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La subtile censure de Daniel Schneidermann




Mardi 14 novembre 2006, avant-veille du vote des adhérents du parti socialiste pour désigner leur candidat à l’élection présidentielle, j’ai posté sur le "Big Bang Blog" (appellation humble s’il en fut !) un message.

Il portait sur la proposition de Ségolène Royal d’imposer aux enseignants de collège, contre tout bon sens et sans la moindre analyse, une présence de 35 heures hebdomadaires dans leurs établissements où déjà, en règle générale, on s’écrase dans des locaux bondés ; mais je remarquais que ses deux concurrents l’avaient attaquée mollement et tardivement sur le sujet, alors que sa proposition datait d’un an... et qu’elle-même la tenait sous le boisseau. Et je stigmatisais la méthode consistant à produire sur un site Internet anonyme, à dix jours su scrutin, une vidéo de janvier dernier montrant une intervention particulièrement faible de la candidate sur le sujet dans une réunion interne du PS ; je trouvais les trois coupables présumés (Fabius, Strauss-Kahn et Jospin, lequel pouvait nourrir encore des espoirs de candidature au cas où SR échouerait et où ses deux rivaux obtiendraient des scores voisins) tout aussi répréhensibles si la "fuite" venait d’eux ou si, par leur passivité et leur crainte d’aborder en face les questions scolaires, alors qu’ils connaissaient la bourde de leur rivale, ils avaient laissé à n’importe quel provocateur de la Toile la possibilité de semer la zizanie au moment choisi par lui (en l’occurrence, mais ce n’est pas mon sujet du jour -ni celui de personne !-, il serait bon d’étudier l’impact de cet incident sur le résultat : il n’a sans doute pas été inversé, mais l’affaire a très probablement profité à la victime, qui a pu parfaire son personnage de victime, justement, en dénonçant dans la dernière ligne droite les procédés "machistes" de ses rivaux... elle qui s’était targuée tout au long de la campagne de ne pas les attaquer... et d’être la seule à ne pas mener d’attaques personnelles, ce qui vaut tous les "je suis modeste et je m’en vante" et autres "je suis athée, Dieu merci").

Dans ce message proposé à la modération du blog de Schneidermann, donc, je désignais en passant Ségolène Royal comme la "maldonne des sondages" -elle que les gazettes en disaient "la madone". Cela m’était venu sans aide extérieure consciente, mais j’ai vérifié sur Google et vu qu’un individu m’avait devancé... et n’avait guère fait école.

Comme il s’agit d’un blog modéré a priori et que le délai habituel de publication était largement dépassé, j’ai supposé (sans pouvoir le vérifier car il n’y aucun moyen de s’adresser à la modération sinon en postant sur le blog) qu’on voulait préserver l’icône de l’affront de ce jeu de mots, et j’ai refait un post avec les mêmes éléments, moins celui-là.

Il a été visible dans les minutes suivantes !

Un nouveau message, signalant poliment l’anomalie, n’est pas passé.

Puis, le surlendemain des résultats écrasants du scrutin, on a daigné publier un texte de moi, après un délai dominical dont l’histoire ne dira peut-être jamais s’il fut consacré aux loisirs ou à la réflexion. Je réagissais à un papier idolâtre de Schneidermann ; idolâtrie indirecte, tout de même, on a un rang à tenir : au lieu d’exalter les qualités de l’impétrante, il daubait sur la présumée panique de Sarkozy devant son succès.

Voici ce message :

"La colombe de Kant

19 novembre 2006, par François Delpla

Je ne vois pas souvent rappeler la chose, alors je voudrais tout d’abord rappeler qu’ici, tous, nous nous faisons quotidiennement biaiser. Il n’est jamais question de la modération, or je puis attester qu’elle est orientée et sans appel. Même pas une adresse mél pour demander une explication, juste la ressource de poster sur le blog en mentionnant : "avis aux modérateurs" et, cela vous surprend-il, jamais un retour. Donc l’autisme sous couleur de pluralisme échevelé.

Le biais, c’est que Daniel était ségoliste bien avant d’avoir son chemin de Damas devant la mine de Sarkozy. Et que, loin de se convertir, il se lâche. Il épure son vol. Et il fait irrésistiblement penser au volatile du philosophe prussien, cette colombe qui en a marre de fendre l’air et pense qu’en volant dans le vide elle irait beaucoup plus vite.

La politique c’est la glèbe, c’est lourd, ça sent la sueur, le compromis minable et pour ceux mêmes qui prennent de la hauteur, qui la font au niveau du mythe, les Churchill, les de Gaulle, les Hitler même, c’est travaux forcés tous les jours et descente dans mille détails, comme les gammes du virtuose. Bosseuse Ségolène oui c’est sûr, mais sur sa propre image, longuement réglée devant le miroir et pour le reste, impro et culot. Oui, ça peut faire, s’il n’y a en face que Sarkozy, et alors ? Ce qui compte c’est la France dans la mondialisation, sa capacité à entraîner l’Europe (en n’étant pas seule à pousser de préférence) pour parler d’égal à égal avec les inquiétants mastodontes d’Asie et d’Amérique... et nous irions voter pour quelqu’un qui évite soigneusement le sujet ? Et au nom de son sexe ??

Certes on y va tout droit et l’imprécation est impuissante. Voire. Au-delà du court terme, reste la destinée du régime présidentiel en France et il en ressortirait cabossé. Pour le meilleur, peut-être."

pour en débattre

le 20 novembre 2006



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