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Lettres d’information 2011




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Lettre n° 75 (17 janvier)

Hessel, Jardin, Joinovici... que d’affaires engendre la Seconde Guerre mondiale !

Tandis que Marine Le Pen lance une nouvelle tentative de synthèse du pétainisme et du gaullisme dans l’élan du confusionnisme d’Eric Zemmour, Stéphane Hessel (que j’ai interviewé pour le n° 6 du magazine Histoire(s) de la Dernière guerre ) a obtenu enfin la notoriété qu’il a, pendant 70 ans, obscurément méritée, et cela ne fait pas que des heureux. Il est vrai que le triomphe de sa brochure intitulée « Indignez-vous » a un côté attristant, puisqu’il souligne le scepticisme de nos contemporains quant à la validité des indignations de gens moins expérimentés.

Mais il est, somme toute, encourageant de constater qu’en sa personne, et en celle de nombreux autres résistants, c’est toute une tentative d’instrumentalisation et de récupération de l’histoire qui est retournée contre ses auteurs. Lorsque les représentants de l’Etat ne supportent plus l’évocation du programme du Conseil national de la Résistance lors des cérémonies qu’il honorent de leur présence, c’est le gouvernement lui-même qui se met en porte-à-faux .

Une autre publication rencontre un succès inattendu : la bande dessinée « Il était une fois en France », du scénariste Fabien Nury et du dessinateur Sylvain Vallée, en est au quatrième de ses six tomes, sur un sujet sombre et scabreux : la vie et la carrière de Joseph Joinovici, un Juif parisien d’origine russe, collaborateur et résistant non pas, comme d’autres, successivement, mais simultanément, dans une stratégie de survie. J’ai été invité à en parler sur Europe 1 le 14 janvier dans une excellente émission de Michel Field .

Voilà qui nous amène au scandale soulevé par le dernier livre d’Alexandre Jardin, consacré à son grand-père Jean, qui dirigeait le cabinet de Laval depuis le début de son ministère (avril 1942) jusqu’à la fin de 1943, date de sa nomination à Berne comme attaché financier. L’homme, qui s’était taillé une solide réputation d’ « éminence grise », inusable quels que soient les régimes, avait réussi à taire, à la maison comme à la ville, sa part dans la collaboration et à faire en sorte qu’on n’en parlât jamais. Lui-même avait renoncé à publier des mémoires mais ses descendants, dont ce petit-fils, avaient développé le « mythe Jardin » d’une famille hautement fantaisiste et pittoresque. En fait, Alexandre était taraudé par des interrogations sur le rôle de Jean dans la Solution finale, sous l’aiguillon d’un camarade de lycée, lui-même petit-fils d’un SS directeur de camp, proche d’Albert Speer. Dans ce livre de rupture, il dénonce moins sa conduite du temps de guerre, aujourd’hui difficile à cerner, que ses dissimulations d’après guerre, et le roman familial destiné à combler les vides. Il a été encouragé par l’éditeur Jean-Paul Enthoven à ne pas flancher au dernier moment, et aidé par l’historien Jean-Pierre Azéma à s’orienter dans le maquis institutionnel de Vichy. Il se trouve qu’il y a deux ans, dans mon livre sur l’exécution de Georges Mandel, j’avais, presque à mon insu, levé un lièvre intéressant -et inabordé, même dans « Des gens très bien »- sur le début de l’ascension de Jardin vers les sommets vichyssois, et la part probable d’une aide allemande dans ses progrès.

Le point commun entre les carrières de Jardin et de Joinovici, du point de vue de l’historiographie, est que l’une et l’autre n’ont pas été prises à bras le corps par les chercheurs, alors qu’elles le méritent. Sans doute n’entrent-elles pas dans des catégories morales simples, et l’histoire de la période a-t-elle encore souvent tendance à se réfugier dans de tels cocons, comme le surgissement du statut des Juifs annoté par Pétain l’a encore montré récemment. Des auteurs marginaux, aux motivations diverses, ont alors leur chance de faire œuvre utile (tel Patrick Desbois, dont je vous ai entretenus précédemment et qui poursuit de plus belle ses très précieuses investigations, la contestation étant à présent bouche bée). La prise en compte du rôle de Hitler, et de la cohérence du projet nazi, devraient permettre de plus en plus de résorber ce retard. Cela valait bien un nouvel éditorial, esquissant un bilan des débats de 2010 sur l’an Quarante.

J’ai eu également l’occasion de disserter sur le rôle de Hitler dans la genèse du pacte germano-soviétique, dans le cadre d’un institut russe de Paris, à la mi-décembre.

La traduction par mes soins du dernier et somptueux livre de John Lukacs, « L’Héritage de la Seconde Guerre mondiale », n’est pas encore programmée au jour près mais a de bonnes chances d’être prête à la mi-mars pour le Salon du livre, avec une mienne préface, qui insiste précisément sur le rôle de ce pionnier dans la découverte des talents de chef de Hitler, dès 1976.

A ce propos, il convient enfin de signaler la parution d’un autre ouvrage fondamental, « Nazisme et Révolution / Histoire théologique du national-socialisme » de Fabrice Bouthillon, qui m’a autorisé à publier un commentaire méthodologiquement virtuose d’un passage des mémoires du chancelier Brüning http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=478 .

Enfin, j’ai le plaisir d’annoncer la parution d’un certain nombre de travaux de ou sur Raymond Aubrac dans lesquels je n’ai nullement trempé. La vague déferlera en mars, notamment le 10 avec un livre de Pascal Convert aux éditions du Seuil , puis un film télévisé du même auteur, dont je viens de mettre l’image en ligne.

Je vous souhaite une année 2011 riche en découvertes et en réflexions.

PS.- L’édition en livre des émissions de Pierre Assouline sur Churchill paraîtra à la mi-mars aux éditions Perrin. La couverture s’affichera ici incessamment.

Si ce message s’affiche mal, retrouvez-le ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479



Lettre d’information du site de François Delpla

supplément au n° 75

(11 février 2011)

Chers abonnés,

Je me permets d’appeler votre attention sur ce court article que vous pouvez retrouver ici .

J’ai en effet constaté récemment que le traitement psychiatrique infligé par le dr Forster au patient Adolf Hitler à l’hôpital de Pasewalk en novembre 1918 était encore mis en doute par des gens de très bonne foi. Certains invoquent, pour justifier leur scepticisme, le fait que sa connaissance procéderait d’une oeuvre de fiction, un roman posthume d’Ernst Weiss intitulé "Le Témoin oculaire" (1963).

Présenter les choses ainsi, c’est vraiment faire la part trop belle à la Gestapo effaceuse de traces.

Et le rôle de la folie individuelle dans la monstruosité nazie est un sujet trop important, et trop riche d’enjeux actuels, pour être laissé aux dogmatiques.



Le dernier livre de John Lukacs

Lettre d’information n° 76 du site de François Delpla

http://www.delpla.org

25 mars 2011

Chers abonnés,

En attendant mon Churchill et Hitler, annoncé depuis dix ans et à paraître, vraiment, avant la fin de l’année chez François-Xavier de Guibert (groupe Desclée de Brouwer), je hante en ce moment les tables des libraires avec deux ouvrages en collaboration, le Churchill issu des émissions de Pierre Assouline http://fromparistolondon.blogs.france24.com/article/2011/03/10/la-recherche-de-winston-churchill-un-court-recueil-d-intervie-0 , et le dernier livre de l’immense historien John Lukacs, L’Héritage de la Seconde Guerre mondiale, traduit et préfacé par mes soins avec le vigilant concours de l’auteur.

La préface est en ligne ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=488

Et un nouvel éditorial résume l’apport de ce livre.

Je participe la semaine prochaine à un voyage d’études en Ukraine et en Pologne organisé par Yahad-In unum et dirigé par Patrick Desbois, destiné à présenter ses recherches. Voilà qui devrait irriguer prochainement le site, ainsi que mes divers travaux, de plus en plus centrés sur le thème de la folie personnelle de Hitler et de ses réfractions dans tous les domaines.

L’amiral Canaris se révèle de plus en plus comme un agent essentiel de la prise de Hitler sur le réel : de quoi alimenter nos réflexions sur la résistance, et ses faux-semblants. La première biographie de Canaris tenant compte de ces nouveaux apports devrait paraître dans très peu de temps et je pourrai sans doute vous en dire plus très bientôt.

Mais la vraie résistance existe, comme en témoigne la vogue actuelle, en France, des nonagénaires, tous anciens résistants au nazisme, qui interviennent dans les débats les plus actuels sans faire pour autant figure d’icônes : Stéphane Hessel, Edgar Morin, Jean-Louis Crémieux-Brilhac et leur doyen à tous, Raymond Aubrac, né le jour de la mort de Jaurès et prenant enfin, grâce au discret Pascal Convert, sa dimension, les calomnies ayant désormais beaucoup de plomb dans l’aile.

Excellentes navigations à tous !

fdelpla

PS.- Je relaye les appels à la solidarité avec les Japonais, en indiquant les coordonnées du compte ad hoc de la Croix-Rouge.

Si ce message s’affiche mal, retrouvez-le ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479



Le vol de Hess : folie hitlérienne ou collective ?

27 avril 2011

Lettre d’information du site de François Delpla

n° 77

http://www.delpla.org

Chers abonnés,

Les anniversaires de la guerre se succèdent, les uns célébrés, les autres non.

L’exemple vient de haut : le 6 octobre 1989, les deux cents ans de Paris capitale n’ont-ils pas été boycottés avec ensemble par un président nommé Mitterrand et un maire nommé Chirac ?

Mais tout peut se rattraper : les percées de Hitler et de Churchill, l’une militaire et l’autre politique, le 10 mai 1940, seront commémorées sur Europe 1 avec un an moins un jour de retard, le 9 mai 2011, dans l’émission de Franck Ferrand "Au cœur de l’Histoire", de 13h30 à 14h30. En présence de votre serviteur (vous vous en seriez doutés !).

Le septuagénaire à fêter ce 10 mai est le vol de Rudolf Hess. Des chercheurs ont-ils travaillé sur lui et doit-on s’attendre à un événement comparable à la bombe du cinquantenaire, le livre de John Costello "Les dix jours qui ont sauvé l’Occident", plus audacieux d’ailleurs sur d’autres points ? Pour ma part je ne publierai pas un livre (il faudra attendre mon "Churchill et Hitler", encore, quelques mois) mais un article dans "Histoire(s) de la Dernière guerre", le magazine encyclopédique et anniversaire dont je vous entretiens depuis un an et demi. Site : http://www.derniere-guerre.com.

Ce vol de Hess, l’un des événements les plus extraordinaires de l’histoire de toutes les guerres, a reçu jusqu’ici bien peu d’attention de la part des historiens universitaires -ce qui, à soi seul, veut dire implicitement qu’ils le considèrent comme une fantaisie étrange et de peu de portée. Tel n’est pas mon avis (vous vous en seriez également doutés), notamment après lui avoir consacré une bonne part de mon dernier séjour aux archives de Londres. Il est rigoureusement inconcevable que ce nazi fidèle, admirateur éperdu de son chef, soit allé trouver l’ennemi sans son accord pour causer des questions les plus fondamentales. Or cette affirmation suscite, aujourd’hui même, des réactions d’une rare violence : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=489

Pour résumer : ce vol à tous égards risqué vers le duc de Hamilton, présumé favorable à la paix et capable de guider Hess dans l’appareil d’Etat britannique pour la faire advenir, n’aurait sans doute pas eu lieu si les Anglais n’avaient pas fait, tardivement et fallacieusement, bon accueil à des travaux d’approche en direction de cet aristocrate, enrôlant celui-ci dans une intrigue ainsi que l’ambassadeur à Madrid, Samuel Hoare. Hitler a-t-il été pour autant naïf ? Pas exactement : il avait un besoin éperdu de cette paix (étant beaucoup moins confiant qu’on ne le croit souvent dans un rapide effondrement soviétique) et de bonnes raisons de croire en l’existence à Londres d’un fort parti pacifiste et anti-churchillien. C’est sa folie qui a fait le reste : elle lui faisait fantasmer un « encerclement juif » et un contrat entre lui-même et « la Providence » pour le briser à jamais ; ce fantasme contrariait sa vive intelligence par des poussées d’irrationalité. Il n’en reste pas moins que, même si la mission avait de faibles chances de réussir, il s’agissait bien pour le nazisme, en un sens, de sa dernière carte, et que c’était le moment de la jouer.

Je vous entretiendrai prochainement des impressions recueillies lors du voyage organisé par Patrick Desbois en Pologne et en Ukraine.

Bonne navigation !

Si le message s’affiche mal : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479



9 mai 2011

Soixante-dix ans déjà et que de mystères encore !

Lettre d’information du site de François Delpla

Supplément au n° 77 du 27 avril 2011

Ce soir donc, peu avant les douze coups de minuit, je mettrai en ligne

http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=491

les dernières informations disponibles sur l’irruption d’un dirigeant nazi dans l’Angleterre churchillienne, sous la forme d’une conclusion provisoire aux débats de forums, souvent heurtés, de ces derniers jours.

Il est heureux que les internautes veillent car les grands magazines, à la méritante exception d’"Histoire(s) de la Dernière guerre", ne semblent pas avoir remarqué cet anniversaire d’un des événements les plus surprenants de l’histoire.

J’utiliserai d’ailleurs deux des faits les plus marquants de l’actualité, eux-mêmes porteurs de stigmates de la période nazie, l’exécution d’Oussama Ben Laden et l’affaire des "quotas" dans le football français, pour tenter de montrer comment les racontars de l’époque et les enjeux politiques ont handicapé ou retardé la recherche de la vérité sur le vol du lieutenant du Führer.

Cette actualité m’a, d’autre part, inspiré un nouvel éditorial (une lettre ouverte au président-candidat français sur un de ses thèmes favoris, les droits des victimes), un billet sur Médiapart http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/050511/lettre-ouverte-sarkozy-sur-les-droits-des-victimes et une réouverture de ma collection de perles : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=199

Pour en revenir à Hess, je viens aussi de mettre en ligne l’article sur lui du "Petit dictionnaire énervé de la Seconde Guerre mondiale" qui souffle, lui, sa première bougie : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=492

Bonnes cogitations !

François Delpla

PS.- Je vous rappelle notre rendez-vous "au coeur de l’histoire", dans quelques heures, avec Franck Ferrand, sur Europe 1 : http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Au-coeur-de-l-histoire/Articles/On-en-parle-avec-Franck-Ferrand-530123/

PS 2.- Si ce message s’affiche mal, retrouvez-le sur le site : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479



8 juin 2012

Lettre d’information n° 78

Rudolf Hess : un silence des plus révélateurs

Chers abonnés,

Je vous entretiendrai encore prioritairement, ce mois-ci, du lieutenant de Hitler, de son vol vers l’Ecosse en pleine guerre le 10 mai 1941 et du semestre, en principe commémoré cette année, qui précéda ses quarante-six ans de captivité (1941-1987).

Je suis de plus en plus frappé par la similitude entre cette question et celle de l’incendie du Reichstag. Dans les deux cas, Hitler est en mesure, à la fois, d’agir et d’effacer les traces. Dans les deux cas, les historiens, le plus souvent sans avoir beaucoup fouillé la question, ont tendance à exonérer les nazis au bénéfice du doute... voire à ne pas douter du tout, et à prendre carrément l’absence de preuve pour la preuve de l’absence.

Les débats internautiques (les seuls qui aient cours à ma connaissance, la presse spécialisée ou non boycottant décidément cet anniversaire à une heureuse exception près, déjà signalée http://www.derniere-guerre.com ) sont de plus en plus heurtés, une tendance violemment intégriste s’étant fait jour et obtenant çà et là, ce qui semble bien être son but, le verrouillage de la discussion. Je continue d’en faire le point ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=494 .

D’autre personnes estiment -ce qui est également un point de vue traditionnel- que l’épisode est insignifiant, et qu’il y a dans l’histoire du nazisme et de la guerre qu’il a déclenchée mille questions plus intéressantes. Quelle erreur ! On touche au contraire ici au coeur de l’essentiel : le nazisme est-il une monstruosité anarchique, ou une entreprise certes folle, mais intelligemment menée ?

En l’occurrence, je suis victime du début d’audience de mes analyses sur l’intelligence du Führer : puisque cette entreprise échoue lamentablement, elle ne pourrait être hitlérienne et Hess aurait bien agi de sa propre initiative. Il serait le Rantanplan d’une certaine bande dessinée !

C’est négliger une question : Hitler était-il si sûr que cela de vaincre l’URSS en quelques semaines et, fort de ce succès, d’obtenir la chute de Churchill avant l’entrée en guerre des Etats-Unis ? Si non, le vol de Hess, même hasardeux, était une chance, à jouer malgré les risques d’échec, d’éviter la très dangereuse aventure d’une guerre sur deux fronts.

Cette question et celle du Reichstag sont donc une démonstration très utile du fait que l’historien doit savoir trancher en dépit de l’absence d’une preuve matérielle, au nom de la logique d’ensemble d’un processus. C’est bien par une telle méthode qu’on en est venu à reconnaître, depuis une vingtaine d’années, que Hitler avait, en toute certitude, donné l’ordre du massacre des juifs d’Europe.

La rubrique "Lu" s’est enrichie de commentaires sur deux livre importants : "Le Troisième Reich et les homosexuels" de Thomas Rozec ,et "Pétain : j’accepte de répondre" de Benoît Klein.

Bonnes lectures !

François Delpla

PS - Si ce message s’affiche mal, retrouvez-le sur le site : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479



Un monde fou, Hitler où ?

Lettre d’information n° 78

Chers abonnés,

L’ouverture du festival d’Avignon a de quoi rendre les historiens modestes : une pièce démarquant de près le livre de Yannick Haenel sur Jan Karski (un catholique polonais dénonciateur de la Shoah lors même qu’elle se déroulait), qui comportait de graves déformations sur la vie et les opinions de son héros, sur les voies et moyens de l’intervention américaine dans la Seconde Guerre mondiale, et, pire encore, sur les enjeux et la portée du procès de Nuremberg, a connu un triomphe à la fois public et critique, nonobstant le contre-feu tardivement allumé par notre profession lors de l’accueil dithyrambique du livre, en 2009.

Les choses s’aggravent même en un sens, puisque le livre était de guingois et d’une qualité littéraire peu éclatante, tandis que l’adaptation théâtrale, due à Arthur Nauzyciel, en fait, de l’avis général, un propos unifié et impressionnant tout en suivant fidèlement le texte du roman. Le préjugé a encore de beaux jours devant lui, selon lequel on pouvait découper la nocivité nazie en tranches et définir des priorités parmi les victimes à sauver, plutôt que de tout mettre en œuvre pour gagner la guerre (et, pour cela, de maintenir coûte que coûte l’alliance Est-Ouest, cible avouée ou non des campagnes(*) pour « sauver les Juifs »... ou les Polonais, d’ailleurs, inspirées au moins en partie par Hitler lui-même).

On peut tout de même se consoler en constatant, par une rapide revue de presse internautique, que Le Monde et Libération, en général plutôt médiocres ces dernières années dans les débats ayant trait à la Seconde Guerre mondiale, sauvent cette fois l’honneur de la presse en rappelant, précisément, les réserves des historiens.

Au demeurant, mon site accueille depuis peu, sur sa demande, les articles d’un engagé volontaire de l’armée française en 1944, Marc-André Charguéraud, devenu historien de l’attitude des nations étrangères, y compris le Vatican, devant le massacre des Juifs : http://www.delpla.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=21 . Une rubrique a été également ouverte sur le forum, pour en débattre : http://www.delpla.org/forum/viewtopic.php ?f=90&t=439

Parmi les mises en ligne récentes, on trouvera les notes que j’ai prises en 1995 lors d’une expérience aussi brève que palpitante : la consultation pendant quelques heures, que je ne savais pas comptées, d’une version primitive du journal de Paul Baudouin, source essentielle car hélas souvent unique des délibérations du gouvernement de Vichy en 1940 http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=499 . La récente divulgation d’un brouillon du statut des Juifs annoté par Pétain a montré que, faute de mieux, les historiens se fiaient beaucoup à son journal, ou plutôt au livre qui prétendit le divulguer en 1947, et j’espère que cette publication contribuera à ce qu’on le fasse en redoublant de précautions.

La rubrique « Lu » s’est enrichie de deux comptes rendus, ayant trait respectivement aux interrogatoires de Pétain http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=498 et à l’attitude des nazis devant l’homosexualité http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=493 .

Le chantier « Rudolf Hess » http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=494 est plus actif que jamais, en raison des réactions suscitées par mon article dans Histoire(s) de la Dernière guerre (**) n° 11. Deux débats fondamentaux se sont greffés sur la discussion primitive (consistant à savoir si le voyageur avait été délégué par son chef ou s’était envolé à son insu) :

-  l’obligation dans laquelle on serait de croire les documents et les témoignages lorsque tous convergent. En l’occurrence, tous (ou presque...) indiquent que Hess a tout manigancé tout seul. Mais Hitler et lui ont précisément érigé le mensonge en art de gouverner et règle morale de base (puisque les Juifs ont commencé !) ; on voit ainsi surgir des professions de foi positivistes qu’on aurait pu croire révolues, et une quasi-interdiction de mettre en doute la parole nazie, édictée par des gens qui lui sont par ailleurs tout à fait réfractaires ;

-  la conception qu’on se fait du fonctionnement du gouvernement nazi. L’idée d’un Hess solitaire a en effet pour corollaire, depuis le début (c’est-à-dire depuis mai 1941), le fait de voir la direction nazie comme un panier de crabes, qui se battent pour conquérir ou reconquérir la faveur et l’attention du chef. On lit un peu partout (et depuis longtemps) que cette vision est dépassée, mais ce genre d’épreuve montre qu’elle a la vie dure.

Si l’anniversaire du vol de Hess a été manqué par les commémorateurs, ils se sont rattrapés avec le cinquantenaire du procès Eichmann. La contribution la plus intéressante est sans doute celle de Johann Chapoutot, dont l’article dans le numéro 12 du magazine précité Histoire(s) de la Dernière guerre rompt radicalement avec la vision arendtienne et enterre le « criminel de bureau » au profit de l’antisémite fanatique, en tirant parti notamment des propos recueillis par Willem Sassen dans les années précédant son arrestation. Cependant une question reste entière : l’origine de cet antisémitisme. Condense-t-il, comme on l’écrit couramment, des millénaires de persécutions au même moment dans des esprits divers et variés pour les faire converger vers une démarche d’éradication, sous l’influence de divers facteurs politiques et sociaux, ou la personnalité de Hitler joue-t-elle, dans ce passage à l’acte, un rôle indispensable ? Voilà qui invite à se pencher de plus en plus sur la folie de Hitler, comme divers débats de forums l’ont fait récemment, résumés ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=500

Sur la folie de Hitler, je vous invite aussi à guetter, vers la fin de ce mois, un numéro spécial du magazine Histomag dans lequel je postface un dossier sur le nazisme en utilisant cette clé : http://www.39-45.org/portailv2/download/download-0-0+histomag+44.php

Enfin, un nouvel éditorial souligne la nécessité plus aiguë que jamais du regard historique dans les enjeux actuels, à propos de Fukushima et de la présidentielle française notamment.

Agréable surf !

fdelpla

(*) Je dis bien des campagnes, qui revenaient à demander à Roosevelt et à Churchill de s’entendre et de converger au moins tacitement avec Hitler, et non des actions concrètes de sauvetage, là où elles étaient possibles, en disputant leurs proies aux nazis.

(**) Dont le rédacteur en chef Yannis Kadari vient de publier chez Perrin une excellente biographie du général Patton.

PS - Si ce message s’affiche mal, retrouvez-le sur le site : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479



Commémorations : de Lacan à Al Qaïda sans oublier Allende

Lettre d’information n° 79

du site de François Delpla http://www.delpla.org

Chers et fidèles abonnés,

Mon site d’historien du nazisme parle de plus en plus naturellement du monde actuel, tant il porte encore de stigmates de la fausseté hitlérienne, et tant celle-ci n’en finit pas de COMMENCER à être décryptée (cf. deux hypothèses récemment proposées sur des forums : http://www.39-45.org/viewtopic.php ?f=17&t=28461&start=40 à propos de la décision de "Barbarossa", et http://www.passion-histoire.net/n/www/viewtopic.php ?f=48&t=28446&p=381767#p381767 à propos de le "crise de mai" 1938.

Le nouvel éditorial met l’accent, en cette période commémorative et conclusive d’une décennie marquée, dit-on, par Ben Laden, sur les attentats oubliés (en un sens, à juste titre) du 10 août 2006, depuis lesquels nous devons boire nos bouteilles, dans les aéroports, avant le contrôle : sans doute un record dans l’écart entre la petitesse de l’événement et l’étendue des conséquences !

On peut venir en débattre sur Médiapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/090911/ou-sont-passes-les-attentats-du-10-aout-2006

Depuis des jours nous sommes guettés par une indigestion de "11 septembre". On se permettra de rétablir l’équilibre en rappelant que, même si cela ne faisait ni chaud ni froid à Ben Laden dans la planification de ses coups, les Etats-Unis avaient choisi cette date pour l’un de leurs pires manquements à la démocratie, du côté de Santiago.

Il est question à tort et à travers, en ce moment, de présomption d’innocence, ce qui m’a inspiré un billet en rubrique "perles" : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=199

Un nouvel article présente mes découvertes sur la captivité de Georges Mandel : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=278

Un autre mes commentaires sur un interview d’Henry Rousso, à propos du fameux exemplaire du statut des Juifs annoté par Pétain : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=477

L’excellent n° 13 du magazine "Histoire(s) de la Dernière guerre" (portant principalement, conformément à sa vocation de raconter le guerre en temps réel 70 ans plus tard, sur l’offensive allemande en Europe de l’Est), ne comporte pour une fois aucun article de votre serviteur. C’est l’occasion de mettre en ligne celui qui était paru dans le n° 3 de janvier 2010, concernant les vues respectives d’Erich von Manstein et Charles de Gaulle sur la bataille à venir http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=505. (où l’on constate qu’il est plus intéressant de voir en quoi ils se trompent que de se confire en admiration devant leur lucidité)

Un passionnant article de mon invité Marc-André Charguéraud attire l’attention sur les choix faits par les résistants concernant les enfants juifs, respectivement en Belgique et en France, dans les semaines précédant la Libération http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=504 .

La dernière main est mise en ce moment à "Churchill et Hitler", enfin en librairie au mois de janvier prochain (éditions de Guibert / Desclée de Brouwer), et d’autres surprises se préparent qui seront prochainement dévoilées.

Enfin, en cette journée anniversaire de la mort de Jacques Lacan, il sied de faire une allusion à des polémiques concernant son attitude vis-à-vis de Maurras et des Juifs http://laregledujeu.org/2011/08/16/6954/lacan-maurras-et-les-juifs/, pour remarquer que le travail de Jacques-Alain Miller reste l’objet d’enterrements inélégants : http://passouline.blog.lemonde.fr/2011/09/07/miller-au-seuil-finies-les-lacaneries/ . L’intéressé réplique assidûment : http://www.causefreudienne.net/agenda/evenements/lacan-quotidien-lq ?symfony=6d965ee6c8d553439fa27da9ee6c7a41

bonnes rencontres !

fdelpla

PS. Si la lettre s’affiche mal, retrouvez-la sur le site : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479

PS 2.- Sur Histomag http://www.39-45.org/portailv2/download/download-0-0+histomag+44.php , on peut tropuver la postface annoncée dans le n° 78, concernant la folie de Hitler, ainsi, très prochainement, qu’une préface à un dossier sur "Hitler et l’Afrique".

PS 3.- La dernière somme sur Vichy, due à Michèle Cointet (éditions Fayard), sera prochainement recensée en rubrique "Lu".



lettre n° 80

Hitler, objet chaud

Chers abonnés de moins en moins absents,

Plus le monde va mal et plus il cause du nazisme. Plus il cause du nazisme et plus il importe qu’il le fasse avec exactitude.

Plus que jamais, la ligne de partage la plus intéressante passe entre ceux qui voient le Troisième Reich comme un panier de crabes -ce qui n’est guère aimable pour la planète dont il a satellisé un bon morceau avant qu’elle ne trouve le chemin de l’union pour l’écraser-, et ceux qui le décrivent comme un fier vaisseau, certes pirate mais bien commandé. L’avenir appartient de toute évidence à la seconde, mais le présent est aussi incertain qu’une finale de rugby à quinze entre des tout noirs des bleus blancs.

Les commémorations de l’année 1941, notamment celles du vol de Rudolf Hess et de l’attaque contre l’URSS -en attendant, dans quelques jours, celle de Pearl Harbor qui prendra sans doute le même chemin- ont montré la force de résistance de l’ancien. La tendance à bannir les idées nouvelles -parfois même au sens réglementaire du terme : http://www.empereurperdu.com/forum/phpBB2/viewtopic.php ?f=29&t=4935&p=46291#p46291 et http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=513 - conduit à des crispations étonnantes. Pour prouver, énorme paradoxe, que Hitler ne savait préalablement rien du vol de Hess, le plus soumis de ses valets, on se réclame sans fin d’un faisceau de témoignages sur la colère du pauvre Führer délaissé, sans examiner une seconde l’hypothèse d’une comédie. Cf. http://www.passion-histoire.net/n/www/viewtopic.php ?f=49&t=3750&st=0&sk=t&sd=a&start=360 . Quant aux objections assénées aux tenants de l’autre école, elles se résument désespérément à deux caricatures : ils prétendraient que "tout est dans Mein Kampf" et que Hitler était "omnipotent et omniscient".

C’est beaucoup plus subtil que cela ! Témoin ce nouveau document ayant trait à la manipulation allemande dans la genèse du statut des Juifs, et à des dissimulations pétainistes inaperçues : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=510 . C’est l’occasion d’approfondir un peu plus notre vision critique du journal de Paul Baudouin, document souvent unique sur les délibérations de Vichy, et décidément frauduleux.

La folie individuelle de Hitler, déclenchée dans les affres de la défaite de 1918, me semble de plus en plus pertinente pour décrire justement le phénomène nazi, même si une telle analyse soulève beaucoup d’incompréhensions. A cet égard il est indispensable de connaître la valeur et les limites du travail de l’universitaire américain Rudolph Binion, récemment disparu : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=511 .

Mais le plus neuf porte un nom poétique : les services secrets britanniques, en 1943, surnomment Harlequin et Colombine deux officiers allemands qui leur offrent leurs services, l’un depuis l’Afrique et l’autre depuis la Suède... Or ils sont visiblement connectés, tous deux, à la direction nazie et chargés de jouer au mieux les derniers atouts du Reich après Stalingrad : ils développent le mythe d’un régime nazi travaillé par des courants contraires, dont l’un, majoritaire s’il était soutenu par les Anglo-Saxons, vise à faire la paix à l’Ouest pour se concentrer contre l’URSS. J’ai découvert ce dossier lors de mes deux derniers séjours aux archives de Londres et commencé à mettre des pièces en ligne, non point encore sur le site mais sur un forum : http://www.39-45.org/viewtopic.php ?f=17&t=28461&start=70 http://www.39-45.org/viewtopic.php ?f=17&t=29607&p=358303#p358303

A la suite du colloque organisé par Yahad-In Unum sur les camps nazis en territoire soviétique les 18 et 19 septembre dernier à l’ENS Ulm http://www.seminaireshoah.org/Symposium-international-Les-camps-nazis-sur-les-territoires-sovietiques-occupes_a235.html , j’ai obtenu de l’auteur de la communication à mon avis la plus prometteuse, pour documenter la folie hitlérienne, l’autorisation de mettre en ligne un aperçu de son travail : http://www.histoquiz-contemporain.com/Histoquiz/Lesdossiers/menus/menuseconde/menu.htm . Il s’agit du recours des services de santé de la Wehrmacht sur le font de l’est, dans les dernières années de la guerre, à des camps d’enfants slaves comme réserve de sang. Un sujet découvert et défriché par un chercheur amateur suisse, Vincent Frank.

Quelques nouvelles perles complètent la moisson : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=199

Excellent surf !

fdelpla

PS. Si la lettre s’affiche mal, retrouvez-la sur le site : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=479



Lettre n° 81

19 décembre 2011

Hitler : folie sur Toile, papier et petit écran

Lettre d’information du site de François Delpla

http://www.delpla.org

Chers abonnés,

L’année 2011 restera marquée par le début d’un débat sur la folie de Hitler, et les réactions, diverses, variées et pas toujours saines, qu’il a provoquées.

Bouteille à moitié pleine ou vide, le film « Apocalypse-Hitler » (France 2, 24 octobre 2011, de Daniel Costelle et Isabelle Clarke, conseillés sur le plan historique par le professeur Jean-Paul Bled et, accessoirement, par votre serviteur) s’est arrêté à mi-chemin dans le traitement de ce thème. Une occasion a été ainsi manquée de faire connaître l’œuvre du pionnier américain Rudolph Binion (décédé le 19 mai dernier http://karnacbooks.blogspot.com/2011/07/in-memoriam-professor-rudolph-binion.html ) qui, tirant le maximum de substantifique moelle du roman d’Ernst Weiss « Le Témoin oculaire » (écrit vers 1938, publié en 1963), a découvert et cerné autant qu’il se pouvait, au milieu des années 1970, la cure psychiatrique pratiquée par Edmund Forster sur Adolf Hitler en novembre 1918. Même si les phrases « L’Allemagne a maintenant besoin d’hommes comme vous » et « Croyez en vous aveuglément et vous cesserez d’être aveugle » ne nous sont parvenues, en raison des nettoyages effectués par la Gestapo, qu’à travers une œuvre de fiction, même si le fait qu’elles aient été susurrées sous hypnose n’est attesté que par la plume d’un romancier, tout indique que celui-ci a été en contact avec le psychiatre de Pasewalk à travers une courte chaîne d’intermédiaires, et a pu potasser à loisir le dossier médical. Surtout, ces éléments s’intègrent parfaitement à tout ce qu’on sait par ailleurs d’une transformation radicale de Hitler entre la fin de la guerre et le début de son action politique connue, à l’automne de 1919. Cette métamorphose, dont une réinterprétation personnelle et mortifère de la tradition antisémite forme le cœur, porte le nom médical de psychose paranoïaque et l’événement survenu dans les affres de la défaite et de l’hospitalisation s’appelle un déclenchement.

Le rejet parfois obtus de ces informations s’apparente à un refus de savoir. Cela porte, dans le langage des historiens, un nom : l’hypercriticisme. On oppose souvent aux tenants de la thèse d’un Hitler fou un article de 2009 en langue allemande, dû à l’historien de la psychiatrie Jan Armbruster. Or il est tout à fait justiciable de ce diagnostic (je veux dire d’hypercriticisme, non de démence... hélas !) : http://www.kup.at/kup/pdf/8276.pdf . Le pauvre docteur Forster est chargé de tous les péchés et de toutes les tares ; surtout, comme dans toute œuvre historique ratée, on glisse subrepticement et sans argument du constat qu’il y a plusieurs interprétations possibles d’un épisode (le suicide de Forster en l’occurrence : il pouvait être dû à des ennuis professionnels et non au remords d’avoir guéri Hitler de la plus funeste façon) vers l’affirmation que l’hypothèse qu’on veut éliminer est certainement fausse (Forster était fâché avec suffisamment de collègues pour que l’explication du suicide N’AIT PAS à être cherchée ailleurs). Cette petite manœuvre permet de conclure qu’il est impossible de connaître ce qui s’est passé entre lui et Hitler et que cela n’a pas grande importance. Alors que la seule attitude historienne qui vaille, face à une lumière unique, mutilée, clignotante, est d’y être pleinement attentif, d’en tirer le maximum et de la rapprocher de tous les indices possibles.

Mon propre travail m’amenait, avant cette année, à voir dans la personnalité de Hitler, et dans sa politique, un mixte d’intelligence et de délire, sans trop me demander quel élément prédominait. Quant au parti nazi, aux SS et aux agents en tous genres que Hitler utilisait pour conduire sa barque et mener l’univers en bateau, je les concevais et les présentais comme des leviers habilement maniés. Le fait de le considérer comme fou me permet à présent d’ordonner tout cela, en dépit des objections et des questions qui se pressent, et dans mon esprit, et dans certains autres qui me le manifestent avec plus ou moins d’aménité : tous les acteurs de la criminalité nazie sont-ils fous ? et les millions d’antisémites, collaborateurs au moins intellectuels du massacre, va-t-on les dédouaner soit comme innocents, soit comme fous ? et, finalement, exempter Hitler lui-même de toute responsabilité ? Ces questions sont soulevées dans divers forums : http://www.passion-histoire.net/n/www/viewtopic.php ?f=49&t=994&start=0 http://www.39-45.org/viewtopic.php ?f=42&t=27701&start=0 http://deuxiemeguerremondia.forumactif.com/t2767p240-la-personnalite-de-hitler ?highlight=hitler

Il y a même un forum très fréquenté et populaire parmi les amateurs d’histoire, souvent à juste titre, dont les animateurs ont brandi l’anathème et fini par réduire en cendres l’hérétique... Mais le bûcher a suscité un contre-feu ! http://www.empereurperdu.com/forum/phpBB2/viewtopic.php ?f=29&t=4935&start=10 http://www.delpla.org/forum/viewtopic.php ?f=95&t=473&p=10085#p10085 http://www.delpla.org/article.php ?id_article=512 http://www.delpla.org/article.php ?id_article=513

La folie pousse Hitler à redresser l’étendard de sa patrie vaincue en mobilisant ses habitants non juifs contre un ennemi métaphysique aux incarnations innombrables, variées et souvent paradoxales, baptisé « le Juif ». Elle est mise en scène dès le début par le parti nazi, que Hitler ne crée pas mais subjugue, un an après sa fondation, au moyen de son éloquence, après quoi il pénètre les milieux populaires par le biais des SA puis les milieux dirigeants par celui des SS, tout en multipliant les cérémonies, à Nuremberg, à Bayreuth et ailleurs. Autant d’occasions de faire descendre sa mythologie sur terre et d’enrôler toute l’Allemagne, en insufflant à ses habitants des degrés de conviction très variables, voire en les laissant se croire opposants ou résistants. La réussite somme toute rapide, et littéralement éblouissante, de l’entreprise, lui offre une confirmation permanente de son lien avec la Providence. L’étranger même se laisse entraîner dans l’illusion -notamment celle qu’il n’y a militairement plus rien à faire en juin 1940, après l’effondrement de l’armée française. Inversement, il va suffire du grain de sable d’un Churchill qui, tel Ulysse attaché à son mât, récuse le chant des sirènes, pour rompre l’enchantement, à la condition, fort aléatoire au départ, qu’il réussisse lui-même à se maintenir à la tête de son pays, puis à polariser les forces d’une partie du monde plus vaste et plus riche que celle que Hitler a réussi à satelliser.

Sa responsabilité réside dans le fait qu’il sait pertinemment, et dit à l’occasion, que ce qu’il fait est mal. L’excuse de lutter contre un « mal juif, plus grand », même sincèrement invoquée, est grotesque, ou en tout cas impropre à atténuer une responsabilité. La responsabilité de ses agents subjugués, passifs, manipulés etc. est d’autant plus grande qu’ils ne sont pas fous ou que, si d’aventure ils le sont, les actes auxquels ils se laissent entraîner ne relèvent pas de leur folie à eux (témoin le fait que l’idée de tuer les Juifs comme tels ne se trouve pas dans les documents nazis, même les plus secrets, avant qu’il l’ait lancée en novembre 1941). Qu’ils espèrent en la destinée de l’Allemagne telle que Hitler la fait miroiter, ou qu’ils désespèrent de l’humanité et de la démocratie, ou encore qu’ils analysent le communisme comme aussi dangereux, voire plus, que le nazisme, les nazis et leurs auxiliaires de tout rang et de toute nationalité sont pleinement responsables de leurs choix. Deux livres à paraître porteront l’empreinte de ces réflexions récentes sur la folie de Hitler :

-  « Churchill et Hitler », programmé aux éditions du Rocher pour le 9 février ; ce manuscrit que je polis depuis douze années (j’ai d’ailleurs mis en ligne l’ancien début, sur la vision de l’Allemagne par Churchill dans les années 1920 http://www.delpla.org/article.php ?id_article=517 ; je fais maintenant démarrer la narration lors de sa première mention connue du nom de Hitler, en septembre 1930) s’est enrichi récemment de la découverte d’une conspiration hitlérienne complètement inaperçue, et fort instructive : le Reich introduit deux faux traîtres, officiers SS, en Angleterre, au premier semestre de 1943, et le contre-espionnage britannique, c’est le cas de le dire, charmé, et persuadé de leur sincérité, les surnomme Arlequin et Colombine. Leur mission est de diviser le gouvernement britannique en contactant des ministres présumés hostiles à Churchill et en renouant si possible un contact avec Rudolf Hess, et de faire croire que le gouvernement nazi lui-même est au bord de l’implosion, les partisans d’une continuation de la guerre contre l’Est et l’Ouest étant menacés par ceux qui ont soif d’un arrêt de la guerre à l’Ouest et entendent concentrer les forces des Etats capitalistes contre l’URSS. Churchill, une fois de plus, paraît bien isolé dans sa résistance aux sirènes... mais il tient ferme la barre.

-  « L’individu dans l’histoire du nazisme / Variations sur l’arbre et la forêt » : la rédaction de cet ouvrage, publié dans quelques mois, m’a permis de reprendre une vue d’ensemble de deux décennies de travail quotidien sur le nazisme et sa guerre. Le nouvel éditorial du site en forme le résumé, sous le titre : « Le point sur mon travail » (le dernier éditorial portant ce titre remonte à 2002 !).

D’autres articles récemment mis en ligne, ou qui vont l’être sous peu, capitalisent les réflexions sur la folie de Hitler :

-  un compte rendu du livre « Quelques jours avec Hitler et Mussolini » de Ranuccio Bandinelli, montrant bien que le second, lui, n’est pas fou www.delpla.org/article.php ?id_article=519 ;

-  une réflexion sur les occupations de la France dans les deux guerres mondiales, à partir du livre de Horne et Kramer « Les atrocités allemandes » et surtout du dernier et important ouvrage de Philippe Nivet « 1914-1918 / La France occupée » montrant la différence entre le fait d’être envahi par un conquérant banal et le fait d’être occupé par un illuminé que missionne la Providence www.delpla.org/article.php ?id_article=520 .

-  un article sur les relations entre Hitler et Göring, déjà en ligne depuis 2002 sur Aerostories http://aerostories2.free.fr/acrobat/dossiers/goering.pdf , complété par des réflexions récentes sur la satellisation d’un homme intelligent, et pas plus immoral qu’un autre, par un fou www.delpla.org/article.php ?id_article=522 .

-  un débat sur le blog de Pierre Assouline, à propos du livre de Reynald Secher sur le « génocide » et le « mémoricide » vendéens : http://www.delpla.org/article.php ?id_article=516

En cette année où la situation mondiale s’est dégradée un peu tous les jours, l’histoire n’a qu’une leçon à délivrer, c’est qu’on a besoin d’elle, or on ne la voit guère envahir le champ social. J’essaye d’en toucher deux mots de temps en temps sur Mediapart http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla , à propos du chantage à « Marine Le Pen au deuxième tour » si on ne vote pas pour un « grand candidat » au premier (quelle négation de la démocratie, de la politique et de la pensée elle-même !), ou de la crise de l’euro qui ne s’accompagne guère de méditations sur les vices, dénoncés dès l’origine par nombre de personnes, du traité de Maastricht et de ses rejetons, ou du pseudo-printemps libyen qui met sur orbite non seulement la charia, mais un bourreau d’infirmières bulgares dispensé de toute autocritique par nos amnésiques médias. La mort de Vaclav Havel vient d’offrir une nouvelle occasion d’en appeler à l’histoire contre l’hagiographie : http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/191211/vaclav-havel-merite-mieux . Mais pour terminer l’année sur une note d’optimisme, rien ne vaut le blog de Guy Sorman. Ce libéral astucieux, cultivé et bien introduit, après quarante ans d’imprécations contre l’Etat, vient coup sur coup d’en appeler à une nouvelle génération de « grands hommes », et de dire à Sarkozy et Merkel comment ils pouvaient rejoindre ce club : en fusionnant séance tenante leurs deux pays, comme Churchill voulait le faire de la France et de l’Angleterre en juin 1940 ! Faut-il qu’il ait envie de sauver ses idées d’un dangereux procès ! http://gsorman.typepad.com/guy_sorman

Mais Sarkozy a un moyen de tomber encore plus bas, et politiquement et financièrement : indemniser la famille de Louis Renault pour nationalisation abusive... une autre idée farfelue qui aura marqué l’année, mise sur orbite hélas par une notice diffamatoire du musée d’Oradour : http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/110711/affaire-louis-renault-cest-bien-dattaquer-la-poutre-mais-pourquoi-m http://www.histoquiz-contemporain.com/Histoquiz/Lesdossiers/LaFrance19391945/renault/Dossiers.htm

Après ces préambules, je ne peux que vous souhaiter des fêtes riches en méditations fructueuses, propres à favoriser d’heureux événements en 2012 !

fdelpla

PS.- Si le message s’affiche mal, retrouvez-le sur le site : http://www.delpla.org/article.php ?id_article=479

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le 19 décembre 2011



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