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Une controverse sur la mort de Himmler (2005-20 ??)



(avec de larges extraits d’un article fondamental de Ben Fenton)



Le suicide de Himmler (par absorption d’une dose de cyanure dissimulée dans sa bouche, peu après son identification par des soldats britanniques et alors qu’ils le fouillaient) n’avait jamais été sérieusement mis en doute. Il l’a été brusquement en 2005 par un historien bien considéré, Martin Allen, qui dans son livre Himmler’s Secret War produisait trois documents d’époque faisant penser à un assassinat. Mais très vite on parla de faux et on annonça une enquête, sans grandes précisions, sans plainte et sans retrait du livre.

La moindre des bizarreries de l’affaire n’est pas la montée au créneau d’un journal proche de certains milieux politiques, le Daily Telegraph et, à l’intérieur de sa rédaction, d’un seul journaliste, Ben Fenton. Lequel a produit, trois ans plus tard, dans le Financial Times qui est son nouvel employeur, un récit circonstancié de son rôle dans les semaines suivant la publication du livre d’Allen.

Tout commença par un e-mail envoyé par un "collègue" en juin 2005, signalant la parution du livre de Martin Allen Himmler’s Secret War, sa contestation de la version "acceptée" de la mort du Reichsführer SS, fondée sur trois documents des National Archives (Kew Gardens) qui figuraient en pièce jointe. Fenton, sur le vu de ces copies, constata que la langue de ces trois documents était étonnamment "moderne" :

Les mots de ces documents, deux lettres et un télégramme décodé, auraient figuré avec plus de vraisemblance dans la bouche d’un personnage de Frederick Forsyth que sous la plume de graves fonctionnaires du service diplomatique anglais comme John Wheeler-Bennett ou Robert Bruce-Lockhart, les auteurs supposés. De telles hommes ont-ils discuté de la nécessité d’"éliminer" un ennemi ? Wheeler-Bennett, auteur réputé d’une douzaine de biographies et de livres d’histoire, aurait-il commis un affreux pléonasme en écrivant qu’il convenait qu’une telle tâche fût "expédiée en hâte" ?

Encore plus suspect était le troisième document, une lettre au chef du SOE écrite par Brendan Bracken. Ce distingué styliste, bras droit politique de Churchill, ministre de l’Information (...), se serait-il laissé aller à parler des "répercussions dévastatrices" de la connaissance, par les alliés de la Grande-Bretagne, du meurtre supposé de Himmler ?

Je n’avais pas assez de notions sur l’histoire de cette période pour savoir si les chefs du renseignement britannique auraient pu trouver justifié, que ce soit moralement, politiquement ou stratégiquement, de tuer Himmler de sang-froid. Mais j’étais quasiment sûr que dans ce cas ils n’auraient pas laissé des traces écrites aussi explicites de leurs actes. Un document mentionnait même le nom de l’assassin présumé : "Mr Ingrams" (lequel était supposé être Leonard Ingrams, dans la vie réelle le père de Richard, fondateur du magazine "Private Eye").

Le lendemain, j’étais à Kew face aux documents originaux. Ils avaient les apparences de l’authenticité : ils semblaient attachés par la ficelle utilisée pour assembler les documents par le coin supérieur gauche ; le papier semblait vieux ; les caractères de machine du même type que ceux des autres dossiers. Mais en regardant de plus près la lettre de Bracken, je vis, en toute certitude, des marques de crayon, sur lesquelles avait été tracée la signature. L’un dans l’autre, j’avais assez de doutes pour entamer l’étape suivante : tenter d’obtenir une expertise professionnelle. J’eus la chance que mon employeur, le DT, fît confiance à mon diagnostic, même s’il ne s’agissait que d’un soupçon et s’il y en avait pour 1000 livres d’expertises, au bas mot.

Je demandai au PRO l’autorisation d’emporter les documents pour les faire examiner, en ne m’attendant guère à ce qu’elle soit acceptée. Mais les dirigeants de l’institution à qui je montrai les documents partagèrent mes doutes. Un policier avec lequel j’avais pris contact me recommanda le dr Audrey Giles, qui avait dirigé le service de Scotland Yard chargé de l’authentification des documents. Elle était déjà connue au PRO pour avoir authentifié le journal "noir" de Roger Casement, pendu pour trahison en 1916.

Les documents "Himmler", ainsi que d’autre pièces comportant les écritures des trois principales personnes concernées, furent portés par des employés du PRO au laboratoire de Giles, dans le Buckinghamshire. Quelques jours plus tard, elle confirmait qu’il s’agissait certainement de faux.

Entre autres raisons, elle confirma les traces de crayon sous la signature de Bracken. Alors qu’en apparence chaque feuille avait été attachée dans la liasse, un examen plus attentif montrait que tous présentaient une petite déchirure qui leur permettait d’être glissés et retenus par la ficelle sans qu’il y ait besoin de défaire la liasse.

Giles trouva encore une confirmation dans le fait que l’adrese du ministère de l’Information figurant sur la lettre de Bracken de 1945 avait été confectionnée avec une imprimante laser. Son rapport dit aussi qu’elle avait expertisé comme des faux indubitables deux autres lettres de Bracken présentes dans le dossier. C’était là le premier signe que d’autres passages du livre d’Allen étaient fondés sur des preuves truquées.

L’analyse du contenu confirma que quelque chose clochait dans ces papiers, comme les experts du PRO l’expliquèrent à la police : ils soulignèrent que les documents contrefaits contenaient des erreurs dans les protocoles et les titres, que jamais leurs auteurs présumés n’auraient commises. Pour prendre un exemple, dans une lettre au Foreign Office datée d’octobre 1943, Victor Mallet (le grand-père du chef de la rubrique "Asie" au FT), se définit comme l’ambassadeur du gouvernement de Sa Majesté en Suède. Mais à cette date il n’était pas ambassadeur, il était "envoyé spécial et ministre plénipotentaire". Une telle gaffe est hautement improbable.

Une experte du PRO signala à la police qu’un autre trait commun des faux était qu’ils "avaient été trouvés dans des dossiers présentant peu ou pas de rapports avec leur sujet".

Elle ajouta que les incohérences de ces papiers "auraient conduit tout historien sérieux à douter de leur véracité".

A l’exception d’un document unique trouvé en 1985 dans les National Archives de Washington et apparemment destiné à prouver l’existence des soucoupes volantes,rien de tel n’était jamais arrivé.

Fenton ne date pas ces démarches mais nous pouvons le faire d’après ses indications : c’est le surlendemain de l’obtention des résultats des diverses investigations que parut son premier article dans le Daily Telegraph, soit le 2 juillet 2005. La veille, il avait téléphoné à Martin Allen, qui lui avait déclaré sa surprise devant ce qu’il lui annonçait, et l’émoi que cela lui causait : il était "absolument dévasté". Fenton avait déjà publié cette information le 2 juillet 2005, sans dire qu’il venait de l’obtenir personnellement et par surprise lors d’un appel téléphonique.

Quelques jours plus tard, Fenton, toujours selon cet article du Financial Times du 1er mai 2008, fut avisé par l’historien allemand Ernst Haiger que celui-ci soupçonnait le deuxième livre d’Allen, The Hitler-Hess Deception (traduit chez Plon en 2006 sous le titre L’étrange voyage de Rudolf Hess) de reposer aussi sur des faux, censés provenir des archives de Kew.

Il se présenta alors chez Allen sans l’avertir (car il ne répondait plus au téléphone), le trouva nerveux et se fit éconduire : Allen le renvoya vers son agent londonien.

Fenton retourne à Kew, examine des documents utilisés dans le deuxième livre d’Allen et les trouve suspects. Entre-temps, les National Archives avaient diligenté leur propre enquête, qui confirmait les résultats d’Audrey Giles. C’est alors une douzaine de documents supplémentaires qui furent suspectés et soumis à des spécialistes du ministère de l’Intérieur. Lorsque eux aussi furent estimés faux, la direction des archives saisit la police.

Et Fenton passa à autre chose, "confiant que la police publierait promptement un rapport, voire arrêterait quelqu’un". Il doutait de l’honnêteté d’Allen mais aussi de ses capacités techniques. N’ayant même pas une adresse e-mail, il ne lui semblait pas capable de confectionner des faux "relativement sophistiqués".

Il fut interrogé par un policier nommé Andy Perrott et n’entendit plus parler de rien jusqu’à "un jour bizarrre de 2007", où il apprit qu’il y avait eu une arrestation mais qu’il n’y aurait pas de poursuites et que l’enquête était close. Il appela le conseil des poursuites de la Couronne et obtint le texte d’une courte déclaration suivant laquelle "il n’était pas dans l’intérêt public" d’engager des poursuites, sans qu’aucun suspect fût nommé ni aucune explication donnée. Fenton poursuit :

Après que j’eus passé encore quelques coups de fil et obtenu du PRO des documents supplémentaires en invoquant le Freedom of Information Act, j’eus une vue plus claire de ce qui était arrivé. Après les tempêtes soulevées par son dernier livre la santé de Martin Allen s’était altérée au point que la police n’avait pu l’entendre pendant neuf mois. Quand elle le fit, il déclara qu’il était entièrement innocent. Allen dit qu’il était un chercheur consciencieux et qu’il avait lu tous les dossiers se rapportant à ses objets d’étude.

Inévitablement, par suite, il était tombé sur ces faux, mais n’avait pas soupçonné un seul des documents utilisés par lui d’être contrefait. Il pensait que tout cela pouvait être une conspiration. En fait, dans un addendum à l’édition américaine de son livre (où il reconnaissait que les documents sur le "meurtre" de Himmler avaient été fabriqués, mais répétait les allégations qu’ils contenaient), il a affirmé une théorie. Quelque temps après qu’il eut consulté les documents, écrit-il, ils ont été enlevés et remplacés par des répliques exactes, insidieusement conçues pour soulever des doutes lors de leur découverte. En l’absence de toute déclaration publique d’Allen, c’est là l’unique explication qu’il ait mise en avant.

Peut-être le vrai scénario était-il le suivant ? Allen, qui s’est proclamé lui-même "un éminent historien", est tombé sur ces documents pendant des recherches consciencieuses qui l’amenèrent dans des dossiers non visités par les autres historiens. Puis, une fois ses livres publiés et ses découvertes connues par de mystérieuses mouvances (vraisemblablement des agents de renseignement britanniques d’aujourd’hui), la seule façon dont elles pouvaient discréditer ses théories était de remplacer les documents "explosifs" par des faux.

Mais l’enquête de police, à en croire les tests du Forensic Science Service, a finalement révélé que cela ne s’était pas produit seulement à quelques reprises. Ce sont en tout 29 faux documents qui ont été confectionnés, avec quatre machines au total. Ils ont été déposés dans 12 dossiers différents, et cités au moins une fois dans l’un au moins des trois livres d’Allen. En fait, selon les experts des archives, les documents actuellement présentés comme des faux soutiennent des thèses controversées qui forment le coeur de chacun des livres : dans Hidden Agenda, cinq documents maintenant reconnus comme faux justifient son affirmation que le duc de Windsor a livré à Hitler des secrets militaires ; dans The Hitler-Hess Deception 13 papiers truqués étayent l’affirmation d’Allen que des membres de la famille royale ont été utilisés par l’espionnage britannique pour induire les nazis à penser qu’un putsch pro-allemand était imminent à Londres ; dans Himmler’s Secret War, 22 pièces contrefaites soutiennent pareillement l’affirmation que le renseignement britannique a trompé Himmler depuis 1943 pour l’encourager à trahir Hitler, avant de l’assassiner pour finir.

Aucun de ces faux n’a été cité dans un autre livre d’histoire. Allen le conteste, mais ne cite aucun exemple.

Les dossiers informatisés du PRO permettent de voir qui a eu communication des 12 dossiers entre 1994, date de l’informatisation, et la publication des livres. Ils prouvent que seulement deux personnes en ont vu plus de trois depuis leur dépôt par le département ministériel d’origine (Cabinet Office, Foreign Office ou MI6) : Martin Allen et son épouse Jean (que la police a mise hors de cause).

Bien sûr, cela n’est pas incompatible avec la conspiration alléguée par Allen. Mais les preuves volontairement apportées à l’enquête par l’un des éditeurs d’Allen ne vont pas dans ce sens. Il a demandé à Allen de lui montrer des copies de quatre "documents explosifs" et, plusieurs mois avant la publication, Allen a fourni des photocopies. Or elles étaient identiques aux documents plus tard expertisés comme des faux, y compris par la façon de taper à la machine. Voilà qui suggère fortement que dans ce cas au moins la théorie de la conspiration avancée par Allen ne tient pas.

Et aujourd’hui, que se passe-t-il ? En décembre dernier, en réponse à des questions du député Norman Baker, le Solicitor-General a dit que l’enquête de police, confortée par l’opinion d’un maître du barreau, a "produit des preuves suffisantes pour nourrir un acte d’accusation crédible" contre Allen, pour falsification, usage de faux et dommage criminel. Mais il a été décidé qu’il n’était pas dans l’intérêt public de poursuivre. Pour en venir à cette décision, "des questions relatives à la santé de M. Allen et les circonstances entourant cette affaire ont été déterminantes dans la décision que des poursuites ne seraient pas dans l’intérêt public". Cette déclaration met l’auteur (Allen) dans une situation scabreuse, ses livres étant inévitablement écartés de la liste des ouvrages d’histoire sérieux et lui-même empêché de laver son honneur.

Fenton indique alors que beaucoup d’historiens et de chercheurs pensent qu’il y va aussi de la réputation des archives (ce qui débouchera quelques jours plus tard sur une pétition de huit historiens anglais), et que l’affaire a fait suffisamment de bruit sur les sites "révisionnistes" pour qu’on ne puisse leur faire le cadeau de laisser entendre que le gouvernement britannique a quelque chose à cacher : "Aux yeux de ces gens, l’absence de toute poursuite pour falsification apporte de l’eau au moulin de leurs théories conspirationnistes."

Puis il conte qu’il a fait encore, récemment, une tentative pour s’entretenir avec Allen. Sa femme a ouvert la porte, dit qu’il était absent et très malade, et refusé tout entretien, une position confirmée peu après par un e-mail de l’avocat d’Allen.

Le rôle de ce journaliste persévérant, et de ses deux journaux successifs, n’est pas la partie la moins étonnante de ce dossier inouï. On a l’impression que ni le gouvernement britannique, ni la direction des archives nationales ne sont capables de prendre des initiatives. Lors même qu’il y va de leur honneur, de leur crédibilité et tout simplement de leurs tâches élémentaires, ces deux organismes semblent avant tout soucieux d’illustrer le chant populaire français sur les "carabiniers toujours en retard". A moins qu’il ne s’agisse de la mode thatchéro-blairienne de l’interpénétration du public et du privé ? Ce journaliste demandant à emporter dans un cabinet privé des documents officiels pour les faire expertiser rappelle plus Tintin ou Rouletabille que le fonctionnement qu’on est en droit d’attendre du plus vieil Etat de droit. C’est tout juste si on ne lui donne pas satisfaction et si la direction de l’établissement public s’avise qu’il est sans doute plus décent que les pièces soient remises en mains propres par des fonctionnaires.

Comme pour confirmer ce qui précède, l’article de Fenton anticipe de deux jours le premier acte public de quelque envergure : la publication sur le site des National Archives (désignées par Fenton sous leur ancienne dénomination de Public Record Office) des 29 "faux" et d’une partie du dossier d’enquête (alors que depuis 2005 il n’y avait eu que quelques brefs communiqués). Une publication que Fenton n’annonce pas (contrairement à moi-même, sur le présent site et sur divers forums, depuis le début d’avril) et, peut-on dire, qu’il ignore totalement (ainsi que les historiens pétitionnaires qui, eux, écrivent après cette mise en ligne... mais ne se réfèrent qu’à un second article de Fenton, paru le 3).

Contrairement à ce que laisse entendre Fenton (dont l’arithmétique d’ailleurs est bizarre : 29 serait la somme de 5, 13 et 22 !), tous les documents surprenants utilisés par Allen ne sont pas parmi ces 29 : j’ai donné sur un forum l’exemple d’une lettre de Halifax contenant les mêmes éléments, sur la conspiration à l’origine du vol de Hess, qu’une réponse que lui fait Cadogan, et qui seule est cataloguée comme faux. La comparaison exhaustive reste à faire, entre les documents à écarter comme faux et la totalité de ceux qui soutiennent les affirmations d’Allen -et il est curieux qu’elle n’ait pas été faite par les National Archives elles-mêmes à l’occasion de la publication de ce dossier. Bref, il y a là un mélange de faits patents, sans doute justes, concernant l’introduction de faux documents dans les archives, et d’insinuations tendant à discréditer la production entière, que ce soit de livres ou d’analyses nouvelles, d’un historien qu’on a au demeurant laissé faire, sans réaction sérieuse de la corporation, pendant des années (son premier livre, sur le duc de Windsor, est de 2000).

C’est au moins la preuve que les questions qu’il aborde sont mal connues et, jusqu’ici, mal étudiées. Ce sont des angles morts de la recherche.

En ce qui concerne la mort de Himmler (qui d’ailleurs n’est absolument pas centrale dans le livre d’Allen, ce qui donne à penser qu’il a eu en main sur le tard les trois documents, et n’a guère creusé la question), l’état actuel du dossier, qui n’avait jamais été examiné par un historien (et ne l’est donc toujours pas) dans un livre ou même un simple article, fait apparaître que le stationnement d’une ampoule mortelle dans sa bouche pendant les huit heures (au minimum) qu’a duré sa détention après la révélation de son identité est profondément improbable, et que les chiches informations officielles se sont ingéniées à raccourcir ce délai. Dans le même sens, les très fantaisistes dépositions du colonel Murphy, responsable de son sort au moment fatal, s’efforcent de gommer les soins méticuleux avec lesquels il avait été fouillé et surveillé, quand elles ne les nient pas carrément et, pour ses subordonnés, outrageusement. Détails ici

Ben Fenton a bien raison de dire, et les pétitionnaires de sous-entendre, que les "révisionnistes", s’il faut entendre sous ce terme ceux qui pensent que le belliciste Churchill a manqué envers le nazisme d’humaine compréhension, n’ont qu’à se louer de ce qui arrive et, notamment, de l’absence de poursuites annoncée en même temps que la gravité des infractions, avec cette justification stupéfiante de la santé du suspect (sans qu’aucun examen médical soit même invoqué). Une justification absente du communiqué du Crown Prosecutions Service, mais donnée au parlement par un membre du gouvernement.

Ce qu’il importe avant tout de souligner (or sur ce point Fenton comme les pétitionnaires britanniques sont muets), c’est la rétention pratiquée depuis 60 ans, et particulièrement injustifiable dans les circonstances actuelles, des archives mêmes du décès de Himmler. Le colonel Murphy, pour ne citer que lui, a bien dû faire un rapport, et sans doute plusieurs. Or l’historien n’a toujours à sa disposition aucun document d’époque, en dehors du peu loquace communiqué de presse. Et les dossiers qui, à Kew Gardens, devraient logiquement contenir ce genre de pièces sont soit complètement interdits de communication, soit truffés de feuilles jaunes signalant qu’un document est "retenu par le département".

Les historiens français, qui se sont récemment mobilisés, avec un succès inégal, pour faire amender un texte de loi sur la communication des archives, ont désormais intérêt à peser dans le même sens que leurs collègues britanniques. L’enjeu concerne aussi les citoyens : c’est une belle occasion de contraindre les politiques à user moins légèrement du secret.

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Annexe : La pétition des historiens

(lettre ouverte au Financial Times, publiée dans son édition du 6 mai 2008).

Sir, Your report (May 3) that the National Archives in Kew was seeded with 29 forged documents is a cause for concern among historians. That concern is exacerbated by the fact that, despite a lengthy police investigation, no prosecution will take place in connection with this apparent attempt to distort our view of the past.

The integrity and reputation of the National Archives, and other institutions like it around the world, are precious commodities.

In the absence of a judicial process, it must surely be in the public interest for some kind of official report on this matter to be compiled and published.

That would act as a deterrent to those who might be tempted to undertake similar activities. It would also quash speculation about the origin of, and motivation behind, these forgeries.

John Keegan, Ian Kershaw, Max Hastings, M.R.D. Foot, Antony Beevor, Niall Ferguson, Andrew Roberts, Tristram Hunt

Traduction :

Monsieur,

Votre reportage du 3 mai, suivant lequel on a introduit dans les Archives nationales de Kew 29 faux documents, est un sujet de préoccupation pour la communauté des historiens. Une préoccupation exacerbée par le fait qu’en dépit d’une interminable enquête de police, cette tentative présumée de fausser notre vision de l’histoire ne donnera lieu à aucune poursuite.

L’intégrité et la réputation des Archives nationales et des autres institutions de ce type à travers le monde sont des biens précieux.

A défaut de poursuites judiciaires, il serait certainement dans l’intérêt public qu’une sorte de rapport officiel soit élaboré et rendu public.

Voilà qui pourrait dissuader quiconque pourrait être tenté de se lancer dans des entreprises de ce genre. Cela ruinerait aussi les spéculations sur l’origine et les motifs de ces falsifications.

TOUSSAINT 2008 : NOUVELLES DECOUVERTES

le 1er juin 2008



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