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Le vol de Rudolf Hess vers l’Ecosse



Leçons d’un récent débat



inédit

Des échanges parfois vifs ont eu lieu récemment sur divers forums :

Monde en guerre

Livres de guerre

Passion-Histoire

L’embrasement du monde dit aussi "forum vert"

et celui du présent site, sur lequel j’ai aussi résumé une partie du débat.

Voici les conclusions que j’en tire en ce 10 mai, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire du vol.

Ce débat est utile à tous, du moins à ceux qui veulent bien se laisser informer, modifier et influencer par lui, tous neurones disponibles et activés.

Contrairement à ce que d’aucuns semblent penser, les discussions de 2011 sont impuissantes à changer les réalités de 1941 : ce n’est pas en restant maître du terrain sur un forum ou en y faisant huer un contradicteur qu’on prouve quoi que ce soit en matière historique. Néanmoins, les arguments utilisés pour défendre telle ou telle thèse sont riches, sinon de preuves, du moins d’enseignements sur la validité de cette thèse et des raisonnements censés l’étayer.

La notion de preuve, justement, est au cœur de ce débat. Hitler tombant des nues en apprenant le vol de Hess ? Selon ses partisans, cette thèse serait prouvée par le fait que de nombreux témoins et de nombreux historiens la professent. Mais l’histoire, comme toute autre science, n’a que faire des majorités ! Mieux : par définition, celui qui fait progresser les connaissances, non content d’être seul, est divisé : il s’insurge contre lui-même, sa formation, ses conceptions antérieures...

Des « preuves » qui ne prouvent rien et laissent entière une question, l’histoire politique ou militaire en produit tous les jours. Obama a-t-il ordonné de tuer Ben Laden ? Lui-même et ses porte-parole le nient, sans grande conviction d’ailleurs. Or il existe deux raisons très sérieuses de ne pas les croire : le caractère inavouable d’un tel ordre, et le déroulement des faits tel que, petit à petit, lesdits porte-parole le dévoilent. Il apparaît que le commando a fait des prisonniers, qu’il les a acheminés sans anicroche vers des endroits tenus secrets, et que Ben Laden, trouvé seul et désarmé dans une chambre, n’a pas esquissé de geste de défense ni de fuite. Dans ce cas on m’accordera, j’espère, que les propos du chef de l’exécutif n’ont aucune valeur de preuve.

Donner le statut de preuves à de simples déclarations, non seulement n’amène à aucune conclusion solide, mais débouche assez vite, dans les débats, sur des comportements de qualité médiocre : devant l’unanimité (réelle ou fantasmée) des témoignages, on ne comprend pas que des gens puissent douter et on s’énerve, on devient mauvais (dans son ton, s’entend), on traite les sceptiques d’orgueilleux ou d’autistes pour ne citer que les amabilités les plus amènes, et on caricature leurs positions sans tenir compte de leurs rectificatifs (ainsi je me vois reprocher à tort de traiter certains témoins de menteurs, ou un dictateur d’omniscient).

En l’occurrence, les raisons de rester sceptique devant la version nazie sont légion, et expliquent qu’on puisse le faire en gardant son calme sous une grêle de projectiles, qui impressionnent probablement ceux qui les lancent mais atterrissent loin de toute cible, en raison d’abord de leur lourdeur : ils se bornent souvent, et de plus en plus, à reproduire de larges extraits de livres et des déclarations de témoins éloignés de l’action, sans que la moindre analyse accompagne ces pavés, censés parler d’eux-mêmes.

Car enfin, de quoi s’agit-il ? D’un acte absolument unique dans l’histoire des guerres, commis par une dictature féroce et retorse. Le troisième personnage de la hiérarchie prend une initiative stupéfiante. Ceux qui, convaincus que le dictateur en est le premier surpris, entreprennent de le démontrer, disposent-ils d’un état serré de leurs emplois du temps respectifs, prouvant qu’ils ne se voyaient ni ne se téléphonaient ? Ou bien, s’ils ont eu des conversations, en connaissent-ils la teneur ? Dans le présent débat, rien de tel n’est produit. A part cela, on a des preuves !

Hess et Hitler ont obstinément nié toute entente : voilà une donnée solide. Toutefois, si leurs déclarations sont hors de doute (communiqués, directives et bavardages divers de Hitler, interrogatoires et confidences à divers geôliers de Hess), leur sincérité fait, pour le moins, question. Etaient-ils donc des adeptes notoires de cette vertu ? Tout au contraire, le mensonge faisait partie de leurs méthodes ordinaires de gouvernement et ils avaient même érigé la chose en principe dans des écrits de jeunesse, notamment Mein Kampf, la Bible de leur mouvement, écrite en collaboration par les deux hommes. La pratique était à l’avenant ; par exemple ils mentaient couramment, à cette époque, sur les origines de la guerre qu’ils menaient, développant une légende suivant laquelle la Pologne avait menacé l’Allemagne, et non l’inverse. Hess le répète encore lors de ses interrogatoires... et il faudrait le croire sur parole quand il jure que Hitler ne savait rien de son projet de voyage ?

J’en viens à l’affirmation, abondamment proférée, que la thèse inverse ne reposerait sur « aucune preuve ». Tout d’abord, dans une société hiérarchisée, la hiérarchie même peut être invoquée, dans bien des cas, comme preuve. Nombre d’actes des subordonnés sont inconcevables sans un ordre (ou au moins une autorisation) des supérieurs, que sa transmission ait laissé une trace ou non. L’actualité offre ici aussi un exemple instructif, avec la réunion de la fédération française de football au cours de laquelle, en novembre 2010, le directeur technique national, François Blaquart, a exposé son vœu de voir instaurer des quotas raciaux dans les écoles de formation, en insistant sur le fait qu’il ne fallait surtout pas de directives écrites. Il avouait par là qu’il savait lui-même qu’on soupçonnerait leur existence et qu’on les chercherait : il organise de main de maître (croit-il) le doute des historiens. Les directeurs des centres de formation se voient suggérer de justifier par des considérations uniquement sportives, dans les dossiers, les refus d’admission d’un certain nombre joueurs de couleur, afin qu’on se contente de soupçonner l’existence de consignes discriminatoires, sans pouvoir la démontrer. Supposons maintenant que cette réunion soit restée secrète : le meilleur historien, examinant quelques décennies plus tard ces dossiers, est-il celui qui avale naïvement les justifications sportives, ou celui qui, comparant minutieusement les formulations et dressant des séries, arrive à repérer un infléchissement dans les directives, vers novembre 2010 ? Il est même permis d’imaginer un historien véritablement excellent, aussi intuitif qu’érudit qui, cernant avec précision un moment de bascule, conclurait qu’il y a eu probablement une réunion secrète, et une consigne de ne rien écrire.

On ne sait que trop bien ce qui lui rétorqueraient les fanatiques de la lecture des documents au premier degré.

La tentative de Hess d’aller voir discrètement le duc de Hamilton, le 10 mai 1941, faisait suite à des travaux d’approche abondamment documentés, depuis le milieu des années 30. Le « lieutenant du Führer » disposait en particulier d’un agent zélé et talentueux, nommé Albrecht Haushofer, pour faire avancer la cause nazie au sein des élites britanniques. Hitler suivait l’affaire de près : on en a des indices jusqu’en septembre 1940, date d’une lettre de Hess signée Haushofer et destinée à attirer Hamilton à Lisbonne pour un entretien sur les moyens de rétablir la paix. A la difficulté de démontrer que lors de ses conversations avec Hitler Hess ne soufflait mot de son projet de vol, s’ajoute celle de déterminer à quelle époque, et pour quel motif, il aurait cessé d’informer son chef de ses efforts pour entrer en contact avec le duc. Son chef qui était aussi son ami, et son idole.

Outre la hiérarchie, la logique politique peut, et doit, être invoquée pour décrypter les arrière-pensées des dirigeants dont on suspecte les déclarations officielles. Dès lors, certains mensonges deviennent aussi évidents qu’un squelette sous les rayons X. C’est précisément le cas des déclarations de Hess à ses premiers interrogateurs britanniques. Prend-il des distances avec le Führer ? Dit-il par exemple, comme tant d’autres émissaires nazis, que Hitler hésite sur la politique à suivre, et que lui-même essaye de l’attirer vers telle ou telle option ? Pas du tout. Il insiste au contraire sur le fait qu’ils sont d’accord en tout... sauf sur sa venue en Angleterre, dont il lui aurait caché le projet. Ainsi, les offres « généreuses » de paix qu’il formule sont officielles et le Royaume-Uni peut compter ferme, s’il les agrée, que Hitler les honorera. Qu’est-ce que cela peut bien signifier, sinon qu’il est envoyé par Hitler mais ne peut pas le dire... ou pas encore, et pas à tout le monde ?

Outre la paix, l’Allemagne ne demande, pour l’essentiel, qu’une chose : un changement de premier ministre. Hess est donc habilité à traiter avec le roi, ou avec le successeur qu’il donnera à Churchill. Voilà qui donne un sens à l’ensemble de ses démarches et de ses propos.

Ce n’est pas Churchill qu’il va visiter mais lord Hamilton, présumé membre d’un « parti de la paix » dont aurait fait également partie Samuel Hoare : celui-ci, alors ambassadeur à Madrid, a susurré dans les oreilles hitlériennes en mars, par l’intermédiaire du prince de Hohenlohe, qu’il s’apprêtait à prendre la succession de Churchill pour faire la paix, après le renversement de celui-ci par les Communes. Cette donnée, repérée dans un document italien du 14 mars 1941 par Martin Allen -un historien qui par ailleurs accumule les spéculations acrobatiques fondées sur des sources sujettes à caution-, est négligée par ceux qui voient en Hess un conspirateur solitaire, et pour cause. Hohenlohe est, comme Albrecht Haushofer, un agent nazi méconnu ; mais, contrairement à Haushofer, il apparaît, dans les rares documents qui en parlent, lié à Hitler plutôt qu’à Hess. Ce dernier, à son arrivée en Grande-Bretagne, croit en l’existence d’un puissant « parti de la paix », d’après Hamilton lui-même, rendant compte de la conversation qu’ils ont eue dans l’après-midi du 11 mai. Voilà qui suggère qu’il a été informé du rapport de Hohenlohe à Hitler, et ce, alors que le mois de mars était largement entamé : la période pendant laquelle les deux hommes auraient été en désaccord sur la marche à suivre vis-à-vis de Londres se réduit comme peau de chagrin !

Tous deux pouvaient donc espérer, en mars-avril 1941, un prochain abandon de la lutte par la Grande-Bretagne... mais aussi s’impatienter de ne rien voir venir, à part de vagues indications données par Carl Burckhardt à Albrecht Haushofer le 28 avril à Genève et par des agents britanniques (pour l’instant toujours inconnus) qui auraient suggéré qu’un négociateur allemand, voyageant en avion, était attendu en Ecosse. Cependant, du côté britannique, si les services secrets avaient intercepté la lettre de septembre de Haushofer à Hamilton et embauché ce dernier pour rédiger une réponse lui donnant rendez-vous à Lisbonne (on ne sait rien de plus pour le moment), rien n’indique qu’ils se soient attendus à la visite d’un ministre. Il semble donc vraisemblable que la partie allemande ait laissé dans l’ombre son intention d’envoyer un personnage de très haut rang, pour créer un choc psychologique plus important chez des conspirateurs résolus en paroles, mais hésitant à passer à l’action.

Imaginons un instant que Hess ait pu atterrir à Prestwick, prendre contact avec Hamilton sans être prisonnier et être introduit par lui chez le roi : il est inconcevable que devant ce monarque, auquel il demandait le geste inouï, depuis deux siècles et demi, de changer son premier ministre sans l’avis des Communes, et auquel il faisait des propositions de paix, il ait prétendu qu’il tenait ce discours sans le moindre mandat de son gouvernement. En revanche, s’il était pris et se retrouvait par là même au pouvoir de Churchill, il avait une bonne raison de cacher ce mandat. Car Hitler, alors, aurait l’air d’implorer la paix auprès de son pire ennemi, et d’en avoir un besoin urgent ; Churchill disposerait, pour sa propagande disant que l’Allemagne est en difficulté et qu’il ne faut pas se laisser impressionner par ses victoires, d’un argument ravageur.

Il reste à répondre à quelques objections :

-  les 10 et 11 mai, l’aviation allemande bombarde Londres plus sévèrement que jamais et cela semble exclure que Hitler ait envoyé, dans le même temps, un messager porteur d’un rameau d’olivier ; or justement, Hess aussi menace, il parle même d’« affamer l’Angleterre » si elle continue de refuser la paix ; il est de pratique courante, de la part du Troisième Reich, de manier à la fois la carotte et le bâton ;

-  si Hitler est intelligent, comment peut-il prendre un tel risque, pour un gain aussi aléatoire ? Ici je suis victime de mes propres travaux, qui sont de loin ceux qui ont attribué le plus de matière grise au Führer. Cependant, la réponse en présuppose une autre, sur la façon dont Hitler analysait la situation, et je vais aborder cette question plus loin ;

-  si Hitler veut la paix, pourquoi choisir un moyen aussi biscornu, au lieu de passer par la Suède, la Suisse, l’Espagne ou un autre pays neutre ? Mais c’est justement ce qu’il fait en vain depuis près d’un an ! Des sondages de paix ont eu lieu à de nombreuses reprises dans ces pays ; nous en avons mentionné quelques uns, qui passaient par Haushofer ou Hohenlohe ; ce dont il s’agit à présent c’est de transformer l’essai, et le plus vite possible, en tentant une démarche sur le sol de la Grande-Bretagne elle-même ;

-  le maintien par Hess pendant toute sa captivité de la version suivant laquelle il avait agi seul, en dépit des changements de son statut carcéral et de l’évolution du monde, semble prouver qu’il disait vrai car « qu’aurait-il eu à perdre ? ». Eh bien, beaucoup. Même si, octogénaire, il avait fini par comprendre et par convenir que le nazisme appartenait au passé, cela restait une époque lumineuse de sa vie. Un serment fait au Führer de se taire jusqu’à la mort conservait sa valeur. D’autre part il tenait à préserver au mieux l’image du régime et cet aveu en aurait crûment dévoilé le caractère malhonnête. Plus le temps passait, plus cet inconvénient s’accentuait : l’homme était prisonnier, non seulement des murs de Spandau, mais de son mensonge. Enfin, tant qu’il était un acteur solitaire, il pouvait poser à l’apôtre idéaliste de la paix (encore aujourd’hui, les groupes néo-nazis qui honorent sa mémoire le font passer pour tel), en laissant dans un flou artistique la question de savoir s’il était au courant de la date de l’opération Barbarossa, et de son caractère irrévocable. Si tout d’un coup il avait révélé qu’il était envoyé par Hitler à tous risques pour sécuriser, par cette paix, les arrières d’une guerre atroce, réduisant les civils en bouillie sous le prétexte de la supériorité raciale des assaillants, il serait passé instantanément d’un statut, certes relatif, d’humaniste à celui d’un soudard d’une cruauté sans limites ;

-  un élément clé de la thèse traditionnelle est que Hess avait récemment perdu de son influence -certains disent même qu’il était en disgrâce- et cherchait à redorer son blason, en déposant aux pieds de son Führer la paix tant désirée ; à ceci on peut répondre que cette disgrâce n’était connue de personne avant le vol et que c’est encore une allégation nazie, explicable par le souci même de faire croire que Hess avait agi seul et que le Reich n’avait ni commis une grosse faute, ni subi une grosse perte ;

-  enfin, on allègue que si Hitler avait envoyé Hess il aurait attendu, pour le désavouer, d’être sûr qu’il avait échoué : le fait que les Allemands émettent le premier communiqué sur l’affaire, le 12 mai au soir, avant toute annonce britannique de sa présence en Grande-Bretagne, serait une preuve certaine de la désapprobation de Hitler envers son entreprise ; or une hypothèse apparaît, qui pourrait l’expliquer d’une façon tout à fait satisfaisante : parmi les risques de l’entreprise figurait celui que Churchill, ayant appris le voyage de Hess par sa mort, sa capture ou, en cas de succès de sa tentative de voir Hamilton, par quelque agent local, annonce la nouvelle à une heure et d’une façon qui servent sa politique ; il convenait donc de prendre les devants ; et si Hamilton, haut gradé de la RAF, était bel et bien un conspirateur, lié à des agents qui allaient et venaient en Suisse et en Espagne, il devait avoir les moyens, ne serait-ce que radiophoniques, d’aviser Berlin de l’arrivée du visiteur à bon port : une heure limite, le 11 ou le 12, avait donc pu être convenue entre Hess et Hitler, au-delà de laquelle le gouvernement allemand annoncerait à sa manière la disparition du ministre. Il est normal qu’un tel texte parle d’acte solitaire et suggère un dérangement mental, mais on peut relever qu’il le fait sur un mode dubitatif, qui laisse plusieurs possibilités ouvertes : la "maladie" qui aurait amené Hitler à interdire à Hess de voler pourrait être physique et non mentale ; c’est seulement la lettre qu’il a laissée qui "révèle malheureusement des symptômes d’une altération mentale, qui fait craindre qu’il n’ait été victime d’hallucinations." Si on imagine qu’un "parti de la paix" conspire contre Churchill, et que le rédacteur de ce texte l’espère, une telle rédaction pourrait inciter les conspirateurs à se dévoiler et à dire que pas du tout, Hess n’a pas eu d’hallucinations et l’Angleterre a bel et bien soif de paix. Si cela n’arrive pas, le communiqué sauve les meubles nazis en désolidarisant Hitler de l’opération.

Reste donc, pour achever d’établir le caractère politiquement et stratégiquement logique d’un envoi de Hess par Hitler, à démontrer que celui-ci n’était pas rassuré du tout, en se lançant contre l’URSS sans en avoir fini avec l’Angleterre. Cela découle d’une part de certaines de ses déclarations (notamment un « propos de table » dans lequel il explique qu’il était très confiant avant la campagne de France mais « ne savait pas ce qu’il allait trouver derrière la porte » en URSS) mais, surtout, de toute une carrière où il s’est montré expert dans la mesure du rapport des forces, ne défiant que des ennemis qu’il pouvait vaincre. A l’exception finale, bien sûr, des Etats-Unis, mais en décembre 1941 il était mis devant le fait accompli de leur leur entrée en guerre sous les coups du Japon à Pearl Harbor, et le moindre mal était d’approuver l’action japonaise pour récupérer un allié. En attaquant l’URSS, donc, Hitler espère et a absolument besoin que l’affaire se règle en trois mois (d’où l’absence de vêtements d’hiver pour les troupes, qui savent ainsi qu’il ne faut pas traîner), mais il n’en est pas sûr du tout ; et d’autre part, même si elle est vaincue, il n’est pas sûr que Churchill s’incline, or son renversement est un point de passage obligé vers la victoire, il faut en saisir toutes les occasions et celle-là est double : si tout va bien il est renversé avant l’attaque à l’est, mais si les choses se compliquent, tant par la capture de Hess que par un enlisement en Russie, il n’est pas mauvais d’avoir un émissaire sur le sol britannique, pour pouvoir ouvrir à tout moment des négociations.

La folie mystique de Hitler complète bien le tableau : pour lui Churchill est un « pantin juif » qui a décidé de cerner l’Allemagne pour l’étouffer, mais Hitler, lui, a un pacte avec la Providence, qui l’a désigné pour prophétiser une nouvelle ère barbare dans les rapports entre les hommes. Aide-toi, le Ciel t’aidera ! L’irruption de Churchill est une épreuve : la manifestation d’une volonté de fer et l’usage des moyens les plus audacieux pour le briser finiront bien par être récompensés.

le 10 mai 2011



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