominée, pour l’instant, par l’affrontement de deux écoles : les décadentistes et les conjoncturistes.

Robert Paxton a eu une heureuse formule (dans le numéro spécial de L’Histoire ) : Vichy a "gagné la bataille de la mémoire" en faisant triompher durablement l’idée que la France avait cédé devant les Panzer comme un édifice vermoulu. Mais Paxton lui-même et une cohorte de spécialistes anglais, allemands ou américains sont en passe de rééquilibrer les choses par des publications très en vogue, et ce depuis une vingtaine d’années. Elles font toute sa place au hasard des batailles : elles détaillent en particulier le pari presque fou de la Wehrmacht lorsqu’elle enfonça ses chars dans les Ardennes au risque de les y piéger dans un embouteillage irrémédiable, si la Meuse n’était pas prestement franchie. Cela les amène à une obsédante conclusion : celle d’une "étrange victoire allemande".

Si ces travaux ruinent nombre de préjugés, ils laissent cependant une question intacte. Plus on admet que les poilus de 1940 valaient leurs pères et leurs aînés, plus on devrait trouver étrange qu’ils aient accepté l’armistice et répondu en si petit nombre aux premiers appels du général de Gaulle. Ou encore que ceux d’entre eux, servant notamment dans l’aviation, qui avaient pu gagner l’ Afrique du Nord, n’y aient pas fait triompher le choix de la continuation de la guerre sous la direction de Georges Mandel, par une pression irrésistible sur le velléitaire général Noguès. Une simple défaite militaire, due au hasard ou à toute autre cause, pouvait-elle provoquer une telle annihilation de la volonté ? La thèse de la décadence peut encore couler des jours tranquilles si on laisse la question sans réponse, tant la ténacité de 1918 semble avoir alors fait place à une aboulie indifférente au sort de la patrie.

En fait, la victoire allemande n’a rien d’étrange et, si on ne peut éliminer complètement le hasard des champs de bataille, il avait été mis ici à la portion congrue. Le succès résulte d’une préparation méthodique depuis 1933, et d’une absence de perception de celle-ci -en sorte que cette perception demeure, encore aujourdhui, bien rare ou très partielle. N’en déplaise aux décadentistes, la France n’a pas été gangrenée par le pacifisme -du moins pas plus que l’Allemagne. Elle ne s’est dit à aucun moment, dans sa masse, que la servitude valait mieux que la guerre. Mais Hitler, en même temps qu’il réarmait, réussit à faire croire qu’il n’avait pas de projets guerriers arrêtés -si bien que son action méthodique ne provoqua jamais que des réactions conjoncturelles.

Par son étrangeté même, la thèse de l’étrange victoire allemande dessine la place du Führer dans le tableau. Elle est, ou devrait être, centrale. Il s’agit non seulement de reconnaître ses qualités de chef et de stratège (on y vient lentement), mais certains défauts qui ne concoururent pas moins à son triomphe, en particulier sa conviction d’avoir été désigné par la Providence pour "effacer 2000 ans de christianisme" : c’est elle qui lui donne l’audace de risquer, dans les Ardennes, le tout pour le tout, et une assurance dont la contagion galvanise les exécutants. Dans l’esprit des Français, il crée par le succès de cette percée un désespoir excessif après avoir, par l’immobilisme apparent de la drôle de guerre, nourri les spéculations sur une crise interne du Reich et créé une assurance indue. Les Français vont-il alors compter sur leurs alliés, actuels ou potentiels ? Là encore Hitler a fait ce qu’il fallait pour ruiner l’espoir. N’a-t-il pas rassuré Roosevelt sur le caractère inoffensif de son régime, du mois suffisament pour que le réarmement américain s’esquisse à peine ? N’a-t-il pas, grâce au pacte germano-soviétique, neutralisé Staline pour une durée qui dépend de lui seul ? L’arrivée de Churchill au pouvoir le jour même de son offensive (et sans rapport avec elle) complique certes le scénario -et commence à creuser sa tombe- mais il a si bien fait désespérer Paris de Londres en favorisant la politique d’appeasement, et la carrière antérieure de Churchill est si peu convaincante, que de Gaulle et Mandel se retrouvent isolés dans l’entourage de Paul Reynaud, dès les journées décisives de la mi-juin. Ils échouent à transmuer le désespoir de leurs compatriotes en un optimisme winstonien. Un peuple abasourdi n’espère plus la victoire mais, tout au plus, une limitation des dégâts, et le patriotisme d’un maréchal vainqueur de la guerre précédente semble à cet égard une valeur plus sûre.

Bien malin qui pourrait dire s’il faudra attendre 2020... ou 30, ou 40 pour que soit enfin explorée et reconnue la part du Führer dans sa propre quasi-victoire. Mais toutes les bonnes volontés peuvent concourir à rapprocher ce moment.

Frangokastello (Crète), au pied d’un fort vénitien, le 8 août 2010

 

Deux nouveaux ouvrages de l’auteur
En librairie le 18 mars et le 1er avril 2010

François Delpla sur Histobibliothèque

et dans Histomag n° 65

POUR EN FINIR AVEC LES QUESTIONS MAL POSéES

Présentation

Interview de l’auteur sur Mers el-Kébir

Une autre, en ligne le 1er mai 2010

à la librairie "Dialogues" de Brest, le 9 juin 2010

Ouvrage précédent



sur ce dictionnaire

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une traduction et une préface en vente depuis le 8 avril 2009

 

du nouveau sur la "liste de Schindler"





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Lignes directrices et principaux résultats à ce jour de mon travail :


-  le nazisme, une entreprise inhumaine et folle, a failli connaître à la fin de mai 1940 un succès durable, par une paix anglo-franco-allemande qui aurait laissé au Reich les mains libres pour la colonisation de l’Ukraine et la satellisation de toute l’Europe de l’est.

-  pour arriver à ce quasi-triomphe, Hitler a principalement joué de la sous-estimation de lui-même par les dirigeants politiques des autres pays.

-  comme certains d’entre eux, et non des moindres, étaient encore au pouvoir à la fin du conflit ou à l’approche immédiate de celle-ci (notamment Staline et Roosevelt, ainsi que Pie XII), peu de gens et de régimes avaient intérêt à une histoire sincère et scientifique des années 1930 et du déclenchement de la guerre. On préféra s’accuser mutuellement de lâcheté et de noirs desseins plutôt que de reconnaître qu’un maître illusionniste avait roulé presque tout le monde.

-  jouait dans le même sens l’arrivée de Churchill à la barre de l’Angleterre, par hasard, le jour même de l’offensive que Hitler espérait finale (10 mai 1940). Niant alors, pour rester au pouvoir et en guerre, l’existence d’un fort courant favorable à la paix, il n’allait pas lâcher en 1945, ou un peu plus tard dans ses mémoires, des informations propres à déstabiliser le parti conservateur et à brouiller l’image de la nation qui avait montré le chemin de la résistance.

-  l’empreinte énorme du régime hitlérien sur le monde actuel rend urgente une meilleure compréhension de ces questions.

pages du site en relation avec ces différents points

principales affirmations réfutées

(liste adressée aux abonnés sous une forme piscicole le 1er avril 2009)

J’abjure tout et je reconnais (entre autres)

*que Hitler était un imbécile sauf quand il traitait Churchill d’ivrogne après Mers el-Kébir ;

*qu’il avait pour toute passion la destruction, voulait conquérir le monde et ne savait pas s’arrêter ;

*que Paul Reynaud était de la trempe de Clemenceau mais choisissait mal son entourage et était malencontreusement tombé dans les griffes d’une sirène fascisante ;

*que l’appel du 18 juin était passé à la BBC comme une lettre à la poste sans même une discussion sur son contenu ;

*que les Aubrac détestaient non pas les historiens flemmards mais les historiens tout court ;

*que Geli Raubal avait été tuée par un oncle jaloux qui ne pouvait l’honorer qu’en dessinant ses charmes, et qu’Eva Braun était réduite au plaisir solitaire ;

*que Georges Mandel avait été tué par la Milice qui n’avait qu’à claquer des doigts pour que Hitler lui fournît des otages ;

*que le 25 août 1944 Hitler était pendu au téléphone en demandant si Paris brûlait ;

*que le procès de Nuremberg s’était peu attardé sur les massacres de Juifs ;

*que les morts de la nuit des Longs couteaux étaient des milliers et ceux de la nuit de Cristal, ce vulgaire pogrom, des centaines, sans même compter les suicides ni la mortalité dans les camps au cours des années suivantes ;

*que le statut vichyssois des Juifs datait bien du 3 octobre 1940, la date du 18 sur le Journal officiel étant une grossière faute de frappe ;

*que Hitler avait tremblé devant Pétain à Montoire, cette trépidation ayant, il est vrai, été déclenchée par Franco la veille à Hendaye ;

*que la surprise de Pearl Harbor ne devait rien à la division des gouvernements concernés, ni à Tokyo ni à Washington ;

*que Roosevelt se serait dressé, tout seul comme un grand, pour châtier l’Allemagne et le Japon si l’Angleterre avait signé un armistice en 1940 ;

*que Himmler avait longuement répété son éventuel suicide pour le cas où son arrestation n’aurait pas les suites escomptées, en s’entraînant à parler et à manger pendant des heures avec une fiole mortifère en bouche, sous la surveillance du meilleur flic SS et jusqu’à ce qu’il ne remarque plus rien ;

*que les archives anglaises sur l’épisode sont transparentes et que celles qui par hasard resteraient sous clé y sont en vertu d’une loi contraignante, les sieurs Blair et Brown étant comme chacun sait de sourcilleux légalistes ;

*que Hitler, persuadé de la nullité et de la lâcheté de Chamberlain comme de Daladier, ne s’attendait pas à une réaction de leur part, sinon verbale, lorsqu’il envahit la Tchécoslovaquie en mars 1939 ou la Pologne en septembre ;

*que l’arrêt devant Dunkerque était le fait d’un fantassin de 14 qui se souvenait d’un paysage marécageux propre à noyer les chars -les restrictions budgétaires et le blocus, sans parler de la certitude que l’entrée en Pologne n’allait pas déclencher de guerre, ayant empêché l’Allemagne d’acquérir les cartes Michelin de la région ;

*que de Gaulle avait conclu l’abandon de l’Algérie au FLN dès le mois de mai 1958 ;

*que Barbarossa était programmé dès avant la chute de la France et n’avait rien à voir ni avec le maintien de l’Angleterre en guerre, ni avec Mers el-Kébir ;

*que les SS, prenant force libertés avec les desiderata de Hitler dès 1942, étaient un Etat dans l’Etat, lui-même divisé en principautés mortellement rivales ;

*qu’Otto Abetz menait à Paris dès juin 1940 une politique toute personnelle, prenant à l’occasion l’avis de Hitler mais le trompant régulièrement sur les positions de Pétain ;

*que le procès de Riom était d’emblée programmé comme il s’est déroulé, son retard d’un an et demi n’étant pas dû à des tractations multiformes mais à l’encombrement bien connu des tribunaux...



Devise en forme de citation

"A la différence de tant d’autres, vous n’avez pas permis que votre développement intellectuel, qui vous a soustrait de plus en plus à mon influence, détruise aussi nos relations personnelles, et vous ne pouvez pas savoir le bien qu’une telle finesse procure à l’âme."

(Sigmund Freud, lettre à Ludwig Binswanger, 11 janvier 1929)

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