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Dossier fallacieux sur l’appel du 18 juin : les points sur les i !



réaction à une réponse de Catherine Colonna (édito ci-contre avril 2009)



précédent article sur le sujet

La lettre non pertinente de Catherine Colonna

J’ai appris au printemps dernier que la France et l’Angleterre avaient conjointement, en 2005, fait agréer par l’UNESCO un dépôt au « Patrimoine mondial de l’humanité » de quatre pièces relatives à l’Appel. Un épais dossier justificatif, en ligne actuellement au Quai d’Orsay, se réclame d’une bibliographie de trois titres, dont L’appel du 18 juin 1940, publié en 2000 chez Grasset par l’auteur des présentes lignes. Or il le contredit grandement !

J’ai mis en lumière l’existence d’au moins cinq brouillons de cet appel, d’orientations politiques assez diverses, allant de la disqualification pure et simple du gouvernement Pétain jusqu’au souhait (un peu sceptique tout de même) qu’il réussisse à signer un armistice dans l’honneur. Ces variantes, parfois évoquées -très vaguement- et raillées par les pétainistes, ne méritent aucune moquerie. Elles reflètent les divisions profondes des ministres anglais sur la nécessité même et la possibilité de continuer la guerre. De Gaulle a dû mettre de l’eau dans son vin. La bagarre sur le texte a duré... jusqu’au début d’août 1940, date à laquelle apparaît la version que nous connaissons !

J’ai déposé à ce sujet un éditorial sur mon site, le 12 juin dernier.

A présent je voudrais concentrer le propos sur un exemple qui, j’espère, donnera à tout un chacun l’irrésistible envie de prendre part, dans la mesure de son temps et de ses compétences, à la bataille engagée pour une information correcte sur ce sujet aussi passionnant que capital.

Parmi les pièces déposées figure le texte même de l’appel, dans la version qui s’est imposée partout depuis août 1940. Rappelons-la :

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l’ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui.

Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres.

Parmi les pièces justificatives du dossier franco-britannique remis à l’UNESCO, une seule est censée garantir l’authenticité de ce texte : un manuscrit fourni par Philippe de Gaulle, qu’un affidavit signé du même certifie avoir été remis par l’auteur à son épouse le 19 juin 1940. Il est présenté sous le titre « Brouillon de l’appel du 18 juin ». Or je voudrais ici faire remarquer une chose, et une seule -alors qu’il y en aurait beaucoup à dire, en somme, comme sur le nez de Cyrano : cette pièce justificative aurait dû faire l’objet d’un rejet pour défaut flagrant de conformité avec ce qu’elle prétend certifier.

Les divergences sont indiquées en caractères gras, entre parenthèses :

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées (armes), s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat.

Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne,(deux dernières virgules ajoutées) de l’ennemi.

Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd’hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !

Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis (L’homme qui vous parle avait, vous le savez, annoncé cette révolution de l’art militaire dont nous sommes les victimes. Il ne fut pas écouté. Croyez-le quand il vous dit) que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.

Car la France n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! Elle n’est pas seule ! (deux derniers points d’exclamation substitués à des points) Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l’Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limites l’immense industrie des États-Unis.

Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a, dans l’univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.

Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j’invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.

Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.

Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la Radio de Londres.

Ces divergences peuvent se classer en deux catégories : celles qui concernent l’accentuation et la ponctuation sont relativement mineures (encore que la différence entre la défaite des « armes » et celle des « armées » ne soit pas anodine). A condition de les remarquer, de les signaler et de faire observer aux candidats qu’ils auraient dû le faire eux-mêmes, un jury pourrait tout de même considérer qu’il y a là de menues améliorations survenues au moment de la dactylographie ou de l’impression, n’altérant pas le caractère de « preuve d’authenticité » de la pièce. Il en va tout différemment des deux lignes supprimées au début du paragraphe commençant par « Croyez-moi » : c’est là l’indice d’un nouvel effort de rédaction, portant à la fois sur le style et sur la pensée (l’auteur doit-il détailler ses mérites personnels ou n’y faire qu’une allusion ?), qui auraient dû imposer à ceux qui présentent le dossier, comme à ceux qui devaient ou non l’agréer, une étude plus attentive des conditions de la rédaction, laquelle aurait inévitablement conduit à faire état des nombreux brouillons et à mentionner les difficultés politiques rencontrées par le projet d’émission.

Tout le monde devrait en tout cas tomber d’accord pour reconnaître qu’une « preuve d’authenticité » divergeant à ce point de ce qu’elle entend garantir n’est pas suffisante, et que l’envoi d’un dossier complémentaire urge, la seule justification d’un délai résidant dans l’obligation d’être, cette fois, très rigoureux et de recueillir toute affaire cessante l’avis des spécialistes, ainsi que leur aval.

Sans se contenter de mentionner leurs travaux en bibliographie.



Note du 29 mai 2010

Une relance en direction de Bernard Kouchner étant restée sans réponse (ce qui fait plafonner le nombre de réponses écrites directes de son ministère à zéro !), je me suis décidé à déranger l’Elysée en août puis, devant son silence, à nouveau en décembre. Zéro réaction à ce jour, malgré deux relances téléphoniques.

le 29 mai 2010



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