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Continuer sans Lucie




pour en débattre

un regard britannique

mon article dans l’Humanité

Lucie Aubrac a fini par mourir à son poste. Elle avait en effet entrepris son ultime voyage ferroviaire, toujours seule malgré sa quasi-cécité, vers Mont-de-Marsan en octobre 2006 puis s’était couchée satisfaite sur un lit d’hôpital qu’elle ne devait plus quitter, en disant qu’elle avait abusé de ses forces mais qu’elle ne le regrettait pas. Le 16 octobre avait lieu en effet l’inauguration d’un monument à la mémoire des enfants juifs raflés dans les Landes et assassinés à Auschwitz. Une stèle portant leurs noms était dévoilée au Parc Jean Rameau de Mont de Marsan, à côté de celle commémorant les victimes du génocide. Les recherches avaient été menées par deux professeurs et leurs classes du Lycée Victor Duruy de Mont de Marsan, que Lucie avait visités plusieurs fois. Jusqu’au bout de ses forces, la résistante stimulait l’enseignante à moins que ce ne fût l’inverse.

Les sots, les lâches et les jaloux souriront à jamais d’une telle persévérance. C’est pour eux aussi que, pas sectaire, elle continuait.

François Delpla, le 15 mars 2007



A travers la presse, le bon et le moins bon

Libération ose republier sans changement ni avertissement un article d’Olivier Wieviorka sur le livre de Chauvy, intitulé Aubrac : une légende malmenée, datant du lendemain de sa sortie et tout pétri d’indulgence.

Le Figaro, lui, redonne un entretien accordé par le couple Aubrac à Henri Amouroux, datant de la même époque et publié par Henri-Christian Giraud dans le Figaro-Magazine : éclairant sur le sérieux d’Amouroux et la démarche des Aubrac, à la fois ouverte et combative.

Au demeurant, deux quotidiens seulement ont constamment accueilli la médisance et la calomnie contre les Aubrac avec la prudence requise : le Figaro et l’Humanité. En 1998, Armelle Héliot, qui a fait depuis une grande carrière de critique théâtrale, commentait les procès pour le quotidien de la rue du Louvre et avait rendu compte intelligemment de celui de Chauvy. Aujourd’hui, Stéphane Durand-Souffland reprend le flambeau Il a recueilli de la bouche de Me Kiejman, qui avait survolé les procès de première instance et d’appel, une belle citation :

«  Lucie disait  : si on n’avait pas été fous, on n’aurait pas été résistants. C’était une femme chaleureuse, tout d’une pièce, qui tutoyait rapidement. Je me souviens de sa bienveillance à l’égard du monde, elle faisait honte aux sceptiques. Avec elle disparaît une partie de nos certitudes  ».

En verve, le chroniqueur du quotidien de droite ose l’humour décalé : "Du passé faisons table ronde", écrit-il à propos de la triste séance organisée chez un confrère en mai 1997.

Dans le Monde daté du 16 mars, un petit papier honnête de Laurent Greilsamer : le minimum syndical. Et hélas, aucun rappel des sinuosités du journal en 1997, lorsqu’il était allé jusqu’à faire une autocritique pour avoir été trop dur avec Chauvy ! Voir ici.

Mais la palme revient une fois de plus à Libération. Béatrice Vallaeys, organisatrice de la "table ronde", n’a rien appris mais beaucoup oublié. Elle fait une cloison étanche entre, d’une part, une interview généraliste de Laurent Douzou sur la place de Lucie dans Libération-Sud, en passant rapidement sur les calomnies, et, d’autre part, un récit bien à elle de cette "table ronde", d’où il ressort que Lucie aurait été "meurtrie", mais les hôtes étaient si attentionnés que le lecteur aura de la peine à comprendre pourquoi. Rappelons donc ici qu’un certain nombre de publicistes et, hélas, d’historiens, ont colporté que les Aubrac avaient été choqués qu’on ose mettre en question les détails de leurs récits, alors qu’en fait ils s’étaient plaints d’un interrogatoire de type policier et que le compte rendu des débats, publié en juillet suivant par le journal, leur donne à l’évidence raison.

Un esprit aussi distingué que Tzveztan Todorov s’y était laissé prendre et avait compris qu’il s’agissait d’un conflit entre "les Aubrac" et "les historiens". Alors que la quasi-totalité des universitaires qui avaient travaillé sur la Résistance dans le cadre de l’Institut d’Histoire du Temps Présent (Claire Andrieu, Christian Bougeard, Laurent Douzou, Jean-Marie Guillon, Pierre Laborie, François Marcot, Robert Mencherini, Denis Peschanski, Jacqueline Sainclivier et Serge Wolikow) avaient cosigné avec son ancien directeur Robert Frank, fin juillet 1997, un réquisitoire contre la conduite de cette "table ronde" intitulé "Déplorable leçon d’histoire". Ce titre faisait écho au commentaire de Serge July intitulé "Une très belle leçon d’histoire"...

...que Béatrice Vallaeys cite encore pieusement, en ce 16 mars 2007.

et sur le blog de Pierre Assouline



Une énormité sur France 2

C’est ici

Jeudi 15 mars 2007 à 20h, le journal de David Pujadas, après un historique correct de la vie et de l’action de Lucie (malgré une confusion fâcheuse entre mouvements et réseaux, le mouvement Libération-sud étant affublé de cette dernière appellation), est bourré de poison dans la queue :

Proches des idéaux communistes, Lucie et Raymond Aubrac développent leur vie durant une vision très rigide de la Résistance, conçue comme un bloc sans la moindre contradiction.

Illustration ? On vous le donne en mille : un morceau du journal télévisé du 3 avril 1997 dont hélas au moins un télespectateur se souvient -car c’est au vu de cette séquence qu’il a décidé d’écrire un livre. Lucie dit :

Mais il n’y a pas de zones d’ombre ! Je suis une vieille agrégée d’histoire, j’ai quand même passé l’agrégation d’histoire avant guerre, j’ai enseigné pendant trente ans et je sais ce que c’est que les zones d’ombre dans l’histoire !

Ce 3 avril était tout bonnement le jour de la sortie en librairie du livre de Chauvy. Et le couple était interrogé à ce propos. Rétabli dans son contexte, le fragment signifie donc que Lucie conteste qu’il y ait des zones d’ombre dans son histoire à elle, au sens bien particulier que Chauvy accorde à l’expression : des trous sombres où aurait bien pu se loger un marchandage infâme avec la Gestapo, pour la libération de son époux.

Ni Lucie ni Raymond Aubrac n’ont jamais nié qu’il y ait dans la seconde capture de Raymond, celle de Caluire, des points qui restent à éclaircir et qui ont de moins en moins de chances de l’être, car du côté allemand le vide archivistique est à peu près complet. Pour autant, Raymond s’est bel et bien retrouvé dehors, grâce à une action violente qui a coûté trois soldats à une escorte qui ne paraissait guère s’y attendre ! ce qui montre bien que l’ombre, dans ses plis, ne saurait dissimuler des turpitudes. Et bien entendu, les Aubrac ont toujours été à des années-lumière de prétendre que les terribles conditions de la Résistance n’avaient pas, çà et là, engendré des trahisons et de coupables dissimulations, et de s’opposer à ce qu’on fît sur ces aspects toute la lumière possible.

La rigidité de leur vision est donc une invention, que le rapprochement avec les idéaux qu’ils ont partagés à une certaine époque et jusqu’à un certain point rend tout bonnement infâme.

La présente mise au point est communiquée à David Pujadas, pour qu’il fasse rectifier l’information au plus vite.




24 avril 2007

Aucune réponse ou réaction de Pujadas à ce jour. Sinon qu’au début de l’affaire (après deux ou trois rappels tout de même) il a laissé le journaliste auteur du "sujet", Daniel Wolfromm, s’expliquer avec votre serviteur. Ledit journaliste n’a fait qu’essayer d’enrober l’affaire en disant que c’était sympathique d’avoir des réactions de téléspectateur, qu’il haïssait le livre de Chauvy et la "table ronde" mais que Lucie Aubrac avait toujours fait preuve de rigidité, notamment lors de l’affaire "Manouchian" au milieu des années 80. Il reconnaît que l’extrait contesté date bien du jour de la sortie du livre de Chauvy mais assure que, dans l’enregistrement complet, les mots "dans l’histoire de la Résistance" suivent la phrase diffusée "Il n’y a pas de zones d’ombre", mais laisse sans réponse ma demande du script exact (et mon affirmation, que je lui demandais de confirmer, que ce complément de phrase ne figurait déjà pas dans l’extrait diffusé en 1997). Tout cela confirme l’existence d’une manipulation d’image.

Pujadas a notamment été prévenu le 6 avril de la mise en ligne prochaine des lignes suivantes :

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David Pujadas, est-ce si difficile de reconnaître un tort ?

Le soir de l’annonce de la mort de Lucie Aubrac, le journal de France 2, en conclusion d’un résumé honnête de la carrière de cette grande résistante, a donné à la calomnie qui l’a frappée, ainsi que son mari, en 1997, un écho aussi sournois que sinistre. Présentant le couple comme "proche des idéaux communistes" (ce qui est au moins anachronique et jure, par exemple, avec l’appel public de Lucie à voter "oui" au référendum européen de 2005), le commentateur a prétendu qu’il avait développé constamment une "conception très rigide de l’histoire de la Résistance".

Cette injure est cependant moins grave que l’illustration, par une image d’archives, qui la suivait immédiatement : on voyait Lucie sur un ton emporté, clamer qu’il n’y avait "pas de zones d’ombre" ; l’auditeur ne pouvait que comprendre qu’elle prétendait que la Résistance ne devait pas être explorée par les historiens, mais faire l’objet d’un culte intégriste.

Or cette image avait été filmée, et diffusée primitivement, le 3 avril 1997, c’est-à-dire le jour de la sortie du livre de Chauvy, des plus calomniateurs et lourdement condamné comme tel depuis par tous les tribunaux : c’est là-dessus que Lucie Aubrac était interrogée et c’est sur les "zones" prétendument éclairées par le diffamateur qu’elle s’exprimait.

Il se trouve que ce livre, encore actuellement, reste plus connu que ses condamnations judiciaires, par une carence générale des médias, plus soucieux de faire écho aux mises en causes des personnalités que de redresser les torts qui leur sont faits, ce qu’on ne saurait reprocher spécialement à France 2. Il est vrai aussi qu’un certain nombre d’universitaires, regroupés par le journal Libération autour d’une table paraît-il ronde, avaient péniblement consenti à reconnaître que Chauvy mentait, pour ajouter aussitôt, et colporter dans les mois suivants, que le couple Aubrac cachait des choses. Rien de tout cela n’a tenu la distance, tout le monde reconnaît aujourd’hui l’authenticité des exploits de ce groupe de résistants lyonnais en 1943 et l’hommage unanime à Lucie Aubrac dans les semaines suivant son décès montre que la calomnie se porte mal.

Cette manipulation d’image du journal de France 2 est donc une infamie, qu’il faudra bien reconnaître et redresser.

C’est difficile, Monsieur Pujadas, mais si vous tardez cela le sera de plus en plus, sans cesser d’être inéluctable.

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Sur le site de l’INA, un extrait (à la fin) de l’émission Apostrophes dans laquelle, en 1984, Lucie présentait son livre Ils partiront dans l’ivresse. La surprise de Bernard Pivot devant le fait qu’il ait pu ignorer jusque là une histoire aussi épique prouve éloquemment que les Aubrac l’avaient laissée tomber dans l’oubli jusqu’à ce que les attaques de Vergès contre la Résistance à l’occasion de sa défense de Barbie les aient obligés à en parler.

De quoi détromper Daniel Cordier, qui osait encore prétendre, dans son article annexé à la "table ronde" de 1997, que Lucie recherchait la publicité.

Livre Aubrac, les faits et la calomnie

Article de juin 2001 (incluant un compte rendu du procès)

le 25 avril 2007



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