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Débats

Réactions diverses à l’émission de TF1 sur Eva Braun




voir ici

Sur Livres de guerre, un antinazi aussi primaire que cultivé réagit en demandant "Quelle était la position préférée de Hitler ?"

Réponse :

Je suis un nouveau philosophe

de françois delpla le mercredi 13 juin 2007 à 17h28

Il y a une bonne quinzaine d’années, quand je découvrais que Hitler était moins un monstre en carton-pâte que je ne l’avais soupçonné, je pensais qu’il fallait se dépêcher car tout cela ne serait bientôt que lieu commun. A présent que j’ai pu mesurer tout mon soûl les résistances que cette idée soulève encore, et qui aident d’ailleurs à comprendre comment il a pu triompher de tant d’obstacles, j’ai tendance à pardonner les avanies quand elles sont proférées de bonne foi, et à me dire que la vérité passera à son heure, par des chemins où on ne l’attend pas nécessairement.

TF 1, par exemple !



De Nicolas Bernard :

Très bon documentaire

le mercredi 13 juin 2007 à 22h58

J’ai beaucoup apprécié ce documentaire, à propos duquel on peut déceler à l’occasion l’influence de François Delpla. L’exposé était pertinent, et prouve une fois de plus que Daniel Costelle conserve le sens de la formule.

Si certaines insinuations quant à la pédophilie (fantaisiste) ou l’homosexualité (improbable), voire la scatologie (imaginaire) de Hitler peuvent paraître plus que surprenantes, elles ne sauraient remettre en cause l’ensemble de ces 70 minutes de documentaire dont la conclusion est remarquable de justesse.

Je ne m’étais jamais vraiment aperçu à quel point l’aveuglement d’Eva Braun incarnait celui de l’Allemagne, voire celui du monde au-delà des frontières du Reich. J’ai toujours vu cette jeune femme comme un élément du décor de la vie intime du Führer, et non comme une preuve du magnétisme hitlérien sur l’ensemble du peuple, y compris jusque dans la commission des crimes les plus abjects du national-socialisme.

A cette recherche historique de qualité s’ajoutent bien sûr les images - déroutantes - de la vie privée d’un dictateur conspirateur et génocidaire. Cette fois, Hitler oublie le hurlement rauque des meetings politiques pour s’exprimer normalement, et sort de l’univers du noir et blanc pour se retrouver dans l’Agfacolor. Utile moyen de se rappeler que la Sec... Deuxième Guerre Mondiale relève encore de l’actualité, et non des déjà assez jaunies photos de famille.

Bref, une réussite - quoi qu’en dise, ce qui me navre assez, le journaliste de Télérama. Mention spéciale à la bande musicale, qui reprend entre autres l’ouverture de L’Or du Rhin de Richard Wagner - déjà utilisée par Terrence Malik pour son film Le Nouveau Monde (subtile coïncidence). Le recours à ces thèmes wagnériens ne relève assurément pas du hasard : Adolf Hitler était un grand admirateur de Wagner, qui correspondait assez à ses tendances mégalomaniaques et pompières.

Me paierai le DVD, tiens...



Télérama à l’amende... honorable ?

de françois delpla le jeudi 14 juin 2007 à 08h04

Merci, pour toute l’équipe, de ces appréciations encourageantes.

Samuel Gontier, de Télérama, a été invité à s’exprimer ici.

Nous attendrons avec une curiosité un peu sceptique le numéro de la semaine prochaine pour savoir s’il y a des réactions de lecteurs... et si elles sont publiées.

Tout cela relève probablement d’une guéguerre Télérama-TF1, qui sécrète des préjugés aveuglants.

Les (quelques) phrases sur les perversions ne sont jamais affirmatives ; elles reflètent des questions que le public se pose, et que l’antinazisme primaire a largement agitées, pour le plus grand profit du nazisme réel. D’autre part, elles sont étroitement liées aux images. Lesquelles, tant par l’omniprésence de Speer que par les effusions Führer-enfants, font bel et bien jaillir des questions. Cela dit, je suis assez au fait de l’ensemble de la documentation pour convenir avec toi que, ni dans un cas ni dans l’autre, le passage à l’acte n’est concevable.



Blog de Jean-Marc Morandini

C’est ici

à propos non du fond, mais des audiences de deuxième partie de soirée, ce qui nous vaut une cohabitation avec Marc Olivier Fogiel ! les commentaires sur les deux émissions étant entrelardés et parfois peu aisés à distinguer...

Apparemment, ce Jean-Marc n’aime pas que les artisans des émissions interviennent eux-mêmes, à en juger par le sort réservé à une mienne intervention :

Commentaire modéré (posté le 13/06/2007 à 13h25)

Ce commentaire a été modéré par l’équipe.

Note : l’équipe de Morandini, priée d’expliquer ce retrait, a répondu (ce qui mérite d’être signalé) qu’il était dû probablement au fait que le message contenait un lien. Curieuses moeurs, mais explication plausible. Effectivement, le message délesté du lien a été laissé en ligne.



Sur le blog de Samuel Gontier

c’est ici

4 juillet 2007

Un message a été publié le 14 juin, que je n’ai connu que ce matin. Faisant suite à une protestation de Daniel Costelle mentionnée par le quotidien 20 minutes, il porte notamment sur le substrat historique du film. Renonçant (sans le dire) à prétendre que "les historiens" seraient, devant cette oeuvre, "au bord de l’apoplexie", Gontier en convoque, à l’appui de ses inquiétantes analyses, un certain nombre :

La phrase qui fâche dans la critique parue dans Télérama est la suivante : « Déconseillé aux historiens, qui risquent l’apoplexie. » De quels historiens voulais-je donc parler, me demande Daniel Costelle. Il veut des noms ? Henri Amouroux, Alain Decaux ? Julien Lepers ? Joseph Lubsky ? Je ne suis plus très sûr. Mais il me semble que le commentaire de son film ne susciterait pas l’adhésion enthousiaste d’historiens aussi différents que Raoul Hilberg (auteur de La Destruction des Juifs d’Europe, première somme sur la Shoah parue en 1961 et sans cesse complétée depuis), Annette Wieviorka (auteure l’an dernier d’un remarquable essai historiographique, Auschwitz, 60 ans après, éd. Robert Laffont) ou encore l’Anglais Ian Kershaw (auteur d’une biographie de Hitler en deux tomes, parue en 1991, qui renvoie dos à dos ceux qui voient dans le dictateur le mal incarné, seul responsable du nazisme, et les marxistes qui ne voient en Hitler qu’un pion interchangeable). Bien sûr, Hannah Arendt, dont Daniel Costelle se réclame, ne risque plus l’apoplexie depuis quelques années. Mais je suis persuadé qu’elle ferait un double salto arrière dans sa tombe si elle l’entendait expliquer qu’il illustre par son film la « banalité du mal », concept mis à toutes les sauces pour justifier n’importe quoi ces derniers temps. Qu’il me soit enfin permis une spéciale dédicace à Roland Lewin, admirable professeur avec qui j’ai pu longuement étudier les rouages du totalitarisme nazi.

J’ai répondu notamment ceci :

Ainsi le droit à la subjectivité serait tout entier réservé au critique, et dénié à l’artiste auteur de films, capable (et coupable) de faire se retourner Arendt dans sa tombe pour avoir repris l’expression "banalité du mal" avec une moindre armature conceptuelle.

Il ressort de ses propres explications que SG n’a pas VU notre film. Il s’arrête à l’enseigne "TF1" et ne conçoit pas qu’elle puisse abriter un documentaire de qualité. D’où une recherche de détails qui clochent apparentée à celle de la pilosité des oeufs.

Quant à ma compétence et à ma responsabilité de consultant historique, elle m’amène à la remarque suivante : dans l’article, ce sont bien LES historiens qui sont au bord de l’accident vasculaire cérébral. Dans la glose ici présente, en écho à l’entretien téléphonique précité, ce n’est plus qu’une partie d’entre eux. Certes présentée comme majoritaire et faisant autorité. Cela au moins justifierait un accès de modestie.

Mais en même temps, c’est une énormité. Voyons cela de plus près :

***François Delpla regrette la prééminence de l’histoire fonctionnaliste depuis quarante ans et entend réhabiliter la personnalité de Hitler en tant que principal responsable du nazisme et de l’extermination des juifs. Je persiste à penser que le nazisme est aussi et surtout le résultat d’un processus historique.***

Comme si cela s’opposait ! Hitler est précisément quelqu’un qui comprend et exploite les passions et les angoisses de son temps, et c’est ce que nient ou oublient les fonctionnalistes qui ne voient dans le pouvoir nazi que luttes de clans anarchiques débouchant sur des massacres à coups de "processus cumulatifs".

SG écrit encore ci-dessus :

*** Je suis toujours persuadé que la déclaration de Hitler en 1939 sur l’extermination des juifs (présente dans le film), pour sinistre qu’elle soit, ne correspond pas à la prise d’une décision qui est intervenue plus tard, en 1941, après l’opération Barbarossa.***

Mais non, le film n’est pas aussi carré et ne descend pas dans ce genre de détails. Il prête bien à Hitler et aux dirigeants SS, avec quelque vraisemblance, un projet de massacre dès 1939, mais ne détaille pas les étapes de la décision, ce qui n’avait pas lieu d’être dans un film sur le nazisme vu au prisme d’Eva Braun.

prolonger le débat



Notre film s’est vu décerner en mars 2008 les "Lauriers du documentaire". L’espoir que Samuel Gontier saisisse l’occasion d’en parler à tête plus reposée est entier !

(notule mise en ligne le 28 mars)

le 28 mars 2008



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