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Débats

Hitler a failli gagner en mai 1940



FORUM DE SCIENCES PO, MAI 2006



Dans un débat sur les erreurs stratégiques de Hitler, il est indiqué par plusieurs intervenants qu’il a été près d’arriver à ses fins en mai 1940.

Le 8 mai 2006 à 10h je dépose ce qui suit :

Cela a été dit, mais pas assez mis en avant à mon avis : la preuve de la rationalité du projet hitlérien, c’est qu’il a été à deux doigts de s’appliquer, en mai 40 : France à terre, Führer ayant tous les Allemands à ses pieds sauf une poignée d’opposants KO debout, mains libres à l’est, Staline universellement honni et bien obligé de laisser coloniser l’Ukraine, de gré ou de force (et incité à le faire par la grande ombre de Lénine signant à Brest-Litovsk). Cela à une toute petite condition : que Chamblerlain reste au pouvoir non pas deux mois de plus mais 15 jours. Hitler ne demandait aucune annexion à la suite de ses fulgurantes conquêtes sur l’Atlantique et était prêt à les évacuer ; il ne voulait pas non plus de colonies, ou de désarmement naval britannique, bien au contraire. Il pouvait même sauver la face de l’Angleterre et de la France en reconstituant une petite Pologne théoriquement indépendante.

A part votre serviteur, il y a un auteur bien vu, rarement contesté... mais peut-être enseveli sous les compliments et peu ou mal lu, qui a contribué à dégager tout cela. Il est Américain, se nomme John Lukacs et trois de ses ouvrages sur le sujet ont été traduits en français.

Reste l’argument : Hitler avait eu assez de chance, il fallait bien qu’elle tourne, Churchill était là au bon moment et c’est ce qui compte... Mais il faut préciser que Churchill est arrivé au pouvoir par le hasard d’une crise ministérielle et en tant que poids plume parce que les poids lourds (Chamberlain et Halifax) ne s’entendaient pas (comme si Alliot-Marie nous présidait le gouvernement avant la fin de la semaine) : nullement pour appliquer sa politique, ce qu’il n’a réussi qu’au prix d’incroyables acrobaties, surtout pour faire rejeter les offres hitlériennes du 24 au 28 mai (ou plus exactement refuser qu’elles soient même communiquées au cabinet). Une victoire longtemps précaire, et dont la précarité est la meilleure explication, et du vol de Rudolf Hess un an plus tard, et du déclenchement, en désespoir de cause, de Barbarossa avant la paix sur le front de l’ouest.

Si Hitler attaque alors c’est qu’il n’a plus le choix, car s’il n’avance pas il recule inexorablement... et, pour commencer, consolide Churchill, lequel assène à longueur de discours qu’il ne fait plus aucune manoeuvre d’envergure parce qu’il a peur. Donc, il n’y a plus rien d’autre à jouer qu’un effondrement du communisme comme un château de cartes, une chute consécutive de Churchill enseveli sous les catastrophes (pour poursuivre la métaphore précédente : villepinisé !) et, enfin, LA PAIX, avant le réarmement et l’entrée en guerre des Etats-Unis.

La question la plus intéressante est : pourquoi, aujourd’hui, cela n’est-il pas dans tous les manuels ? Et la réponse : parce qu’il n’y a pas eu encore de conditions historiques permettant de remettre en cause un tombereau de légendes avantageuses, tout particulièrement celle d’un Roosevelt qui avait tout compris dès 1933 et usait de patiente pédagogie avec son peuple pour qu’il soit au rendez-vous décisif.

John Lukacs sur ce site

le 8 mai 2006



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