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Débats

Un what if : la paix en mai 1940, et après ?



Le génocide des Juifs aurait-il eu lieu ? dans les mêmes formes ? à la même époque ? dans les mêmes lieux ?



Introduction

J’écrivais en octobre 2005 (cf. ici)

Si on peut parler d’originalité, elle ne se situe pas seulement dans une insistance plus grande que celle de mes confrères sur l’aptitude de Hitler à la manipulation, mais bien sur une attention constante, depuis maintenant une quinzaine d’années, à la dialectique entre son action et celle de Churchill.

De ce point de vue je me reconnais un maître et un seul, John Lukacs. J’ai plein de désaccords petits et grands avec lui, mais je lui sais gré de dire avec constance que Hitler a failli gagner en mai-juin 1940. C’est la base de tout. Et ce n’est clair chez personne d’autre.

Corollaire : l’honneur perdu en juin 1940 par Pétain et quelques autres l’aurait été par beaucoup de monde, et pas seulement en France, si Churchill ne s’était trouvé, largement par hasard, à la barre de l’Angleterre. Les "raisonnables" du monde entier pensaient alors que le nazisme avait partie gagnée sur le plan militaire et que la seule façon de l’arrêter était la paix !

Cela reste assez tabou, et inaudible, de nos jours.

Le dialogue, en particulier avec Nicolas Bernard, rebondit de manière intéressante à l’été 2007, sur le forum "Seconde Guerre mondiale".



de Nicolas Bernard Lun Juin 25, 2007 2:33 pm

Je rejoins François Delpla sur la manière de voir Hitler comme un manipulateur de génie, lequel s’était doté d’un programme cohérent et constamment mis en pratique. Mais nous sommes en désaccord sur de nombreux autres points, tels que la manière dont le Führer concevait le sort des Juifs. Pour moi, le dictateur nazi comptait les exterminer, dès 1918-1919. Pour François Delpla, le génocide s’insère dans une haine à long terme mais se révèle également comme un aspect secondaire du programme, lequel met plutôt l’accent sur le retour de l’Allemagne sur le terrain des grandes puissances, aux dépends de l’Europe, et notamment de l’URSS. A ses yeux, l’extermination des Juifs est davantage un moyen qu’une fin : moyen d’épurer le monde d’éléments racialement impurs, tout en mouillant définitivement l’Allemagne et en utilisant les survivants comme des otages. A mon sens, au contraire, l’extermination était une fin en soi. Je pense que Hitler a pu mourir avec la satisfaction d’avoir envoyé à la mort 6 millions de ces êtres dont il avait programmé l’annihilation au sortir de la Grande Guerre.



François Delpla

Mar Juin 26, 2007 11:47 am

Effectivement je diverge... mais ne me reconnais pas dans ce qui est dit sur mon point de vue.

Secondaire, l’extermination ? Seconde, plutôt. Ce contre quoi je m’inscris résolument en faux, c’est l’idée d’un Hitler nihiliste, destructeur et ne pouvant qu’échouer. Il meurt malheureux, et la mort des Juifs lui est une faible consolation. Il voulait réussir et il a failli (en mai 40, s’il obtenait sa "paix sur le sable de Dunkerque" au terme d’un parcours sans faute, avec un Staline ne pouvant guère faire autrement que de céder l’Ukraine ou de l’ouvrir à une colonisation germanique rampante ; ensuite, et jusqu’à la fin, la mort ou la démission de Churchill auraient rouvert bien des potentialités).

Réussir, c’était réduire le nombre des grandes puissances de 7 à 4 : Allemagne, Grande-Bretagne, Etats-Unis, Japon, avec peut-être un strapontin pour l’Italie. Il visait donc un compromis, qui présupposait la survie de très nombreux Juifs à travers le monde. Et qui ne passait pas par l’occupation prolongée d’une bonne partie de l’Europe dans une situation de guerre sur deux fronts, condition de base de la Solution finale telle qu’elle s’est déroulée.



Nicolas Bernard

Mer Juin 27, 2007 10:57 am

Merci de confirmer la totalité de ce que j’écris. A présent, je vous laisse une fois de plus la responsabilité de vos propos quant au sort des Juifs en cas de victoire nazie. Si ces derniers avaient pu être épargnés, mieux valait pour eux que la Wehrmacht parade dans Moscou et que l’Angleterre, en dernière analyse, signe la paix.



François Delpla

Mer Juin 27, 2007 12:08 pm

Si je comprends bien, mais ce n’est pas sûr, tu quittes le terrain de l’histoire pour celui de la morale.

Partons de cette vérité que tu admets, je crois, et non sans mérite : lorsqu’il agresse le (futur) Benelux et la France le 10 mai 40, Chamberlain regnante, Hitler n’a rien de plus pressé que de s’en retirer, fortune faite. Ce qu’il vise c’est la paix générale, vers la fin du mois. Il évacue l’Ouest... en échange de quoi vers l’est ?

D’une part, la confirmation de ses gains en Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne (peut-être en reconstituant dans ces deux derniers pays des Etats-croupions... si Paris et Londres se souviennent des buts de leur entrée en guerre et soulèvent la question dans les négociations de paix).

Mais quid de l’URSS ? Est-il possible de déchirer le pacte immédiatement ? Cela ne ferait-il pas trop mauvais effet, par rapport au texte qu’on vient de signer à l’ouest ? En revanche, une large carrière est ouverte à une négociation avec l’ami Staline : je ne vous en veux pas mon cher mais comprenez-moi, votre Ukraine m’intéresse ! Car je m’en suis tiré cette fois mais j’ai tout de même été sournoisement agressé par une conspiration juive anglo-française, je dois à ma race supérieure de prévoir l’avenir et d’éviter tout risque de blocus, et il faut que je puisse diposer du charbon, du fer et du blé ukrainiens. Que diriez-vous d’une petite coopération pour booster la production ? Allez, juste quelques milliers d’ingénieurs, quelques dizaines de milliers d’exploitants agricoles, bref une petite colonisation allemande dans des endroits vaguement stratégiques ?A part ces détails, vous garderez tous les kolkhozes que vous voudrez ! Comment, vous hésitez ?

Donc, si nous supposons à Staline autant de sagesse qu’au Lénine de Brest-Litovsk (et si Hitler a bien celle que je lui prête), on ne se retrouve pas avec un simple Barbarossa avancé d’une année. Que deviennent alors les Juifs d’Europe orientale, à commencer par ceux de Pologne, ghettoïsés depuis 9 mois ? Ceux de Vienne ou de Berlin, même pas encore déportés ? Ici l’exercice d’histoire-fiction (rendu légitime et nécessaire par le fait historique indubitable que Hitler voulait la paix à l’ouest et que seule l’arrivée de Churchill au pouvoir l’en prive d’extrême justesse, et chronologiquement, et politiquement) trouve ses limites.

Mais enfin, si nous considérons la Solution finale réelle, en pleine guerre sur deux fronts ou plus, dans un secret quasi-étanche permis par la censure de guerre (laquelle guerre interdit de surcroît les "solutions" exotiques, naguère agitées pour préparer les esprits, de la Palestine à Madagascar), avec une préparation psychologique d’enfer dans les mois précédant Barbarossa tant auprès des SS que des cadres de la Wehrmacht, il semble qu’il manque beaucoup de conditions. Sans parler de l’impossibilité de déporter les Juifs français, italiens etc.

Donc oui, désolé, ce n’est peut-être pas très moral, mais la prolongation de la guerre par Churchill a produit dans l’immédiat beaucoup plus de victimes juives que ne l’aurait fait son contraire, en toute certitude et bien que nous ne sachions pas tout.

Mais je ne crois pas pour ma part que ce Reich aurait pu durer mille ans, ce sont bien la démocratie et le droit d’épouser qui on veut qui étaient dans le sens de l’histoire (sans parler de la décolonisation) même si celui-ci est moins déterminé que d’aucuns ne le croient. Donc ce racisme, installé au coeur de l’Europe, aurait bien dû céder la place, et l’aurait fait moins pacifiquement que l’URSS qui, elle, avait les principes démocratiques au coeur de sa constitution. La bête nazie n’aurait pas crevé sans de terribles contorsions et il aurait bien fallu que les Etats-Unis, notamment, prennent leurs responsabilités... 15, 20, 50 ans plus tard ?

Il y avait donc de l’espace pour les génocides...



Nicolas Bernard

Mer Juin 27, 2007 2:37 pm

Qu’un régime soit raciste ou d’extrême droite ne signifie pas pour autant que la transition démocratique s’effectue dans la douleur la plus atroce : prenez le cas de l’Afrique du Sud ou de l’Espagne franquiste, du Portugal salazariste ou de la Grèce des colonels.

On peut considérer que le génocide juif n’aurait pu être déclenché sans Hitler. Aucun autre cadre nazi appelé à éventuellement lui succéder n’aurait franchi le pas. Dès lors que Hitler, dans votre hypothèse, renonce à anéantir 11 millions de Juifs européens en les affamant, en les fusillant, en les gazant, personne d’autre n’osera lancer un tel projet.

J’en déduis qu’à vous suivre, une victoire du nazisme apparaît, somme toute, favorable aux victimes de ce système, lesquelles ne seront pas exterminées. Les conditions de vie dans les ghettos polonais sont affreuses, mais au final, les chances de survie de leurs occupants augmentent considérablement, et ce régime quasi-concentrationnaire n’est pas nécessairement appelé à durer, dans l’hypothèse d’une prise de pouvoir par un nazi plus modéré, en attendant le retour du parlementarisme et de la démocratie. Anne Frank pourra devenir un écrivain hollandais, Irène Nemirovsky continuera sa carrière littéraire (faute de prise du pouvoir maréchaliste). 6 millions de Juifs ne mourront pas, et Auschwitz restera un simple bled ex-polonais. Mieux encore, le communisme perd de son influence, et en définitive l’Europe est pacifiée sous l’égide d’une grande puissance pas foncièrement annexionniste à l’Ouest.

Eh bien navré, mais ça ne tient pas. Hitler se serait-il contenté d’une solution de type "sudète" vis-à-vis de l’Ukraine (subversion puis annexion) ? J’en doute. Comme le révèle Mein Kampf, le Führer compte sur la destruction de l’URSS judéo-communiste. Il compte en finir avec Staline par la guerre, pas par la négociation en se limitant à une province dont le seul couloir d’accès passe par la Pologne. Et le dictateur nazi ne se serait certainement pas contenté de ce grenier à blé. Il aurait exigé également la Russie blanche (un avant-poste), les Etats baltes (pour sécuriser la Baltique), la Crimée, le Caucase. Staline se serait-il soumis à ses visées ukrainiennes ? Je ne pense pas que Hitler y ait réellement cru. Après l’Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne, et l’offensive sur le Bénélux, le Kremlin n’avait aucune raison de croire que Berlin pouvait, cette fois, s’arrêter.

Bref, Hitler voulait sa guerre. La conquête militaire de l’URSS, rendue certaine par le retrait de la Grande-Bretagne et de la France du conflit, aurait facilité l’émergence de mesures plus dures, telles que la "Solution finale". Il est faux de prétendre qu’en cas de "paix sur la plage de Dunkerque" Hitler aurait pu immédiatement se retourner contre la Russie communiste. D’une part, il n’avait pas encore satellisé les Etats balkaniques, nécessaires à une conquête de l’Ukraine, d’autre part il restait encore à rameuter 140 divisions d’Ouest en Est, ce qui se serait échelonné sur plusieurs semaines. Trop tard pour envisager une invasion à grande échelle.

La haine antisémite de Hitler était trop forte pour qu’il puisse épargner les Juifs. Ses ambitions de conquête étaient trop vastes pour se limiter à une subersion ukrainienne. L’anéantissement de l’URSS, de surcroît, donnerait au Japon les mains libres pour détourner les Etats-Unis de l’Europe...



François Delpla Mer Juin 27, 2007 3:36 pm

Loin de moi l’idée de te demander de choisir ton camp.

Mais enfin, là, tu prends un bout de Delpla, jusqu’à Dunkerque inclus, puis tu retombes lourdement dans Kershaw, ou pire encore (Rauschning et les théoriciens du "nihilisme" nazi). Note bien, j’aime les courageux, les pionniers et les non-conformistes, mais là j’ai peur que tu ne t’isoles dans un no man’s land absolument stérile.

Si nous supposons un Hitler fou mais rationnel, si nous sommes sensibles à sa remarquable intuition du possible, pourquoi aller supposer que tout d’un coup il se lance dans un défi absurde et irréaliste ?

Reprenons : il a détruit l’armée française, fait démissionner au profit de Halifax un Churchill qui a surgi trop tard (ou, variante, qui n’est pas arrivé au pouvoir le 10 mai car cela aussi s’est joué à un cheveu), il a complètement bluffé les Etats-Unis qui n’ont vraiment commencé à froncer les sourcils que lors de l’occupation de la Norvège -or précisément il vient d’évacuer la Norvège comme toute l’Europe occidentale : les Etats-Unis n’ont pas et n’auront pas d’armée... mais ils pourront mettre leurs plus beaux navires dans le Pacifique et le Japon pensera à tout sauf à les assaillir, tout seul, sans que personne d’autre ne soit en guerre.

Mais son Staline, il le tient, et il peut le conserver au frigo en attendant que tout le monde ait le dos tourné pour le manger par petits bouts !

Il a 51 ans, la biologie lui en laisse une trentaine, alors certes il démissionne au profit de Göring pour aller se consacrer avec Speer aux monuments du Grand Reich mais il garde pendant des décennies la haute main sur son oeuvre.

Bien sûr son idéologie veut qu’à l’est les choses ne se passent pas en douceur, et que la race allemande prenne conscience de sa propre brutalité (et de l’utilité de l’entretenir) en s’emparant de l’espace vital avec le maximum de violence. Mais pas au point de flanquer par terre le consensus mondial auquel il est parvenu en mai 40 ! Il ira donc par petites guerres et petites touches. Il n’a nul besoin immédiat, par exemple, des Etats baltes.

Et puisque nous connaissons la suite de l’histoire en URSS, ne pouvons-nous imaginer qu’il serait assez malin pour la hâter ? Pour provoquer l’éclosion de quelque Poutine qui serait tout heureux de régner sur une partie de l’empire ?

Puisque nous savons qu’il est raciste et puisque nous supposons qu’il est réaliste, il doit précisément s’arranger pour que l’espace "vital" ne soit pas démesuré, qu’il soit dominable par 100 millions de Germains ou présumés tels.

Quant à tes comparaisons avec Franco ou Salazar, elles négligent précisément la spécificité nazie : ce régime est inhumain, antédiluvien, aux antipodes de tout ce qui, en son siècle, porte vers la mondialisation et le dialogue des peuples. Il assigne à la "race blanche" un rôle que les autres ne veulent justement plus lui concéder. Bref, il n’est pas viable, mais les formidables succès hitlériens permis par l’appeasement, l’anticommunisme e tutti quanti le rendent solide et difficilement déracinable. Donc, des guerres, il y en aura, et les Juifs ont toutes leurs chances de servir de boucs émissaires.



Nicolas Bernard

Ven Juil 06, 2007 3:45 pm

« François Delpla » a écrit :

Mais enfin, là, tu prends un bout de Delpla, jusqu’à Dunkerque inclus, puis tu retombes lourdement dans Kershaw, ou pire encore (Rauschning et les théoriciens du "nihilisme" nazi).

Pas vraiment. Je ne retiens que ce qui me convainc. Je déduis de votre analyse que Hitler était un grand manipulateur devant l’éternel, et j’y inclus ma conviction personnelle. Laquelle, que vous le vouliez ou non, tient debout.

Citation :

Note bien, j’aime les courageux, les pionniers et les non-conformistes, mais là j’ai peur que tu ne t’isoles dans un no man’s land absolument stérile.

Votre sollicitude me touche beaucoup.

Citation :

Si nous supposons un Hitler fou mais rationnel, si nous sommes sensibles à sa remarquable intuition du possible, pourquoi aller supposer que tout d’un coup il se lance dans un défi absurde et irréaliste ?

Mais parce que ce type est un tueur, un Genghis Khan égaré au XXe siècle. Son moteur, ce n’est pas l’amour de l’Allemagne, mais la haine. Ce qu’il essaie de sauver en 1945, y compris même jusqu’à son suicide, c’est moins l’Allemagne que son idéologie.

Il voulait tuer les Juifs. Tous ses actes témoignent de cette volonté planifiée de génocide. Je ne vois pas en quoi cette intention meurtrière ne pourrait cohabiter avec l’édification d’un puissant empire en Eurasie...

Citation :

Reprenons : il a détruit l’armée française, fait démissionner au profit de Halifax un Churchill qui a surgi trop tard (ou, variante, qui n’est pas arrivé au pouvoir le 10 mai car cela aussi s’est joué à un cheveu), il a complètement bluffé les Etats-Unis qui n’ont vraiment commencé à froncer les sourcils que lors de l’occupation de la Norvège -or précisément il vient d’évacuer la Norvège comme toute l’Europe occidentale : les Etats-Unis n’ont pas et n’auront pas d’armée... mais ils pourront mettre leurs plus beaux navires dans le Pacifique et le Japon pensera à tout sauf à les assaillir, tout seul, sans que personne d’autre ne soit en guerre.

Mais son Staline, il le tient, et il peut le conserver au frigo en attendant que tout le monde ait le dos tourné pour le manger par petits bouts !

Il a 51 ans, la biologie lui en laisse une trentaine, alors certes il démissionne au profit de Göring pour aller se consacrer avec Speer aux monuments du Grand Reich mais il garde pendant des décennies la haute main sur son oeuvre.

Deux remarques :

1) Hitler a 51 ans, mais sait que la vie est courte (son père est mort à 66 ans, sa mère à 47 ans), qu’un attentat peut survenir (cf. la bombe de Elser), et témoigne à diverses reprises d’une certaine inquiétude devant le vieillissement - voir le Protocole Hossbach, qui témoigne de cette volonté de liquider un certain nombre d’ambitions territoriales suffisamment tôt.

2) Je vois mal Hitler laisser la place à Göring. Ou à Himmler. Cet homme de pouvoir se prendrait-il pour Cincinnatus ? Je n’y crois pas une seconde. Quand on détient le pouvoir (a fortiori totalitaire), on le garde.

Citation :

Bien sûr son idéologie veut qu’à l’est les choses ne se passent pas en douceur, et que la race allemande prenne conscience de sa propre brutalité (et de l’utilité de l’entretenir) en s’emparant de l’espace vital avec le maximum de violence. Mais pas au point de flanquer par terre le consensus mondial auquel il est parvenu en mai 40 ! Il ira donc par petites guerres et petites touches. Il n’a nul besoin immédiat, par exemple, des Etats baltes.

Et puisque nous connaissons la suite de l’histoire en URSS, ne pouvons-nous imaginer qu’il serait assez malin pour la hâter ? Pour provoquer l’éclosion de quelque Poutine qui serait tout heureux de régner sur une partie de l’empire ?

Puisque nous savons qu’il est raciste et puisque nous supposons qu’il est réaliste, il doit précisément s’arranger pour que l’espace "vital" ne soit pas démesuré, qu’il soit dominable par 100 millions de Germains ou présumés tels.

Quant à tes comparaisons avec Franco ou Salazar, elles négligent précisément la spécificité nazie : ce régime est inhumain, antédiluvien, aux antipodes de tout ce qui, en son siècle, porte vers la mondialisation et le dialogue des peuples. Il assigne à la "race blanche" un rôle que les autres ne veulent justement plus lui concéder. Bref, il n’est pas viable, mais les formidables succès hitlériens permis par l’appeasement, l’anticommunisme e tutti quanti le rendent solide et difficilement déracinable. Donc, des guerres, il y en aura, et les Juifs ont toutes leurs chances de servir de boucs émissaires.

N’empêche que je vois très mal Staline céder à une opération du style Sudetenland. Et je vois mal Hitler se passer d’une guerre que l’Occident approuvera - du moins le croit-il.



François Delpla

Dim Juil 08, 2007 9:01 am

Nicolas, cela n’a pas de bon sens (comme dirait notre Québecois de service !) de dire qu’il veut sauver non son pays, mais son idéologie. Depuis le tout début (fin 1918), l’un ne va pas sans l’autre, et l’idéologie est serve du projet national.

Sur la question très importante, et méprisée patr l’historiographie jusqu’en 1990, de la paix qui pouvait survenir à l’issue de la guerre-éclair en France, on est réduit à des conjectures, et on doit en faire, une juste analyse du nazisme étant à ce prix.

Contrairement à l’accusation gratuite des fonctionnalistes et de leurs fans envers qui ne partage pas leur religion (le dernier en date étant Samuel Gontier ! cf. http://www.delpla.org/forum/viewtopic.php ?t=187), il ne s’agit nullement de considérer purement et simplement que la clé se trouve dans Mein Kampf. Cependant, ce livre est à prendre en compte, et on ne peut qu’être méfiant envers qui l’oublie.

Il dit que la victoire contre la France est destinée non à conquérir des territoires mais à "assurer les arrières" d’une conquête de l’espace vital vers l’est.

Autant un Barbarossa violent, judéocide, préparé à loisir pendant un an pour triompher au plus vite et mettre, une fois de plus, la planète devant le fait accompli, se conçoit devant le maintien paradoxal de l’Angleterre churchillienne en guerre, et la réélection subséquente de Roosevelt, imposant d’aller vite et permettant de mobiliser le tréfonds de la nation allemande pour ce faire en jouant sur la fièvre obsidionale, autant, en ayant ramassé les dividendes énormes d’une paix sur le front occidental avalisant ses exactions tchèques et polonaises, donc sanctifiant tout ce qu’il a toujours dit et fait, dans un consensus mondial, il n’a aucun intérêt à rompre le charme en déchirant d’un coup la paix et le pacte germano-soviétique, ce qui, en rendant douteuse la signature à peine sèche du traité avec l’Occident, y fâcherait très fort l’opinion, remettrait en selle un Churchill, permettrait à Roosevelt de solliciter un troisième mandat etc. etc.

Cela si un Blitzkrieg était lancé vers l’est dès l’été 40. Et s’il avait lieu comme l’autre, l’année suivante ? Ce serait laisser retomber la pâte, rendre aléatoire la recherche toujours nécessaire, dans la tactique nazie, d’un prétexte, etc.

Et puis il y a tout le contexte : effectivement, Hitler prépare sa semi-retraite, met Göring sur les rails de la succession, s’abouche avec Speer et Riefenstahl pour l’exploitation "culturelle" de la victoire... Cf. ce que je dis des films d’Eva Braun, à voir dans une perspective non de défaite mais de victoire.



Nicolas Bernard

Dim Juil 08, 2007 6:28 pm

Navré, mais je ne souscris pas du tout à votre opinion.

Tout d’abord, et même en cas de paix conclue avec la France et la Grande-Bretagne en juin 1940, Hitler n’avait absolument pas la possibilité de se retourner vers l’Est au point de lancer une offensive d’été. Pour des raisons logistiques tout d’abord - il faudra quatre mois, dixit l’O.K.H., pour rameuter la Wehrmacht (ajoutons un autre mois pour les quarante divisions qui n’auront pas à occuper l’Europe occidentale). Pour des raisons diplomatiques, ensuite : si la Hongrie peut être considérée comme une alliée objective du Reich, il n’en est pas encore de même de la Roumanie, de la Bulgarie, de la Yougoslavie, sans parler des relations avec le Japon, toujours aussi indépendant. Or, Hitler a besoin des Balkans pour menacer l’Ukraine et la Crimée, et sécuriser le pétrole de Ploeisti.

En d’autres termes, Hitler n’a certainement pas sérieusement conçu l’idée de s’en prendre à l’Est dès 1940, en cas de victoire totale à l’Ouest. Il lui fallait d’ailleurs préparer les esprits à ce propos.

Bref, la Directive 21 serait entrée en application l’année suivante, et avec un peu d’avance (l’Italie demeure en paix et ne s’attaque pas à la Grèce, la Yougoslavie ne saurait constituer une menace malgré un éventuel coup d’Etat). La tension "belliciste" retombe ? Pas vraiment : il suffit d’exciter le Volk contre le communisme, tirer notamment parti de l’avancée soviétique vers la Baltique et Bucarest, mettre l’accent sur l’existence de minorités allemandes dans les ex-Etats baltes et en Roumanie inquiétée, voire même se revendiquer des Allemands de la Volga : la liste des prétextes à une guerre avec Staline est infinie. Le peuple approuvera parce que l’Allemagne ne se battra pas sur deux fronts et affrontera un adversaire aussi craint que méprisé, en particulier depuis la mésaventure finlandaise.

Hitler n’a strictement rien à craindre de l’Occident. La France a été mise à genoux, et son appareil militaire probablement démantelé, du moins mis à mal. L’Angleterre s’est débarrassée de Churchill et a mis la pédale douce à son réarmement, outre qu’elle a besoin des Allemands pour modérer les Japonais en Asie, face à Hong Kong et Singapour. Les Etats-Unis ? Ils sont loin, et Roosevelt aurait de toutes les manières été réélu en 1940 - il a eu la chance, en effet, de compter sur un certain Lyndon B. Johnson, véritable génie politicien, pour organiser la campagne démocrate. Et qui crachera sur les Allemands pour leur croisade anticommuniste ? Les Français ne sont pas morts pour Prague, ils ont perdu une guerre perdue d’avance pour Dantzig, alors Moscou et Leningrad... Tout au plus y aurait-il eu l’espoir de voir les Allemands s’enliser, comme Napoléon en 1812.

Que vaut un pacte, un traité dans les années quarante, lorsque l’ordre nazi règne sur l’Europe, par annexions, Etats fantoches ou Etats soumis interposés ? Hitler risquait de susciter l’ire de l’Amérique le 22 juin 1941, dans un contexte infiniment moins favorable que celui de notre uchronie : il n’en a pas moins attaqué la Russie. Par quel scrupule moral se serait-il abstenu d’agir de même dans l’hypothèse d’une paix occidentale en juin quarante ? Il ne risquait rien. Il pouvait agir comme bon lui semble. Le Droit, chez lui, c’est la Force. Etant le plus fort, il était en droit d’anéantir l’URSS. Et vu la violence de l’invasion, le génocide juif en aurait résulté. Par peur d’encourir des représailles militaires, les Occidentaux auraient-ils cédé leurs Juifs ? On peut le supposer : il suffisait de faire croire à l’existence d’une réserve, quelque part dans les territoires soviétiques occupés...

Ayant à subir le choc de 200 divisions allemandes et balkaniques, et faute de bénéficier d’un appui anglo-américain, Staline perd évidemment la guerre. Kiev tombe en septembre 1941, Leningrad en octobre, Moscou en novembre. Nouvelle campagne l’année suivante, cette fois vers le Caucase. En 1943, l’armée allemande atteint les monts Oural. Entre-temps, les Juifs de Pologne et d’URSS ont été liquidés. La guerre se prolonge néanmoins contre une quasi-guérilla soviétique en Sibérie, pas de quoi menacer le Reich, mais ce fait permet à Hitler de maintenir son empire en état d’alerte permanente. Le Japon, qui a pu occuper la Sibérie orientale grâce à l’effondrement du régime stalinien, peut transférer l’armée du Kwantung en Chine centrale, et liquide le régime de Tchiang Kaï-chek ainsi que la guérilla de Mao, pouvant ainsi faire contrepoids aux Américains dans le Pacifique.

Dans une telle perspective, qu’aurait donc à craindre Hitler ? Facile : que dalle. D’une certaine manière, allié japonais et effondrement soviétique obligent, il domine le monde.



François Delpla

Lun Juil 09, 2007 7:07 am

(...)

Les camarades internautes ici présents qui nient que Hitler ait aimé, soit l’Allemagne, soit qui ou quoi que ce soit, ont pour eux la quasi-totalité des analyses antérieures à 1990. Jusque vers 1970 c’était un pur monstre et ensuite Speer en a remis une couche en disant en long et en large dans ses mémoires (il l’avait déjà dit à Nuremberg mais sans beaucoup d’écho) qu’il était le plus près possible d’être son ami mais que ce n’était pas possible. Et on a peu critiqué ce témoignage... comme s’il émanait d’un moraliste insoupçonnable !

Ca ressemble à quoi de concéder qu’il aimait son pays, mais moins que son idéologie ? Moi, en tout cas, qui ai déjà quelques difficultés à faire admettre qu’il avait jusqu’au bout une politique, quand beaucoup continuent de croire qu’il était un zombie terré dans son bunker en obligeant son entourage à taire les mauvaises nouvelles, je ne vais pas en plus prétendre qu’il courait deux lièvres à la fois !

Voici donc comment je vois la chose : il considère bien sûr le nazisme comme l’idéologie par excellence du salut de l’Allemagne, mais il admet qu’elle devra hiberner. Ce qui compte, c’est de sauver un certain nombre de réalités matérielles qui permettront un jour de faire refleurir "l’esprit". Et, tout en faisant semblant de tenir la balance égale, il choisit nettement le camp occidental, donc la survie sous la forme d’une puissante RFA anticommuniste. Par ailleurs il affecte de croire jusqu’au bout que la situation peut se retourner et l’Occident se dresser contre l’URSS avant sa mort ou, quand le 28 au soir il décide d’en finir, avant la fin de la guerre : par une entente d’Eisenhower avec Dönitz, que flanque Himmler.

PS.- Le fait de bricoler jusqu’au bout avec tout ce qu’il a sous la main, en parlant de retournement possible, donc en affichant en plein naufrage des espoirs de victoire finale, a deux vertus : d’une part cela peut, finalement, marcher, il est déjà remonté deux fois des abîmes, en 1923 et 1932 ; d’autre part, même écrasé, le nazisme ne se sera pas couché, "pas de novembre 1918", mieux vaut l’écrasement total, par un ennemi juif et nègre, d’un peuple qui ferme sa gueule et n’en pense pas moins.

D’où l’importance stratégique de Nuremberg (et la limite, enfin, de Churchill, qui voyait au départ dans ces assises plus de risques que de chances) : par la vertu du respect des droits de la défense, les Allemands ont eu la parole, ont été mis en mesure et en demeure de s’expliquer. Le nazisme était sale et, en définitive, (à part Schacht dont l’acquittement était tiré par les cheveux mais pas catastrophique au regard de la stigmatisation du nazisme, puisque précisément il signifiait que le triste sire avait réussi à se faire passer pour entièrement extérieur au régime), seul Göring prit de haut le tribunal... mais en niant tout lien entre le régime et le judéocide, abondamment documenté par ce même tribunal, ce qui ruine sa performance. Par sa précocité et l’abondance de ses matériaux, Nuremberg a rendu le nazisme inséparable du crime contre l’humanité et c’est bien là, là seulement, que le calcul hitlérien a été déjoué.

__________________


François Delpla

Lun Juil 09, 2007 10:14 am

« Nicolas Bernard » a écrit :

en cas de paix conclue avec la France et la Grande-Bretagne en juin 1940, Hitler n’avait absolument pas la possibilité de se retourner vers l’Est au point de lancer une offensive d’été.

Je ne souscris pas à toute l’argumentation, mais il est plausible en effet qu’il se soit abstenu. C’est d’ailleurs ce que je dis moi-même !

Le débat porte donc sur le caractère concevable ou non d’une offensive "Barbarossa" démarrant en mai ou juin 41, avec la même brutalité, la même obsession de porter un coup foudroyant, que celle que nous connaissons, en dépit du fait que la guerre n’aurait plus lieu que sur un front (donc avec une rapidité supérieure). Citation :

Bref, la Directive 21 serait entrée en application l’année suivante, et avec un peu d’avance (l’Italie demeure en paix et ne s’attaque pas à la Grèce, la Yougoslavie ne saurait constituer une menace malgré un éventuel coup d’Etat). La tension "belliciste" retombe ? Pas vraiment : il suffit d’exciter le Volk contre le communisme, tirer notamment parti de l’avancée soviétique vers la Baltique et Bucarest, mettre l’accent sur l’existence de minorités allemandes dans les ex-Etats baltes et en Roumanie inquiétée, voire même se revendiquer des Allemands de la Volga : la liste des prétextes à une guerre avec Staline est infinie. Le peuple approuvera parce que l’Allemagne ne se battra pas sur deux fronts et affrontera un adversaire aussi craint que méprisé, en particulier depuis la mésaventure finlandaise.

Ton raisonnement me paraît trop provincial. Que fait, que pense le vaste monde pendant tout ce temps-là ? Et les Allemands, soulagés comme après Munich d’une victoire sans pertes humaines (enfin presque, cette fois -puisque la guerre s’arrête à Dunkerque après un impeccable "Sichelschnitt" et que les pertes de juin 40 ont été évitées) ?

Citation :

Hitler n’a strictement rien à craindre de l’Occident. La France a été mise à genoux, et son appareil militaire probablement démantelé, du moins mis à mal. L’Angleterre s’est débarrassée de Churchill et a mis la pédale douce à son réarmement, outre qu’elle a besoin des Allemands pour modérer les Japonais en Asie, face à Hong Kong et Singapour. Les Etats-Unis ? Ils sont loin, et Roosevelt aurait de toutes les manières été réélu en 1940 - il a eu la chance, en effet, de compter sur un certain Lyndon B. Johnson, véritable génie politicien, pour organiser la campagne démocrate. Et qui crachera sur les Allemands pour leur croisade anticommuniste ? Les Français ne sont pas morts pour Prague, ils ont perdu une guerre perdue d’avance pour Dantzig, alors Moscou et Leningrad... Tout au plus y aurait-il eu l’espoir de voir les Allemands s’enliser, comme Napoléon en 1812.

Là nous sommes au coeur de l’affaire. Prenons le pb de la réélection de Roosevelt : elle va contre une règle non écrite mais tout de même impérieuse, la coutume instaurée par George Washington de ne faire que deux mandats, sans quoi la tyrannie menace (règle rendue absolue par un amendement de la constitution, malgré ce précédent ou justement à cause de lui, après la guerre). Pour passer outre, il fallait bien la menace d’un Hitler triomphant et d’une guerre non tranchée. Si la paix revient fin mai 40, pas question d’un troisième mandat, à moins que... que cela n’apparaisse comme une fausse paix, précisément, un armistice pour permettre à l’Occident surpris de se remettre sur ses jambes.

Citation :

Que vaut un pacte, un traité dans les années quarante, lorsque l’ordre nazi règne sur l’Europe, par annexions, Etats fantoches ou Etats soumis interposés ? Hitler risquait de susciter l’ire de l’Amérique le 22 juin 1941, dans un contexte infiniment moins favorable que celui de notre uchronie.

mais précisément, il est alors complètement coincé et mis en demeure par le miracle churchillien de la guerre maintenue ; et comme il mesure tout, ou du moins l’essentiel, en termes de "Providence", il pense qu’alors elle le tente, et qu’il n’a plus qu’à appliquer le programme à la hussarde, toute violence dehors, cela doit marcher parce que cela ne peut que marcher, étant donné qu’il a été envoyé ici bas pour effacer 2000 ans de christianisme. Marcher, c’est-à-dire que l’URSS va s’effondrer en trois mois, permettant à l’Allemagne de se rendre inexpugnable grâce aux richesses de l’Ukraine et du Caucase. Et à Hitler de convaincre ses larges masses de l’excellence de l’idéologie raciste.

Citation :

 : il n’en a pas moins attaqué la Russie. Par quel scrupule moral se serait-il abstenu d’agir de même dans l’hypothèse d’une paix occidentale en juin quarante ?

mais justement pas par des scrupules moraux ! Toujours par de froids et cyniques calculs. Pour employer une image anachronique, mais très légèrement, il sait qu’il vient de bouleverser le monde par une réaction nucléaire, rien n’urge plus que de laisser refroidir pour consolider les gains.

Citation :

Il ne risquait rien. Il pouvait agir comme bon lui semble. Le Droit, chez lui, c’est la Force. Etant le plus fort, il était en droit d’anéantir l’URSS. Et vu la violence de l’invasion, le génocide juif en aurait résulté. Par peur d’encourir des représailles militaires, les Occidentaux auraient-ils cédé leurs Juifs ? On peut le supposer : il suffisait de faire croire à l’existence d’une réserve, quelque part dans les territoires soviétiques occupés...

là, n’importe quoi ! et tu te tires une balle dans le pied : effectivement, si Hitler compromet sa paix à l’ouest par un massacre comme si de rien n’était des Juifs sous sa domination, c’est un comportement de maître du monde qui présuppose qu’il entend se faire livrer les Juifs du monde entier.

Donc il est fou, sur toute la ligne. Insensé non seulement idéologiquement, mais pratiquement. Il n’accumule les succès que pour mieux édifier un grand bûcher dont il sera la victime suprême.

Citation :

Ayant à subir le choc de 200 divisions allemandes et balkaniques, et faute de bénéficier d’un appui anglo-américain, Staline perd évidemment la guerre. Kiev tombe en septembre 1941, Leningrad en octobre, Moscou en novembre. Nouvelle campagne l’année suivante, cette fois vers le Caucase. En 1943, l’armée allemande atteint les monts Oural. Entre-temps, les Juifs de Pologne et d’URSS ont été liquidés. La guerre se prolonge néanmoins contre une quasi-guérilla soviétique en Sibérie, pas de quoi menacer le Reich, mais ce fait permet à Hitler de maintenir son empire en état d’alerte permanente. Le Japon, qui a pu occuper la Sibérie orientale grâce à l’effondrement du régime stalinien, peut transférer l’armée du Kwantung en Chine centrale, et liquide le régime de Tchiang Kaï-chek ainsi que la guérilla de Mao, pouvant ainsi faire contrepoids aux Américains dans le Pacifique.

Dans une telle perspective, qu’aurait donc à craindre Hitler ? Facile : que dalle. D’une certaine manière, allié japonais et effondrement soviétique obligent, il domine le monde.

Je ne te le fais pas dire. Reste que la métamorphose du manipulateur virtuose des années 30 en brute primaire des années 40 n’est pas expliquée du tout.

Et puis tu donnes dans l’anti-américanisme, une chose un peu inattendue chez toi, surtout sous une forme aussi primaire. Ayant laissé leurs amis français et anglais abandonner la lutte en mai 40, ils font et pensent quoi, les States, par rapport à leur obsession de tout le siècle, de repousser le plus loin possible les frontières de leur sécurité et d’obliger la planète entière à s’ouvrir à leurs marchandises ? Le Reich autarcique dominant outrageusement l’Europe, est-ce acceptable pour eux ? Et ils ne seraient même pas fichus, débarrassés pour un temps de soucis dans l’Atlantique, de ramener le Japon dans son archipel, pire, ils lui permettraient de s’étendre encore, aux dépens de la Russie comme de la Chine ?



Nicolas Bernard

Lun Juil 09, 2007 12:20 pm

« François Delpla » a écrit :

Le débat porte donc sur le caractère concevable ou non d’une offensive "Barbarossa" démarrant en mai ou juin 41, avec la même brutalité, la même obsession de porter un coup foudroyant, que celle que nous connaissons, en dépit du fait que la guerre n’aurait plus lieu que sur un front (donc avec une rapidité supérieure).

"En dépit du fait" ? Plutôt "grâce au fait" !

Citation :

Ton raisonnement me paraît trop provincial. Que fait, que pense le vaste monde pendant tout ce temps-là ? Et les Allemands, soulagés comme après Munich d’une victoire sans pertes humaines (enfin presque, cette fois -puisque la guerre s’arrête à Dunkerque après un impeccable "Sichelschnitt" et que les pertes de juin 40 ont été évitées) ?

Le reste du monde ? L’Europe (qui a colonisé l’Afrique) est soumise, le Japon est un allié, la Chine ne joue qu’un rôle d’absorbant de la machine de guerre impériale, l’Amérique du Sud ne compte pas, restent les Etats-Unis, mais vont-ils, eux, se battre pour Staline ? Allons donc !

Les Allemands ? Dans la réalité, ils avaient encore davantage de raisons de s’inquiéter : leur pays se lançait dans une guerre sur deux fronts ! Ici, il n’y a qu’un adversaire, l’URSS. Il suffit, pendant un an, de préparer subtilement les esprits, puis de prétendre que la guerre sera fraîche et joyeuse, et les Allemands moyens, à défaut de marcher, se tairont. Si Hitler est victorieux - et il sera victorieux, dans cette hypothèse - qui lui demandera des comptes sur la méthode ?

Citation :

Là nous sommes au coeur de l’affaire. Prenons le pb de la réélection de Roosevelt : elle va contre une règle non écrite mais tout de même impérieuse, la coutume instaurée par George Washington de ne faire que deux mandats, sans quoi la tyrannie menace (règle rendue absolue par un amendement de la constitution, malgré ce précédent ou justement à cause de lui, après la guerre). Pour passer outre, il fallait bien la menace d’un Hitler triomphant et d’une guerre non tranchée. Si la paix revient fin mai 40, pas question d’un troisième mandat, à moins que... que cela n’apparaisse comme une fausse paix, précisément, un armistice pour permettre à l’Occident surpris de se remettre sur ses jambes.

La décision de Roosevelt (prise en juillet) de se représenter obéit à plusieurs facteurs (dont l’absence de candidat crédible côté démocrate), même si l’on en ignore le processus exact. Est évidemment entrée en ligne de compte la défaite inattendue de la France, qui amène la Maison-Blanche à revoir sa diplomatie, que l’Angleterre résiste ou non. Il est très probable qu’il se serait de toutes les manières représenté : l’Allemagne a terrassé la France et l’Angleterre, et avance plus que jamais ses pions en Europe. Paix sur les plages ou pas, la situation reste la même, car le Reich triomphe.

Citation :

mais précisément, il est alors complètement coincé et mis en demeure par le miracle churchillien de la guerre maintenue ; et comme il mesure tout, ou du moins l’essentiel, en termes de "Providence", il pense qu’alors elle le tente, et qu’il n’a plus qu’à appliquer le programme à la hussarde, toute violence dehors, cela doit marcher parce que cela ne peut que marcher, étant donné qu’il a été envoyé ici bas pour effacer 2000 ans de christianisme. Marcher, c’est-à-dire que l’URSS va s’effondrer en trois mois, permettant à l’Allemagne de se rendre inexpugnable grâce aux richesses de l’Ukraine et du Caucase. Et à Hitler de convaincre ses larges masses de l’excellence de l’idéologie raciste.

Nous n’avançons pas : à supposer qu’il raisonne en termes de Providence, rien ne m’interdit de vous répliquer que Hitler pouvait croire que, cette dernière lui ayant donné les mains totalement libres à l’Est après la "paix sur les plages", il était à nouveau à même de tenter la chance...

Citation :

 : mais justement pas par des scrupules moraux ! Toujours par de froids et cyniques calculs. Pour employer une image anachronique, mais très légèrement, il sait qu’il vient de bouleverser le monde par une réaction nucléaire, rien n’urge plus que de laisser refroidir pour consolider les gains.

Mais le monde ne compte plus beaucoup, ayant perdu son principal outil militaire - l’armée française - et maritime - l’Angleterre. Que peuvent faire les Etats-Unis ? Prendre des sanctions économiques contre une puissance qui a accès à toutes les ressources énergétiques de l’Europe, et qui contrôlera bientôt celles de l’URSS ?

Citation :

là, n’importe quoi ! et tu te tires une balle dans le pied : effectivement, si Hitler compromet sa paix à l’ouest par un massacre comme si de rien n’était des Juifs sous sa domination, c’est un comportement de maître du monde qui présuppose qu’il entend se faire livrer les Juifs du monde entier.

Donc il est fou, sur toute la ligne. Insensé non seulement idéologiquement, mais pratiquement. Il n’accumule les succès que pour mieux édifier un grand bûcher dont il sera la victime suprême.

Là, j’avoue que je ne vous comprends pas. Vous surestimez la moralité de notre monde, où prévaut en réalité la loi de la jungle, l’écrasement des petits par les puissants. L’Histoire a montré qu’un massacre n’existe dans la conscience populaire que s’il est constaté. Qui aurait pu établir la réalité du génocide juif ? La famine ukrainienne de 1933 a causé des millions de morts, et n’en a pas pour autant été très connue de l’Occident, sans parler du Goulag. Qui se souvenait alors du génocide arménien ? Par la suite, le génocide perpétré par les Khmers rouges n’a pas dissuadé les Etats-Unis d’appuyer Pol Pot contre l’ennemi vietnamien et soviétique. Le génocide rwandais est, pour sa part, passé inaperçu pour cause de commémoration du 50e anniversaire du Débarquement.

Dans l’hypothèse d’une victoire hitlérienne sur la Russie communiste, détestée par cette droite qui triomphe alors en Europe, l’extermination des Juifs peut se dérouler en toute discrétion. Cette fois, aucune masse documentaire n’est accessible à un quelconque Tribunal ou aux chercheurs. Aucune photo n’existe. Aucun témoignage. Berlin a de quoi nier en bloc, en appeler à la propagande communiste, qui cherche à provoquer une guerre entre l’Allemagne et les Etats-Unis.

Hitler a en effet préparé le terrain à une solution mondiale de la question juive, dès les années trente : les Polonais, les Roumains, les Français même ont discuté de la question de déporter les Juifs hors d’Europe, dès 1938. Là encore, il suffisait d’un peu de patience, et les autres pays, soumis, seraient tombés dans le panneau.

Citation :

Je ne te le fais pas dire. Reste que la métamorphose du manipulateur virtuose des années 30 en brute primaire des années 40 n’est pas expliquée du tout.

Cessez donc de caricaturer les thèses d’autrui. Je ne vois rien dans ce que j’écris qui fait de Hitler une brute totalement primaire. La manipulation n’est au contraire pas écartée : pour justifier la guerre contre l’URSS d’abord, pour préparer l’extermination des Juifs ensuite.

Cela dit, il est vrai qu’à mes yeux, la manipulation des années 30 ne vise qu’à préparer le terrain pour une plus grande brutalité dans les années 40. Simplement, brutalité et manipulation cohabitent.

Citation :

Et puis tu donnes dans l’anti-américanisme, une chose un peu inattendue chez toi, surtout sous une forme aussi primaire.

Le côté minable de ce genre d’assertion se passe de commentaire.

Citation :

Ayant laissé leurs amis français et anglais abandonner la lutte en mai 40, ils font et pensent quoi, les States, par rapport à leur obsession de tout le siècle, de repousser le plus loin possible les frontières de leur sécurité et d’obliger la planète entière à s’ouvrir à leurs marchandises ? Le Reich autarcique dominant outrageusement l’Europe, est-ce acceptable pour eux ? Et ils ne seraient même pas fichus, débarrassés pour un temps de soucis dans l’Atlantique, de ramener le Japon dans son archipel, pire, ils lui permettraient de s’étendre encore, aux dépens de la Russie comme de la Chine ?

Roosevelt est élu en 1940 parce qu’il a promis que les boys ne seraient pas engagés dans une guerre étrangère. Les Américains ne seraient pas partis se battre pour le communisme. Et encore moins pour les Juifs - la preuve : ils n’ont absolument rien fait pour les aider dans notre réalité.

Citation :

Voici donc comment je vois la chose : il considère bien sûr le nazisme comme l’idéologie par excellence du salut de l’Allemagne, mais il admet qu’elle devra hiberner. Ce qui compte, c’est de sauver un certain nombre de réalités matérielles qui permettront un jour de faire refleurir "l’esprit". Et, tout en faisant semblant de tenir la balance égale, il choisit nettement le camp occidental, donc la survie sous la forme d’une puissante RFA anticommuniste. Par ailleurs il affecte de croire jusqu’au bout que la situation peut se retourner et l’Occident se dresser contre l’URSS avant sa mort ou, quand le 28 au soir il décide d’en finir, avant la fin de la guerre : par une entente d’Eisenhower avec Dönitz, que flanque Himmler.

Précisément. Himmler. Et Göring, aussi. Tous les deux ont été rendus plus sympathiques aux yeux du monde par le brevet de trahison qu’il leur a décernés - quasi-ultime manipulation du chef d’orchestre. Or, si Dönitz est plus présentable, il n’en reste pas moins un amiral nazi. Et Himmler, Göring, malgré leur (fausse) trahison, restent également des nazis. C’est ce système qu’il veut sauver.

Il veut également la survie de l’Allemagne, évidemment. Mais pas d’une Allemagne démocratique, même si les nazis pourront y être recyclés. D’où cette mise en scène du Bunker, qui vise à asseoir sa légende du démiurge sacrifié et abandonné, et d’où ces testaments, équivalents des Evangiles et du Mémorial de Sainte-Hélène.



François Delpla

Lun Juil 09, 2007 1:05 pm

(...)

et Churchill, pendant ce temps ? Une chose est claire, Hitler cherche à le faire assassiner en proftant de la reprise des relations diplomatiques etc. Mais le bougre est méfiant, et a quelques relations à Scotland Yard et on peut même supputer que son successeur Halifax est assez fair play pour lui assurer une protection étatique efficace. Si donc il vit, que fait-il ? il se bat ! et plus que jamais prend pour modèle Pitt, qui avait démissionné brièvement pour laisser Henry Addington signer la paix d’Amiens. Revenu dans une semi-opposition conservatrice, il a du temps, lui, pour draguer Staline, et secouer les puces de l’intelligentsia britannique en disant que l’anticommunisme a fait assez de dégâts comme cela.

Non vraiment, cet armistice est pour Htler celui de tous les dangers, si du moins il mijote une grande offensive à brève échéance.



Nicolas Bernard

Lun Juil 09, 2007 1:50 pm

A présent, vous surestimez le rôle (éventuel) de Churchill !

Admettons que la paix soit conclue avec le nouveau Premier Ministre, Lord Halifax, en juin 1940. Churchill a été destitué après l’un des plus courts mandats de l’Histoire britannique - peut-être même le plus court. Il part sur une défaite militaire dont il ne sera pas difficile de lui attribuer la paternité, au vu de son côté trublion et va-t-en-guerre, et ce en rappelant son rôle (controversé) dans un désastre similaire vieux d’un quart de siècle, celui des Dardanelles.

Hitler n’a, dans ce contexte, nul besoin de le faire assassiner. Un tel geste serait même contre-productif, et risquerait de lui attirer les foudres de Londres - la guerre à l’Est, oui, mais pas touche à un loyal serviteur de Sa Majesté ! Non, Churchill, même anti-nazi pugnace, n’a plus aucun moyen de faire valoir son point de vue, du moins pas plus qu’en 1938. Il prêchera dans le désert, tandis que les hordes blindées du Khan germanique déferleront sur la steppe soviétique.

La paix de 1940 sera le triomphe de Hitler, et lui donnera enfin de quoi appliquer le programme de Mein Kampf : conquérir l’espace vital oriental, détruire le judéo-bolchevisme. Qui est en mesure de le contester ? La S.D.N. ?



François Delpla

Lun Juil 09, 2007 2:22 pm

Non, vraiment, ça ne colle pas.

Notamment avec l’aspect racial des choses. Le nazisme est amour de l’Allemagne, volonté d’en doubler le territoire vers l’est etc., c’est un point sur lequel nous sommes d’accord et essayons depuis des années de prêcher des hordes inattentives.

Cependant, la race aryenne, cela existe aussi, je veux dire dans cette idéologie. Aryenne, blanche, nordique, selon l’humeur. C’est-à-dire qu’il y a un vrai deal, une vraie proposition de co-direction du monde, en faisant suer les burnous les plus divers, avec les Anglo-Saxons et même, de ce point de vue, les Français colonialistes (et les petits Japonais, "aryens d’honneur", car il faut bien faire le tour de l’hémisphère nord).

De ce point de vue, il n’y a pas de logique à refaire une grande guerre si tôt après le Blitzkrieg français. L’URSS ne doit pas être prise par surprise et en bloc, mais peu à peu grignotée, minée, dénaturée, et peut-être un jour partagée.

Sinon, on est dans un délire allemand et non aryen.



Nicolas Bernard

Lun Juil 09, 2007 2:26 pm

Grignotée ? Minée ? Mais comment ? Quand ? Le régime stalinien est solide, et peut parer à toute manoeuvre de subversion. Et nous causons d’un phénomène qui peut durer longtemps - or, Hitler n’est pas assuré de finir octogénaire, loin de là.

Pourquoi donc Hitler éviterait-il une croisade militaire contre un adversaire qui a été incapable de détruire les petits Finlandais ? Encore une fois, qui oserait lui demander des comptes ?



François Delpla

Lun Juil 09, 2007 4:27 pm

Il peut donner du temps au temps, c’est incontestable ! reconnais au moins qu’il le peut !

ce qui te bloque, c’est l’idée qu’en arrivant à renverser Churchill il aurait fait dans l’immédiat moins de morts.

Tiens, encore un adjectif à ajouter à la liste, concernant les façons de se tromper en histoire, que j’ai faite ce jour dans le fil "histoire officielle" : essentialiste.

Il y a dans le nazisme une logique de meurtre, mais non une essence qui fait que ça tue. Point commun, d’ailleurs, avec le stalinisme. Tu changes quelques paramètres et il y a moins de morts en un temps et un lieu donnés, sans que les gens soient plus gentils pour autant.

Et pour conclure sur Staline, crois-tu vraiment qu’il soit solide, en juin 1940 ? La chute de la France est pour lui une nouvelle effrayante, non ? Et le précédent de Lénine cédant l’Ukraine à Guillaume II pour gagner du temps doit commencer à le hanter.



Nicolas Bernard

Lun Juil 09, 2007 5:06 pm

Le pari de Lénine répond à un contexte. Il a promis au peuple russe épuisé la fin de la guerre étrangère. Il a besoin de la paix avec Berlin pour mieux écraser les oppositions à son projet totalitaire. Il n’a enfin pas les moyens de s’opposer à une invasion allemande, même menée par des Truppen fort réduites. Bref, il y a urgence, que vient justifier sa propre théorie révolutionnaire : à quoi bon continuer une guerre avec l’Allemagne sachant qu’il suffira de la vaincre, en temps et en heure, par une Révolution intérieure ?

La situation n’est pas transposable à notre histoire alternative de 1941. Tous les efforts imposés aux Soviétiques (pour ainsi dire réduits en esclavage par les plans quinquennaux) sont justifiés par l’édification d’un paradis socialiste défendu par une formidable puissance idéologique et surtout militaire. La militarisation de la société est un fait acquis. Staline signe certes le pacte germano-soviétique, qui lui vaut une crise mémorable parmi les appareils communistes de la planète, mais peut s’en d’autant plus s’en vanter qu’il joue au faiseur de paix qui ajoute à l’empire une poignée de territoires : bref, un genre de Hitler annexionniste mais pacifiste de l’époque 1936-1939. Va-t-il pour autant céder des territoires soviétiques sans se battre ? L’Ukraine fait partie de l’URSS, et même, si je puis dire, de la nation soviétique. La famine de 1933 a accéléré la soviétisation de cette région. Si Staline devait abandonner ce vaste territoire, il perdrait toute considération auprès de son peuple, qui ne pourrait que constater le caractère frauduleux des purges sanguinaires : à quoi bon arrêter, déporter, fusiller, si c’est pour capituler sans se battre à la première menace allemande ?

Staline n’a pas le choix. Sous peine de perdre toute légitimité, il ne peut raisonnablement donner l’Ukraine - et les Etats baltes, et la Biélorussie, et la Crimée, et le Caucase, autres objectifs hitlériens. Ce serait l’aveu d’un échec. Le réarmement de l’URSS aurait perdu tout intérêt. Les sacrifices consentis auraient été inutiles.

Dans la réalité, Staline a certes envisagé un tel Brest-Litowsk, mais en plein été 1941, alors qu’il a tout lieu de croire que la guerre va être perdue. Mais cette offre de paix, qui transitera par la Bulgarie, sera rejetée par Hitler.

Non, soyons sérieux : une guerre à l’Est était inévitable. Et le plus tôt possible, pour profiter de l’affaiblissement militaire soviétique consécutif aux purges et aux déboires finlandais. Une autre preuve de ce que j’avance réside dans les efforts désespérés de Hitler de conclure la paix avec la Grande-Bretagne entre le 22 juin 1940 et la mission Hess de mai 1941, en passant par la tentative d’anéantissement de la R.A.F., puis le bombardement des villes, de même que la tournée méditerranéenne de l’automne 1940 (pseudo-alliances avec Franco, Pétain, Mussolini), la signature du pacte tripartite, les contacts pris avec le Duc de Windsor, l’écrasement de la Yougoslavie et de la Grèce, le soutien apporté à Rachid Ali en Irak, les pourparlers avec le Japon pour que ce dernier attaque immédiatement Singapour, etc. Une telle campagne a cohabité avec la préparation de Barbarossa : c’est la preuve ultime et décisive que Hitler comptait éliminer l’Union soviétique dès 1941, et d’un coup, malgré une paix conclue entre-temps avec Londres.



Daniel Laurent

Mar Juil 10, 2007 10:32 am

« François Delpla » a écrit :

Il y a dans le nazisme une logique de meurtre, mais non une essence qui fait que ça tue

Est-ce une "logique de meurtre" ou une logique du "tous les moyens sont bons", le meurtre n’etant qu’un outil parmi les autres ?

Le nazisme a une logique interne structuree et organisee avec le but unique d’atteindre ses objectifs ultimes et, pour ce faire, peu importe les methodes.

S’il faut tuer, tuons, s’il faut seduire, seduisons, s’il faut mepriser, meprisons, etc...

Les "quotas" d’otages a executer en cas d’attentat en France a varie tout au long de l’occupation, par exemple, passant de zero a 100 otages pour chaque allemand abbatu, en fonction de criteres, ou de parametres comme dirait Francois, qui ne sont pas clair pour moi, mais qui devaient l’etre pour eux.

Qu’il en soit autant pour les Juifs ne me surprendrait pas.



François Delpla

Mar Juil 10, 2007 11:32 am

« Nicolas Bernard » a écrit : (...)

Une autre preuve de ce que j’avance réside dans les efforts désespérés de Hitler de conclure la paix avec la Grande-Bretagne entre le 22 juin 1940 et la mission Hess de mai 1941, en passant par la tentative d’anéantissement de la R.A.F., puis le bombardement des villes, de même que la tournée méditerranéenne de l’automne 1940 (pseudo-alliances avec Franco, Pétain, Mussolini), la signature du pacte tripartite, les contacts pris avec le Duc de Windsor, l’écrasement de la Yougoslavie et de la Grèce, le soutien apporté à Rachid Ali en Irak, les pourparlers avec le Japon pour que ce dernier attaque immédiatement Singapour, etc. Une telle campagne a cohabité avec la préparation de Barbarossa : c’est la preuve ultime et décisive que Hitler comptait éliminer l’Union soviétique dès 1941, et d’un coup, malgré une paix conclue entre-temps avec Londres.

et ça continue !

l’étude de l’année charnière 22 juin 40-22 juin 41, initiée par Hillgruber, a été considérablement creusée par votre serviteur qui, le premier, a analysé Montoire et Hendaye comme des trompe-l’oeil.

Qu’on m’utilise sans me rendre justice ne me pose pas de problème, et me donne même un plaisir plus raffiné que ne pourraient le faire des éloges.

Mais parlons plutôt de toi... ou plus précisément de ton analyse. Même si la période est relativement courte, tu pèches par compression chronologique.

J’ai fait une nouvelle découverte dans mon ex-livre de 2003 Churchill et Hitler, encore provisoirement inédit, mais il me semble que je m’en suis ouvert sur divers forums, ainsi que dans la revue Histoire de guerre lorsqu’elle était au mieux de sa forme (cf. ; voir aussi ) : les effets sur Hitler de Mers el-Kébir.

Cette canonnade destinée à convaincre le monde que Churchill a les moyens de se maintenir au pouvoir et, en conséquence, de maintenir son pays dans la guerre, en convainc d’abord Hitler. Désolé, ce n’est pas non plus très moral : un grand bien cause dans un premier temps de grands maux.

C’est très clair d’après les journaux de Jodl et de Halder : avant le 3 juillet, il n’est question que de ménager la bonne entente avec l’URSS pour isoler la Grande-Bretagne et la contraindre à la paix ; après, il n’est question que de liquider l’Etat soviétique.

Hitler mesure parfaitement la puissance de l’adversaire, ce Churchill qui utilise largement les mêmes moyens que lui pour obtenir le soutien de son peuple : une éloquence nourrie de grandes fresques historiques. Sauf que Churchill en appelle à des valeurs humanistes, et lui-même à la violence nationaliste dissimulée (et il le sait) derrière des dénonciations d’agression et d’encerclement frauduleuses.

Donc si Churchill est là, et est là en ce moment, c’est que la Providence le charge, lui Hitler, d’une mission plus haute et difficile que prévu : jouer le tout pour le tout, cesser d’accomplir le programme par petites touches et déchaîner la "guerre de races".

Je ne crois donc plus qu’il y ait, au cours de cette année, du moins après ce 3 juillet, d’offres de paix sincères... sinon celle de Hess justement. On est revenu au cas de la drôle de guerre : des offres de paix faites pour être refusées, mais destinées à être saisies brusquement dans un contexte nouveau ; dans le cas de la drôle de guerre, la percée de Sedan (au fait tu me soutiens toujours dans mon positionnement radicalement anti-Frieser sur ce sujet ? càd l’idée que l’ampleur et la rapidité de la poussée ne surprennent nullement Hitler, qui avait bien joué le coup de cette façon ?). Dans le cas de Barbarossa et du vol de Hess, le fait nouveau qui détermine un effort suprême pour "assagir" Londres, c’est la mise en place du dispositif d’assaut et sa révélation par Hess s’il trouve une oreille complaisante, ainsi que celle de la détermination allemande d’attaquer quoi qu’il arrive. Mais il s’agit aussi bien sûr, au cas où cela ne marcherait pas immédiatement, de placer un pion en Angleterre pour faciliter l’entente et le démarrage des négociations si, comme il l’espère, Hitler contraint en quelques semaines Staline à implorer la paix ou, mieux, obtient son renversement, la fin du bolchevisme et une situation entièrement nouvelle où la liquidation de l’empire russe nécessitera de toute manière des ententes internationales.

En conséquence, le maintien paradoxal de Churchill au pouvoir en général, et la canonnade de Mers el-Kébir en particulier, créent une abyssale rupture et toi qui estimes que la cession de l’Ukraine par la Russie à une Allemagne surpuissante se pose en de tout autres termes en 1940 qu’en 1918, tu devrais y être sensible. On ne peut absolument pas inférer de la cohabitation entre offres de paix à l’Angleterre et préparation de Barbarossa, entre juillet 40 et juin 41, la thèse que la paix survenue en mai 40 aurait été suivie du même Barbarossa.

Je confirme : cela, c’est de l’histoire essentialiste, càd indifférente à la chronologie et à la spécificité de chaque situation.



Le point au 20 septembre 2007

Pour ceux qui ont des loisirs, voici un lien qui peut, certes indirectement, donner une idée de la force du raisonnement ci-dessus.

Le contradicteur use, et abuse, d’un argument unique : le paragraphe suivant

"C’est très clair d’après les journaux de Jodl et de Halder : avant le 3 juillet, il n’est question que de ménager la bonne entente avec l’URSS pour isoler la Grande-Bretagne et la contraindre à la paix ; après, il n’est question que de liquider l’Etat soviétique."

fait fi d’une entrée du 2 juin où Hitler parle à Halder d’une prochaine offensive contre l’URSS. Or c’est dans un contexte rendu très différent par l’armistice franco-allemand, survenu entre-temps. Mais il n’est pas question d’en discuter : il faudrait que celui qui propose, pour la première fois, l’hypothèse d’un rôle de Mers el-Kébir dans la genèse de l’opération Barbarossa, s’en aille à Canossa repentant les pieds dans la neige, pour avoir commis une grossière erreur de lecture du journal de Halder et fait ensuite des difficultés pour la confesser.

Il n’y a qu’un malheur, comme disait un célèbre avocat (on excusera cet emprunt à une profession qui me paraît on ne peut plus distante de celle d’historien). Cette polémique fait fi de l’inscription du passage incriminé dans une temporalité qui commence le 22 juin :

"l’étude de l’année charnière 22 juin 40-22 juin 41, initiée par Hillgruber... "

Par ailleurs, ce grief forgé de toutes pièces est utilisé pour appuyer une accusation (aussi absurde qu’infamante) suivant laquelle les extraits de débats de la présente rubrique seraient malhonnêtement sélectionnés, pour taire des épisodes où le propriétaire de ce site aurait été mis en difficulté. La preuve : rien n’a été publié depuis le message ci-dessus, du 10 juillet, alors que le débat s’est poursuivi.

Chiche : qu’il retrouve après cette diversion l’excellent niveau qu’il avait atteint à la veille d’icelle, ou du moins un semblant de tenue, et on verra si la transcription reprend !

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Conclusion provisoire (25 septembre 2007)

Que le lecteur confiant se rassure : il n’y a vraiment pas grand-chose à conserver dans les derniers échanges !

Quant au lecteur sceptique, qu’il se rende sur "Livres de guerre" au moyen du lien ci-dessus, ou encore sur le "Forum de la Seconde Guerre mondiale" en cliquant ici.. Il verra dans quels marécages peut s’enfoncer une polémique lorsque la passion s’en mêle. Je ne suis d’ailleurs pas systématiquement ennemi de m’en faire l’écho de temps à autre, mais à dose homéopathique !

Je dois tout de même donner une information : la citation du 2 juin 1940 du journal du général Halder, censée ruiner sans appel PAR UN DOCUMENT D’EPOQUE l’hypothèse d’un rôle de Mers el-Kébir (3 juillet) dans la genèse de l’attaque contre l’URSS, par l’instruction qui aurait été donnée dès ce jour aux chefs de l’armée allemande de la préparer, était tout simplement fausse, et aucun acharnement thérapeutique à coups de documents approchants et postérieurs n’a pu prévaloir contre cette évidence. On n’eut plus dès lors d’autre ressource que de dire que décidément j’étais un gros vilain et qu’on ne me causerait plus.

C’est donc en toute équité historienne que je limite la reproduction du débat à ce mien message, au demeurant impitoyablement censuré, une quantité de mises au point sur des propos qui m’étaient prêtés à tort étant abandonnées sans remords sur le sable du site d’origine :

de François Delpla le dimanche 23 septembre 2007 à 06h41

(...) Quoi qu’il en soit, nous sommes du même côté de la barricade quand il s’agit de rompre avec le "petit travers malheureusement archi-répandu parmi les historiens" ["chaque théâtre d’opérations, chaque thème est étudié de manière séparée, donc cloisonnée, ce qui empêche toute mise en perspective et exclut tout report à la chronologie."]. Nous sommes partie prenante d’une bataille permanente et multiforme contre le fonctionnalisme, non point pour dire que les historiens qui s’en réclament ne font jamais du bon travail, mais pour marquer les limites de ce travail dans la mesure même où il est fonctionnaliste, c’est-à-dire noie la causalité des actes hitlériens dans une nuée de facteurs immédiats, en s’interdisant de les inscrire dans une stratégie.

La Bible dit : "Mon âme attend le Seigneur plus sûrement que le veilleur n’attend l’aurore". Personnellement, cela fait quinze ans que j’annonce la mort prochaine du fonctionnalisme et que je le vois renaître de ses cendres... ce qui n’entame en rien ma certitude, mais me dicte la patience.

A la fin du siècle dernier, une résurgence affligeante a été l’affirmation, par Kershaw et Frieser notamment, du fait que Hitler, habitué à ce qu’on lui cède, avait été estomaqué et atterré par la déclaration de guerre anglo-française en septembre 1939. Il ne faut quand même pas être grand clerc pour constater qu’il l’avait soigneusement provoquée. Un tel aveuglement est donc puissamment significatif.

Il a des raisons politiciennes : que Hitler ait eu un dessein, annoncé assez en détail dans Mein Kampf puis réalisé sans perdre une minute entre janvier 33 et mai 40, c’est trop dur à reconnaître pour la quasi-totalité des gouvernements et des partis politiques de l’époque, tous roulés à qui mieux mieux dans la farine. Mais probablement la raison principale est culturelle. Devant l’histoire, les intellectuels se partagent depuis toujours entre la vision shakespearienne du "bruit et de la fureur", et l’idée d’un progrès : n’en étant certainement pas un, le nazisme est ramené à un super-bruit et à une fureur extrême.

Donc il y a un plan, qui vise une apothéose au printemps 1940 : une victoire rapide et écrasante sur la France, mal soutenue par l’Angleterre, et une paix générale permettant de se retourner vers l’est. Jusque là, Nicolas et moi sommes en accord total et il n’est peut-être pas mauvais de le rappeler car lui-même a tendance, quand il est fâché, à ne pas le faire.

Le présent débat porte sur la suite : la paix a été obtenue, soit parce que Chamberlain a été sauvé in extremis de la chute, comme Reynaud, par l’offensive allemande du 10 mai (ce fut à deux doigts), soit parce qu’il a été remplacé par Halifax (que les partis réclamaient, y compris les travaillistes, prêts à servir indifféremment sous lui ou sous Churchill), soit parce qu’après un tour de piste Churchill est renversé vers le 25 mai devant le désastre de sa chère armée française.

De cette paix, que fait Hitler ?

Il faut d’abord se demander en quoi elle consiste : que permet le traité, qu’interdit-il ? Les confidences de Göring à Dahlerus et Nordling, ainsi que le sursis offert par l’arrêt devant Dunkerque, concourent à montrer qu’elle n’aurait rien de draconien. On ne voit pas poindre une revanche de Versailles avec désarmement de la France (et à plus forte raison de l’Angleterre), réparations etc. Il s’agit d’une paix "généreuse" en situation militaire écrasante, "à saisir de suite" sans trop réfléchir ni palabrer.

C’est ce qui jure, à mon avis, avec une agression contre l’URSS un an plus tard, telle qu’elle s’est réellement passée, avec notamment un calendrier identique pour le judéocide.

Avant de s’astreindre, sous mon aimable prière, à chercher des documents d’époque et de s’en remettre imprudemment à des citations de seconde main du journal de Halder, Nicolas a contesté mon point de vue au moyen du seul Mein Kampf : après l’écrasement de la France, il doit y avoir, dit-il, une guerre à l’est pour l’"espace vital". Or c’est moins net que cela (p. 620-621 de l’édition française) et surtout il n’y a pas le moindre calendrier. Si, contre la France, l’idée d’un Blitzkrieg est déjà présente, les modalités de la conquête de l’espace vital vers l’est sont beaucoup plus vagues.

Etant donné l’ambiance, je n’ai pas envie d’en dire plus aujourd’hui. Je me suis contenté de remettre les choses au point sur ce que je disais et ne disais pas. Que chacun, là-dessus, réagisse, et que surtout nous mettions tous ensemble au point une vision non fonctionnaliste (et non moraliste) du devenir de l’humanité en cas d’absence du grain de sable churchillien.

Il y a du boulot pour des années.



Conclusion provisoirement définitive

Après une accusation, à mon encontre, d’avoir présenté Hitler comme un pacifiste

"(...)le pacifisme de Hitler" de françois delpla le dimanche 30 septembre 2007 à 19h46

(...)

Le pacifisme de Hitler... Il vaut mieux en sourire. Remarquez, je dois avouer, mais sans me couvrir la tête de la moindre cendre, que je lui ai attribué un tel sentiment contre l’avis d’autres spécialistes... vers 1905. Son camarade d’enfance Kubizek raconte dans son livre de souvenirs au début des années 50 qu’il s’était indigné que les frères Wright aient mis un fusil sur leur avion à peine inventé, en clamant que les hommes décidément ne pouvaient renoncer à donner à leurs progrès une finalité destructrice. Cela ne ressemble pas au Hitler que nous connaissons et nous ne voulons connaître que lui, ont dit la plupart des rares qui ont bien voulu commenter la chose, drivés par l’essayiste autrichien Jetzinger (un modèle d’antinazi primaire et grincheux). Pour ma part, je trouve l’anecdote crédible et intéressante.

Mais en 1940, non et non ! Coup foireux et défendu ! Tout ce que je dis, et que je suis obligé de dégager des torrents de fange qu’on a jetés sur mes propos, c’est que le très subtil manoeuvrier des années 30 n’a pu disparaître et se muer en brute aveugle et téméraire.

C’est aussi que ce providentialiste avait toutes raisons d’y croire, à sa victoire sur toutes les autres puissances par échec et mat sur le sable de Dunkerque (une paix générale et "généreuse", conclue très vite fin mai 40 sans que quiconque ait le temps de réfléchir à ses implications), puis, la présence paradoxale de Churchill à la tête de l’Angleterre ayant provoqué un contretemps, il avait toutes raisons de penser que c’était reculer pour mieux sauter et que, la City faisant les comptes, Churchill allait quitter le pouvoir fin juin-début juillet.

J’invite tous les lecteurs du débat à oublier les moments pénibles pour se concentrer sur cette leçon, qui me semble très utile : le journal de Halder, qui permet de suivre à la trace la façon dont le Führer réoriente son haut commandement vers l’est entre le 13 et le 31 juillet 1940 (un document longtemps négligé par ceux qui voulaient, pour une raison ou pour une autre, qu’il ait d’abord été battu lors d’une "bataille d’Angleterre" avant d’y songer, mais mis au centre de l’analyse notamment par Lukacs et résumé par exemple ici : ), a fait l’objet d’une mise à la question (au sens moyennâgeux du terme) pour lui faire avouer que Hitler songeait peut-être dès le mois de mai à une opération ressemblant comme une soeur jumelle à Barbarossa, calendrier et génocides inclus, et qu’en tout cas juré craché il avait branché le haut commandement sur l’affaire au plus tard le 2 juin.

Je tire de tous les éléments permettant de décrypter le jeu de cet homme, je le rappelle, très comédien et très secret (mais peu de gens, au fond, en conviennent vraiment, encore aujourd’hui, tant l’habitude est prise de le peindre en brute primaire ; beaucoup, devant certaines évidences, en conviennent cinq minutes, puis rechutent dans la caricature), je tire, dis-je, de toutes les informations disponibles une impression très forte : ce grand adversaire de la guerre sur deux fronts, qui avait pris un grand risque en faisant de la chose son principal grief contre Guillaume II, change d’avis subitement quelques jours après l’agression anglaise de Mers el-Kébir. Cela, c’est une certitude, sauf si précisément des documents surgissaient, du genre de ceux qu’on a voulu à toute force faire exister, et j’ai assez bourlingué pour douter qu’il existent. Bref, pas trace d’une confidence de Hitler sur Barbarossa avant le 3 juillet, après une enquête suffisamment longue et ample pour conclure, en tenant compte aussi de la personnalité du bonhomme, de sa stratégie et de sa façon de préparer ses coups, que cette absence de trace vaut absence d’événement.

A cette affirmation nette et tranchée, je juxtapose une hypothèse qui m’intéresse, me semble tenir la route et que j’expérimente dans cet espace et quelques autres : Mers el-Kébir fait comprendre à Hitler que Churchill risque de rester un certain temps au pouvoir et il essaye de faire sortir d’un mal un bien, du point de vue nazi comme il se doit.

Le mal, c’est ce Churchill qui le prive d’un sans faute. Le bien, c’est que cet "enjuivé" lui permet d’accélérer la mutation du monde, en jouant sur une prétendue volonté juive d’encerclement de l’Allemagne. Il lui met par là en main des cartes qu’il n’aurait pas eues en cas de paix fin mai ou même fin juin. Il s’apprêtait à partir vers l’est à pas mesurés, en dosant sa violence. Il va pouvoir y aller carrément, et dresser à la dure la "race supérieure", en mouillant la moindre famille allemande dans une violence de race contre les Slaves et les Juifs.

(...)

Si quelqu’un est en position d’accusé, ce n’est évidemment pas Churchill -autre monstruosité faisant fi de tout ce que j’écris. Ce sont tous les autres, des nationalités les plus diverses, qui ont permis à Hitler d’approcher de si près son but.



Mers el-K, miroir du nazisme ?

de françois delpla le lundi 01 octobre 2007 à 06h52

Elle est vraiment très intéressante, cette hypothèse. 1300 marins sans défense tués. Des avions qui reviennent les jours suivants mitrailler les sauveteurs autour des épaves d’où parviennent encore des appels. Tout était facile jusque là pour Hitler, tout était dans l’ordre, y compris d’un certain côté la résistance churchillienne. Il faisait dire par Goebbels, et sans doute le croyait-il lui-même, qu’Albion utilisait l’Allemagne pour taper sur la France et affaiblir un vieux rival maritime et colonial (le berceau du pétainisme est dans cette propagande), puis qu’en faisant les comptes, face à une Allemagne prête à évacuer l’Europe occidentale et tenue de le prouver immédiatement, Londres allait sans scrupule laisser l’Allemagne étendre son territoire, et surtout sa domination, vers l’est, à condition qu’elle y mît un minimum de formes.

Et voilà que tout d’un coup un acte de cruauté spectaculaire et largement gratuit, dans le style de l’incendie du Reichstag (Hitler détestait le Reichstag mais n’avait nul besoin de le brûler, à moins que la flamme elle-même, illuminant Berlin dans le ciel de la nuit fraîchement tombée, ne fût son but ; Churchill pouvait craindre une mainmise allemande sur les navires français mais il n’y avait pas de quoi se précipiter au risque de casser les liens avec Vichy... à moins que là ne fût précisément le but : la stigmatisation du compromis avec la croix gammée), voilà que tout à coup cet acte révèle à Hitler qu’il y a dans le camp adverse son double. Lui qui jouait précisément sur le pacifisme des autres (et Dieu sait si Churchill l’était, pacifiste, et argumentait depuis le début en disant qu’alliances et réarmements étaient des assurances contre tout risque de guerre), voilà qu’il a en face de lui un égal dans le non-respect de la vie humaine et dans le meurtre démonstratif.

Pas de doute : les Juifs sont en ordre de bataille. Eh bien ils vont voir de quel bois on se chauffe !



N’empêche que...

de Nicolas Bernard le lundi 01 octobre 2007 à 20h34

sur LdG

... vous aviez bel et bien raison, à propos du journal de Halder. J’ai bel et bien reçu confirmation que la citation du 2 juin, à laquelle j’ai trop rapidement cru, n’existait pas davantage dans la version russe du journal.

A dire vrai, la seule et unique source du propos hitlérien n’est autre que le général Sodenstern. L’historien ouest-allemand Karl Klee l’a reprise à son compte, de même qu’un autre confident de l’officier allemand, l’amiral Ansel. L’historien soviétique Nekritch a probablement utilisé ce dernier ouvrage, et la référence a été improprement attribuée au journal du général Halder, tel qu’il avait été traduit en russe.

Je perçois un peu mieux votre thèse sur le mécanisme décisionnel de Hitler vis-à-vis de l’U.R.S.S. Sans pour autant m’y rallier (navré, mais Mein Kampf m’apparaît tout de même sans équivoque), je pense, pour y avoir beaucoup réfléchi ces derniers jours, qu’elle repose sur davantage d’éléments que je ne le croyais initialement - et je suis étonné de ne jamais vous avoir vu les énumérer, notamment l’idée de démobiliser une partie de la Wehrmacht émise par Hitler au mois de mai 1940, pour la paix qui s’ensuivrait au cours de l’été. Ces éléments ne me convainquent pas - ils s’insèrent, à mon sens, dans une manipulation hitlérienne à l’encontre des généraux et des administrateurs nazis. Mais ils n’en existent pas moins.

Cela dit, je ne vais pas effacer mes messages trop vite accusateurs - autant assumer mes idioties.



Leçons du passé et vues d’avenir / Mein Kampf et Barbarossa

de françois delpla le mardi 02 octobre 2007 à 10h59

(...)

Pour l’avenir, je crois que nous tenons vraiment, avec les suites envisagées par Hitler de sa campagne-éclair à l’ouest s’il l’avait conclue suivant ses voeux, c’est-à-dire par une paix-éclair, un noeud de questions palpitantes qui pourront occuper les chercheurs un bon moment quand ils daigneront y jeter les yeux. Et si je dois continuer à m’y aventurer seul ou presque, j’irai à un rythme tranquille, susceptible de s’accélérer je ne sais quand.

La page de Mein Kampf sur le sujet, que tant d’auteurs, tels Frieser et Kershaw, continuent de tenir pour quantité négligeable, prédit certes avec une exactitude saisissante la sauce à laquelle va être accommodée la France : une campagne rapide et assommante, autrement dit, si le terme avait existé, un Blitzkrieg. Pour l’URSS cependant, et avant même qu’elle ne soit mise au pas par Staline, la prédiction est beaucoup plus ouverte. La victoire à l’ouest est simplement censée "assurer les arrières" d’une conquête de l’espace vital dont le rythme n’est absolument pas défini (p. 651-653) :

Autant nous sommes tous aujourd’hui convaincus de la nécessité d’un règlement de comptes avec la France, autant demeurerait-il inefficace pour nous dans son ensemble, si nos buts de politique extérieure se bornaient à cela. On ne saurait l’interpréter que comme une couverture de nos arrières pour l’extension en Europe de notre habitat.

Suivent des considérations sur le proche effondrement de l’URSS et l’indication, très vague, que "le glaive" doit assurer l’espace de "la charrue".

La mainmise totalitaire de Staline, et la relative réussite de l’industrialisation, rebattent évidemment les cartes au cours des années 30, alors que la France est restée désespérément elle-même et a continué de dépendre d’un allié anglais des plus dociles aux sirènes d’outre-Rhin.

Les intentions de Hitler à l’égard de l’URSS, et notamment, à partir d’août 1939, la durée envisagée du pacte, doivent être évaluées en fonction de la conjoncture et documentées par les propos, lus d’un oeil critique et soupçonneux, du chef de l’Etat et de l’armée allemands, en tenant compte bien sûr des principes énoncés dans la bible nazie, mais sans y voir un programme contraignant qui ne s’y trouve nullement.



Sur http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/l-axe-f3/le-nazisme-et-la-guerre-t4852-20.htm#81397 le 13 janvier 2008, 9h 13

Daniel Laurent a écrit :

Bref, le cauchemar... Francois a meme a ce sujet une theorie concernant le sort des Juifs que je lui laisse le soin de developper ici.

Nous devons beaucoup a Sir Winston Churchill et son entetement "belliciste" eclaire.

Une théorie, c’est beaucoup dire ! Il s’agit seulement d’une déduction logique : en cas de paix à l’ouest en 1940, et si on m’accorde que l’URSS ne fait pas l’objet d’une attaque de style "Barbarossa", ni dans la foulée, ni un an plus tard, le génocide non plus n’a pas lieu, du moins aussi vite. Il ne revêt pas non plus les mêmes formes, ni ne s’étend sur la même aire géographique.

Cette idée déclenche parfois des réactions violentes : on se fait traiter de compagnon de route des négationnistes et on voit prolongezr ses raisonnements par des conclusions telles que "Churchill est coresponsable de la Shoah "... "Hitler était bien intentionné"... "il n’était pas si anticommuniste "... "il n’était pas si antisémite "...

Certes sur un forum de gens bien élevés et de modérateurs vigilants ce genre de mise en cause personnelle et passionnelle n’a pas cours et le débat devrait se dérouler en toute sérénité.

Ce qui m’apparaît et que je mets en débat depuis près de 20 ans au fil des livres, articles et contributions de forum, c’est que le nazisme est un tout et qu’on se fourvoie en isolant des composantes telles que l’antisémitisme ou l’anticommunisme, et en leur faisant vivre, dans les explications et supputations, une vie autonome.

Le judéocide est un projet, dès 1919... et cela nous sommes encore peu à l’affirmer aussi nettement. Mais là où je suis encore plus en position de défrichage, c’est sur le caractère subordonné de ce projet. Hitler a deux buts, le doublement du Reich vers l’est au détriment des Slaves, et sa déjudaïsation complète. On peut en ajouter un troisième, moins concret et moins délimité dans le temps et l’espace : un nouveau départ de l’humanité sur de bonnes bases en effaçant la parenthèse de 2000 ans de christianisme, c’est-à-dire en répudiant toute idée de charité et d’égalité, et en réinstaurant l’esclavage et le règne des forts, qu’il s’agisse d’individus ou de groupes raciaux.

Dans ces buts, je récuse fermement l’idée qu’il y ait la domination du monde par lui-même et les Allemands (postulat implicite et souvent explicite de mes contradicteurs). Cela ne colle ni avec le réalisme de Hitler, ni avec son idéologie. Il a besoin des Anglais, des "aryens" en général et même des Japonais, "aryens d’honneur", pour faire le tour de l’hémisphère nord et justifier l’esclavage éternel (ou au moins pour mille ans !) de tout ce qui est au sud de l’Europe, du Japon et des Etats-Unis (les puissances allemande et japonaise se partageant des zones d’influence en Asie, tout en respectant la mainmise anglaise sur le sud de ce continent).

Donc il projette de liquider par une campagne éclair la puissance militaire française afin d’assurer les arrières de l’expansion orientale. Vaincre l’Angleterre n’est pas et ne sera jamais son but (là-dessus le terrain a été défriché par les "programmologues" allemands, qui ont montré depuis longtemps le caractère retenu et relatif des coups qu’il lui porte). Quant au désir de tuer les Juifs, pas question de lui donner une priorité quelconque, qui pourrait compliquer la réalisation du programme. Leur traitement, volontiers cruel et toujours méprisant, doit être conçu avant tout comme pédagogique : il s’agit de montrer aux races supérieures et avant tout aux Allemands qu’aucun compromis avec eux n’est possible, bref de s’en servir pour "brutaliser" (càd rendre brutaux) les grands blonds.

Cet homme secret, après Mein Kampf et le Second livre, n’a plus jamais écrit de programmes et il faut lire ses projets (en dehors de ces livres qui tracent un cadre souvent imprécis, et toujours susceptible d’adaptation à la conjoncture) entre les lignes de ses propos et de ses actes. Une autre méthode consiste à examiner ses actes réels, une fois que son programme est définitivement perturbé par le maintien de l’Angleterre en guerre en 1940, pour en tirer des leçons sur ce qu’il aurait fait dans le cas contraire. Le judéocide réel de 1940-45 nous instruit sur sa cruauté et son impitoyable détermination. Mais le contexte est fort différent dans le cas d’un monde en paix et dans celui d’une guerre sur deux fronts qui semble vérifier le postulat d’un encerclement "juif" du Reich (d’ailleurs, pour me contredire, on postule volontiers que Barbarossa était programmé dès MAI 40, voire que Mein Kampf en annonçait irrévocablement et la forme, et la proximité avec la victoire sur la France).

Donc et en conclusion provisoire, en cas de paix "sur le sable de Dunkerque", quid des Juifs ? Un traitement très dur dans l’espace alloué par le traité à l’Allemagne (par exemple, des épidémies dans les ghettos affamés de Pologne, attribuées à la crasse et à la paresse...), mais aussi un maintien de larges possibilités d’émigration. Une propagande débridée sur le fait que ces parasites ont déclenché une guerre injuste en 1939 et que le génial Führer leur a administré une correction méritée. Une dénonciation croissante du communisme, plus que jamais attribué à leur influence. Mais certainement pas un génocide à la même échelle, et encore moins une demande de livraison au Reich tout-puissant de tous les Juifs du monde (cela a pu être affirmé !).

Le prophète travaille pour l’avenir, légifère pour les millénaires. Il y aura d’autres guerres, permettant d’autres massacres. Le fait même d’être juif ne payant plus, la race pourra s’éteindre en partie d’elle-même. Elle pourra aussi aller végéter sur un bout de terrain inhospitalier en cessant de "parasiter" le reste du monde.

Quant à nous autres qui ne croyons pas le nazisme durable plus de quelques décennies, en raison des aspirations démocratiques de l’humanité, nous avons quelques raisons de croire que pour l’éradiquer il aurait fallu un effort plus long et plus meurtrier que celui que Churchill impose dans le choc opératoire de 1940, et qu’à cette occasion la vengeance du fauve blessé contre les Juifs que le Reich pouvait atteindre aurait pris des formes voisines de celles de 1941-45.

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20 décembre 2008

Précision importante

Les derniers travaux d’Edouard Husson ont déterminé un infléchissement de mon analyse.

Dans ses conditions de paix de mai 1940, dont le texte le plus précis reste hélas le document des archives Reynaud du 20 mai (faisant état de déclarations faites par Göring à Dahlerus le 6 mai), j’ai été jusqu’ici trop inattentif au fait qu’elles comportaient la livraison d’"une colonie", sans autre précision. J’avais tendance à estimer, lorsque j’y réfléchissais, qu’il s’agissait d’une monnaie d’échange. Cette revendication me semblait vouée à être abandonnée au cours des négociations et le fait de la présenter destiné à la fois à faciliter celles-ci par son abandon même, et à donner une légère consolation aux colonialistes allemands en prétendant qu’on ne les avait pas totalement oubliés.

De même, lorsque je considérais le projet temporaire des nazis d’une déportation des Juifs de certains pays d’Europe à Madagascar, j’étais frappé par son irréalisme et porté à penser qu’il s’agissait seulement d’une ruse destinée à habituer les bureaucrates à l’idée de la déportation, tout en laissant entendre qu’elle ne débouchait pas nécessairement sur le meurtre.

Cependant, le dernier livre d’Edouard Husson donne de solides fondements à l’idée que le RSHA a travaillé sérieusement pendant quelques mois sur ce dossier, et qu’il s’y est mis à peu près en même temps que se déchaînait l’offensive contre la France. Il se pourrait donc bien que l’unique colonie, non nommée, dont la revendication avait été présentée par Göring à Dahlerus le 6 mai, ait été dans son esprit (et surtout dans celui des futurs artisans du génocide) Madagascar. La "paix généreuse" est à reconsidérer sous cet angle. D’une part, elle n’aurait pas été des plus confortables pour les Juifs, massivement déportés depuis l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et un certain nombre de pays d’Europe centrale qui n’avaient plus rien à refuser au Reich. D’autre part, Madagascar n’était pas conçu comme un Etat juif loin de tout, mais comme une colonie administrée par les SS et propice (ainsi que le transport) à une mise à mort plus ou moins lente. Enfin, puisque nous supposons cette paix signée avec une Angleterre halifaxienne, celle-ci aurait été fortement tentée de fermer complètement la Palestine aux Juifs... voire de commencer à offrir aux pionniers sionistes déjà installés de grandes facilités de transport vers la grande île de l’océan Indien.

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4 mars 2011

et sur Mers el-Kébir

Les lignes ci-dessus

lundi 01 octobre 2007 à 06h52

Elle est vraiment très intéressante, cette hypothèse. 1300 marins sans défense tués. Des avions qui reviennent les jours suivants mitrailler les sauveteurs autour des épaves d’où parviennent encore des appels. Tout était facile jusque là pour Hitler, tout était dans l’ordre, y compris d’un certain côté la résistance churchillienne. Il faisait dire par Goebbels, et sans doute le croyait-il lui-même, qu’Albion utilisait l’Allemagne pour taper sur la France et affaiblir un vieux rival maritime et colonial (le berceau du pétainisme est dans cette propagande), puis qu’en faisant les comptes, face à une Allemagne prête à évacuer l’Europe occidentale et tenue de le prouver immédiatement, Londres allait sans scrupule laisser l’Allemagne étendre son territoire, et surtout sa domination, vers l’est, à condition qu’elle y mît un minimum de formes.

Et voilà que tout d’un coup un acte de cruauté spectaculaire et largement gratuit, dans le style de l’incendie du Reichstag (Hitler détestait le Reichstag mais n’avait nul besoin de le brûler, à moins que la flamme elle-même, illuminant Berlin dans le ciel de la nuit fraîchement tombée, ne fût son but ; Churchill pouvait craindre une mainmise allemande sur les navires français mais il n’y avait pas de quoi se précipiter au risque de casser les liens avec Vichy... à moins que là ne fût précisément le but : la stigmatisation du compromis avec la croix gammée), voilà que tout à coup cet acte révèle à Hitler qu’il y a dans le camp adverse son double.

caractérisent à merveille ma vision de l’époque... peu avant la mise en chantier de mon ouvrage sur le sujet !

Il a entièrement fait justice de l’accusation de préméditation et de tout procès fait à Churchill concernant cette canonnade.

C’est après coup que le Vieux lion a parlé d’une décision atroce à prendre, s’est comparé aux Conventionnels défiant l’Europe avec la tête de Louis XVI, etc., bref, a donné à l’épisode le sens que Hitler a cru et redouté. Sur le moment, ses ordres étaient assez laxistes et laissaient toute latitude à l’amiral Somerville de régler l’affaire sans casse, pourvu que ce fût avant le coucher du soleil. C’est en gérant la confrontation avec mollesse que ce commandant s’est acculé lui-même à être brutal, dans une dialectique malsaine avec son rival français Gensoul.

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le 20 mars 2011



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