Visite guidée . prof . TV . Invectives . Editos . Bio/chro/info . FDlivres . Articles/docs . Débats . Dialogue avec les oeuvres . Lettres . Forum .
Abonnement
Rechercher
Plan
Accueil
Contact
Liens

 

FDlivres

Churchill et les Français



premier chapitre



pages antérieures

Première partie

LE CLUB DES SEPT

Chapitre 1

La stratégie de Chamberlain

VOILA UN TITRE PARADOXAL. Neville Chamberlain, premier ministre anglais depuis le 27 mai 1937 après avoir été un membre en vue du cabinet Baldwin, passe pour le moins doué des trois membres de sa famille qui ont fait de la politique et pour une pure dupe du jeu hitlérien. Lui prêter une stratégie, n’est-ce pas mettre un tablier à une chèvre ? On va montrer qu’il n’en est rien, et que raisonner ainsi c’est déjà se priver de toute chance de comprendre Churchill.

Ce cadet manifeste sur le tard des aptitudes politiques croissantes. Il émerge d’un quatuor, formé avec lui de John Simon, Edouard Halifax et Samuel Hoare, qui a mis en place la politique de l’appeasement sous l’autorité vieillissante de Stanley Baldwin1. Pour la comprendre, il faut survoler rapidement tout l’entre-deux-guerres.

Les sept grands

La guerre, disait Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Il s’ensuit que la politique ressemble à la guerre. Et que tout entre-deux guerres est une période discrètement belliqueuse. L’intervalle des deux conflits mondiaux n’est pas en reste à cet égard.

Il est banal de remarquer que la coalition des vainqueurs de l’Allemagne éclate dès 1919, lors de la conférence de la paix. Celle-ci est très laborieuse et les litiges portent, déjà, sur le traitement qu’il convient de réserver à l’Allemagne vaincue. La France est la plus sévère, mais l’Angleterre et les États-Unis, partisans de l’indulgence, n’en ont pas la même idée. Ayant dû, tout de même, signer à Versailles un traité assez dur - réduction de ses effectifs militaires à 100 000 hommes peu armés, exclus des abords du Rhin, interdiction de toute union avec l’Autriche ou les Sudètes, coupure en deux du territoire par le « corridor de Danzig », lourdes réparations -, l’Allemagne va exploiter immédiatement et sans limites les divergences de ses vainqueurs, pour l’appliquer le moins possible. Dès 1923 la cacophonie est totale entre la France, qui occupe militairement la Ruhr, et ses anciens alliés qui ne voient là que dangereux impérialisme.

Il est donc trompeur d’opposer des années vingt prospères, pacifiques, marquées par de beaux et sincères efforts en faveur de la paix, à des années trente où la crise « de 1929 » ruine les bonnes intentions et déchaîne les égoïsmes. Briand et Stresemann, les hommes d’État qui attachent leur nom à la réconciliation franco-allemande à partir du traité de Locarno (1925) sous les auspices de la Société des Nations, sont eux-mêmes de vieux jouteurs qui cherchent à asseoir la puissance de leur pays sans égards particuliers aux intérêts de quelque autre2. La réconciliation est leur politique, où l’idéal n’a guère de place. C’est la continuation du conflit par d’autres moyens.

Sans doute, à partir des dernières semaines de la décennie 1920, la crise économique inouïe qui secoue la planète change beaucoup de données. Elle favorise, en Allemagne, la montée des extrêmes, conclue le 30 janvier 1933 par l’arrivée au pouvoir de Hitler et de son parti nazi, obsédés par l’idée d’une revanche sur la défaite de 1918, et par suite inquiétants pour les pays qui en ont profité. Mais il ne faut jamais perdre de vue que la partie se joue à sept, pour ne parler que des partenaires principaux3.

Les rapports franco-allemands sont pris dans un jeu de forces où interviennent constamment la Russie, devenue soviétique, le Japon, les États-Unis, l’Angleterre et l’Italie. Se réconcilier, c’est changer d’adversaires. Par exemple, de Locarno à Munich, tous les rapprochements entre Paris et Berlin, vigoureusement encouragés par Londres, ont un revers antisoviétique. De même, le fameux « isolationnisme » dont les Américains auraient fait preuve pendant toute la période est une aide, consciente et intéressée, à ceux dont leur passivité favorise les entreprises. L’arrivée au pouvoir de Hitler est un moment dans ce processus. Quiconque veut l’affronter doit trouver des partenaires. Quiconque l’épargne s’en sert comme d’un bélier pour ébranler l’un ou l’autre des cinq joueurs restants.

L’irruption de Hitler

Hitler (1889-1945) est un très curieux spécimen historique. Il unit à un degré jamais égalé deux traits contradictoires : une imagination visionnaire qui déforme le réel et une finesse d’analyse qui permet l’adaptation la plus étroite aux circonstances. Vers l’âge de trente ans, au sortir de la première guerre, il se donne un programme très simple, qu’il appliquera point par point : devenir le chef de l’Allemagne, prendre une revanche sur la France sans que la Grande-Bretagne s’y oppose, puis conquérir en Ukraine, aux dépens de la Russie, un « espace vital » allemand. Il développe ce programme dans un gros livre exposant « son combat » (Mein Kampf) à des millions de lecteurs, mais au fur et à mesure que l’ouvrage passe dans les faits l’auteur essaie de le faire oublier et y réussit assez bien, laissant supposer que le pouvoir l’a assagi. D’où une alternance, chez ses adversaires, d’incrédulité avant que les catastrophes arrivent et de fatalisme impuissant ensuite.

Son système est, d’un côté parfaitement réaliste : il reprend la tradition de Bismarck, qui avait imposé pendant trente ans une hégémonie allemande en Europe, et vomit les erreurs de Guillaume II qui, peu après, avait provoqué l’Angleterre par son ambition d’ajouter à la domination continentale une puissance maritime. Hitler rompt spectaculairement avec cette attitude en signant l’accord naval du 18 juin 1935, qui fixe au tiers de la flotte de guerre anglaise le nombre de bateaux que l’Allemagne aura le droit de construire. Ce faisant, les deux pays bafouent ensemble le traité de Versailles, qui interdisait tout cuirassé germanique, et la Société des Nations dont la vocation première était de faire respecter ce traité.

Mais ce versant froidement réaliste de la politique hitlérienne coexiste avec une raideur doctrinaire qui la handicape dans d’autres domaines. Le nazisme est bâti sur des phobies, il se veut le contraire absolu de beaucoup d’idéaux dont les adeptes, s’il leur prenait fantaisie de s’unir, représenteraient sur la planète une force irrésistible : communisme, démocratie, droits de l’homme, charité chrétienne... Non seulement l’humanité se divise pour Hitler en races inégalement dignes de la dominer, mais la race supérieure, formée des Allemands et de leurs apparentés, a un ennemi acharné : la race juive, responsable de tous les revers de l’Allemagne. Mais le Juif, dont on se demande constamment à la lecture des textes nazis s’il est pensé comme supérieur ou inférieur est, au contraire du Français ou du Slave, un individu particulièrement insaisissable. Car il ne s’agit pas seulement du Juif en chair et en os, sur lequel s’abat une persécution croissante et dont l’holocauste, en Europe, servira de compensation magique à la défaite du Reich4. Le discours hitlérien judaïsant tout ce qui le gêne, la race maudite comptera beaucoup de membres d’honneur, de Roosevelt à Staline et de Pie XI à de Gaulle. C’est le « judéo-bolchevisme » qui, en dehors de la période du pacte germano-soviétique, gouverne à Moscou et, quand cela va mal avec les États-Unis, c’est que la « ploutocratie juive » commande à Washington. En résumé, Hitler chef d’État excelle à séparer les adversaires et à les battre l’un après l’autre, tandis que Hitler « penseur » dessine à l’avance leur union finale, et fait du nazisme un isolat inassimilable. Mais c’est précisément dans ce mélange hybride qu’il trouve l’essentiel de sa force. Les grandes puissances misent sur son réalisme pour s’associer à lui temporairement, croyant garder la maîtrise du jeu et pouvoir l’abandonner à tout moment, s’il ne renonce pas à ses lubies.

Il en va de même des Allemands. On n’éclaire guère les choses en traitant le nazisme de « totalitarisme »5. C’est le prendre servilement au mot : sans doute, Hitler rêvait d’une société où un Führer aurait dicté les pensées de chaque citoyen... mais il s’est bien gardé de la mettre en place. C’est le sens de la « nuit des Longs couteaux » (30 juin 1934), où il fait exécuter Roehm et quelques centaines de nazis impatients, qui lui reprochaient de ne pas liquider assez vite les vieilles élites aristocratiques et bourgeoises. C’est qu’il a compris à quel point elles pouvaient lui être utiles. Sur le cadavre de ses compagnons il scelle avec elles un pacte, aussi important que le futur pacte germano-soviétique et de même encre : il s’associe temporairement, sous la pression des nécessités, avec l’une de ses victimes désignées. Il va se servir des ambitions de l’aristocratie et de la bourgeoisie allemandes, frustrées par la défaite de 1918, pour les entraîner dans une danse de la mort. Il a un besoin vital de généraux et de diplomates formés à l’ancienne, pour l’aider à dominer le pays et à rassurer l’étranger. Forts de cette constatation, ces gens se croient indispensables et mettent le doigt dans l’engrenage en pensant pouvoir le retirer à volonté. Ils sont prêts pour cela à chercher des appuis hors des frontières, et toujours du même côté, occidental, car Hitler a, en revanche, soigneusement liquidé les élites de la gauche et éradiqué toute contradiction de cette nature. L’opposition allemande au nazisme préfigure donc, pour l’essentiel, le premier milieu dirigeant de la RFA, trouvant dans l’anticommunisme la légitimité d’un alignement sur les États-Unis.

Voilà ce qui donne toute son importance au phénomène SS et à la Gestapo : Hitler forme sa propre élite, qui va être chargée de surveiller l’autre, de la tenir en lisière. Il connaîtra, en gros, les complots, y compris ceux qui visent à l’assassiner, et il les tolérera. Sa parade sera de surprendre son monde, en lançant l’Allemagne dans des aventures qui profitent à ses milieux dirigeants et les obligent à garder le pilote à la barre. Il se protège moins par des mesures policières que par la création de situations où les assassins sont pris à contre-pied, où sa mort ne leur rapporterait rien. La signature du pacte germano-soviétique est, à cet égard, le chef-d’œuvre absolu.

Mais avant d’étudier les rapports soviéto-allemands, il convient de conclure sur le IIIe Reich. L’éternelle question « les Allemands ont-ils suivi Hitler, et dans quelle proportion ? » mérite une réponse précautionneuse. Beaucoup d’historiens, même assez jeunes, affirment imperturbablement que la grande masse des Allemands a suivi Hitler, voire l’a précédé. On fait grand cas de la mentalité globalement « révisionniste » - c’est-à-dire hostile au traité de Versailles - de tous les partis, pendant tout l’entre-deux-guerres. On remarque que même les gens qui complotaient contre Hitler étaient impérialistes et exigeaient, de leurs correspondants occidentaux, Danzig, les Sudètes et autres pourboires6. Mais de telles perspectives souffrent du défaut signalé plus haut : elles ne tiennent aucun compte du « club des sept ». Si vous sous apercevez que l’Angleterre, les États-Unis, le Pape et quelques autres sont disposés à laisser votre pays conquérir des territoires, il faudrait être un saint, et même un saint un peu malsain, pour en faire généreusement l’abandon. En réalité, la majorité des Allemands, sans être altruiste, a peur d’une nouvelle guerre, elle sait bien que les causes qui ont fait perdre la première peuvent jouer à nouveau et elle aimerait sortir de cette impasse, d’où la popularité d’un Stresemann, qui promet une revanche sur le terrain de l’économie. Si Hitler arrive, non sans peine, à obtenir cette même popularité par une politique agressive, c’est bien parce que, dans l’ensemble, l’attitude des autres puissances semble ouvrir une carrière à son rêve.

Les choix soviétiques

L’URSS (nom donné en 1922 à une entité apparue le 7 novembre 1917) est fille de l’idéologie : c’est le cerveau de Lénine, pour qui « sans théorie révolutionnaire il n’est pas de mouvement révolutionnaire », qui réussit à canaliser les troubles issus de la guerre et de la chute du tsar vers une révolution qui, pour la première fois dans l’histoire, entend bouleverser les rapports sociaux en supprimant les classes. En politique extérieure, cela revient à déclarer la paix aux peuples et la guerre à leurs gouvernements, quels qu’ils soient. Ceux-ci le comprennent dans l’instant, et prennent les devants. Ils interviennent dans la mesure de leurs moyens, à la fois pour détruire la menace de subversion sociale et pour augmenter leur puissance au détriment de cet État : au total, ils voient moins la révolution comme un virus contagieux que comme un signe de décadence, d’implosion d’un empire naguère puissant.

La direction soviétique n’a guère le loisir, alors, de mettre en avant l’idéologie. Elle pare au plus pressé. Suivant les plus pragmatiques recettes, on essaie de diviser l’adversaire : par la paix de Brest-Litovsk (mars 1918), la bourgeoise Allemagne est autorisée à piller l’Ukraine pour les besoins de sa guerre contre la France impérialiste. Avant comme après le 11 novembre 1918, les puissances de l’Entente s’intéressent aussi au territoire soviétique, d’abord pour le disputer à l’Allemagne puis pour tourner contre l’Armée rouge les armes libérées par l’armistice. Ils prêtent main-forte (de manière, il est vrai, marginale) aux révoltes antibolcheviques. En réponse, les bolcheviks créent la Troisième Internationale, pour mobiliser en tout pays des partisans de l’Union soviétique et tenter de faire qu’elle ne reste pas seule, que d’autres pays la suivent dans sa voie révolutionnaire.

L’année 1921 offre un bilan contrasté : le régime se consolide en Russie mais échoue dans sa vocation missionnaire. Lénine qui, malade, abandonne au milieu de 1922 l’essentiel de son pouvoir avant de mourir en janvier 1924, lègue à ses successeurs un double message : la NEP à l’intérieur et la « coexistence pacifique » à l’extérieur. Les deux sont d’ailleurs solidaires : par la « nouvelle politique économique » il s’agit de se mettre « à l’école de la bourgeoisie » pour « apprendre à produire » et l’on recherche, dans une détente extérieure, le calme nécessaire aux investissements ainsi que la possibilité de recruter des ingénieurs, notamment aux États-Unis.

Cet assagissement soulève une question : si l’URSS devient un pays ordinaire, au moins par certains côtés, va-t-elle se contenter de ses frontières ? Lénine reconnaissait le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le « droit à la sécession » des régions qui n’étaient pas à leur aise dans l’ancien État russe. Ce principe avait aidé les bolcheviks à accepter l’indépendance de la Finlande, de la Pologne et des États baltes, ci-devant fleurons de l’empire. En retour, ils prenaient le parti des peuples opprimés, notamment coloniaux, et les avaient réunis à Bakou en congrès (septembre 1920). Cependant, cette logique se heurte à une autre, la « défense de la révolution », au nom de laquelle il est prudent de reculer au maximum les frontières, et de n’y point tolérer des régimes hostiles. C’est ainsi que lorsqu’en cette même région du Caucase s’installent des républiques indépendantes pourvues de gouvernements antibolcheviques, la poudre a le dernier mot et la reconquête est brutale (1921-1922). On peut donc supposer que les abandons précités autour de la Baltique devaient au moins autant au rapport des forces qu’au « droit des peuples ».

De fait, les années d’immédiat après-guerre laissent la Russie soviétique affaiblie et vulnérable vers l’ouest. La voie d’invasion polonaise, notamment, est grande ouverte, alors que les tsars avaient dépensé beaucoup de peine à la colmater. Ces frontières ont été définies, en gros, par le traité de Versailles : l’URSS, qui le dénonce comme un « mauvais coup de l’impérialisme », prend rang de ce fait, avec l’Italie, l’Allemagne et la Hongrie, parmi les pays « révisionnistes », sans qu’il soit aisé de démêler dans ses motivations l’idéologie et l’intérêt national.

On ne peut en tout cas qu’être frappé par une chose : la constance avec laquelle, au moins jusqu’en 1933, l’URSS cherche à se concilier la bienveillance de l’Allemagne - tout en restant fort éloignée d’une alliance avec elle. Une forte motivation idéologique apparaît au début lorsque Lénine espère une révolution allemande qui, relayant celle de la Russie, rapprocherait le moment tant souhaité de la révolution mondiale. En avril 1922, cet espoir est largement estompé lorsque les deux pays signent ensemble le traité de Rapallo, prélude d’une série d’accords dont certains s’appliqueront jusqu’en 1937 : une telle solidarité, alors que l’Allemagne passe par tous les régimes possibles, montre bien les limites du facteur idéologique.

À partir de 1927 environ, le triomphe de Staline sur Trotsky et tous ses autres rivaux, tant en URSS qu’au sein de l’Internationale, change beaucoup la situation. Il y a comme une dissociation chimique de l’héritage de Lénine : à Staline le réalisme, à Trotsky la théorie. La « révolution mondiale » est remise aux calendes par le vainqueur, et le vaincu va essayer de la mettre en œuvre en ayant perdu tout point de départ territorial. Mais il s’en faut que Staline abdique toute idéologie. Il instaure une dictature xénophobe au nom de la pureté d’un « léninisme » embaumé et mythifié par ses soins.

La dialectique marxiste est réduite à une recette. Elle enseignait (après Hegel) que toute chose coexiste avec son contraire. Maniée par Staline, elle devient une pensée prélogique, autorisant tous les sophismes et tous les reniements, élevés sans examen à la dignité de « contradictions ». Staline est l’homme des virages à 180 degrés, pris à grande vitesse. Avec lui, le marxisme-léninisme devient un magasin d’accessoires destinés à habiller la politique du jour.

Mais il doit prendre des précautions car l’idéologie est un facteur essentiel de sa légitimité. Il résout le problème en imposant à ses fidèles, en permanence, une vision manichéenne des relations internationales. Que le méchant soit Churchill, Hitler ou Truman compte moins que l’obligation qu’il y ait un méchant : cela permet de différer tout débat et de punir expéditivement quiconque en souhaite un. Mais si dans les années trente il peut faire épouser n’importe quel changement à des partis communistes de mieux en mieux contrôlés, il n’en va pas de même des États étrangers : le stalinisme s’accommode mieux d’une politique d’isolement (avant 1934, après 1945) que d’une recherche d’alliances. Il ne sait pas séduire, il ne sait que dominer.

Situation dangereuse et bancale : l’URSS ainsi réorientée est à la fois un État, avec lequel il fait bon causer dans les termes traditionnels des rapports entre puissances, et une écharde dans la chair du capitalisme, qu’elle ne menace plus guère mais qu’elle prive tout de même d’une part de ses marchés. Si, au fil des années vingt, elle fait de moins en moins peur, elle continue de faire « désordre ». Puis, dans les années trente, la grande crise suscite la crainte d’une nouvelle vague révolutionnaire et rend urgente, aux yeux d’un grand nombre de nantis, la destruction du modèle. Le maintien d’une forte croissance et le recul du chômage, spectaculairement inverses de la tendance mondiale, redonnent en effet un grand prestige à la « patrie du socialisme ». Un anticommunisme de principe trouvera toujours preneur dans les milieux dirigeants, où que ce soit. Hitler va en jouer, avec maestria.

La Russie tient, dans les plans de celui qui arrive au pouvoir en Allemagne, la place que nous savons. Moins sans doute parce qu’elle est communiste, que parce qu’elle est slave. Elle offre à la « race supérieure » allemande son terrain d’expansion privilégié. L’Ukraine, au sens large, avec son charbon, son fer, ses terres noires et sa proximité du pétrole caucasien, devra être débarrassée d’une partie de ses nationaux au profit de colons allemands, les autres travaillant pour eux. Il faudra mettre à la raison la France, qui ne saurait assister passive à cette évolution, alors qu’on espère la bienveillance de l’Angleterre.

Il faut rendre à Staline cette justice qu’il a parfaitement compris le message. On lui reproche parfois de n’avoir pas pris dès 1933 les devants de la rupture. Mais pour quoi faire et avec quels alliés ? Il était bien obligé d’attendre que la France au moins s’alarme du péril et il a fort bien reçu le premier de ses hommes d’État à le faire, Louis Barthou, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Doumergue, depuis le 9 février 1934 jusqu’au 9 octobre de cette même année, date de sa mort à Marseille aux côtés du roi de Yougoslavie.

Les années Barthou-Laval (1934-1935)

Barthou fut un proche de Poincaré. En lui se prolonge la fermeté de l’homme d’État meusien, s’embarquant pour Pétersbourg en juillet 1914 pour s’assurer, avant toute autre considération, de l’alliance russe. C’est bien cet esprit qui semble prévaloir lorsqu’à son instigation, devant l’évolution de la conférence de Genève sur le désarmement qui s’oriente vers une révision en faveur de l’Allemagne des clauses militaires de Versailles, le président du conseil Doumergue publie le 17 avril 1934 une note retentissante, suivant laquelle « la France assurera désormais sa sécurité par ses propres moyens ». Cette manifestation de mauvaise humeur envers la SDN est aussitôt suivie d’une recherche ostensible de l’appui de l’URSS, qui alors ne fait pas partie de la Société. Barthou approfondit par là une démarche initiée en 1932 sous un gouvernement Herriot, qui avait abouti à la signature d’un pacte de non-agression et, l’année suivante, à un échange d’attachés militaires7.

Alors, pourquoi si peu de résultats ? Il est tentant d’incriminer Pierre Laval, qui succède à Barthou après sa mort accidentelle (car il ne semble pas, dans l’attentat de Marseille, avoir été visé). Il suffit d’amalgamer le Laval de 1934-1935 avec celui de l’Occupation : beaucoup plus anticommuniste qu’anti-allemand, il n’aurait eu de cesse de saboter subrepticement la politique de fermeté.

Mais à ce compte on pourrait médire pareillement de Barthou. Il a montré le chemin du renoncement, en ne protestant contre la volonté allemande de réarmer que par une note, prélude de beaucoup d’autres, alors qu’à cette époque, au bout d’un an de pouvoir hitlérien, les arguments juridiques n’auraient pas manqué pour justifier une action de guerre, encore peu risquée militairement. Cette spéculation oublie seulement l’existence des autres puissances, et de l’Angleterre en particulier qui, patiente vis-à-vis des notes, n’aurait sans doute pas, en cas de nouvelle opération militaire française dans la Ruhr, apporté à l’Allemagne un soutien purement platonique.

Il ne faut donc pas être injuste avec Laval, qui agit lui aussi avec une marge étroite. Le simple examen des faits amène à constater qu’il poursuit avec constance la recherche d’une alliance franco-soviétique et d’ailleurs la signe, le 2 mai 1935, avec l’ambassadeur Potemkine, après quoi il la souligne d’une visite remarquée au Kremlin. Un témoignage rend compte de son état d’esprit.

Le 16 mai, beaucoup de gens prennent le train pour Varsovie, où le dictateur Pilsudski vient de décéder. Notamment Laval, depuis Moscou, et Göring, le chef nazi le plus en vue après Hitler, depuis Berlin. L’armée française, marraine de celle du disparu, est représentée aux obsèques par le maréchal Pétain. Jolie brochette de futurs associés ! Mais à ce moment peu de choses encore les rapprochent. Le 18, Göring obtient un entretien de deux heures avec Laval - c’est, avait-il dit à l’interprète Schmidt, dans cette éventualité qu’il l’emmenait. Il l’entreprend sur le pacte franco-soviétique, cherchant à savoir quelle en est la finalité. Laval répond qu’il ne s’agit pas de faire la guerre à l’Allemagne et déclare :

Certains événements qui se sont produits en Allemagne, beaucoup de ce qu’on y a dit et écrit contre la France ont, conjointement à votre réarmement, éveillé une telle inquiétude chez mes compatriotes que tout ce qui peut contribuer à adoucir ou à dissiper ces sentiments conduit indirectement à une entente franco-allemande8.

Schmidt a tort de voir là de simples « préoccupations de politique intérieure ». Il est mieux inspiré quand il compare Laval à Briand : ses propos reflètent bien en effet une préoccupation extérieure, et non des moindres. L’Allemagne a quitté la Société des Nations dans l’automne de 1933 pour protester contre les entraves mises à son réarmement. Puis elle a fait l’objet, de sa part, d’une sévère condamnation pour avoir en mars 1935 rétabli le service militaire. En exigeant de Göring son retour au bercail, Laval veut signifier à Hitler que son refus de l’arbitrage international conduit à la reconstitution de la coalition de 1914. Pas plus que dans le cas de Briand, il ne s’agit de bons sentiments ou de pacifisme bêlant : un retour de l’Allemagne dans la SDN tuerait Hitler, beaucoup plus sûrement qu’une guerre. Sa politique de force ayant échoué, il devrait céder la place, comme n’importe quel ministre dont les recettes se révèlent inefficaces - ou bien, réellement, s’assagir. Jusqu’à cette date donc, on trouve plus de ressemblances que de différences entre Laval et Barthou. Ils ont, à quelques nuances près, la même attitude, consistant à ne pas affronter directement l’Allemagne - faute d’un soutien de l’Angleterre - mais à la menacer d’une vaste coalition.

C’est ensuite que le bât blesse : Laval tarde à faire ratifier le texte franco-soviétique par son parlement, et élude les avances de Potemkine qui demande, comme il est d’usage, que l’alliance politique soit assortie d’une convention militaire. Car Staline, lui, était et reste pressé. Avec son ministre Litvinov, il a saisi toutes les occasions de rapprochement avec l’Occident que lui offrait la politique française : ainsi l’URSS adhère en septembre 1934 à la Société des Nations, dont Litvinov va être pendant quelques années l’un des ténors les plus remarqués. Le virage idéologique est d’importance : l’URSS se rallie à la politique de « sécurité collective » où elle ne voyait, quelques semaines plus tôt, que rideau de fumée à l’abri duquel les bourgeoisies fomentaient leurs « agressions impérialistes ». En août 1935, le VIIe congrès de l’Internationale, sous l’impulsion de Dimitrov, théorise le virage en expliquant que les bourgeoisies se divisent pour l’heure en démocraties et fascismes, et que le mouvement communiste doit faire alliance avec les premières contre les seconds. L’hitlérisme, par sa guerre contre les droits de l’homme et les libertés républicaines, a réussi à reconvertir une bonne partie des léninistes en défenseurs de ces valeurs que leur maître à penser qualifiait de « formelles ».

Mais l’idylle est de brève durée. La stratégie de « front populaire » mise en œuvre après ce congrès - ou juste avant - par les partis communistes est de peu de rendement antinazi. Elle met la France au bord de la guerre civile et déchaîne celle-ci en Espagne, sans que progressent ici ni là, après de premiers succès, les forces de gauche. Dans la guerre civile larvée de France et dans l’épouvantable conflit espagnol le vent tourne au contraire sérieusement, au début de 1938, en faveur des plus « fascistes » et les moins « démocrates » des bourgeois de ces pays. Mais le plus décisif, dans le revirement qui va conduire au pacte germano-soviétique, est sans doute l’évolution de l’Angleterre.

Les manigances de Londres

La gauche anglaise est alors au plus bas, et les clans conservateurs qui se disputent le pouvoir, loin d’être sensibles aux sirènes staliniennes, font assaut d’anticommunisme. Il faut attendre 1938 pour qu’un Winston Churchill prenne à cet égard des attitudes cohérentes : jusque-là, tout en dénonçant le réarmement de l’Allemagne, il restait très antisoviétique et vomissait les républicains espagnols (cf. infra, p. 71). Il semble en particulier que ce soit l’Angleterre, avec une belle unanimité, qui ait fait échouer le rapprochement franco-soviétique en 1935.

En effet, lorsque Laval signe le 2 mai une alliance avec Moscou, l’Angleterre s’empresse de la torpiller par son accord naval avec l’Allemagne, signé le 18 juin. Ce faisant elle se prête au jeu de Hitler, qui a demandé à Londres de lui autoriser un réarmement maritime dans la limite de 35 % de la flotte anglaise, discrètement depuis décembre puis publiquement le 21 mai. Pour Londres, l’avantage est double : une telle flotte ne permettrait à l’Allemagne que de tenir la Baltique, donc d’attaquer l’URSS et aucune autre grande puissance, sauf avec l’agrément britannique. En revanche, si Londres les laisse libres de manœuvrer, l’addition des flottes allemande et italienne équilibrera les forces navales françaises. Cet accord, menaçant envers une coalition franco-soviétique encore dans les limbes, présente donc l’avantage subsidiaire de lier la France à l’Angleterre sans aucune obligation pour cette dernière. Bref, elle va devoir rentrer dans le rang. Ce 18 juin est donc bien plus le cent vingtième anniversaire de Waterloo que la préfiguration, cinq ans avant, d’un fameux appel ! Et si Laval fait alors figure de collaborateur, c’est de Londres avant tout, en ne saisissant pas la SDN, en n’alertant pas la planète contre la destruction radicale de toute sécurité collective. Tant que Hitler violait seul les traités, la communauté internationale pouvait toujours dire qu’elle réagissait avec une sage lenteur, en menaçant le contrevenant sans faire parler tout de suite les armes. La signature par l’Angleterre d’une convention avec l’Allemagne lors même que celle-ci est sous le coup d’une rude semonce de la part de la SDN ridiculise cette dernière plus que tout ce qui va suivre. C’est envers cet acte que la faiblesse est mortelle. Qui peut mieux le mesurer qu’un Staline ?

L’Angleterre ne s’arrête pas là : fin 1935 elle achève l’institution de Genève, en lui faisant prendre contre la pauvre Italie les sanctions qu’elle aurait dû d’abord asséner à la puissante Allemagne, sans même faire en sorte que ces sanctions soient efficaces : il s’agit d’empêcher l’Italie de conquérir l’Éthiopie, or on ne met l’embargo que sur les produits non stratégiques et l’Angleterre, qui tient Suez, y laisse gentiment passer les navires agresseurs. On met alors Laval dans une position impossible, car il est lui-même obligé d’appuyer ces simulacres de sanctions, alors qu’il avait, lors de sa visite de janvier à Rome, aplani les différends franco-italiens : avis à tout homme politique français qui ne donnera pas priorité à l’amitié de Londres ! Là dessus aussi, Staline a de quoi méditer. Hitler également. L’Angleterre a consciencieusement - et, sans aucun doute, consciemment - brisé le « front de Stresa » (Londres, Rome, Paris) constitué en mars pour faire pièce à la conscription allemande et, quoi qu’on en ait dit plus tard, fort angoissant pour Hitler. L’affaire des sanctions permet au contraire à l’Allemagne de faire des avances à l’Italie, qui commence à mordre à l’appât alors que le programme nazi de mainmise sur l’Autriche divisait profondément les deux dictatures. L’Angleterre a bien servi les intérêts allemands. La voie est libre alors pour le nouveau coup de force hitlérien, la remilitarisation de la Rhénanie, coup décisif, non seulement contre le traité de Versailles mais contre le pacte de Locarno.

Empruntés et irrésolus, les dirigeants de l’appeasement ? Il faut leur reconnaître, au contraire, beaucoup de suite dans les idées et même un grand sens politique. Ainsi, en 1935, Baldwin et ses proches utilisent magistralement le Peace Ballot, référendum sur la paix organisé par l’ultra-pacifiste Robert Cecil. Ses résultats, publiés le 27 juin 1935, montrent que sur onze millions et demi de citoyens britanniques plus de dix souhaitent une grande activité de la SDN en faveur de la paix et du désarmement, appuyée sur la menace de sanctions économiques contre les agresseurs ; pour des sanctions militaires, la majorité tombe à 6,7 millions contre 2,3 9. Le gouvernement, qui aurait pu trouver dans cette manifestation de l’opinion un désaveu de sa molle politique allemande, s’appuie au contraire sur elle pour justifier sa « fermeté » envers l’Italie, et, dissolvant la Chambre, remporter un triomphe électoral à l’automne.

La suite est bien connue : les quatre grandes crises internationales qui ont pour sujet la Rhénanie, l’Espagne, l’Autriche et la Tchécoslovaquie, se résolvent à l’avantage de l’Allemagne qui sans vergogne ni sanction augmente chaque fois sa puissance et ses appétits. Elle y gagne l’amitié du Japon, lui-même agresseur impuni de la Chine depuis 1931, et obsessivement antisoviétique. À la stupéfaction de beaucoup, les vainqueurs de 1918 laissent échapper sans combat le fruit de leurs sacrifices. L’Angleterre est de cette passivité, si on ose dire, le moteur, elle impose la résignation à une France qui, lors de chaque crise, avait montré des velléités d’intervenir10.

Les ambitions de Tokyo

Le Japon est lancé depuis 1895 dans une entreprise au long cours : la colonisation de la Chine. Sa chance est que les autres puissances coloniales aient échoué dans cette entreprise, notamment parce qu’elles se gênaient mutuellement, aucune ne voulant renoncer à sa part d’un tel gâteau. Très peuplée, très troublée, pauvre en communications, la Chine a été à peine effleurée par les impérialismes au XIXe siècle, en dépit d’une grande faiblesse politique et militaire devant leurs entreprises. Le Japon peut donc y jouer sa partie sans heurter de front une autre puissance, dans ses intérêts vitaux. Comme la révolution russe y a rencontré plus d’écho qu’ailleurs, l’anticommunisme et l’antisoviétisme fournissent à l’agresseur de parfaits justificatifs, pour convaincre la France, l’Angleterre et les États-Unis de ne pas lui disputer ce terrain. L’Allemagne, opposée au colosse russe sur son autre flanc, et peu intéressée par la Chine, s’offre à partir de 1933 comme un partenaire militaire et idéologique rêvé. Elle aussi veut, en muselant le communisme, se tailler un « espace vital » : la communauté d’intérêts est de celles qu’on retrouve rarement dans l’histoire diplomatique.

Mais elle n’est qu’apparente. Hitler doit, pour arriver à ses fins, tenir en respect la France et l’Angleterre, qui ont déjà privé l’Allemagne de son Lebensraum ukrainien. Sa voie est tracée, en toute clarté, depuis les années vingt : il doit disposer rapidement de la France pour décourager l’Angleterre de lui porter secours, avant de se retourner vers l’Est. L’anticommunisme n’est donc qu’un volet de sa politique, un autre étant l’affaiblissement de la France. En Extrême-Orient, le japon est dans une situation plus simple : à partir de son agression de 1931 contre la Manchourie, qui ne lui vaut même pas une condamnation de la Société des Nations11, il va vers l’Asie en amadouant, dans son dos, les hostilités anglaises ou américaines, il n’a aucun espoir de briser l’une ou l’autre. La lune de miel du pacte anti-Komintern (25 novembre 1936), par lequel l’Allemagne et le Japon privilégient l’ennemi soviétique, correspond donc pour les Nippons à une politique de fond, mais pour Hitler à une phase transitoire : en 1937-1938, il joue de l’anticommunisme pour suggérer aux forces conservatrices de France et d’Angleterre de lui laisser les « mains libres à l’Est ». Mais ce qui serait particulièrement désastreux pour la France qui, depuis 1918, protège les États qui séparent l’Allemagne et l’URSS, notamment la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie. Le risque d’une guerre à l’Ouest, sciemment assumé par Hitler lorsqu’il s’aventure vers l’Est, se manifeste en 1938 quand il brigue les Sudètes et s’aggrave en 1939 quand il s’en prend à la Pologne : sa seule échappatoire est alors, pour éviter la conjonction de tous ceux qu’il menace depuis des années, un brusque rapprochement avec l’URSS, menacée, elle, de tous côtés. Nulle part cette volte-face ne peut être ressentie plus durement qu’à Tokyo.

Un vieil universitaire japonais interrogé par une revue française en 1989, à l’occasion de la mort de Hirohito, laisse à penser qu’un petit minimum de connaissances géographiques suffisait à faire douter tout Japonais des chances de victoire de son pays sur les États-Unis. Il fallait, pour étouffer ces doutes, le poids de la terreur militaire - et l’autorité de l’empereur. Mais la censure n’arrêtait pas tout : un officier reconverti en militant pacifiste, Mizuno Hironori, avait pu dans le journal Asahi publier une acerbe critique d’un livre, inspiré par les milieux militaristes, suivant lequel il ne fallait pas redouter les États-Unis12.

Il faut donc se souvenir qu’à l’époque le Japon est encore retardataire sur bien des plans, peu soucieux d’affronter les grandes puissances, surpris et satisfait de la liberté qu’elles lui ont laissée en Chine. Il a, dans tous les domaines, des ressources inférieures à celles de l’Allemagne et s’il est heureux d’avoir pu obtenir son amitié, il n’est pas solidaire de ses desseins.

Le grand art de Hitler va être de garder sur le feu l’alliance japonaise tout en prenant les bénéfices de son rapprochement avec Staline. Il joue au maximum de l’effet de surprise. Même si on ne peut manquer de donner dès le début de l’année 1939 certains indices de réchauffement dans les rapports Berlin-Moscou, il faut que jusqu’au bout Tokyo se refuse à y croire - à tout le moins, que les Japonais ne croient pas la menace assez sérieuse ou certaine pour menacer à leur tour Berlin d’une trahison symétrique - avec les Anglais. Une fois le pacte de Moscou signé le 23 août, il faut faire très vite : écraser la Pologne, puis la France, avant qu’un vaste rassemblement anticommuniste, incluant le Japon, ait eu le temps de se constituer.

Washington entre deux océans

Le Nouveau Monde a commencé à bousculer l’ancien, entre 1914 et 1918, en le laissant s’épuiser dans sa guerre fratricide avant d’y intervenir, au dernier quart d’heure, pour figurer à la table bien garnie des vainqueurs. De débiteurs des autres puissances les États-Unis en sont devenus, et largement, créanciers. Cette situation a engendré quelques frictions, aussi bien avec Londres qu’avec Paris qui demandaient l’annulation des dettes interalliées, au motif que la victoire commune leur avait coûté humainement beaucoup plus cher. Ce contentieux subsiste en 1939.

Du coup, dès la fin de la présidence Wilson en 1919-1920, on entend dire couramment outre-Atlantique que l’engagement dans la guerre en 1917 résultait des erreurs du président démocrate, notamment du fait qu’il n’avait pas tenu, commercialement, la balance égale entre les belligérants, d’où le glissement inexorable du pays vers un engagement aux côtés de ses meilleurs clients, par le biais de la protection des bateaux. Enracinée par douze ans de présidence républicaine, cette idée ne sera jamais combattue par Roosevelt dont l’élection, en 1932, marque le retour des démocrates à la Maison-Blanche. On peut donc estimer que pendant tout l’entre-deux-guerres les États-Unis abandonnent l’idée qu’ils ont fait en 1917-1918 une guerre « du droit » contre le vilain impérialisme allemand. Hitler n’aurait pu espérer meilleur encouragement dans sa lutte contre l’« injuste » traité de Versailles13.

Roosevelt n’est pas nazi en 1935, pas plus qu’en 1945 il ne sera communiste. Mais, comme tous les pays, les États-Unis ont besoin d’alliés et de soutiens, au service de l’intérêt qui prime à un moment donné. Il n’est pas davantage « isolationniste » - ni lui, ni son opinion publique, qui aura de ce point de vue le dos le plus large qu’on ait jamais vu dans la luxuriante histoire des dos larges.

Si on se place d’un point de vue impérialiste, le président et l’opinion sont fondés à croire qu’un nouveau conflit en Europe serait profitable aux États-Unis, les tard-venus qui n’ont pu satisfaire leur appétit d’expansion, tout au long du XIXe siècle, que sur les dépouilles de la puissance la plus fatiguée, l’Espagne. La Grande guerre n’a pas suffi : l’augmentation de leurs moyens économiques, financiers, navals n’en fait pas encore un « grand » dans le directoire du monde. L’ennemi à déloger, à cet égard, est l’Angleterre, qui reste maîtresse d’un nombre excessif de réseaux et de points d’appui. Sa grande faiblesse étant financière, la voie à suivre est d’être impitoyable en matière de paiements (de la question des dettes interalliées, qu’on a vue, à celle du cash and carry, qu’on verra), et d’attiser les contestations qui minent son empire, pour l’obliger à des efforts ruineux de sécurité. On tient là l’explication principale de la passivité de Roosevelt vis-à-vis des empiétements allemands et japonais, jusqu’à la fin de 1940 - ainsi que du revirement qui, vers cette date, se produit. De 1933 à 1940, on laisse se multiplier les embarras de Londres. Au début de 1941, la capacité de paiement du Royaume-Uni est épuisée, on va donc pouvoir lui prêter14. Et, comme il n’a plus un seul allié, cette créance deviendra un sûr moyen de chantage, aucun front commun n’étant plus possible, après cette guerre, pour refuser de reconnaître les dettes transatlantiques.

Roosevelt se met donc à l’école de l’Angleterre elle-même, experte depuis le XVe siècle à augmenter son avoir par le biais des disputes entre les autres nations. Et, bien que les États-Unis soient par excellence la patrie du capitalisme, il ne semble pas que l’anticommunisme soit un ressort important de leurs déterminations. L’URSS les indiffère puissamment pendant toutes les années vingt15 et Washington ne met aucun obstacle aux déplacements des ingénieurs américains qui vont, à prix d’or, fournir ses assises techniques à la planification stalinienne. Sous Roosevelt, cette indifférence fait place à une alternance de souffles chauds et froids, les uns et les autres explicables par la place nouvelle de l’État soviétique sur l’échiquier : il importe de contrôler l’Allemagne et le Japon, en ayant un œil sur le grand pays qui les sépare, en pouvant éventuellement s’allier avec lui pour les contenir ; mais d’un autre côté, ces deux puissances déclarant faire du communisme leur ennemi principal, une certaine dose d’anticommunisme est bienvenue pour justifier la passivité américaine devant leur expansion15.

Vatican : la huitième puissance

S’il paraît justifié d’étudier la Troisième Internationale en même temps que l’URSS, en revanche on ne peut assigner de base géographique à l’autre grande force non étatique qui joue un rôle de premier plan dans cette histoire, l’Église catholique. Cela n’arrange pas les affaires de l’historien, qui ne peut articuler sa recherche ni sur la situation intérieure d’un pays, ni sur sa position géostratégique. Est-ce à dire pour autant qu’aucune force matérielle n’entre en jeu pour expliquer les choix du chef de l’État vatican ?

L’Église est alors une puissance essentiellement conservatrice. Nostalgique d’une époque où elle possédait des territoires étendus, des armées, des tribunaux et d’importants monopoles culturels, on la voit constamment occupée à préserver les restes de cette splendeur, à militer pour le maintien et le retour des conditions qui l’avaient permise. Ces attitudes entrent en contradiction avec la nécessaire adaptation à un monde qui change : dans nombre de pays elle a dû, ainsi, retirer son soutien à l’aristocratie pour l’apporter à la bourgeoisie. Toujours opposée en principe à la démocratie, au nom des « hiérarchies naturelles », et à la liberté de conscience, au nom du devoir qu’aurait l’État de faire connaître Dieu, elle a dû apprendre à jouer des concepts libéraux pour faire valoir ses propres droits sous des régimes hostiles ou tracassiers. Au XIXe siècle, elle a toléré l’apparition en son propre sein d’une aile gauche sensible à la misère ouvrière, ouverte au progrès scientifique, favorable au droit de vote. Nos années 1930 sont celles où l’idée de « démocratie chrétienne » fraye son chemin, avant de conquérir à la faveur de la guerre et de l’écroulement des fascismes, d’importantes positions de pouvoir. Mais ce chemin, qui n’est pas parti de Rome, est loin encore d’y mener16.

De toutes les puissances, le Vatican est donc la plus sincèrement, la plus résolument anticommuniste. L’athéisme d’État pratiqué par l’Union soviétique est la bête noire rêvée, le repoussoir qui permet de retenir les fidèles dans des voies conservatrices. La brutalité de Staline, qui à partir de 1934 s’en prend aux bâtiments religieux sans même considérer leur valeur artistique17, porte le processus à son paroxysme. D’autre part, le parti communiste est arrivé au pouvoir dans un pays religieusement ennemi : la Russie orthodoxe - il n’est guère, alors, question d’œcuménisme entre les églises chrétiennes. Le catholicisme a une longue habitude de lutte contre l’expansion russe, notamment en Pologne, en Ukraine et en Lituanie. L’effondrement de l’URSS lui offrirait de nouvelles possibilités missionnaires.

Cette conjoncture place les successeurs de Pierre, au cours des années 1930, devant une formidable tentation : celle d’utiliser la vogue des dictatures pour reconquérir des monopoles idéologiques d’une part, pour participer aux côtés de certains dictateurs à une croisade antisoviétique d’autre part. Deux papes successifs sont soumis à ces embûches : Pie XI (1922-1939) et Pie XII (1939-1958).

Le premier est un grand politique, orfèvre en matière de nuances. Sous son règne, l’Église se garde de tout excès verbal, et voit s’accroître son audience internationale, mise à mal par les deux pontificats précédents, celui de Pie X, platement réactionnaire, et celui de Benoît XV, taxé par les vainqueurs de 1918 de complaisance envers le camp austro-allemand ; le pontife avait d’ailleurs refusé de tendre la joue gauche et marqué ses distances avec le traité de Versailles, considéré dans les milieux vaticans comme une paix « franc-maçonne », ou encore « protestante »18.

Pie XI est sans doute le premier pape qui élargisse l’horizon de l’Église aux dimensions de la planète : il s’intéresse de près aux missions et multiplie les nominations d’évêques d’origine extra-européenne. Il se garde bien de hâter le procès en canonisation de Pie X (qui ne sera sur le calendrier qu’en 1954), condamne un mouvement français d’extrême droite, l’Action française, pour ses haines contraires à l’esprit de l’Évangile et, par le développement de l’« action catholique », augmente la prise de l’Église sur les réalités du siècle, tout en restant très conservateur en matière de doctrine. Il ne prête à aucun reproche de tiédeur, mais agit toujours avec diplomatie.

Parfois trop, suivant les critères en vigueur de nos jours. Il lui échoit de résoudre la question romaine, en signant les accords de Latran avec l’État italien dont ses prédécesseurs se disaient les « prisonniers » après la prise de Rome en 1870. Mais cet État est fasciste et le concordat signé en 1929 prévoit, comme toujours en pareil cas, l’enseignement par les prêtres des devoirs envers l’autorité politique établie. De même, il se laisse entraîner dans un concordat avec l’Allemagne nazie, en 1933. Cependant, les rapports se dégradent assez vite avec l’une et l’autre dictature. Et Pie XI sait équilibrer ses prises de position : la même semaine, en mars 1937, il publie deux encycliques, la première contre le communisme « intrinsèquement pervers » et la seconde contre le nazisme. Il faut remarquer, dans ce second cas, l’absence de toute considération sur la forme du gouvernement - dictature personnelle, parti unique - et la concentration de tous les griefs sur l’idéologie (questions raciales, apologie de la force). Bref, un fascisme chrétien, comme ceux de Franco et de Salazar, ne rencontre pas d’objection de sa part.

Pie XII lui succède le 3 mars 1939. Longtemps secrétaire d’État, il a assumé et mis en œuvre ses grandes orientations diplomatiques du règne précédent. Mais déjà on disait qu’il s’efforçait de tempérer l’hostilité du Vatican envers le nazisme. Devenu pape, en tout cas, il travaille aussitôt à un rapprochement. Il rappelle avec effusion, dans des occasions pas toujours privées, son vif amour de l’Allemagne, développé par quatorze ans de nonciature dans ce pays. Il poussera la germanophilie, à moins que ce ne soit l’anticommunisme, jusqu’au sacrifice d’un bastion du catholicisme aussi important que la Pologne : pendant toute la crise de 1939, il prodigue à son gouvernement des conseils de modération et n’a pas un mot, le 1er septembre, pour condamner l’agression hitlérienne, se contentant de déplorer en termes très généraux la rupture de la paix19. Il est donc hors de doute qu’il rompt l’équilibre, déjà tout relatif, entre la condamnation du communisme et celle du nazisme prononcées par Pie XI en 1937.

Le meilleur symbole des distances entre cette Église-là et celle qu’on connaît aujourd’hui peut se lire dans l’attitude des pontifes vis-à-vis des anniversaires de la découverte de l’Amérique. En 1992, Jean-Paul II prononce là-bas des discours mesurés où il essaie de présenter la conquête comme positive, tout compte fait20. En août 1939, Pie XII décide de convoquer pour 1942 un concile œcuménique, qui prononcerait la canonisation de Christophe Colomb ! Il se serait appelé Vatican II...21 Heureusement pour l’Église, la guerre entraîne l’abandon du projet avant qu’il ne soit officiellement annoncé. Mais pour apprécier mieux encore ce dont nous a privés l’impatience belliqueuse de Hitler, il faut faire un détour par les palais de l’État fasciste.

L’Italie à la recherche d’une place au soleil

On a tendance à trouver naturelle la convergence du fascisme italien et du nazisme allemand. En fait peu d’ententes dans l’histoire ont dû surmonter autant d’obstacles.

Entre les deux dictatures, la communauté des intérêts nationaux est tout sauf évidente. Rivale de l’Italie en Autriche et dans les Balkans, l’Allemagne est impuissante à lui prêter main-forte en Afrique : resterait, comme raison principale du rapprochement, la ressemblance des discours et des régimes, qu’il faut d’ailleurs relativiser.

Hitler admire Mussolini... mais celui-ci méprise Hitler. Mussolini, dictateur sans principes avant tout préoccupé de lui-même, révérait Lénine, en qui il voyait un confrère en manipulation des foules. Hitler, qui se sentait investi d’une « mission », s’est réjoui de la mort du dirigeant soviétique, y voyant, outre la levée d’un obstacle sérieux, un signe du destin22. Obsédé par sa théorie raciale, Hitler revient constamment, comme par aimantation, à son projet de marche vers l’est. Soucieux d’expansion dans n’importe quel point cardinal, Mussolini reconsidère fréquemment ses objectifs.

Ce qui les rapproche sans doute le plus, c’est... la paix. Mussolini, reconnaissant à Hitler de lui avoir évité un isolement total lors de sa laborieuse conquête de l’Éthiopie, se lie ensuite à lui de plus en plus, mais sans hâte, parce qu’il admire sa manière de calculer les risques et d’arriver à ses fins sans guerre. En mai 1939 même, s’il conclut l’aventureux pacte d’Acier, alliance offensive qui le rend solidaire de toutes les menées hitlériennes, c’est moyennant la ferme promesse que la guerre n’aura pas lieu avant 1942, lui-même ayant entretemps consolidé son régime par l’organisation d’une exposition universelle. Hitler en déclenchant la guerre, a frustré le monde de ce spectacle qui eût entremêlé dans la capitale italo-vaticane la commémoration des vingt ans du fascisme et celle du 450e anniversaire de l’extension de la chrétienté par la découverte de l’Amérique. Il reste que Mussolini croyait bien, par le pacte d’Acier, avoir ligoté Hitler et gagné trois ans de paix, sinon beaucoup plus.

S’il accepte ce pacte, ce n’est pas qu’il renonce à la politique prudente symbolisée par la conférence de Munich, mais bien plutôt qu’il veut, par tous les moyens, renouer avec elle. Mussolini essaiera de rassembler les puissances autour d’une table en août 1939 lors de la crise polonaise, puis pendant toute la drôle de guerre. Il est soucieux, tout comme le Japon, de mesurer ses gains pour qu’ils soient acceptables aux pays que l’Italie n’a jamais osé défier en face, particulièrement l’Angleterre. Nul n’a, plus que lui, cherché à ralentir Hitler. Mais il avait fini par surestimer son pouvoir à cet égard. Il est donc aussi, d’une certaine façon, sa plus grande dupe. Il n’est pas la seule.

L’année de Munich

Aucune des réunions secrètes de l’état-major hitlérien, connues grâce à la saisie des archives par les Alliés en 1945, n’est aussi célèbre que celle du 5 novembre 1937, au cours de laquelle Hitler a exprimé, devant ses principaux généraux et le ministre des Affaires étrangères Neurath, son programme politico-militaire pour les six ans à venir. Le compte rendu, pièce essentielle de l’accusation au procès de Nuremberg, est connu, du fait de son obscur transcripteur, sous le nom de « protocole Hossbach »23. On y voit le Führer développer des projets d’agression en Autriche et en Tchécoslovaquie, en passant presque sous silence l’URSS et en ne disant rien de l’Ukraine. Ce qui nous intéresse ici, c’est qu’il fonde de grands espoirs sur une prolongation du conflit espagnol, qui n’amènerait rien de moins qu’une guerre franco-italienne pour le contrôle des Baléares ! Si ce « cas n° 3 » ne se réalisait pas, il faudrait attendre, mais au maximum jusqu’en « 1943-1945 ». S’il se produisait, on pourrait et il faudrait faire, en profitant du glissement des forces françaises vers la Méditerranée, une guerre contre la Tchécoslovaquie. On l’écraserait très vite afin de décourager toute contre-offensive polonaise ou « russe » : première apparition dans le discours hitlérien du thème de la « guerre éclair ». Les généraux Fritsch et Blomberg émettent les sempiternels conseils de prudence de l’état-major, mais Göring, présent à titre de commandant des forces aériennes, montre son accord en annonçant le prochain retrait d’Espagne de ses escadrilles : tout le plan repose en effet sur le ralentissement de la progression des troupes nationalistes, et l’Allemagne va cyniquement retirer à Franco l’appui des pilotes qui viennent de s’illustrer à Guernica.

Plus que la période de guerre, ce document éclaire vivement la démarche nazie en 1938 : Hitler fait preuve envers ses généraux et Neurath d’une patiente pédagogie, il fixe des objectifs largement admis par les élites allemandes, Autriche et Sudètes, alors qu’il a en vue l’Ukraine et l’URSS. Mais il ne faut pas que les choses se passent trop bien. Il faut casser des œufs, montrer les vertus de la force, humilier au maximum une France qu’on n’ose encore affronter les armes à la main, mais que son propre isolement empêchera d’entrer en guerre alors qu’on tordra le cou sans risque à la petite Tchécoslovaquie.

Ce programme sera appliqué en 1938 avec une inexorable précision, à deux variantes près, qui démontrent que Hitler est aussi souple dans les modalités que rigoureux dans la poursuite de ses objectifs : puisqu’il n’y a pas de guerre franco-italienne, c’est sur l’Angleterre qu’on va agir, en enfonçant pendant tout l’été de 1938 des coins entre elle et la France. Mais là, nouveau grain de sable : Chamberlain est trop complaisant ! À Berchtesgaden le 15 septembre, il accepte facilement d’abandonner les Sudètes et la France paraît toute prête à saisir ce prétexte pour conseiller la modération à son alliée tchécoslovaque. Il n’y aurait pas de guerre alors, mais un arrangement entre « gentlemen », un partage des petits peuples entre grands bourgeois européens rendant aléatoire une poussée ultérieure vers l’est, et très fragile la position politique du nazisme s’il maintient ses ambitions.

Il faut casser ce processus : lors du deuxième voyage de Chamberlain, à Godesbeg, le 22, Hitler présente de nouvelles exigences. La région sudète devra être livrée sans délai, sans permettre à l’État tchécoslovaque le moindre transfert d’installations civiles ou militaires : une véritable conquête sans guerre, en principe inacceptable. On va donc vers une guerre éclair, les Panzer occupant Prague à partir de l’Autriche en contournant les fortifications et provoquant la sécession de la Slovaquie, puis la chute de Benès. L’Occident en serait encore, suivant son habitude, à réunir la SDN - même si la France était allée jusqu’à une déclaration de guerre, rendue platonique par le refus du passage des troupes à travers la Belgique, clairement signifié par le gouvernement de ce pays24. Manque de chance, l’Occident s’incline encore, mais seulement à la conférence de Munich, le 29 septembre, après tout un branle-bas de combat. Des citoyens ont reçu leur feuille de route et l’Europe s’est bien crue au bord de la guerre.

Qu’est-ce donc qui oblige Hitler à s’asseoir à une table ? Une assez sérieuse menace d’intervention anglaise. On spéculait sur une guerre franco-italienne et voilà qu’on se retrouve avec une coalition franco-britannique prête à mordre ! De surcroît l’URSS clame son intention d’intervenir, et les Tchèques accueillent à bras ouverts son soutien. Aucun doute, il faut reculer, ne serait-ce que pour ne pas faire gronder trop fort les généraux, assez prêts à croire qu’on peut liquider la résistance tchèque en « dix à quatorze jours »25, mais inquiets de complications ultérieures. On signe donc, mais en gardant le vif besoin d’une guerre localisée contre un petit État : les Polonais en fournissent l’occasion un an plus tard26.

La volte-face anglaise de mars 1939

On peut à bon droit considérer le processus conduisant à Munich comme une mascarade, un coup de bluff généralisé de gens qui font monter les enchères sans avoir nulle intention, ni les uns ni les autres, d’engager une guerre européenne. Tout change le 17 mars lorsque Chamberlain prononce, au surlendemain de l’entrée à Prague des troupes allemandes en violation des accords de Munich, un discours menaçant, bientôt suivi d’une garantie unilatéralement donnée à la Pologne le 31, geste sans précédent dans l’histoire du Royaume, annonçant clairement à Hitler qu’il y aura la guerre s’il agresse la Pologne. Pour expliquer ce revirement, on invoque généralement l’indignation de l’opinion publique, obligeant Chamberlain à réagir s’il ne voulait pas ouvrir à l’opposition anti-munichoise incarnée par Churchill un boulevard vers le pouvoir. L’homme au parapluie serait dès lors un premier ministre en sursis, faisant à contre-cœur une politique ferme avant de céder la place, le 10 mai 1940, à quelqu’un de plus convaincu. Cette interprétation méconnaît la profonde logique de l’attitude de Chamberlain, d’un bout à l’autre de son ministère.

Il y a mains libres à l’est et mains libres à l’est. Chamberlain juge que la marge de manœuvre du Royaume est, de toute façon, serrée. Il navigue au plus près de plusieurs écueils et, dans la grande tradition britannique de l’« équilibre européen », entend éviter une trop forte croissance de chacun des trois grands du continent, Allemagne, France et URSS, jouant comme il peut les uns contre les autres. Va donc pour une expansion orientale de l’Allemagne, mais limitée. Aurait-il, comme la partie soviétique l’en accusera avec insistance, encouragé Hitler, lors des entretiens en tête à tête du mois de septembre 1938, à entreprendre une croisade antisoviétique ? C’eût été fort imprudent pour un Britannique soucieux d’équilibre, mais enfin, le péril rouge autorisait bien des fantasmes et il n’est pas douteux que certains, dans l’entourage du premier ministre, auraient souhaité voir Hitler détruire le régime stalinien. Baldwin lui-même n’avait-il pas été loin sur cette voie, dans une déclaration de 1936 sur la guerre d’Espagne :

Nous autre Anglais, nous haïssons le fascisme mais nous haïssons tout autant le bolchevisme. S’il est un pays au monde où fascistes et bolchevistes s’entre-tuent, c’est grand bien pour l’humanité27.

Mais précisément ce discours laisse percer le souhait que l’affaire ne soit pas, pour les fascistes, trop aisée. Il contribue à expliquer que l’impérialisme anglais, s’il a choisi de laisser à Hitler une grande carrière vers l’est, lui ait imposé par les accords de Munich une bride courte. Sans doute fait-il un calcul : l’URSS se défendra, usera un certain nombre de divisions allemandes, il faudra alors une intervention occidentale pour achever le patient, ce qui limitera d’autant les gains territoriaux allemands. Les documents qui étayent une telle interprétation du comportement britannique ne sont certes pas légion : est-ce une raison pour prendre au pied de la lettre les contes de Chamberlain sur son amour de la paix ?

Pour commencer, il est évident que Hitler doit passer par la Pologne. Il devra s’allier à elle, puisque l’accord de Munich lui interdit de faire valoir toute autre revendication territoriale en Europe. S’il veut Dantzig, à lui de promettre aux dirigeants polonais des compensations plus à l’est, ce qui déjà limitera d’autant le Reich. Enfin, la Pologne présente, vers l’URSS, un couloir d’invasion limité : on peut le mesurer en constatant que trois ans plus tard la Wehrmacht attaque sur un front de 3 000 km, de la Baltique à la mer Noire... et qu’elle est tout de même battue. Hitler va donc être fortement tenté d’élargir son front d’attaque au détriment de la Tchécoslovaquie et de la Roumanie : dans ce cas, il y aura violation de l’accord de Munich, donc prétexte pour l’attaquer dans le dos.

En considérant ces perspectives, on comprend mieux ce que l’entrée de Hitler à Prague le 15 mars suivant représente de défi de sa part, ce qu’elle a d’inacceptable pour Londres. On s’explique aussi de manière beaucoup plus satisfaisante les termes mêmes utilisés par Chamberlain pour présenter son propre changement de cap : « M. Hitler n’est pas un gentleman ». On l’a bien à tort ridiculisé pour ce propos. On s’est empressé de croire, sans preuve autre que celle-ci, qu’il avait ajouté une foi naïve à la parole du Führer. Les historiens de l’après-guerre se sont demandés comment l’Angleterre avait pu être gouvernée par un personnage aussi niais. L’historien actuel se demande plutôt comment elle a pu accepter si longtemps de croire qu’elle avait un jour porté à sa tête un tel incapable. Et il en tire une conclusion : sur la force de l’inavouable. Le premier, Chamberlain a préféré passer pour naïf plutôt que d’avouer un calcul sournois et peu démocratique, mais parfaitement rationnel, que l’histoire, par un caprice de dernière minute, n’avait pas daigné confirmer : il pensait que l’Allemagne avait intérêt à respecter les accords de Munich et à ne pousser ses pions que pacifiquement, excepté contre l’URSS. Il croyait tellement en cette logique que, pour lui, Hitler ne pouvait s’y dérober sans courir de grands risques sur le plan intérieur. Le vocabulaire de Chamberlain montre bien de quoi il s’agit. Il ne pensait pas une seconde que Hitler était un possible partenaire de golf ou de whist, mais il s’étonne que l’Allemand ne respecte pas sa parole : c’est qu’en l’occurrence, il croyait bien l’avoir lié. D’autre part, en le présentant comme un rustre infréquentable, il invite les élites germaniques à se débarrasser de lui.

La réaction britannique, hormis le constat de la non-appartenance de Hitler à la noblesse anglaise, comporte deux volets indissociables : la politique des garanties et le refus persistant d’une sécurité collective efficace. On ne menace pas Hitler d’une intervention militaire franco-anglaise contre toute nouvelle extension territoriale. On lui ordonne, encore et toujours, d’y mettre les formes : il ne doit pas agresser la Pologne ni la Roumanie, derniers jalons sur la route de l’est. On lui laisse donc parfaitement le loisir de s’entendre avec elles sur la sauce à laquelle il les mangera. Une garantie, cela ne joue que si l’agressé se plaint et tente de résister. On a vu d’ailleurs Chamberlain, dans sa réaction première, tenter de lire ainsi les événements de Prague, en déclarant que la Tchécoslovaquie s’était dissociée « d’elle-même » et qu’il n’y avait donc pas violation des accords de Munich, ni matière à faire jouer la garantie anglaise qu’ils contenaient. Cependant, s’il change vit son fusil d’épaule, c’est qu’en fait le cabinet britannique était résigné depuis quelques semaines à hausser le ton : c’est le bruit, en janvier, d’une prochaine attaque allemande contre la Hollande qui avait produit ce résultat ; on peut dater du 23 le revirement, lors d’une réunion du comité de politique extérieure du cabinet suivie, le lendemain, d’un long message de Halifax à Roosevelt28.

On voit alors se dessiner dans les milieux dirigeants anglais la faille par où passera Churchill - beaucoup plus tard, après maints événements et de manière longtemps précaire : l’appeasement commence à être contesté, jugé comme un insupportable abaissement. Chamberlain est obligé de rassurer à cet égard, de montrer un peu les dents du lion. Mais il le fait de la manière la plus mesurée qui soit. Hitler gagne en fait un sursis, une nouvelle chance. Plus qu’à un lion, le premier fait penser au dompteur qui fait claquer le fouet pour remettre un fauve dans la bonne direction.

Le 27 avril, la garantie à la Pologne s’accompagne d’une mesure militaire, encore bien timide : la conscription, réservée aux hommes de vingt ans. Disposition inouïe, certes, en temps de paix. Mais l’Angleterre est, de ce point de vue, dans une situation bien pire que l’Allemagne. C’est pendant tout l’entre-deux-guerres qu’elle a négligé de former ses jeunes classes et elle ne met en œuvre, devant le danger, aucun rattrapage.

Sir Nevile Henderson, ambassadeur anglais à Berlin d’avril 1937 à septembre 1939, donne dans un livre publié dès mars 1940, Deux ans avec Hitler, une explication un peu étroite. Selon lui, Hitler tenait à faire contre la Tchécoslovaquie en 1938 et fera finalement contre la Pologne en 1939 une guerre localisée, à seule fin d’en punir les gouvernements pour leur insolence, qui l’aurait blessé. À mon sens, ses raisons étaient un peu plus planétaires, elles avaient trait à un besoin d’indépendance vis-à-vis des filets trop étroits tissés par la diplomatie anglaise. Mais en remplaçant le mot « dépit » par celui de « plan » ou de « programme », on ne peut que trouver pertinent le paragraphe suivant :

L’Allemagne s’était trouvée en septembre 1938 à un doigt de la guerre à cause du dépit conçu par un dictateur. Cet espace fut franchi en septembre dernier. Je ne sais pas quels sont aujourd’hui les sentiments du peuple allemand, mais rien, en 1938, n’a ébranlé autant la confiance qu’il avait en son chef que d’avoir compris cela. Tous les Allemands approuvaient en principe l’incorporation au Reich de compatriotes Sudètes, mais ils ne voyaient pas pourquoi ils devaient faire la guerre pour une chose qu’ils pouvaient obtenir sans cela. La situation était-elle tellement différente en 1939 en ce qui concernait Dantzig et le Corridor ? (souligné par moi)

Un trait essentiel apparaît ici, dans ce texte écrit et publié en pleine drôle de guerre, à un moment où les appeasers sont encore au pouvoir et mènent à canons mouchetés une guerre qu’ils n’ont pas voulue : le fait qu’ils comptent sur le « peuple » allemand - en fait, sur les élites traditionnelles -, soit pour faire rentrer Hitler dans les limites qu’ils lui ont assignées, soit pour le renverser. Pendant toute la période, ils ont essayé de bâtir une solidarité internationale des conservatismes, afin de contrôler les dictateurs et de les canaliser.

Mais si rien n’indique, avant mars 1939, que Chamberlain se trompe sur Hitler au point de croire qu’on peut se fier à sa seule parole. S’il a été dans ses rapports personnels avec lui un cynique et non un naïf, un commerçant réaliste et non un agneau bêlant, et moins encore un admirateur, en revanche à partir du 17 mars il fait bien une fixation personnelle sur le Führer, en exigeant son élimination. Il ne veut plus négocier avec lui ni avec des émissaires dépendant de lui et, s’il fait mine de le faire, en juillet-août, dans la crise polonaise, c’est avec des propositions qu’il sait inacceptables, ou mortelles pour le Führer s’il les accepte, comme une renonciation provisoire de l’Allemagne à Dantzig29. Voilà pourquoi il peut entrer en guerre tout en restant partisan de la paix, et faire entrer Churchill au gouvernement sans relâcher sa méfiance envers lui. La guerre ? Il en brandit la menace pour ruiner la popularité de celui qui a tant bénéficié de ses conquêtes sans effusion de sang et de son habileté à isoler la France. Garantir la Pologne, la Roumanie ? C’est afficher qu’on ne veut plus discuter. Si Hitler passe outre, il risque d’être renversé. S’il s’incline, son élan est brisé et sa carrière sans doute aussi.

Rien ne symbolise mieux son état d’esprit que les tout premiers propos échangés au conseil suprême interallié, organisme institué en août 1939 pour harmoniser les vues des deux gouvernements français et britannique en cas de guerre. À Abbeville, le 12 septembre, Daladier reçoit son homologue avec des propos vagues, et s’entend répondre une chose des plus précises :

M. Daladier souhaite la bienvenue aux représentants britanniques et déclare que les liens d’amitié qui unissent la Grande-Bretagne et la France permettent aux deux pays de surmonter toutes les difficultés. M. Chamberlain remercie ; il espère que la réunion d’aujourd’hui va permettre d’aboutir à des mesures concrètes. L’opinion anglaise unanime estime qu’il faut mener la guerre à fond et abattre l’hitlérisme30.

L’obstination de Chamberlain dans l’appeasement avait sa logique et son efficacité, prouvées par le risque même que prend Hitler le 15 mars pour échapper à cette emprise. En revanche, sa volonté têtue de faire tomber le dictateur porte à faux. Ce n’est pas une politique. Car il se lie les mains, sans beaucoup gêner l’adversaire. Depuis l’incendie du Reichstag, Hitler excelle à organiser contre sa personne ou son régime des attentats et des coups d’État. Si le but de ses adversaires n’est que son élimination, il peut à jet continu les attirer sur de fausses pistes en faisant croire à des complots qui, cette fois, ont les meilleures chances d’aboutir. Il n’est pas non plus à court de ressources pour reprendre en main l’opinion : ce chancelier pour lequel on n’a peut-être pas voté mais dont on a approuvé, au moins partiellement, les gains territoriaux, voilà que l’étranger, par une ingérence grossière, veut imposer au peuple allemand d’en choisir un autre ? Il y a là de quoi fouetter l’orgueil national. Bref, la nouvelle stratégie de Chamberlain est pour Hitler une aide : elle convertit son peuple à l’idée de la guerre, tout en faisant porter la responsabilité de cette pénible situation, pour une bonne part, sur une « agression » extérieure. Chez les « agresseurs », en revanche, elle ne développe pas l’esprit guerrier mais, comme toujours, l’idée qu’on s’en tirera par l’intimidation et, au bout du compte, la négociation.

À preuve : l’absence, dans l’Angleterre de ce temps, d’un débat sérieux sur le concours à attendre des Soviétiques et, inversement, sur les dangers que le pays court en les laissant à l’écart. Les traîtres, les lâcheurs de 1917 s’affirment tout disposés, cette fois, à coopérer contre le danger allemand. Cette main tendue va être non seulement refusée mais méprisée et, le plus possible, ignorée. Serait-ce qu’on peut s’en passer ? Staline, bafoué à Munich, a amorcé au mois de janvier 1939 un rapprochement avec l’Allemagne mais il a repris espoir au lendemain du coup de Prague, et refait des propositions d’alliance. Chamberlain y répond du bout des lèvres et les négociations anglo-franco-soviétiques qui s’ouvrent à Moscou en avril ne sont pas menées par des personnalités gouvernementales ni même par des diplomates de haut rang, mais tout bonnement par les ambassadeurs en poste. Elles tiennent plus du sondage mutuel que d’un effort motivé par l’urgence. Les Soviétiques ont toutes les peines du monde à obtenir l’examen de la question préjudicielle : où placer leurs troupes, sinon dans des pays qui ont une frontière commune avec l’Allemagne, Pologne, Roumanie, pays baltes ?

Ces pourparlers ont tout d’un trompe-l’oeil, destiné à calmer des opinions occidentales inquiètes en leur donnant à croire qu’on fait le possible contre le péril allemand. Mais Staline émet le 3 mai un nouveau signe d’impatience en remplaçant Litvinov, Juif, dernier survivant ou presque de la vieille garde léniniste et bien connu des chancelleries occidentales, par un homme du sérail bolchevik assez obscur jusque-là, nommé Molotov. La presse occidentale en frissonne un moment, puis tout retombe dans l’apathie, et les négociations de Moscou dans leurs méandres. On y reviendra en retraçant la politique du seul homme qui aurait pu les remettre en bonne voie, le Français Daladier.

La principale vertu de l’attitude de Chamberlain est inconsciente : minant l’unité du parti conservateur anglais, elle va provoquer finalement la chute du ministère. Car d’autres leaders ne partagent pas son analyse et voient, très justement, une impasse dans sa manière d’exiger un changement de gouvernement en Allemagne comme préalable à tout. Le ministre des Affaires étrangères Halifax va rapidement prendre leur tête et se poser en candidat à la succession. Il prononce beaucoup moins que son chef le nom du chancelier et parle plutôt de l’Allemagne en général. Ainsi en janvier 1939 devant le cabinet, à un moment où la Hollande semble menacée :

Ou bien le gouvernement allemand bluffe, auquel cas il sera arrêté par une déclaration de notre part ; ou bien il ne bluffe pas, auquel cas nous devrions nous unir pour y faire face, et le plus tôt serait le mieux31.

Arrêter l’Allemagne et son « gouvernement », tout en lui laissant vers l’est des positions qui l’encouragent à regarder de ce côté, tel sera jusqu’au bout le dernier mot de Halifax, qui semble beaucoup plus disposé que Chamberlain à accepter un nouveau traité avec Hitler. Churchill sera donc pour Chamberlain, outre un épouvantail qu’on agite dans l’espoir de faire tomber Hitler, un précieux élément d’équilibre au sein du cabinet pour prolonger son pouvoir, auquel il tient.

Mais qui donc est ce Winston Churchill ?

Vous le saurez ici

Notes

1 Hoare (devenu lord Templewood) décrit le fonctionnement de ce « cabinet des quatre Grands » à la veille de Munich dans Neuf années de crise, tr. fr. Amiot-Dumont, 1957.

2 Cf. Jacques Bariéty, Les relations franco-allemandes après la première guerre mondiale, Pedone 1977, p. 751-52.

3 Idée dégagée pour la première fois par R. Girault et R. Frank, Turbulente Europe et nouveaux mondes, Masson, 1988, p. 94-95 : « Qu’est-ce qu’une grande puissance ? ou le club des sept ».

4 Cf. Philippe Burrin, Hitler et les Juifs, Seuil 1988. 5 La première critique de ce vocable apparaît dans Charles Bloch, Le Troisième Reich et le monde, Imprimerie nationale, 1986, p. 41.

6 Cf. Bloch, op. cit., ch. 1.

7 Cf. Duroselle, Histoire diplomatique de 1919 à nos jours, 7e édition, Dalloz, 1978, p. 174-175 : « Le rapprochement franco-soviétique avant Barthou ».

8 Paul Schmidt, Statist auf diplomatisher Bühne, tr. fr. Sur la scène internationale, Plon, 1950, p. 59-65.

9 Cf. G.M. Gathorne-Hardy, Histoire des événements internationaux de 1920 à 1939, 3e éd., Londres, 1942, tr. fr. PUF, 1946, p. 418-419.

10 Cf., pour une mise au point récente, Claude Thiébaut, « Léon Blum, Alexis Léger et la décision de non intervention en Espagne », in Les Français et al guerre d’Espagne, Perpignan, 1990.

11 Sur l’attitude de la SDN, cf. Duroselle, op. cit., p. 152.

12 xxe siècle, n° 22, avril-juin 1989.

13 Cf. Denise Artaud, La fin de l’innocence, Colin 1985, notamment p. 91 à 97 : « Roosevelt entre chien et loup », et Girault-Frank, op. cit., p. 221-225 : « L’apaisement à l’américaine. »

14 Cf. Girault-Frank, op. cit., p. 261.

15 Cf. Jean Elleinstein, Goliath contre Goliath, t.1, Fayard, 1986, p. 16-19.

15 Cf. Daniel Yergin, Shattered Peace, Londres, 1978, p. 19.

16 Cf. par exemple Paul Christophe, Les catholiques et le front populaire, Desclée, 1979, conclusion. Notons toutefois que le pape Léon XIII a employé l’expression le premier, à la fin du XIXe siècle, mais dans un sens tout différent. Cf. Javier Tusell, Historia de la Democracia Cristiana en Espana, Madrid, 1986, p. 11.

17 Cf. les mémoires d’un officier chargé des dynamitages : Piotr Grigorenko, Mémoires, tr. fr. Presses de la Renaissance, 1980, p. 178-181.

18 Cf. Marie-Joseph Lory, Douze leçons sur l’Europe, Bruges, 1968, p. 90.

19 Le sénateur français Bardoux s’en plaint, le 23 septembre, sur une suggestion du ministre Champetier de Ribes, au nonce apostolique, Mgr Valeri : J. Bardoux, Journal d’un témoin de la Troisième, Fayard, 1957, p. 97. 20 Cf. Marie-Claude Decamps, article intitulé « Jean-Paul II veut “trouver dans les erreurs du passé de quoi se renouveler à l’avenir” », Le Monde, 10-11 octobre 1992.

21 Journal de Roubaix, 18 août 1939.

22 Cf. Mac Smith, Mussolini, Londres, 1981, t.1, p. 41 ; John Toland, Adolf Hitler, New York, 1976, tr. fr. Hachette, 1978, t. 1, p. 205.

23 Archives secrètes de la Wilhelmstrasse, Plon, 1950, t. 1, p. 1 à 12.

24 Cf. Les relations militaires franco-belges, op. cit., p. 33 et Charles Bloch, op. cit., p. 291.

25 Charles Bloch, op. cit., p. 291.

26 Ibid., p. 280-295.

27 Cité par Charles Bloch, op. cit., p. 241.

28 Cf. Donald C. Watt, op. cit., ch. 6, « Lord Halifax is alarmed », p. 99-108.

29 Cf. la lettre du 23 juillet 1939 à sa sœur, citée par W. Manchester, Winston Churchill, Boston, 1988, tr. fr. Laffont, 1990, t. 2, p. 241, et l’analyse des négociations entre Horace Wilson, Robert Hudson et l’Allemand Wohltat, in Charles Bloch, Le IIIe Reich et le monde, op. cit., p. 325-327.

30 F. Bédarida, La stratégie secrète de la drôle de guerre, op. cit., p. 90.

31 Cabinet 12 (39), f. 58.

le 9 septembre 2008



---------------------
Tous droits réservés © Copyright 2004 F. Delpla
Site
sous Spip - TZR-Créations