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Dialogue avec les oeuvres

Marinus van der Lubbe / Carnets de route de l’incendaire du Reichstag



présentés par Yves Pagès et Charles Reeve (Verticales, 2003)



Ce livre est censé démontrer l’inanité de toute thèse suivant laquelle Van der Lubbe avait été aidé, le 27 février 1933, à brûler le Reichstag.

Il me remet en mémoire une phrase de Leibniz : "Les systèmes sont vrais dans ce qu’ils affirment et faux dans ce qu’ils nient."

Il s’agit en fait d’un ouvrage aussi biaisé par l’idéologie que ceux qu’il dénonce : il popularise l’action du comité hollandais de défense de VdL, effectivement fâcheusement ignoré par les livres sur l’incendie. La personnalité de l’incendiaire s’illumine.

Mais il reste un trou béant, soigneusement laissé dans l’ombre comme il l’est dans les oeuvres de Tobias et de Mommsen, les précédents adeptes de la thèse de l’"acteur unique"(très écoutés, y compris en France, contrairement à ce qu’affirment les auteurs) : et les nazis ? Attendaient-ils démocratiquement le résultat des élections ? Ou préparaient-ils eux-mêmes un coup pour les dramatiser et ont-ils été grillés par un concurrent ? Mais s’ils croient qu’on a sans eux mis le feu au parlement, est-il concevable qu’ils s’y précipitent tête baissée en les personnes, excusez du peu, de Hitler et de Gِöring ?

Le plus intéressant, c’est le rapport de police. Van der Lubbe avoue qu’il a traîné une semaine dans l’agglomération berlinoise en couchant dans des asiles pour sans-abris (dont l’un tenu par la police) et en essayant d’exciter les ouvriers contre le régime, puis d’incendier trois bâtiments sans conviction (en prenant chaque fois la fuite immédiatement après avoir jeté un allume-feu) avant de se rabattre, avec un soin brusquement méticuleux et sans chercher le moins du monde à s’enfuir, sur le Reichstag parce que c’était "le centre du système".

Si, ce qu’à Sarkozy ne plaise, mon emploi d’enseignant était un jour supprimé et qu’on m’obligeât à entrer dans la police, il me semble que je ne recueillerais pas ce genre de déposition sans l’insérer dans un dossier où figureraient aussi les rapports de mes collègues chargés de la surveillance des groupes d’ultra-gauche d’une part, des vagabonds étrangers d’autre part.

Cette lacune ne semble pas poser plus de problèmes à Pagès et Reeve qu’elle n’avait entravé les péremptoires conclusions de Tobias et Mommsen.

Cf. article sur ce site

Pour débattre

François Delpla, le 2 septembre 2004



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