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Editorial




Je compte essayer à l’avenir, vers le milieu de chaque mois, de présenter l’avancement de mon travail tout en l’insérant dans un ensemble plus vaste, allant des débats du Net à la marche du vaste monde. Il est à présent sous le coup du dénouement abracadabrantesque des élections américaines. Il semble que les commentaires irrévérencieux n’aient pas tenu plus de 24 heures (ils avaient même débarqué sur TF 1, mercredi 13 à 13h [1] !), sauf sans doute chez les plus rétifs. La démocratie démontrée, ou renforcée, par l’interdiction de recompter les bulletins, il fallait pourtant y penser. Le seul argument invoqué est la date limite de la proclamation des résultats, fixée paraît-il, par la loi, le 12 à minuit. Il serait donc plus légal de déclarer élu un candidat minoritaire ? Pense-t-on que le législateur avait ce cas de figure en tête et tenait à ce qu’il en fût ainsi ?

Lorsque, dans un avenir imprévisible, les States détiendront un peu moins de leviers de commande et qu’on se sentira moins obligé de leur complaire, on retiendra sans doute l’événement comme le plus bel exemple d’un légalisme tatillon mis au service de la raison d’Etat. Mais dans l’intervalle, il sera intéressant d’observer le devenir de la cour suprême de Washington et de voir si son autorité n’est pas, tout de même, un peu écornée.

Sur le front historique, un événement intéressant, peut-être capital, est l’accueil réservé au tome 2 de Kershaw sur Hitler, par Philippe Burrin dans le Monde du 1er décembre et par Olivier Wieviorka dans Libération du 7. Ces auteurs, dont le premier est l’un des spécialistes les plus autorisés, trouvent que cette fois la mayonnaise prend mal, entre l’étude des forces sociales et celle de la personnalité au pouvoir. Au-delà de ce cas, la question posée est celle du fonctionnalisme, une vision du nazisme apparue au début des années 60 en RFA et devenue rapidement hégémonique, du moins sur le terrain universitaire. Elle tendait à faire disparaître le Führer du débat, au profit d’une étude des rouages de sa dictature, censés remplir au jour le jour des " fonctions ". Ce regard se voulait scientifique. On invoquait l’école française des Annales pour reléguer les études mettant Hitler au centre dans l’enfer du " psychologisme " ou de l’" histoire-bataille ".

Votre serviteur a, sur quelques forums, subi des assauts de ce genre, dont on trouvera les liens ci-après. Kershaw, dont les premiers travaux étaient purement fonctionnalistes, a abordé tardivement la question du rôle de Hitler et, dans un premier temps, a voulu l’insérer lui-même comme une fonction dans le processus de la décision nazie. Leader " charismatique ", il aurait créé des attentes et en serait devenu le prisonnier. Mais dans cette biographie, une autre panacée explicative prend le relais. Bien des nazis et bien des Allemands auraient, dans tous les domaines, " travaillé en direction du Führer ". L’expression est empruntée à un obscur bureaucrate, Werner Willikens, qui l’emploie une fois, en 1934. Or Kershaw l’introduit comme un leit-motiv dans tous ses développements, sans rappeler la rareté de son occurrence réelle, ce qui tend à créer l’impression que la formule était, sous ce régime, d’usage quotidien et quasiment rituel. Pourtant, l’auteur lui-même montre à profusion que les cadres du Troisième Reich, civils ou militaires, nazis ou non, qui voulaient justifier une décision se réclamaient non d’une vague " direction ", mais bien toujours d’une directive.

J’ai moi-même travaillé sur Hitler au cours des derniers mois, en rédigeant avec deux autres auteurs un dossier sur lui, à paraître en mars dans "Histoire de guerre". Je n’en démords pas, bien au contraire : le Troisième Reich est sa chose et la Seconde Guerre mondiale son oeuvre. Les affirmations contraires ont été et restent souvent bien intentionnées. Il s’agit de ne pas attribuer trop d’intelligence à une oeuvre de destruction. Je persiste à ne pas voir l’intérêt de cette approche .

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le 17 décembre 2000

[1] Le commentateur prétendait que les Etats-Unis "ne pourraient plus donner des leçons de démocratie" : sans doute, d’un point de vue moral, mais dans les faits ils ne s’en sont guère privés ! Peut-être est-il bon de rappeler quelques détails : Bush avait absolument besoin, pour être élu, d’être déclaré vainqueur en Floride, un Etat où la proclamation des résultats lui donnait une courte avance et où le nouveau comptage des bulletins, légalement exigible pas son rival démocrate Al Gore, était bien avancé et allait sans aucun doute conduire à l’inversion du résultat. C’est alors que la cour suprême ordonna purement et simplement l’arrêt du nouveau décompte, au nom d’une prétendue date-butoir impossible à transgresser (mais, elle-même étant souveraine, et fondée à dire le droit en cas d’ambiguïté, il ne tenait qu’à elle de juger qu’un léger retard était un mal bien moindre qu’un résultat faux). Or, les juges étant nommés par les présidents successifs en fonction des décès et des retraites, elle comptait alors une majorité de membres proches du parti républicain (note du 6 juillet 2007)



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