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Jean-Pierre Azéma et le Haltbefehl




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La critique sévère que je fais à mon grand regret du dossier de l’Histoire a sans doute quelque chose à voir avec la qualité très moyenne du dernier opus de Jean-Pierre Azéma 1940 l’année noire (Fayard 2010). En effet, sa bibliographie est souvent vétuste. Et tout particulièremlent celle du chapitre sur Dunkerque : il donne l’impression de ne pas même avoir lu Frieser... que par ailleurs il recopie sur ce qui a trait à l’indiscipline de Guderian et quelques autres inventions du même ordre.

Il écarte d’un revers de main un mobile parfois avancé, le souci de Hitler de favoriser une paix ultérieure avec le Royaume-uni en laissant filer ses troupes, puis enfile comme des perles plusieurs explications d’ordre militaire : Göring convainquant Hitler de le laisser "finir le travail" avec l’aviation, le général von Rundstedt donnant l’ordre d’arrêt et Hitler le confirmant par crainte de voir les chars s’enliser dans la boue des Flandres, et quelques autres encore. Autant dire que le mystère reste entier et les spéculations ouvertes.

Cependant, l’illogisme des explications militaires aurait dû, depuis longtemps, frapper les esprits, aussi bien que leur flou. Si on a une appréhension quelconque, on ne bloque pas un mouvement de 500 km à quelques encâblures de son objectif, on l’accélérerait plutôt. Si on veut au dernier moment remplacer les blindés soit par l’aviation, soit par l’infanterie, on prépare soigneusement une relève au lieu de tout bloquer soudainement. Par ailleurs les blindés, loin d’être retirés, sont encore en place le 27 lors du redémarrage et, n’étant effectivement plus l’arme adéquate du fait du renforcement des défenses, ils sont relevés le lendemain.

Ce qui frappe, dans la prose d’Azéma et dans cent autres, c’est un silence de plomb devant l’explication proposée dès 1991 par John Costello : cet arrêt a pour but de donner un peu de temps aux gouvernements de Londres et de Paris pour demander la paix, comme les y invite une offre allemande tentatrice, formulée par Göring dans des oreilles suédoises quelques jours avant l’offensive.

Bref, c’est la recherche historique qui, à lire de tels ouvrages, semble avoir fait l’objet d’un étrange Haltbefehl  !

interview de Laurent Lemire sur mon "dictionnaire énervé"

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le 2 mai 2010



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