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Débats

Contributions isolées en vrac




sur Histoforums, automne 2003

Des rapports entre le pétainisme et le refus d’analyse du nazisme

Puisque les camarades qui ont engagé la discussion tardent un peu à me répondre, j’en profite pour glisser des réflexions plus générales, qui ne visent aucun d’eux en particulier, mais analysent les conséquences ultimes de certaines positions.

Y a des gens, je me demande ce qu’ils reprochent à Pétain.

Loin de moi l’idée que Churchill et de Gaulle aient adéquatement compris Hitler, pendant ou après la guerre. Ils étaient loin de percer à jour toutes ses manipulations et s’étaient eux-mêmes laissés prendre à beaucoup de ses ruses. Cependant, c’est bien sur l’analyse du personnage qu’ils se séparent d’un Halifax ou d’un Pétain. Ils ont senti qu’il y avait là une force redoutable, qu’en mai-juin 40 un moment décisif était arrivé et que le programme nazi allait se réaliser, d’une manière ruineuse pour leurs deux pays, s’ils signaient un armistice ou une paix. Si on ne pense pas cela...

Si on pense comme Frieser ou comme Kershaw qu’il n’avait pas manigancé les événements du début septembre 1939, pas calculé qu’on lui ferait une drôle de guerre et lui laisserait le temps d’attaquer à son heure...

Si comme Kershaw on estime que la garantie anglaise à la Pologne fin mars 39 le surprend ou comme Frieser que la déclaration de guerre de l’Angleterre le prend au dépourvu... Alors il n’y a plus qu’à donner raison à Halifax et à Pétain : il a gagné sur le terrain militaire, affrontons-le donc sur le seul qui reste, la diplomatie. C’est un gosse barbare qui par chance tient en main le moyen de nous écraser, calmons-le vite par de bonnes paroles et le jour où la chance l’abandonnera, vite, une cage !

Si c’est là la vérité du personnage, alors effectivement de Gaulle et Churchill sont de grands irresponsables, qui par un sentiment déplacé de l’honneur jouent avec la vie de leurs compatriotes et les deniers de leurs pays.



sur passion histoire

Vol de Rudolf Hess : Hitler au courant ?

Posté le : 15 Jan 2005 16:38

La question requiert une certaine prudence, comme chaque fois que l’historien doit affirmer quelque chose sans avoir une preuve en béton. Mais il le doit ! Comme le dit très justement Cuchlainn, Hess n’était pas n’importe qui dans le régime nazi. Toute sa relation avec Hitler, depuis 1920, et jusqu’à sa mort en 1987, le montre d’un dévouement absolu et d’une admiration sans faille. De tous les dirigeants nazis, il est bien le dernier qui aurait fait un petit dans le dos à Hitler.

A mon avis, la question intéressante est ailleurs : comment se fait-il que cette vérité ait tant de mal, aujourd’hui encore, à être reconnue ? C’est pour moi le symptôme qu’on hésite encore à voir le nazisme dans toute sa puissance et son horreur. Corollaire : on se refuse à mesurer le rôle écrasant de Churchill dans son échec, tout particulièrement lors de ce vol de Rudolf Hess, qui avec un autre premier ministre aurait pu avoir de tout autres lendemains. (Mais il est vrai aussi que face à un autre premier ministre Hitler n’aurait pas eu à risquer une aussi grosse carte !)

Ce qui aide à voir clair, c’est que les manipulations hitlériennes se ressemblent beaucoup. Ainsi il y a une parenté évidente entre l’incendie du Reichstag, la nuit des Longs couteaux et le vol de Hess .



sur Histoforums SGM

Dix verges, Hans !

de François Delpla (07/10/2004 08:25:32)

en réponse à un contributeur qui employait ironiquement, à propos de Hitler, l’expression "dictateur faible", avait tendance à reprocher aux seuls militaires de falsifier l’histoire pour masquer leurs naïvetés et excusait les journalistes antinazis de Munich d’avoir, dans les années 1920, facilité le chemin à Hitler en le présentant comme un pur malfaiteur

Pour ma part, je ferai de Hans Mommsen et des fonctionnalistes un sujet de plaisanteries au second degré quand mes confrères historiens auront clairement reconnu leurs limites.

Ce sont pas seulement les culottes de peau qui nient, minorent ou ignorent l’habileté manoeuvrière hitlérienne pour ne pas avouer qu’ils ont été des jouets dociles entre les mains du plus sombre criminel de l’histoire, mais les cocos, les cathos, les libéraux, les prolos, les ploutos, les homos, les gringos, les beurs, les sionistes, ... bref pour un tel inventaire il faudrait un faudrait un Prévert, à condition d’y inclure le brave Jacquot, qui encore en 1970, dans un de ses derniers recueils, amalgamait (ah ! mal gammé !)

la terrifiante chaîne d’or

de charbon de fer et d’acier

de mâchefer et de poussier

passée autour du cou

d’un monde désemparé

la misérable chaîne

où viennent s’accrocher

les breloques divines

les reliques sacrées

les croix d’honneur les croix gammées

les ouistitis porte-bonheur

les médailles des vieux serviteurs

les colifichets du malheur

et la grande pièce de musée

le grand portrait équestre

le grand portrait en pied

le grand portrait de face de profil à cloche-pied

le grand portrait doré

le grand portrait du grand divinateur

le grand portrait du grand empereur

le grand portrait du grand penseur

du grand sauteur

du grand moralisateur

du digne et triste farceur

la tête du grand emmerdeur

la tête de l’agressif pacificateur

la tête policière du grand libérateur

la tête d’Adolf Hitler

la tête de monsieur Thiers

la tête du dictateur

la tête du fusilleur

de n’importe quel pays

de n’importe quelle couleur

la tête odieuse

la tête malheureuse

la tête à claques

la tête à massacre

la tête de la peur.

Ceux qui caricaturent l’ennemi le servent, point final !



Importance du pacte Briand-Kellogg

de François Delpla (02/09/2004 09:30:04)

Du traité de Paris connu sous ce nom, conclu en fait le 27/8/28 entre les principales puissances sauf l’URSS (texte) et signé ensuite par plusieurs dizaines de pays, on parle ordinairement avec condescendance et dérision, vu le peu d’efficacité, jusqu’à nos jours, de la "mise hors la loi de la guerre" qu’il proclamait.

Cette faible cote est certes justifiée par les illusions mortelles que ce texte a engendrées, permettant à un Hitler de surgir et de rafler provisoirement la mise. Mais quand on dit cela on ne dit pas tout.

Ce texte a eu, en fait, une grande portée pratique. On dit trop souvent, que ce soit pour le déplorer ou s’en féliciter, qu’à Nuremberg on a jugé les dirigeants nazis en bousculant le principe de la non-rétroactivité des lois, puisqu’il n’y avait eu auparavant aucun texte punissant les crimes "contre la paix" ou "contre l’humanité". Or précisément l’accusation a évoqué, à ce titre, ce pacte, signé par l’Allemagne et non dénoncé par elle.

Il est donc à l’origine de toutes les procédures pénales internationales.



Sur le film Paris brûle-t-il ?

Le problème...

de François Delpla (14/08/2004 05:57:55)

... sans dénigrer le moins du monde les décortiquages d’images pour traquer les erreurs matérielles (plus on pousse à la rigueur les auteurs de films en costumes, moins il y a d’errements à redresser dans les jeunes esprits !), le problème, dis-je, principal, c’est que l’entrevue Hitler-Choltitz du 7 août ne se passe pas du tout comme le dit le prologue du film Paris brûle-t-il ? .

Permettez-moi de citer quelques lignes de mon dernier livre :

Loin de surveiller l’exécution d’un ordre de terre brûlée, Hitler intervient surtout avant puis après la bataille. Au début, il n’ordonne pas la moindre destruction et si, à la fin, de tels ordres sont émis, les maigres troupes encore sur place ne sont nullement en mesure d’y souscrire... ce dont le Führer lui-même devait bien se douter au moment où il les édictait. Le 7 août, il reçoit Choltitz et lui donne des instructions aussi précises concernant ses compatriotes (il doit les reprendre en main en disposant d’une autorité absolue), que muettes sur le sort de la ville et de ses édifices. Puisque le nouveau commandant en chef du Gross Paris doit chasser de la ville tous les Allemands inaptes au combat et envoyer vers ce combat tous ceux qui sont en état de le mener, c’est bien d’un ordre d’évacuation tous azimuts que, pour l’essentiel, il s’agit. Le 14 août, Choltitz reçoit un commando spécialisé dans les dynamitages d’usines... mais aucune directive concernant son emploi. Craignant de fâcher la population ouvrière, il consigne les dynamiteurs dans leurs chambrées, à préparer des plans. Le 15 août il reçoit l’ordre de détruire les ponts de Paris... or l’ennemi est loin et les ponts indispensables aux soldats allemands en retraite, car l’aviation alliée prend volontiers pour cible les autres ouvrages, en amont et en aval. Choltitz ayant invoqué un défaut de matériel et de personnel, on lui envoie une compagnie de pionniers. Il leur fait étudier le dynamitage et, en attendant, les installe dans la Chambre des députés dont ils renforcent appréciablement la défense. Il a suffisamment de prétextes militaires (conserver ses capacités de manœuvre et ne pas provoquer la population, par exemple en faisant évacuer les immeubles aux abords des ponts) pour différer l’exécution d’ordres que personne, parmi ses supérieurs, ne le presse d’appliquer. Pendant ce temps, les signes d’une évacuation précipitée de la ville, notamment par les SS (qu’il eût été bon de garder sur place si vraiment on avait voulu pousser les officiers à des actes de barbarie et de vandalisme), se multiplient au point que les Parisiens les plus distraits s’en aperçoivent et que les résistants, ou ceux qui veulent sortir de leur passivité, sont incités à l’action. Lorsque, le 19, les artères secondaires se hérissent de barricades, ne laissant à l’occupant que les grands axes, l’heure est déjà passée où les Allemands, à condition de s’y prendre de manière méthodique depuis la nomination de Choltitz, auraient pu causer de gros dégâts.

Je suis pour ma part frappé par le contraste entre le souci de l’exactitude de détail (Lapierre et Collins ont fait un immense travail, complémentaire de celui d’Adrien Dansette au lendemain de l’événement) et le maintien quasiment jusqu’au bout de cette idée simpliste et sotte qu’il n’y avait qu’à appuyer sur un bouton pour faire tout sauter.

Deux mois plus tard, en revanche, les V2 ont réellement été en mesure de "brûler Paris" et sa banlieue a subi quelques tirs de réglage, dont j’espère qu’ils ne seront pas oubliés lors des commémorations.



sur Histoforums SGM

Comme on écrit l’histoire...

de François Delpla (14/08/2004 16:04:59)

La France "marquée au fer rouge de la collaboration" ? Après tout pourquoi pas ?

A condition de bien voir que tout le monde en 1945 a un cadavre dans le placard. L’Angleterre pour l’appeasement dont elle a montré impérieusement la voie à une France il est vrai peu farouche, l’Amérique pour ses atermoiements post-Versailles, son refus de la SDN même quand les républicains eurent perdu le pouvoir ravi aux wilsoniens (dont Roosevelt était) et son immense retard à comprendre la dangerosité du nazisme, l’URSS (faudrait-il préciser ?) etc.

Et ces cadavres, on a encore aujourd’hui, comme une longue expérience m’autorise à le dire, bien du mal à les aérer. Le dénominateur commun c’est que Hitler a mis successivement tous les gouvernements dans sa poche. L’histoire est donc tout de suite devenue, en 1945 (pour ne rien dire des années de guerre elles-mêmes), la continuation de la guerre par d’autres moyens. Et si l’entreprise gaullienne, consistant à hisser le drapeau le plus haut possible en disant que la France en avait autant le droit que n’importe qui, n’a pas sombré dans un ridicule pur et simple, c’est bien en raison de cette atmosphère plus propice à l’exaltation par chacun de ses beaux côtés qu’au débat et à la recherche.

Un bon exemple de cette atmosphère est la crise anglo-suédoise à propos du télégramme de Prytz.



Responsabilités dans le nazisme et la SGM : à quand une distribution équitable ?

A propos du livre Le mythe de la bonne guerre de Jacques R. Pauwels

Sur "Livres de guerre", le 7 octobre 2007

(...)

Je trouve risible la façon dont on se refile le mistigri depuis près de 70 ans. Ah, si les Anglais, les Français, les Russes, les Américains, les Polonais, les sionistes, les Arabes, les rouges, les roses, les réacs, les parpaillots et les papistes... avaient montré moins de naïveté ou de complaisance, Hitler ne serait jamais monté si haut ! Tout cela est faux car tout cela est exact... et il faut faire une gerbe de ces explications au lieu de les opposer. Mais il est strictement inconcevable qu’un aventurier cruel et fou, nanti d’une idéologie aussi barbare, courte et rétrograde, ait bénéficié de tant de concours actifs ou passifs s’il n’avait pas été au coeur du processus, en train d’organiser la désinformation à son propre sujet.

le 7 octobre 2007



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