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Commentaire du dossier d’archives sur la mort de Himmler



Londres, National Archives, WO 32/19603



le dossier


Résumé chronologique

-  18/9/1963 : Roger Manvell, journaliste-historien, écrit au War Office pour avoir l’adresse du capitaine Selvester (orthographié "Sylvester"), et pour demander s’il existe des procès-verbaux d’interrogatoires de Himmler.

Outre l’écriture fautive du nom du capitaine, on relève beaucoup de flottement dans la définition de son rôle (il aurait commandé une "unité" dans la région de Bremervörde et non un "camp d’interrogatoires de civils" à côté de Lüneburg). C’est là le reflet des imprécisions de la littérature antérieure sur le sujet. Le livre de Manvell et Fraenkel va être la première étude un peu sérieuse et fouillée.

-  4 octobre 1963 : la personne chargée de donner suite au courrier de Manvell le transmet à un bureau "PR 1" en demandant des instructions. Elle informe le destinataire du fait que Selvester commandait le camp 031 et était assisté d’un "chef des interrogatoires", le capitaine CA Smith, et d’un lieutenant Findlay. Ces personnes ont eu Himmler en charge à partir de 18h 40, le 23/5/45, puis il a été emmené hors du camp, à une heure non précisée, par deux officiers d’état-major, le major K. Randall et le major S. Rice, en direction de la prison de la compagnie de défense de la 8ème armée, où il est arrivé à 22h 45. L’auteur du document fait état de "papiers sur la capture et l’interrogatoire de Himmler", détenus par son service.

-  9/10/63 : le supérieur auquel ce dernier a demandé des instructions (PR1) répond de sa main sur la même feuille qu’il autorise la transmission d’un courrier de Manvell à Selvester, mais que le service "MI 2 (b)", par lequel il fait transiter sa réponse, pourra souhaiter "avertir le capitaine Selvester de certaines restrictions qu’il souhaite pratiquer dans l’information qui peut être donnée".

-  14/10/63 : EGD Heard, directeur des relations publiques au War Office, écrit à Selvester pour l’avertir de l’arrivée d’un courrier de Manvell et lui rappeler qu’il reste soumis à la "loi sur les secrets d’Etat". En conséquence, il est prié de soumettre au ministère toute l’information qu’il voudra donner à Manvell.

Le même jour, il écrit à Manvell qu’il fera suivre une lettre de lui à Selvester, et lui déclare que le ministère "ne possède pas de dossiers sur l’interrogatoire de Himmler".

-  23/11/63 (document non reproduit) : Selvester soumet son témoignage à Heard en double exemplaire et demande qu’on lui en renvoie un "duly endorsed".

-  29/11/63 (document non reproduit) : un fonctionnaire du PR 1 (c) dit qu’il n’y a pas de "security objection" à la divulgation du témoignage de Selvester, à l’exception du passage entre crochets p. 3.

Il s’ensuit, à une date inconnue, la transmission du texte, moins le passage en question, à Manvell ou à Fraenkel.


Commentaires

Voilà un dossier miraculé, qui en dit long sur la censure en général et celle des archives d’Etat britanniques en particulier.

Il prouve :

-  que l’affaire "Himmler" est considérée, en 1963, comme des plus "sensibles", puisqu’on nie avec aplomb l’existence même de pièces à son sujet alors qu’on en possède et qu’on vient de les relire soigneusement pour décider de la suite à donner au courrier d’un chercheur.

-  qu’on est fort attentif à agir de la manière la moins malhabile possible. Interdire à Selvester de témoigner serait alerter et Manvell, et Selvester, sur l’existence d’un lourd secret. En revanche, censurer son témoignage sur un point secondaire et d’apparence anecdotique (Selvester n’est pas autorisé à révéler qu’il a pensé à faire endormir Himmler par surprise et s’est enquis, vainement, des moyens de le faire), c’est une façon de dire qu’on n’a pas peur de ce témoignage (mais ce point n’est peut-être pas aussi anecdotique qu’il en a l’air, cf. infra, post-scriptum).

-  qu’on s’est dit qu’une importante distorsion chronologique passerait inaperçue : la version officielle s’était efforcée de masquer le fait que Himmler était resté pendant quatre heures aux mains d’officiers de base très consciencieux, avant d’être pris en main par des spécialistes du renseignement. On en voit une preuve dans ce dossier avec l’horaire de "18h 40" pour son arrivée au camp 031, alors que Selvester la situe vers 14h. Ce "18h 40" figure dans un de ces documents dont on dit à Manvell qu’ils n’existent pas. Il s’agit probablement d’un rapport d’époque destiné à "ficeler" l’affaire sans donner prise aux questions : si la mort de Himmler n’a pas été exactement ce qu’on dit, il importait de resserrer la chronologie, et notamment le temps pendant lequel il pouvait avoir dissimulé une ampoule de poison dans sa bouche. Les censeurs de 1963, mis en présence de cette distorsion, n’ont pas pu ne pas la remarquer (puisqu’eux-mêmes avaient fait état de l’horaire de 18h40) mais ils n’ont pas jugé bon de discuter de cet horaire avec Selvester : un indice assez sûr du fait qu’ils ont espéré que la distorsion passe inaperçue. A juste titre...

-  que lors de la "déclassification" du dossier (mea culpa, je n’ai pas pensé à en noter la date, en principe mentionnée sur la couverture, puisque je faisais faire une photocopie intégrale ; il faudra donc une visite complémentaire pour préciser ce point -à moins qu’un lecteur londonien de ce site aille chercher lui-même cette information et me la communique), les personnes chargées de "retenir" les archives "sensibles" ont (vraisemblablement) cru que puisqu’il s’agissait d’une autorisation de publier, il ne devait rien y avoir de sensible, en ne réfléchissant pas que les conditions mêmes de cette autorisation étaient hautement révélatrices, sinon de ce qu’on voulait cacher, du moins du fait qu’on voulait cacher quelque chose.

Quant au témoignage de Selvester, il était déjà largement connu par le livre de Manvell et Fraenkel, mais ceux-ci n’avaient pas poussé l’audace jusqu’à le confronter de manière serrée avec celui que Murphy, chef des services de renseignements de la 8ème armée, leur avait fourni quelques semaines plus tard (ce témoignage), pour conclure que Murphy se moquait du monde (compression drastique des horaires, négation du fait que Himmler ait mangé, invention d’une capsule en métal souple, compatible avec l’ingestion d’aliments, alors que Selvester dit qu’il l’avait trouvé porteur d’une ampoule d’un modèle classique, aisément reconnaissable).

Ce dossier permet d’affirmer avec une haute probabilité :

-  que pendant les quatre heures où il s’est occupé de Himmler Selvester a fait tout ce qu’il fallait pour l’empêcher de se suicider -ce dont d’ailleurs Himmler ne manifestait nulle intention- et lui en enlever tout moyen, en s’assurant d’une façon peu discutable qu’il n’avait pas d’ampoule de cyanure dans la bouche.

-  que le témoignage de Murphy, certes effrontément inexact (Himmler non fouillé du tout par Selvester, et fumant le cigare avec ses deux gardes du corps lorqu’il arriva pour y mettre bon ordre ! ne me parlez pas des subalternes, il faut toujours tout faire soi-même !), était fait assez habilement pour qu’on puisse attribuer les désaccords avec celui de Selvester au souci commun des deux auteurs de dégager leur responsabilité.

-  que Manvell et Fraenkel, à supposer (et c’est vraisemblable) que Selvester ne leur ait pas dit que son témoignage avait été négocié avec le War Office et agréé par lui, avaient quelques excuses de ne pas approfondir la question : ils n’avaient pas pris conscience que le War Office possédait tout un dossier et avait agréé les déclarations de Selvester sur la minutie des fouilles et sur les horaires. Ils pouvaient de bonne foi prendre celui-ci pour un isolé aux prises avec sa mémoire défaillante et ses responsabilités écrasantes.


Une contradiction remarquable

I and another officer then accompanied Himmler on the drive to this house. (Avec un autre officier, j’ai accompagné Himmler en voiture vers cette maison), écrit Murphy dans son témoignage de 1964.

Or nous avons ici deux démentis, indépendants l’un de l’autre. Celui, déjà cité, du fonctionnaire du War Office, qui, archives en main, attribue ce transport à deux majors des services de renseignements nommés K. Kandall et S. Rice, et celui de Selvester, qui écrit :

Vers minuit, le colonel Murphy a donné des ordres pour que le prisonnier fût emmené au QG de la 8ème armée et des officiers de renseignements en furent chargés.

Voilà donc une falsification caractérisée : Murphy veut faire croire qu’il n’a pas quitté le prisonnier des yeux... et peut-être aussi dissimuler les activités auxquelles il s’adonnait pendant qu’il le faisait transférer.


Les dernières lignes

Selvester écrit :

(...) Je n’ai pas connaissance de ce qui s’est passé ensuite.

Pendant le temps où Himmler était sous ma garde, il s’est conduit très correctement, donnant l’impression qu’il comprenait que son compte était réglé. J’ai été plutôt surpris d’apprendre qu’il était mort si vite après avoir quitté mon camp mais comme je l’ai dit, bien que je n’aie pas connaissance de ce qui a transpiré quand il a été interrogé par le colonel Murphy, j’ai acquis l’impression qu’il était tout prêt à parler et en fait parfois il appparaissait presque jovial. Il paraissait malade la première fois que je l’ai vu mais il avait fort bien récupéré après un repas et une toilette (on ne lui avait pas permis de se raser). Il est resté sous ma garde pendant approximativement huit heures et pendant ce temps, lorsqu’il n’était pas interrogé, il s’est inquiété à plusieurs reprises du sort de ses "Adjutants" (Grothmann et Macher ?), semblant se soucier sincèrement de leur bien-être. Je n’ai pas de raison de croire que Himmler ait eu de la chance en franchissant tous les points de contôle avant d’être arrêté à Bremervorde. Son déguisement simple était extrêmement efficace, mais quand il eut enlevé son bandeau son identité était évidente. Je ne parvenais pas à croire qu’il pouvait être l’homme arrogant dépeint par la presse avant et pendant la guerre.

Le commentaire complet de ces lignes étranges supposerait une enquête sur la personnalité de Selvester, ses engagements, etc. Apparemment il n’aime pas beaucoup la propagande et ses simplifications. Il a été assez déboussolé de tomber sur un Himmler doté de sentiments humains et capable d’altruisme. Il n’a pas l’air, même vingt ans plus tard, de soupçonner qu’il y avait là une part de jeu, Himmler s’efforçant précisément, depuis des mois et des mois, de démontrer aux Occidentaux qu’il n’était pas aussi méchant qu’on le disait, et de recouvrir ses crimes d’un vernis humaniste.

Pour l’enquête sur la mort de Himmler, cependant, ces lignes sont d’autant plus éloquentes. Quand Selvester dit qu’il "comprenait que son compte était réglé", cela ne saurait vouloir dire qu’il savait qu’il devait finir au bout d’une corde et envisageait de devancer le bourreau, mais bien plutôt qu’il s’inclinait devant la supériorité britannique, et était prêt à coopérer. D’où ces phrases provocatrices à l’adresse de la censure du ministère de la Guerre : "je n’ai pas connaissance de ce qui s’est passé ensuite" (les rédacteurs du communiqué de presse officiel apprécieront !), "j’ai été plutôt surpris d’apprendre qu’il était mort si vite après avoir quitté mon camp".

Selvester a des doutes. Cet officier de base pense-t-il que les haut personnages qui ont pris sa suite ont, par une suffisante incompétence, gâché son travail, ou nourrit-il des soupçons plus graves ? En tout cas, il offrait à Manvell et à Fraenkel une boîte de Pandore, que ceux-ci se sont prudemment gardés d’ouvrir.


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Conclusion provisoire

(12 novembre 2005)

Il ne faut pas se hâter de déduire ce qui s’est passé à partir du fait qu’on a voulu nous le cacher. La seule certitude absolue, c’est la volonté obstinée du gouvernement britannique de semer le plus épais des brouillards londoniens sur les conditions de la mort du Reichsführer SS, depuis le jour de l’événement jusqu’aux nôtres, en passant par l’automne de 1963.

Il est difficile de concevoir que Himmler ait pu conserver une ampoule de poison dans la bouche depuis le début de sa fouille sous la direction de Selvester jusqu’à l’heure de sa mort, soit officielle (23h 14 ou 15), soit réelle (plutôt après minuit... donc il faudra corriger au moins ceci dans les manuels : il est mort le 24 et non le 23 !).

Le plus probable est donc qu’il ait récupéré du poison après sa prise en main par Murphy et vraisemblablement sur le trajet entre le camp 031 et la villa de Lüneburg. L’intervention discrète d’un agent du PWE ou du SOE, se réclamant de l’autorité directe de Churchill, pour le convaincre qu’il n’avait plus aucune chance de remplir la mission héritée de Hitler (plaider auprès des Occidentaux la cause d’un rapprochement antisoviétique), et qu’il ne s’agissait désormais plus pour lui que de répondre de ses massacres, est, à l’heure actuelle, l’explication la moins invraisemblable du fait qu’il ait retrouvé un moyen de se supprimer, et qu’il l’ait dissimulé dans sa bouche.

Cette explication n’est nullement incompatible avec l’introduction, en 2005 ou peu avant, de quelques faux documents [1] , dans les archives, destinés à accréditer une fausse interprétation des motivations des services secrets britanniques. David Irving, comme Martin Allen, professent en effet qu’on a tué Himmler pour l’empêcher de parler (soit, version Irving, parce que Churchill aurait d’abord bien accueilli ses offres de retournement antisoviétique ; soit, version Allen, parce qu’au contraire, en lui faisant mauvais accueil, il aurait prolongé la guerre de deux ans). Je suis plus sensible, pour ma part, aux raisons qu’aurait eues Churchill de souhaiter sa disparition pour l’empêcher d’agir, et pour décapiter le mouvement SS. Raisons un peu dépassées le 23 mai car la prise en main de l’Allemagne par les vainqueurs va bon train, mais il n’a peut-être pas été possible d’envoyer de nouvelles instructions.

Aucun auteur sérieux ne peut désormais, en tout cas, reproduire sans réserve l’explication traditionnelle de la mort du dirigeant SS, et tous les historiens se doivent de réprouver la dissimulation qui persiste. D’autant qu’il y a un précédent : quand au début des années 1990 James Rusbridger avait prétendu que Churchill était informé à l’avance, par ses services de décryptement, de l’attaque japonaise contre Pearl Harbor, et avait omis d’en avertir Roosevelt pour précipiter plus sûrement les Etats-Unis dans la guerre, le gouvernement de John Major avait décidé de déclassifier les décryptements que Churchill recevait chaque jour sur son bureau, et la thèse fautive avait été instantanément ruinée. Que Blair ne fasse pas aujourd’hui un geste similaire (dont le développement d’Internet rend l’urgence encore bien plus grande) ne peut que faire croire que le secret qu’on prétend continuer à cacher est tout à fait honteux.

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précision sur le livre de Manvell et Fraenkel

(apportée sur le forum Seconde Guerre mondiale Mer Nov 07, 2007 3:46 pm)

Je viens enfin de mettre la main sur la bio de Himmler, la première un peu sérieuse, parue sous la signature de Manvell et Fraenkel en 1965. J’avais il y a deux ans, à Londres, trouvé le dossier de leur enquête auprès de l’avant-dernier responsable de Himmler, le capitaine Selvester, interrogé par les auteurs et soumettant son témoignage au ministère anglais de la Défense.

Ce témoignage accrédite vigoureusement l’idée qu’à un moment au moins, lors de ses heures de captivité, Himmler n’avait pas d’ampoule de poison en verre fragile dans la bouche : Selvester l’a fait manger, boire, parler, tout en faisant surveiller ladite bouche par 7 ou 8 personnes pendant des heures et il ne prenait (Himmler) vraiment aucune précaution.

Quant au témoignage du colonel Murphy, le dernier responsable, celui donc sous la garde duquel le décès se produit, il a été retrouvé dans les papiers de Manvell, mais les instructions que Murphy a éventuellement prises ou non auprès de son ministère restent inconnues. Un témoignage, à l’évidence, beaucoup moins sérieux, et prétendant notamment, de la plus étrange manière, que la bouche de Himmler n’avait reçu aucun aliment de toute sa captivité entre les mains de Selvester puis les siennes ; il est vrai qu’il en réduisait la durée d’une douzaine d’heures à environ quatre...

Comme je n’avais à ma disposition que le livre sérieux consécutif à celui de M et F, à savoir le Himmler de Peter Padfield (1990), qu’il se référait à M et F et qu’il ne faisait qu’un résumé très atténué des observations de Selvester, j’ai pensé, leur mémoire m’en excuse !, que Manvell et Fraenkel étaient eux-mêmes restés dans le vague et avaient fait un digest mal taillé des déclarations de Selvester et de Murphy.

Que nenni ! Ils citent longuement entre guillemets le témoignage du capitaine, que j’étais fier d’avoir retrouvé, et je dois en rabattre ! (néanmoins ma citation à moi est intégrale, na ! http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=202 ). Puis ils bâclent la fin comme ils peuvent, en ne retenant de Murphy que ce qui n’est pas trop incompatible avec ce qu’ils viennent d’écrire.

Conclusion : ils ont été fort ennuyés de ces contradictions et ont probablement compris qu’il y avait anguille sous roche. Mais comme ils étaient à la fin d’une trilogie sur Göring, Goebbels et Himmler, en les présentant à juste titre dans toute leur infamie, à l’occasion du vingtième anniversaire de la fin du Reich, ils n’ont pas trouvé l’énergie de poser clairement les problèmes.

Il est plus que temps de rouvrir le dossier... ce que le gouvernement britannique semble plus loin que jamais de vouloir faire.

le 9 novembre 2007

[1] ou peut-être (hypothèse jamais soulevée, et pourtant fort intéressante) a-t-on pu modifier des documents réels, pour infléchir leurs messages.

Une question sur le passage du témoignage de Selvester supprimé par la censure :

"(J’ai informé d’autres officiers de renseignements de mes craintes concernant la présence de poison dans la bouche), et ils ont contacté des médecins militaires haut gradés pour essayer de découvrir s’il existait une méthode pour administrer à Himmler une drogue qui lui fasse perdre conscience pour nous permettre de fouiller sa bouche. Il fut répondu qu’il était impossible d’administrer à quelqu’un une drogue agissant assez vite pour qu’il ne prenne pas conscience qu’il avait été drogué, et l’idée fut abandonnée."

Peut-être s’agit-il d’une question de principe : au pays de l’habeas corpus, pas question d’admettre que des autorités, même subalternes, aient pu envisager de priver de conscience un prisonnier pour traiter son corps à leur guise. Surtout si, en fait, il existait des techniques pour cela et que l’armée, à un certain niveau, les mettait en oeuvre (s’il est peut-être impossible, avec les moyens de l’époque, d’endormir quelqu’un sans qu’il s’en aperçoive, du moins peut-on par quelque gaz narcotique prolonger artificiellement un sommeil naturel).

Chacun sait cependant que l’état de guerre autorise bien des entorses au fair play.

Question : cette censure ne pourrait-elle pas constituer une précieuse indication de ce qu’on veut cacher ?

Il se pourrait que le dossier indique que l’autorité n’a pas tout mis en oeuvre pour s’assurer que la bouche du captif était vierge de poison avant l’examen final, et si maladroit, de Lüneburg, et que le censeur ait voulu élaguer tout élément de nature à orienter la réflexion dans ce sens.



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