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Une interview de Patrick Desbois



La "Shoah par balles" en Ukraine et Biélorussie



parue dans le magazine Seconde Guerre mondiale (éditions Astrolabe / rédacteur en chef : Nicolas Pontic), numéro hors série "La Solution finale" dirigé par F. Delpla, septembre 2008

-   Le judéocide en Ukraine était-il ignoré ou méconnu ?

Le judéocide en ex URSS est largement ignoré. On savait bien sûr qu’il y avait eu sur le front russe des atrocités commises à l’encontre des Juifs, mais ce que l’on ignorait surtout c’était leur ampleur. Tout d’un coup, on se rend compte que les faits sont loin d’être établis et qu’il y a un continent d’extermination inconnu.

-   Quels sont les principaux apports de votre enquête, par rapport à l’historiographie antérieure et notamment aux travaux de Raul Hilberg ?

L’un des principaux apports de notre enquête scientifique est d’avoir démontré le coté systématique et non-industriel de cette Shoah à l’Est.

Les tueurs sont capables de faire plusieurs heures de piste pour aller tuer 2 Juifs au fin fond d’un village isolé. Chaque personne a été assassinée individuellement, à chaque fois par une autre personne : par conséquent, nous sommes confrontés à un million et demi d’assassinats pour la seule Ukraine. Autre élément capital, nous avons démonté le mythe d’une Shoah secrète à l’Est. En effet, les exécutions se font en plein jour, dans le village ou juste à la sortie. Dans certains cas la population locale est autorisée à assister à la tuerie (parfois un Allemand prête même ses jumelles !) Enfin nous avons retrouvé nombre de réquisitionnés qui ont été témoins directs des meurtres. Ces réquisitionnés devaient creuser la fosse, trier les vêtements, faire la cuisine pour les tueurs, tasser les corps dans la fosse entre chaque exécution en marchant dessus...

Ces témoins directs n’ont jamais été écoutés et ne figurent sur aucun document d’archive.

-   Les Einsatzgruppen sont ils les seuls à massacrer les Juifs sur le front de l’Est ?

Les Einsatzgruppen n’ont pas pour tâche de tuer les Juifs. Leur tâche principale est de coordonner l’action de tuer les Juifs, ce qui implique dans bien des cas une coordination avec d’autres corps.

Ainsi la Wehrmacht est largement impliquée, puisqu’elle prête ses camions, ses avions (pour transporter les tueurs), encercle les villages et parfois même tue directement les Juifs. La Waffen SS, l’Ordnungspolizei, les Volksdeutsche, les policiers locaux prêtent leur concours, ainsi que l’armée roumaine en Transnistrie où plus de 300 000 Juifs sont morts de faim, de froid et de maladie.

-  Quelles motivations poussent vos témoins à parler aujourd’hui ?

Il faut bien comprendre qu’il s’agit de la première fois qu’on leurs pose ces questions. Les témoins semblent soulagés de trouver quelqu’un qui pour la première fois aussi les écoute avec compassion.

Dans bien des cas, il y a beaucoup de tristesse dans les témoignages. Beaucoup se souviennent de leurs petits voisins avec qui ils jouaient ou de leurs copains de pupitre à l’école.

-   Que disent-ils de leurs sentiments à l’époque ?

A l’époque des faits les témoins étaient soit enfants ou jeunes adolescents. Ce que je peux vous dire c’est qu’ils sont marqués à vie par les terribles faits qui se sont déroulés sous leurs yeux. Ils sont d’autant plus traumatisés que la scène du crime, qui n’est au plus qu’à quelques centaines de mètres de leurs maisons, n’a pas bougé, n’a pas changé depuis plus de 60 ans.

Propos recueillis par François Delpla

le 4 juin 2009



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