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Débats

Rudolph Binion (1927-2011) : un pionnier et ses limites



suite du débat sur la folie de Hitler (été-automne 2011)



Le plus bel hommage à rendre à un historien au moment de sa disparition est peut-être de reproduire un échange qui avait lieu à son sujet, permettant de cerner son apport.

La vie continue, et l’approfondissement des découvertes de ce collègue américain également !

débat précédent

L’intégralité des posts de "Tonnerre"

Le 11 juillet 2011, un internaute fait sur Passion-histoire une longue analyse du livre d’Ernst Weiss Le Témoin oculaire (écrit à Paris en 1938, publié en 1963), en affirmant que Binion y prend pour argent comptant le récit de la cure hypnotique de Hitler à Pasewalk, et pense que ces données viennent du dossier médical apporté par le psychiatre, Edmund Forster, à un cercle d’intellectuels émigrés à Paris, dans l’été de 1933. Tout cela est bien fâcheux pour la crédibilité du livre de Binion, conclut cet internaute, puisque au contraire le récit de Weiss peut être rattaché à sa connaissance de la psychanalyse d’une part (que Forster en pratiquait pas) et d’autre part aux biographies de Hitler écrites par Rudolf Olden et Konrad Heiden.

Réponse :

François Delpla

MessagePosté : 11 Juil 2011 19:21

Je salue votre effort et vais tenter de le compléter. Enfin, commencer, car là je n’ai vraiment pas le temps.

En histoire, tout fait ventre, tout est document. Les vrais rapports du vrai Forster mériteraient tout autant d’être pris avec des pincettes que le roman de Weiss. En attendant, nous avons celui-ci, et pas ceux-là.

Avant 1999, les biographes de Hitler, jusqu’à Kershaw inclus, se sont privés de ces éléments que Forster avait mis sur la table en 1976. C’est une faute, que n’excuse pas, mais aggrave, son prétexte : un roman ? à négliger sans état d’âme, il y a bien assez avec les archives ! Sauf quand il n’y en a pas, pour expliquer un événement qui incontestablement a quand même eu lieu. Comme a eu lieu le traitement de Hitler par Forster, et le voyage de Forster à Paris dans l’été 33 bientôt suivi de son suicide. Et comme a eu lieu le témoignage de Mehring, qui avait connu l’affaire d’assez près.

Quel est cet événement à expliquer ? la conversion rapide, en une petite année, d’un rêveur solitaire en meneur d’hommes.

Vous connaissez d’autres explications ? moi pas. Alors certes, il faut affiner celle-là et être d’autant plus exigeant avec elle qu’elle est unique. Tâche passionnante dans laquelle je vous invite à me rejoindre.



(le contradicteur s’étant obstiné à argumenter par les faiblesses des livres de Binion et de Lewis)

François Delpla

MessagePosté : 12 Juil 2011 8:28 Vous fabriquez votre cible pour la viser plus commodément !

Laissez tomber les egos de Weiss, Lewis et consorts et répondez-moi : avez-vous une autre explication de la transformation de Hitler non pas en une nuit mais, d’après l’internaute ici présent avec lequel vous êtes censé dialoguer, en une petite année ?



François Delpla

MessagePosté : 12 Juil 2011 10:49 A présent je me donne un peu de temps, comme promis, pour répondre à votre précieux travail d’analyse critique de la documentation ayant trait à la cure de Hitler à Pasewalk.

Beaucoup d’historiens sceptiques devant la découverte de Binion n’ont même pas eu le courage d’en parler (au passage, je nuance une affirmation d’hier sur les biographes qui l’ont négligée jusqu’en 1999 ; il y a une très méritante exception : John Toland). Deux l’ont fait à ma connaissance, Kershaw et Lionel Richard et tous deux fondent leur scepticisme sur le fait qu’il s’agit d’une source littéraire, sans considérer que le romancier a eu (ou pu avoir) un accès privilégié au dossier médical. C’est Lionel Richard, notamment, qui le premier tire des conclusions hâtives du fait que Weiss n’était pas à Paris en 1933.

Autre argument irrecevable : le fait que l’information soit restée inédite, alors que des antinazis auraient dû utiliser très vite cette arme de premier choix contre Hitler, s’ils en avaient disposé. Replacez-vous un moment dans l’ambiance des milieux d’émigrés allemands à Paris, vivant chichement dans des hôtels minables et sans cesse menacés d’expulsion s’ils faisaient de la politique, sans parler des mouchards stipendiés par la Gestapo, réels ou fantasmés. Oublieriez-vous le poids de politiciens médiocrement antinazis comme Laval ou même, sous le Front populaire, Daladier ? Certes, il fallait polir à loisir les dossiers et les révélations, calculer les angles d’attaque et les opportunités, et le fait d’avoir confié ces données à un romancier s’explique, de même le fait que l’ouvrage, achevé en 1938, n’ait pas été publié, dans le pays du lâche soulagement de Munich.

(...)

Il faudrait donc cesser d’instruire à charge contre Binion et à décharge contre ceux qui balayent d’un revers de main son apport.

Il faudrait aussi éviter les jugements catégoriques alors que notre information est, justement, lacunaire. Forster ne soignait JAMAIS par hypnose, vous en êtes bien sûr ? Vous connaissez dans le détail toutes ses cures ? Ce qu’on nous dit c’est justement qu’il avait remarqué ce patient parce qu’il était rebelle à ses traitements : aucune invraisemblance, donc, à ce qu’il ait fait pour lui une telle exception.

Et puis, comment reprocher à Weiss d’avoir lu Mein Kampf et de s’en servir ? Vous ne préférez tout de même pas les spécialistes qui pendant soixante ans ne l’ont jamais ouvert en le traitant de "fatras de lectures mal digérées" ? Se pénétrer de ce texte, le prendre au sérieux, y chercher le dessous des cartes, en 1938, j’appelle cela un positionnement de bon aloi et beaucoup trop rare.

Car ce livre est, comme celui de Weiss, un document historique, si on dépasse la définition étriquée que vous semblez en avoir. C’est la façon dont le patient de cet hôpital raconte sa cure, avec la préoccupation de séduire ses concitoyens. Cette prose est, comme toute la propagande nazie, un mixte associant tous les degrés de la sincérité et du mensonge. Or Hitler est à la fois un surdoué et un pauvre type. Il y tient, à son moment fondateur. De même qu’il parle de sa mère avec des accents étonnants chez un pareil politicien, de même il trouve le moyen de nous parler, à propos de Pasewalk, d’une infirmière...

Ce qui semble s’être surtout noué à Pasewalk, c’est le fameux contrat avec la Providence, auquel Hitler fera des dizaines d’allusions plus ou moins directes. La phrase que Forster est censé avoir instillée sous hypnose dans son esprit, "Croyez en vous aveuglément et vous cesserez d’être aveugle", a au moins le mérite de coller parfaitement au personnage et à sa carrière.

Enfin (pour aujourd’hui), je vous ferai observer (de nouveau) que si peut-être certains parlent d’une transformation immédiate, j’ai toujours dit qu’elle était progressive. Remballez donc la quincaillerie des baguettes magiques ! De même que l’avant Pasewalk joue un rôle, et fondamental : ce dont il s’agit, du moins dans l’analyse que je propose, c’est un déclenchement de psychose, qui vient subitement donner un point d’ancrage à une vie qui n’en avait point.



(Le contradicteur se répand en considérations dubitatives : quelle preuve a-t-on que Forster était antinazi ? Quelle raison aurait-il eue de garder ce dossier ? de l’emmener à Paris ? Pourquoi aurait-il atterri entre les mains de Weiss ? Pourquoi celui-ci n’en parle-t-il pas dans sa correspondance avec Stefan Zweig ? etc.)

François Delpla

MessagePosté : 13 Juil 2011 13:17

(...)

ce que vous ne voulez pas voir, c’est qu’il n’y a, hélas (et je crois que tous ceux qui en ont écrit partagent ce regret), que cette voie d’accès au dossier médical et à cette cure, mis à part les échos assourdis et déformés de Mein Kampf.

Alors de deux choses l’une : ou on va le plus loin possible, sur le plan historique, avec les bribes de documentation qu’on a, ou bien on déclare l’objet inaccessible et, de glissement en glissement, inexistant ou inintéressant. Si on fait le second choix, on agit en auxiliaire de ceux qui ont effacé les traces. Ce n’est sans doute pas votre but le plus cher !

(...)

ici vous ne faites rien d’autre que d’engueuler la réalité ! C’est un fait que Forster était de gauche, ce qui n’était pas une assurance contre le nationalisme entre 1914 et 1918 en Allemagne et dans quelques autres endroits d’Europe, qu’il est venu à Paris dans l’été 33, qu’il est revenu fissa en Allemagne pour s’y suicider rapidement (point établi par Binion après une rencontre avec la famille), qu’il avait soigné Hitler et qu’il conservait, pour écrire des articles, force dossiers de patients. La transmission du dossier de Hitler, attestée par Mehring et Weiss, est donc de la plus haute vraisemblance et c’est vous qui donnez dans le travers que vous dénoncez : plaquer sur le réel des clichés littéraires.

(...) D’après le récit de Mein Kampf, recopié par tous les biographes, Hitler retrouvait lentement la vue lorsque la défaite l’a replongé dans le noir total. L’origine psychologique de la rechute est, si on admet ces prémisses, indubitable : le gaz dont les effets s’étaient dissipés n’est pas brusquement revenu par la fenêtre de la clinique !

Ce qui apparaît dans les publications récentes qui daignent enfin commenter Binion, favorablement ou non, c’est que, alors qu’en se fiant au récit de MK tout le monde pensait que Hitler avait été soigné en ophtalmologie (et peut-être transféré en psychiatrie au moment de la rechute), en fait les blessures oculaires par le gaz, quand elles guérissaient, le faisaient au bout de quelques jours, quelques semaines au plus, l’une des conséquences étant qu’on les soignait dans des lieux proches du front. Pour que Hitler ait été à Pasewalk, c’est-à-dire le plus loin possible dudit front, il faut que très vite il soit apparu dérangé mentalement, le problème psychiatrique éclipsant le problème oculaire.

(le contradicteur accable Forster, qui aurait fait preuve, en s’attribuant une responsabilité dans la prise de confiance de Hitler en lui-même, d’une "mégalomanie galopante")

vous êtes bien sévère, et même impitoyable, pour un homme bourrelé de culpabilité d’avoir guéri un asocial et de l’avoir mis sur orbite pour devenir le plus dangereux des tyrans. Vous en faites un être bouffi de vanité !

(...)

(le contradicteur excipe des extrapolations de Binion concernant le docteur Bloch et son traitement à l’iodoforme de la mère de Hitler, qui aurait inspiré à ce dernier l’usage des chambres à gaz à titre de vengeance)

Là-dessus je vous donne davantage raison (dans ce que vous dites des limites de Binion, mais non certes de la psychanalyse). Binion, comme tout pionnier, mélange le solide et le dépassé. Il ne m’intéresse que comme découvreur du rôle de Forster dans le déclenchement de la psychose de Hitler.



(le ton recommence à monter)

François Delpla

MessagePosté : 15 Juil 2011 14:50

Poursuivez, il est beau de m’insulter ainsi. Cruelle, c’est donc moi qui vous méprise ici ?

(Andromaque, II,2)

Apparemment vos yeux n’ont pas assez éprouvé ma constance !

Au lieu de généraliser, signalez-nous donc l’un après l’autre et avec précision ces passages où ma documentation vous semblerait légère, j’essayerai consciencieusement de vous détromper.

Pour nous en tenir, donc, au plat du jour, vous continuez, non seulement à déformer mon propos, mais à ébarber soigneusement tout ce qui, dans la documentation, pourrait contredire votre thèse : les remords de Forster, son voyage à Paris, son suicide, le mérite longtemps solitaire et incompris de Binion d’avoir mis en lumière tout cela après que l’excellent Deuerlein (que vous reléguez aussi sous la table) lui eut simplement signalé l’intérêt du roman de Weiss pour répondre à sa question sur la métamorphose de 1919 (à laquelle croyait donc, lui, ce... comment dites-vous ? cet assoiffé de merveilleux qui, à la plate et décevante réalité, préférait mythes et histoires rocambolesques).

S’il ne s’agissait que moi je laisserais glisser mais non, là je vous trouve impardonnable et, surtout, pitoyable d’assimiler cette oeuvre de pionnier aux élucubrations sur le testicule unique et l’homosexualité. La vérité, c’est qu’il y a bien une métamorphose, un devoir, pour l’historien, de l’expliquer au maximum et une démission ... du tonnerre, devant cette salubre entreprise.



François Delpla

MessagePosté : 15 Juil 2011 16:34

(...)

La Vérité, c’est vous qui la détenez évidemment, tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous sont dans les ténèbres de l’erreur.

Mais non !

Si je m’exprime ainsi, c’est que, pour une fois, je dis quelque chose de consensuel. Hitler après la guerre n’est plus le même qu’avant, là-dessus me semble-t-il tout le monde est d’accord. C’est sur le rythme et la profondeur de la transformation qu’il y a débat. Il y a donc, si on est historien, un devoir d’explication.

Ce que je dis sur ce fil, c’est que la cure hypnotique de Pasewalk est une explication à la hauteur du problème, et que je n’en connais pas d’autre.

Et comme je suis patient je renouvelle ma demande : quelle est votre explication de la métamorphose du rêveur solitaire en meneur d’hommes méthodique ?



François Delpla

MessagePosté : 17 Juil 2011 13:36

Je vais vous faire un aveu qui me coûte beaucoup... et me coûtera bien davantage quand certains pas gentils l’auront lu.

JE SUIS EN TRAIN DE DEVENIR NOLTEEN !

Bon, n’exagérons rien, juste sur un point.

Ce brave Ernest, lui-même un peu frappadingue de l’assimilation du nazisme et du communisme, a lourdement erré lors de la "querelle des historiens" dans ce qui s’appelait encore l’Allemagne de l’Ouest, en 1986 et suivantes. Il voulait à toute force faire dériver le nazisme du Goulag. Mais dans les années 90 il a affiné sa vision et son livre de 1998, que je chroniquai jadis http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=266, fait une grande place à la période de Pasewalk (ce à quoi, à ma courte honte, j’avais été insensible en 2006 dans cette chronique) et a l’immense mérite de prendre parti pour Hamann contre Kershaw dans la fixation du point de départ de l’antisémitisme hitlérien, après et non avant la guerre.

Mais dès la période de la querelle il avait erré avec un grain de génie, lorsqu’il avait tiré des effets démesurés d’une réflexion isolée de Hitler devant ses généraux le jour de la défaite de Stalingrad. Il prévoyait la "trahison" de Paulus et son apparition à la radio soviétique, ses interlocuteurs en doutaient et il leur dit "représentez-vous la cage à rats". L’éditeur des conférences d’état-major ou plutôt de ce qui en avait été sauvé du feu par un soldat américain, Helmut Heiber, avait mis en note que "cage à rats" était synonyme de Lubianka. Pas du tout, dit Nolte dans un article de 1986, les médias allemands avaient beaucoup dit dans les années 20 que la Tchéka enfermait les gens avec des rats pour les faire craquer et le fait que Hitler s’en souvînt à ce moment-là prouve qu’il avait très personnellement intériorisé la chose, avec angoisse.

En fait, dans son contexte, cette citation veut surtout dire que Hitler en a marre des objections de Zeitzler et veut lui clouer le bec. D’autre part, il est clair que, contrairement à ce que Nolte continue d’affirmer obstinément, l’antisémitisme chez lui était plus fort et plus constant que l’anticommunisme, et qu’il n’employait pas le premier en pensant systématiquement au second. Mais il y a bien une intuition juste dans l’idée qu’il est mû par une très forte angoisse. Celle-ci n’a rien à voir avec la peur des Rouges, ceux de Russie étant lointains et empêtrés dans leurs problèmes, ceux d’Allemagne facilement écrasés en quelques mois. En revanche, cette angoisse dérive clairement d’une illumination sur les causes de la défaite et d’une prise, si l’on ose dire, de conscience du fait que si on ne réagit pas très vite les Juifs auront définitivement la peau du pays.



(suivent de longues considérations sur les sources possibles du roman de Weiss, prétendant démontrer qu’on peut sa passer avantageusement de toute référence à un dossier fourni par Forster)

François Delpla

MessagePosté : 18 Juil 2011 9:06 Vous commencez à battre des records dans l’application du précepte "faites comme je dis mais pas comme je fais".

Vous ne cessez d’asséner sans le moindre début de document que le roman de Weiss n’a nécessairement rien à voir avec le dossier de Forster, et nécessairement tout avec tel film ou tel autre roman.

Vous ne sauriez mieux démontrer le caractère préfabriqué de votre opinion.



(voilà qui adoucit le contradicteur, qui s’avise qu’il répondait plus à Forster et à Binion qu’à moi, et me deùa,de ce que je retiens d’eux)

François Delpla

MessagePosté : 19 Juil 2011 8:01 Je me suis déjà largement exprimé là-dessus.

Mon approche n’est pas en forme de "tout ou rien" et j’avance avec la plus grande prudence.

Forster a soigné Hitler, et en 1933 cela posait problème aux deux parties.

Il est allé à Paris et un dossier a circulé.

La phrase "croyez en vous aveuglément et vous cesserez d’être aveugle" colle avec l’ensemble de la démarche nazie.

Les tonnes de silence, puis de boue, déversées sur Forster et Binion n’honorent pas les déverseurs.



(après une analyse substantielle du roman de Weiss)

François Delpla

MessagePosté : 25 Juil 2011 5:06 Eh bien félicitations pour tout ce travail ! Sincèrement. Cela va m’aider à clarifier mes propres idées.

Mais, comme il sied à un débat, voyons plutôt les points faibles.

Il reste dans votre raisonnement une part d’a priori : vous voulez absolument tenir à distance et Forster, et Binion. Or le premier a bel et bien soigné Hitler, et l’affaire a bel et bien trouvé une conclusion tragique en 1933, après un voyage de Forster à Paris qui avait bien des chances d’être lié à cette affaire, et Binion a bel et bien recueilli des informations corroborant la chose.

Particulièrement faible est l’argument selon lequel Forster n’avait aucune raison de garder ce dossier. Il pondait des articles à partir de ses traitements, cela rend conservateur.

(...)

Reste la question de fond : la personnalité de Hitler subit-elle dans la première année suivant la défaite une évolution ou une révolution ?

Je penche pour la seconde solution, et cela, je ne l’appuie pas sur la découverte de Binion, mais sur la brusquerie de la métamorphose.



François Delpla

MessagePosté : 26 Juil 2011 6:58

(...)

Il ne s’agit pas de se fier plus ou moins à des livres et à des auteurs, mais de tracer son chemin aujourd’hui, en prenant en compte l’ensemble des sources.

Concernant Weiss, j’ai dit à plusieurs reprises dans les échanges internautiques récents que les parts respectives de l’invention romanesque et du dossier de Forster étaient impossibles à délimiter. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer. De ce point de vue, la présence d’une phrase merveilleusement apte à résumer le nazisme, "Croyez en vous aveuglément et vous cesserez d’être aveugle", est un indice à prendre au sérieux.

Par ailleurs, puisque nous débattons, il faudrait essayer de monologuer le moins possible, c’est-à-dire de se répondre. Ainsi, j’aimerais savoir si je vous ai convaincu sur la très faible pertinence de l’objection : "pourquoi Forster aurait-il gardé le dossier ?"

Je voudrais en revanche, pour finir, relever dans votre argumentaire une objection de poids : le fait qu’Ernst Weiss n’ait pas parlé du dossier dans sa correspondance, notamment avec Stefan Zweig. Je propose une piste : ces émigrés se méfient de tout, et notamment de la poste. Même si en définitive ils n’ont pas su tirer parti de ce dossier en temps utile, ils savaient bien que c’était de la dynamite, mettant en jeu et leur droit de séjourner dans la France de Blum ou de Daladier, et leur sécurité vis-à-vis des émissaires de la Gestapo. Donc, prudence, et le moins possible de traces écrites. Encore une fois cela ne veut pas dire que l’historien soit autorisé à imaginer pour combler les vides : je dis cela ici uniquement pour répondre à votre objection sur le manque de traces, dont vous vous autorisez pour mettre en doute le fait même que Weiss ait eu vent de ce dossier.



François Delpla

MessagePosté : 07 Aoû 2011 2:39 (...) vous me dénigrez en bloc pour délit d’opinion.

Le problème récurrent, c’est que ce n’est pas la mienne. Je n’adhère ni à tout Lewis, ni à tout Binion(...). J’ai toujours, comme Binion après avoir interrogé ses proches, trouvé vraisemblable que Forster se soit suicidé et l’ai dit ici. Alors, quand, dans un post censé me répondre, vous en faites des tonnes pour contredire Lewis qui, lui, penche pour le meurtre, cela s’appelle du remplissage et de la diversion.

(...)

Je vous donne raison sur un point : je serais un parfait abruti si je prétendais que ce psy a transformé par hypnose un raté en leader. Je vous rappelle que je n’ai parlé de rien d’autre que d’un déclenchement de psychose.



François Delpla

MessagePosté : 10 Aoû 2011 10:26

(...)

L’intérêt de la brèche ouverte par Binion, c’est avant tout de poser (après Deuerlein cependant) le diagnostic d’une métamorphose, et d’en esquisser l’explication. Une énorme quantité d’ouvrages voient le "devenir soi-même" de Hitler comme un processus progressif, commencé bien avant la guerre et au plus tard dans les débuts de son installation à Vienne. La cure de Forster joue d’après lui un rôle de déclencheur, et c’est une caricature que de prétendre qu’il présente cela comme une mue instantanée et complète. Et d’ailleurs, quand bien même : s’il prétendait cela il aurait simplement tort, comme il a tort sur le docteur Bloch, et il faudrait simplement laisser de côté cela dans son apport. Dont l’essentiel est de documenter, encore une fois, ce moment déclencheur.

Il ne s’agit pas d’une source unique... puisqu’il y a Mein Kampf, où Hitler dit lui-même que le moment "Pasewalk" a été décisif. Mais comme il dit aussi qu’il était antisémite vers 1910 (de façon assez confuse puisqu’il parle aussi d’un long combat intérieur pour le devenir vraiment... dont le dénouement nous ramène vers Pasewalk) nous ne ferons pas l’économie d’une réflexion sur ce qu’on doit prendre et laisser dans Mein Kampf.

Personnellement, avec l’aide de Binion, je résous la chose ainsi : Hitler n’est pas du tout antisémite avant la guerre et le devient vraiment dans le contrecoup de la défaite et de son séjour à Pasewalk. Ses lectures antérieures (Wagner, Lueger, Schopenhauer...) l’avaient familiarisé avec la question et expliquent la rapidité et la sûreté de sa conversion. Mais le fait qu’elle se déroule dans le cadre d’un déclenchement psychotique donne à son antisémitisme des couleurs tout à fait inédites, qu’on réduit ordinairement (quand on se pose la question, ce qui est assez rare) à une "plus grande radicalité". Mais c’est très insuffisant. Il y a vraiment quelque chose de personnel entre lui et les Juifs et, par projection, entre l’Allemagne et les Juifs, qu’on ne retrouve chez aucun précurseur.



François Delpla

MessagePosté : 10 Aoû 2011 13:52 J’ignorais que Binion était mort en mai dernier. Sa nécrologie sur le site de son université est entièrement muette sur Hitler !



François Delpla

MessagePosté : 21 Aoû 2011 18:42

(...) je m’inscris décidément en faux contre la façon dont certains traitent les travaux de Rudolph Binion.

Pour ma part, je fais une distinction radicale entre ses découvertes sur le séjour de Hitler à Pasewalk et le reste de ses écrits sur le nazisme ou de ses écrits tout court.

Le fait que sa nécrologie, élaborée par ses collègues de l’université Brandeis, ne comporte pas le nom de Hitler en dit long. Pour lui, le nazisme était non un objet central d’études, mais un exemple des possibilités de l’instrument, voire de la science, qu’il pensait avoir inventée, à savoir la psycho-histoire.

Il semble bien avoir considéré sa "découverte" concernant le traitement de Klara Hitler par l’iodoforme, pratiqué par le dr Bloch -un traitement douloureux, dégageant une forte odeur de gaz- et surtout les conséquences de ce traitement sur le psychisme de Hitler (comme source originelle de sa haine des Juifs, puis de leur gazage) comme aussi importante que ce qu’il a trouvé sur la cure de Forster à Pasewalk. Tel n’est certes pas mon cas.

Parmi les qualités qu’il ne faut pas lui marchander, se trouve la capacité de réunir sur tout sujet qu’il étudie une documentation impressionnante, à la fois sous forme de documents inconnus et de bribes significatives dans des documents connus. Son annexe 1 (dans le livre de 1976) sur les différentes façons dont Hitler a raconté Pasewalk est de ce point de vue exemplaire et fort intéressante. Elle ne laisse rien debout de l’affirmation suivant laquelle il aurait "tout déduit" du témoignage de Mehring.

Concernant Weiss, il y a effectivement une erreur dans ce témoignage puisque l’écrivain tchèque est censé avoir été présent à Paris en 1933 alors qu’il n’y est arrivé que l’année suivante. Pense-t-on vraiment que ce genre d’erreur invalide ce qu’il dit sur l’apport par Forster d’un dossier médical dans un cercle d’émigrés ?

Donc, oui, tout bien pesé, je trouve ce récit crédible, et de nature à accréditer l’hypothèse d’une cure administrée par Forster, consistant à créer ou au moins à renforcer chez Hitler l’idée d’une mission de sauveur de l’Allemagne. Et surtout, de nature à expliquer, ce qui n’avait jamais été fait avant et n’a guère avancé depuis, son entrée en politique par un déclenchement de psychose, lui donnant à la fois une assurance toute nouvelle et une croyance indestructible dans le principe "Ce sera les Juifs ou nous".

PS.- Plusieurs d’entre nous, dont moi, ont écrit ou laissé entendre que Binion n’avait pas au départ une formation d’historien. Je pensais sans doute pour ma part, sans avoir trop approfondi, à une formation dans le domaine de la psy, l’un de nous avait parlé d’une profession de juriste... En fait, il a eu un départ on ne peut plus classique, faisant même une sorte de thèse sur des politiciens français (Caillaux et Tardieu notamment), séjour parisien à la clé, puis il s’est souvenu qu’il avait un père autrichien et tourné vers le monde germanique en écrivant sur Lou Andreas-Salomé, ce qui l’a amené à Freud.

(...)les passages de Binion sur Pasewalk sont clairs et pertinents. Il montre de façon pionnière, mais en cohérence avec une documentation impressionnante, dont force textes hitlériens interprétés avec méthode, qu’il y a là une période fondatrice. Il ne parle pas de "psychose déclenchée", il a tort de voir là la résurgence d’un trauma adolescent (la mort de la mère) plutôt que d’une structuration beaucoup plus précoce, mais on peut prolonger sa découverte dans ce sens.

Sa démarche d’historien est également pertinente et prudente dans la collecte et l’utilisation des éléments permettant de relier le roman de Weiss aux agissements de Forster, tant en 1918 qu’en 1933. Il y a là tout autre chose qu’une foi aveugle dans le seul témoignage de Mehring, au demeurant double : d’abord ses mémoires, puis son interview directe par Binion, en 1975.



(le contradicteur fait une promesse, non tenue à ce jour -30 septembre 2011- de démontrer que la méthode de Binion quand il parle de Pasewalk est "psychanalytique et non pas historique")

François Delpla

MessagePosté : 28 Aoû 2011 16:36

Je souhaite que vous regardiez cela de près, car pour l’instant vous donnez dans la diffamation et la divagation pures. L’enquête sur Pasewalk, sous la stimulation du grand Deuerlein, et avec la coopération du très avisé John Toland, est première, soignée, exhaustive (par rapport à ce qui était accessible à l’époque) et présentée avec prudence (par exemple sur la question de l’hypnose). C’est la suite qui dérape : Binion se prend à son propre jeu, armé d’un freudisme de fraîche date à la sauce américaine, il commet par rapport à lui l’hérésie de situer un trauma originel pendant l’adolescence, il se laisse prendre à des analogies superficielles et il va tout d’un coup, après avoir fait un immense effort de documentation pendant plus de cinq ans, laisser là le nazisme pour se consacrer à développer la science "psycho-historique".

En revanche, toute la littérature anti-Binion dont il a été question dans ce fil fait preuve d’un manque dommageable de rigueur et d’une grande paresse argumentative, en jetant le bébé Pasewalk avec l’eau du bain psycho-historique.

Sans Deuerlein, Toland et Binion, on ne discuterait pas de Forster car on ne saurait même pas son nom et ce serait une perte, non ? Quelle mesquinerie de tirer sur le pianiste sans le reconnaître ! Quel manque de goût profond pour la connaissance !



Francis deleu

MessagePosté : 29 Aoû 2011 12:59

Bonjour,

Avant d’en venir aux mains, je suggère aux participants à ce débat et plus particulièrement à François Delpla de lire ou de relire le chapitre 2 - Les maladies de Hitler avant 1933 - de la biographie de Théo Morell, médecin d’Hitler par Ottmar Katz (Editions France-Empire, 1983). De nombreuses pages sont consacrées aux fables (sic) de Forster, Weiss & Co.

F. Deleu.



François Delpla

MessagePosté : 29 Aoû 2011 14:21 Ottmar Katz était un journaliste se donnant pour mission de démolir des légendes. Il a fait oeuvre utile, et encore trop méconnue, en démystifiant les traitements du "charaltan Morell". Il avait à sa disposition, semble-t-il, de nombreuses sources primaires et notamment des archives très détaillées sur les traitements de Morell.

Rien de tel en ce qui concerne Kroner, Forster et le groupe des émigrés parisiens. Il se contente de lire Binion et de le mettre en doute, avec une psychologie assez simple : tous ces gens ne cherchaient qu’à faire parler d’eux en s’attribuant un rôle important dans la vie de Hitler.

Décidément, les livres ne sont pas ou tout blancs ou tout noirs !



François Delpla

MessagePosté : 30 Aoû 2011 8:30

(...)

Binion, que je suis censé ne pas avoir lu, figurait ces dernières semaines parmi mes livres de chevet. Ce qui a provoqué une stupeur renouvelée et sans doute définitive devant la manière dont il est traité par ceux qui, après l’avoir ignoré pendant un bon quart de siècle (à l’honorable exception d’Ottmar Katz), ont entrepris de le démolir.

Cette manière est uniquement polémique, donc anti-historique. Elle tient de l’instruction à charge (...).

Accusé de ne pas répondre, je suis obligé de répéter :

-  je n’approuve pas tout ce qu’écrit Binion, et de loin ;

-  je salue en lui un très grand pionnier (désolé pour l’adjectif, il s’impose dans certains cas), trop solitaire justement et un peu dépassé par sa découverte.

Au-delà de la découverte du nom du psy de Hitler et de la sauvegarde du maximum d’éléments sur lui (je ne développe pas mais je l’ai fait), nous lui devons tout bonnement une intuition qui n’a pas fini d’être féconde : la découverte du caractère très personnel de l’antisémitisme hitlérien -à commencer par le fait qu’il démarre fin 1918... une affirmation contraire à Mein Kampf que tous recopiaient paresseusement sur ce point avant lui et que je n’ai trouvée vraiment infirmée que dans un livre antérieur : les mémoires de Churchill. Un connaisseur, peut-être ?

(...)

Les gens qui tapent sur Binion en ignorant son mérite d’avoir suivi la piste, sauvé, sur Forster, des informations qui allaient être perdues (par les interviews de Balduin Forster et Walter Mehring notamment), et confirmé qu’au bout de la piste il y avait bien Weiss, ont grand tort et sont de faibles amants de Clio.

Mais s’il faut dire pour être dans les clous qu’ils lui font de nombreux enfants je vais étudier la question.

Pour le reste, vous seriez plus clair en approuvant explicitement ce que vous ne contestez point.



(un internaute ayant apporté des données sur le gazage subi par Hitler)

François Delpla

MessagePosté : 31 Aoû 2011 12:57 A ces données il faut en ajouter d’autres, glanées dans les travaux des années 2000 prolongeant (enfin) les efforts de Binion. Un livre paru il y a un an les synthétise et les prolonge : Hitler’s First War de Thomas Weber, ch. 9 "’Blinded", p. 220 et suivantes.

En fait et contrairement à Mein Kampf qui parle de plusieurs morts autour de l’auteur, la dose de gaz reçue par les personnels d’état-major du régiment List dans la nuit du 13 au 14 octobre 1917 était légère, ne provoqua aucun décès et ne fit d’Adolf Hitler qu’un "blessé léger", dont l’état relevait plus de l’infirmerie que de l’hôpital ; par ailleurs, puisque ces atteintes oculaires étaient temporaires, leurs victimes étaient soignées dans des structures proches du front et ce n’est pas cette blessure-là qui aurait pu le conduire jusqu’à Pasewalk, soit le plus loin possible de celui-ci. Il faut donc qu’il ait été soigné dès le départ pour troubles psychiatriques ; des troubles assez sérieux pour qu’on ne le laissât précisément pas au milieu de camarades aux yeux légèrement tuméfiés, destinés à retourner bientôt au combat.

Je donne la conclusion de Weber pour ce qu’elle vaut et sans la partager car son livre se donne pour mission de déboulonner le "mythe nazi" d’une guerre héroïque d’Adolf, non sans quelques bons arguments mais d’une manière que j’estime excessive et frottée de ce que j’appelle l’antinazisme primaire. Elle intéresse le présent débat, justement, parce que, ce nonobstant, elle ne donne pas dans l’anti-binionisme hystérique et tire parti, au contraire, des avancées de l’Américain :

Tandis que le régiment 16 pliait sous les attaques britanniques, Hitler roulait sain et sauif dans un train sanitaire vers Pasewalk, à 100 km au nord-est de Berlin, en Poméranie, où il devait être soigné pour "hystérie de guerre" dans le département psychiatrique de l’hôpital, et non dans le service ophtalmologique. Selon un rapport du service secret américain, fondé sur un entretien avec un des médecins du service psychiatrique de Pasewalk, on le diagnostiqua psychopathe, avec des symptômes d’hystérie. D’après une spéculation, il fut plongé dans le cadre de son traitement dans une transe hypnotique, dont le praticien ne le fit pas sortir en raison de son départ de son poste avant la fin du traitement. Ce traitement inachevé, nous dit-on, explique le changement radical de personnalité d’un soldat soumis et quelconque en un homme supérieur plein de confiance en lui-même. Quoi qu’il en soit, une quinzaine de jours après son retour de Berlin, Hitler fut pris dans une attaque de gaz puis reconduit en Allemagne afin de soigner un désordre mental. En contraste violent avec la légende qu’il colporta lui-même après la guerre et qui devint le coeur du mythe nazi, même s’il avait montré un étonnant degré d’endurance pendant quatre années, il n’était en fait plus apte, mentalement, à affronter les réalités de la guerre.



sur Monde en guerre (ou "forum beige")

sancho_de_cuba

Sujet du message : Re : Hitler était-il fou ?

MessagePosté : Sam Oct 01, 2011 12:02 am

Région : Messine Pays : Italie (...)

Concernant la folie de AH je pense qu’il faudrait s’appuyer sur des exemples déjà existants (... ).

Si l’on fouille bien dans les tiroirs de l’Histoire on peut rencontrer à mon humble avis deux types de personnes : le "vrai" fou et le personnage parfaitement "normal".

Les exemples qui me viennent à l’esprit sont Caligula et Alexandre le Grand (oui, c’est un peu éloigné dans le temps mais c’est une période que j’affectionne...).

-  Caligula ou le "vrai" fou : beaucoup d’historiens et de psychologues s’accordent à dire que c’est empereur à développé au cours de son règne un forme de schizophrénie. En effet, le début du règne était exemplaire mais petit à petit se dessinait ce qu’on appelle communément la "folie". L’exemple le plus marquant (et soit-disant en passant ce qui causa son assassinat) était son désir de nommer sénateur son cheval de course préféré.

On voir ici qu’entre le début du règne et la fin, il perd la notion de "rationalité" ;

-  Alexandre le Grand ... le mythique Alexandre le Grand : chef d’Etat exemplaire (et pourtant jeune) et probablement le meilleur stratège de tout les temps. Or au fil de ses pérégrination en Asie, il lui est arrivé d’être soit clément avec les peuples vaincus (au point d’irriter ses compagnons) soit de perpétrer les pires exactions comme des massacres de populations entière "pour l’exemple". Or toutes ses actions ont eu qu’un seul et même but une action politique raisonné avec un poil de mégalomanie et de méfiance (certains diront paranoïa) dans un contexte donné = maintenir son immense empire stable et très éloigné culturellement de la sienne.

Passons plusieurs siècles et les immenses progrès en termes humains (démocratie, DDHC etc. ) quel rapport avec AH : et toutes ses "actions" sont ancrées dans sa politique. La guerre est un moyen non un but politique. Il fait donc parti de la seconde catégorie. Aussi la notion de "race" étant ancrée dans son idéologie, il n’est pas étonnant qu’il ait fait les pires choses... Qui brule des livres finira par brûler des Hommes...

D’ailleurs comment est-il possible que lorsque la défaite fut imminente, il n’y ait pas eu autant de défections au sein de son entourage ?

Un autre point à souligner : son suicide. On peut débattre sur les raisons de son suicide (peur d’être capturé et de finir comme son compagnon italien, espoir de devenir un martyr pour les générations suivantes...) mais pas sur le fait qu’il s’agisse d’un acte délibéré et préparé (intimité avec Eva Braun, suicide par balle et poison...).

Bien sûr il fut jusque boutisme et l’on peut considérer ceci comme de la folie ... sauf si l’on considère l’Homme comme un animal social. Et que fait un animal lorsqu’il se retrouve acculer contre un mur ?... Il attaque avec la force du désespoir.

Dans tout les cas lorsqu’on s’attaque à tout sujet qui entoure AH cela devient très sensible. Personnellement, je pense que (malheureusement) AH était totalement sain d’esprit et que le contexte politico-social lui a donné la possibilité de faire ce que tout le monde sait (et condamne j’espère !).



François Delpla

MessagePosté : Sam Oct 01, 2011 11:28 am

Je vous invite à prendre connaissance de l’ensemble du débat, au moins par mes résumés :

http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=500 http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=511

Je ne saurais me prononcer bien savamment sur Alexandre, mais en ce qui concerne Hitler je trouve que vous méconnaissez l’existence de fous "normaux".

Hitler croit réellement avoir un pacte avec la Providence et devoir détruire les Juifs pour que vive son pays. Non seulement cela ne l’empêche pas d’avoir des relations sociales, mais c’est cela qui lui en ouvre les portes.



florilège de réactions , sur Passion-Histoire, à la publication du résumé précédent




Après le reniement de la passion

La présente page a valu à son auteur d’être expulsé sans phrase (c’est le cas de le dire) du forum "Passion-Histoire". Une nouvelle preuve des effets et échos de la folie même de Hitler. Il a donc été amené à préciser sa vision des choses sur son propre forum.

François Delpla

Sujet du message : Re : Un refus fou de la vérité

MessagePosté : 02 Oct 2011 06:07 pm

Le présent fil n’a pas pour but l’obtention d’une réintégration. La levée du bannissement s’impose comme une mesure de bon sens et d’équité mais je laisse cela à la conscience des intéressés et me garderai bien de les solliciter.

Il a plutôt pour but de ne pas me laisser calomnier, ce qui est le cas présentement de certaines inscriptions, notamment de couleur rouge, auxquelles tout droit de réponse m’est dénié, par l’effet même d’un bannissement non signifié. [lequel empêche tout contact avec la messagerie du forum, donc toute demande ou fourniture d’explication si on ne possède pas les e-mails des intéressés]

De ce point de vue on peut ériger en modèle la pratique, mise au point avec mon concours il y a bientôt dix ans, du forum "Livres de guerre" : si un message est refusé, le forum s’engage à donner le lien d’un site sur lequel il se trouve.

Ma version, donc.

Un pseudonommé "Duc de Raguse" (qui a refusé de se nommer même en courrier privé !) a lui-même transgressé la règle du Forum Passion-Histoire au printemps dernier, règle qui veut que celui qui se charge de la modération d’un fil n’intervienne pas dans le débat, et réciproquement. Il a volé au secours d’un autre membre de l’équipe de modération pseudonommé "Tonnerre" en me menaçant de ses foudres à plusieurs reprises tout en donnant force avis sur le thème de la folie de Hitler.

A de nombreuses reprises il s’est permis de commenter d’une manière peu amène la façon dont je m’adressais audit Tonnerre... lequel bénéficiait d’une impunité totale lorsqu’il m’injuriait. Un certain nombre d’internautes ont suivi ces mauvais exemples.

A plusieurs reprises ont eu lieu de longues explications par courrier privé. Des modus vivendi ont été trouvés.

Au total, cela a donné un échange très utile, Tonnerre, à côté des défauts que j’ai dits et contrairement à bien d’autres intervenants de forums, ayant l’éminente qualité de lire des livres entiers signalés dans le débat pour étayer son point de vue.

Mon crime final et fatal a consisté en un résumé de ce débat, fait sous ma responsabilité et sur mon site il y a tout juste quarante-huit heures. Comme Tonnerre, qui avait promis des précisions sur sa critique du livre de Binion, tardait à les donner, et que le fil sur la folie de Hitler dormait depuis des semaines, j’ai eu le malheur (c’est le cas de le dire) de le relancer par un lien vers mon résumé.

J’ai publié auparavant des dizaines de résumés de débats, auxquels on peut se reporter. C’est un moyen, entre autres, de sauvegarder mes propres textes lorsque j’y ai passé du temps et estime qu’ils contiennent quelque chose d’original par rapport à mes livres ou articles. Je publie aussi de longs extraits des posts d’autrui, lorsque j’en ai demandé et obtenu l’autorisation (il se trouve, par parenthèse, que l’un des plus incendiaires parmi les membres de Passion-Histoire qui m’ont critiqué depuis 24 heures, avait, il y a quelque temps, refusé la sienne !). Je n’ai pas cru bon de demander celle de Tonnerre et me suis contenté de résumer ses proses, parfois, je l’ai dit, injurieuses et souvent, je l’ajoute, très longues. EN METTANT BIEN ENTENDU UN LIEN VERS LE TEXTE INTEGRAL.

L’unique crime est là. Je suis censé avoir mal résumé. Je suis banni pour cela et pour avoir refusé, sur injonction de "Duc de Raguse", de revoir ma position sur ce point si je n’en étais pas prié par l’intéressé lui-même.

Il va sans dire, mais peut-être encore mieux si je le dis, que tout membre qualifié de l’équipe de "Passion-Histoire" peut maintenant donner sa version des choses.

Je lui souhaite notamment bien du plaisir s’il est chargé, pour justifier la position de la modération, de découvrir quel article de la charte de Passion-Histoire violait mon résumé, ou mon rejet de l’injonction de le modifier.

PS.- Exemple d’un abus caractérisé :

« Aussi, je vous demande de citer correctement les analyses de Tonnerre ou bien le lien vers votre site disparaitra. »

La charte de Passion-Histoire dispose, très normalement, que la modération peut supprimer des messages ou des fils. Il n’est pas prévu, et heureusement, qu’elle s’arroge le droit, et d’intervenir sur le contenu d’un message, et de supprimer des références permettant au visiteur de compléter son information.



François Delpla

MessagePosté : 03 Oct 2011 06:33 am

Peut-être est-il bon de rappeler ici brièvement le fond de l’affaire.

La thèse avancée depuis quelques années, et de façon très affirmative depuis environ un an, par le chercheur, grand usager d’Internet, que je suis, est la suivante : l’antisémitisme nazi procède d’une folie individuelle, une psychose déclenchée dans les affres de la défaite de 1918 ; on dispose, pour cerner le moment et le mécanisme de ce déclenchement, outre les aveux cryptés de Mein Kampf, d’un certain nombre d’éléments rassemblés par l’historien américain Rudolph Binion et du roman d’Ernst Weiss Le Témoin oculaire, écrit en 1938 et publié en 1963. Une cure psychiatrique menée par le docteur Edmund Forster semble avoir joué un rôle important, notamment pour persuader Hitler que "la Providence" l’appelait à mettre sa vie au service d’une revanche militaire de l’Allemagne. Les éléments disponibles ne permettent pas de cerner comment la haine des Juifs est venue se greffer sur ce processus mais c’est bien à ce moment qu’elle est apparue, prenant tout de suite l’allure d’un règlement de comptes personnel et des formes d’une extrême violence, introuvable chez les "penseurs" antisémites antérieurs.

La foudre dont "Tonnerre" a mitraillé ce point de vue, en embrigadant peu à peu toute l’équipe de gestion d’un remarquable forum généraliste d’histoire, a été d’emblée radicale. Quelques coups de chapeau ont bien été décernés à mon travail en général pour mieux en dénoncer le présent développement, mais très vite c’est l’ensemble de ce travail qui s’est trouvé sous le feu. Pour résumer : j’aurais un amour du paradoxe pour le paradoxe, et le fait d’accorder de l’importance, comme source historique, à un roman, serait la preuve définitive de ma légèreté. Car lorsque j’affirme, on dit que j’accorde une confiance excessive à des sources douteuses ; et lorsque j’assortis une affirmation d’un "peut-être" ou d’un "semble", c’est pire ! il ne faudrait rien dire du tout tant qu’on n’est pas sûr !!

Le comportement de larrons en foire de Tonnerre et de Duc de Raguse, tous deux membres de l’équipe de modération, ne permet pas un développement normal du débat et attire, au contraire, quelques déçus de discussions précédentes qui croient tenir leur revanche.

Tonnerre, qui semble avoir quelque intérêt et quelques connaissances en matière psychologique et psychiatrique, ne s’en sert pas pour éclairer la compagnie mais pour accabler l’autre de constants dénis de compétence. Ce serait bien le rôle d’un modérateur, de le lui faire remarquer avec une courtoise fermeté.

Le rejet intolérant de mes thèses permet la survie, dans les esprits qui se laissent impressionner par le tapage, d’une tradition molle et mal définie, celle d’un Hitler devenant lui-même progressivement et se distinguant peu de la masse des auteurs d’extrême droite antérieurs ou contemporains.




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François Delpla

Sujet du message : Re : Hitler était-il fou ?

MessagePosté : Lun Oct 03, 2011 3:33 pm

rappel du message précédent

Je vous invite à prendre connaissance de l’ensemble du débat, au moins par mes résumés :

http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=500 http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=511

Je ne saurais me prononcer bien savamment sur Alexandre, mais en ce qui concerne Hitler je trouve que vous méconnaissez l’existence de fous "normaux".

Hitler croit réellement avoir un pacte avec la Providence et devoir détruire les Juifs pour que vive son pays. Non seulement cela ne l’empêche pas d’avoir des relations sociales, mais c’est cela qui lui en ouvre les portes.

Un "curieux" use de l’expression "pas folle la guêpe !"

Réponse :

Je ne comprends pas bien si vous acceptez ou non l’idée que des fous (au sens que j’emploie depuis le début : des psychotiques ayant déclenché leur délire) puissent parfaitement se faire admettre dans la vie sociale, y occuper des fonctions de manière jugée satisfaisante etc.

Voyez l’exemple de Landru décrypté dans le livre de Francesca Biagi-Chai cité plus haut : il tue des femmes pour les voler, en étant fou c’est-à-dire en ayant l’impression, lentement mûrie, que c’est un devoir pour nourrir sa femme et ses gosses. Mais il monnaye ce qu’il leur vole au moyen d’une entreprise parfaitement crédible de garde-meubles et de brocante. Autre signe de folie : il prend des risques tels que cela ne peut que mal se terminer (mais quelque chose le pousse irrésistiblement à agir ainsi).

La différence avec Hitler c’est que, puisqu’il était parvenu, à la mi-mai 40, à la direction d’une très grande puissance dans une situation militaire très favorable, cela pouvait se terminer très "bien", sans le grain de sable d’un inspecteur Churchill qui ne renonce jamais.

le 30 septembre 2011



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