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Crimes miliciens téléguidés par la Gestapo : la cécité obstinée de la FNDIRP.



L’exemple du couple Basch / leçons méthodologiques



Une Fédération de déportés inhabituellement réactionnaire

Ce que la FNDIRP ne veut pas savoir

Georges Mandel n’a pas été tué par la Milice pour venger Philippe Henriot. La machination est hitlérienne et se dessine bien avant le meurtre d’Henriot par des résistants, l’exécution est confiée aux SS en général et à l’antenne parisienne du SD en particulier, dont le deuxième personnage, Julius Schmidt, dirige le meurtre en personne ; seuls miliciens dans l’affaire, des hommes de main qui à cette date échappent à l’autorité de Darnand pour être entièrement pilotés par la Gestapo.

La découverte de cette vérité, publiée en 2008 dans mon livre Qui a tué Georges Mandel ? m’a conduit à voir sous un jour nouveau le meurtre des époux Basch dans la région lyonnaise en janvier 1944. Il y avait sur place un SS, également fort haut placé dans l’appareil allemand en France.

Extrait du livre :

Pour prendre connaissance des faits, lisons donc un texte célèbre, le reportage de Jacques Derogy dans L’Express du 5 juin 1972, qui donne le coup d’envoi de ce qu’on va appeler l’affaire Touvier :

Entre-temps, Touvier lui-même est passé du vol à l’assassinat. Au début de janvier 1944, son service a repéré la cachette du président de la Ligue des droits de l’homme, Victor Basch, 80 ans, recherché par Vichy comme Juif et franc-maçon. Le vieux professeur, avec sa femme, âgée de 79 ans, a trouvé refuge à Caluire (Rhône). Le soir du 10 janvier, opérant sous les ordres de Lécussan , de concert avec le lieutenant Moritz, de la Gestapo, Touvier participe à l’arrestation du couple, car Mme Basch refuse d’être séparée de son mari. Lécussan raconte : « Moritz jugea Victor Basch trop âgé pour pouvoir l’arrêter, et nous décidâmes de l’exécuter. » L’Allemand leur ayant abandonné le sort des deux vieillards, les miliciens les conduisent en voiture sur une petite route de campagne, près de Neyron, et les abattent de plusieurs coups de feu. Les corps criblés de balles seront découverts le lendemain.

« De concert avec le lieutenant Moritz, de la Gestapo » : n’est-ce pas là une signature suffisante ? Et l’abandon des corps au bord d’une route n’est-il pas la preuve d’un calcul politique, suivant lequel on veut que l’affaire soit connue, pour qu’elle donne à réfléchir à bien des gens ? En tout cas, le tract qui ornait chacune des deux dépouilles a des allures de programme plus que de conclusion :

Terreur contre terreur : le Juif paye toujours. Ce juif paye de sa vie l’assassinat d’un national. A bas de Gaulle, à bas Giraud.

Si fanatisée et antisémite que soit la Milice, cette encre-là est d’importation. « L’assassinat d’un national ? » Si vraiment Basch payait pour l’un des miliciens abattus par la Résistance, celui-ci serait nommé, et la série continuerait alors que, sous cette forme, elle s’arrête. Il s’agit bel et bien d’une déclaration de guerre à deux France, celle de De Gaulle qui a le vent en poupe, et celle de Giraud qui s’efforce de sauver les apparences d’un pétainisme bien intentionné et sourdement résistant qui aurait, comme en 1917, « attendu les Américains et les chars ». Le bouc émissaire juif est là pour obliger chacun à choisir son camp. L’obsession jaillie du cerveau d’un caporal de 30 ans en 1919 resurgit dans sa pureté originelle. Il faut dire qu’il s’est donné, avec le mouvement SS, les moyens de la projeter, sans altération aucune, très loin dans le temps et dans l’espace.

Un chercheur non universitaire, Lucien Sabah, a récemment exploré ce qui subsiste des archives du Service des sociétés secrètes (SSS), la police antimaçonnique de Vichy. Il en ressort que ce service avait des liens étroits avec l’occupant en général et les SS en particulier, bien avant le retour de Laval au pouvoir et l’invasion de la zone sud. En deux livres, il jette une vive lumière sur le lieutenant Moritz (ainsi que sur un agent double français, Gueydan de Roussel, officiellement secrétaire de Bernard Faÿ, le directeur de la Bibliothèque nationale). Né à Hanovre en 1913 sous le nom de Rudolf Noterman, ce jeune produit des écoles SS a d’abord travaillé à Paris aux côtés de Knochen, en étroite collaboration avec Faÿ et Gueydan, grands amateurs de fichiers francs-maçons. Puis il est en mission à Orléans pendant une grande partie de l’année 1942, après quoi il prend à Marseille les fonctions de Kommandeur der Sipo-SD (KdS). Arrivé à Lyon vers le mois de mai 1943, il y prend en charge la section VI du SD... et devient donc un homme de Schellenberg. En août 1944, il s’enfuira vers l’est de la France en compagnie du chef de la section VI à Paris, Bickler, dont nous aurons à reparler . Françoise Basch, petite-fille des victimes et alors adolescente, a fait comme son aïeul une carrière de professeur de langue et de civilisation à l’université. Lorsqu’elle entreprend sur le tard, dans les années 1980, d’écrire sa biographie, elle fait œuvre historique autant que filiale, collationnant tous les éléments possibles et complétant le travail, déjà considérable, de la police et de la justice.

Les Basch vivaient discrètement certes, mais non clandestinement. Victor s’était soumis au recensement exigé par la loi précitée du 11 décembre 1942 et avait accepté avec rage, mais accepté tout de même, de faire barrer sa carte d’identité des quatre majuscules rouges infamantes. L’acte d’accusation porte que le chef régional de la Milice, Joseph Lécussan, signala au lieutenant Moritz, de la Gestapo, l’existence de ce Juif et proposa de le lui livrer, ce qui fut accepté. Ce texte confirme qu’au cours de l’enlèvement du couple par un commando milicien d’une dizaine d’hommes Moritz aurait estimé, et dit à Lécussan, qu’il étaient trop vieux pour être déportés. Cela après une vingtaine de minutes de conversation, en allemand, entre Moritz et Basch... De quoi donc le bourreau en chef voulait-il s’assurer ? Qu’a-t-il rapporté à sa hiérarchie ?

Si la densité d’Allemands est ici supérieure, car la voiture qui emmène le couple est conduite par un membre de l’armée d’occupation et ne contient, outre Moritz et les victimes, que deux miliciens, Lécussan et Gonnet , le crime a, sur le plan tactique, force points communs avec l’assassinat de Mandel : arrêt sur une route déserte, prisonniers invités à faire quelques pas, tir quasi-immédiat par derrière, les miliciens s’étant répartis les deux victimes . Voilà ce qu’on appelle un « crime de la Milice » dans les livres antérieurs à celui-ci, même écrits par des Français patriotes, par des auteurs plein de haine pour l’Allemagne, par des juristes rigoureux, par des gens qui savent lire et jouissent d’une bonne vue. Il est vrai que Lécussan lui-même avait donné le ton. Avant son procès de 1946, suivi de son exécution rapide, il avait écrit en prison, en septembre 1945, un opuscule intitulé « Pourquoi j’ai tué Victor Basch », où il récitait sa leçon antisémite de façon bien ingrate : non seulement il ne nommait pas ses professeurs, mais il estompait le rôle de Moritz. Attitude banale des miliciens jugés à l’époque, qui tentent désespérément d’alléger, dans leur dossier, les imputations d’« entente avec l’ennemi ».

(PNG)

La plaque signalant, au carrefour d’Alésia, les coupables du crime (ici photographiée le 22 mai 2010) sera modifiée un jour car elle indique fort lacunairement que les époux ont été "assassinés par les miliciens". Ce jour est absolument imprévisible !



Quelques réflexions (mai 2010)

J’ai également, dans Qui a tué Georges Mandel ?, tirant parti d’une suggestion de Robert Courrier (jeune témoin oculaire des internements politiques pratiqués par Pétain à Pellevoisin puis à Vals-les-Bains), montré avec un faible reliquat d’incertitude qu’un autre meurtre de personnalité juive, considéré jusque là comme français, résultait d’une commandite allemande adressée à de vulgaires hommes de main hexagonaux : l’assassinat de Marx Dormoy à Montélimar en juillet 1941. Là, pas de SS en vue (on est dans une zone sud dont Berlin affecte encore de respecter la "liberté"), mais les tueurs, qu’on avait faussement rattachés à la Cagoule, étaient des membres de base du PPF de Doriot, lequel entamait sa lune de miel avec Abetz et n’allait pas se risquer à tuer des personnalités françaises sans lui demander son avis. Et il y a encore une quatrième affaire, le meurtre, là encore pendant un transport automobile, de Jean Zay (un demi-juif d’éducation protestante, couramment désigné comme juif par l’extrême droite), le 27 juin 1944. C’est l’affaire la moins documentée des quatre, le chef du commando milicien ayant été arrêté et jugé, des années plus tard, sans qu’on songe même à lui demander s’il n’y avait pas par hasard, sur les lieux de l’exécution de ce patriote, un ennemi de la France occupée.

Ainsi est dégagée une série de meurtres que beaucoup de traits invitent à inscrire dans le cadre de la Solution finale. De celle-ci ils illustrent le principe de base, édicté par le jeune Hitler en 1919 : plus d’antisémitisme sentimental, maintenant on va procéder rationnellement. Un Juif, cela ne se tue pas par instinct, mais en temps et en heure, quand cette mort sert le mieux la cause. Ces assassinats, si on veut bien les rapporter à leur contexte politique et militaire, ont tous une vertu à cet égard : Pétain ne peut que les ressentir comme des coups de fouet, l’obligeant à marcher droit.

Il ne s’agit évidemment pas de dédouaner Vichy ou la Milice, comme hélas l’a compris dans un mauvais réflexe dont elle peine à se remettre, la FNDIRP, encore moins de présenter le gouvernement collaborateur, ou les groupes se réclamant de lui, comme des agneaux sans tache. Il ne s’agit pas non plus de faire une histoire spéculative, bouchant en toute fantaisie les trous d’une documentation qui en regorge. Il s’agit de constater tout ce qui peut l’être, et notamment les parentés des modus operandi. Il ne saurait être question de faire plus que les astronomes qui ont calculé l’existence et la position de Pluton, mais n’ont été sûrs de leur fait que quand ils ont eu l’astre au bout de leur télescope.

Rappelons tout de même, en guise de conclusion provisoire, que la culture a, au moins autant que la nature, horreur du vide, et que toute étude académique abordant la question de ces meurtres les considérait, avant 2008, comme exclusivement français, sans l’ombre d’une hésitation.

Tout en restant bien obscures, les choses ne sont-elles pas déjà beaucoup plus claires ?



Note du 2 juin 2011

à propos du meurtre de Dormoy

Le journal de Pierre Limagne porte sous la date du lundi 18 août 1941 :

Treize jeunes gens, qui avaient fait sauter le portail de la synagogue de Vichy, ont été arrêtés . Ce sont des Compagnons de France, des doriotistes... On lie cette affaire à celles de la bombe de Nice et de l’assassinat de Dormoy

Eh bien il semble que la rumeur fasse parfois mieux les choses que l’histoire ! du moins pendant un temps car, pour celle-ci il n’est jamais trop tard.

Abetz utiliserait-il les doriotistes du Parti populaire français en zone sud comme une cinquième colonne pour agacer les nerfs de Vichy ?

Quant à cette "bombe de Nice", pas trace sur le site "Nice rendez-vous" qui comporte une riche chronologie des événements survenus dans le comté depuis le Moyen-Age. On y lit seulement :

1941 (27 juin) Doriot fait une conférence à Nice.

1942 (3 juin) 30 PPF attaquent la synagogue de Nice.

le 2 juin 2011

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