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Débats

Himmler-Allen : un calme propice à la réflexion (automne 2008)




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sur le forum "Le monde en guerre"

Résumé d’étape

17 octobre 2008

* La mort de Himmler, annoncée par un communiqué militaire britannique du 24 mai 1945, était censée être survenue de la façon la plus banale. Cherchant à passer inaperçu au milieu d’un groupe de prisonniers, le ci-devant Reichsführer SS avait été démasqué puis fouillé, mais au moment où on tentait d’examiner sa bouche il avait croqué une ampoule de cyanure, probablement dissimulée dans sa bouche depuis son arrestation, et était décédé aussitôt.

* Ce récit n’avait jamais été remis en cause, sauf par des auteurs très marginaux (Hugh Thomas)ou sympathisants nazis (David Irving, Joseph Bellinger), affirmant soit que le Himmler empoisonné n’était pas le vrai (Thomas), soit que le dirigeant SS avait été assassiné, lorsqu’en mai 2005 Martin Allen, un historien nettement moins marginal, point du tout nazi et auteur précédemment de deux livres bien considérés, reprit la thèse de l’assassinat en l’étayant de trois documents accablants.

* début juillet, un journal fit état d’une expertise unique et invérifiable, censée avoir conclu qu’il s’agissait de trois faux glissés subrepticement dans les archives nationales anglaises mais ne donnant d’éléments probants que pour deux d’entre eux et semblant n’avoir condamné le troisième et le plus explicite, dit "télégramme Thomas", qu’en raison de sa parenté intellectuelle avec les deux autres.

* les suites policières, judiciaires et commerciales furent déconcertantes : pas de plainte, pas de retrait du livre de la vente ni de demande dans ce sens des familles mises en cause (sinon une déclaration faisant état de l’obligation morale, pour l’éditeur, d’y procéder), une simple enquête policière confiée à Scotland Yard et un communiqué des archives une à deux fois par an disant qu’elle suivait son cours.

* puis une pluie de révélations déferla début mai 2008 : 29 faux avaient été trouvés dans les archives, introduits entre 1999 et 2004 et utilisés par Allen dans l’un de ses trois livres parus, seuls Allen et son épouse étaient suspects de les avoir apportés mais par décision des autorités judiciaires britanniques il n’y aurait aucune poursuite, en raison de l’état de santé déficient de l’auteur et aussi "parce que ce ne serait pas dans l’intérêt public".

* un dossier touffu mis en ligne sur le site des National Archives le 3 mai, comprenant un certain nombre de rapports d’expertise mais pas tous, fait apparaître que le télégramme Thomas, à nouveau déclaré faux, l’a été sans raison probante (similitude de caractères de machine avec quatre faux plus évidents, mais cette similitude a été constatée, si on comprend bien, en l’absence du document et sur la foi de simples notes, prises pendant un examen antérieur de plusieurs semaines).

* Huit spécialistes anglais de la Seconde Guerre mondiale ont cosigné le 6 mai une protestation solennelle contre l’absence de poursuites, et demandé qu’à défaut il y ait au moins un "rapport officiel". Mais ils n’ont point à ce jour donné de suite à cette action, visiblement peu efficace.

* Ma propre enquête, menée en vertu de l’urgence citoyenne, concurremment à bien d’autres travaux, et publiée essentiellement sur les forums internautiques pour inciter chacun à refuser de laisser retomber l’affaire et à solliciter sa matière grise, m’a conduit à constater que les cartons d’archives disponibles ayant trait à cette affaire étaient rares et lacunaires, avec un nombre impressionnant de feuilles jaunes, signalant des pièces totalement ou partiellement soustraites à la consultation. J’ai cependant pu tirer un grand parti d’un dossier non censuré de 1963, permettant d’établir que Himmler avait subi dès son identification (soit une dizaine d’heures avant sa mort), une fouille et une observation permettant d’exclure raisonnablement qu’il ait eu alors du poison sur lui.

* La scène du suicide ayant probablement été racontée sans trucage (ce que la présence d’un médecin militaire, non membre des services de renseignement et souvent interrogé après la guerre, permet de supposer), le mystère tient tout entier dans la provenance de l’ampoule de poison. En l’état actuel de nos connaissances, le moment où quelqu’un a pu le fournir se place pendant le trajet entre le camp du premier interrogatoire et la villa du décès.

* Il pourrait s’agir d’un scénario local, analogue à celui qui vraisemblablement précéda la mort de Göring : quelque admirateur du cran du chef nazi, de son anticommunisme, etc, a pu lui fournir un moyen éventuel de sortie, qu’il cacha dans sa bouche et utilisa lorsqu’on lui demanda de l’ouvrir, ayant compris qu’il n’avait plus aucune chance d’accomplir sa mission ultime, d’enfoncer des coins entre Occidentaux et Soviétiques pour sauver les meubles allemands et nazis.

* Il pourrait aussi s’agir d’une affaire d’une tout autre envergure. Churchill avait longtemps prôné l’exécution sans jugement des chefs suprêmes de l’Allemagne, il ne s’était rallié que le 3 mai, sous une forte pression américaine et soviétique, à la décision de les juger à Nuremberg, mais à ce moment, précédant la fin de la guerre, Himmler demeurait un combattant qu’il était légitime et utile de tuer pour décourager les autres, puis, même après la capitulation du 8 mai et devant le comportement soumis du gouvernement Dönitz, la Grande-Bretagne pouvait craindre des actions de sabotage animées par les SS, et souhaiter les décourager par l’exhibition du cadavre de leur chef. Le 23 mai au soir, certes la situation était décantée (arrestation, le même jour, de Dönitz et de ses ministres) mais le cabinet britannique, submergé de divers problèmes, était injoignable et ne semble pas savoir été joint : des ordres correspondant à une analyse antérieure de la situation pourraient avoir suivi leur cours, surtout si un commando spécialisé avait reçu une mission dans ce sens.

* Chaque jour qui passe sans que les autorités britanniques adoptent un comportement plus rationnel nourrit mes cogitations dans ce sens... et les spéculations d’Irving ou de Bellinger sur le thème de l’assassinat. Il semble bien qu’elles estiment avoir un secret d’Etat à cacher quoi qu’il en coûte. Nous devons nous mettre tous ensemble pour leur faire mesurer que devant l’horreur nazie, à l’oeuvre encore quelques jours plus tôt, une bavure est bien excusable et que la persistance d’une attitude empreinte d’une gêne évidente est la seule faute qui puisse être commise.



Mon contradicteur habituel, Nicolas Bernard, refait à cette époque surface après des mois d’absence. Sans la moindre nouveauté dans ses prises de position ou ses argumentaires (toujours à sens unique et attachés à démontrer que la version traditionnelle est possible pour glisser à l’idée qu’elle est certaine, les douteurs étant sommés de démontrer qu’elle est fausse et notamment que Himmler n’a pu garder en bouche le poison tout le temps de sa garde à vue, alors que ce fait, de ma part, est simplement mis en doute ; pour discréditer ma position, il ne l’appelle guère autrement que "la théorie du complot", une expression dont chacun peut ici constater l’inadéquation et le caractère polémique.

Deux exceptions cependant : un extraordinaire message de paix (juste ci-après), m’assurant de son absolution en cas de contrition (l’auteur aurait donc participé pendant plus de trois ans à un débat dont l’existence même serait un scandale) ; un document nouveau, faisant état du témoignage d’un ami du capitaine Selvester , publié par une journaliste en avril 2005 (voir plus bas, "Le témoignage du Dr Renouf").

Une précision : le "refus de répondre" dont il est fait état au début renvoie à une attitude de "grève" que j’ai prise un peu plus tôt en exigeant, pour continuer à débattre avec Nicolas, qu’il produise enfin une étude historique de la mort de Himmler, tenant compte de tous les éléments connus, au lieu de se contenter de démontrer son point de vue par la démolition supposée du mien, assortie de la répétition acritique de la thèse officielle, ce qu’il fait depuis le début.

(écrit et mis en ligne le 21 octobre 2008)



Nicolas Bernard

MessagePosté : Mer Oct 15, 2008 2:53 pm Une fois de plus, je prends bonne note de votre refus de répondre. Vous m’excuserez, mais accuser le gouvernement britannique de dissimuler des pièces alors que, de votre propre (et tardif) aveu, vous n’avez effectué qu’une recherche partielle aux Archives, ne fait pas très sérieux.

C’est d’ailleurs l’ensemble de votre attitude dans cette affaire qui ne fait vraiment pas sérieux.

Pour des raisons qui m’échappent et ne me regardent d’ailleurs nullement, il semble que vous ne puissiez vous permettre de reconnaître avoir énoncé un raisonnement parfaitement erroné au service d’une conclusion tout aussi inexacte. Bien sûr, vous prétendiez au départ que Himmler avait été directement supprimé par un commando britannique, à partir de faux documents, puis une fois que vous vous êtes rendu aux Archives nationales, vous avez révisé cette opinion et reconnu que Himmler s’était suicidé. Mais comme vous vouliez préserver votre réputation à la suite de cet éblouissant fiasco, vous avez tenu à semer le doute sur la réalité du suicide, et avez cherché à distiller l’hypothèse - mensongère - que les Britanniques avaient tout de même remis à Himmler la capsule fatale, et l’avaient convaincu de mettre fin à ses jours, ce qui était réhabiliter, mais avec d’autres mots, votre première théorie du meurtre.

Il est vrai que pour défendre votre remake de la théorie du meurtre vous avez accompli tout ce qui est absolument proscrit par la méthodologie historique : rejet automatique des pièces qui ne collent pas avec votre thèse, lecture hypercritique, dénaturation des témoignages, traduction falsifiée (volontairement ?), contradictions et incohérences à répétition...

De deux choses l’une : ces dérives témoignent, soit d’une totale incompétence de votre part en matière historique (ce que je ne crois précisément pas), soit d’un calcul conscient, c’est à dire que vous savez pertinemment que vous racontez strictement n’importe quoi.

Je privilégie, pour ma part, la seconde hypothèse. A mon avis, vous savez que votre thèse du meurtre de Himmler (par suicide assisté) ne repose sur rien d’autre que sur du vent. Mais vous la maintenez, d’une manière ou d’une autre, parce que vous ne tenez pas à ce que vos éventuels lecteurs se disent que vous êtes capable de vous tromper. La dénégation systématique, et de mauvaise foi, que vous pratiquez s’agissant du suicide de Himmler me laisse penser que vous avez le sentiment de jouer votre réputation d’historien sur cette affaire.

Bref, ce qui compterait le plus pour vous, ce n’est pas la vérité historique, c’est votre égo. Même si vous conviendrez que ce n’est pas très rigoureux, je peux comprendre ça. Après tout, on est humains, et nullement infaillibles.

J’ose préciser que si c’est bien votre réputation que vous cherchiez à défendre, force est de constater que cette stratégie a totalement échoué : ladite réputation a, sur cette affaire, pris un sacré coup. Le lecteur a parfaitement les moyens de s’apercevoir que votre intégrité professionnelle n’est, dans cette affaire, qu’une peau de chagrin, et que vous avez accumulé les inexactitudes, délibérées ou non.

Dans ces conditions, je pense que vous devriez vous rendre à l’évidence et ne pas persister dans une attitude qui, pour tout le monde (vous, en particulier), se révèle franchement contre-productive. Si c’est votre bonne réputation que vous tenez à conserver, il vous aurait bien moins coûté - et vous coûterait actuellement moins qu’à l’avenir - de reconnaître tout bonnement vous être trompé, et que Himmler s’est suicidé, tout seul.

Il serait temps pour vous de vous conduire en adulte, et de cesser d’induire en erreur votre lectorat au nom de considérations égocentriques.

Je pense qu’une telle admission permettrait d’assainir cette situation, pénible pour bien des gens (moi, entre autres), et vous éviterait à l’avenir de passer pour, au mieux un incompétent, au pire un falsificateur, en toute hypothèse pour l’inverse de ce que doit être un historien. Elle pourrait également déboucher sur un terrain d’entente, ce d’autant qu’à titre personnel, je ne réclame même pas d’excuse pour le fait de m’avoir traîné dans la boue à l’aide d’épithètes remettant en cause ma rigueur professionnelle ou mon honnêteté intellectuelle.

En d’autres termes, François, ce qui devrait prévaloir chez vous à présent, c’est le bon sens, pas la témérité.

It’s up to you.



Himmler se serait-il entraîné à cacher du cyanure dans sa bouche ?

Une internaute travaillant en milieu carcéral conte (Lun Oct 13, 2008 3:59 pm )l’anecdote d’un détenu suicidaire qui avait l’art de cacher dans sa bouche des demi-lames de rasoir difficilement décelables, même en cas de fouille buccale.

Daniel Laurent répond : "L’individu dont tu nous parles a visiblement de l’experience a ce niveau. Je ne pense pas que les dirigeants nazis en avaient, jamais entendu parler de cours de formation de camouflage de cyanure chez eux." Et Nicolas (Lun Oct 13, 2008 5:24 pm) : "Himmler a certainement reçu des indications sur la manière d’utiliser la capsule de cyanure - notamment sur la solidité de cette dernière et la possibilité de la dissimuler dans sa bouche."


François Delpla

MessagePosté : Lun Oct 13, 2008 5:31 pm

CITATION

Pour moi, lorsqu’Himmler est arrêté et fouillé une première fois, il n’a aucune envie de se donner la mort : après tout personne ne l’a identifié et il espère peut être pouvoir passer encore au travers des mailles du filet. Par ailleurs, on peut légitimement penser que celui qui le fouille à ce moment là, ignorant qu’il a affaire à un ponte du nazisme et pensant fouiller un "simple nazillon", procède à une fouille intégrale mais rapide d’Himmler, y compris de sa bouche. Celui-ci peut donc garder précieusement sa capsule cachée dans la bouche au cas où les choses ne tourneraient pas à son avantage.

Je ne vous remercie pas pour votre absence d’agressivité, mais le coeur y est !

Avez-vous lu le témoignage écrit de Selvester ? Il ne correspond pas du tout à ce que vous dites de la "première fouille".

Il est possible en effet, sinon probable, que lors de son arrestation Himmler, non identifié et seulement suspect d’être un sous-fifre de l’appareil nazi, ait été fouillé superficiellement, par un soldat avant tout en recherche d’armes dangereuses pour autrui. Je ferai remarquer que personne ne dit jamais rien de cette première fouille, et que c’est l’un des premiers graves défauts que nous pouvons repérer dans la communication anglaise sur le sujet, des origines à nos jours.

Donc, dans tout ce débat, les expressions de première et de seconde fouille sont à entendre APRES IDENTIFICATION. La documentation montre clairement, en dépit des mensonges évidents et éhontés de Murphy, que Selvester agit avec un maximum de soin et d’intelligence : fouille de tous les orifices sauf la bouche, surveillance étroite de celle-ci pour repérer si le prisonnier prend des précautions pour manger ou parler.



Une grave erreur de transcription dans le livre de Manvell et Fraenkel

François Delpla

MessagePosté : Mar Oct 14, 2008 11:48 am

Mazette, je viens de faire une découverte ! Je rappelle que, dans ce travail collectif commencé en juin 2005 par ma première réaction, sur un autre forum, à la lecture du dernier chapitre d’Allen, j’ai lu très tard le livre de Manvell, peu trouvable en France. En revanche j’avais celui de Padfield, qui se réclamait de celui de Manvell, correctement supposais-je.

Quand j’ai eu ce livre en novembre dernier, j’ai commencé par le comparer à celui de Padfield... et j’ai constaté que, par la sélection de ses citations, ce dernier avait considérablement édulcoré les contradictions entre le récit de Selvester et celui de Murphy. Dans Manvell elles s’étalaient toutes nues ! (rappel : je n’accusais pas Padfield de mensonge et encore moins de complot, mais, comme pour Delarue sur un autre chapitre, je supposais plutôt une déformation inconsciente par besoin de cohérence).

Mais je n’avais pas vu, et je viens de voir, une différence énorme entre le texte de Selvester cité par Manvell et celui que j’ai exhumé (finalement, après Bellinger) des archives (et publié le premier en fac-similé, na !).

Texte du livre :

During the time Himmler was in my custody he behaved perfectly correctly, and gave me the impression that he realized things had caught up for him. He was quite prepared to talk, and indeed at times appeared almost jovial.

Texte véritable du rapport :

During the time Himmler was in my custody he behaved perfectly correctly, and gave me the impression that he realized things had caught up for him. I was rather surprised when I heard of his death so soon after leaving my camp, but as I said earlier, altough I have no knowledge of what transpired when he was interrogated by Colonel Murphy, I did gain the impression that he was quite prepared to talk, and indeed at times appeared almost jovial.

Là nous sommes dans le faux en écriture ! La surprise du capitaine est purement et simplement gommée, sans aucun signalement de coupure, et en s’arrangeant pour que la phrase retombe sur ses pieds. Je me refuse d’ailleurs, même dans ce cas, à parler en toute certitude d’un trucage conscient : le besoin de croire peut jouer de ces tours. Le cas est tout de même un peu limite !



Le témoignage du Dr Renouf

Nicolas Bernard

MessagePosté : Lun Oct 13, 2008 6:17 pm

(...) Enfin, le Dr. Tom Renouf, ancien soldat du 5th Black Watch Batallion âgé de 19 ans en mai 1945, Ecossais d’origine comme le capitaine Thomas Selvester, et qui a gardé contact avec ce dernier après la guerre, a révélé au Sunday Mail (article de Julia Hunt du 3 avril 2005) la chose suivante :

Tom [Selvester] didn’t believe Himmler committed suicide.

Mais Selvester ne croyait pas davantage à l’assassinat :

He thought he crunched on the cyanide by accident. He had spoken to those who were with Himmler at the time of his death and suicide was not the evidence which came out.

Tom was an excellent officer of great integrity who everyone respected. He was not the sort of man to say something unless he had reason to believe it was true.

Il résulte de ce témoignage - certes daté mais visiblement nourri d’une correspondance après-guerre avec Selvester - que ce dernier croyait tout à fait en la possibilité technique, pour Himmler de conserver en bouche la capsule de cyanure pendant plusieurs heures.

En revanche, ces déclarations formulées à Renouf témoignent, chez lui, d’une constante : Himmler avait l’air, à ses yeux, si détendu, qu’il était peu probable, selon Selvester, qu’il ait pu succomber à une "pulsion de mort" par la suite. Ce qui relève d’une pure impression de sa part, qui ne tient pas compte des complexités de la psychologie humaine, et du fait même que le suicide est attesté par plusieurs témoins.

Bref, contrairement à ce que prétend François Delpla, il ressort du témoignage de Selvester formulé en 1963 que ce dernier était certain que Himmler avait réussi à conserver en bouche la capsule de cyanure. Les doutes de cet officier écossais sur l’état mental du prisonnier sont purement subjectifs et ne résistent pas aux faits.


François Delpla

MessagePosté : Lun Oct 13, 2008 7:02 pm Là je vais faire une exception à ma grève, puisque tu apportes un élément nouveau sur lequel peut-être ma réaction est attendue.

Ce témoignage, tu le connais depuis quand ?

Je le trouve pour ma part très remarquable par sa date : quelques semaines avant le bouquin d’Allen !! comme si quelqu’un éprouvait d’avance le besoin d’un contre-feu, en présumant que le témoignage de 1963 de Selvester allait se retrouver au centre des débats.

Or j’ai un aveu à vous faire : j’avais écrit trop vite que Bellinger n’en parle pas ! En fait, il a vu le dossier avant moi. Ce qui m’a trompé, c’est qu’il le cite d’abord d’après le bouquin de Manvell et Fraenkel : une confirmation du fait que son ouvrage est un fatras on ne peut moins méthodique. Donc ce témoignage était connu en 2005 de ceux qui s’intéressaient à l’affaire et lisaient l’allemand (le livre de Jospeh Bellinger paraissant cette année-là pour la première fois, et ce uniquement en Allemagne).

Je n’en dirai rien de plus pour le moment... sinon que chacun peut voir là un exemple emblématique de ta méthode sur ce dossier (et non sur beaucoup d’autres) : tu te jettes, de la façon la moins critique, sur tout ce qui semble aller dans le sens de ta thèse.


François Delpla

MessagePosté : Mar Oct 14, 2008 11:48 am

(...)

A présent, voici quelques considérations sur le témoignage du Dr. Renouf (avril 2005). Témoignage dont je n’ai commenté précédemment que la date, remarquablement proche de la sortie du livre d’Allen (et, j’ajoute, concomitante avec la circulation des épreuves de celui-ci, si, comme pour son précédent livre sur Hess, elles étaient largement diffusées plusieurs mois à l’avance).(...)

Citation :

Tom [Selvester] didn’t believe Himmler committed suicide.

Citation :

He thought he crunched on the cyanide by accident. He had spoken to those who were with Himmler at the time of his death and suicide was not the evidence which came out.

Tom was an excellent officer of great integrity who everyone respected. He was not the sort of man to say something unless he had reason to believe it was true.

Si nous pouvions avoir le texte intégral de l’article, ce serait plus pratique.

Sur ces extraits, force est de constater que le mode et la date de la transmission de cet avis au témoin restent dans le vague, ce qui est un peu fâcheux, surtout si on trouve le témoignage de 1963 trop tardif pour être fiable.

Mais ce n’est justement pas mon cas. Il me semble, et ce document le confirme, que Selvester n’a guère cessé de penser à cette journée et en a gardé un souvenir fort précis.

Renouf nous apprend plusieurs choses :

-  Selvester ne croyait pas au suicide ;

-  il attribuait le décès à un accident ;

-  il avait une grande réputation d’intégrité ;

-  il avait parlé aux témoins du décès et eux-mêmes semblaient ne pas adhérer à la thèse du suicide (ou du moins racontaient les événements d’une façon qui autorisait à la mettre en doute).

Ces éléments complètent sans le contredire le passage du témoignage de 1963 censuré par Manvell : Selvester était travaillé par un doute. Il avait fini par se faire une opinion en évitant les hypothèses gênantes. Mais non, vraiment, l’idée d’un suicide ne collait pas, en raison de l’irrépressible envie que Himmler avait de parler aux Alliés.

Cependant sa conclusion jure avec ses propres déclarations sur d’autres points. Et surtout avec le fait qu’il craignait lui-même un suicide en cas de fouille de la bouche. Celui-ci devrait donc couler de source, du moment qu’on l’a forcé brutalement à l’ouvrir.

Nous nous retrouvons donc, si nous supposons ce témoignage exact, sincère et complet, devant une contradiction : l’étonnement de Selvester à la nouvelle du décès ne tient pas au fait qu’il se demande comment il a pu garder le poison en bouche en déjouant la surveillance exercée par lui-même ou sous son commandement, en parlant avec aisance etc. Il admet que l’ampoule est bien restée tout ce temps dans sa bouche. Cependant, s’il a accompli une telle performance, le mobile du suicide est tout trouvé, et l’étonnement de l’ex-capitaine très étonnant.

(...)

J’aurais été la journaliste, j’aurais questionné Renouf (est-il toujours vivant ?) sur les opinions politiques de Selvester. Je suis frappé tout-à-coup par ses manifestations de sympathie envers Little H. N’aurait-il pas été séduit par ses discours anticommunistes, n’aurait-il pas partagé l’idée que Staline ne s’en tiendrait pas à son rideau futur de fer, qu’il faudrait le combattre et que c’était idiot de laisser perdre de valeureux combattants ?

L’hypothèse qui me vient est que pour Selvester Himmler était un guerrier, un vrai, ne voyant que sa mission et y sacrifiant tout intérêt personnel. Causer à Montgomery, à Eisenhower, d’un retournement commun contre l’est, c’était son espoir et son combat, passant loin devant l’idée de soustraire sa personne à la corde de Nuremberg.

En tout cas, c’est bien ce qui semble ressortir, et du rapport de 1963, et du témoignage de Renouf.

Quant à nous, moins impliqués et savants ce que nous savons (jeu de mots glissant), nous devons nous demander une chose (d’ailleurs suggérée par Selvester quand il souligne qu’il ne sait pas ce qui s’est dit entre Himmler et Murphy) : un mobile de suicide a-t-il surgi peu après le départ de Himmler du camp 031 ? Même question pour l’instrument dudit suicide, si on suppose, comme j’ai une forte tendance à le faire, que ce que nous savons des précautions et observations de Selvester suffit à rendre invraisemblable le stationnement buccal de la périlleuse ampoule (dont, soit dit en passant, le témoignage de Renouf confirme plus la fragilité que la solidité).



Une intervention

montrant la diffusion de l’idée que la contestation de la version officielle "repose sur des faux"

MessagePosté : Mar Oct 14, 2008 11:23 pm

Sans parti pris, je continue à penser que le suicide de Himmler est le fait qu’ont retenu les historiens comme étant le plus près de la vérité. Il me semble que ce n’est pas aux défenseurs de cette thèse à en prouver la véracité, mais bien à ceux qui la contestent, non ?

Maintenant, si des preuves nouvelles et non axées sur de faux documents nous parviennent, je veux bien revoir mes idées reçues.


François Delpla

MessagePosté : Mer Oct 15, 2008 6:38 am

Ah qu’il est dur d’être compris, même en trois ans et demi de patiente pédagogie et de sauvegarde des grandes articulations d’un débat !

1) La version officielle de la mort de Himmler est restée jusqu’en 2005 (60 ans !) un angle mort de la recherche, sans travail historique aucun. Une idée reçue, précisément : cela s’appelle ainsi. Il y en a plein partout, notamment dans ta tête et dans la mienne. Exemple : l’affirmation suivant laquelle Georges Mandel a été tué par la Milice pour venger Philippe Henriot. Zéro historien avant 2006... et celui qui s’y est collé alors avait écrit au moins dans un de ses livres antérieurs la version fautive, archi-nulle !

2) Pour Himmler, faute de travail spécifique, les historiens (voir dans nos échanges les passages sur Trevor-Roper, Padfield, Delarue ou encore Manvell et Fraenkel même s’il s’agit de journalistes) avaient tendance à lisser la version admise pour la rendre plus logique. Ainsi Trevor ne parle-t-il que d’une fouille, et c’est le cas d’une grande proportion de ceux qui écrivent avant 65, car alors, au moins, l’enquête de Manvell, la première soucieuse de réexamen, a fait bouger quelques lignes (mais faute d’un examen véritablement historique, et faute surtout d’une ouverture des archives, en l’absence de laquelle l’historien déclare nécessairement forfait, ou multiplie les précautions de langage, elle est retombée dans presque toutes les ornières précédentes).

3) "le suicide de Himmler, écris-tu, est le fait qu’ont retenu les historiens comme étant le plus près de la vérité". Je te rappelle, et quelqu’un que mes analyses sont loin de séduire vient aussi de le faire, que la question actuellement posée entre gens sérieux n’est pas "suicide ou assassinat ?" mais "suicide avec quoi ?", étant donné la méticulosité de la "première" fouille, sous Selvester, et l’astuce avec laquelle elle a éliminé la possibilité que cet objet encombrant et fragile soit conservé aussi longtemps dans une bouche qui mange sans précaution et parle avec volubilité.

4) La version officielle sent la mise en scène. Cf. le post récent de Nicolas qui détaille les documents mis au jour pour s’en satisfaire. Il n’ont justement rien de satisfaisant au sens premier du terme (faire assez). Ils tendent notamment à gommer la première fouille, et plus encore sa méticulosité. Une administration qui, une douzaine d’heures après les faits, convoque des témoins à la pelle, officiers alliés, presse internationale etc., publie des photos, des rapports dentaires etc. et qui n’est pas fichue, soixante-trois ans après, alors que l’affaire fait l’objet, enfin de l’attention des historiens (fût-elle, dans bien des cas, distraite et sans lendemain), de publier les rapports d’époque des officiers en charge du prisonnier, se discrédite aux yeux de l’historien attentif comme du citoyen non naïf.

Nicolas Bernard

MessagePosté : Mer Oct 15, 2008 10:37 am

Comme le rappelle François - et pour une fois je serai d’accord avec lui -, le suicide de Himmler tel que raconté par les journalistes et historiens n’a pas toujours été exposé avec toute la rigueur requise.

A l’inverse de François, je ne parlerai pas d’idée reçue : simplement, le fait était si évident qu’il ne paraissait pas nécessaire de revenir dessus, quitte à commettre quelques approximations. Cette paresse intellectuelle se retrouve dans de nombreuses autres affaires, tel que le suicide de Hitler, à propos duquel il a fallu attendre plus de cinquante ans pour obtenir une étude définitive du sujet et qui fasse le point sur les contradictions (nombreuses) entre les différents témoignages.

Il convient néanmoins de relativiser ce reproche : cette absence de rigueur ne peut être adressée, dans l’ensemble, qu’aux historiens généralistes, dont l’objet de leurs ouvrages ne porte pas spécifiquement sur Himmler ou sa mort. A l’inverse, les enquêteurs ayant balisé ce dernier sujet ont, dans l’ensemble, accompli un travail plus que correct.

La biographie de Roger Manvell et Heinrich Fraenkel (Sans pitié ni remords. Heinrich Himmler, Stock, 1965) comporte le premier exposé globalement fiable de la dernière demi-journée de vie de Himmler, à ceci près qu’il est erroné sur les horaires, sans parler d’une regrettable coupure du témoignage formulé en 1963 par le capitaine Selvester.

Le magazine After the Battle a consacré une remarquable enquête au suicide de Himmler, publiée dans son numéro 14 de l’année 1976, enquête qui s’est prolongée jusqu’en 1977 (numéro 17). Le parcours du prisonnier a été retracé à la loupe, les témoins survivants interrogés. Naturellement, il n’est jamais venu à l’esprit des auteurs de l’article que Himmler avait été suicidé par les Britanniques, puisque les faits excluent une telle "hypothèse".



Un intervenant nouveau et poli

(en réponse au "résumé d’étape" en tête de la présente page)

LRDG

MessagePosté : Ven Oct 17, 2008 6:31 pm

A la manière d’une enquête policière.

La victime, bien que dans ce cas là, d’un avis personnel, j’ai du mal à le considérer comme « victime » :

Le 23 mai 1945 à 23H05, Heinrich Himmler ingurgite une dose de cyanure de potassium, entraînant son décès, officiellement constaté 20 minutes plus tard.

La polémique sur les circonstances du suicide : Heinrich Himmler s’est il suicidé de son fait, ou l’a-t-on aidé à se suicider en lui fournissant la dose de cyanure de potassium ?

Dans la première hypothèse, HH a pu conserver sur lui une capsule de cyanure entre 16 heures et 23 heures, malgré la fouille (hors bouche) et la surveillance dont il a fait l’objet par le capitaine Selvester. L’évènement déclencheur du suicide est la fouille buccale ordonnée par le colonel Murphy après sa prise en charge du prisonnier et son transfert vers le quartier général des renseignements de la 8ème armée.

Dans la seconde hypothèse, « on » a fourni à HH, entre 20 H (heure de sa prise en charge par Murphy) et 23 H une capsule de cyanure qu’il a ensuite volontairement brisée alors qu’une fouille buccale était ordonnée.

Le mobile :

Jusqu’au 3 mai 1945, Winston Churchill, P.M. britannique, est hostile à toute idée de procès à l’encontre des dignitaires nazis. Ce n’est que devant l’insistance de l’URSS et surtout des Etats-Unis et de la volonté de leur Président Harry Truman qu’il se résout à cette fin.

Auparavant, le P.M. était partisan de solutions beaucoup plus radicales, à savoir l’élimination pure et simple, et sans aucune forme de procès, de tout criminel nazi pouvant lui tomber entre les mains.

Les accusés :

Il ne s’agit là que d’examiner la seconde hypothèse de la polémique.

Qui est ce fameux « On » ayant fourni la capsule de cyanure ?

Il peut être « Thomas », signataire d’un télégramme chiffré en date du 24/05/1945 à 2H30 indiquant à M. Bruce-Lockhart (directeur du Political Warfare Executive), « qui dit s’être aquitté de la mission (Himmler est mort le 23 vers 23h) et s’être assuré que sa présence sur les lieux ne serait pas signalée. » (http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=176).

Il peut aussi être un mystérieux admirateur de HH, qui à l’instar de M. Herbert Lee Stivers, pourvoyeur de cyanure auprès de Hermann Goering, aurait procuré au Reichsfuhrer la fameuse capsule. (viewtopic.php ?f=33&t=15661&p=200255#p200255) message de F. Delpla du 17/10 à 12 :54.

Quelques objections votre honneur (et ce ne sont que des objections personnelles) :

Le mobile avancé pour soutenir le suicide assisté de HH, consisterait en la décision irrévocable de Winston Churchill de supprimer les criminels nazis sans jugement, car ce ne serait que justice au regard des atrocités commises.

Toutefois, devant l’insistance des alliés, cette décision finit par être infléchie en faveur d’un procès en bonne et due forme.

« Mais tout de même, se dit ce cher vieux Winston, si on peut quand même en supprimer quelques uns discrètement, on ne va surtout pas se gêner. Et puisque c’est ainsi, je vais dépêcher en Allemagne quelques équipes du SOE avec des capsules de cyanure plein les poches, à charge pour eux de les utiliser à bon escient. »

Je mets volontairement plusieurs équipes du SOE, parce que pourquoi vouloir se limiter le 3 mai au seul HH ? Il y en a bien d’autres à cette date non encore décédés, arrêtés, identifiés ....

J’ai tout de même du mal à imaginer ces équipes lâchées en pleine nature, qu’aucun ordre n’arrêtera jusqu’au 24/05/1945 au moins, et qui accompliront leur mission jusqu’au bout, sans confirmation aucune de la part de leur hiérarchie.

On lâche les tueurs et ils ne peuvent rentrer à la maison qu’une fois la mission accomplie ? Mais j’ai bien conscience d’être peut être un peu naïf par rapport à ces circonstances.

Alors je poursuis :

Ce suicide assisté est la seule hypothèse recevable car de toute manière, il est matériellement impossible à HH d’avoir dissimulé dans sa bouche une capsule de cyanure entre 16 H et 23 H sans que personne ne s’en aperçoive. De l’aveu même de tous les protagonistes et analystes, aucune fouille buccale n’a été effectuée sur HH entre le moment de son identification formelle et la tentative de fouille qui entraînera sa mort.

Dès lors, tout le reste n’est que supposition. Il ne sert à rien de tergiverser sur la taille, la matière ou la résistance de la capsule, ou fiole, ou récipient .... Il ne sert à rien non plus de chicaner sur la taille, la consistance ou l’épaisseur des sandwiches proposés au prisonnier.

Aucune fouille buccale n’a été réalisée, en vertu de quoi il restera quoi qu’il advienne la possibilité pour HH d’avoir conservé par devers lui la capsule mortelle, hypothèse qui reste en la circonstance la plus probable, du moins pour moi.

Mais si la présence de la capsule en bouche est improuvable, la réciproque est aussi vraie.

En effet, rien ne prouve que l’on n’ait pas fourni à HH cette fameuse capsule. Nous nous retrouvons donc avec notre cher « Thomas » qui travaille depuis 3 semaines à la meilleure méthode pour éliminer sa cible. Enfin, la bonne nouvelle arrive, HH a été capturé, il est détenu au camp 031. Lui et son équipe ( ?) se précipitent sur les lieux, à moins qu’ils ne l’attendent sur place ( ?), rencontrent HH, lui expliquent clairement la situation ( ?) et lui signifient que la meilleure solution pour lui est de mettre fin à ses jours ( ?), mais discrètement, et en présence de témoins si possible pour accréditer la thèse du suicide. La négociation a du être savoureuse ..... Finalement, la mission est accomplie, et « Thomas », fier du devoir accompli, s’empresse de télégraphier la bonne nouvelle à ses supérieurs (pourquoi Bruce-Lockhart d’ailleurs ?, il n’a rien à voir avec le SOE me semble-t-il).

Le bât ne blesse-t-il pas à cet instant du récit ? Car ce télégramme fait partie d’une liste de 29 documents déclarés faux par les archives nationales (cf message de F. Delpla du 25/05/08 à 7H : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=332). Tout le monde est d’accord là-dessus me semble-t-il. Ce document étant faux, tout porte à croire que le mystérieux « Thomas » ne découle que de l’imagination du faussaire, la thèse du suicide assisté en prenant alors un sérieux coup derrière la cravate.

Et il me semble que je ne suis pas le seul à abonder dans ce sens.

Alors surgit la nouvelle possibilité, celle de l’admirateur secret voulant éviter à HH les affres d’un procès public et d’une condamnation à mort acquise d’avance. J’avoue être extrêmement déçu par cette dernière hypothèse, qui ressemble plus à une tentative de la dernière chance qu’à une explication plausible. Ou alors cette personne était particulièrement influencée et influençable, ou bien la surveillance du colonel Murphy n’était pas à la hauteur de ses fonctions.

Mais tout ceci n’est que le fruit de mes cogitations personnelles.

Je ne rejette pas tout le reste de la discussion concernant les archives nationales britanniques et leur légèreté dans cette affaire, ainsi que les implications qu’un tel comportement peut entraîner, mais continuer dans cette voie au sein de ce débat me parait en tous points déplacé et ne contribue qu’à rendre la discussion encore plus opaque. Si faute il y a eu, ce que je suis enclin à croire, alors sanctions doivent être prononcées. Toutefois, je ne pense pas utile de pousser cette affaire jusqu’à la théorie du complot parfois évoquée ici. Le gouvernement britannique n’a-t-il pas d’autres chats à fouetter, et autrement plus importants, que cette anecdotique (hormis pour certains) histoire du suicide de Himmler ?

Enfin, D laurent écrit :

« Toute vérité doit être démontrée avant d’être historique. C’est le principe dont, vu de chez moi, l’option prise par FD s’inspire, de ne pas considérer le débat comme clos après la mise en cause des sources. »

S’il est noble de ne pas considérer le débat comme clos après d’éventuelles remises en cause, je trouve en revanche dangereux de débattre sur un sujet sur la base de pièces historiques manifestement fausses, sans signifier clairement que ces pièces sont fausses, et ainsi laisser la porte ouverte à toute explication historique fallacieuse, donc possiblement et par extension négationniste.

Mes excuses pour la longueur du message, mais il n’est pas facile de résumer 10 pages et des mois de discussions en un post. Aussi ce post ne reprend pas tous les détails survenus au fur et à mesure par les principaux protagonistes mais uniquement ce que j’ai pu retenir de primordial dans le débat, ce qui bien sur laisse la place à la contre enquête.


à la suite de plusieurs échanges, LRDG convient qu’il n’y a pas à supposer plusieurs cibles (Churchill n’a jamais voulu s’en prendre de manière expéditive qu’à quelques têtes du nazisme) ou plusieurs équipes : Himmler était bel et bien un objectif militaire à la traque duquel il était légitime et logique d’affecter des spécialistes.

François Delpla

MessagePosté : Sam Oct 18, 2008 8:36 pm

Je voudrais à présent achever de répondre au long post de LRDG

LRDG a écrit :

(...)

Le 23 mai 1945 à 23H05, Heinrich Himmler ingurgite une dose de cyanure de potassium, entraînant son décès, officiellement constaté 20 minutes plus tard.

Pourquoi cet horaire ?

Je considère pour ma part comme fiables (j’ai longuement expliqué pourquoi) les horaires donnés par Selvester dans son rapport de 1963 (et que vous agréez pour le début de la prise en charge de Himmler comme tel, contrairement à Nicolas qui s’accroche comme un beau diable à la chronologie la plus courte) : c’est vers minuit que le prisonnier quitte le camp 301 -ce qui m’a amené à dire depuis trois ans que j’avais au moins une modification indiscutable à proposer : dater le décès du 24 et non plus du 23 ! En l’occurrence, le témoignage de Murphy aux mêmes Manvell et Fraenkel, qui semble calqué sur celui de Selvester tout en s’ingéniant à dire le contraire sur un grand nombre de points significatifs, confirme presque celui-là : "I think the time of death was midnight 23/24 but I cannot be sure." Cf. http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=197

LRDG a écrit :

La polémique sur les circonstances du suicide : Heinrich Himmler s’est il suicidé de son fait, ou l’a-t-on aidé à se suicider en lui fournissant la dose de cyanure de potassium ?

Dans la première hypothèse, HH a pu conserver sur lui une capsule de cyanure entre 16 heures et 23 heures, malgré la fouille (hors bouche) et la surveillance dont il a fait l’objet par le capitaine Selvester. L’évènement déclencheur du suicide est la fouille buccale ordonnée par le colonel Murphy après sa prise en charge du prisonnier et son transfert vers le quartier général des renseignements de la 8ème armée.

Dans la seconde hypothèse, « on » a fourni à HH, entre 20 H (heure de sa prise en charge par Murphy) et 23 H une capsule de cyanure qu’il a ensuite volontairement brisée alors qu’une fouille buccale était ordonnée.

(...) Qui est ce fameux « On » ayant fourni la capsule de cyanure ?

Il peut être « Thomas », signataire d’un télégramme chiffré en date du 24/05/1945 à 2H30 indiquant à M. Bruce-Lockhart (directeur du Political Warfare Executive), « qui dit s’être aquitté de la mission (Himmler est mort le 23 vers 23h) et s’être assuré que sa présence sur les lieux ne serait pas signalée. » (http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=176).

Il peut aussi être un mystérieux admirateur de HH, qui à l’instar de M. Herbert Lee Stivers, pourvoyeur de cyanure auprès de Hermann Goering, aurait procuré au Reichsfuhrer la fameuse capsule. (viewtopic.php ?f=33&t=15661&p=200255#p200255) message de F. Delpla du 17/10 à 12 :54.

(...)

Ce suicide assisté est la seule hypothèse recevable car de toute manière, il est matériellement impossible à HH d’avoir dissimulé dans sa bouche une capsule de cyanure entre 16 H et 23 H sans que personne ne s’en aperçoive. De l’aveu même de tous les protagonistes et analystes, aucune fouille buccale n’a été effectuée sur HH entre le moment de son identification formelle et la tentative de fouille qui entraînera sa mort.

Dès lors, tout le reste n’est que supposition. Il ne sert à rien de tergiverser sur la taille, la matière ou la résistance de la capsule, ou fiole, ou récipient ....

Je vous sais un gré infini de cette dernière phrase ! Chacun comprendra pourquoi.

Pour le reste, quel besoin à ce stade de nommer le chef du possible commando ? Nous n’avons de ce nom qu’une mention dans un document reconnu faux. Vous donnez l’impression fâcheuse de le nommer ici pour pouvoir, lorsque vous indiquerez que le document est un faux, évacuer l’ensemble de l’hypothèse.

LRDG a écrit :

Aucune fouille buccale n’a été réalisée, en vertu de quoi il restera quoi qu’il advienne la possibilité pour HH d’avoir conservé par devers lui la capsule mortelle, hypothèse qui reste en la circonstance la plus probable, du moins pour moi.

Ici le fondement de votre conclusion est particulièrement opaque.

LRDG a écrit : Finalement, la mission est accomplie, et « Thomas », fier du devoir accompli, s’empresse de télégraphier la bonne nouvelle à ses supérieurs (pourquoi Bruce-Lockhart d’ailleurs ?, il n’a rien à voir avec le SOE me semble-t-il).

Ici j’ai peur qu’une information importante présente sur mon site, qui m’avait même valu d’éphémères remerciements d’un contradicteur coriace, ne vous ait échappé : Le Political Warfare Executive, instance importante et churchillienne s’il en fut, travaillait en coordination étroite avec le SOE chaque fois qu’il y avait à intervenir sur le terrain.

LRDG a écrit :

Je ne rejette pas tout le reste de la discussion concernant les archives nationales britanniques et leur légèreté dans cette affaire, ainsi que les implications qu’un tel comportement peut entraîner, mais continuer dans cette voie au sein de ce débat me parait en tous points déplacé et ne contribue qu’à rendre la discussion encore plus opaque.

Si faute il y a eu, ce que je suis enclin à croire, alors sanctions doivent être prononcées. Toutefois, je ne pense pas utile de pousser cette affaire jusqu’à la théorie du complot parfois évoquée ici. Le gouvernement britannique n’a-t-il pas d’autres chats à fouetter, et autrement plus importants, que cette anecdotique (hormis pour certains) histoire du suicide de Himmler ?

Cela fait trois ans que j’entends et conteste cette objection. Les ministres certes ou le premier d’entre eux ont d’autres préoccupations, mais il leur arrive de déléguer ! et ces questions historiques encore chaudes sont traitées par un service spécial du cabinet. Il ne s’agit pas du tout d’une mince affaire -sinon aucun de nous ne s’y attellerait- et les atermoiements révèlent un embarras certain. Nous ne pouvons deviner ce qu’il cache exactement, mais il serait peu sage de considérer qu’il s’agit d’un autre sujet.

LRDG a écrit : je trouve en revanche dangereux de débattre sur un sujet sur la base de pièces historiques manifestement fausses, sans signifier clairement que ces pièces sont fausses, et ainsi laisser la porte ouverte à toute explication historique fallacieuse, donc possiblement et par extension négationniste.

Personne ne dit que ces pièces soient authentiques (même si la fausseté du télégramme Thomas est, depuis le début, affirmée en raison de ses ressemblances avec des faux, sans qu’on nous dise avoir trouvé en lui-même de quoi le disqualifier, et alors que le dernier de ces "examens" a eu lieu sur la base de notes, et non du document lui-même !). Et surtout, personne à ma connaissance, sinon Irving et peut-être Bellinger, ne s’appuie le moins du monde, depuis début juillet 2005, sur ces pièces pour mettre en doute le communiqué militaire du 24/5/45. Je vous renvoie ci-contre à mon message du Ven Oct 17, 2008 6:49 pm.


LRDG

MessagePosté : Dim Oct 19, 2008 2:26 pm

Bonjour,

Ouh la la, méprise il semble il y avoir.

Je vous répète que le but de mon intervention est de comprendre ce qui s’est passé le 23 mai 1945 entre 16H et 23H, et non de me lancer dans le débat « Que nous cache le gouvernement britannique sur la mort de Himmler ? » ou bien encore « Winston Churchill et la dénazification ».

Je vous laisse bien volontiers l’initiative de cette démarche et vous soutiens même dans vos demandes d’explications et de clarifications.

Pourquoi 23 H me demandez vous ? Tout simplement parce que ce sont les horaires que vous indiquez ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=197

22H45, arrivée de HH à Lüneburg, 23H14 heure du décès constaté, après des efforts de réanimation. 23 H me semble donc être une heure tout à fait acceptable.

Vous poursuivez en me disant que le fondement de ma conclusion est obscur.

Aussi vais je reformuler.

Aucune fouille buccale n’est initiée jusqu’à l’arrivée du prisonnier à Lüneburg, et l’on parle tout au long de la discussion d’ « a small glass phial », c’est à dire une petite fiole en verre.

En l’absence de fouille, il est tout à fait possible que HH ait conservé tout ce temps une petite fiole en bouche, et en l’absence de précision sur la résistance de celle ci, que cette fiole ait passé l’épreuve des sandwiches.

Je vous remercie au passage pour la précision quant au rôle de Bruce-Lockhart.

Enfin, reste à cerner le mystérieux exécuteur. Ecartons définitivement Thomas, je suis d’accord. Il reste donc à identifier un agent du SOE, qui visiblement s’accomplit de sa tâche durant le trajet entre le camp 031 et Lüneburg . Faut il 2 heures 45 pour faire le trajet d’ailleurs, je suis d’accord avec vous sur le blanc entourant ce voyage ? Mais pas au point d’accréditer votre hypothèse du « sympathisant » agent procurant à Himmler les moyens d’une fin honorable, tout en impliquant un brave docteur pas au courant des tenants et aboutissants de l’affaire. Vous faites d’ailleurs, pour élaborer ce scénario, appel à l’honorable compagnie (merci) pour scruter l’ensemble des ouvrages documentaires ou de fiction.

Personnellement, je n’y vois là qu’ouvrage de fiction.


François Delpla

MessagePosté : Dim Oct 19, 2008 4:06 pm LRDG a écrit :

Je vous répète que le but de mon intervention est de comprendre ce qui s’est passé le 23 mai 1945 entre 16H et 23H, et non de me lancer dans le débat « Que nous cache le gouvernement britannique sur la mort de Himmler ? » ou bien encore « Winston Churchill et la dénazification ».

(...)

Pourquoi 23 H me demandez vous ? Tout simplement parce que ce sont les horaires que vous indiquez ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=197

22H45, arrivée de HH à Lüneburg, 23H14 heure du décès constaté, après des efforts de réanimation.

C’est une citation d’un document que je mets en doute (car je constate une tendance des officiers, très peu de temps après les faits, à raccourcir les horaires), au profit du témoignage de Selvester dont je redirai, jusqu’à cela s’avère inutile, qu’il est fait sous le contrôle de gens qui ont des documents donnant d’autres horaires, et qui laissent passer ceux-là : preuve qu’ils ont peu confiance en leur propre documentation ; même remarque pour Murphy, qui démolit à la barbare des éléments capitaux du témoignage de son subordonné (non, Himmler n’a rien mangé !... pendant au moins dix heures ! barbare, vous dis-je ! et ce bon à rien de Selvester n’a pas fouillé HH et l’a laissé avec ses potes à une table cependant garnie... de cigares) Murphy dis-je, pensant sans doute qu’il avait trop tiré sur la corde et qu’il était temps de donner un peu de mou, sans quoi Manvell ne prendrait que le texte de Selvester et jetterait le sien, conclut en reprenant presque l’horaire de Selvester sur la fin du séjour au camp 031.

LRDG a écrit :

Vous poursuivez en me disant que le fondement de ma conclusion est obscur.

Aussi vais je reformuler.

Aucune fouille buccale n’est initiée jusqu’à l’arrivée du prisonnier à Lüneburg, et l’on parle tout au long de la discussion d’ « a small glass phial », c’est à dire une petite fiole en verre.

En l’absence de fouille, il est tout à fait possible que HH ait conservé tout ce temps une petite fiole en bouche, et en l’absence de précision sur la résistance de celle ci, que cette fiole ait passé l’épreuve des sandwiches.

Possible à l’extrême rigueur... rassurant en tout cas, notamment pour Selvester qui peut ainsi éviter de se poser trop de questions (si on met bout à bout son texte et l’article de 2005 fourni par Nicolas) bien qu’il insiste étrangement (dans les deux documents) sur l’invraisemblance psychologique du suicide (alors qu’il coule de source si Himmler a commis l’exploit de manger et parler avec l’ampoule, et qu’on entreprend brusquement de lui fouiller la bouche : cela prouverait bien l’ordre de ses priorités, 1) garder cette porte de sortie 2) causer avec des huiles britanniques et américaines -à mon avis, c’est évidemment tout l’inverse, HH est un soldat en mission de sacrifice, si on le traîne à Nuremberg il fermera sa g et basta).

LRDG a écrit :

Enfin, reste à cerner le mystérieux exécuteur. Ecartons définitivement Thomas, je suis d’accord. Il reste donc à identifier un agent du SOE, qui visiblement s’accomplit de sa tâche durant le trajet entre le camp 031 et Lüneburg . Faut il 2 heures 45 pour faire le trajet d’ailleurs, je suis d’accord avec vous sur le blanc entourant ce voyage ?

alors, qu’en penser ?

LRDG a écrit :

Mais pas au point d’accréditer votre hypothèse du « sympathisant » agent procurant à Himmler les moyens d’une fin honorable, tout en impliquant un brave docteur pas au courant des tenants et aboutissants de l’affaire.

Je n’en suis pas spécialement fier, je continue à chercher !

C’est simplement l’hypothèse la moins tordue.

Au fait, vous avez une explication, vous, sur les efforts de Murphy pour faire croire que HH n’a pas été nourri, si la cohabitation des aliments et de l’ampoule faite pour tuer coule tellement de source ?

Enfin, je constate avec satisfaction que vous ne donnez pas dans la diversion rectale (murphyenne à l’origine elle aussi) : Selvester a bel et bien fait fouiller tous les orifices autres que la bouche, si au moins cela est lu nous aurons un peu avancé.


LRDG

MessagePosté : Dim Oct 19, 2008 7:24 pm

(...)

Vous privilégiez le témoignage d’un des acteurs établi près de 20 ans après les faits à un document d’époque, soit, c’est votre choix.

Si Murphy évacue bien HH vers minuit du camp 031, vers quelle heure alors survient le suicide ?

Et en quoi cette modification d’horaires (+ 4 heures environ) modifie-t-elle le scénario du suicide ?

François Delpla a écrit :

LRDG a écrit :

(...)

En l’absence de fouille, il est tout à fait possible que HH ait conservé tout ce temps une petite fiole en bouche, et en l’absence de précision sur la résistance de celle ci, que cette fiole ait passé l’épreuve des sandwiches.

Possible à l’extrême rigueur... rassurant en tout cas, notamment pour Selvester qui peut ainsi éviter de se poser trop de questions (si on met bout à bout son texte et l’article de 2005 fourni par Nicolas) bien qu’il insiste étrangement (dans les deux documents) sur l’invraisemblance psychologique du suicide (alors qu’il coule de source si Himmler a commis l’exploit de manger et parler avec l’ampoule, et qu’on entreprend brusquement de lui fouiller la bouche : cela prouverait bien l’ordre de ses priorités, 1) garder cette porte de sortie 2) causer avec des huiles britanniques et américaines -à mon avis, c’est évidemment tout l’inverse, HH est un soldat en mission de sacrifice, si on le traîne à Nuremberg il fermera sa g et basta).

Merci de reconnaitre du bout de l’extrème rigueur que cette hypothèse est possible.

François Delpla a écrit :

LRDG a écrit :

Enfin, reste à cerner le mystérieux exécuteur. Ecartons définitivement Thomas, je suis d’accord. Il reste donc à identifier un agent du SOE, qui visiblement s’accomplit de sa tâche durant le trajet entre le camp 031 et Lüneburg . Faut il 2 heures 45 pour faire le trajet d’ailleurs, je suis d’accord avec vous sur le blanc entourant ce voyage ?

alors, qu’en penser ?

Oui, Murphy profite peut être de ce laps de temps pour signifier à HH que "les carottes sont cuites", bien qu’il me semble que la présence de Murphy n’est confirmée ni infirmée par personne dans ces circonstances.

François Delpla a écrit :

(...)

Je n’en suis pas spécialement fier, je continue à chercher !

C’est simplement l’hypothèse la moins tordue.

Le fait que vous ne soyez pas particulièrement fier de cette hypothèse signifie-t-il que vous reconnaissez implicitement qu’elle est un peu bancale, ou que vous êtes peu fier des méthodes employés par les britanniques ?

Si votre hypothèse est à votre sens la moins tordue, la mienne est peut être la plus simple.

Effectivement, je n’accorde aucune place à la présence de la fiole dans le rectum du Reichsfuhrer.

Pour terminer, concernant Murphy, je n’émettrai qu’une réponse personnelle : connaissez vous ce travers humain que l’on nomme Vanité ? Dans cette affaire, quel nom doit retenir la postérité et l’Histoire ? Celui d’un simple capitaine commandant de camp, ou celui d’un colonel chef des services de renseignement de la 8ème armée (Selvester parle d’ailleurs dans son témoignage de la 2ème, aurais je encore fait une erreur) ? Avouez avec moi que l’un fait plus sérieux que l’autre. De plus, en discréditant le travail de Selvester, non seulement il s’octroie le premier rôle, mais de plus il discrédite celui qui pourrait éventuellement lui faire de l’ombre.


François Delpla

MessagePosté : Dim Oct 19, 2008 8:36 pm

LRDG a écrit :

Vous privilégiez le témoignage d’un des acteurs établi près de 20 ans après les faits à un document d’époque, soit, c’est votre choix.

mais non, c’est un choix qui s’impose à tous !

Vous avez vu le dossier .

Selvester n’a rien que ses souvenirs, et éventuellement ses notes (dont personne jamais ne parle, mais qui peuvent exister). En face, le mastodonte d’un ministère et de ses archives, dont il ignore tout, et qui ne lui en dit rien. Or ce ministère ment à Manvell, en lui disant qu’il n’a pas de rapport d’interrogatoire de HH alors qu’en "interne" il écrit le contraire. La même lettre interne indique que Selvester a pris Himmler en charge à 18h 40 et nous avons vu un passionné de la thèse officielle considérer cet horaire comme parole d’Evangile en ignorant obstinément celui de Selvester : 14 h !!! Presque 5h de différence ! Et ledit ministère, qui épluche de près le rapport de Selvester à Manvell puisqu’il en raye une partie, laisse passer !! La seule explication que j’entrevoie, c’est qu’il sait très bien que Selvester a raison, craint fort de ne pas pouvoir le convaincre de mentir et ne veut surtout pas attirer ses soupçons.

En voyez-vous une autre ?

LRDG a écrit :

Pour terminer, concernant Murphy, je n’émettrai qu’une réponse personnelle : connaissez vous ce travers humain que l’on nomme Vanité ? Dans cette affaire, quel nom doit retenir la postérité et l’Histoire ? Celui d’un simple capitaine commandant de camp, ou celui d’un colonel chef des services de renseignement de la 8ème armée (Selvester parle d’ailleurs dans son témoignage de la 2ème, aurais je encore fait une erreur) ? Avouez avec moi que l’un fait plus sérieux que l’autre. De plus, en discréditant le travail de Selvester, non seulement il s’octroie le premier rôle, mais de plus il discrédite celui qui pourrait éventuellement lui faire de l’ombre.

Une telle interprétation aussi est difficile si vous prenez en compte ce qui précède. Murphy prend le risque de démentir quasiment point par point, sauf partiellement sur l’horaire final, le témoignage de Selvester, dont j’ai fini par estimer évident qu’il l’avait en main au moment de rédiger le sien, et tentait d’en désamorcer les révélations. Il est, lui, officier de renseignement de carrière, il a trempé, le 24/5/45, dans la compression des horaires et la confection de la version officielle et il est probablement ivre de rage que le ministère ne l’ait pas consulté plus tôt : pour cette raison ou pour une autre, il passe le témoignage de son subordonné au kärcher. Qu’il prenne de telles libertés avec la vérité et le bon sens par simple vanité est bien improbable : l’idée qu’il agit plutôt en professionnel de l’information orientée n’est-elle pas plus recevable ?


François Delpla

MessagePosté : Lun Oct 20, 2008 2:59 pm Il y a des gens dont la façon de débattre incite à leur répondre en grand détail. Ainsi, je voudrais revenir sur ces affirmations de LRDG :

LRDG a écrit :

(...)

Si votre hypothèse est à votre sens la moins tordue, la mienne est peut être la plus simple.

Eh bien oui, il faudrait un miracle pour que cette ampoule faite pour être croquée facilement dans une situation d’urgence résiste aux traitements que le très crédible Selvester détaille et que le très malhonnête Murphy nie, que dis-je, négationne ! Mais ce miracle est techniquement possible. Je ne crois pas l’avoir jamais nié. Il en va autrement de sa vraisemblance politique et psychologique. Et puis, sans en faire une preuve, ce que je n’ai jamais fait, il y a toutes les déformations de 1945 et 1964 (Murphy), toutes les censures archivistiques, toutes les palinodies depuis 2005, qui invitent l’honnête nomme à suspendre son jugement et à dire au gouvernement britannique : trêve de galéjades et de dossiers tronqués, montrez-moi tout ou ne vous étonnez pas de ma moue dubitative.

Je constate avec satisfaction que le communiqué transmis à la presse, qui prétend comiquement et sans rien à l’appui que l’objet a stationné pendant trois jours "contre les gencives" du défunt, ne vous paraît pas contredire le souci des désinformateurs, manifesté par ailleurs, de comprimer les horaires. Il ne s’agit évidemment pas de la même chose.

Vous aviez donc probablement saisi ce qui suit mais nous sommes sur un forum, dans un débat parfois confus et en tout état ce cause trop long, et comme vous êtes gentil, vous me pardonnerez même une pédagogie un peu lourde.

Un Himmler arrivé à 14h et identifié à 16h dans un camp dont la raison d’être est de dénuder et de fouiller, sous la supervision personnelle du directeur, des prisonniers suspects d’être des cadres nazis, et qui le quitte à minuit, ce n’est évidemment pas la même chose qu’un Himmler arrivé à 18h 40, identifié à 19h et extrait vers 22h. Dans le second cas il est plus facile de prétendre qu’il n’a pas été fouillé, qu’il n’a ni mangé ni bu, etc. Dire en sus qu’il avait l’objet mortel en bouche depuis trois jours ne mange, si j’ose dire, pas de pain. Il n’était pas alors surveillé lors de ses repas, n’avait pas à être fouillé à corps, etc. Avec ces "trois jours" ridicules (mais qui n’ont jamais, semble-t-il, excité la verve critique de personne) on ne fait qu’enfoncer un peu plus le clou d’un objet pas si dangereux que ça, et aisément dissimulable.

Reste un dernier petit argument, suivant lequel Selvester aurait été persuadé, au terme de ses examens, que Himmler avait une ampoule de poison dans la bouche.

1) Le texte ne dit pas qu’il en était convaincu, mais qu’il conservait un doute (précision point inutile, je crois, et vous ?) ;

2) La suite des événements le place devant un dilemme peu confortable : soit transformer son doute en certitude (de la présence de l’objet), soit suspecter sa hiérarchie d’un coup pendable. Qu’eussiez-vous fait à sa place ?

3) Reste cette contradiction, déjà relevée alors je vais vite : il exprime quand même, en deux occasions différentes (si on en croit l’article de 2005), son étonnement que HH se soit suicidé "si vite", alors que le geste coule de source si cette ampoule qu’il a pris tant de risques et fait tant d’effors pour cacher est sur le point d’être découverte et de lui être retirée.


LRDG

MessagePosté : Lun Oct 20, 2008 4:11 pm

Il est agréable de constater que je suis gentil et que vous consentez à poursuivre le débat avec moi, même si ma façon de débattre vous oblige à faire de louables efforts de pédagogie, ce dont je vous remercie.

Concernant les horaires, je suis désolé, mais vos explications ne me convainquent pas. Vous privilégiez le témoignage postérieur de Selvester car il a bonne réputation et est incorruptible à des documents authentifiés datés du lendemain des faits. Soit, répéte je.

Cela permet l’augmentation du laps de temps de la surveillance de Himmler, donc doit réduire proportionnellement la probabilité qu’il dissimule la fiole dans sa bouche.

Mais que je sache, qu’il soit sous la surveillance de Selvester (et de lui seul pour l’instant) une heure ou bien quatre ne change pas grand-chose à l’affaire : Selvester ne lui donne qu’une seule fois des sandwiches et du thé, et c’est à ce moment là uniquement qu’il y a risque pour HH avec la fiole.

Il ne l’a tout de même pas gavé pendant tout ce laps de temps ...

Survient alors le colonel Murphy, aux alentours de 20 H, et jusque vers minuit si je vous suis bien. Durant ces 4 heures, et l’interrogatoire mené par Murphy, HH subit encore l’épreuve des sandwiches. Et Selvester, présent, surveille HH de si près ( « ...watched Himmler closely . ») qu’il n’a même plus aucune idée du contenu de l’interrogatoire.

Et pourquoi cela, parce qu’il a peur que HH dissimule une fiole.

En aucun cas le texte ne dit que Selvester a une certitude concernant la fiole, pas plus qu’ il ne dit que Selvester a un doute.

Il dit seulement que Selvester a peur que HH ne cache la fiole dans sa bouche : « I had informed other intelligence officers of my fears regarding the poison... » et qu’il était obsédé par cette idée de la fiole manquante : « ... as I was still obsessed with the thoughts of the missing phial ».

Je vois là la position de quelqu’un cherchant à convaincre qu’il n’est pour rien dans la mort de Himmler, que lui a fait tout ce qui était en son pouvoir pour le garder en vie, et que ce qui s’est passé après, il n’en a pas la moindre idée.

Attendu que Heinrich Himmler a été arrêté le 22 mai, je ne vois pas comment on peut parler de trois jours concernant la fiole. Ce communiqué ne représente à mes yeux aucun intérêt.


François Delpla

MessagePosté : Lun Oct 20, 2008 4:55 pm Il me semble encore une fois que vous négligez le fait que Selvester se prête, en 1963, à un échange très inégal avec son ministère. Il est sûr de son fait et des horaires qu’il donne en chiffres ronds : 14 (arrivée Himmler), 16 (identification), 20 (arrivée Murphy), 24 (départ). Il a l’air de bien s’en souvenir (soit parce qu’il y a fréquemment repensé, soit parce qu’il a conservé et récemment relu un récit écrit par lui-même des événements, parmi les plus mémorables de sa vie). Voilà qui m’incite à mettre fortement en doute l’idée que son récit soit altéré par les années, ou déformé par le souci d’atténuer sa responsabilité. Si les choses étaient brouillées dans sa tête, il en parlerait avec moins de sûreté aux représentants de son gouvernement, bardés d’archives, dont ses propres rapports de l’époque, complètement inconnus à ce jour. Et face à de tels correspondants il doit bien mesurer combien ridicule il serait, de déformer les choses pour se dédouaner de quelque faute.

Citation : Cela permet l’augmentation du laps de temps de la surveillance de Himmler, donc de réduire proportionnellement la probabilité qu’il dissimule la fiole dans sa bouche.

Ouf ! je commençais à désespérer que sur ce fil on me donne raison là-dessus.

Citation : Mais que je sache, qu’il soit sous la surveillance de Selvester (et de lui seul pour l’instant) une heure ou bien quatre ne change pas grand-chose à l’affaire : Selvester ne lui donne qu’une seule fois des sandwiches et du thé, et c’est à ce moment là uniquement qu’il y a risque pour HH avec la fiole. Il ne l’a tout de même pas gavé pendant tout ce laps de temps ...

vous oubliez la surveillance de sa bouche par Selvester et son équipe pendant qu’il parle, toujours normalement et sans précaution apparente. Ah non vraiment, on ne peut pas dire avec Molière et Brassens que le temps ne fait rien à l’affaire !

Citation :

Et pourquoi cela, parce qu’il a peur que HH dissimule une fiole.

En aucun cas le texte ne dit que Selvester a une certitude concernant la fiole, pas plus qu’ il ne dit que Selvester a un doute.

s’il a une peur ou, comme vous dites plus loin, une crainte, cela entre dans la catégorie du doute !

Ce que j’aimerais surtout clarifier au stade actuel, c’est que l’ampoule qui manque dans un des deux étuis trouvés dans les vêtements n’est pas nécessairement encore en possession de HH (si tant est qu’elle y ait jamais été). On l’a trouvé porteur d’un étui plein et d’un autre vide, point. En revanche, ce vide, en l’absence de toute information (et en présence du mensonge de HH disant que l’autre ampoule contenait un médicament), polarise les craintes de Selvester et c’est tout à fait logique. De même qu’il est logique qu’il garde un doute, tant qu’il n’a pas vu de ses yeux la bouche vide. Ce dont je supplie humblement l’assistance, c’est de ne pas lire dans ce doute, cette peur ou cette crainte une certitude de la présence de l’objet.

(...)


LRDG

MessagePosté : Lun Oct 20, 2008 7:13 pm

François Delpla a écrit :

Il me semble encore une fois que vous négligez le fait que Selvester se prête, en 1963, à un échange très inégal avec son ministère....

Si l’échange est si inégal que vous le dîtes, pourquoi le ministère, qui connait tous les horaires des rapports, laisse passer ce minuit qui ne colle pas ? Dire qu’il est difficile de convaincre Selvester de mentir me parait faible au regard du risque pris de laisser des horaires incohérents qui ne résisteront pas à l’analyse.

François Delpla a écrit :

LRDG a écrit :

Cela permet l’augmentation du laps de temps de la surveillance de Himmler, donc de réduire proportionnellement la probabilité qu’il dissimule la fiole dans sa bouche.

Ouf ! je commençais à désespérer que sur ce fil on me donne raison là-dessus.

Mais je ne vous donne pas raison là dessus, relisez moi bien. Je ne fais que tenter d’imaginer ce que cette hypothèse implique, nuance.

François Delpla a écrit :

LRDG a écrit :

Mais que je sache, qu’il soit sous la surveillance de Selvester (et de lui seul pour l’instant) une heure ou bien quatre ne change pas grand-chose à l’affaire : Selvester ne lui donne qu’une seule fois des sandwiches et du thé, et c’est à ce moment là uniquement qu’il y a risque pour HH avec la fiole. Il ne l’a tout de même pas gavé pendant tout ce laps de temps ...

vous oubliez la surveillance de sa bouche par Selvester et son équipe pendant qu’il parle, toujours normalement et sans précaution apparente. Ah non vraiment, on ne peut pas dire avec Molière et Brassens que le temps ne fait rien à l’affaire !

Allons, le seul risque valable de briser la fiole pour HH, ou de laisser deviner sa présence en bouche, est bien l’épreuve d’une alimentation surveillée, pas d’une simple conversation, à moins que ce cher Heini ne soit particulièrement maladroit.

François Delpla a écrit :

LRDG a écrit :

Et pourquoi cela, parce qu’il a peur que HH dissimule une fiole.

En aucun cas le texte ne dit que Selvester a une certitude concernant la fiole, pas plus qu’ il ne dit que Selvester a un doute.

s’il a une peur ou, comme vous dites plus loin, une crainte, cela entre dans la catégorie du doute !

Je n’ai jamais parlé de crainte, seulement de peur bien que les deux traductions puissent se faire sur le mot "fears".

De plus, je ne vous ferai pas l’affront de vous citer les définitions des mots "peur" et "doute", mais de l’un à l’autre, nous ne sommes clairement pas dans la même catégorie.

François Delpla a écrit :

Ce que j’aimerais surtout clarifier au stade actuel, c’est que l’ampoule qui manque dans un des deux étuis trouvés dans les vêtements n’est pas nécessairement encore en possession de HH (si tant est qu’elle y ait jamais été). On l’a trouvé porteur d’un étui plein et d’un autre vide, point. En revanche, ce vide, en l’absence de toute information (et en présence du mensonge de HH disant que l’autre ampoule contenait un médicament), polarise les craintes de Selvester et c’est tout à fait logique. De même qu’il est logique qu’il garde un doute, tant qu’il n’a pas vu de ses yeux la bouche vide. Ce dont je supplie humblement l’assistance, c’est de ne pas lire dans ce doute, cette peur ou cette crainte une certitude de la présence de l’objet.

Si le lecteur abonde dans votre sens, il doit donc accepter l’intervention d’une tierce personne, qui vraisemblablement selon vos dires fournira à HH la capsule de cyanure et le convaincra que le suicide est la seule issue possible, ce certainement pendant le trajet entre le camp 031 et la villa de Lüneburg. D’après Murphy (oui, je sais, c’est un menteur, mais la chose doit être aisément vérifiable), les deux lieux sont distants d’environ 10 miles, ce qui doit faire un trajet de 15-20 minutes environ.

Décidément ce mystérieux agent secret était réellement doué (je sais, j’y tiens).


François Delpla

MessagePosté : Mar Oct 21, 2008 8:22 am

Il me faut redire que le débat n’oppose pas, en ce qui me concerne, deux thèses, puisque je n’en professe aucune, sinon que l’affaire n’est pas claire. Il oppose donc la suspension du jugement (assortie d’une exigence pressante d’ouverture des archives) à la réaffirmation de la version officielle du 24 mai.

LRDG a écrit :

(...)

Allons, le seul risque valable de briser la fiole pour HH, ou de laisser deviner sa présence en bouche, est bien l’épreuve d’une alimentation surveillée, pas d’une simple conversation, à moins que ce cher Heini ne soit particulièrement maladroit.

eh bien faisons un peu de mécanique ! Je veux parler avec une ampoule pharmaceutique en bouche. Soit je la mets du côté de la langue et mon élocution s’en ressent fortement ; soit je la mets du côté de la joue et elle se voit de l’extérieur.

François Delpla

MessagePosté : Mar Oct 21, 2008 10:48 am LRDG a écrit :

(...) Dire qu’il est difficile de convaincre Selvester de mentir me parait faible au regard du risque pris de laisser des horaires incohérents qui ne résisteront pas à l’analyse.

elle est bien bonne, celle-là ! Le fait est que le minstère laisse passer. C’est un fait accompli devant lequel nous sommes tous placés, et qu’il revient à chacun d’interpréter dans sa recherche de la vérité.

Pour moi c’est assez simple : l’horaire est probablement exact, ou du moins les bureaucrates du War Office estiment que c’est fort possible. Ils espèrent sans doute que ces distorsions passeront inaperçues... et dans ce cas ils ont bien raison ! du moins jusqu’en 2005. Quarante ans de plus sans vagues, ils auraient signé tout de suite !

Je voudrais d’ailleurs préciser (je l’ai déjà fait, mais hélas il faut sans cesse répéter, au risque de noyer le lecteur... et d’aggraver le besoin de rappels, c’est le cercle vicieux de ce fil) que le ratiboisement des horaires, lors de la mise au point laborieuse du communiqué, évident grâce à ce témoignage de Selvester non contesté par sa hiérarchie (et corroboré par d’autres, notamment celui de Chaim Herzog, concernant le début de la garde à vue), ne prouve rien en lui-même. Il peut résulter de la volonté de cacher des manigances, mais aussi de celle de ne prêter à aucun soupçon.

Imaginons en effet que la version officielle soit juste, non point sur les horaires (c’est exclu), ni sur l’absence d’une première fouille à corps (elle a eu lieu au camp 031), mais sur le fait que Himmler a gardé l’arme du suicide en bouche, sinon trois jours ( :P ! et :cheers : re !!!), du moins entre 16h et sa mort peu après minuit. Murphy pourrait à bon droit se dire que la chose est paradoxale et va susciter des questions, tant des alliés que de l’opinion, notamment allemande.

De même qu’entre le 3 et le 8 mai (minimum) Himmler est un objectif militaire, de même c’est, de la part du chef des renseignements de la 8ème armée, sous la responsabilité duquel le décès s’est produit, un devoir de faire en sorte que son décès ne prête à aucun soupçon, ni de la part des officiers alliés prestement conviés, ni de celle de la presse. Et encore une fois la réussite est au rendez-vous. Au passage nous sommes bien loin, vous en conviendrez, d’un souci d’auto-justification.

Je m’en tiens donc à mon idée : les aventures prêtées à la fragile ampoule relèvent d’une extraordinaire baraka (pour n’être ni croquée, ni repérée de l’extérieur, ni trahie par des précautions ou une bizarre élocution, et ce pendant environ 8 heures) et ce qui nourrit le doute aujourd’hui c’est la dissimulation persistante de pièces essentielles (la révélation, parfois très précoce, de certaines prouvant non pas un souci de transparence mais bien, comme dans tous les "livres blancs" des ministères des Affaires étrangères, d’occultation).

63 ans après, si c’est clair on publie tout et si on ne le fait pas c’est que ce n’est pas clair ! Mais on doit le faire quand même et laisser travailler les historiens, ou cesser de se dire démocrate.

le 17 octobre 2008



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