Visite guidée . prof . TV . Invectives . Editos . Bio/chro/info . FDlivres . Articles/docs . Débats . Dialogue avec les oeuvres . Lettres . Forum .
Abonnement
Rechercher
Plan
Accueil
Contact
Liens

 

Débats

Archives des Forums de l’Histoire



(divers)



Allemagne-URSS : moult déséquilibres -

En réponse à : Rép : Relation d’Amitié : Allemagne - URSS

*** Hitler veut attaquer la pologne *** Je l’ai cru, je ne le crois plus. Du moins, pas la Pologne seule. C’est l’un de ses trucs favoris, de faire croire qu’il avance pas à pas en mangeant les petites proies qu’il trouve sur sa route. Ce qu’il veut attaquer, c’est la France puis l’URSS : il n’y a qu’à lire MK, c’est une bonne source, sauf à considérer là encore que Hitler improvise, que ce livre de 1925-27 ne rend compte que de son comportement de ces années-là.

Quant à Staline, l’idéologie le motive assez peu, à telle enseigne qu’il exécute aussi bien ceux qui y croient trop que ceux qui n’y croient pas assez. C’est un homme de pouvoir, il n’a d’autre horizon que de le garder. Pendant la guerre, il sera un lecteur de Mein Kampf assez inconséquent, sans doute parce qu’il cherche à croire que le cauchemar n’est pas en voie de réalisation, mais dans l’entre-deux-guerres il est évident qu’il fait de l’Allemagne, à partir de 1933, son sujet de préoccupation principal et fait passer au second plan ses bisbilles avec toutes les autres puissances.

Le problème, c’est que Hitler est un original, même parmi les conquérants et les tyrans. Dès avant la prise du pouvoir, sa politique est réglée comme une fusée : apaisement avec l’Angleterre, hostilité graduée avec la France (tout en l’isolant) en faisant monter la pression grâce à des avancées au détriment de ses petits alliés d’Europe centrale, attaque-éclair de la France ne permettant pas à l’Angleterre de revoir sa politique, croisade raciste vers l’est.

Les détails sont affaire d’opportunité. Si ce que je viens d’écrire est programmé à 100%, le pacte germano-soviétique n’est sans doute qu’une éventualité parmi d’autres. Il est, autant qu’on sache (et si une archive soviétique disait le contraire, le contexte slave des années 90 avait bien des chances de la faire surgir), d’initiative allemande, les premiers jalons étant posés en janvier 39. Hitler est décidé à attaquer la Pologne, pour provoquer une réaction de la France justifiant son écrasement. Mais l’Angleterre, dirigée par un drôle d’oiseau, assez malléable mais pas complètement, Chamberlain, a l’air de ne pas vouloir se résigner, il est même assez clair qu’elle ira jusqu’à une déclaration de guerre.

*** Donc il sait que si il a l’assurance de la non-entrée en guerre de l’urss (qui dans le cas contraire provoquerait comme en 14 une levée des alliances), il aura les mains libre a l’est et après la Pologne plus rien a craindre momentanément, il poura se tourner vers l’ouest.***

Entièrement d’accord.

*** de son coté, le Kremlin sait que la guerre est inevitable avec l’Allemagne, et ce laps de temps supplémentaire avant les hostilités permetrait de préparer le guerre (former les officiers, soldats, matériel,....) ***

Ah non ! Staline se croit incapable de résister seul (et son comportement avant l’attaque, deux ans plus tard, après un réarmement effectivement accéléré, le prouve assez), en revanche il espère avoir détourné la foudre vers l’ouest, et qu’elle s’y usera. C’est le plus grand supporter de la France.

Une preuve, qu’on néglige presque toujours (par exemple dans un livre célèbre adonné au comptage des victimes plus qu’à la réflexion sur le pourquoi et le quand) : dans le butin du partage, il ne saisit immédiatement que l’est polonais, dont la propriété lui était reconnue par les chancelleries au lendemain de la guerre précédente (ligne Curzon). Cela, il compte bien le garder quoi qu’il arrive. Mais pour les Etats baltes, la Finlande et la Bessarabie, il y va très doucement, testant les réactions : en cas de victoire occidentale, il pourra négocier sur ces sujets, en tout cas ils ne seront pas un prétexte pour l’attaquer dans la foulée (corollaire : son réarmement n’est pas dirigé uniquement contre l’Allemagne, c’est aussi une dissuasion dans cette dernière éventualité).


Weimar, le bébé et l’eau du bain -

Pendant les années de "stabilisation" 1924-29, en gros les années "Stresemann", certes Hindenburg est élu président mais, après que la droite a reculé aux législatives en 28, il nomme sans états d’âme un socialiste à la chancellerie. C’est un autre monde, par rapport aux années trente, quel que soit le rôle du dollar... et justement parce qu’on laisse le dollar jouer un tel rôle. C’est comme si on déduisait d’une éventuelle victoire de Mac Mahon en 1877 ou de Boulanger dix ans plus tard que la Troisième République en France n’était pas viable. L’histoire est moins écrite d’avance que cela. En l’occurrence, donc, ce qui compte avant tout, en l’état actuel de mes lumières, c’est l’existence d’un fin stratège politique, débarrassé de tout scrupule par un amour dévoyé de la patrie, pour entraîner l’Allemagne, à la faveur de la crise, dans des voies dictatoriales. J’ai même tendance à penser que sans la crise, par d’autres voies, il pouvait y arriver aussi. Voici ce que j’en écris dans mon livre (à la fin du chapitre sur les années 1924-1930) :

"En conclusion de ce chapitre sur la maturation du mouvement nazi, on peut s’interroger sur l’idée traditionnelle que son succès est l’enfant de la crise économique.

L’importance de celle-ci n’est pas niable. Non seulement elle fait resurgir, dans les couches populaires et moyennes, l’aspiration au changement, non seulement elle crée, avec les chômeurs de longue durée, une catégorie de desperados que la SA polarisera en partie et qui lui permettra de damer enfin le pion aux manifestants de gauche, mais surtout elle brise l’ordre international laborieusement mis au point dans les années vingt. L’idée hitlérienne que l’Allemagne doit prendre elle-même en charge ses intérêts, dans tous les domaines, va recevoir là un soutien décisif. Cependant, sans verser dans l’histoire-fiction, je voudrais faire brièvement observer que le maintien de la prospérité eût rendu les choses, pour Hitler, moins faciles et probablement plus longues, mais ne lui eût pas nécessairement barré le chemin du pouvoir. Sur le plan intérieur, il disposait d’un ample clavier. Les dégâts et dégoûts de la modernité lui assuraient quoi qu’il arrive, pour peu qu’il étendît son audience au plan national, un grand nombre de voix rurales et une clientèle parmi les petits entrepreneurs menacés par les gros. La croissance de la classe ouvrière avivait chez nombre de nantis le désir de méthodes musclées pour contenir la puissance des syndicats. Mais c’est surtout en politique extérieure qu’une Allemagne prospère aurait pu être tentée de faire appel à ses services. Elle eût supporté de plus en plus mal les réparations, l’inégalité des armements, les abcès de l’Autriche, des Sudètes et de Dantzig. De ce point de vue, la crise dessert plutôt le candidat dictateur, car elle rend plus vraisemblable la résignation des vainqueurs de 1918 à la révision des traités. Ainsi, Brüning va obtenir dès avril 1931 la suspension des réparations : c’est là un coup très dur pour le parti qui avait fondé sa récente ascension sur la lutte contre le plan Young.

La crise n’a donc pas que des effets positifs sur la capacité de mobilisation des nazis. Ce qui prime, décidément, c’est la volonté tendue d’un chef qui croit en son étoile et exploite toutes les occasions d’accroître son influence."



Sur Hitler

Envoyé par : François Delpla Date : Jeudi, 21 Septembre 2000, at 12:14 p.m. En réponse à : Hitler et la race aryenne (Steph)

Je suis prof en terminale ES et auteur de la seule biographie française de Hitler. En faisant cours sur lui je me livre à un exercice permanent de simplification intelligente (je ne veux pas dire que j’y arrive à tous les coups mais que j’essaye !) en tentant de dire des choses à la fois vraies, compréhensibles avec le bagage historique d’un élève moyen et pas trop déroutantes pour l’examinateur le jour du bac. Essayons donc !

1) Hitler n’est pas un théoricien et s’il est une "race" dont il se méfie et se moque, c’est, entre autres, celle-là ! Il méprise le débat d’idées quand il ne débouche pas très vite sur l’action. Il laisse donc les théoriciens de la race, qui prospèrent en Allemagne avant et pendant sa dictature, s’affronter, en encourageant les écoles qui servent sa politique à un moment donné.

2) Si la race aryenne est en conséquence, dans ses discours comme dans Mein Kampf, quelque chose de nébuleux et de flottant, en revanche ce qui est un absolu, c’est l’Allemagne, qui doit devenir puissante, vaste et racialement "pure". Et comme il n’est pas fou (enfin pas dans tous les domaines), il sait bien qu’il y a dans ce pays des types ethniques très variés, et notamment plein de petits bruns qui ne sont pas tous juifs. Seuls ceux-ci sont exclus du bonheur d’être allemands, et ils ne sont pas nombreux (quelques centaines de milliers sur 70 millions). C’est très pratique, cela : il fait, en les excluant, ressentir leur "germanité" à tous les autres, et cela n’affaiblit pas beaucoup les capacités de l’Allemagne, tout en contribuant à la souder vis-à-vis de l’extérieur.

3)Il avait certainement conscience du problème que tu soulèves. Il n’en a jamais parlé directement et je ne crois pas que quelqu’un ait osé aborder la question devant lui. Il s’en tirait par un tour de passe passe idéologique : à côté de l’aryanité physique il existerait une aryanité psychique (appelée dans certains textes nazis "type racial moral nordique"). Donc le fait d’être courageux, résolu, impitoyable envers les ennemis de l’Allemagne, etc., suffit à faire de toi un bon Allemand, ce qui est à la fois très sot (car ici, au nom de quoi exclure les Juifs ?) et très efficace (pour ne pas tenir compte du critère racial quand cela arrange les nazis). 4)Les grands blonds aux yeux bleus (de type "nordique") sont quand même favorisés par toutes sortes de mesures. Notamment leur proportion est beaucoup plus forte dans la SS, qui se veut une élite, que dans le reste de la population.

Il existe peu d’ouvrages clairs sur la question. Ce que j’ai lu de mieux est un article de l’historien belge Jean Stengers, "Hitler et la pensée raciale", Revue belge de philosophie et d’histoire n°75, 1997. Tu peux aussi et sans doute plus facilement te procurer mon livre, Hitler, paru chez Grasset en 1999 et regarder notamment les p. 449 à 453.

Le nazisme, vision d’ensemble incompréhensible...

Envoyé par : François Delpla Date : Vendredi, 10 Novembre 2000, at 10:20 a.m. En réponse à Rép : Dunkerque (aZeiT)

*** mais alors pourquoi ne pas detruire les forces alliées il aurait en ses mains plus de cartes non ? ... si l’historien ne fait pas lui-même l’effort d’une vision d’ensemble.***

Votre remarque vaut pour une guerre classique. Or Hitler joue à la guerre, fait bien autre chose que la guerre.

Il ne cherche pas, de manière opportuniste, à accumuler des atouts. Ca peut se comparer au jeu de dames : il creuse subrepticement un chemin qui d’un coup, en prenant dix pions d’affilée, va l’amener à dame avant que quiconque ait compris.

A dame, ça veut dire le programme de Mein Kampf : une Allemagne doublée vers l’est, comprenant l’Ukraine (que dans un premier temps, pour faire croire encore et toujours à son "désir de paix", il pourrait se contenter de coloniser économiquement), une soigneuse expulsion des Juifs (plutôt qu’un franc génocide), une domination politique et économique écrasante sur le continent européen tout en laissant l’Angleterre, les Etats-Unis et le Japon s’expliquer pour la domination des océans, en favorisant vaguement la première.

Il est prévu que tout se résolve à Dunkerque : la France de Reynaud (ou, peu importe, de Daladier, sur le point peut-être de rechiper le pouvoir à Reynaud la veille de l’attaque du 10 mai) et l’Angleterre de Chamberlain seront trop heureuses de s’en tirer à si bon compte et signeront des deux mains la paix "généreuse", à la résignation sans doute grimaçante mais inévitable de Roosevelt, après quoi il n’y aura plus qu’à négocier avec Staline, dans une position quelque peu dominante.

Le grain de sable churchillien, bloquant d’extrême justesse les intrigues pacifistes du très vicieux Iznogoud-Halifax, oblige à réviser les plans... mais sans doute un tel contretemps a-t-il été prévu, car la phase suivante, l’écrasement de la France (auquel on renonçait dans le premier scénario au profit d’un lent étouffement) est si vite mené à bien que Hitler, visiblement, l’avait envisagé comme une éventualité sérieuse. Donc Dunkerque fonctionne comme une répétition générale -un peu comme Munich, tour de chauffe en 1938, par rapport aux choses sérieuses, programmées en 1939 et en Pologne... si ce n’est qu’à mon avis Hitler excluait totalement la guerre en 1938 alors qu’il désirait ardemment la paix en mai 40.

Le moment crucial, celui où on jette toutes ses forces dans la balance pour arracher cette paix, c’est donc la fin juin 40, le moment où l’Angleterre fera ses comptes, mesurera sa solitude et finira par traiter de fous ses bellicistes. Et ici, contrairement aux lendemains de Dunkerque, l’échec débouche sur une période d’inaction et de flottement, la première dans la carrière du dictateur.

La question à se poser est donc : qu’est-ce que ça change de négocier, fin juin, en ayant derrière des barbelés 230 000 soldats britanniques, ou en les ayant laissés fuir par Dunkerque sans la moindre possibilité de revenir aider la France en temps utile ? Et la réponse coule de source, rétrospectivement terrible pour la totalité des dirigeants non nazis de la planète qui ne se prénomment pas Winston : en laissant s’échapper ces soldats, on creuse un fossé énorme entre l’Angleterre et la France "lâchée", par où va s’engouffrer Pétain ; on évite de présenter la signature de la paix par l’Angleterre comme l’humiliation totale d’un pays réduit à mendier la libération de ses boys ; on donne une certaine carrière à l’idée d’un condominium européen germano-britannique, fondé sur une sorte de "paix des braves", laissant à l’un le continent et à l’autre la domination coloniale, le tout pour pérenniser la "suprématie de la race blanche" ; on aide les Etats-Unis à s’y résigner et le pape à pontifier sur "la paix dans le respect des justes intérêts des nations". Etc.



Se méfier des films !

Envoyé par : François Delpla Date : Dimanche, 12 Novembre 2000, at 7:20 a.m. En réponse à Rép : Pandanlagl (Matthieu Brevet)

***J’ai revu "De Nuremberg à Nuremberg" ce week-end, il y est dit qu’Hitler avait été fortement marqué par le sort que les partisans italiens avait réservé à Mussolini et sa maîtresse (lynchés, me semble-t-il). Lorsqu’il l’avait appris, Hitler aurait émis l’idée de se suicider plutôt que d’être livré à la vindicte juive (je ne me souviens plus des termes exactes) ou "d’être exhiber au zoo de Moscou" (texto, cette fois).***

On a une idée assez précise des sentiments de Mussolini envers Hitler, tournant autour du mépris et de la haine. Pour la réciproque, c’est beaucoup moins clair. Hitler exhibait une admiration sentimentale, sans doute en partie sincère. C’est moins la personne de Mussolini qui comptait que le double précédent qui avait encouragé sa propre carrière : un enfant des couches inférieures parvenu au faîte de l’Etat, un régime nationaliste tenant la tête sous l’eau aux partis de gauche. Sans être superstitieux ni croire en un au-delà précis, Hitler se croyait sans doute assez sincèrement investi d’une "mission" et le Duce fonctionnait comme un garant. De là à dire que l’annonce de sa mort l’engage à le suivre, il y a un gros obstacle : la chronologie. Hitler a réglé le scénario, en l’annonçant à ses proches, depuis plusieurs jours. Il veut mourir à Berlin "en combattant" et, puisque le risque d’être pris vivant est "trop grand", se suicider juste avant l’arrivée des Soviétiques. Nous n’avons aucun témoignage sérieux sur la réaction de H à l’annonce de la mort de M et, puisque beaucoup de rescapés du bunker se sont prêtés à de longs interrogatoires, cela même est révélateur. Le Duce était depuis beau temps une simple étiquette, aidant à maintenir la domination allemande en Italie du Nord, sa mort était à peine une nouvelle et son sort ne semble avoir fait ni chaud ni froid à son éphémère survivant.



Prendre Londres, et après ?

Envoyé par : François Delpla Date : Mercredi, 15 Novembre 2000, at 6:30 a.m. En réponse à Rép : Pourquoi l’Urss avant la Grande-Bretagne ?? (Benoit)

Il faut se mettre d’accord : Hitler applique-t-il Mein Kampf, ou non ? Je pense que oui, et m’en convaincs en déchiffrant son comportement. Il publie ce programme à un moment où il passe pour un rêveur -et dès que le vent gonfle ses voiles électorales, il s’empresse de le renier, mais pas nettement, en disant que sur tel point il a évolué mais en ne cessant de favoriser les ventes du livre, du moins en Allemagne. A part la question juive, l’idée la plus centrale est que Guillaume 2 a été fou de défier tout le monde à la fois, et qu’il faut intéresser à la grandeur allemande au moins une très grande puissance. Il choisit l’Angleterre, et annonce donc son renoncement à toute marine, à toute colonie, à toute expansion vers l’Europe de l’ouest, Alsace-Lorraine comprise. C’est la Russie qui est dans le collimateur, et on achève la cohérence du propos, tragiquement niée par ceux qui n’y voient qu’un "fatras", en traitant les Slaves de sous-hommes et les communistes de Juifs. Cependant, il faut briser l’épée de la France, sans quoi elle tapera dans le dos de l’Allemagne quand celle-ci s’avancera vers l’est.

Les entorses faites à ce programme relèvent de deux catégories. La majorité sont des ruses très temporaires. Il est bien évident qu’aucun pays, à commencer par l’Angleterre, ne peut contresigner cela, et il faut faire semblant d’être assagi. On n’est pas en train de s’avancer vers l’est mais les Autrichiens sont trop malheureux, les Tchèques trop insolents, les Polonais trop orgueilleux... L’autre cause d’entorses, c’est la résistance du réel. Hitler, entre autres redoutables qualités de stratège, est un opportuniste achevé.

Limitons-nous pour faire court à l’obstacle principal, et longtemps quasi-unique, qu’il rencontre : la croisade contre lui de Churchill. Un Anglais aussi marginal que lui-même l’a été en Allemagne, aussi ai-je tendance à penser qu’il a très tôt vu le danger, ainsi que le parti qu’il pouvait en tirer. Ce qui est marginal dans les années 30 c’est le nationalisme belliqueux, boucherie de 14-18 aidant, chez tous les anciens belligérants, y compris l’Allemagne. Là aussi il faut jouer serré, asseoir sa popularité par des victoires sur le tapis vert, mobiliser le pays apparemment pour rire. Ce n’est pas un problème au fond si un politicien britannique très en vue mais vieillissant, et passant pour un peu farfelu, étale sa méfiance. Son audience, qui ne va pas croissant avant mars 39, est un bon baromètre du moral anglais. Puis tout s’enchaîne, comme sur du papier à musique : un an et deux mois après le défi de l’entrée à Prague en violation ouverte des accords de Munich, la Wehrmacht est devant Dunkerque, pendant que les gouvernements anglais et français sont saisis, par le discret truchement de la Suède, de la proposition d’une paix généreuse, pourvu qu’elle soit immédiate. Manque de chance, le jour même de l’offensive finale, Churchill est devenu premier ministre, pour des raisons obscures de politique intérieure. Après avoir tenté, par l’arrêt pile des troupes devant Dunkerque, de ne porter à l’Angleterre absolument aucun coup, il faut s’y résoudre, en toute progressivité. Bombardement un peu mou (dosé par Göring, le complice élu) des embarquements, prétendue "bataille d’Angleterre" (canalisée par le doigté du même), etc. A chaque fois il s’agit plus de faire tomber Churchill, que beaucoup de Britanniques. La dernière offensive, et non des moindres, est menée avec un seul avion par un seul homme, Rudolf Hess.

Jusque là, le churchillianisme a été plutôt une aide. Il permet de dissimuler le déploiement face à l’est et, lorsque tout de même on le repère, de faire croire qu’il s’agit d’une simple menace "car tout de même il ne va pas faire la guerre sur deux fronts". Cf. la mise au point éblouissante de Gorodetsky, montrant que Staline croyait dur comme fer à des négociations, fût-ce sous la forme d’un ultimatum... ce qui veut dire qu’il envisageait d’y céder, offrant le concours de ses matières premières et de sa main-d’oeuvre pour une guerre d’usure contre les Anglo-Saxons. Dans sa grande prudence, Hitler aurait préféré une paix à Dunkerque. Mais dans sa hâte de mettre l’univers devant le fait accompli, il n’est sûrement pas mécontent d’opérer à chaud, de mouiller le peuple allemand tout entier dans une "guerre de races" vers l’est, avec une forte proportion de brutalités sans intérêt militaire, judéocide compris. Tel était l’homme, et il est peut-être temps de le voir en face.



Débattons... ou des bâtons ?

Jeudi, 16 Novembre 2000, at 9:52 a.m. En réponse à Courtoisie ? (Thomas)

***Vos réponses manquent singulièrement d’arguments et de courtoisie. Cela est très dommageable dans un forum de discution. Car j’aimerai bien savoir ce qui explique tout plutôt que de me voir dire que je n’explique rien du tout. J’aimerai connaître les historiens et les faits sur lesquels vous basez votre argumentation ( ?). Il reste que l’histoire n’est plus celle du XIXe où l’on ne prenait en compte que les grands personnages politiques. Heureusement les Annales et la Nouvelle Histoire sont passés par là, certains auraient-ils manqué le train ? ***

On s’énerve ! Mais sur Internet il y a des ressources. Soyez gentil de me copier-coller mes phrases discourtoises et je verrai peut-être mieux ce qui vous a choqué. Au début de cette discussion, j’ai cité un livre fondamental d’Edouard Husson, représentatif (entre mille autres apports) d’une réflexion nouvelle sur Weimar, beaucoup moins fataliste que la vision traditionnelle. Mais sur un forum, on s’oppose à coups d’arguments, non d’historiens.

Si vous en connaissez qui ne sont pas d’accord avec moi, je me ferai un plaisir de les accueillir ici, en toute urbanité. S’il vous plaît, ne faites pas de contre-pub en disant que je mords. Si ce que nous faisons peut servir à quelque chose, c’est à condition de nous lire avant de nous répondre. Ainsi, la caricature de mes positions en prétendant que je ne tiens aucun compte des forces sociales est impossible si vous lisez ce que je dis plus haut, dans "Weimar, le bébé et l’eau du bain", sur la manière dont Hitler comprend mieux que quiconque les attentes sociales de son temps et fraye mieux que quiconque sa voie en nouant de temporaires alliances.

Et maintenant permettez-moi de vous transmettre un vieux truc de métier : scruter ses énervements, dans l’espoir d’y découvrir des blocages, en soi, qu’il serait profitable de surmonter. Bon courage



Hiroshima son discours

Vendredi, 17 Novembre 2000, at 10:34 a.m. En réponse à Rép : Hiroshima son amour (Hervé)

***Quelque soit la justification que l’on puisse proposer, ce (ces 2) bombardement(s) est une tragédie mondiale, une honte et meme un crime contre l’humanité. Bien sur, on avance souvent que la guerre aurait fait bien plus de morts si elle n’avait pas été arreté par ces fameux bombardements. Et bien permettez de répondre que dans ce cas au moins il était question d’une hypothèse et que la situation aurait pu évoluer positivement tandis que la solution "bombe" ne prévoyait pas d’issue favorable si ce n’est l’arret de la guerre mais à quel prix ? Bien évidemment, les japonais sont alors les méchants et en plus on craignait d’avoir une guerre de cents ans...c’est déporable, comme à son habitude, le peuple américain sort renforcé d’un massacre : respecté etcraint sur la scène internationale. Après le peuple indien, le peuple noir voilà qu’il s’en prenait maintenant aux japonais. Je réponds que ces atrocités sont bien souvent cachées et que l’éducation nationale, par le biais de ces manuels, approuve implicitement l’action américaine de l’époque, j’ai connu peu de professeur d’histoire prompt à dénoncer ce passage macabre. les tortures en Algérie, le Vietnam, la Bosnie...on oublie beaucoup. Un seul point de notre histoire semble avoir marqué ce siècle : la shoa pour laquelle effectivement toutes les attentions sont focalisées. WARNING ! ne vous méprenez pas je ne suis pas du tout en train de critiquer ce point car il est évident que c’est inadmissible (aucun mot ne suffit à qualifier cette barbarie) mais en revanche reconnaissez que 20 milions de russes sont morts dans le meme temps et on en parle très peu voire pas du tout. Des passages de notre histoire sont occultés au profit d’autres qui méritent certes tout autant d’attention mais cela a pour effet d’oublier que le gendarme du monde (comme il aime se qualifier) n’a pas les mains blanches, loin de là...***

Je suis globalement d’accord mais souhaite préciser deux choses :

1) Ce qui rend particulièrement atroce le judéocide, ce n’est pas le caractère scientifique, industriel, etc. du massacre, mais bien la liberté laissée à son auteur, après qu’il eut annoncé la couleur dès 1920, et le sommeil hypnotique dans lequel ses aveux et leur énormité même ont plongé sinon l’humanité, du moins ses dirigeants politiques, dans leur quasi-totalité. De ce point de vue, les victimes juives (certes plus systématiquement pourchassées) ont le même statut que les victimes slaves et toutes les autres : les laissés pour compte d’un scénario annoncé que nul n’a, en temps utile, enrayé.

2) Les péchés américains entourant Hiroshima sont révélés dans toute leur crudité par le mensonge de Truman qu’on n’aurait pas encore, à ce stade, visé les civils. Mais cela même est un encouragement, et un démenti à votre assertion que les manuels scolaires sont muets, puisque c’est en en lisant un de plus près que le professeur de lycée que je suis s’est aperçu de la supercherie. Imaginez l’après guerre que nous aurions eu si tous les braves gens de la Terre s’étaient ligués en 1945 pour exiger de toutes les puissances toute la lumière, pour la bonne intelligence du passé sur les libertés laissées aux nazis, et pour une entrée correcte dans l’avenir, sur le mensonge de Truman ! Lisons, lisons de près et nous enrayerons bien des catastrophes !



 [1]

Chronologie !

Dimanche, 19 Novembre 2000, at 5:35 a.m. En réponse à Rép : Et l’habilté du Führer ? (Matthieu Brevet)

*** C’est dans ce climat d’insécurité, de revanche, ... qu’Hitler et son NSDAP apparurent malheureusement comme les seuls capables de rétablir l’ordre, en s’appuyant sur des groupements paramilitaires (SA, HitlerJugend, StabWache [futur SS]). Faisant tout d’abord la chasse au communistes, spartakistes, et autres mouvements politiques d’xterême-gauche, considérer comme les fauteurs de troubles, Hitler l’étendit après sa prise de pouvoir aux Juifs, malades mentaux, Tziganes, ... avec les conséquences qu’on connait. En fait, on peux considérer que les Allemands acceptèrent de sacrifier à Hitler leur liberté et leur libre-arbitre, en échange du retour à l’ordre et de la restauration de l’honneur national. ***

C’est cette présentation de Weimar comme un désordre permanent qui a inspiré ma critique. Il faut, à mon avis, distinguer d’assez nombreux moments, en particulier dans la violence nazie. Ses poussées sont assez localisées, avant comme après la prise du pouvoir, et votre phrase suivant laquelle elle est alors "étendue" à d’autres catégories ne va pas du tout.

L’avenir appartient à ceux qui constatent l’intelligence de Hitler et le caractère absolument pas brouillon de ses menées, même s’ils sont encore aujourd’hui très minoritaires, parce que ce sont des faits, faciles à étayer. Mais ce mouvement, dont les progrès sont sensibles (par exemple, d’un livre de Kershaw à l’autre), est néanmoins très lent, pour des raisons politiques plus qu’universitaires. Si l’entreprise nazie était subtile et non brouillonne, chaque pays, parti, église, individu doit faire son examen de conscience d’une manière très différente.

---------------------------------

Très intéressant !

Dimanche, 19 Novembre 2000, at 4:23 p.m. En réponse à Rép : O que oui ! (Matthieu Brevet)

Nous abordons des questions fondamentales, d’une manière très nouvelle, rompant avec des décennies de dérision chaplinesque. Il est possible que vous ayez raison sur certains exemples. Je m’en tiendrai ici à un, que je connais un peu : le Haltbefehl (Dunkerque, 24 mai 1940). Le militaire et le politique sont littéralement inextricables. Pour ne point revenir sur les mérites respectifs de Hitler et de Manstein dans la conception du plan, je commencerai par la visite du Suédois Dahlerus à Göring le 6 mai 40 : quand l’armée allemande, dit le chef de son aviation, aura atteint Calais, la France devra demander la paix, qui sera alors généreuse (elle garderait l’Alsace-Lorraine). Je rappelle qu’alors c’est Chamberlain qui gouverne à Londres. Son attitude au spectacle d’une Allemagne triomphante mais sage et d’une France résignée ne fait, je l’espère, de doute pour personne. Staline n’a plus qu’à céder l’Ukraine, d’une manière ou d’une autre. Mein Kampf est appliqué. Seulement voilà : au moment de l’échéance, le premier ministre londonien s’appelle Churchill. Alors on s’arrête. Peu et discrètement. D’où la fâcherie avec les militaires, qui exigent le redémarrage, Rundstedt compris après 48h de compromission.

Pendant trois jours Paris et Londres ne bruissent que de rumeurs de paix. Churchill, sur le point d’être renversé, s’accroche aux branches. C’est l’échec. Comparable à celui, d’un cheveu, du perchiste à son premier essai. Reste le deuxième, l’invasion de la France, qui rend plus désespérée et apparemment ruineuse l’obstination britannique. Churchill tient toujours, je n’ai pas encore très bien compris comment, et vous ?

Troisième essai : la "bataille d’Angleterre", où l’intimité du militaire et du politique bat tous les records. Conclusion : pas d’erreur, nulle part, mais un formidable plan avec force solutions de rechange en cas d’échec. Pas d’erreur mais un grain de sable, dû au nazisme lui-même, à la compréhension que Churchill, seul, en a.

Sur le reste, juste une petite remarque : vous êtes dur de dire que Hitler fait de plus en plus d’erreurs, alors qu’il lui reste de moins en moins de cartes ! Qui, à sa place, aurait tenu aussi longtemps après Pearl Harbor ? Pour quelques détails de plus : Histoire de guerre n°8, septembre 2000.



Une longue traque

Lundi, 20 Novembre 2000, at 5:03 a.m. En réponse à Le Haltbefehl vu par une secrétaire ! (Francis Deleu)

***Je découvre un témoignage qui conforte votre (F.Delpla) thèse sur > l’Haltbefehl. Dans un ouvrage récent Au Ravin du Loup (sous-titre : "Hitler en Belgique et en France - mai-juin 1940") Editions Racine, l’auteur, René Mathot, relate et détaille les séjours de Hitler en Belgique, le nord de la France et plus particulièrement au FHQu de Brûly-de-Pesche.

C’est une lettre de Christa Schröder à une amie qui retient l’attention. Christa Schröder est la secrétaire personnelle de Hitler. Et comme chacun sait, les patrons se confient plus volontiers à leur fidèle secrétaire qu’à leurs subordonnés. La lettre est datée du 25 juin, au lendemain de l’armistice. La fidèle secrétaire raconte à son amie que le Chef (Hitler) aimerait tant conclure la paix avec l’Angleterre. Hitler a donné l’ordre d’arrêter les troupes devant Dunkerque pour épargner les Anglais. Elle ajoute que, selon le Chef, l’armée est l’épine dorsale de l’Angleterre et...de son empire. Et que si les Allemands détruisent le corps expéditionnaire, l’Empire britannique courra à sa ruine. Le Chef n’a pas l’intention, ni les moyens d’hériter de cet empire et il faut lui donner une chance. Elle ajoute encore que les généraux n’ont rien compris. Le caractère d’objectivité de cette lettre est incontestable. Christa Schröder raconte à son amie la soirée du 24 juin et les confidences de son patron. Elle dévoile, bien avant François Delpla, :-) toute la stratégie de Hitler. Le grain de sable fut, bien sûr, ce vieux lion de Churchill.

Une question à François Delpla : Aviez-vous connaissance de cette lettre ? ***

Non, je l’ai découverte récemment et je crois que c’est en lisant Mathot. Il est d’ailleurs intéressant de se demander pourquoi le Führer "se lâche" ainsi le 24 juin. Ce sera pour une autre fois.

Ma réflexion sur Dunkerque a commencé avec la lecture des papiers du général Doumenc, qui échange avec Weygand pendant l’ordre d’arrêt des considérations sur l’armistice, parfaitement refoulées ensuite. J’avais travaillé en parallèle avec Costello, dont j’ai découvert le livre peu avant le bouclage du mien. Il m’a ouvert en grand les horizons suédois que j’avais entrevus grâce à Benoist-Méchin (attention, je ne les mets pas sur le même rayon). Mais puisque nous sommes en pleine histoire belge, quelqu’un a sans doute entendu parler d’un pamphlet rien que pour nous deux, Costello et moi, celui de Jean Vanwelkenhuyzen intitulé Miracle à Dunkerque (Racine, 1994). Il reprend lourdement (non dans son style, toujours de belle tenue) les thèses exténuées de Jacobsen, en espérant démontrer par là que nous avons vraiment écrit n’importe quoi et il nous assimile à des brouillons de tout poil, comme Liddel Hart.

Ce m’est une occasion de préciser, une fois encore, et contrairement à Christa Schröder, que je n’ai jamais écrit qu’à Dunkerque Hitler voulait ménager l’Angleterre, mais bien l’Angleterre et la France, du moins au moment de l’ordre d’arrêt (ensuite, il me paraît de plus en plus évident, même si j’appelle de mes voeux une étude technique qui trancherait la question, qu’il a retenu ses coups lors des embarquements). Donc, le 24 juin, à la fois Hitler se lâche et, comme toujours, il calcule et truque. C’est lui qui justifie l’arrêt par l’embarquement, dissimulant son vif espoir d’une paix immédiate et les magouilles entreprises de longue date pour ce faire avec son compère Göring.

Nous avons donc entrepris les premières études véritablement historiques sur le Haltbefehl, toutes les précédentes (et quelques unes des suivantes, ô Kershaw !) étant esclaves des confidences du Führer devant un auditoire ou un autre, et prisonnières de ses ruses. Le piètre Miracle à Dunkerque a un mérite : alors que je l’avais lu en diagonale, étant pris par Montoire, je l’ai lu attentivement lorsque j’ai pu quitter la gare du Bas-Vendômois, et il a relancé ma réflexion, si bien qu’il m’a fourni le sujet de mon livre suivant, La ruse nazie/Dunkerque 24 mai 1940 (France-Empire, 1997). J’ai fait alors quelques pas de plus, prenant conscience du fait que Hitler manipulait tous ses généraux, et notamment Manstein, en leur faisant miroiter une revanche de 1918 alors qu’il voulait replier précipitamment le matos après une petite démonstration sur le front de l’ouest, afin de passer aux choses sérieuses.

***Une question enfin à Matthieu : Croyez-vous que l’écrasement du corps expéditionnaire britannique à Dunkerque aurait changé le cours des évènements comme, par exemple, la démission forcée de Churchill ? ***

Là-dessus je crois que Hitler, le 24 juin, est au premier degré. C’est du Mein Kampf, c’est le socle de son action. Pour autant, ce n’est pas stratégiquement idiot. Toute l’armée anglaise prisonnière, c’était diplomatiquement encombrant, cela risquait de fâcher pour de bon Roosevelt et de rendre peu crédible, même s’il la relâchait, son désir de bonne entente entre puissances "blanches".

Mais lui mélangeait tout !

Vendredi, 1 Décembre 2000, at 9:59 a.m. En réponse à Ne mélangeons pas tout ! (Anna)

*** Je ne dis pas qu’il n’était pas superbement habile et futé. Je suis tout à fait d’accord qu’il avait un cerveau génial, capable de tout. Il a réellement révolutionné les manières de propagande, par exemple. Et il fut très habile. Par contre, lorsqu’on dit "stratège", je pensais au point de vue militaire. Et là, je défends le fait qu’il était têtu et maladroit. Amicalement***

Resterait à expliquer par quelle aberration son génie aurait évité le champ de bataille pour se concentrer sur la propagande ou la diplomatie. En attendant, j’estime qu’une proportion très forte de ce que les livres cataloguent comme ses "erreurs militaires" procède :

-  1) d’une partialité grossière, d’une sévérité que l’auteur n’applique à aucun autre des décideurs civils ou militaires en présence ;

-  2) d’un refus de considérer la globalité du programme hitlérien et celle de la situation mondiale alors qu’il s’agit d’une guerre qualifiée de telle : c’est-à-dire un refus de l’histoire et une culture du préjugé.

Reste un débat possible sur une demi-douzaine, tout au plus, de cas, en général microscopiques, et tous situés dans la phase descendante, celle où il faisait durer le plaisir avec des moyens en peau de chagrin. Débat difficile car, outre qu’il pouvait rechercher des défaites pédagogiques (destinées par exemple à augmenter la menace russe), il y avait aussi d’autres petits malins, par exemple des militaires plus ou moins conspirateurs ou tentés par le retournement de veste, qui pouvaient le désinformer. Nous essaierons d’en dire un peu plus dans le numéro de mars d’Histoire de guerre. Toute contribution au débat sera la bienvenue.

Mais si ! Envoyé par : François Delpla Date : Jeudi, 30 Novembre 2000, at 9:21 a.m. En réponse de : Oh que NON !!! (Anna) Il y a du vrai dans ce que vous dites mais, si on s’en contente, on ne comprend absolument pas comment un régime aussi divisé a pu s’emparer de l’Europe et ne s’incliner que devant le reste du monde, coalisé. La clé, c’est précisément le cerveau de Hitler, qui jouait de toutes les contradictions et en tirait, jusqu’à la fin, le meilleur rendement possible. Je suis son premier biographe français et mon livre, sorti il y a un an, n’a fait l’objet d’aucune critique argumentée. Je ne suis pas entièrement satisfait de celui, trois fois plus long et détaillé, de Kershaw, mais les informations qu’il donne permettent de tirer les mêmes conclusions, sans toujours qu’il le fasse lui-même, sur la place essentielle du chef dans les décisions importantes.



Les capacités militaires de Hitler

Samedi, 2 Décembre 2000, at 7:21 p.m. en réponse à Matthieu Brevet

***Je reviens sur ce sujet pour soutenir (partiellement) votre avis. Dire qu’Hitler était un demeuré militaire entouré de génies et d’abrutis qui selon s’ils avaient son oreille ou pas pouvaient influencer avec plus ou moins de bonheur le cours des affaires militaires me parait un peu simpliste... Hitler était un génie dans de nombreux domaines, et particulièrement la politique, la diplomatie, la propagande, en bref : la manipulation. Toutefois, je pense que militairement, il manquait de rigueur, n’ayant jamais eu d’autre formation que sur le tas. Je ne dis pas qu’il ne valait absolument rien, mais il valait quand même mieux qu’il laisse faire son état-major et qu’il s’approprie leurs plans ensuite... Bon nombre des pires erreurs stratégiques allemandes furent le fait de l’obstination (voire l’aveuglement) d’Hitler à avoir raison sur ses généraux. Et c’est là que je ne suis plus d’accord avec vous, lorsque vous dites : > En attendant, j’estime qu’une proportion très forte de ce que les livres > cataloguent comme ses "erreurs militaires" procède : -1) d’une partialité grossière, d’une sévérité que l’auteur n’applique à > aucun autre des décideurs civils ou militaires en présence. Prenons qques exemples : * Caucase 42, Hitler décide de diviser les forces de von Paulus afin de les lancer sur de multiples objectifs, ce qui est un changement total des plans de campagne prévus. On connait les conséquences de cette tragique campagne. Maintenant, voyons les "autres décideurs" : von Paulus, Hoth (le commandant de blindé, n’ayant pas mes bouquins, je ne suis pas sûr de l’orthographe) et firent part, de façon prophétique, des conséquences que pouvaient avoir un tel éclatement des forces. Rien n’y fit... * Kharkov : Hitler ordonne au corps SS de Hausser de tenir "jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière cartouche" (ordre qui deviendra malheureusement l’arrêt de mort inutile de nombreuses unités allemandes). L’éxécution de ct ordre entrainerai la destruction totale du Corps SS pour un gain de temps minime au profit des Allemands. De plus, ce coprs est à cette date le seul qui puisse encore enrayer l’avancée russe, le sacrifier bêtement signifie défaussé la dernière carte allemande. Hausser, l’"autre décideur" du moment objecte que le corps peut abandonner la ville pour établir une ligne solide derrière, puis contre-attaquer sur Kharkov dès que possible. Hitler maintient son ordre absurde. Hausser désobéit, se repli, arrête les Russes plus en arrière puis contre-attaque lorsque l’offensive russe s’essouffle : Kharkov est reprise et le corps SS sauvegardé : Hausser vient d’infliger un démenti formel aux prétentions de stratège d’Hitler. * Le D-Day : dans un souci de tout contrôler, de tout diriger, Hitler ordonne que les divisions de Panzer sur les arrières du Mur de l’Atlantique ne bougeront que sur son ordre exprès. Lors du débarquement, Hitler borné refusera à Rommel et von Rundstedt les blindés qui utiisés à temps, eussent été la seule chance de repousser les Alliés à la mer. Accordons toutefois le bénéfice du doute au Führer cette fois-là, comme beaucoup il avait été intoxiqué par "Fortitude". * Falaise 44 : Tenir "jusqu’au dernier homme, jusqu’à la dernière cartouche". La condamantion à mort de 2 armées allemandes (comprenant la LAH, la Das Reich, La Hitlerjugend, la Frundsberg, la Hohenstauffen, la Götz der Berlichingen ainsi que nombreux paras... bref les troupes d’élites de l’armée allemande) est tombée. Hausser toujours, Rommel puis von Klüge, Meyer, "Sepp" Dietrich, supplieront Hitler d’annuler cette odre. En vain !. La crème de l’armée allemande se fera massacrée, même si qques unités réussiront à s’en tirer. Le profit : les Alliés ont peut-être perdu du temps sur leur calendrier à cause de la résistance acharnée de ces unités, mais ils le rattraperont facilement du fait de l’absence de troupe entre eux et la ligne Siegfried. * Lac Batalon 45 : sans doute ma préférée. Le gaspillage inutile des meilleures divisions, qui, même si elles avaient atteint leurs objectifs, se seraient rendus compte de leur inutilité et auraient dû se replier devant l’étau russe. * Le fait de donner la priorité aux trains menant les déportés vers les camps sur ceux amenant les troupes et le ravitaillement au front ne dénote pas d’une très grande capacité stratégique.... Voilà, j’ai déjà eu sensiblement la même discussion avec Nicolas Bernard, mais si vous arrivez à me convaincre que tout ceci correspond à des coups de génie d’Hitler, alors que son état-major aurait fait pire (je n’ose imaginer), je suis tout ouïe... Cordialement Matthieu ***

Je constate que tous vos exemples sont pris dans la phase descendante et que leur total ne dépasse pas la demi-douzaine. C’est déjà un sacré point d’acquis. Je ne sais pas si Anna et vous, qui comme moi prêtez à Hitler du génie, avez conscience de votre isolement. L’avenir nous appartient, mais le présent est encore coriace, et prompt à nous taxer de complaisance, voire pire ! On est plus sûr d’être applaudi en faisant, comme Kershaw (qui certes prend conscience de livre en livre des talents du bonhomme), une place encore large à l’influence au jour le jour des "conseillers faisant assaut de surenchère dans un processus de radicalisation cumulative". Vous ne trouvez pas d’erreurs militaires dans la phase ascendante. Vous êtes bien sûr ? Quel soutien, pour moi ! Même le Haltbefehl devant Dunkerque ? Même l’attaque contre l’URSS ? Même le refus de foncer vers Moscou en août 41 et le détour par l’Ukraine ?

Quant à vos exemples, permettez-moi de ne répondre que sur quelques uns, où je me sens en terrain solide. Les trains de la mort obérant la logistique déjà insuffisante du front de l’est ? Ce n’est pas une erreur, mais une interférence du politique. La Solution finale a sa place dans le système, elle y occupe des fonctions précises. Notamment celle de compromettre, par la participation aux rafles ou aux transports d’au moins un individu par famille, la masse du peuple allemand, pour la rendre solidaire de la clique nazie jusqu’au bout... un calcul qui ne va pas s’avérer illusoire. La réorientation de l’offensive de 1942 vers Stalingrad alors que le Caucase était prenable ? Considérons le problème d’ensemble : près d’un an après Pearl Harbor, l’Amérique est en passe de devenir irrésistible. La guerre ne peut plus être gagnée que par un KO très rapide de l’URSS, suivi d’une paix séparée qui donnerait de toute manière accès au pétrole caucasien, ou par un retournement occidental devant la crainte d’un trop ample succès soviétique. D’où le tout pour le tout : soit Paulus perce et rouvre la route de Moscou, soit il est écrasé et apparaît comme l’avant-garde d’une civilisation chrétienne menacée de submersion par les hordes asiatiques.

Même logique dans l’opération Balaton : nous sommes au début de mars 1945. Les Alliés de l’Ouest peinent à trouver la clé du territoire allemand, mais il n’est plus question d’offensive contre eux, les derniers feux ayant été jetés dans les Ardennes. Leur enrôlement dans une croisade antisoviétique n’est peut-être pas une option très réaliste, surtout avant la chute du Reich. Peu importe : c’est la dernière carte, et Hitler est décidé à les jouer toutes. Au même moment il laisse Speer saboter à l’insu de son plein gré ses ordres de "terre brûlée" : la Ruhr va tomber intacte, à leurs bombardements près, aux mains des Alliés, prête à servir d’arsenal dans une croisade de refoulement du communisme.

Souvenons-nous aussi que Staline déchaîne sa soldatesque contre la population civile, en particulier féminine, des territoires allemands de l’est en cours d’invasion, et que Goebbels en rend compte quotidiennement dans les médias, le tout alimentant un exode sans précédent. Faire contre ces barbares le dernier effort militaire d’envergure, avec les meilleures troupes, est une façon de mobiliser jusqu’au bout les Allemands autour du régime et de faire honte aux Occidentaux, l’efficacité locale étant fort secondaire.

Ce qui est extraordinaire avec cet individu, c’est que ses trucs passent inaperçus alors qu’il sont très répétitifs. Ainsi, tout comme au moment de Dunkerque, il donne le mode d’emploi par l’intermédiaire de la Suède, boy-scout toujours prêt. Seuls les acteurs changent, et encore. Au lieu de Göring et Dahlerus, les principaux interlocuteurs sont Himmler et Bernadotte... mais Göring est en cheville avec Himmler ! Dira-ton que je sors du sujet ? Mais le fond du débat est là : Hitler entremêle constamment le plan militaire et tous les autres. Ses généraux, non. Il est vrai qu’il leur interdit absolument et efficacement de se mêler d’autre chose que de leur spécialité, ce qui n’est pas pour rien dans la mainmise qu’il garde sur eux.

Envoyé par : François Delpla Date : Samedi, 2 Décembre 2000, at 7:58 p.m. En réponse de : Loup de Troie dans l’écurie du berger (Jacques Ghémard)

> Ainsi, en juin 40, les Britanniques considéraient que les troupes > françaises risquaient d’être le cheval de Troie des allemands ou le loup > dans la bergerie !!! > Qu’avons nous donc oublié ou gommé de notre histoire pour que cette > crainte me paraisse incroyable ?

Merci, Jacques, de cette question ô combien subtile et délicate. Puisque je m’adresse à un lecteur de mon récent "I8 Juin", il ne sera pas surpris que je le renvoie aux passages dans lesquels je montre que de Gaulle n’a jamais compris à fond la situation interne de l’Angleterre fin juin 40 : un Churchill assis sur un volcan de partisans de l’appeasement encore majoritaires dans les sphères gouvernementales, et portés par le désastre de France à tenter d’arrêter Hitler par les seules voies de la diplomatie. C’est avant tout à cela que de Gaulle se heurte, chez ces généraux britanniques (et leur ministre qui alors ne lui manifeste pas l’ombre d’un soutien, et se nomme Eden). C’est après lui qu’il en ont. Ils ne sont pas contre Pétain, pas pour non plus, ils font avec et ne comprennent rien à la politique de leur premier ministre qui promeut contre le vainqueur de Verdun un jeune général peu connu.

Je ne pense pas qu’ils aient pris la peine de s’expliquer avec lui. Son information est donc indirecte. Spears peut y avoir une part. S’il est alors le seul ferme soutien anglais de De Gaulle (à part peut-être Duff Cooper), ce n’est pas forcément pour des raisons très pures, ni très gaulliennes. Il est d’une sévérité outrancière envers les Français qui se couchent, de Reynaud à Pétain.

Il accuse le premier, avec des formules indignes d’un gentleman, d’être castré par sa compagne Hélène de Portes, il tient le second, et la majorité des élites françaises, pour complaisantes envers l’Allemagne voire le nazisme. Dans cette affaire il sous-estime l’impact du désastre militaire qui semble rendre l’armistice inévitable, comme celui des années de bien réelle complaisance britannique envers Hitler, qui fait apparaître Churchill à beaucoup (en France et ailleurs) comme un épiphénomène transitoire.

Pour en revenir à la question initiale, je crois que tu as raison de croire "cette crainte incroyable", avant tout parce qu’elle ne devait guère exister. Les généraux anglais avaient sans doute, pour la piétaille française naufragée sur leur sol, bien plus de mépris que de crainte.

----------------------------------------------

What a saturday night !

Dimanche, 3 Décembre 2000, at 6:29 a.m. En réponse à Rép : Un ancien débat (Matthieu Brevet)

C’est vraiment très pratique ce Net, on dort et au matin les fées ont construit un château.

Cher Matthieu, si ça part un peu en boucle c’est que vous persistez à analyser le nazisme selon une logique qui lui est étrangère. Il est, de part en part, mélange de tout. La comparaison la plus éclairante, car elle a beaucoup à voir avec sa genèse, est l’opéra wagnérien, avec sa prétention de préfigurer l’"oeuvre d’art totale", que le maître de Bayreuth cherchait comme une pierre philosophale et que son disciple autrichien croit trouver enfin.

Il n’y a pas, comme le croient les fonctionnalistes allemands et des milliards d’autres, une marche plus ou moins chaotique de brutes d’abord chanceuses et favorisées par la lâcheté ambiante, mais une partition très complexe, dont l’intuition remonte au séjour studieux du concepteur en prison (1924) et dont les rôles sont écrits assez en détail au moment de la prise du pouvoir. C’est alors que commence, si les mots ont un sens, la Seconde Guerre mondiale -une idée encore sacrilège à beaucoup, qui voudraient que rien ne soit joué (sic) avant 1938 ou 39.

Faute de réunir les vainqueurs de Versailles le 31 janvier 33 pour exiger de l’Allemagne qu’elle se trouve un autre chancelier sous peine d’occupation immédiate (à la manière de Bush -l’autre- menaçant Saddam dès le lendemain de l’invasion du Koweit), le doigt est mis dans l’engrenage du chaos -du côté des autres puissances- et de l’application millimétrique du programme -du côté de l’Allemagne.

Le dire, c’est aussi montrer la fragilité du processus. On est en plein Andersen : il suffirait qu’un enfant dise que le roi est nu... et c’est ce qui va manquer jusqu’à nos jours. Ou plutôt à toute époque il y aura de tels enfants (dont Churchill est l’archétype) mais les Spessialistes réussiront à ne pas les écouter (et Churchill lui-même, politique oblige, sera économe de clarifications, flattant les appeasers pour mieux les neutraliser, ce dont beaucoup profitent encore aujourd’hui -et même plus que jamais- pour dire qu’il n’y voyait guère plus clair que les autres).

Non, vraiment, si Jésus était prophète, c’est surtout pour cette phrase : "Je te remercie, Père, d’avoir caché cela aux sages et aux habiles, et de l’avoir révélé aux tout-petits". Sauf qu’il n’y a pas de quoi remercier, car cela a fait mourir beaucoup de petits.

Le nazisme est processus, dynamique, mouvement, il n’est que cela. Ce que disent d’ailleurs les fonctionnalistes, qui ne sont pas des crétins ou des aveugles, mais des coupeurs de cheveux en quatre, travaillant sur les conséquences et refusant la lumière du noyau. Les seules erreurs concevables, lorsqu’on analyse un tel phénomène, sont celles qui gripperaient le mécanisme. Il n’y en a pas. La logique se déroule jusqu’au bout, y compris dans la défaite et l’anéantissement (en nuançant toutefois une autre idée reçue, qui veut que Hitler ait détesté les Allemands vaincus et souhaité les entraîner dans sa perte ; on le prouve par les ordres de "terre brûlée" donnés à Speer, alors que précisément ils ne sont pas appliqués et que Hitler ne pouvait l’ignorer). Ce qui fait l’échec, d’extrême justesse, c’est l’arrivée de Churchill au pouvoir quelques jours avant l’échéance de la fin mai 40, et son maintien longtemps précaire, qui finit par catalyser une coalition supérieure.

Mais le projet nazi garde une remarquable tenue, dont le meurtre massif des Juifs est le symptôme le plus frappant et dont la guerre froide, survenue juste un peu trop tard, et grande recycleuse de nazis, montre les potentialités.

--------------------------------------

Un Etat performant ? Dans quel sens ?

Mardi, 12 Décembre 2000, at 6:32 p.m. En réponse à Rép : Nazisme et communisme (Olivier Stable)

***Certains des succès dont se targua le régime ne sont pas vraiment de son fait.-La fin du processus de versement des réparations était certaine début 1933. ***

Brüning n’avait obtenu qu’un moratoire, la discussion devait reprendre et c’est Hitler qui dit qu’il n’en est pasquestion. ***-L’Allemagne avait, début 1933, passer le plus dure de la crise économique et son industrie, après les vaches très maigres des années précédentes, était prête à redécoller, ce qui devait entraîner ipso facto une baisse du chômage, dans le monde ouvrier notamment.***

Qui le savait ?

*** Les réussites économiques du régime, accentués effectivement, par exemple au niveau du taux de chômage, par la priorité donné à une remilitarisation à marche forçée, ont aboutis rapidement à des blocages dès 1935-36, que le régime n’arrivera pas totalement à effacer.***

Ce genre d’assertion me paraît douteux. Mais en tout état de cause, mon propos ne porte pas là-dessus. Consacré uniquement à la comparaison nazisme-stalinisme, il pointe la différence entre l’efficacité du premier, permettant une propagande fondée sur un certain nombre de succès qui améliorent la vie quotidienne de la population et flattent son sentiment patriotique, et la lourdeur du second, où une propagande souvent répétitive fait mousser des succès discontinus quand ils ne sont pas purement illusoires.

*** Concernant la question des compétences, le régime nazi ne brille pas par l’éclat de ses cadres. D’ailleurs ce n’était pas l’objectif d’Hitler de > mettre en place un appareil d’état hautement performant. Comme l’a bien montrer I.Kershaw, que vous citer par ailleur, prévalait au sein du régime une "anarchie administrative" peut faite pour optimiser un travail "gouvernemental" efficient.***

Je trouve justement qu’il l’a très mal montré.

***Pour reprendre la formulation de Kershaw, il y avait pluralité de structures étatiques (polycentrisme) se conccurençant entre elles pour "travailler en direction du Führer".***

Deux choses :

1) Kershaw parle aussi, avec grande insistance, de "darwinisme" social ou politique. Le Führer ferait se battre ses lieutenants comme des coqs, pour donner raison au vainqueur. Mais chez Darwin la lutte débouche sur l’élimination. La grande stabilité du personnel, aux antipodes du régime soviétique, dément donc cette assertion. Puisque la lutte n’aboutit nullement à l’élimination de ceux qui, sur tel ou tel point, ont vu leur jugement désavoué, c’est que Hitler veille à ce que les querelles ne soient pas contre-productives, bref il organise le chaos.

2) Je suis très sceptique sur cette citation "travailler en direction du Führer", que Kershaw met à toutes les sauces dans son tome 2 après l’avoir mise au jour dans le dernier chapitre du t. 1. Il s’agit d’une formule employée une fois par un bureaucrate de second ordre, et on en viendrait à croire que c’était un mot d’ordre usuel des nazis. Il est temps d’y mettrele holà, sinon elle va devenir une panacée d’historiens, qui va faire perdre encore quelques années à la recherche.

*** Concernant à contratrio le régime stalinien, je pense que vous mésestimer grandement le degré d’adhésion au régime dont continuer à bénéficier le regime au coeur des années 30, notamment en milieu ouvrier russe, et que "les réussites" (à quel prix !) sont dues aussi au travail et même à la qualité de nombreux cadres qui sont arrivés sur "le front du travail" à la fin des années 20 et au début des annéées 30, sortant tout droit des instituts techniques mis en place pour sortir une "elite ouvrière" apte à remplacer les anciens ingénieurs "bourgeois", suspects par définition. Sans eux, et malgré le coût humain que vous évoquez à juste titre, il n’y aurait pu y avoir une telle industrialisation en un si court laps de temps. ***

Bien entendu, il fallait tout de même des gens compétents quelque part !

Pour conclure : je vous mets au défi de trouver une citation de moi disant que Hitler met en place "un appareil d’Etat hautement performant". J’écris au contraire à tout bout de livre, d’article et de message que tout est biaisé par son programme de conquête à l’est et de remodelage expéditif de la planète et de ses habitants. C’est à son service qu’il enrôle des compétences, souvent de grande qualité (Speer, L. Riefenstahl, Guderian, etc, etc.), mais en décidant souverainement des limites de leurs fonctions.

le 15 décembre 2000

[1]

quelques échanges sur l’intelligence de Hitler



---------------------
Tous droits réservés © Copyright 2004 F. Delpla
Site
sous Spip - TZR-Créations