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Churchill et la crise rhénane (mars-avril 1936)



Deux articles d’époque et un débat d’aujourd’hui



Ces articles sont parus dans l’Evening Standard respectivement le 13 mars et le 3 avril 1936, Churchill donnant alors à ce périodique, environ toutes les deux semaines, un article sur la situation internationale. Ces textes reparaissent au début de 1939 dans un recueil intitulé Step by step, précieux pour étalonner les positions du futur premier ministre dans les crises des années 30. La traduction française attendra près de dix ans : elle sort chez Amiot-Dumont en janvier 1948, sous le titre Journal politique. Elle vient d’être rééditée chez Tallandier.

Une crise majeure est ouverte par Hitler le 7 mars quand il remilitarise sans préavis, mais en l’annonçant dans un long discours, la région rhénane, qui en vertu des traités de Versailles et de Locarno ne devait comporter aucun personnel ni aucune installation militaires à moins de 50 kilomètres du fleuve, sur sa rive droite. Cet acte est réputé avoir offert "la dernière chance" d’arrêter Hitler sans guerre voire de le renverser tout court -l’ordre par lui donné à ses troupes de se replier en cas de mauvaise rencontre étant largement connu, et dès cette époque, comme en témoigne le second de ces articles.

Les grandes puissances défiées par cette transgression unilatérale et inouïe d’un traité librement signé (celui de Locarno en l’occurrence) -France, Grande-Bretagne, Italie et URSS (sans parler des Etats-Unis, tout aussi concernés par une remise en cause aussi provocatrice du verdict de la guerre à laquelle ils avaient participé de façon décisive), s’en sont remises à l’arbitrage de la SDN, sous l’influence principalement de l’Angleterre. Or cette institution, née pour maintenir la paix en menaçant de l’enfer les agresseurs, avait alors fait en deux spectaculaires occasions la preuve de l’immensité conjointe de ses aptitudes imprécatoires et de son impuissance sur le terrain : ses discours et ses condamnations n’avaient fait reculer ni les canons japonais en Mandchourie, ni les italiens en Ethiopie. Sur le front germanique, l’institution de Genève s’était pareillement discréditée, condamnant en principe et tolérant en fait les précédentes transgressions allemandes du traité de Versailles -notamment, en 1935, l’annonce de l’existence d’une Luftwaffe puissante et le rétablissement du service militaire.

Cette situation a engendré des conséquences à très long terme, puisque récemment encore l’agresseur, à la tête d’une grande puissance, le plus caractérisé et fier de l’être depuis 1945, à savoir George Bush junior, a invoqué ad nauseam l’impuissance de la SDN en la projetant sur l’ONU (dont il sabotait lui-même les capacités de réaction) pour justifier un déluge de mort sur l’Irak. Or il se plaçait sous le haut patronage de Winston Churchill, censé avoir réagi avec "réalisme" aux provocations hitlériennes en prônant le réarmement et la guerre.

C’est là oublier précisément la réaction de Churchill (simple député conservateur et en froid avec la direction de son parti, en particulier sur la question allemande, depuis 1930), non seulement en mars-avril 1936, mais pendant toute cette année. Il animait en effet un mouvement inter-parti dont le mot d’ordre était "Arms and the Covenant !", c’est-à-dire "des armes et le pacte de la SDN" ou encore, tout simplement (si on abandonne le mot à mot pour trouver un slogan, en français, efficace) : "Une SDN en armes !".

Ainsi, le futur vainqueur -ô combien résolu et ne reculant devant aucune violence estimée nécessaire- de Hitler avait lui-même, en mars 1936, félicité la France de n’avoir pas réagi par les armes à la remilitarisation de la Rhénanie, et prôné le recours à la SDN. Cela pose deux questions :
-  s’agit-il d’un moment de faiblesse, par exception à une attitude ordinairement plus dure ?
-  la résolution antinazie de Churchill était-elle moins entière que ce qu’on a dit ?

L’analyse des deux textes, dans leur contexte, incite à répondre négativement aux deux questions. Il faut d’abord tenir compte de la date : le 13 mars, ce qui est fait est fait, on a laissé Hitler s’installer et le recours à la SDN est une réalité, contre laquelle le journaliste choisit visiblement de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Passer l’éponge sur une attitude pusillanime ne veut pas dire qu’on aurait vitupéré une réaction résolue. Il faudrait aussi lire l’article jusqu’à la fin : la dernière phrase ne dit-elle pas que la France serait dans son bon droit en guerroyant et l’Angleterre tenue de combattre à ses côtés ?

Mais la réponse la plus décisive est dans le second article, de son titre à ses derniers mots en passant par ses moindres phrases : les palabres s’éternisent et Winston sonne le tocsin.

La découverte de cet épisode par deux contributeurs de forum qui l’ignoraient a récemment produit des réactions intéressantes. L’un d’eux, un pétainiste prédicant et obtus, en a profité pour prétendre que Churchill n’était "pas infaillible" et avait en ce 13 mars contribué lui-même à la montée du danger nazi ; il a même essayé de pousser ce qu’il croyait être son avantage jusqu’à prétendre que son contradicteur de 2010 lui-même se contredisait, et qu’il l’avait "obligé à avouer".

Moins extrême est l’attitude de l’autre interlocuteur qui, lui, admire Napoléon et de Gaulle et qui est peut-être mû par une satisfaction discrète devant le constat d’une responsabilité anglaise unanime dans la fragilisation de la France.

Point commun entre les deux : une conception fixiste et essentialiste du mot "SDN".

La planète actuelle est dotée d’une ONU un peu plus efficace et respectée que la SDN, mais les défis sont plus graves encore, et surtout plus complexes que ceux des années 30. La tentation grandit un peu partout de ne croire qu’en la force en répudiant toute procédure -ou en ne recourant à l’arbitrage d’une instance que pour le saboter et justifier la barbarie.

La position churchillienne est à la fois constante et simple : il faut une règle, il faut une instance, il faut des moyens pour que ses décisions soient respectées. La transgression hitlérienne de mars 36 lui paraît mettre le monde devant un choix obligatoire et urgent entre une SDN digne de ce nom, et un "chacun pour soi" porteur de deuils immenses.

le 19 novembre 2010

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