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Editos

A propos d’une soutenance




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Ce titre de docteur obtenu jeudi dernier en Sorbonne n’est pas seulement une enseigne propre à suggérer aux visiteurs de ce site qu’ils n’y perdront pas totalement leur temps. Il représente une étape dans la prise en compte de mon travail, en même temps que les trois heures de débat serré qui y ont préludé donnent une idée du chemin qui reste à parcourir, à la fois pour que les données que j’apporte soient admises... ou rejetées en connaissance de cause, et pour que je les élabore au mieux.

Le mémoire par lequel j’ai présenté mes quatre livres (dont une première mouture, à télécharger ci-contre, donne une idée, et que j’enverrai par mél à ceux qui m’en feront la demande, en attendant sa prochaine édition) a été jugé trop factuel : il ne met pas assez mes résultats en rapport avec les ouvrages des dernières décennies sur les "processus de décision". Dans l’ensemble des travaux, l’opinion publique n’est pas assez présente, ni les mentalités. Il s’agit cependant d’un " véritable travail d’historien ", présentant un certain nombre de qualités : "amour des archives ", " refus des mythes ", " rigueur et finesse dans la confrontation des sources ", "étude simultanée des facteurs de décision dans les divers pays", " mise en valeur des personnages secondaires ", qualités d’écriture. Le fait que je remette en cause le travail des historiens précédents, que je ne sois pas "révérencieux", a été évoqué favorablement. De même on a apprécié que je mette en valeur Churchill et de Gaulle comme des "grands hommes " sans m’abstenir de les critiquer. A Jean-Marie Guillon estimant, sans m’en blâmer, que je réhabilite l’histoire événementielle, Robert Frank a opposé sa devise d’une " histoire non événementielle de l’événement ", sans dire que j’y dérogeais.

Parfois le compliment se déploie à la limite du reproche, au point d’y verser subitement : " écrivain-historien ", j’aurais raison de me "placer dans la tête de l’acteur pour imaginer ses raisons" mais serais affecté d’une tendance répétitive à exagérer le rôle des complots et des manipulations, et au total mon "approche du processus de décision" serait excessivement psychologique. Elle serait également, trop souvent, "monofactorielle". Mon " goût pour le paradoxe " serait cause à la fois d’excellentes trouvailles et de faux pas. On serait " souvent grisé " mais on aurait " parfois la gueule de bois ".

Parmi les principales questions que je traite, seules mes analyses sur le 18 juin ont reçu une adhésion sans mélange. Cette approbation tient peut-être en partie à la simplicité du cas (netteté du mensonge gaullien et de ses motivations politiques), au fait que le processus de remise en question a été entamé par d’autres (cf. Revue historique et archéologique du Maine, 1990) et à la caution d’un spécialiste reconnu, Jean-Louis Crémieux-Brilhac.

Il y a plus de perplexité devant des trouvailles plus solitaires. Par exemple, si la mise en relief du rôle de Halifax en 1940, et de la nécessité où se trouvait Churchill de se débarrasser de lui pour agir, fait l’unanimité (" même si tout n’est pas inédit "), cette adhésion se tempère lorsqu’on aborde l’étude concrète des crises. J’aurais tort de voir dans Mers el-Kébir une simple " canonnade contre Halifax " (Churchill et les Français, p. 542) et mon analyse du Haltbefehl devant Dunkerque (qui doit pourtant beaucoup aux découvertes sur Halifax) reçoit un accueil mitigé, de même que la découverte que Pétain, à Montoire, propose une collaboration militaire pour la reconquête du Tchad. Toutefois, l’unanimité qui s’exprime sur le 18 juin ne se retrouve pas dans la désapprobation, sur aucun des points considérés.

Acceptant les critiques sur les limites de mon travail, j’ai refusé celles qui portaient sur mes analyses et défendu celles-ci avec une certaine véhémence. Il semble qu’on m’en ait su gré.

Je n’ai point fait de réponse générale au reproche de privilégier le complot et, plus généralement, les explications " monocausales ". Je voudrais en esquisser une ici et laisser le lecteur juge, au hasard de ses parcours sur le site. Il se trouve que dans cette période de mars à novembre 1940, il y a dans les milieux dirigeants des puissances en guerre deux comploteurs, qui poursuivent des objectifs précis sans les avouer à beaucoup de monde, Hitler et Halifax : je les prends à de nombreuses reprises en flagrant délit de dissimulation, vis-à-vis de leurs collaborateurs, d’informations essentielles. Quand je parle des autres dirigeants, je montre leurs hésitations, leurs troubles, la part d’impondérable qui oriente leurs actions. Au passage, je déjoue une belle quantité de théories du complot, qu’il s’agisse de celui qui aurait été noué entre Pétain et Weygand fin mai au sujet de l’armistice, ou de celui qui aurait uni Reynaud, Lebrun et Herriot pour ramener le premier nommé au pouvoir en cas d’échec de Pétain à conclure l’armistice.

Quant à mon explication " monofactorielle " sur Mers -el-Kébir, je ne dis pas qu’il n’y ait qu’un facteur, mais qu’il est au commandement... et ce faisant je donne un rôle à l’opinion publique. En forçant ses amiraux à ce tir qui leur répugne, Churchill a en ligne de mire le défaitisme halifaxien et ne prend en compte les autres facteurs qu’en tant qu’ils concourent à rendre ce geste acceptable : personne ne pourra lui reprocher, en temps de guerre, une action qui soustrait des armes à une mainmise possible de l’ennemi et, s’agissant d’une flotte apte à traverser l’Atlantique, le président américain moins que tout autre. Mais s’il ne s’agissait que de sécurité maritime, l’absence d’urgence et l’inconvénient de s’aliéner la France feraient choisir des moyens plus doux et en tout cas plus progressifs.

Le président du jury a dit en conclusion : " Si François Delpla n’existait pas, il faudrait l’inventer". Puisqu’il existe, surtout qu’on ne l’invente pas, mais qu’on le lise, qu’on lui réponde et que chacun polisse ses arguments !

Note du 6 décembre 2006.- Le texte précédent peut évidemment fournir aux contradicteurs internautiques en peine d’arguments une mine... de mines. Surtout s’ils n’indiquent pas le lien qui permettrait de relativiser les critiques au moyen de leur contexte. La chose est arrivée en tout trois fois, à ma connaissance. Honte à eux, et basta. Qu’il me soit permis tout de même d’imaginer, à la lecture de la présente... leur mine.

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le 6 décembre 2006



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