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Eva Braun



Chapitre 8 des "tentatrices du diable" (Editions de l’Archipel, 2005)



Chapitre précédent : Geli

(JPEG) pour le film diffusé sur TF 1, voir ici

Eva Braun est, dans ce conte fantastique et cruel, l’humble jeune fille éblouie par un prince, qui finit par l’épouser au dernier tableau, après mille épreuves. Ces noces ont lieu au bord du tombeau : la littérature connaît aussi cela. Cependant, on hésite à faire de Hitler le héros d’une telle fable. On préfère dire qu’il se conduisait avec elle comme un mufle et on raille volontiers ces épousailles finales en parlant d’un relent d’esprit petit-bourgeois chez celui qui s’était voulu au-dessus de toute règle. On dénigre aussi volontiers l’héroïne pour sa frivolité et son égoïsme. Mettre tout en œuvre pour épouser son prince sans jamais s’apercevoir qu’il est un monstre ou en n’osant se l’avouer, voilà qui suffit à vous attirer des reproches contradictoires, vous trop humble et trop orgueilleuse, trop patiente et trop arriviste.

Certes, cette histoire ne sonne pas juste, comme l’ensemble de l’aventure nazie. Mais, comme bien d’autres épisodes, celui-ci est fort singulier.

Née à Munich le 6 février 1912, la deuxième des trois filles de Fritz Braun, professeur de menuiserie, vient de sortir, à dix-sept ans, d’un pensionnat catholique1, lorsqu’en septembre 1929 elle répond à une petite annonce de Heinrich Hoffmann et se fait engager comme vendeuse dans sa boutique. Quelques semaines plus tard, elle est remarquée par le client le plus célèbre de l’endroit, Adolf Hitler. Ce dirigeant d’un parti connu surtout en Bavière, et encore peu influent au plan national, pénètre dans la boutique alors qu’elle est sur une échelle, lui fait compliment de sa beauté et déguste sur le pouce, avec elle et Hoffmann, une collation que ce dernier l’a envoyée chercher.

Comme avec Maria Reiter, il ne se presse pas de rechercher un contact intime. D’après les confidences familiales recueillies par Nerin Gun, il l’avait d’abord entraînée dans des sorties platoniques.

Elle prend ensuite une place laissée vacante par Geli, à laquelle il semble qu’elle se soit efforcée de ressembler. Elle était déjà d’une corpulence voisine, l’une et l’autre étant légèrement enveloppées. Mais elles différaient par la couleur des cheveux, Eva étant blonde et Geli brune (bien que de nombreux auteurs, peut-être influencés à leur insu par les prédilections capillaires des nazis, aient parlé de la blondeur de Geli). D’après ses sœurs, la mort de Geli joua un rôle capital dans la transformation des sentiments et du comportement d’Eva envers Hitler. Au spectacle de sa peine, elle aurait appris qu’il avait besoin d’être consolé et compris qu’il pouvait éprouver un attachement profond. Hoffmann aurait pu également, pour venir en aide à son ami, favoriser leurs rencontres.

Tandis qu’Eva copiait un certain nombre de traits de Geli, en matière de coiffure et d’habillement notamment, leurs relations ne tardèrent pas à devenir intimes. À défaut de textes et de témoignages, on dispose pour le prouver des travaux photographiques d’Eva, qui avait pris goût à cette activité et ne devait plus jamais la délaisser. Dans ses albums de 1932, on trouve d’abord des scènes familiales puis, brusquement, un grand nombre de photos de Hitler, dont l’une, prise dans le magasin de Hoffmann et représentant Eva en train de serrer la main du chef nazi, porte une mention peu équivoque : « Si les gens savaient qu’il me connaît très bien [1] ! » Un autre élément du puzzle est l’information donnée à Christa Schröder par l’ex-gouvernante Anni Winter, sa compagne de captivité en 1945, qu’« une demi-année après la mort de Geli », soit en mars 1932, Eva Braun avait pris l’habitude de débarquer le samedi avec une petite valise dans l’appartement de la Prinzregentenstrasse cf. SCHRÖDER (Christa), Er war mein Chef, Munich, Joachimsthaler, 1985 .

Le mimétisme avec Geli est cependant poussé jusqu’à une dangereuse extrémité : dans la nuit du 1er au 2 novembre 1932, Eva se tire une balle dans le cou après avoir écrit à Hitler une lettre dont la teneur est restée inconnue. Elle est assez légèrement blessée pour appeler elle-même un médecin. Mais même si l’on met en doute le sérieux de cette tentative, son sens est clair : il s’agit de faire mesurer à Hitler qu’elle éprouve pour lui un attachement tel que, s’il la délaisse, elle renoncera à vivre. Dès cette époque, son but dans l’existence se résume - tous les documents et tous les témoignages convergent dans ce sens - à conquérir l’amour d’Adolf Hitler et à le conserver.

Quant à lui, il aurait dit un peu plus tard à son assistant Fritz Wiedemann, qui l’interrogeait sur son célibat : « Ce n’est pas sans avantages, et pour l’amour (Liebe) j’ai une amie à Munich cf. [2]. » Ici aussi, on trouve une attitude qui restera constante. Il ne veut pas que quiconque aille s’imaginer qu’il est amoureux d’Eva : dans ce contexte, le terme Liebe (que l’on traduit souvent par « bagatelle », ce qui est excessif) a une connotation assez strictement physique.

Une seconde tentative de suicide va avoir des résultats plus substantiels. Elle est, par miracle, assez bien documentée : les pages du journal d’Eva qui l’annoncent et couvrent la période du 6 février au 28 mai 1935, arrachées le soir du drame par sa sœur Ilse lorsqu’elle la découvre, sont les seules qui aient survécu. Elle habite alors avec son autre sœur, Gretl, un petit appartement et passe sa vie à attendre Hitler, quand elle n’est pas dans la boutique où elle est toujours l’employée de Hoffmann.

Elle aimerait beaucoup avoir un chien pour se sentir moins seule mais Hitler ne veut pas et, apparemment, son autorisation est indispensable. Ces notes commencent le jour de son anniversaire. Hitler a envoyé en « ambassadrice », avec des fleurs et un télégramme, la femme de son assistant Schaub et Eva renonce à une sortie familiale, apparemment dans l’espoir de le voir apparaître. Il vient seulement six jours plus tard, le 12, et lui promet de la faire venir bientôt pour deux jours à Berlin, ce dont elle se réjouit vivement sans trop oser y croire. Il revient le 17. Il parle de lui faire quitter le magasin, ce qui lui cause également une joie mêlée de scepticisme. Cette « soirée délicieuse » lui inspire, le lendemain, ce commentaire :

Je suis infiniment heureuse qu’il m’aime autant et je prie qu’il en soit toujours ainsi. Je ne veux pas que ce soit de ma faute si un jour il ne doit plus m’aimer.

Tout un monde d’abnégation tient dans ces simples mots : Eva s’efforce d’être obéissante, agréable, non revendicative. Mais elle ne va plus supporter très longtemps cette ascèse. Le samedi 2 mars, elle passe chez lui un moment « merveilleux », de 22 heures à minuit, puis va au bal « avec sa permission », mais, alors qu’il avait promis qu’ils se verraient le dimanche, il est parti sans explication pour Berchtesgaden. Elle suppose qu’il voulait être seul avec le « docteur G ». En effet, d’après son journal, Goebbels est arrivé à Munich le samedi avec Hitler par le train. Eva attend vainement son retour de Berchtesgaden chez les Hoffmann puis le photographe, prévenu que le Führer, de retour à Munich, s’apprête à reprendre son train, veut aller le saluer à la gare avec Eva mais se met en retard et ils voient seulement « les lanternes rouges du dernier wagon ». Elle suppose qu’il est fâché et se demande si c’est à cause de cette sortie au bal qu’il avait pourtant autorisée. Il ne doit revenir que deux semaines plus tard. Les Hoffmann lui remettent une invitation pour un bal masqué mais elle est « trop triste » pour s’y rendre. Une semaine plus tard, elle dit qu’elle recommence à prendre des somnifères, apparemment pour s’abrutir dans la journée plus que pour dormir la nuit, et se demande : « Pourquoi le diable ne m’emporte-t-il pas ? Cela doit être bien plus beau chez lui qu’ici. »

Propos fort révélateur, dans sa naïveté, sur la force des sentiments que Hitler pouvait susciter : Eva, imprégnée de son éducation catholique, pense qu’elle vit dans le péché et mérite la damnation éternelle. En un pari pascalien à l’envers, elle tente de vivre préalablement un bonheur terrestre, dont il faut croire qu’il a bien des attraits, pour qu’elle accepte d’un cœur léger d’aussi terribles conséquences... Mais en même temps, l’éclipse de ce bonheur est une telle torture que tout vaut mieux, y compris l’enfer.

Le même jour, elle écrit encore : « Il n’a besoin de moi que pour certaines choses. Il ne saurait en être autrement. » Cependant, relisant cela plus tard, elle note en marge : « Sottises », ce qui montre bien les oscillations de son moral. Enfin, toujours le 11 mars, on lit :

Quand il dit qu’il m’aime, il pense : ce n’est que pour le moment. Même chose pour ses promesses, il ne les tient jamais.

Elle écrit ensuite qu’après avoir attendu trois heures devant l’hôtel Carlton, elle a vu Hitler acheter des fleurs à l’actrice Anny Ondra et l’inviter à dîner. Voilà bien une étrangeté : se donner ainsi en spectacle et pister son amant ne lui ressemble guère. Tout s’explique par une mention ajoutée ultérieurement : « Vision de folle, écrit le 16 mars. » Sous cette même date, elle écrit qu’il est à Berlin (sans doute apprend-elle par la radio qu’il est en train de rétablir le service militaire) et se raisonne : « C’est normal qu’il n’ait pas en ce moment beaucoup d’intérêt pour moi, avec tout ce qui se passe en politique. [...] j’espère que ma folie va se calmer. »

Le 1er avril, elle écrit que, la veille, Hitler « les » a invitées (sans doute Gretl et elle) à dîner au restaurant et qu’elle a dû rester à côté de lui pendant trois heures sans pouvoir lui parler. Signe qu’elle n’avait pas le droit de le faire en public : il devait la faire passer pour une secrétaire. Elle se lamente qu’il ne vienne pas plus souvent dîner chez Hoffmann : on peut en conclure que, là, elle a plus de latitude pour montrer ses sentiments. Elle écrit : « Là, du moins, je pourrais l’avoir quelques minutes à moi. » Elle dit aussi qu’en partant il lui a remis une enveloppe contenant de l’argent et déplore seulement qu’elle n’ait pas contenu aussi un mot ! Plus tard, pendant la guerre, elle se plaindra à Speer de cette pratique2 : à cette époque, elle n’avait pas compris ce qu’avait d’humiliant cette façon de lui donner son argent de poche devant témoins, d’autant plus qu’il l’avait déjà fait une fois, écrit-elle. Elle note ensuite, le 29 avril : « Il y a eu des jours, la semaine dernière, où j’ai pleuré chaque nuit en acceptant mon “devoir”. » Voilà un indice intéressant : Hitler lui a sans doute expliqué qu’il lui demandait de se sacrifier au profit de l’Allemagne, en lui faisant miroiter qu’elle en serait un jour récompensée.

Le 10 mai 1935, elle note que Mme Hoffmann - la seconde du nom, prénommée Erna, la mère d’Henriette, Thérèse, dite Nelly, étant morte d’un cancer en 1928 - lui a dit que Hitler lui avait trouvé une remplaçante, nommée Walkyrie. Il s’agit d’Unity Walkyrie Mitford, une jeune admiratrice anglaise qui suivait Hitler à la trace, avait réussi à l’aborder le 9 février précédent, et déjeunait souvent à sa table quand il était à Munich. Nous retrouverons cette demoiselle, qui pouvait être politiquement fort utile à Hitler et que, ne serait-ce que pour cette raison, il n’a vraisemblablement jamais courtisée. Mais une Frau Hoffmann pouvait s’y méprendre et vouloir, par cruauté, charité ou un subtil mélange des deux, informer Eva d’une infortune qu’elle croyait véritable. La jeune fille, elle, a du mal à y croire. Si la nouvelle est vraie, écrit-elle, Hitler est « monstrueux », mais il doit se douter (« me connaître assez pour savoir ») qu’elle ne le retiendrait pas. Elle lui donne jusqu’au 3 juin pour se manifester : la décision d’un suicide est donc déjà bien arrêtée. Cependant, elle termine ce jour-là sur le mode optimiste : « Ce carême prendra fin un jour, et alors tout aura un goût meilleur. »

Finalement, on ne sait pourquoi, elle raccourcit le délai. Le 28, elle écrit à Hitler et décide de se tuer s’il n’a pas répondu à 22 heures. Ce n’est pas Unity qui l’a obsédée les jours précédents, au contraire. Mais le silence de Hitler qui dure, dit-elle, depuis trois mois (elle compte donc pour rien les trois heures muettes au restaurant, le 1er avril), cache sans doute un changement de ses dispositions à son endroit, en tout cas elle le somme, par sa lettre, de s’en expliquer :

[...] Est-ce là l’amour fou qu’il m’a promis, s’il n’envoie même pas, pendant trois mois, un seul mot qui fasse du bien ? D’accord, il a eu la tête pleine, ces temps-ci, avec ses problèmes politiques, mais il doit y avoir quand même un répit. Et l’année dernière ? Il a eu Röhm et l’Italie qui lui ont donné beaucoup de tracas ? Il a malgré cela trouvé du temps pour moi. Il m’est difficile de juger si la situation actuelle est tout aussi difficile pour lui ; néanmoins, quelques mots gentils chez Hoffmann, ou ailleurs, ne l’auraient pas distrait outre mesure. Je crains qu’il n’y ait autre chose derrière. Je n’ai commis aucune faute. Absolument pas. Peut-être une autre femme, pas la fille Walkyrie, ce serait un peu impossible. Mais il y en a tant d’autres.

Après cet extrait, elle écrit encore deux fois et ses derniers mots sont : « Si seulement il faisait téléphoner. »

Ce journal est, malgré sa brièveté, très instructif. Cependant, une contradiction a récemment surgi : dans son livre de 2003, Anton Joachimsthaler dit qu’il s’agit d’un faux. Comme cet auteur a démoli opportunément quelques légendes, il faut examiner ses objections. Elles sont seulement d’ordre graphologique. La remarque avait été faite par Gun, le premier à publier ce texte, que l’écriture n’était pas celle, connue par ailleurs, d’Eva Braun, et il l’expliquait par le fait qu’elle écrivait ici en gothique et qu’il arrive fréquemment que la même personne écrive l’allemand, dans l’un et l’autre alphabet, de manière apparemment très différente. Joachimsthaler entreprend de démontrer qu’il s’agit de deux personnes mais, chose curieuse, il ne s’autorise que de lui-même, sans faire appel au moindre expert. Aurait-il raison, il démontrerait tout au plus que cet exemplaire n’est pas de la main d’Eva, sans établir que le texte même est d’un autre auteur. Pour cela, il faudrait une critique interne ou externe, que Joachimsthaler n’esquisse pas. Or il lui arrive, pour discréditer d’autres sources, de se montrer virtuose dans l’un et l’autre exercice. Son abstention suggère que ce texte est très cohérent, à la fois avec lui-même et avec ce que l’on sait par ailleurs sur les personnages, leurs préoccupations et leurs emplois du temps. Si faussaire il y a, il a donc travaillé en orfèvre, beaucoup mieux, par exemple, que Konrad Kujau, l’auteur du fameux « journal » de Hitler. Il faudrait alors se demander quel service, capable de rémunérer de grands professionnels, a décidé de glisser un tel faux dans les archives saisies par les Américains, dans quelle intention, et pourquoi, au lieu d’attirer l’attention sur ce document, il a patienté jusqu’à ce que Gun le découvre au milieu des années 1960. Et même en admettant que quelqu’un ait voulu, par une telle forgerie, présenter Hitler comme plus humain et plus viril qu’il n’était, il resterait à rendre compte du rôle d’Ilse Braun. Elle a, en effet, confirmé à Gun l’authenticité du texte et lui a expliqué précisément comment elle l’avait détaché d’un ensemble puis restitué à son auteur. Or le recrutement par un service quelconque, désireux d’améliorer l’image du Führer, de ce membre très indépendant de la famille Braun, le seul qui ait gardé ses distances avec le nazisme, est peu concevable [3].

La suite, en revanche, prête à discussion. Eva n’a pris, dit Gun, sans doute d’après une confidence familiale, que vingt comprimés d’un somnifère, le Phanodorm, qui n’était pas des plus puissants. Gretl, qui habitait avec elle, pouvait survenir à tout moment et Ilse, qui était venue lui emprunter une robe, pouvait (ou devait ?) la lui rapporter dans la soirée. Quant à son journal, il trônait, ouvert, sur une cheminée. Bref, elle avait sans doute pris le risque de mourir, mais aussi celui d’être sauvée, ce qui advint car Ilse arriva peu après minuit et, secrétaire médicale de son état, agit aussi efficacement que discrètement.

Hitler, qu’il ait lu ou non le journal, se sent probablement fautif et sans doute aussi mesure-t-il la perte qu’il a failli subir. Puisque Eva souffrait moins de son absence que de l’ignorance où elle était de ce qu’il devenait et de ses intentions de visite, désormais il va donner des nouvelles par lettre et, semble-t-il, surtout par téléphone. Il se pourrait que, pendant la guerre, le coup de fil quotidien soit devenu, dans les périodes où ils étaient séparés, une habitude [4]. Quant à la correspondance, des bribes en ont survécu, datant notamment des lendemains de l’attentat du 20 juillet 1944.

On montre beaucoup une photo du congrès de Nuremberg de 1935 où Eva figure dans la tribune d’honneur, juste derrière Hitler. On n’y voit pas Unity Mitford mais on sait par ailleurs qu’elle était présente, avec sa sœur Diana (cf. infra, chapitre 11). Rarement mise en rapport avec la tentative de suicide, cette faveur paraît tout lui devoir. Hitler fait vraiment un gros effort pour montrer à Eva qu’il tient à elle et qu’aucune rivale n’est à craindre. Mais pour solde de tout compte. Le « devoir » de discrétion reste entier.

Elle a, cependant, gagné une amélioration de son statut matériel. Hitler lui offre une maison, où elle peut désormais avoir un chien. Il lui permet de ne plus travailler et la salarie comme « secrétaire ». Avec ce statut, en se fondant scrupuleusement dans sa suite, elle pourra accompagner le chef lors de certains de ses déplacements, notamment un voyage officiel en Italie, du 3 au 9 mai 1938. Elle avait déjà, en compagnie de sa mère, participé à la tournée triomphale du Führer en Autriche au mois de mars précédent [5].

Entre-temps, dans un testament daté du 2 mai 1938, il lui assure une rente de 1000 marks par mois, équivalente au salaire d’un Gauleiter et à ce qu’il accorde aux membres de sa proche famille, nommés après elle ! Il va la recevoir souvent au Berghof, où elle dispose d’une chambre que seule une salle de bains sépare de la sienne [6].

Certains écrivent même qu’elle en devient la maîtresse de maison. C’est fort excessif. Cependant, elle en a évincé une, et non des moindres : Angela Raubal. Il apparaît, en effet, que celle-ci a appris brusquement la liaison de son frère à l’occasion du congrès de Nuremberg et lui a fait, à ce sujet, des remontrances qui ont conduit, dès la fin de septembre 1935, à son renvoi [7]. Goebbels qui, dans son journal, tait longtemps le nom et l’existence d’Eva, note le 15 novembre, après une longue conversation où Angela lui a longuement confié ses malheurs, qu’elle est « à plaindre ».

L’existence de relations sexuelles entre Eva Braun et Hitler continue d’être mise en doute... mais si les sceptiques mettaient autant de mauvaise volonté à reconnaître l’activité sexuelle des autres couples, il y aurait de quoi douter de leur confiance en l’avenir de l’espèce ! Certes, ni l’un ni l’autre n’en ont jamais témoigné explicitement, encore qu’Eva soit près de le faire quand elle écrit rageusement « il n’a besoin de moi que pour certaines choses », ou Hitler lors de sa confidence à Wiedemann sur l’« amie » de Munich. Cependant, la personnalité d’Eva est bien connue et il n’y a guère de raisons de lui prêter des mobiles compliqués. Elle ne jouait pas un rôle d’amoureuse, elle l’était, et le mariage était son objectif [8],ce qui n’avait pas lieu d’être si elle n’était même pas l’objet d’une quête charnelle. Nous disposons d’ailleurs de deux témoignages non équivoques, dus au docteur Morell et à Albert Speer. Le médecin de Hitler déclarait peu après la guerre qu’Eva lui avait demandé, vers la fin de celle-ci, des pilules pour stimuler le désir masculin [9]. Speer conte une anecdote du même ordre par deux fois, avec des dates différentes : Eva (qu’il était l’un des rares, dans la haute hiérarchie nazie, à apprécier) lui aurait confié que le Führer lui avait prédit, avant 1939, qu’elle aurait à se trouver un autre homme puis, en 1943, conseillé de le faire en invoquant une diminution, à venir dans le premier cas, advenue dans le second, de son ardeur physique [10].

Quant au personnel du Berghof, ses avis sont partagés : au ménage Mitlstrasser, persuadé qu’ils avaient des rapports [11], s’oppose Herbert Döhring, qui annexe à son témoignage celui de son épouse décédée, Anna. Margarete Mitlstrasser, le témoin le plus proche (elle avait été la femme de chambre d’Eva dans sa résidence personnelle), donne des détails propres à emporter la décision : Eva prenait, lorsqu’elle allait retrouver le Führer, une mallette d’« ustensiles pour le lit ». Elle-même était chargée, si en de telles circonstances Eva avait ses règles, d’acheter un médicament destiné à les stopper. L’argument que Döhring martèle comme décisif, pour prouver que le lit ne servait qu’au repos, est nettement moins convaincant :

Là-dessus, il n’y a pas d’indice. Ma femme et moi n’avons rien pu constater, ni la femme de chambre, personne, ni les serviteurs, n’a jamais rien pu constater. Si n’importe lequel d’entre nous... nous étions si intimes les uns avec les autres, nous ses serviteurs personnels, et aussi les femmes de chambre. Nous avions des relations tellement collégiales, familières... Ils nous en auraient fait part, ou tout comme. Ma femme également dans le linge, elle était toujours curieuse, ma femme, elle observait attentivement le linge avant de le laver, quand Hitler n’était pas là. Rien, rien, rien constaté... pas la moindre chose ne fut constatée. Et nulle part des draps, ou quelque chose d’analogue, n’offrit le plus petit indice, rien [12].

Ce discours, tellement répétitif qu’il semble avoir pour fonction première de convaincre son auteur, range Döhring dans la cohorte de ceux qui ont servi le Führer sans état d’âme et cherchent par tous les moyens à se débarrasser de la honte qu’au fond d’eux-mêmes ils en éprouvent. Il le servait (là-dessus on peut le croire) très collégialement, en ne songeant pas un instant à lui compliquer ses sinistres tâches, et moins encore à rechercher pour ce faire la complicité de ses camarades de travail. Pour se faire pardonner, tout d’abord par lui-même, il relate la période en lui prêtant toutes sortes de défauts ou de déficiences, et en laissant entendre que, dès ce moment, il donnait libre cours à son esprit critique. Pour les besoins de cette auto-absolution, il n’hésite pas à médire de feu son épouse, qui aurait exercé sa profession d’une manière bien peu discrète, en fouinant dans les affaires de son employeur et en ne gardant pas ses constatations pour elle. Pour achever de ruiner son propos, il suffit de considérer l’autre partie. La pudeur et la méfiance sont deux traits de Hitler sur lesquels tout le monde s’accorde : il devait précisément redouter ce genre d’indiscrétions et avoir son propre circuit pour faire disparaître ce genre de traces. Peut-être, en alarme devant la curiosité féminine, recourait-il à des hommes depuis longtemps à son service, comme Schaub ou Linge, et leur confiait-il des paquets à jeter, en étant sûr qu’ils ne les examineraient pas et en parleraient moins encore. Ou bien il avait fait affaire avec une servante qui n’était pas Anna Krautenbacher, épouse Döhring, au demeurant plutôt cuisinière que lavandière. Mais le plus simple est encore de supposer que, par une répartition assez fréquente des rôles, Eva se chargeait elle-même de la remise en état de la literie après usage [13]

Hitler serait donc devenu, à partir du deuxième semestre de 1935, un amant plus attentionné. Mais il tenait toujours autant à ce que leur lien fût ignoré, ce qui valait à Eva une exclusion humiliante lors des visites à Berchtesgaden de personnages plus ou moins importants. Ainsi fut-elle difficile à consoler, en 1937, quand elle fut confinée dans sa chambre au moment de la visite des époux Windsor, dont l’histoire d’amour l’avait émue [14].

Mais cette lutteuse se compose petit à petit une vie d’épouse putative. Parmi ses outils, la caméra a rejoint l’appareil photo - un point commun sans doute unique, mais digne d’être relevé, avec cette Leni Riefenstahl que Hitler rencontre quelques mois après le début de leur liaison et dont Eva, dit-on souvent, a été jalouse. Cinéma et photographie lui permettent de garder de cette vie des traces, et elle s’assure à tout moment, par la distribution d’albums à ses proches, qu’elles ne se perdront pas.

De Maria à Eva en passant par Geli, nous pouvons maintenant dresser avec une certaine sûreté de trait l’histoire des amours hitlériennes. Le « sauveur de l’Allemagne » est porté vers les filles de dix-huit ans environ, qu’il aime et forme à la fois, en ne se pressant guère de les connaître physiquement : il les traite en père autant qu’en amoureux. Cependant il s’enhardit. Il fréquente Geli publiquement beaucoup plus que Maria et sans souci des cancans - il est vrai que leur lien de parenté offre une couverture et qu’il n’entreprend jamais avec elle, selon toute probabilité, de relation intime. Maisc’est elle qu’il se laisse aller,leplus,à aimer, et c’est vraisemblablement ce qui noue le drame, la jeune personne ayant fini par espérer l’épouser et ne supportant plus la concurrence d’une réussite politique qui se dessine de plus en plus. Dès lors, il sait ce qu’il veut : une liaison physique discrète et sans engagement. Maria, qui a pris un peu d’âge et d’expérience, trouve la force, après leur première nuit d’amour, d’exiger le mariage et de rompre devant son refus. Cette expérience sexuelle est la seule qu’une femme ait reconnu avoir eue avec Hitler, avant sa liaison avec Eva Braun, si nous exceptons un témoignage rapporté par un tiers, celui de la mère de Jean Loret. Il y en a probablement eu quelques autres, vénales ou non, mais à partir du moment où sa liaison avec Eva devient physique, il se pourrait bien qu’elle soit exclusive - à moins qu’en 1934, l’ultime dispute avec Maria ait été précédée d’un moment plus pacifique.

L’entrée de Hitler en politique a donné à sa vie érotique à la fois des stimulants et de nouveaux handicaps. Sa peur d’être dominé, moqué ou contaminé a trouvé là des aliments inédits (« l’éveilleur de l’Allemagne » devait se garder du ridicule comme du danger), en même temps que sa nouvelle place dans la société augmentait son assurance et multipliait ses admiratrices. Au total, sa « mission » lui sert d’alibi pour tenir lafemme à distance pendant les années 1920 et jusqu’au début de 1932. Rassuré, peut-être, par sa capacité de satisfaire Maria, il se tourne alors vers Eva, qui va désormais être sa partenaire unique, ou quasiment. Il est vrai qu’elle cumule les atouts : jeunesse, beauté, emploi chez son ami Hoffmann, très probable virginité font d’elle cette « cire » que l’homme peut façonner à sa guise, suivant l’idéal crûment exprimé [15] de Hitler.

Lorsqu’elle s’interroge sur la sincérité de ses déclarations d’amour enflammées, l’historien ne peut que partager sa perplexité. En tout cas, s’il cantonne auprès d’elle sa sexualité physique pour solde de tout compte, il n’est pas constant et attentionné pour autant. Celui qui devient le maître de l’Allemagne alors qu’il est depuis un an l’amant d’Eva Braun s’offre encore bien des aventures platoniques, de fait sinon toujours d’intention, dont il est malaisé de départager les aspects sentimentaux et utilitaires.

La plus étrange est à peu près contemporaine de sa liaison avec Eva et dure près de dix ans. Sigrit von Laffert (née le 18 janvier 1916), souvent présentée comme la nièce de Victoria von Dirksen alors qu’elle en est une parente assez éloignée, est remarquée par Hitler en 1932, au cours d’une tournée électorale. Ses seize ans lui font une telle impression que, pendant des heures, il ne cesse de répéter : « Voilà ce que l’on appelle une beauté. » Son chauffeur Erich Kempka, qui rapporte le fait, ajoute qu’elle apparut ensuite de plus en plus fréquemment dans l’entourage du Führer, soit lors de réunions publiques, soit en petit comité mais jamais, assure-t-il, elle ne fut seule avec lui : il y avait toujours au moins un assistant. Hitler, d’après lui, n’a jamais fait plus que de lui tenir la main. Mais puisque, précisément, ils n’étaient pas seuls, c’est déjà énorme ! Pour celui qui devait attendre la veille de leur commun suicide pour embrasser Eva sur la bouche devant des tiers (cf. infra, p. 324), tenir devant son personnel la main d’une jeune beauté célébrée par les magazines1 n’était certainement pas anodin. On peut s’interroger sur les sentiments de l’autre partie - d’ailleurstoujours vivante. Mais personne ne semble lui avoir posé la question et elle n’apasjugé utile de prendre les devants. Eut-elle d’autres espoirs, y eut-il des crises et devons-nous à la discrétion de sa noble famille, dont les membres masculins peuplaient le corps diplomatique [16], de n’en rien savoir, ou bien au contraire était-elle à la disposition du Führer par une sorte de devoir patriotique, étant entendu qu’il se satisfaisait de son voisinage et, en petit comité, de sa main ? On retrouve ici, en tout cas, ce même besoin de proximité avec une belle jeune femme qui lui faisait côtoyer Adelheid Klein, Verena Wagner, Geli, Henriette ou encore Maria et Eva au début de leurs relations. Avec les deux dernières, cependant, il avait fini par aller plus loin, en posant des conditions qui avaient fait fuir Maria et amené Eva près de sa fin : discrétion totale et attente soumise. Voilà qui dessinait une place libre pour des créatures plus distinguées et moins intimement connues. Ayant accédé à une vie monogame et honorant peu sa partenaire certes, mais peut-être pas beaucoup moins que la moyenne des maris, il gardait néanmoins un goût profond pour les aventures esquissées.

Celles-ci pourraient également servir de paravent. Ainsi Ciano, gendre et ministre des Affaires étrangères de Mussolini, ne consigne jamais rien dans son volumineux journal sur les amours de Hitler jusqu’au 22 mai 1939, jour où il note :

[...] Il dort peu, toujours moins. Et il passe une grande partie de ses nuits entouré de collaborateurs et d’amis. Mme Goebbels, qui est une habituée de ces réunions et qui s’en montre très flattée, me les a décrites, mais elle n’a pas réussi à cacher un vague sentiment d’ennui dû à leur monotonie. C’est presque toujours lui qui parle. Et on a beau être le Führer, on finit toujours par répéter les mêmes choses et par ennuyer ses auditeurs. Pour la première fois, j’ai entendu des allusions, dans les cercles intimes, aux tendres sentiments du Führer pour une belle jeune fille. Elle a vingt ans, de beaux yeux limpides, le visage régulier et un corps magnifique. Elle s’appelle Sigrid von Lappers (sic). Ils se voient souvent, même en tête à tête.

Le rôle de Magda Goebbels intrigue : on la voit mal trouver ennuyeuse la conversation du Führer, et bien plus mal encore le faire savoir à un gouvernement étranger. Hitler se servirait-il d’elle, avec sa complicité, pour faire croire qu’il est un raseur verbeux, alors que si souvent chacun de ses mots est pesé en fonction des interlocuteurs ? Ce qui est dit de Sigrit, en tout cas, a bien l’air de provenir d’indiscrétions calculées des services secrets (Ciano séjourne alors en Allemagne pour la signature du « pacte d’Acier ») pour protéger les amours réelles du Führer. Le même passage du journal de Ciano prouve que, lors de son voyage de mai 1938 en Italie, où Eva l’avait accompagné à titre de « secrétaire », nul agent italien n’avait été capable de percevoir leurs rapports.

Cette habitude de dissimuler ses amours tout en posant des leurres a induit nombre d’antinazis à le considérer et à le dépeindre, parfois longuement, comme « anormal » sur ce plan-là. Nous avons vu quelques-unes des accusations de « perversion » qui en découlent et dont la fausseté, qu’il estime prouvée par la fréquentation de Sigrit, enchante visiblement Ciano. Nous consacrerons un chapitre à la plus tenace, celle de son homosexualité. Mais l’erreur la plus fréquente est sans doute de considérer qu’il n’a pas de sexualité du tout et que son action politique lui en tient lieu. Le plus affirmatif à cet égard est Thomas Mann, dans divers textes polémiques, et notamment Frère Hitler, publié en 1939. Ce curieux titre signifie que Hitler est, comme lui, un artiste, mais dégénéré et caricatural. Il pousserait au paroxysme les à-peu-près que la corporation des artistes s’autorise pour créer des enchantements. Il se caractériserait donc avant tout comme un incompétent universel : l’argument massue du polémiste est qu’il ne sait ni conduire une voiture, ni piloter un avion, ni faire un enfant. Ces lignes flirtent avec la vérité et il est bon, sans doute, que le Victor Hugo de ce Louis Napoléon Bonaparte [17] ait su percevoir en lui un artiste imposteur, ce qui a dû l’aider, et en aider d’autres, à résister aux boniments et à rester froid devant les victoires apparentes. Mais, de cette juste appréciation, il a glissé sans s’en rendre compte dans une erreur funeste, celle de croire que Hitler était ainsi par impuissance et non par choix. En fait, il avait des désirs et même des plaisirs, mais s’arrangeait pour les dissimuler dans la fresque immense de sa politique, conçue comme une création.

Sa rencontre de Noël 1935 avec Leni Riefenstahl, qu’on va ici résumer en prélude à l’analyse de leurs relations, permet d’approcher peut-être au plus près ce dispositif. En ce moment où il vient de stabiliser sa relation avec Eva, il invite Leni, une cinéaste prestigieuse doublée d’une actrice célèbre dans l’éclat de la trentaine, à la fois pour s’assurer que la préparation de son film sur les Jeux olympiques est en bonne voie et pour une séance hautement sentimentale. Elle réside à Berlin et c’est une des rares fois où ils se voient à Munich. Il lui parle longuement de sa mère, décédée à Noël, et de Geli, dont il lui fait visiter la chambre. Il explique que, d’habitude, il passe cette fête dans une solitude volontaire. Leni ne songe pas à sourire et encore moins à demander : « Mais alors, qu’est-ce que je fais là ? » Elle se laisse prendre au jeu et utiliser comme un équivalent, ou comme un élément dans une ronde tourbillonnante.

La fin

Chapitre sur Leni Riefenstahl (extraits)

Bibliographie générale du livre

le 28 mai 2007

[1] cf. GUN (Nerin), Eva Braun : Hitler’s Mistress, Meredith Press, New York, 1968, tr. fr. L’Amour maudit d’Hitler et d’Eva Braun, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 69-70

[2] WIEDEMANN (Fritz), Der Mann, der Feldherr werden wollte, Velbert und Kettwig, 1964, p. 112.

[3] On cite souvent la lettre que le père de la jeune fille aurait écrite, le 7 septembre 1935, à son séducteur pour exiger qu’il l’épousât ou la laissât tranquille. Une légende à ranger (je suis sur ce point Anton Joachimsthaler, Hitlers Liste, Munich, Herbig, 2003, p. 424-428) parmi les justifications d’après guerre. La famille a fait moins d’efforts pour faire connaître l’adhésion de Fritz Braun au parti nazi le 1er mai 1937 et le fait que, par un privilège évidemment dû aux amours de sa fille, il était admis dans les fêtes réservées aux vétérans. Ce qui lui valut de figurer le 8 novembre 1939, au milieu d’une foule d’authentiques combattants de la première heure, parmi les blessés de l’attentat de la brasserie, victimes de la bombe de Georg Elser qui avait manqué Hitler. Quant à sa fille aînée Ilse, elle n’était pas souvent présente dans l’entourage de Hitler.

[4] cf. KNOPP (Guido), Hitlers Frauen und Marlene, Munich, Bertelsmann, 2001, tr. fr. Les Femmes d’Hitler, Paris, Payot, 2004, p. 95.

[5] cf. SIGMUND (Anna Maria), Des Führers bester Freund, Munich, Heyne, 2003 ; Die Frauen der Nazis, Vienne, Ueberreuter, t. 1, 1998, tr. fr. Paris, Lattès, 2004, p. 175.

[6] cf. Gun (Nerin), op. cit., p. 115.

[7] témoignage de Julius Schaub reproduit par JOACHIMSTAHLER (Anton), op. cit., p. 302-303

[8] d’après Heinrich Hoffmann, elle se targuait vers 1930 auprès de ses amies d’amener Hitler au mariage (cf. A M Sigmaun, op. cit., p. 242 ; cf. Gun, op. cit., p. 66.)

[9] cf. Knopp (Guido), op. cit., p. 109.

[10] cf. SPEER (Albert), Erinnerungen, Berlin, Propyläen, 1969, tr. fr. Au cœur du Troisième Reich, Paris, Fayard, 1971, p. 141, et SERENY (Gitta), Albert Speer : His Battle with Truth, New York, Knopf, 1995, p. 193.

[11] cf. Knopp (Guido), op. cit., p. 109

[12] témoignage filmé de Döhring en 2001, reproduit par JOACHIMSTAHLER (Anton), op. cit., p. 454.

[13] Un texte paru peu après la guerre mérite une mention... bien qu’il s’agisse d’un faux. Le journal intime d’Eva Braun paraît à Genève, aux éditions du Cheval Ailé, en 1948. La famille Braun a tôt fait d’intenter un procès pour falsification, et de le gagner. Elle a fait cause commune avec Leni Riefenstahl, que l’ouvrage disait mêlée, au Berghof, à des orgies dont Eva était exclue. Un acteur et réalisateur de cinéma très en vue, Luis Trenker, se révéla être le faussaire. Alors qu’il avait poursuivi sa carrière sans accroc sous le Troisième Reich, il essayait de gagner de l’argent et de faire oublier ses turpitudes en amplifiant celles des autres. Cependant, il s’était renseigné et son texte n’est pas dépourvu de toute valeur documentaire. Il expose non des faits, mais des fantasmes, qui se donnaient libre cours après la brusque révélation du lien entre Hitler et Eva au lendemain de leur suicide. Il présente un Hitler sexuellement actif, mais passionné avant tout par la contemplation du corps nu de sa compagne. Il a pu alimenter aussi les bruits récurrents sur l’homosexualité du Führer qui, dit "Eva", passait de longues heures à caresser le genou de Rudolf Hess ! Cf. RIEFENSTAHL (Leni), Memoiren, Munich, Knaus, 1987, tr. fr. (Laurent Dispot) Paris, Grasset, 1997, p. 432-446.

[14] cf. Gun (Nerin), op. cit., p. 149.

[15] dans un "propos de table" de la nuit du 25 au 26 janvier 1942 : "Il n’y a rien de plus beau que de former un être jeune. Une fille de dix-huit, vingt ans est malléable comme de la cire. Un homme doit être capable d’imprimer sa marque à toute jeune fille. La femme ne demande d’ailleurs que cela."

[16] Sigrit von Laffert épouse le 22 décembre 1940 Johannes von Welczeck, nommé en mars suivant attaché à l’ambassade de Madrid. Le couple reçoit en Espagne, dans l’automne 1941, une longue visite de Walter Hewel, le diplomate attaché à la personne de Hitler pour assurer sa liaison avec Ribbentrop, sans qu’on sache si sa mission concerne seulement les relations germano-espagnoles. Hitler l’aurait-il chargé de quelque message pour Sigrit ou d’un rapport sur elle ?

[17] Son île anglo-normande était le New-Jersey, puisqu’il résidait alors à Princeton.



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