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Le sort de Georges Mandel et la face cachée du nazisme




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Parmi les études qui de nos jours foisonnent sur le pourquoi et le comment du génocide des Juifs européens par les nazis et leurs valets, la découverte la plus importante revient sans doute à Edouard Husson. Dans son livre « Nous pouvons vivre sans les Juifs » (Perrin, 2006), le jeune sorbonnien remarque, à partir du journal de Félix Kersten, que Himmler sort de son entretien du 9 novembre 1941 avec Hitler dans un état d’agitation extrême. Il parle à son masseur d’un « ordre terrible ». C’est là très probablement, estime l’historien, qu’il faut situer l’ordre tant cherché du judéocide qui sera planifié le 20 janvier suivant à la conférence de Wannsee.

Or le 9 novembre est, remarque-t-il encore, une date clé de l’histoire du Troisième Reich. C’est ce jour-là qu’en 1918, après l’abdication de l’empereur Guillaume II, s’est fondée la république « juive » de Weimar. C’est à la même date qu’en 1923 le « redressement » a commencé, par la tentative de putsch menée par Hitler à Munich, qui a échoué mais a permis à son meneur d’acquérir une notoriété nationale. C’est encore un 9 novembre qu’en 1938 s’est déroulée la première persécution violente des Juifs à l’échelle de toute l’Allemagne, baptisée par ses auteurs « nuit de Cristal ». C’est donc le jour de la grande explication entre le « germanisme » et la « Juiverie », censée se conclure enfin par la victoire du premier sous la conduite de Hitler.

L’intuition est d’autant plus fondée que le destin de Georges Mandel la confirme amplement. Bras droit de Clemenceau en 1918, ce député encore jeune, d’origine à la fois juive et alsacienne, fut tout bonnement, alors que Churchill apparaissait encore obsédé surtout par l’Inde, le premier parlementaire d’un pays démocratique qui fit du réarmement allemand sa cible principale, voire unique... et cela se passait le 9 novembre 1933. Mais n’anticipons pas, ce point fera l’objet d’un livre entier, à paraître en septembre 2008.

Non seulement mon attention n’avait pas encore été spécialement attirée sur la date du 9 novembre lorsque je rédigeais mes livres antérieurs portant en tout ou en partie sur le nazisme, mais en me penchant sur elle depuis peu je me suis rendu compte qu’elle avait une importance extrême pour le mouvement SS, qui était précisément le fer de lance du nazisme dans la lutte contre ses victimes en général et contre les Juifs en particulier. Ainsi Himmler déclarait le 22 mai 1936, devant une assemblée des Jeunesses hitlériennes dirigées par son ami Baldur von Schirach :

« Le jeune candidat SS quitte les Jeunesses hitlériennes à 18 ans. Le plus souvent, cela a lieu le 9 novembre. Sa période d’essai chez nous dure jusqu’au 30 janvier et le 30 janvier, date de la prise du pouvoir, il reçoit sa carte provisoire. »

L’entrée dans le mouvement a lieu le 20 avril suivant, jour anniversaire du Führer, par une prestation de serment. Mais alors l’impétrant part faire son service militaire, au terme duquel il est souvent versé dans ce qui deviendra la Waffen SS, et là il prête un nouveau serment... le 9 novembre.

Ce qui est remarquable ici, c’est qu’il faille, même de nos jours, chercher ces informations à la loupe dans les ouvrages sur le nazisme, et encore. Elles ne se trouvent guère que dans ceux qui traitent spécialement du mouvement SS. Or après une première guerre mondiale, la plupart des puissances entretenaient en Allemagne des cohortes d’informateurs censés prendre le pouls du pays, notamment en ce qui concernait d’éventuels projets de revanche. Le fait que son régime s’organisait en fonction de dates symboliques n’aurait pas dû leur échapper. Cette cécité suffit à prouver que les symboles justement n’étaient pas pris au sérieux et qu’on ne voyait dans tout le déploiement rituel des nazis qu’une agitation risible.

Le rire était mauvais conseiller.

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François Delpla, le 5 janvier 2008



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