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Hitler (projet de livre, 1997)



Ouvrage édité chez Grasset - 1999 (ISBN 2-246-57041-7)



(JPEG) Projet de livre : BIOGRAPHIE de HITLER
Projet adressé à divers éditeurs le 20/11/1997 - F. Delpla -

Encore ! dira-t-on. Et pourtant...

Aucun Français ne s’y est jamais attelé. La première biographie de Hitler en langue française, toute récente, est l’oeuvre d’une Allemande de naissance, Suissesse d’adoption, Marlis Steinert.

C’est une oeuvre universitaire très sérieuse -et même un peu trop-, bien au fait de ses devancières, mais ne tenant pas, pour ce qui est de les dépasser, les promesses de son avant-propos.

Elle relève fort justement qu’"Adolf Hitler, après avoir été longtemps considéré comme un démon, un maître tout-puissant, se perd de plus en plus dans les nuages, se transformant soit en une sorte de caractère fictif, d’objet de fascination, de fanstasmes érotiques ou politiques, soit en un produit - voire une émanation structurelle - de la société de son temps."

En effet, le dernier hitlérologue à la mode, anglo-saxon comme il se doit et choyé par la presse et l’édition françaises, Ian Kershaw, présente un Hitler apprenti-sorcier, gêné par les forces qu’il a mises en mouvement et s’épuisant à tenter de les contrôler. Auteur d’une thèse remarquable sur l’opinion publique en Bavière, il s’efforce de présenter le maître du Reich comme le prisonnier des fantasmes qu’il a créés chez ses sujets. C’est que nous sommes mal revenus d’une histoire à dominante sociale, qui a fait avancer comme il se doit l’étude des sociétés, mais n’est guère loquace sur le rôle des individus. Or ils existent, et celui-là particulièrement.

M. Steinert, qui a senti le problème, se laisse engluer dans toutes sortes de pesanteurs érudites et, au lieu de réhabiliter comme elle l’annonçait le genre biographique, nous offre un collage d’explications diverses, suivant les époques et les problèmes.

Estimant toute vérité bonne à dire, ce qui devrait être le cas de tout historien mais ne l’est guère, encore aujourd’hui, de ceux qui traitent de la seconde guerre mondiale, j’ai été tôt frappé par l’intelligence manoeuvrière de Hitler et par le peu de justice qu’on lui rendait, préférant l’image paresseuse et vague d’un "génie du mal". L’idée fait cependant son chemin, mais elle prend son temps ! A vrai dire elle a toujours été sur le marché, mais en sourdine, chez un Raymond Cartier en France, un Trevor-Roper en Angleterre... Cependant ces auteurs eux-mêmes tombaient dans bien des panneaux tendus par les autres, pour attribuer au Führer des "incohérences" ou des "lubies" imaginaires.

Précisons que les auteurs qui reconnaissent l’intelligence de Hitler ne sont, en général, pas plus nazis que la moyenne. Les plus favorables au Troisième Reich présenteraient plutôt son chef comme une naïve victime.

Donc, puisqu’il est intelligent, il sait ce qu’il fait et, comme il dispose d’un pouvoir énorme, il se prête éminemment à un traitement biographique. Il s’agit de savoir comment il forme sa vision du monde, jusque vers 1925, comment il la met en oeuvre jusqu’à la guerre en portant son mouvement au pouvoir puis en dirigeant l’Allemagne, enfin comment il conduit celle-ci durant le fatal conflit.

Il faut préciser le rôle de l’art : à l’image rebattue du "peintre raté", substituer une étude du nazisme comme esthétique politique d’un type bien particulier, articulée sur les fantasmes de Hitler et ses perceptions, souvent aiguës, du réel. Dans la mise en oeuvre de cette politique conçue comme une création, il faut faire une place, centrale, à l’art de l’acteur, qui se met en scène lui-même et cultive son image, au point de s’intéresser de très près à ce que le monde en perçoit : a-t-on assez réfléchi au fait que Le Dictateur de Chaplin était l’un de ses films favoris ?

Il n’y a pas besoin de mentir pour faire, sur ce sujet, un livre moral et sain. Ni de faire constamment la morale en disant qu’il ne faut pas se conduire comme le héros du livre. Il suffit de laisser parler les faits. L’intelligence est balancée au début, étouffée à la fin, par une énorme sottise, la division de l’humanité en races vouées à se combattre et à se réduire mutuellement en esclavage, tous ceux qui ne pensent pas ainsi étant juifs ou représentant les intérêts des Juifs. Nous sommes devant une tentative de plier la planète et l’histoire à une vision organisatrice fondée sur une phobie individuelle. Si, sous cette forme, l’aventure est heureusement unique, et difficilement reproductible, et si la supériorité américaine nous met pour un temps indéfini à l’abri d’une récidive, il est bon justement de profiter de ce répit pour étudier à fond l’expérience nazie et la digérer, ce qui n’est manifestement pas encore accompli.

J’envisage donc un livre très simple, résolument centré sur la personne de Hitler et son entourage immédiat, en particulier les deux hommes à tout faire, Goering et Himmler. Ce trio n’est pas un "produit de son temps", de la révolution industrielle, de la ruine des valeurs par la première guerre mondiale ou que sais-je. C’est lui qui, largement, produit son temps, en le comprenant, en voyant les possibilités qu’il offre. Point n’est donc besoin d’aller se perdre dans les contradictions de la société allemande ou du capitalisme mondial. Il suffit de cerner comment Hitler perçoit tout cela, comment il dialogue avec le réel. L’ouvrage sera d’autant plus vivant et accessible que ce réel s’incarne en quelques individus, ceux qui ont plus ou moins vite compris ce qui se passe et font ce qu’il faut pour y mettre un terme (Churchill et, plus tard, Roosevelt), comme ceux qui surestiment leur propre habileté manoeuvrière et ne réussissent qu’à se compromettre (Chamberlain, Halifax, Daladier, Reynaud, Pétain, Pie XII, Staline, Mussolini, etc.). On verra tout ce monde à l’oeuvre dans des moments-clés, l’incendie du Reichstag, les nuits des Longs couteaux et de Cristal, Munich, la drôle de guerre, Montoire, la mise en place du génocide, l’attentat du 20 juillet, les temps du bunker...

L’ouvrage prolongera donc mes derniers livres, tout en étant d’un genre différent. Sans renoncer à un haut niveau d’exigence historique, j’entends renouer en partie avec mes premières amours, qui consistaient à écrire des romans. Il s’agit de suivre un personnage au plus près, en symbiose avec ses écrits ou ses propos notés de manière fiable et avec les témoignages les plus sérieux.

Lire le premier chapitre du livre sur le site de Grasset

lire une critique

dossier sur Hitler

le 18 mai 1999



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