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Le nazisme et le secret



Un document fondamental



Hitler, en sa double qualité de Führer de l’Allemagne et de commandant suprême de son armée, édicte le 11 janvier 1940 le décret suivant :

Gründsätzlicher Befehl

1. Niemand : Keine Dienststelle, kein Offizier dürfen von einer geheimzuhalktenden Sache erfahren, wenn sie nicht aus dienstlichen Gründen unbedingt davon Kenntnis erhalten müssen.

2. Keine Dienststelle une kein Offizier dürfen von einer geheimzuhaltenden Sache mehr erfahren, als für die Durchführung ihrer Aufgabe unbedingt erforderlich ist.

3. Keine Dienststelle une kein Offizier dürfen von einer geheimzuhaltenden Sache bezw. dem für sie notwendigen Teil frührer erfahren als dies für die Durchführung ihrer Aufgabe unbedingt erforderlich ist.

4. Das gedankenlose Weitergeben von Befehlen, deren Geheimhaltung von entscheidender Bedeutung ist, laut irgendwelcher allgemeiner Verteilerschlüssel ist verboten.

Soit en anglais :

Basic directive

1. No one, no office and no officer may gain knowledge of secret affairs, unless their duty absolutely necessitates it.

2. No office and no officer may gain more knowledge of secret affairs, than is absolutely necessary for the performance ef their mission.

3. No office and no officer may gain knowledge of secret affairs, or the parts thereof of which they must know, at a date earlier than essential to the performance ef their mission.

4. The thoughtless relaying, in accordance with some general distribution key, of orders whose secrecy is of decisive importance, is prohibited.

Et en français :

Ordre fondamental

1. Personne : aucun service, aucun officier ne doivent être informés d’une opération confidentielle à moins qu’il ne soit absolument nécessaire, pour raison de service, de les en informer.

2. Aucun service, aucun officier ne doivent en savoir plus sur une opération confidentielle que ce qui est absolument nécessaire à l’accomplissement de leur tâche.

3. Aucun service, aucun officier ne doivent être informés d’une opération confidentielle, ou de la partie de celle-ci qu’ils doivent connaître, à une date antérieure à celle où cette connaissance est nécessaire à l’accomplissement de leur mission.

4 La divulgation inconsidérée d’ordres dont la confidentialité est d’une importance décisive, à l’occasion d’une diffusion d’instructions par circulaire, est interdite.

Sources : Moll (Martin, éd.), Führer Erlasse, Stuttgart, Steiner, 1997, p. 108 ; Domarus (Max), Hitler / Speeches and proclamations, t. 3, Würzburg, Domarus Verlag, 1997, p. 1915.

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Commentaire

Cet ordre est capital pour comprendre le fonctionnement de la dictature nazie.

Son caractère relativement tardif ne doit pas être trop vite interprété comme la preuve d’un changement alors survenu dans les méthodes de cette dictature. Au contraire, dès le début du ministère Hitler, l’état d’esprit qui s’exprime ici existe déjà, comme le suggère la non-connaissance préalable par Goebbels, prouvée par son journal, de l’incendie du Reichstag. Cette non-connaissance a été souvent interprétée comme une preuve que la direction nazie n’y était pour rien. Or si nous supposons que la conception du secret ici exprimée prévalait déjà à l’époque, dans la manière, elle-même hautement secrète, dont une poignée de nazis s’emparaient à la hussarde des leviers du pouvoir, il est clair que Goebbels, chargé de la propagande, n’avait pas à être mis dans le secret de cette machination, et n’en accomplirait que mieux sa tâche propre s’il était surpris et suffoqué par l’audace des communistes... Tout en se doutant peut-être que les nazis n’y étaient pas complètement étrangers, il occupait son créneau sans poser de questions.

Comme on sait, dans l’investissement nazi de l’Etat, l’armée était l’un des bastions les plus coriaces et les plus dangereux... mais les plus manipulables aussi, en raison du sentiment de sécurité que la possession des armes lui donnait, face aux SS et à leur Gestapo.

Nous pouvons observer ici un moment clé de cet investissement. En ce 11 janvier, le haut commandement est sous le choc de l’incident de Mechelen, qui a vu le plan de l’offensive programmée pour le 14 tomber dans des mains étrangères lors de l’atterrissage forcé d’un avion en Belgique. Que cet incident soit fortuit ou non (il a en tout cas un air de famille avec l’incendie du Reichstag... ne serait-ce que par l’adoption, le lendemain, d’un décret renforçant exponentiellement le pouvoir des nazis), Hitler semble bien sauter sur l’occasion pour renforcer, à la faveur de l’état de guerre, la nazification de l’Etat en général et de l’armée en particulier.

On dira peut-être : les directives se perdent, il y en a tellement, celle-ci a-t-elle été renouvelée ? Eh bien oui, au moins deux fois, et, la seconde, de façon aussi voyante que solennelle :

-  le décret est renouvelé sans commentaire le 25 septembre 1941 (un rapprochement s’impose avec les début du judéocide) ;

-  il est rappelé intégralement dans une directive du 12 juillet 1942... et suivi de trois pages de dispositions pratiques !

Utilisation de ce texte (version 1941) par la défense de Deborah Lipstadt dans le procès intenté en 2000 par David Irving.

le 4 avril 2008



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