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Débats

Himmler : 2007, année de la vérité ?




Sur le "Forum de la Seconde Guerre mondiale"

Résumé des épisodes précédents : paru le 28 mai 2005, le livre Himmler’s Secret War de Martin Allen, affirmant, archives à l’appui, que les services secrets britanniques avaient exécuté Himmler puis maquillé sa mort en suicide, a été traité bizarrement par la presse, les National Archives de Londres et, last but not least, le gouvernement britannique ; deux documents, sur les trois utilisés pour démontrer la thèse en question, ont été expertisés comme des faux grossiers, de façon unique et non contradictoire, quelques semaines après la parution de l’ouvrage et, depuis, le black-out est total ; les ayant-droits des personnes mises en cause n’ont même pas porté plainte et le livre continue sa carrière en librairie.



La mort de Himmler

François Delpla

MessagePosté le : Ven Jan 26, 2007 4:38 pm

Pour l’instant, je n’ai pas grand chose à ajouter aux débats qui s’étaient déroulés sur divers forums au second semestre 2005, dont je me suis efforcé de consigner ici l’essentiel.

Le dernier communiqué des archives londoniennes est particulièrement lamentable :

The police investigation into the six files found to contain forged documents is still ongoing. At this stage The National Archives is unable to make any announcements on the progress of the police investigation. However, we will provide further information when we are able to do so.

On a bien lu : à ce stade, la direction des archives nationales est incapable de donner la moindre nouvelle des progrès de l’enquête de police... qui a débuté un an plus tôt ! Et un an et demi, au jour d’aujourd’hui.

C’est quasiment surréaliste. Vous fournissez un service, celui-ci est saboté par un tiers à votre insu, quand vous vous en apercevez (sans avoir la moindre idée de l’ampleur des dégâts) vous tardez à appeler la police mais finissez par le faire, et vous supportez pendant un an et demi de ne rien savoir de ses investigations alors que vos services restent à la disposition du public !

En fait il faut comprendre que c’est le cabinet Blair qui ne prend pas ses responsabilités et que la direction des archives est prise entre le marteau et l’enclume. Sous cet éclairage, son communiqué est presque insolent.

Quant aux aménités déposées à mon endroit sur le fil cité au début de celui-ci, elles m’inspirent le résumé suivant : j’ai commencé par ajouter foi aux documents produits par Allen et garantis par le sérieux des National Archives, puis quand on a parlé de faux j’ai remarqué la curieuse dichotomie entre deux pages présentées comme grossièrement falsifiées et une troisième, la plus explicite, qui avait résisté à toutes les analyses et n’était traitée de faux qu’en référence aux deux autres. Face à des contradicteurs qui disaient : il y a des faux, ça suffit pour mettre en doute l’ensemble et trouver comestible la version officielle de 1945.

Par ailleurs, à ce jour, l’expertise des deux "faux" reste unique et le fait qu’Allen ait bien eu en main les mêmes pièces, non établi.



De Stéphane Delogu

MessagePosté le : Ven Jan 26, 2007 4:53 pm Sujet du message : bonjour

bonjour françois, la mort d’himmler est somme toute un sujet pour le moins intéressant car matière à controverse. Néanmoins, nous nous sommes limités à discuter de l’effet et non de la cause. ce qui me semblerait tout aussi important. La question n’est pas de savoir comment H.H aurait il "été suicidé" mais pourquoi ? je vous laisse répondre, peut être aurez vous une hypothèse à proposer ?



François Delpla

MessagePosté le : Ven Jan 26, 2007 6:02 pm

C’est dit sur mon site mais je conçois que ce soit un peu long à lire, et pas seulement par la faute de mes interlocuteurs !

Pour faire vite : si une équipe de tueurs spécialement déléguée par le Political Warfare Executive entre en contact avec Himmler sur le territoire allemand le 23 mai 1945, elle a nécessairement reçu sa mission quelques jours plus tôt, voire quelques semaines, donc dans un autre contexte.

Le 23 mai en effet, c’est aussi le jour de l’arrestation en bloc du gouvernement Dönitz. Une mesure que Staline pressait Truman et Churchill de prendre, sans qu’ils se dépêchassent d’obtempérer. C’est-à-dire qu’ils voulaient bien traiter avec ce gouvernement nommé par Hitler, et Churchill explique lumineusement pourquoi dans un télégramme à Eden, daté du 14 : nous avons besoin de Dönitz pour désarmer la Wehrmacht et pour l’instant il nous obéit comme un toutou en convainquant ses soldats d’amener leurs armes dans nos dépôts.

Seulement voilà : Dönitz, en sa capitale d’opérette de Flensburg, avait fait bon accueil à Himmler, pourtant déchu par Hitler quelques jours plus tôt, avant de le virer et de le pousser à la clandestinité, le 10. Il envisageait donc bien, dans un premier temps, de lui rendre ses fonctions de ministre de l’Intérieur, ou quelque poste très élevé dans l’appareil de sécurité, ce qui correspondait bien à la logique himmlérienne (et, à mon avis, testamentairement hitlérienne) consistant à proposer les services de l’appareil SS aux Alliés de l’Ouest en détériorant, par là même, leurs relations avec l’URSS.

Dans cette configuration, Himmler est donc pour Churchill (qui suit l’affaire de beaucoup plus près que Truman et a les idées nettement plus claires) un homme à éliminer d’urgence, tant pour ne pas trop déplaire à Staline que pour s’assurer que Dönitz n’est rien d’autre qu’un expédient provisoire.

Ajoutons que Churchill vient de passer des années à essayer de convaincre ses deux partenaires qu’il faudrait lors de l’avance en Allemagne fusiller immédiatement les cadres de très haut niveau. Ce n’est que le 3 mai qu’il accepte, sous une très vive pression de Truman, l’organisation d’un procès à Nuremberg, et encore, sous réserve d’un accord sur les modalités. Dans le télégramme où il explique à Eden ce revirement du cabinet, il fait contre mauvaise fortune bon coeur en disant : "de toutes façons beaucoup sont morts et bien d’autres peuvent mourir entre-temps."

Donc pour Churchill, les nazis, les vrais, les chefs, ça ne se juge pas, ça se liquide, pour purifier au plus vite l’Allemagne et la rendre gouvernable.

Mais il est clair que quand le 23 il fait arrêter Dönitz (décision qui lui revient car Flensburg est en zone britannique) il pourrait rappeler son commando, si commando il y a, l’exécution sommaire devenant tout d’un coup beaucoup moins justifiable. Il y a là un cafouillage... qui explique la rareté, encore à ce jour, des archives et les nombreuses bizarreries et contradictions des versions officielles et autres témoignages.

Pour moi donc, le mobile semble être beaucoup plus de l’empêcher d’agir que (comme le disent Irving, Bellinger et consorts) de parler.

J’ajoute que ce sont eux, ainsi qu’Allen dans son livre, qui parlent d’une exécution. Les recherches que j’ai faites moi-même, autour du témoignage du capitaine Selvester, m’amènent à pencher plutôt pour un suicide assisté. C’est ainsi d’ailleurs que j’avais intitulé le dossier au tout début, mais plutôt ironiquement. A présent je penche pour l’exactitude du récit de sa fin (sinon que je retarde la date du 23 au 24, les choses ne pouvant s’être passées avant minuit) : il a bien croqué une ampoule pendant un examen buccal... mais on venait de la lui fournir ou peut-être de la lui rendre.



Daniel Laurent

Francais de Bangkok MessagePosté le : Sam Jan 27, 2007 12:52 pm

Mon humble point de vue :

Des mai 1945, l’alliance Ouest - URSS se fissure. Il est donc urgent de préparer l’Allemagne a se trouver dans le "bon camp" et l’élimination des pires criminels est de nature à faciliter le "recyclage" des autres, ce qui sera fait.

Par contre, je ne suis pas d’accord avec Francois Delpla sur un point

Himmler aurait pu parler et élaborer sur toutes les tentatives que Hitler et le régime nazi avaient faites pour signer la paix avec le Royaume-Uni, l’arrêt devant Dunkerque en 40, les voyages de Dahlerus, le vol solitaire de Rudolf Hess en 1941 et les autres.

Oui, les pacifistes anglais auraient pu facilement eviter au peuple Britannique la "bataille d’Angleterre", les V1, les V2 et le reste.

Sir Winston Churchill les en a empêchés. Et, en 1945, il n’avait pas vraiment envie que ce genre de sujet soit discuté.

Comment expliquer a une Lady anglaise dont le mari etait mort sous un bombardement et le fils mort sur les plages Normandes que cela aurait, facilement, pu etre evite ?

Explique moi, Francois. Clin d’oeil



François Delpla

MessagePosté le : Sam Jan 27, 2007 1:41 pm

Apparemment tu veux dire que Winston tenait à éviter un débat sur son "bellicisme", en raison des reproches qu’auraient pu lui faire les familles des victimes. Mais alors, il aurait eu intérêt, au contraire, à exhiber un Himmler, sa criminalité froide, folle et démesurée étant largement de nature à justifier le sacrifice desdites victimes. Himmler risquait de raconter des épisodes où les nazis avaient offert aux British des sorties moins coûteuses ? Mais d’autres le pouvaient tout autant, à commencer par Hess, et on n’allait pas les tuer tous, ce qui d’ailleurs n’aurait fait qu’attirer l’attention. Surtout, ces sorties moins coûteuses, une fois révélée toute la noirceur du régime, seraient apparues tout à fait honteuses et indésirables, alors que ces mêmes révélations donnaient au Royaume-Uni, comme le prophétisait le discours "de la plus belle heure" le 18 juin 1940, une gloire de mille ans, à la mesure des risques encourus par la Grande-Bretagne solitaire en la terrible année juin 40-juin 41.

En conclusion il me semble :

1) que Churchill a dissimulé les tentations (et tentatives) pacifistes de Halifax et consorts au cours de cette période non pas pour soigner sa propre image, bien au contraire, elle en aurait été rehaussée, mais pour faire don de sa gloire à son pays, censé s’être dressé comme un seul homme à l’heure du plus grand péril, et pour préserver l’unité du parti conservateur ;

2) que, à supposer qu’il entre, dans son désir d’éliminer physiquement Himmler, un souci de l’empêcher de parler et pas seulement d’agir, ce n’est point du tout l’image de l’Angleterre qui alors le préoccupe, mais bien plutôt celle des Etats-Unis, et l’unité du camp occidental dans la guerre froide qui se profile. Car les représentants américains en Suède et en Suisse avaient recueilli d’une oreille beaucoup plus attentive que les Britanniques les offres de paix et de retournement des alliances distillées par des émissaires de Himmler à partir de 1943. D’ailleurs Truman, alors complètment sur la touche, risquait de ne rien comprendre et de vasouiller.

Mais encore une fois les délais sont très courts entre le moment où Himmler peut réellement semer une mouise royale entre les Alliés (disons tout le mois d’avril et jusqu’au 10 mai), donc agir, et la soirée du 23 : l’inertie bureaucratique, jointe au surmenage de Churchill, pourrait faire que les choses aient suivi leur cours sans que la rupture du 10 mai entre Himmler et Dönitz provoque un nouvel examen du dossier.



Nicolas Bernard

MessagePosté le : Lun Jan 29, 2007 2:50 pm

Quitte à donner des frissons à certains, il faut bien effectuer une rapide mise au point.

1) La mort de Himmler : un suicide

Comme chacun sait, le SS Reichsführer était en fuite depuis le 6 mai 1945, date à laquelle il avait été exclu du gouvernement du GroßAdmiral Dönitz. Il errait dans les environs de Flensburg avec ses adjoints, dans l’espoir de rallier la Bavière. Il se rasa la moustache, se mit un bandeau noir sur l’oeil, et, sous la nouvelle identité du simple soldat Heinrich Kitzinger, tenta de traverser les lignes alliées. Il fut néanmoins arrêté le 21 mai 1945 (justement parce qu’il était le seul à bénéficier de papiers en règle au milieu de la foule des civils en fuite, ce qui avait paru suspect aux Britanniques) et, conduit dans un camp de regroupement, y révéla son identité, demandant à entrer en contact avec le général Montgomery.

Le capitaine Selvester a fait fouiller Himmler, ce qui a permis aux Britanniques de découvrir deux ampoules de poison. Fait important, l’une d’entre elles était vide. Mais en dépit de ses efforts, Selvester, qui n’a pas procédé à un examen bucchal de peur d’alerter son captif, ne découvrira pas la capsule manquante - voir son témoignage.

Les tenants de la thèse du meurtre avancent un argument : Selvester, ayant fait ingurgiter un sandwich au chef SS, n’aurait rien remarqué d’anormal dans son attitude, notamment s’agissant de cette seconde pilule de cyanure manquante... et obsédante.

Mais ce n’est pas parce qu’Himmler a mangé un sandwich qu’il n’aurait pu conserver une capsule de cyanure dans sa bouche. Au contraire : en soixante ans, personne (à commencer par Selvester), n’a été choqué, ou surpris, par une telle prouesse. Il apparaît même que Selvester était persuadé que la pilule se trouvait dans la bouche - et par prudence, n’effectuera aucune fouille buccale.

Le 23 mai à 20 h, Himmler est expédié à Lüneburg par le colonel Murphy, dans une geôle dépendant du QG de la IIe armée britannique. Il est surveillé par le sergent-major Edwin Austin. Ce dernier lui demande de se déshabiller, en prévision de la visite d’un médecin. Himmler, après avoir manifesté son irritation, s’exécute. A cet instant revient le colonel Murphy, accompagné du capitaine Wells (médecin militaire), qui veut examiner la mâchoire. Peine perdue : Himmler en toute hâte sort une capsule de sa mâchoire. Wells veut l’en empêcher, enfonce deux doigts que Himmler, rentrant la tête, mord jusqu’à l’os. Le colonel Murphy et le sergent Austin se précipitent, trop tard. Wells constatera la mort douze minutes plus tard, après avoir tout tenté pour le sauver.

Ce compte-rendu résulte des versions apportées par ces témoins, dont une version (émise par Murphy) est accessible en ligne. Il se révèle que le colonel britannique, soucieux de se défendre de passer pour ce qu’il est - à savoir l’homme qui a "perdu" le Reichsführer (qui n’était jamais que le numéro 2 du régime nazi) - cherche à diluer ses responsabilités, prétendant notamment que le capitaine Selvester n’a procédé à aucune fouille du personnage.

Tels sont les faits. Mais il se trouve que ces faits ont été contestés. Viscéralement.

2) La "thèse" du meurtre

Un certain nombre d’individus, escrocs authentiques (le "substitutionniste" Dr. Hugh Thomas, le négationniste David Irving, etc.) ou historiens plutôt sérieux (Martin Allen et François Delpla) ont estimé, malgré la certitude entourant les derniers instants de Himmler, que ladie certitude n’était pas si établie. Tandis que Hugh Thomas écrivait que le cadavre de Himmler n’était pas... le cadavre de Himmler, les autres ont allégué que le Reichsführer avait été assassiné, sur ordre de Churchill.

Il convient de rappeler, à cet égard, que la "thèse"du meurtre de Himmler (car je rappellerai qu’au regard du Code pénal en général et du bon sens en particulier le suicide assisté est un meurtre, François), ne repose sur rien d’autre qu’une poignée de documents, décrits comme suit (je cite François Delpla) :

Citation :

Le premier est un mémorandum de Wheeler-Bennett à Bruce Lockhart, daté du 10 mai 45 et faisant suite à une conversation des deux hommes, le second directeur général du Political Warfare Executive, et le premier spécialiste de cet organisme pour l’Allemagne. Le texte dit qu’on ne peut se permettre de laisser en vie "Little H" et qu’il faut donc "eliminate him as soon as he falls into our hands". Raison invoquée : on ne peut pas le laisser paraître à un procès, ni être interrogé par les Américains. (NA, FO 800/868)

Le second document (ibid.) est un télégramme chiffré du 24 mai à 2h 30 du matin, adressé au même Lockhart par un "Thomas" non identifié, qui dit s’être aquitté de la mission (Himmler est mort le 23 vers 23h) et s’être assuré que sa présence sur les lieux ne serait pas signalée. Il emploie le "nous", ce qui fait supposer à Allen qu’il avait un accompagnateur.

Enfin il produit une lettre du 27 mai, adressée par Brendan Bracken (ministre de l’Information -sic !- et très proche de Churchill -comme l’est Lockhart-, le 27, à lord Selborne, ministre de la Guerre économique (en charge du SOE), qui dit "impératif de maintenir un silence complet sur la mort de Little H" et ajoute : "Je suis sûr que s’il venait à la connaissance du public que nous avons trempé dans le décès de cet homme, cela aurait des répercussions dévastatrices sur l’image de notre pays." (NA, HS 8/944)

Malheureusement pour les promoteurs de cette thèse, ces documents ont été expertisés comme des faux, ainsi que je l’avais d’ailleurs suspecté (message intitulé : "De Roswell à Himmler").

Cette expertise a été effectuée dans le cadre d’une très sérieuse enquête menée par le tout aussi sérieux Daily Telegraph. Elle a été pratiquée par le Dr. Audrey Giles, qui a dirigé la Questioned Documents Section du Metropolitan Police Forensic Science Laboratory de Scotland Yard. Ni ses compétences, ni ses objectivités ne sauraient, en conséquence, être remises en doute.

L’historien qui avait publié ces documents, Martin Allen, dans son ouvrage intitulé Himmler’s Secret War, a lui-même reconnu avoir été victime d’une escroquerie : "J’ai été piégé. Mais je ne sais même pas par qui. Je suis absolument dévasté."

Dès lors, il n’y a plus de thèse. Car il n’existe - et j’insiste là-dessus - aucune preuve ou même un quelconque élément de nature à remettre en cause la réalité du suicide du Reichsführer. Sinon des allusions hypercritiques (voir également ici), hypothèses bâties sur des hypothèses bâties sur du vide et des remarques ad hominem.

La dernière version en date de François Delpla consiste en un "suicide à la romaine" : sur le chemin de Lüneburg, Himmler aurait été mis en présence du tueur prétendument mandaté par Churchill, "Thomas", qui lui aurait proposé la capsule de cyanure et convaincu d’opter pour le suicide.

Mais cette version ne résiste pas à l’analyse. Himmler est averti en voiture qu’il est pour ainsi dire condamné à mort ? Mais là où il suffirait à "Thomas" d’aider Himmler à mettre en pratique l’ordre de Churchill, les conspirateurs préfèrent recourir à une mise en scène passablement compliquée, où l’on compte sur la docilité anglophile du prisonnier, et où le décès surviendra devant des témoins qui ne sont pas dans la confidence, au risque de susciter davantage de soupçons. Est-ce crédible ?

Assurément non. Puisque "Thomas" a reçu un ordre d’exécution, autant y procéder de manière discrète et rapide, à la Rommel et non à la romaine, et encore moins à Lünebourg, où tout le monde va et vient comme dans un moulin, et où il n’est pas du tout certain que Himmler acceptera de remplir sa part du marché.

3) Où est le mobile ?

Elément fondamental : la totale absence de mobile des Britanniques.François Delpla l’a très bien réalisé, et essaie - comme on le revoit dans ce fil - de bâtir un mobile de bric et de broc, aboutissant à ce qui ne reste qu’une spéculation embrouillée.

Selon lui, l’"assassinat" de Himmler s’ancre dans une opération de liquidation des criminels nazis amorcée pendant la guerre, Foxley. Peu importe, après tout, que l’organisation "coupable" désignée dans les faux documents (le PWE, en charge de l’action politique) ne se soit jamais occupée d’assassinats, ce type de mission étant davantage dévolue au fameux SOE (d’ailleurs en charge de l’opération Foxley, après avoir exécuté Heydrich en 1942) - voir le débat.

Et peu importe que la fin du conflit soit survenue... quinze jours avant le prétendu meurtre. Churchill aurait, en effet, fait supprimer Himmler pour des motifs assez obscurs et incohérents, tenant (si j’ai bien compris) à maintenir l’ordre en Allemagne et à renforcer la légitimité gouvernement Dönitz : l’élimination du Reichsführer SS aurait été un signal adressé aux nazis, SS et autres terroristes du Werwolf... Il se serait peut-être agi d’exhiber le ridicule cadavre du Reichsführer pour humilier profondément le très effondré Ordre noir.

Peu importe là encore que le gouvernement Dönitz soit dissous par les Alliés (dont les Britanniques) le 23 mai 1945, que le Werwolf se révèle rapidement être un mythe, et que l’ordre règne relativement dans une Allemagne dévastée, et surtout que pas une pièce ne nous soit apportée pour confirmer les intentions de Churchill. François Delpla est bien obligé, à ce stade, de reconnaître qu’il y a un problème :

Citation :

Cela dit, il coule infiniment d’eau sous les ponts de l’Ilmenau entre le 3 et le 24 mai 1945 : l’Allemagne n’est plus en guerre (mais l’Angleterre si, contre le Japon, et elle veut avoir LA PAIX en Europe ! et pas du trouble causé par une Head of Gestapo). Dönitz a rompu avec Himmler. Le Wehrwolf ne se manifeste guère etc. Autant de choses qui écartent le trouble. Resterait à savoir comment tout ça s’articule et nous mesurons que nous ne savons pas grand-chose.

Et peu importe ici que ladite période soit, en fait, plutôt bien connue - voir par exemple l’excellent ouvrage de Marlis Steinert, Les derniers jours du IIIe Reich. Le gouvernement Dönitz, Casterman, 1971.

François Delpla se voit imposer, pour défendre son hypothèse du "meurtre", d’échafauder un mobile si peu solide qu’il lui faut difficilement rebondir de fait en fait pour reconnaître, plus ou moins implicitement, qu’il n’en existe pas.

Soyons sérieux. Les Britanniques n’avaient strictement aucun intérêt à éliminer Himmler. Maintenir l’ordre en Allemagne ? Ils y parvenaient déjà, et l’on voit mal ce qu’un tel meurtre aurait apporté, d’autant que l’idée était de faire croire au suicide. Appuyer Dönitz ? Mais lorsque Himmler se tue, ce gouvernement est renversé par les Alliés - de surcroît, emprisonner Himmler dans l’attente d’un procès suffisait amplement. Humilier les nazis ? Comme précédemment, Un procès suffisait amplement. Dissimuler, comme le pensait Martin Allen, la réalité des négociations entre les nazis et les Occidentaux ? Mais précisément, lesdits Occidentaux pouvaient au contraire se vanter d’avoir rejeté les offres de paix nazies - ce que François Delpla admet plus haut.

En d’autres termes et pour conclure, rien, strictement rien, ne vient à l’appui de la "thèse" du meurtre de Himmler. Il convient de le garder à l’esprit, pour éviter de tomber dans certains pièges.



François Delpla

MessagePosté le : Lun Jan 29, 2007 5:58 pm

Voilà bien, Nicolas, un plaidoyer d’avocat bien plus qu’une contribution à un débat d’historiens ou d’amateurs d’histoire.

Je conçois tout à fait qu’on puisse estimer que ma thèse tient du bricolage... à condition de reconnaître que cette paille se fait poutre dans l’oeil des autres ! Car je m’efforce de faire tenir ensemble les faits connus et je crois bien être le seul.

Tu daignes rendre compte du témoignage de Selvester à partir, non des ouvrages approximatifs de Manvell ou Padfield (qui mettent bout à bout des bribes de documents en gommant les plus grosses contradictions), mais du document que j’ai trouvé par miracle l’année dernière aux archives de Kew, dans une toute petite oasis au milieu d’un Sahara de dossiers clos ou truffés de pages censurées (c’est l’état actuel des archives disponibles sur la mort de Himmler, tu le sais par moi et tu n’en souffles mot ni n’en tiens compte ; il y a tout de même du progrès par rapport au temps où tu écrivais que toutes les archives étaient ouvertes). Or ce document est incompatible avec la lecture que tu en donnes sur un point qui n’est pas mince -et que le post auquel tu prétends répondre rappelle : celui des horaires. Loin de se produire le 23 peu après 20 heures, le décès de Himmler, suivant le témoigage précis et assuré de Selvester qui dit l’avoir eu dans son camp une dizaine d’heures à partir de 14h, n’a pu se produire avant minuit, et doit donc désormais être daté du 24.

Autre déformation : Selvester ne parle pas simplement d’un sandwich. Il dit qu’il avait été choisi pour sa dureté et que Himmler le mâchait sans précaution apparente, qu’il y a eu encore d’autres absorptions de nourriture dans la soirée et que lui-même et ses collaborateurs, soit en tout 6 ou 7 personnes, ont assuré une surveillance permanente de la façon dont il se servait de sa bouche, tant pour parler que pour s’alimenter. Nos lecteurs apprécieront, pour une fois, ta concision.

Ce témoignage établit donc qu’il y avait très peu de chances que Himmler pût conserver aussi longtemps et dans de telles conditions une ampoule dans sa bouche, surtout si on admet, ce que tu fais, qu’elle était semblable à celle qui lui avait été retirée, soit classique, fragile et longue de plusieurs centimètres. D’où d’ailleurs une floraison de versions sur la composition et la forme de cet objet (métal souple, dent creuse...) dont tu n’entretiens pas davantage ton lecteur.

Mais non content de tes omissions, tu tires aussi grand argument de celles de Selvester. Ce témoignage pulvérisant les versions antérieures, officielles ou non, tu en fais leur pilier principal ! au motif que Selvester ne s’est pas étonné qu’il pût y avoir du poison dans la bouche. Je veux croire que tu ne l’as pas relu, ni le dossier l’accompagnant. Il s’agit d’un texte soumis volontairement à la censure du ministère anglais de la Défense dans les années 60, pour savoir ce qu’on pouvait révéler à deux auteurs étrangers ! Je le trouve, pour ma part, déjà bien audacieux de faire part en conclusion de ses doutes, non sur le suicide, mais sur sa rapidité, peu conforme aux dispositions psychologiques dans lesquelles il l’avait vu quelques dizaines de minutes plus tôt... ou plutôt plus tard ! puisqu’il est censé être mort vers 23h après être parti à minuit.

Tu n’es pas plus sérieux lorsque tu dates l’entrée de Himmler dans la clandestinité après sa rupture avec Dönitz : le 6 mai, écris-tu, alors qu’il s’agit du 10. Une erreur de quatre jours, avec l’armistice au beau milieu ! Justement, le fait qu’un tel événement n’ait pas provoqué immédiatement une rupture complète (qui aurait pu se traduire par une arrestation ou au moins un mandat d’arrêt, rendu public ) fournit le mobile que tu dis inexistant : il fallait aider Dönitz, en cherchant l’homme et en l’anéantissant.

Pourquoi, si des émissaires de Churchill ont fait comprendre à Himmler, pendant le trajet, que le jeu était fini et lui ont fourni ou rendu la fatale ampoule, ne la lui ont-ils pas fait croquer tout de suite en catimini ? Eh bien ils ne l’ont pas fait ! Et quand on cache, 60 ans plus tard, autant de choses à l’historien, on n’a pas à le sommer de tout expliquer rationnellement ou de s’agenouiller devant la version classique.

Tout de même, ce n’est pas si illogique que cela. Leur intervention doit être la plus discrète possible, or des dizaines de militaires anglais, ainsi peut-être que quelques prisonniers allemands, ont vu partir Himmler en parfaite santé, et on ne peut pas exhiber quelques heures plus tard un cadavre sans un minimum de mise en scène. Le mieux dans ces cas-là est qu’il y ait des gens dans le coup et d’autres pas -comme ce médecin Wells, qui contrairement aux autres protagonistes n’est pas officier de renseignements et pourra jusqu’à la fin de ses jours raconter la mort de Himmler comme un suicide sans aide extérieure.

A présent, j’invite les membres du forum à relire nos proses respectives et à repérer d’eux-mêmes tes autres omissions. Elles concernent notamment le comportement des autorités britanniques depuis l’éclatement de l’affaire, qu’elles soient politiques, policières ou archivistiques. Il n’est guère audacieux d’y lire à tout le moins l’aveu d’une gêne.

Devant un autre ouvrage scandaleux, John Major avait, en 1992, prestement ouvert les archives concernant l’information de Churchill sur les intentions japonaises avant Pearl Harbor. Alors ? Blair est-il plus négligent, plus anti-churchillien, plus lâche que lui ? Où l’affaire est-elle simplement plus délicate ? Nous le saurons quand on daignera enfin nous éclairer !



(... = une discussion sur l’utilité de la discussion)

François Delpla

Posté le : Mer Jan 31, 2007 11:46 am

"Bons arguments" peut-être. Mais si le point de départ est fautif, où cela peut-il bien mener ?

Nicolas affirme une thèse, claire et nette : celle du communiqué officiel du lendemain des faits.

Je n’affirme rien pour ma part à l’heure actuelle, sinon qu’elle n’est pas solide.

Or mon contradicteur principal, lui, prétend que je soutiens une thèse, celle du meurtre. C’est tellement faux qu’il est obligé, relisez-le si vous en doutez, de me reprocher en même temps d’avoir changé de point de vue depuis ma première intervention.

Posté le : Mer Jan 31, 2007 12:17 pm

Un bref résumé situera peut-être mieux les choses, et l’injustice du renvoi dos à dos pratiqué par Stéphane.

En l’état actuel de mon information, je pense que le récit classique des derniers instants du Reichsführer SS est plausible. Je n’ai pas de raison de le remettre en question... sinon en ce qui concerne l’horaire, avancé de 2 heures environ.

En revanche, la présence dans sa bouche d’une ampoule de cyanure en verre est très étonnante, et l’historien doit se poser des questions à son sujet, étant donné l’aisance avec laquelle il vient de parler et de manger, sous une observation constante qui a duré une dizaine d’heures, et étant donné la fouille à corps qu’il a subie, assortie d’un changement intégral de ses vêtements.



Nicolas Bernard

Posté le : Mer Jan 31, 2007 2:14 pm

François Delpla a écrit : "Bons arguments" peut-être. Mais si le point de départ est fautif, où cela peut-il bien mener ?

Nicolas affirme une thèse, claire et nette : celle du communiqué officiel du lendemain des faits.

Vous renouvelez votre mensonge - je me suis déjà expliqué à ce propos dans un message auquel vous n’avez jamais répondu.

Citation : Je n’affirme rien pour ma part à l’heure actuelle, sinon qu’elle n’est pas solide.

Donc, vous affirmez... quelque chose. Vous remettez en cause la réalité du suicide de Himmler. Et je ne sache pas que vous défendiez la thèse de l’accident.

Citation : Or mon contradicteur principal, lui, prétend que je soutiens une thèse, celle du meurtre. C’est tellement faux qu’il est obligé, relisez-le si vous en doutez, de me reprocher en même temps d’avoir changé de point de vue depuis ma première intervention.

Nouveau mensonge.

Tout d’abord, vous niez une fois de plus vos propres termes. Revoyons donc vos deux affirmations centrales :

1) La thèse du suicide (que vous ne qualfiez jamais de "réalité", mais de "thèse", ou de "version officielle", ou de "communiqué officiel du lendemain des faits") peut être remise en doute, au vu essentiellement de (prétendues) grosses divergences entre les témoignages.

2) Himmler s’est suicidé, mais a été convaincu d’agir à cet effet par un agent inconnu, lequel lui a remis une capsule de cyanure. Ce qui vous permettait de parler de suicide assisté.

Or, et je l’ai déjà rappelé, au regard des dispositions du Code pénal comme de la plus élémentaire logique (dont s’inspire le Code pénal), le suicide assisté est un homicide, un meurtre.

En d’autres termes, vous défendez bel et bien la "thèse" du meurtre.

J’ai effectivement signalé que votre "thèse" avait évolué, non devant les arguments que je vous produisais (voir également ici), mais suite à une recherche aux archives qui a corroboré la totalité desdits arguments (résumés sur ce forum ici, avec un complément là). Ce qui ne manque pas d’intérêt quand on se souvient que vous avez embrassé ladite "thèse" sans l’ombre d’un esprit critique, avant même d’achever l’ouvrage qui l’initiait.

Or donc, vous êtes passé d’une thèse (l’assassinat pur et simple, par voie directe, par un agent mandaté par Churchill - en dépit de tous les témoignages et du fait que l’existence de cet agent repose sur des faux documents), à une autre, celle du suicide assisté. Ce qui revient à passer d’une affirmation que vous reconnaissez totalement erronée à une version encore plus absurde, et tout aussi dépourvue du plus petit atome d’ombre de commencement de preuve.

Je constate qu’une fois de plus, loin de répondre au fond de mes observations, vous :

1) jouez sur vos propres mots ;

2) déformez les propos de votre interlocuteur ;

3) continuez de défendre la même "thèse" sans admette un seul instant avoir pu vous tromper, alors que la preuve en a été plus d’une fois rapportée.

Est-ce une manière de débattre ? La réponse est dans la question.

Posté le : Mer Jan 31, 2007 2:19 pm

François Delpla a écrit : Un bref résumé situera peut-être mieux les choses, et l’injustice du renvoi dos à dos pratiqué par Stéphane.

En l’état actuel de mon information, je pense que le récit classique des derniers instants du Reichsführer SS est plausible. Je n’ai pas de raison de le remettre en question... sinon en ce qui concerne l’horaire, avancé de 2 heures environ.

Relisez-vous, François. Vous écrivez précédemment, s’agissant de la thèse (la réalité) du suicide :

Citation : Je n’affirme rien pour ma part à l’heure actuelle, sinon qu’elle n’est pas solide.

Donc, cette "version" (cette réalité) est plausible, mais elle n’est pas solide ?

Citation : En revanche, la présence dans sa bouche d’une ampoule de cyanure en verre est très étonnante, et l’historien doit se poser des questions à son sujet, étant donné l’aisance avec laquelle il vient de parler et de manger, sous une observation constante qui a duré une dizaine d’heures, et étant donné la fouille à corps qu’il a subie, assortie d’un changement intégral de ses vêtements.

Vous radotez. J’ai déjà expliqué ça (voir également ce message).



François Delpla

Posté le : Mer Jan 31, 2007 3:03 pm

Ces réponses aussi claires que psittacistes auront au moins le mérite, j’espère, de faire ressortir notre différence d’approche. J’argumente uniquement au niveau des textes et documents d’époque, tu t’en évades volontiers, au point que l’essentiel de ton argumentation tend non pas à étayer ta thèse, mais à dénigrer les sources d’Allen, les mensonges de Delpla, etc. Et surtout le fait (sacrilège ?) que ledit Delpla ne rende pas les armes immédiatement à tes démonstrations évidemment imparables.

Comme chacun peut le vérifier au moyen des liens que tu prodigues, je n’affirme plus aucune thèse depuis environ la mi-juillet 2005. Je me livre, comme d’ailleurs tu l’écris parfois, à des spéculations. Si la version officielle est fausse, que peut-il bien s’être passé ? Notamment, comment diable Himmler a-t-il pu conserver ou récupérer du poison après une fouille et une surveillance pareilles ? A ce niveau, rien d’autre ne me vient à l’esprit que l’intervention d’une équipe du PWE, agissant suivant des directives churchilliennes, récurrentes depuis au moins deux ans, tendant à la liquidation du gratin nazi. C’est tout, je n’en dis pas plus, tout en accusant de plus en plus vertement les autorités londoniennes qui semblent n’avoir d’autre préoccupation que d’empêcher quiconque de vérifier quoi que ce soit.

Et toi, quand vas-tu te décider à protester contre cette course de lenteur, au lieu de leur accorder de la plus spéculative manière, et sans aucun "peut-être" ni point d’interrogation, l’excuse ( ?!) de la bureaucratie ?

Comme des gens que je ne nommerai pas, tu n’as de cesse d’obtenir de moi un aveu. Tu ne vois même pas que je l’ai fait, ou alors peut-être ne me suis-je pas couvert assez la tête de cendres ? Il faudrait que j’avoue que j’ai raisonné à partir de documents faux. Je n’ai jamais fait aucune objection là-contre... mais nous retombons sur le problème précédent : je ne veux pas me faire avoir une deuxième fois et je ne crois pas abuser quand je demande qu’on permette au plus vite à des experts indépendants, ainsi qu’à tout un chacun, d’examiner le dossier.

Je n’ai ni regret ni remords d’avoir ajouté foi à des pièces émanant des archives de Kew Gardens, lesquelles n’avaient au grand jamais fait l’objet du quart du premièrement d’une telle suspicion. Donc l’aveu est là, mais pour les cendres tu repasseras. Quant à en dire plus pour l’instant sur les faux et leur provenance, je te promets que je ne me déroberai pas quand les fins limiers auront daigné nous entretenir du résultat de leurs investigations.



Nicolas Bernard

Posté le : Jeu Fév 01, 2007 2:28 pm

(...)

Citation : auront au moins le mérite, j’espère, de faire ressortir notre différence d’approche. J’argumente uniquement au niveau des textes et documents d’époque,

Votre aplomb dans la mauvaise foi est sidérant. Sans commentaire.

Citation : tu t’en évades volontiers,

Je m’en évade tellement que je les cite pour ainsi dire dans chacun de mes messages...

Citation : au point que l’essentiel de ton argumentation tend non pas à étayer ta thèse,

Ce n’est pas "ma thèse" : c’est une réalité reposant sur documents et témoignages, admise par tous les historiens (du moins, les historiens sérieux).

Citation : mais à dénigrer les sources d’Allen,

De l’art de jouer sur les mots : je rappelle que les sources de Martin Allen sont des faux. Et vous causez de dénigrement ? Zola qui dénonce dans J’accuse... les faux qui fondaient la condamnation de Dreyfus, il fait oeuvre de "dénigrement" ?

Citation : les mensonges de Delpla, etc.

Exemples ici. Message auquel vous n’avez jamais répliqué...

Citation : Et surtout le fait (sacrilège ?) que ledit Delpla ne rende pas les armes immédiatement à tes démonstrations évidemment imparables.

Je ne sais pas. Je constate que vous ne réfutez pas mes messages - au passage, vous prétendiez manquer de temps pour répondre à mes questions touchant à la famine en Ukraine, or je vous trouve ici à "débattre" une fois de plus sur le suicide de Himmler...

Citation : Comme chacun peut le vérifier au moyen des liens que tu prodigues, je n’affirme plus aucune thèse depuis environ la mi-juillet 2005. Je me livre, comme d’ailleurs tu l’écris parfois, à des spéculations. Si la version officielle est fausse, que peut-il bien s’être passé ? Notamment, comment diable Himmler a-t-il pu conserver ou récupérer du poison après une fouille et une surveillance pareilles ? A ce niveau, rien d’autre ne me vient à l’esprit que l’intervention d’une équipe du PWE, agissant suivant des directives churchilliennes, récurrentes depuis au moins deux ans, tendant à la liquidation du gratin nazi. C’est tout, je n’en dis pas plus, tout en accusant de plus en plus vertement les autorités londoniennes qui semblent n’avoir d’autre préoccupation que d’empêcher quiconque de vérifier quoi que ce soit.

Ce faisant, vous énoncez... une thèse. Celle de l’assassinat de Himmler (par suicide assisté).

Citation : Et toi, quand vas-tu te décider à protester contre cette course de lenteur, au lieu de leur accorder de la plus spéculative manière, et sans aucun "peut-être" ni point d’interrogation, l’excuse ( ?!) de la bureaucratie ?

Je me suis déjà expliqué là-dessus, en mentionnant d’autres affaires explosives qui n’ont pas fait l’objet d’une réaction plus rapide de la part des Archives, alors qu’il n’y avait rien de bien "mystérieux" à protéger. Je ne suis pas, comme vous, à dénoncer un pseudo-complot dirigé par Tony Blair (et pourquoi pas la Marine luxembourgeoise ?).

Citation : Comme des gens que je ne nommerai pas, tu n’as de cesse d’obtenir de moi un aveu.

Pfff... Ca belle lurette que, dans ce débat comme dans d’autres, et lorsque vos erreurs ont été exposées et démontrées, j’ai perdu l’espoir de vous voir un jour reconnaître l’inanité de certaines de vos "thèses".

Citation : Tu ne vois même pas que je l’ai fait, ou alors peut-être ne me suis-je pas couvert assez la tête de cendres ? Il faudrait que j’avoue que j’ai raisonné à partir de documents faux. Je n’ai jamais fait aucune objection là-contre... mais nous retombons sur le problème précédent : je ne veux pas me faire avoir une deuxième fois et je ne crois pas abuser quand je demande qu’on permette au plus vite à des experts indépendants, ainsi qu’à tout un chacun, d’examiner le dossier.

Blablabla... Et toujours aucun retour sur le fond, aucune réfutation de mes messages. Non que je sois surpris, mais il faut bien le rappeler.

Citation : Je n’ai ni regret ni remords d’avoir ajouté foi à des pièces émanant des archives de Kew Gardens, lesquelles n’avaient au grand jamais fait l’objet du quart du premièrement d’une telle suspicion.

J’avais déjà rappelé, en citant l’exemple de "l’affaire Roswell", que les meilleurs centres d’archives pouvaient receler des faux déposés par des petits malins. J’ai cité d’autres arguments qui me laissaient penser à la falsification. Mais vous n’en avez tenu aucun compte - voir ici.

Citation : Donc l’aveu est là, mais pour les cendres tu repasseras. Quant à en dire plus pour l’instant sur les faux et leur provenance, je te promets que je ne me déroberai pas quand les fins limiers auront daigné nous entretenir du résultat de leurs investigations.

On fait le pari ?

Blague à part, et pour revenir à vos méthodes : vous prétendez vous appuyer sur les documents et témoignages ? Certes, mais pour mieux les écarter, en exploiter les prétendues failles, ce qui vous permet de clamer haut et fort qu’il y a mystère là où la réalité des faits n’est aucunement de nature à susciter le moindre doute. Vous n’avez pas la moindre preuve à l’appui de vos affirmations, et reconnaissez-vous même spéculer sur ce dossier. Mais votre entière "thèse" est une gigantesque spéculation bâtie sur du vide - pire : contredite par les pièces et même la logique la plus élémentaire. J’ai déjà apporté d’amples précisions à ce sujet, pas la peine d’aller plus loin.

Quant à votre "thèse", ne prenez pas vos lecteurs pour des imbéciles : loin de vous retrancher dans une prudente neutralité, vous énoncez bel et bien que 1) la "thèse" (sic) du suicide est sujette à caution ( !), 2) "rien d’autre ne me vient à l’esprit que l’intervention d’une équipe du PWE, agissant suivant des directives churchilliennes" pour expliquer de prétendues divergences importantes entre les témoignages ou la possibilité, pour Himmler, de conserver sa capsule de cyanure - possibilité qui n’a jamais été remise en cause par les témoins que vous invoquez pour, précisément, la remettre en cause. En d’autres termes, votre attitude, dans cette pseudo-affaire, est révélatrice d’une certaine hypocrisie : assumez vos propos, une bonne fois pour toutes, au lieu de jouer sur les mots, revenir à des considérations générales hors-sujet ou mensongères, et garder le silence face aux arguments que je soumets ici et ailleurs.



François delpla

Posté le : Jeu Fév 01, 2007 3:16 pm

Nicolas Bernard a écrit :

(...)

En fait, Himmler n’a pas été arrêté à Lüneburg, mais à Meinstedt, le 21 mai. Lui et ses collègues ont été amenés au camp d’internement de Westertimke. Ce n’est qu’ensuite, le 23, qu’il sera transféré à Lüneburg. Et ce n’est qu’à Lüneburg que sa mâchoire sera examinée, avec le résultat que l’on sait : son suicide.

Entre-temps, le capitaine Selvester, qui avait la charge du prisonnier jusqu’à sa récupération par le colonel Murphy, n’aura procédé à aucune fouille bucchale, craignant un suicide inopiné. Il lui aura bien fait ingurgiter de la nourriture, ne remarquera rien d’anormal - mais il était possible à Himmler de conserver la capsule de cyanure dans sa bouche, le fait n’a d’ailleurs surpris personne.

Je souscris, sauf, on s’en doute, à la dernière phrase.

"de la nourriture" ? pourquoi ne pas préciser : un sandwich choisi pour sa dureté, qu’il a dégusté sans précaution apparente ?

"il" ? pourquoi cacher qu’après l’arrivée du grand chef de Selvester, Murphy, Himmler a également mangé et bu ?

enfin, il siérait de préciser que la bouche n’a cessé d’être observée de l’extérieur par Selvester et nombre de ses subordonnés, commis à cet effet.

Qu’une oblongue ampoule en verre fragile, faite pour être facilement et fatalement croquée, ait survécu intacte dans sa bouche, et soit passée inaperçue, pendant tout ce temps (de 16h à minuit), voilà qui serait TRES surprenant.

Ou alors Selvester ment, et en bonne logique tu l’as souvent supposé au cours de nos échanges. Chacun, dis-tu, aurait voulu cacher ses négligences, Murphy comme Selvester. Cela n’a jamais été de ta part que pures spéculations, destinées à sauver à toute force le récit traditionnel.

Or depuis que j’ai fait, bien seul à ma connaissance, l’effort de tenter malgré la censure omniprésente d’arracher des infos aux National Archives, et que j’ai ramené et publié le rapport de Selvester, il devient plus difficile encore d’affirmer (ce que tu as encore fait récemment ici) que Selvester cherche à cacher des fautes. Lesquelles ? Il serait peut-être temps que tu nous le précises.

"Aucun témoin", "aucun historien" -pardon, sérieux- ne s’est étonné de la permanence de la capsule mortifère dans la cavité buccale ? Et alors ? En voilà bien, un argument d’autorité. Il serait malgré tout digne d’un peu d’attention si un débat avait eu lieu, ou si un doute s’était exprimé, ou si un travail d’histoire digne de ce nom avait entrepris de vérifier la version officielle.

Mais rien de tout cela n’est survenu (sinon le doute, et non le débat, dans quelques milieux nazifiants et/ou négationnistes, avec des arguments à dormir debout).

Selvester, dans son rapport destiné à Manvell et préalablement soumis à la censure du ministère britannique de la Défense, s’étonne de la rapidité du suicide : j’y vois déjà pour ma part un summum d’irrévérence, et dans le fait que le censeur du ministère laisse passer, l’indice qu’il a peut-être préféré éviter, justement, le débat.



2007, année de la vérité ? Pas sur le Forum de la Seconde Guerre mondiale en tout cas !

Ce forum est un endroit ordinairement très sympathique, où on discute librement et intelligemment d’un nombre croissant de questions capitales et de points de détail révélateurs.

Or la discussion ci-dessus, que j’avais reprise en novembre à la suite de ma lecture de l’ouvrage de Manvell et Fraenkel et de la constatation qu’il rendait compte assez fidèlement du témoignage de Selvester, a été interrompue avec une sauvagerie inédite, à la suite de deux messages émanant de modérateurs et montrant toute l’insécurité intellectuelle que leur procure cette affaire : voir ici

Votre serviteur est accusé à l’avance de voir là une attaque personnelle. Perdu, Stéphane ! C’est politiquement que la chose te dérange.

Je signale ici cet épisode parce qu’il me paraît révélateur de la gêne que suscite, chez des gens de bonne volonté et de bonne foi, la politique de l’autruche qui prévaut actuellement. Gêne qui ne fera que croître et embellir jusqu’à ce que triomphe la solution de bon sens : la publication des résultats de l’enquête sur les "faux", avec les suites judiciaires requises, et celle de tous les documents d’archives présentement "retained" à Londres.

(mis en ligne le 21 novembre 2007)



Une embellie ?

Un nouveau fil, commencé le 26 décembre, n’a été ni saboté ni interrompu :

F. Delpla

Mer Déc 26, 2007 5:56 pm Sujet du message :

La mort de Himmler reste à éclaircir

Sur la prière de certains et après avoir consulté beaucoup de gens, sans toujours obtenir de réponse, il me semble finalement utile de clarifier ce qu’on sait et ce qu’on ne sait pas sur la mort du Reichsführer SS et d’en tirer quelques leçons, tant sur les recherches à entreprendre que sur les pouvoirs que tout démocrate se doit de secouer afin de leur faire lâcher les informations que probablement, et probablement sans raison acceptable, ils retiennent.

1) Le gouvernement britannique, fermement tenu en mais par Winston Churchill, s’oppose jusqu’au début de mai 1945 à la tenue d’un grand procès international des dirigeants nazis -contrairement aux Etats-Unis, à l’URSS et à la France.

2) Churchill finit par céder le 3 mai, de très mauvaise grâce, à telle enseigne qu’il écrit à Eden, après lui avoir annoncé le revirement du cabinet : "D’ailleurs beaucoup sont morts et certains peuvent mourir encore" !

3) La cote politique de Himmler connaît, entre le 28 avril et le 10 mai, des oscillations d’une rare amplitude :

-  28/4 au matin : chef des SS et de toutes les forces de répression sur le territoire encore contrôle par l’Allemagne, et maître du "Wehrwolf" censé poursuivre la guerre sur les arrières des Alliés ;

-  28/4 au soir : déchu de toutes ses fonctions et exclu du testament de Hitler, au profit d’un gouvernement Dönitz-Goebbels ;

-  1/5 : offre ses services à Dönitz, qui ne les refuse pas ;

-  6/5 : chassé par Dönitz mais gardant pignon sur rue dans sa capitale, Flensburg ;

-  10/5 : plonge dans la clandestinité.

3) Du 10 au 23 mai, la cavale de Himmler est lente, maladroite, irrésolue. Il apparaît qu’il aimerait mieux se rendre aux Américains qu’aux Anglais mais il doit pour cela traverser une vaste zone tenue par ces derniers ;

4) Le 22 mai, il se laisse arrêter sans résistance à un poste de contrôle britannique ; ses faux papiers ont tenu, mais ils le désignent comme membre d’une formation policière dont les représetnants sont systématiquement internés ;

5) Le 23, vers 14h, il arrive dans un camp de suspects dirigé par le capitaine Selvester. Au bout de 2h, impatient, il se fait connaître. Selvester le prend sous sa garde personnelle et le fait fouiller complètement. Seule la bouche n’est pas directement explorée car on craint qu’elle ne contienne une ampoule de cyanure (d’autant plus qu’on en a saisi une en fouillant ses vêtements, dans un étui accompagné d’un étui semblable, vide). Mais cette bouche fait l’objet d’une observation extérieure incessante et minutieuse lorsqu’il parle et lorsqu’il mange -la consistance de sa nourriture étant choisie pour qu’il ait à faire des efforts de mastication.

6) Le colonel Murphy, chef des services de renseignements de la 8ème armée britannique, vient diriger les opérations vers 20h, passe des coups de téléphone et finit par envoyer le prisonnier, vers minuit, à son quartier général, dans une voiture où il ne monte pas lui-même.

7) Le décès de Himmler est annoncé le lendemaine par un communiqué disant qu’il s’est suicidé en croquant une ampoule de cyanure pendant la fouille buccale pratiquée dans la villa. Des représentants militaires alliés, puis la presse, défilent devant le cadavre, après quoi il est enterré dans un lieu secret. La version donnée à la presse passe sous silence la durée de la présence du prisonnier, une fois identifié, entre les mains des Britanniques, et, de ce fait, l’invraisemblance de la présence d’une longue ampoule de verre fragile dans sa cavité buccale, dès lors qu’il parlait et mangeait normalement.

Cool Un livre pionnier de Manvell et Fraenkel, en 1965, comporte un premier réexamen sérieux de la version officielle. Il attire, lui, l’attention sur l’invraisemblance notée ci-dessus, mais en se contentant de citer de longs passages d’un témoignage consciencieux et détaillé de Selvester, après quoi les auteurs laissent le lecteur méditer sur les contradictions de ce texte avec un témoignage désinvolte et invraisemblable de Murphy.

9) En 1991, le livre de Peter padfield résout la contradiction en gommant les aspects du témoignage de Selvester qui contredisent celui de Murphy.

10) En mai 2005, un historien peu conformiste mais réputé sérieux et habile à déterrer des archives importantes, Martin Allen, émet en appendice d’un livre sur les négociations secrètes menées par Himmler à la fin de la guerre une explication nouvelle de sa mort : il a été tué par un commando britannique dirigé par un certain "Thomas". Trois pièces sont produites à l’appui

11) En juillet 2005, deux de ces pièces sont qualifiées de "faux grossier" par Audrey Giles, une experte privée ayant travaillé pour Scotland Yard -la troisième, la plus explicite, ayant résisté à l’examen matériel et n’étant traitée de faux que parce qu’elle va dans le sens des deux autres. L’information est répercutée essentiellement par un journal, le Daily Telegraph, et un journaliste, Ben Fenton, l’un et l’autre silencieux depuis septembre 2005. Plaintes, contre-expertises, décisions de justice, retrait du livre ? Néant sur toute la ligne ! Quant aux cartons d’archives comportant les pièces litigieuses, ils ont été soustraits pendant plus d’un an à la consultation, puis remis en place... sous forme de cédéroms... ne comportant plus les pièces en question !!!

12) Quiconque réclame la vérité appartient à la mouvance négationniste... ou se fait accuser d’être à son service, consciemment ou non. Beaucoup des personnes qui discourent au sujet de cette affaire, ou qui ont à prendre des décisions la concernant, par exemple en matière de modération de forums, perdent tout le bon sens, la rigueur, la curiosité, l’équité et le goût du débat qu’on leur connaît par ailleurs.

13) Le gouvernement britannique a réagi à une mise en cause précédente de Churchill, concernant Pearl Harbor, en mettant en accès libre les archives concernées. Or, sur la mort de Himmler, aucune n’est encore disponible ! Les rapports d’époque de Selvester et de Murphy, notamment, sont toujours cachés.

Conclusion : j’ai la faiblesse de penser que ceux qui nourrissent le négationnisme sont ceux qui s’abstiennent de réclamer avec moi la lumière, ou le font du bout des lèvres quand j’ai beaucoup insisté, avant de repartir dans de grandes tirades suivant lesquelles tout est limpide.

pour la suite

le 21 novembre 2007



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