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Ouragan sur l’Elysée




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Voici de nouveau la France en fronde ! Neuf mois plus tard, l’élection présidentielle de 2007 accouche d’un président en chute libre dans les sondages et dont les tours quotidiens n’enchantent plus personne. Le dernier rempart des fidèles, quand il se fatigue d’ânonner que son héros a « entrepris des réformes courageuses », recycle, sous l’identité de « chasse à l’homme », le thème de la « diabolisation » qui avait si bien brouillé les pistes à la veille du scrutin, relayé par l’orchestre médiatique au grand complet ou presque, alors qu’aujourd’hui, enfin, la grande presse se montre réservée envers le tribun qu’elle avait aidé à se peindre en sauveur suprême.

Rien n’est joué, certes, puisque cette conjoncture doit beaucoup à une nouvelle campagne électorale, celle des élections municipales. Sur les 400 plus grandes villes, un peu moins de la moitié sont actuellement dirigées par la gauche, et un peu plus par la droite. Les maires de ces dernières, empressés à se dire « hommes du président » en mai dernier, ont corrigé le tir en catastrophe à la fin de l’année et précipité par là l’effondrement du château de cartes élyséen.

A la mi-mars, quand certains auront sauvé leur fauteuil et d’autres pas, viendra le temps de se souvenir que le quinquennat est à peine entamé, que Sarkozy garde en main tous les leviers de commande, qu’aucune opposition n’est en mesure de prendre le relais (en contraste avec la mise rapide en ordre de bataille de la « gauche plurielle » lors des catastrophiques débuts de Chirac), que les bourrasques économiques et financières du pays, de l’Europe et du monde sont propres à justifier des mesures drastiques contre le niveau de vie du grand nombre et que le choix appartient au président lui-même : soit il se rend compte que son désir était d’accéder au sommet, qu’une fois celui-ci atteint tout l’ennuie et qu’il doit désormais faire autre chose, soit il prend le mors aux dents et aggrave tous azimuts les mesures, au vrai assez timides, qui l’ont rendu impopulaire, en taillant à la hache dans les effectifs de la fonction publique, en accélérant partout où l’Etat a son mot à dire le décrochage des salaires par rapport aux prix, en réservant les soins médicaux sophistiqués aux riches, en autorisant l’usage des OGM dans l’agriculture sans autre considération que le profit des multinationales de la semence, en affichant plus insolemment que jamais sa réussite, au sens social du mot, par la fréquentation exclusive des milliardaires en dollars, en imposant une réforme des institutions qui achève de rendre le président omnipotent, en portant le coup de grâce à la laïcité, malmenée depuis deux mois, par une exaltation débridée de « nos » racines chrétiennes, et en provoquant dans les milieux médiatiques quelques licenciements exemplaires, qui rappellent à tous que la liberté ne va pas sans risques.

Puisque le second terme de l’alternative est de loin le plus probable, il serait bon de concentrer le regard sur la politique extérieure, car un tel train (à grande vitesse !) de mesures ne peut guère être imposé, en sus d’un tableau catastrophiste de la situation économique, que par la mobilisation devant une menace étrangère.

Le manifeste « Pour une vigilance républicaine » publié le 15 février dans Marianne, signé notamment par Villepin, Bayrou, Royal et le dernier survivant de l’épopée gaulliste, Pierre Lefranc, va à l’essentiel en n’omettant pas l’aspect planétaire de la conjoncture :

Les soussignés se réclament de sensibilités très diverses, et ils ont sur un certain nombre de sujets importants des positions très différentes, mais ils ont malgré tout en commun un certain nombre de convictions et de valeurs qu’ils entendent réaffirmer.

-  Leur attachement au principe républicain et, en conséquence, leur refus de toute dérive vers une forme de pouvoir purement personnel confinant à la monarchie élective.

-  Leur attachement aux fondamentaux d’une laïcité ferme et tolérante, gage de la paix civile.

-  Leur attachement à l’indépendance de la presse et au pluralisme de l’information.

-  Leur attachement aux grandes options qui ont guidé, depuis cinquante ans, au-delà des clivages partisans, une politique étrangère digne, attachée à la défense du droit des peuples et soucieuse de préserver l’indépendance nationale et de construire une Europe propre à relever les défis du XXI° siècle.

Au-delà de leurs divergences, les soussignés tiennent à rappeler leur engagement à défendre, séparément ou ensemble, ces impératifs, comme toujours cela fut fait au cours de l’Histoire de la République.

Le dernier carré de la garde présente bien entendu ce texte comme le mouvement d’humeur sans lendemain d’une poignée de vaincus aigris. Cependant, a-t-on jamais vu pareille constellation d’oppositions dans l’histoire des deux derniers siècles ? Certes, il ne s’agit que de mots, et de quelques consciences, sans qu’on perçoive encore un mouvement de masse. Mais il sera difficile, si à partir de la mi-mars une contre-attaque se développe dans les termes décrits plus haut, d’oublier ces paroles qui sont pour une fois à la hauteur des enjeux.

Montigny, le 19 février 2008

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