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Débats

La collaboration et le nombre d’Allemands présents en France




Dans une conférence donnée en 2000, Robert Paxton déclare :

Un armistice bien pensé empêchera les Français de former un gouvernement outre-mer et permettra de faire des « économies de moyens » en les laissant se gouverner eux-mêmes. Il suffit de se poser la question : Combien d’Allemands sont présents en France ? Récemment , les dernières études montrent qu’ils n’ont jamais été plus de 60 000 et d’un âge moyen de 48 ans. On est donc loin de la force illimitée et invincible décrite par Aron. La France de Vichy administre et laisse les allemands libres pour la conquête.

Quelques années auparavant, dans la préface à la nouvelle édition de La France de Vichy, il écrivait :

Après le départ des unités massées en France pour l’opération Seelöwe, il n’y aura plus de forces d’occupation considérables, qu’elles soient militaires ou policières : la plupart des Allemands en état de combattre qui restaient sur le sol français furent envoyés sur le front russe à l’été 1941, ne laissant derrière eux que 60 bataillons de Landesschätz (30 à 40000 hommes trop agés pour le front) [Note.- leur âge moyen était de 48 ans : Bernd Kasten, "Gute Franzosen" : Die französiche Polizei und die deutsche Bezatzungsmacht in besetzen Frankreich, Sigmaringen, Jan Thorbecke Verlag 1993, p.56. Voir aussi Hans Humbreit, Der Militärbefehlshäber in Frankreich, 1840-44, Boppard am Rhein, Harald Bildt Verlag, 1968, p.46-51] Et les troupes allemandes qui revinrent au front en 1943 pour parer à la menace d’un débarquement allié ne furent déployées que sur les côtes. Rita Thalmann avait donc quelque raison de se demander, en 1991, comment la "mise au pas" d’une nation de 45 millions d’habitants "avait pu atteindre de telles proportions en si peu de temps avec des effectifs ne dépassant pas 40000 hommes, même après l’occupation de la zone dite libre" [Rita Thalmann, La Mise au pas : idéologie et stratégie sécuritaire dans la France occupée, Paris, Fayard, 1991]. Sans une administration française pour faire fonctionner le pays et une police française pour maintenir l’ordre, la tâche aurait été impossible. Aucune évaluation raisonnable du Diktat nazi ne saurait passer sous silence la relative faiblesse des troupes d’occupation.

A partir de là, un débat se développe sur Histoforums SGM .



Paxton francophobe ?

de François Delpla

(07/01/2006 15:21:07)

Bien sûr, dit comme ça ce serait idiot...et bien dans le ton de notre manichéenne époque. Beaucoup de ce qu’a dit Paxton reste solide, et les louanges que lui a adressées, globalement, la recherche française pour l’avoir secouée dans ses routines, ne sont pas uniformément masochistes.

Cependant, il serait dommage qu’on le révère comme une icône. Il a trop tordu le bâton dans l’autre sens : au Vichy de la tradition robert-aronienne, contraint par l’Allemagne et rusant à la petite semaine, il a trop opposé un Vichy se vautrant dans la servitude indépendamment de toute pression ou attente allemande.



"Lui c’est lui et moi c’est moi"...

de François Delpla

(08/01/2006 06:36:59)

(en réponse à un contributeur qui traitait ensemble cette contribution et une autre, de Bruno Roy-Henry)

... disait Fabius de Mitterrand il y a 20 ans au sujet d’une visite de Jaruzelski.

Je laisse donc à Bruno tout ce qui concerne la conférence et les 60 000. Quant à Paxton, que je sache il est toujours dans le coup, il a remanié récemment sa France de Vichy en tenant compte de certains travaux plus récents mais pas de tous et écrit un livre général sur le fascisme.

Puisqu’il semble régner ici une mode rétro, qui incitera peut-être à garder de nouveau les archives en ligne sine die, je rappellerai ceci.

Paxton se gourre fondamentalement et gravement, depuis le début, en présupposant un Vichy autonome s’efforçant de vendre sa collaboration à un Hitler pas intéressé. Ca ne l’empêche pas d’être intéressant par ailleurs.



"Lui c’est lui et moi c’est moi"...

de Decool Thierry

(09/01/2006 11:56:30)

"Paxton se gourre fondamentalement et gravement, depuis le début, en présupposant un Vichy autonome s’efforçant de vendre sa collaboration à un Hitler pas intéressé. Ca ne l’empêche pas d’être intéressant par ailleurs."

Pouvez-vous, s’il vous plait, développer un peu cette affirmation ? N’est-il pas vrai que Pétain , Laval etc... cherchent à mener une politique de Collaboration (un genre de donnant-donnant), avec pour but de redonner à la France une certaine position et indépendance en Europe, en échange de son aide ?

L’article que vous citez : "http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=98" n’apporte qu’un éclairage incomplet :

"L’idée d’un Vichy à l’initiative, fût-ce pour se vendre, est une erreur grave. La France est, jusqu’à ce que Hitler l’évacue, un trop gros enjeu pour qu’il laisse à son gouvernement la moindre autonomie. Le contrôle est quotidien et étroit, même s’il n’est pas toujours ressenti."

Si cela explique pourquoi Hitler presse la France comme un citron, en sauvegardant plus ou moins les apparences, cela n’infirme pas la volonté de Vichy d’approfondir la collaboration, même si ses espoirs sont déçus ?



Autonomie de Pétain ?

de François Delpla (09/01/2006 17:24:18)

Pouvez-vous, s’il vous plait, développer un peu cette affirmation ? N’est-il pas vrai que Pétain , Laval etc... cherchent à mener une politique de Collaboration (un genre de donnant-donnant), avec pour but de redonner à la France une certaine position et indépendance en Europe, en échange de son aide ? ***************************************************

Si, bien sûr. Sauf que c’est plus vrai chez Laval, à partir de la charnière des 7-9 novembre 1940. Pétain regrette la rencontre même de Montoire, et commence à mentir (à Weygand notamment) en disant qu’il ne s’agissait que d’un modus vivendi économique, tandis que Laval pense qu’on n’est pas allé assez loin dans la coopération politique et militaire (alors qu’on est déjà allé très loin, et que c’est Hitler qui traîne les pieds) (voir notamment ou la fin de).

Ce que je veux surtout dire, c’est que Hitler mène le jeu, que ce sont ses initiatives à lui qui font l’événement, ou alors celles de Churchill (Mers el-Kébir, Dakar), Vichy n’étant qu’une pauvre balle de ping-pong. Par exemple, Vichy multiplie les appels du pied pendant l’été mais n’arrive même pas à faire un statut des Juifs parce que c’est la grosse carte et que celle-là, on ne veut la jouer que donnant-donnant : on attend donc, tout pétainiste qu’on soit, que Hitler fasse mine de saisir la perche, après Dakar, pour s’engager plus à fond, et toujours à pas comptés (révolution nationale les 9-10/10, statut le 18).



La présence militaire allemande en France 1941-1944

de Loïc Bonal

(14/01/2006 22:39:21)

Afin de résumer un peu les débats sur la question, que la multiplication de contributeurs a eu tendance à brouiller, et afin d’offrir une synthèse plus claire du sujet, voici ce qu’on peut dire de la présence militaire allemande en France entre mai 1941 et juin 1944. Ces deux dates s’expliquent par le fait que la première coïncide avec la fin des préparatifs de l’opération "Barbarossa" et la mise en place d’un contingent destiné à être stable, la seconde avec le débarquement allié en Normandie.

Ne sont mentionnées que les divisions de campagne et de réserve, les seules unités qui ont des historiques suffisamment précis et documentés pour que l’on connaisse leur présence mois par mois. (...)


1) Point de départ : mai 1941. Sont présentes en France occupée 30 divisions, certaines en réserve générale de l’Oberkommando des Heeres, d’autres sous le commandement direct de la Heeresgruppe D (qui est chargée du contrôle des unités en occupation en France) et des trois armées qui la composent (1. Armee sur le littoral atlantique et pour contrôler la Demarkationslinie, 7. Armee en Bretagne et en Normandie, 15. Armee dans le nord et en Belgique) :

-  réserve générale de l’OKH : cinq divisions (Polizei Division, 15., 52., 86. et 95. Infanterie Divisionen).

-  occupation : 24 divisions (81., 83., 88., 205., 208., 211., 212., 215., 216., 223., 225., 227., 302., 305., 320., 321., 323., 327., 332., 333., 335., 336., 337. et 340. Infanterie Divisionen).

-  point particulier : la 319. Infanterie Division est stationnée dans les îles anglo-normandes (Kanalinseln). Depuis novembre 1940, sont présentes dans les "Reichsländer" français (Alsace-Moselle) les Divisionen Nr. 148 et 158 (Metz et en Alsace), ainsi que la Division Nr. 182 à Nancy. Divisions d’instruction, elles n’ont qu’une faible valeur militaire, et sont considérées comme en Allemagne, pas en France. La 339. Infanterie Division est en France jusqu’en mai 1941, et part dans le mois pour le Front de l’Est, aussi ai-je décidé de ne pas la prendre en compte, mais je la mentionne quand même.

-  en Belgique : 304. et 306. Infanterie Divisionenc(ces deux divisions ne sont pas prises en compte), la 336. Infanterie Division quitte la Belgique au mois de mai 1941 pour le secteur du Havre, peut-être des éléments des 216. et 323.

-  en Hollande : 82. Infanterie Division.

Si on exclut les divisions de réserve générale qui ont vocation à court terme à rejoindre le Front de l’Est et qui appartiennent à des vagues d’infanterie diverses et variées (1., 2. et 5. Wellen), les autres divisions appartiennent aux 3. (205., 208., 211., 212., 215., 216., 223., 225. et 227.), 6. (81., 83. et 88.), 13. (302., 305., 319., 320., 321., 323. et 327.) et 14. (332., 333., 335., 336., 337. et 340.) Wellen.

Elles ont une structure globalement identique aux divisions des premières vagues (infanterie organisée sur un schéma ternaire, un régiment d’artillerie à trois ou quatre groupes), mais sans doute allégée dans les unités élémentaires ce qui leur donne un effectif compris vers 15 ou 16.000 personnels (effectifs théoriques d’une division d’infanterie de la 1. Welle mobilisée en septembre 1939 : 17.734 hommes).

En ne comptant que ces divisions, évaluées pour simplifier le calcul à 15.500 personnels, on a donc, en mai 1941 : 465.000 soldats, dont près de 80.000 sont destinés à court terme au Front de l’Est. Ce chiffre ne comprend, je le répète, que les effectifs des divisions de campagne présentes en France.


2) Premier point intermédiaire : novembre 1941.

Cette date a été retenue parce qu’elle constitue une période charnière : à l’est, l’insuccès devant Moscou, suivi du début des contre-offensives soviétiques qui vont se dérouler tout au long de l’hiver 1941-1942, vont drainer de nombreuses forces allemandes afin de stabiliser le front à partir du début du mois de décembre 1941. Les divisions en occupation en France vont être mises à contribution, aussi est-il utile d’en donner le panorama, sachant que, déjà, au cours de l’été et de l’automne 1941, la France avait vu un turnover limité de ces unités.

Sont présentes en France 28 divisions : 81., 83., 88., 205., 208., 211., 216., 225., 246., 302., 305., 319., 320., 321., 323., 327., 332., 333., 335., 336., 337., 340., 708., 709., 711., 712., 715. et 716. Infanterie Divisionen.

En effet, auront rejoint sept divisions entre juin et novembre 1941 :

-  en juin 1941 : 708., 709., 711., 712., 715. et 716. Infanterie Divisionen.

-  en août 1941 : 246. Infanterie Division.

Seront parties entre juin et novembre 1941 neuf divisions :

-  en juin-juillet 1941 : Polizei Division, 15., 52., 86. et 95. Infanterie Divisionen.

-  en octobre 1941 : 212. et 227. Infanterie Division.

-  en novembre 1941 : 215. et 223. Infanterie Divisionen.

Les divisions qui ont rejoint l’est sont les meilleures de celles présentes en mai 1941, ne restent que les divisions des 3., 6., 13., 14. et 15. Wellen. Cette dernière comprend des divisions très allégées (six présentes en France), à structure binaire, qui comprennent donc à la louche seulement 10 à 12.000 personnels.

On a donc 22 divisions à 15.000 personnels environ, et six à 11.000 (chiffre moyen). Soit près de 400.000 soldats.

La présence militaire allemande en France 1941-1944 (2)

de Loïc Bonal

(suite)

Addendum au message ci-dessus : la 22. Panzer Division est créée en France en octobre 1941. Les 5., 8. et 28. Infanterie Divisionen sont envoyées en France pour conversion sur structure binaire (Leichten Divisionen) en octobre-novembre 1941. Il convient donc de rajouter environ 50.000 hommes au total donné dans le message ci-dessus.

3) Deuxième point intermédiaire : mai 1942.

Mai 1942 est un mois significatif dans la présence militaire allemande à l’ouest, donc en France : de nombreuses unités ont été envoyées à l’est à partir du début décembre 1941 et jusqu’en avril 1942, remplacées par des divisions envoyées à l’ouest pour "refitting". D’autre part, les Allemands parfont leurs préparatifs en vue de l’offensive d’été qu’ils lanceront en juin 1942, et préparent donc l’envoi d’autres divisions en renfort. On est donc à la confluence de trois mouvements : le départ des divisions de renfort pour la crise d’hiver ; l’arrivée des divisions affaiblies pour renforcement dans la "Doulce France" ; le départ des divisions de renfort pour l’offensive d’été.

Sont présentes en France en mai 1942 18 divisions, dont deux blindées et deux d’infanterie de retour du Front de l’Est dans le courant du mois de mai (affaiblies), plus cinq divisions dont une blindée en instance de départ pour l’est (elles partiront au cours du mois) :

-  en occupation à moyen terme : 302., 319., 320., 321., 327., 332., 333., 335., 337., 708., 709., 711., 712. et 715. Infanterie Divisionen.

-  de retour du Front de l’Est dans le courant du mois : 6. et 10. Panzer Divisionen, 15. et 106. Infanterie Divisionen.

-  en instance de départ : 24. Panzer Division, 305., 323., 336. et 340. Infanterie Divisionen.

-  point particulier : la 716. Infanterie Division est envoyée en Belgique entre février et mai 1942. Elle revient en France (secteur de Caen) dans le mois, ce qui fait une division supplémentaire.

Dans la période s’étendant entre novembre 1941 et mai 1942, on note les mouvements suivants :

-  créées :

— - en mars 1942 : 23. Panzer Division.

-  arrivées :

— - en février 1942 : 71. Infanterie Division (en provenance de Belgique où elle était stationnée depuis novembre 1941 en provenance du Front de l’Est).

— - en mars 1942 : 24. Panzer Division.

-  départs :

— - en décembre 1941 : 81. et 83. Infanterie Divisionen.

— - en janvier 1942 : 88., 211., 216., 225. et 246. Infanterie Divisionen, 5. Leichte Division.

— - en février 1942 : 205., 208. et 716. Infanterie Divisionen, 8. et 28. Leichten Divisionen.

— - en mars 1942 : 22. Panzer Division.

— - en avril 1942 : 23. Panzer Division, 71. Infanterie Division.

Soit une croissance de trois divisions, dont deux blindées, pour un départ de onze divisions d’infanterie, trois divisions légères et deux divisions blindées.

On a donc bien là un creux dans les effectifs allemands déployés en occupation en France.

En mai 1942, peuvent être effectivement comptées comme en occupation 19 divisions, dont deux blindées et deux d’infanterie à effectifs incomplets. A celles-ci, il convient de rajouter les cinq divisions, dont une blindée, qui sont sur le départ, mais je ne pense pas qu’ils conviennent de les intégrer au total. En comptant 1) les divisions d’infanterie des 13. et 14. Wellen (série des 300-330) à 15.000 personnels, les divisions de la 15. Welle (série des 700) à 11.000 personnels et les divisions de retour d’URSS à 12.000 personnels, on a donc : 249.000 personnels., plus ceux appartenant aux unités en transit.



Et maintenant ?

de François Delpla

(15/01/2006 20:00:53)

Bravo pour ces mises au point, à tous les contributeurs et au synthétiseur (un point tout de même : SS et Feldgendarmes ne semblent pas, à première vue, avoir été comptabilisés dans la récapitulation).

Reste à revenir au sujet : Paxton et ses 40 000. Il est, ou il a, confondu.

Pour autant il n’a pas tort en tout. Ces effectifs sont peu importants pour encadrer un ennemi héréditaire d’une trentaine de millions d’adultes. Le fait qu’un gouvernement tenu pour légitime, dirigé par un prestigieux vainqueur de la guerre précédente, ait appelé à la résignation et pratique la collaboration, pèse d’un grand poids.

Il faut tenir compte aussi de la situation militaire. Les Allemands ne sont pas bien nombreux à certains moments mais ils le sont toujours potentiellement, soit en se concentrant, soit en amenant des renforts. Les résistants, y compris les communistes, n’appellent pas avant juin 44 à l’insurrection immédiate et généralisée. Ils sont bien contents de pouvoir se planquer chez des citoyens en apparence paisibles.



Re :Et maintenant ?

de Loïc Bonal

(15/01/2006 20:30:35)

"Ne sont mentionnées que les divisions de campagne et de réserve, les seules unités qui ont des historiques suffisamment précis et documentés pour que l’on connaisse leur présence mois par mois."

le 16 janvier 2006



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