Visite guidée . prof . TV . Invectives . Editos . Bio/chro/info . FDlivres . Articles/docs . Débats . Dialogue avec les oeuvres . Lettres . Forum .
Abonnement
Rechercher
Plan
Accueil
Contact
Liens

 

Débats

Un foudroyant Tonnerre



sauvegarde de posts précieux



Le débat complet

son résumé contesté

Pour débattre du débat

Ayant payé d’un bannissement inique le fait de n’avoir point reproduit intégralement ces textes, je le fais ici, non point en pécheur repentant, mais en historien inquiet. Quand des modérateurs de forums ont un comportement erratique, on peut craindre que d’un jour à l’autre ils en fassent disparaître les preuves. L’une des tares inévitables de ce milieu, l’homme étant ce qu’il est, est en effet un usage acrobatique de la rumeur. Dans la vie réelle, les réputations se font et se défont au gré de bruits plus ou moins contrôlables, et, la plupart du temps, plutôt moins. Chacun jauge les autres en fonction d’un capital d’impressions, garanti par un consensus irrationnel. Internet, quand il se prend lui-même pour objet, offre à cet égard la possibilité d’un progrès intéressant. Untel a été, sur les forums traitant de sa spécialité, grossier, provocateur, malhonnête, peu diplomate, peu coopératif, compliqué, pédant, contradictoire, obscur, mesquin, méprisant ? Merveille, puisqu’il s’agit d’écrits on va pouvoir le vérifier ! Mais justement il ne le faut pas, réplique la vieille coutume du consensus vague. D’où les dangers de destruction auxquels auront, du moins, échappé les pièces suivantes, tant qu’il y aura quelqu’un pour payer l’abonnement de ce site.

L’auteur signe "Tonnerre". Pas question d’en dire plus. L’autre grande tare d’Internet est l’invention de l’anonymat signé. Ce cracheur de bile est peut-être un pêcheur des îles Tonga et il peut aussi être mon voisin de palier (enfin, non, je le connais, celui-là, et il ne se conduirait pas ainsi).

Je n’ai point demandé l’autorisation de cette publication... et aujourd’hui ne le puis pas, puisque le couperet du bannissement ruine toute possibilité de communiquer avec des gens dont on ne connaît ni le nom ni l’adresse et, sur le forum en question, n’est même pas signifié par un courrier auquel on pourrait répondre.

Cependant, si je n’ai pas été autorisé à reproduire ces écrits au demeurant, à l’heure qu’il est, publics et d’accès gratuit de la volonté même de leur auteur, j’ai été sommé de le faire, par un visible ami dudit auteur, non désavoué par lui. Cela devrait pouvoir servir de garantie contre toute velléité de criaillerie judiciaire (outre le fait que le manque d’humour dont font preuve mes contradicteurs pourrait ne pas aller jusqu’à se plaindre d’un acte par eux demandé).

Il s’agit de la folie de Hitler, par moi affirmée comme source du nazisme tout entier, surgie en novembre 1918 dans les affres de la défaite. Un historien américain, Rudolph Binion, prenant in extremis le relais d’un Allemand mort subitement, Ernst Deuerlein, a documenté ce moment au maximum en sauvant des données qui allaient se perdre, au milieu des années 1970. On va voir que Tonnerre n’y va pas de foudre morte, pour les faire rentrer sous terre, contrevenant par cela même au beau titre de "Passion-Histoire" qu’il s’est donné pour mission de servir.

Une partie de la discussion porte sur le roman d’Ernst Weiss Le Témoin oculaire, écrit en 1938, retrouvé par miracle après la guerre et publié en 1963. C’est le seul texte qui décrive en détail le déclenchement de la psychose de Hitler et l’enquête de Binion aboutit à montrer, sans plus de précision, qu’il y avait eu un contact presque direct entre l’auteur et le psychiatre qui avait traité Hitler. C’est ce contact qui est nié avec l’acharnement qu’on va pouvoir constater.

François Delpla, le 4 octobre 2011 (en plus, c’est ma fête !)

PS.- Je l’ai déjà écrit tant et plus, mais il est sans doute bon de le dire partout : je n’ai pas sur Tonnerre une opinion symétrique de celle, à présent entièrement négative, qu’il a sur moi.



Sur le fil "La santé d’Hitler" -été 2010

Tonr

MessagePosté : 20 Aoû 2010 8:34

Citation :

Malgré cela, on lit encore des remarques sur "la folie d’Hitler". Folie qui permet d’évacuer rapidement le problème de la responsabilité de ceux qui ont suivis ce "fou".

C’est le cliché central de l’opinion populaire sur AH, ça n’explique rien, et c’est manifestement faux du point de vue de la psychiatrie clinique. Un fou est entre autres, de ce point de vue, une personne présentant des problèmes mentaux si graves, qu’ils l’empêchent de "fonctionner" socialement.

Or il est clair qu’AH a fonctionné socialement avec une efficacité colossale pendant des décennies, la subjugation de millions d’Allemands en témoigne. J’ai un livre qui traite en détail de la santé mentale et physique d’Hitler, je vais y revenir dès que je l’aurai retrouvé.


MessagePosté : 21 Aoû 2010 10:04 j’ai beau chercher, je ne vois pas l’ombre d’une similarité entre la situation du peuple allemand sous Hitler et les deux exemples bizarres que vous donnez. le fait est, comme le souligne Narduccio, que l’argument de la folie a dans la réalité, été utilisé pour déresponsabiliser certains, l’argumentaire étant : par une suite de circonstances malheureuses, un fou a été porté au pouvoir suprême en Allemagne ; dès lors, la catastrophe était inévitable, les allemands étant contraints d’obéir aux ordres d’un fou, imposés par la propagande et la terreur.

Si un dingue est au pouvoir, ce n’est pas nécessairement parce qu’on l’y a mis : on a discuté et rediscuté sur ce forum sur le fait que ce n’est pas vraiment les électeurs qui ont porté Hitler à la chancellerie , (le NSDAP n’ayant JAMAIS eu la majorité, même au plus fort de sa popularité), ce sont les magouilles entre Hindenburg, les nazis et quelques autres politiciens. Que cet argument ne vous convainque pas, rien d’étonnant, il est faux et spécieux, mais il a paru convaincant aux yeux de certains.


Tonr

MessagePosté : 21 Aoû 2010 11:25 Sur la santé de AH et ses problèmes psychologiques, voici ce que j’ai trouvé dans un livre de Robert G. Waite qui en traite extensivement, "Hitler, the Psychopathic God". C’est un livre de psychohistoire qui pose néanmoins clairement les limites de la psychohistoire.

Entre parenthèses, le mot "psychopathique" dans le titre ne doit pas faire penser aux personnes peu au courant du vocabulaire de la psychiatrie que AH était fou au sens clinique du terme : un psychopathe n’est absolument pas fou, il présente seulement certains troubles de la personnalité qui, loin de le handicaper dans son fonctionnement relationnel/social, peuvent au contraire être des atouts, comme l’absence complète de règles morales et d’empathie.

D’ailleurs l’auteur met en évidence en analysant divers aspects du comportement du dictateur, que AH n’était pas fou, pas plus dans le bunker qu’à ses débuts. D’abord, AH a eu un problème dé cécité temporaire résultant d’une exposition à un des gaz utilisés durant la PGM. Il a fait l’objet d’un examen médical à cette occasion, et bien sûr, divers rapports médicaux ont été produits plus tard à son sujet, en particulier lors de son emprisonnement à Landsberg, et après l’attentat de Stauffenberg.

Il existe un bref rapport intitulé "Rapport sur la condition mentale du prisonnier AH" établi par un Dr Brinsteiner (daté du 8 janvier 24), le médecin de la prison de Landsberg. Ce rapport n’est pas le résultat d’un véritable examen médical : le docteur Brinsteiner, qui semble avoir été impressionné par AH, note seulement des considérations très générales, comme l’intelligence exceptionnelle du prisonnier, ses vastes connaissances et ses dons d’orateurs remarquables ; il note aussi que AH était alors "déprimé" et souffrait d’ "une névrose très douloureuse" ("sehr Schmerzhaften Neurose") ; il ajoute que ce état a été temporaire et que le détenu a rapidement retrouvé un mental normal. C’est à peu près tout, il n’y a donc aucune évidence que AH ait jamais reçu un traitement psychiatrique en prison , ou plus tard, comme cela a été avancé. Il serait de toute façon peu vraisemblable qu’il l’ait accepté, étant donné la piètre opinion d’Hitler sur la psychologie et la psychanalyse, "sciences juives".

A la fin de sa vie, les symptômes d’AH constatés par des témoins oculaires étaient :

sa main et son bras gauche, et une partie du côté gauche de son corps tremblaient, ses mouvements étaient lents, et sa démarche hésitante comme celle d’un vieillard. Il était voûté, pâle, il transpirait beaucoup et parfois même des filets de salive coulaient de sa bouche. Néanmoins, il parlait toujours clairement, et ses facultés intellectuelles ne paraissaient pas manifestement affectées.

Il y a eu divers diagnostics proposés a posteriori pour rendre compte de ces symptômes :
-  maladie de Parkinson (paralysis agitans), une affection progressive qui attaque le système nerveux et qui produit des tremblements involontaires, lenteur des mouvements, insomnies, difficulté à s’exprimer, transpiration, hypersalivation, éventuellement des délusions de type paranoiaque. Le diagnostic légèrement différent de "parkinsonisme tardif " a été adopté par un autre médecin, maladie qui selon lui résultait d’une encéphalité contagieuse contractée par AH durant l’enfance.

Il est vrai que AH présentait certains symptômes caractérisant la maladie de Parkinson, mais certains autres ne correspondaient pas : ainsi, le tremblement signalé était intermittent (il disparaissait à certaines périodes) chez lui, alors que le tremblement parkinsonien est permanent et s’aggrave avec le temps. D’autres caractéristiques toujours présentes dans le parkinsonisme ("pill rolling movement") étaient également absentes.

-  les traitements dangereux administrés par le Dr Morell : des vitamines, des hormones sexuelles, des pillules contre les flatulences du dictateur contenant de la belladone et de la strychnine, un médicaments "énergisant" à base de poudre de testicule de taureau, etc.

-  artériosclérose coronarienne progressive ; ceci semblerait confirmé par quatre électrocardiogrammes passés par AH le 9 janvier 40, le 14 juillet 41, le 11 mai 43 et le 24 septembre 44 , recueillis après la guerre par l’US Military Intelligence et conservés aux EU ; cette forme d’artériosclérose provoque en effet des tremblements, des insomnies, lenteur de mouvement et éventuellement confusion mentale.

-  une neurosyphillis contractée par AH dans sa jeunesse, soit durant la PGM, soit à Vienne (c’était l’opinion d’Himmler et de quelques autres membres de l’entourage d’AH). Selon le masseur d’Himmler, Kirsten, celui aurait vu (Himmler lui aurait demandé de l’interpréter médicalement) un rapport médical (figurant dans un dossier de la Gestapo) établi durant l’hospitalisation d’AH à Pasewalk durant la PGM, qui établirait ce diagnostic. Curieux est aussi le fait que le dictateur avait choisi comme médecin personnel Morell, qui était vénérologue. Intéressant à noter également était le fait qu’AH avait un intérêt fasciné pour la syphillis, les maladies vénériennes, etc.

La neurosyphillis provoque des tremblements, insomnies, difficultés de mouvement, paranoia, irritabilité, alternances de dépression et d’excitation, fantasmes mégalomaniaques etc. Le problème est que ce soi-disant rapport n’a jamais retrouvé et surtout qu’un test Wasserman négatif (test utilisé pour établir la présence de cette maladie) effectué le 15 janvier 40 figure dans le dossier médical d’AH.

-  une anomalie de l’hémisphère gauche du cerveau, arguée par un psychologue ; impossible : si c’était le cas, AH aurait eu des tremblements du côté droit du corps.


Tonnerre

MessagePosté : 04 Mai 2011 12:28

Citation : Il était fou au sens que son objectif était profondément malsain, ses motivations étranges, sa vision du monde déformée.

Et surtout c’était un dirigeant haineux, désirant le combat et la morts de millions sur la base d’un sentiment de supériorité raciale éhonté, avec un esprit méthodique dans le meurtre, méticuleux dans la psychologie.

N’ya a t’il pas d’autres choses à dire sur la personnalité d’Hitler que ce poncif de café du Commerce sans cesse recyclé, la folie d’Hitler ? Avoir des objectifs malsains, être haineux et raciste, détester un grand nombre d’individus, cela ne qualifie pas un individu comme fou dans une évaluation psychiatrique.

Des millions voire des milliards d’individus sur cette planète croient en des choses absurdes, sont racistes, détestent des peuples voisins ou lointains, ils ne sont pas fous pour autant.

Quand on parle de la folie d’Hitler, on utilise ce mot au sens du langage courant, signifiant que le comportement particulier d’un individu vous choque ou vous parait bizarre, mais ce mot ne peut être utilise à propos d’Hitler au sens qu’on lui donne dans la psychiatrie clinique.

De plus, quand on parle d’Hitler, il y a confusion entre psychopathe et fou. Hitler a été défini comme psychopathe par la vaste majorité des psychologues et psychiatres qui ont cherché à établir un diagnostic sur la base de ce que l’on sait de ses comportements. Il faut rappeler qu’en psychiatrie clinique , un psychopathe n’est pas un fou, d’ailleurs nombre d’entre eux réussissent très bien socialement, arrivent même aux plus hautes responsabilités.

Un psychopathe souffre d’un trouble particulier de la personnalité : il manque complètement d’affects et d’empathie. En termes clairs, pour les psychopathes, les autres humains n’existent pas en tant que sujets, uniquement comme éléments jetables et interchangeables à instrumentaliser et à manipuler.

En particulier, ces individus sont totalement indifférents aux souffrances qu’ils infligent. Ce qui constitue un avantage marqué pour réussir en tant que dictateur par exemple.


[un post sur la différence entre sociopathe et psychopathe]


Tonnerre

MessagePosté : 04 Mai 2011 18:38

Citation :

Je veux simplement souligner que la psychose est la forme la plus avancée de la maladie mentale. La psychose est de toute façon associée au délire. A son âge, la cinquantaine bien tassée, Hitler aurait, s’il avait été psychotique, démontré des symptômes caractéristiques. Ce qu’auraient remarqué ses proches. Hallucinations, pertes de contrôles, négligence de soi, changements d’humeur soudains, bouffées délirantes, voire crises psychotiques qui l’auraient mis en danger, ou auraient mis ses proches en danger.

Plutôt d’accord avec ça, Hitler n’avait pas d’hallucinations ni à proprement parler de délires au sens clinique.

Il était incontestablement paranoiaque, comme pratiquement tous les dictateurs, mais la paranoia est typiquement une manifestation associée, comme le narcissisme, chez les psychopathes.


Tonnerre

MessagePosté : 04 Mai 2011 23:05

Sur ce fil, il y a confusion constante entre le sens courant de certains mots et le sens qu’ils ont en psychiatrie clinique.

Fou comme dans "ce type vient de me faire une queue de poisson, il est fou !" , ce n’est pas fou comme utilisé dans l’évaluation d’un patient par un psychiatre. Délire, comme dans "il croit qu’il va être élu président, il est en plein délire" :mrgreen : , ce n’est pas délire comme utilisé dans les observations d’un patient par un psychiatre.

Ce n’est pas parce que Hitler monologuait pendant des heures qu’il délirait ; à ce compte là, Fidel Castro serait fou à lier.


Tonnerre

MessagePosté : 05 Mai 2011 9:00 Citation :

La question est : cette vision très particulière des Juifs persécuteurs, panacée explicative des maux en tous genres, qui apparaît chez lui en 1919, l’éprouve-t-il vraiment ?

Que voulez vous dire par là ? Que pour Hitler, l’antisémitisme était une comédie, pas une conviction réelle mais un truc pour unifier les masses contre un ennemi imaginaire ? Une recette politique pour faire en sorte que les frustrations et colères des classes populaires soient transférées de la bourgeoisie et du patronat vers les juifs, de façon à ce que le pouvoir de la bourgeoisie ne soit plus menacé , et que la tentation marxiste soit désamorcée ?

Entièrement d’accord avec le recadrage sémantique sur le mot "psychose" fait par Jefferson. Une psychose n’est pas un trouble bénin et un personnage psychotique ne passe pas inaperçu, en tout cas de son entourage familial—qu’il perturbe généralement gravement—voir des affaires de meurtres récentes.


Tonnerre

MessagePosté : 05 Mai 2011 16:58

Citation : Je pense plutôt que M. Delplat voulait dire que cette obsession du juif persécuteur pourrait être le signe d’une pathologie.

Bien évidemment, l’antisémitisme peut se manifester de façon pathologiques chez des personnes présentant par ailleurs des troubles mentaux, mais il ne constitue en aucun cas une pathologie mentale en soi ; j’espère que ce n’est pas ce que voulait dire M. Delpla, ce serait très surprenant de la part d’un historien.

Vu combien l’antisémitisme était répandu en Allemagne (et en France) fin XIXeme, première moitié du XXe, ce sont des populations entières qui auraient été affectées de pathologie mentale.


sur le fil "Métier exercé par Adolf Hitler"

Tonnerre

MessagePosté : 18 Juin 2011 16:11

Désolé, mais ça me semble fantasmagorique de vouloir prouver qu’il y a eu un instant T du jour J où Hitler est devenu Hitler suite à une soi-disant "cure" qui l’aurait littéralement métamorphosé, transformé du jour au lendemain de chenille/raté minable en papillon/gourou/messie et génial manipulateur politique, c’est à dire croyant en son destin de sauveur de l’Allemagne et d’éradicateur du poison juif. Si il avait ces notions mégalomaniaques sur lui même, ce n’est pas parce qu’il n’était plus là où est tombé l’obus ni suite à une cure, c’est avant tout parce qu’il avait déjà des tendances mégalomaniaques pour lesquelles ces événements extérieurs n’ont pu jouer, au mieux, que le rôle de causes circonstancielles. Ce genre d’incident—échapper par chance à la mort—arrive souvent au cours des guerres, et tous ceux qui sont ainsi sauvés n’en déduisent pas pour autant qu’ils sont appelés à sauver leur pays. Idem pour le soi-disant effet d’une cure, les psys ayant souvent tendance à se croire bien plus agissants/efficaces thérapeutiquement qu’ils ne le sont vraiment, voir les soi-disant guérisons de Freud. Si Hitler le raté s’est transformé en Hitler le Führer, c’est surtout parce qu’il a découvert qu’il pouvait subjuguer les foules par sa parole :sans ce don de magnétiser les foules par le verbe, Hitler le Fuhrer n’aurait jamais eu lieu. Tout cela est aussi fantasmagorique que ces spéculations d’historiens qui ont absolument voulu trouver l’instant T du jour J ou Hitler est devenu antisémite, parce qu’il aurait été refusé à l’Académie des Beaux Arts, où parce que tel ou tel juif aurait été méchant avec lui.

Tout cela renvoie à des théories psychologiques à la fois passablement simplistes et très insuffisamment validées, et en tout cas peu convaincantes à l’épreuve d’un minimum d’esprit critique. D’accord aussi avec Narduccio : à propos d’AH , il y a confusion constante entre individu atteint de troubles psychologiques (ce qui était le cas) et folie, alors que ce sont deux choses différentes.


Tonnerre

MessagePosté : 18 Juin 2011 17:34 Citation : Enfin, à partir de ses pérégrinations viennoises, il faut ajouter qu’il navigue dans des eaux profondément encrées par de vieilles traditions antisémites, communes à cette époque à de nombreux milieux sociaux.

Tout à fait. La question "quand Hitler est il devenu antisémite ?" est pratiquement aussi inadéquate que la question "Quand Céline est-il devenu antisémite ?" Ils n’ont pas eu à devenir antisémites car ils sont (en quelque sorte) nés antisémites, en ce sens que tous les deux évoluaient dans un milieu social et/ou familial déjà fortement imprégné d’antisémitisme.


Tonnerre

MessagePosté : 18 Juin 2011 21:42 Citation :

L’antisémitisme de Hitler lui est propre. Il emprunte beaucoup aux préjugés du passé, mais pas tout, et pas l’essentiel : la judaïsation de tout ce qui est jugé néfaste + la démarche méthodiquement exterminatrice.

Tout cela se manifeste pour la première fois le 16 septembre 1919 et se solidifie définitivement début 1920 (après la lecture des Protocoles des Sages de Sion).

D’autre part, il y a cette véritable métamorphose du raté solitaire à l’homme d’action, toujours en 1919, et ses camarades de régiment qui disent qu’ils ont retrouvé "un autre homme" : cela cadre avec un déclenchement de psychose lors de l’hospitalisation à Pasewalk.

Pas exactement. D’abord, AH n’est ni le premier ni le seul chez qui l’on trouve la judéisation de tout ce qui est néfaste. Chez les antisémites français du XIXème siècle comme Drumont, chez les socialistes pré- marxistes et non marxistes comme Fourier, Proud’hon, Toussenel, Chirac etc , le juif est déjà assimilé à tout ce qu’ils considèrent comme mauvais : le capitalisme, la spéculation, le parasitisme économique, le déracinement et le cosmopolitisme apatride antinational, la modernité économique, politique et culturelle qui détruit les sociétés traditionnelles organiques, le juif ferment de décomposition par les complots révolutionnaires et les menées antinationales et antichrétiennes, les crimes rituels, la perversion sexuelle qui souille les pures jeunes filles, le trafic d’opium, l’incapacité à travailler, le refus de se battre lors des guerres , et finalement tout ce qui est étranger, protestant, sale, malsain, satanique et j’en oublie.

Certes, l’antisémitisme d’AH est d’une intensité peu commune mais si l’on lit les écrits d’antisémites allemands, comme Georg von Schoenerer, qui l’ont grandement influencé, ils sont aussi, et bien avant les tirades du dictateur, d’une violence rare. Et mêmes des antisémites français comme Proud’hon évoquent, avec moins d’insistance il est vrai, l’extermination. Il n’y a absolument rien d’original dans les conceptions antisémites d’AH, il suffit de lire n’importe quelle histoire de l’antisémitisme pour le comprendre. L’antisémitisme était banal et général au XIXème en Allemagne, un préjugé admis par presque tous et allant de soi.

Faut il rappeler qu’il y avait , toujours en Allemagne à cette époque, des antisémites qui appelaient régulièrement à l’extermination pure et simple des juifs, ainsi Jakob Fries, disciple de Kant, qui exigeait "l’extermination radicale de la caste des juifs". Faut il rappeler qu’il y a eu des pogromes en Allemagne au XIXème (en 1819 cité de mémoire), avec des meurtres et des violences telles que les Rothschild, dont la banque faillit être mise à sac, songèrent à quitter l’Allemagne.

AH reprochait justement à l’antisémitisme des pogromes d’être un antisémitisme émotionnel, opportuniste et réactif qu’il se proposait de remplacer par un antisémitisme rationnel, proactif et systématique, et c’est cette approche méthodique qui constitue la seule innovation hitlérienne en matière d’antisémitisme.

Par ailleurs, vous parlez de psychose à propos d’AH. En règle générale, un psychotique ne peut pas fonctionner normalement socialement et professionnellement ; or Hitler lui, le pouvait, et fort bien puisqu’il s’est hissé au pouvoir suprême. Le diagnostic de psychose ne "colle pas", c’est au contraire celui de pervers narcissique (et mégalomane, et paranoiaque) qui décrirait le mieux le comportement et la trajectoire hitlériens : nombreux sont les pervers narcissiques qui connaissent une très belle réussite et en particulier atteignent aux plus hauts niveaux de pouvoir, leur configuration psychologique particulière leur conférant un avantage considérable dans la compétition la plus féroce pour la dominance, qu’ils décrochent généralement en laissant un sillage d’innombrables vies détruites derrière eux.


Tonnerre

MessagePosté : 19 Juin 2011 13:13

Citation : était essentiellement un défoulement verbal et métaphorique.

C’est vrai en gros pour les (certains) antisémites français, dont les appels à l’extermination ne sont pas suivis d’effets au XIXème siècle ; ce n’est pas vrai pour les antisémites allemands de la même époque : j’insiste : il y a alors des pogromes en Allemagne, des magasins et des synagogues brûlées, et des juifs tués.

Et je m’inscris en faux vis à vis de votre affirmation, comme quoi l’antisémitisme et l’antijudaisme seraient essentiellement un défoulement verbal et métaphorique. En fait, ils tuent et ont tué, depuis quasiment qu’ils existent, certes occasionnellement, en différents lieux et à différentes époques ; il y a , dans l’histoire de l’Europe, surgissement périodique d’incidents typiques d’émeutes antijuives, du genre moine prêcheur excitant en chaire les paroissiens de telle ou telle grande ville contre les juifs déicides, et les paroissiens se dirigeant ensuite en foule vers le ghetto pour piller, brûler et parfois tuer, ou ben croisés en route vers la Terre sainte, et tant qu’affaire se livrant en chemin à des exactions antijudaiques etc. Et cela ne s’arrête pas à l’époque moderne.

Par ailleurs, il est sémantiquement absurde de parler de conversion d’AH à l’antisémitisme dans un pays où l’antisémitisme à cette époque était la norme. De même qu’il serait absurde de parler de conversion au catholicisme d’un français du XIXème siècle né dans une famille catholique.

Tout au plus pourrait on évoquer à propos d’AH, le ou les moments ou plus justement le cheminement intérieur par lequel il a fait de l’antisémitisme sa cause personnelle, sa mission préordonnée, son destin en quelque sorte.

Le problème est que la théorie de l’adhésion personnelle d’AH à la cause antisémite présentée sur le mode de la conversion soudaine, d’une sorte de métamorphose instantanée par illumination divine me gêne à plusieurs titres.

C’est ainsi, sous forme d’illumination soudaine , que AH présente dans "Mein Kampf" sa prise de conscience initiale menant à son engagement militant dans cette cause. Bien évidemment, il n’évoque pas une quelconque "cure" mais le "turning point" aurait été selon lui la vision qu’il a eue d’un juif (à Vienne je crois) dans la rue, avec une longue barbe, une houppelande crasseuse, un faciès sinistre, enfin tous les attributs de la judéité la plus "folklorique". Selon lui, c’est cette vision du juif comme radicalement inassimilable, corps étranger pathogène dans le Volk qui lui aurait fait réaliser que là était son combat.

Or, dans MK, AH n’a bien sûr pas pour but de donner un compte rendu véridique des circonstances biographiques ayant précédé son engagement politique, mais de faire de la narration de sa vie un instrument de son projet politique, d’en présenter une version "relookée" pour en faire une sorte de mythe fondateur du nazisme.

La finalité de ce récit mythique étant de rallier un maximum de supporters à sa cause et à son leadership, AH devait le présenter de la façon la plus frappante, la plus convaincante possible. Et donc pour conférer à sa biographie cette dimension mythique, il a choisi de raconter son engagement antisémite sur le mode éprouvé de la conversion religieuse des récits hagiographiques, genre St Paul sur le chemin de Damas, l’indifférent qui a vu soudain la lumière, mais qui était marqué auparavant de signes qui indiquaient sa mission providentielle etc.

Type de narration à vocation propagandiste , empreinte de religiosité et d’irrationnel, évidemment plus spectaculaire et plus susceptible d’épater les foules que de dire : tout le monde était plus ou moins antisémite autour de moi, j’ai simplement repris des idées qui trainaient partout en les systématisant, certains hasards ayant contribué à cette évolution etc. En reprenant à votre compte la thèse de la conversion soudaine, vous recyclez la version mythique d’’AH (en lui donnant un contenu un peu différent, la "cure" etc), en fait vous choisissez de rester dans le mythe, au lieu de passer cette version fantasmagorique au crible de la critique historique.

Deuxièmement, vous semblez également prendre au pied de la lettre les assertions d’un neuropsychiatre allemand, Edmund Forster, apparemment influencé par Freud, qui aurait examiné Hitler à l’hopital de Pasewalk en 18 suite à sa cécité (initialement diagnostiquée comme résultant de son exposition au gaz moutarde) et l’aurait soigné pendant environ 1 mois (traitement d’ailleurs considéré comme d’une durée trop courte pour être efficace en bonne théorie freudienne).

Comme je l’ai dit, la psychiatrie et la psychanalyse , pour s’auto-légitimer, ont toujours, (et en particulier à leurs origines), beaucoup exagéré leurs réussites thérapeutiques ;

de plus, nombre des théories, concepts et définitions psychiatriques qui étaient considérés comme valides et opératoires par les psychiatres de l’époque sont depuis longtemps périmés et abandonnés.

De ce point de vue, on constate que la terminologie utilisée par les Dr Kroner et Forster et pour décrire la pathologie d’AH est hautement variable et approximative : tantôt on parle à son sujet de "névrose de guerre" , ou de psychose, ou d’hystérie. Et le terme "hystérie" est utilisé par le Dr Forster dans le sens très inorthodoxe de simulation de maladie par des soldats choqués par un traumatisme subi au front et cherchant ainsi à éviter délibérément d’y être réexpédiés.

Ce qui est évidemment assez différent de la définition de l’hystérie donnée par Charcot. D’après ce que j’ai lu sur lui, le Dr Forster voyait en ces soldats victimes de ce que nous appelerions aujourd’hui un syndrome de stress post traumatique, de simples tire au flanc, des lâches désireux de se planquer et qu’il fallait punir et discipliner comme "des enfants pleurnichards" (voir ci dessous). Et il leur appliquait des traitements de cheval, évidemment plus ou moins efficaces, tels que les électrochocs, l’hypnose, l’isolation complète, et même ...la suffocation.

Les théories et les méthodes thérapeutiques du Pr Forster seraient de nos jours jugées hautement fantaisistes voire dangereuses, et l’article ci dessous, et quelques autres consultés sur ce sujet rapportent des commentaires de lui assez inquiétants, voire révélateurs d’une touche de mégalomanie professionnelle (sur le fait qu’il aurait guéri AH ; "everything happened as I wanted to, I played God, and cured a blind insomniac") Donc enquêter sur cette histoire de cure hypnotique, en fonction du peu de d’archives disponibles actuellement, certes.

Mais prendre à la lettre les assertions douteuses (et rapportées) de ce personnage, cela relève d’une approche anecdotique, sensationnaliste, voire rocambolesque de l’histoire , certes distrayante mais assez éloignée à mon sens de celle de l’historien universitaire. Ce qui me surprend de votre part

http://www.scielo.br/pdf/anp/v68n5/v68n5a32.pdf


Tonnerre

MessagePosté : 19 Juin 2011 14:40

Citation : Restons-en à l’idée qu’on est sain d’esprit en mettant des humains dans des fours petits ou grands

Quelle logique bizarre !

Aux yeux d’AH, il ne s’agissait pas de simples humains mais d’individus appartenant à un groupe qu’il considérait léthal pour l’Allemagne. Dans sa vision, il était donc crucial de les éliminer pour sauver le pays, c’était une question de légitime défense.

Bien sûr, c’est de la paranoia associée typiquement à une élaboration fantasmatique , mais la paranoia (et les fantasmes) jouent un rôle important dans les relations humaines , et essentiel dans la vie politique.

Ayant ainsi admis comme une évidence que les juifs devaient être éliminés pour que l’Allemagne vive, il était donc au contraire parfaitement rationnel de chercher à les éliminer par le moyen le plus rapide, le moins traumatisant pour les exécutants, et le moins coûteux ; la méthode répondant le mieux à ces critères, c’était les fours.

Dès lors que les juifs étaient vus à peu près comme des bacilles, en tout cas des subhumains, éliminer des bacilles ou autres animaux nuisibles par des méthodes industrielles expéditives est parfaitement normal, la conséquence logique de la "perversion" du postulat initial poussé à ses ultimes conséquences.

Poser que tout individu ayant fait tuer des masses d’individus par des méthodes bizarres, cruelles ou systématiques est nécessairement fou relève de la vision de sens commun sur la folie, pas d’une approche clinique.

Hitler n’est ni plus ni moins fou que certains des acteurs de la Révolution française qui sont les premiers à avoir esquissé la mise en oeuvre de méthodes modernes et rationnelles d’élimination de leurs ennemis, largement développées au XXème siècle.

Disons qu’AH est spécial en tant qu’antisémite, en ce que , plus qu’aucun antisémite avant lui, il disait ce qu’il faisait (ou comptait faire), et faisait ce qu’il disait.


Tonnerre

MessagePosté : 19 Juin 2011 18:44

D’abord je voudrais préciser pour Mr Delpla que j’ai beaucoup apprécié certains de ses travaux, par exemple ceux portant sur les femmes dans le nazisme.

Cela dit, voilà en bref ce que je reproche à votre approche dans le débat ci-dessus : essentiellement que vous vous y basez sur une série de postulats plus ou moins implicites mais parfaitement subjectifs ou indémontrés :

-  votre conception de la folie, très extensive et qui n’a rien à voir avec sa définition psychiatrique

-  l’affirmation que Hitler aurait grandement innové en matière d’antisémitisme (du point de vue praxis, oui, mais certainement pas du point de vie conceptuel/idéologique, il n’est pas un thème de l’antisémitisme hitlérien que l’on ne trouve pas ailleurs, et antérieurement)

-  l’assertion qu’Hitler aurait nécessairement connu son chemin de Damas de l’antisémitisme, conception qui est liée à l’article de foi précédent, c’est à dire qu’il y aurait eu un "avant" où Hitler n’avait pas encore été contaminé par cette idéologie (bien peu probable dans l’Autriche d’alors) , et un "après", suite à une conversion qui aurait été forcément provoquée par un événement soudain, assez choquant et ponctuel

-  et enfin une crédulité assez ingénue (sans vouloir offenser :-| ) face aux prétentions de Forster d’ avoir pratiquement "fait" Hitler.

Dans un post récent, vous semblez indiquer que c’est l’organisation systématique et rationnelle de l’extermination qui est à vos yeux le marqueur de la folie. Or cette organisation méthodique du massacre n’est pas unique aux nazis, même s’ils sont les seuls à avoir massacré de façon aussi technologiquement avancée.

Ce qui nous ramène à la remarque de duc de Raguse ci-dessus : si des milliers d’indIvidus sont déclarés fous, le mot de folie se trouve vidé de son sens.


Tonnerre

MessagePosté : 19 Juin 2011 21:41

Citation : J’ai défini ce que j’entendais par folie. Je peux recommencer : une psychose paranoïaque, créant une croyance sincère dans la nocivité des Juifs, leur influence sur tout ce qui va de travers etc.

L’antisémitisme même intense n’est pas en soi une psychose, pas plus celui d’Hitler que celui de millions d’autres Européens d’alors qui adhéraient à cette croyance collective. Plus généralement, adhérer à une croyance partagée par des millions d’humains n’est pas une manifestation psychotique, une psychose est en principe une pathologie individuelle.

Le comportement d’Hitler ne peut être considéré comme celui d’un psychotique, voir ci dessous quelques explications basiques sur les psychoses, leurs manifestations et symptômes ; celles de l’Institut Douglas sont intéressantes, car cet institut les soigne :

http://www.psychomedia.qc.ca/diagnostic ... ychotiques http://www.douglas.qc.ca/info/psychose

On peut présenter des troubles psychologiques à caractère paranoiaque sans être psychotique. On peut même avoir de plus ou moins brefs épisodes psychotiques, sans pour autant être classé ipso facto comme psychotique ; et comme à chaque type de psychose correspond toute une batterie de symptômes, on est classé psychotique si on présente la majorité, voire la totalité des symptômes qui caractérisent telle ou telle psychose, pas juste un ou deux.

Je ne vois pas de "batterie" de symptômes psychotiques chez Hitler, juste un manque d’empathie caractéristique du pervers narcissique, de la paranoia et une perte de contact avec la réalité, ces deux dispositions habituelles chez les individus parvenus au pouvoir suprême, donc qui ont d’excellentes raisons de se méfier de leur entourage d’une part, et qui vivent dans une tour d’ivoire et coupé des gens ordinaires d’autre part, ce qui est de plus en plus le cas chez Hitler. Si Hitler était "fou", c’est dans la signification du sens commun qui professe assez justement que le pouvoir rend fou, a fortiori le pouvoir absolu.


Tonnerre

MessagePosté : 20 Juin 2011 11:17

Citation : La folie, ce n’est pas de croire cela. C’est plutôt de s’en saisir en un instant et de foncer : on veut à toute force que le réel coïncide avec son délire, et on saute sur toute apparence allant dans ce sens.

Votre logique hautement idiosyncratique ne cesse de me surprendre .

De multiples chefs d’Etat se sont intéressés/impliqués dans l’occulte, ont fait appel à des voyantes, des astrologues, des mediums, sont entrés soi-disant en contact avec des morts illustres, ont agi (sans s’en vanter bien sûr) et ont pris des décisions politiques cruciales en fonction des prédictions et recommandations de ces conseillers d’un genre spécial. En fait, c’est justement parce les chefs d’Etat sont confrontés tous les jours à des décisions politiques difficiles, devant trancher souvent dans l’urgence ou l’incertitude la plus totale, qu’ils font appel à des "psychics" pour les épauler et les conseiller face à l’agonie du choix.

Reagan faisait appel régulièrement aux services d’une astrologue, Lincoln faisait tourner les tables, Victor Hugo, Alexandre Dumas, George Sand, Théophile Gauthier, JK Huysmans idem, au dix neuvième siècle, plusieurs scientifiques éminents étaient adeptes du spiritisme (Edison, Albert de Rochas, Camille Flammarion etc), de nombreux dirigeants soviétiques ont fait appel à des voyantes et à des guérisseurs, des dirigeants d’Afrique du Nord et subsaharienne idem, Raspoutine a régenté la famille impériale grâce à ses dons de guérisseur, etc etc etc : Tous ces personnages célèbres étaient ils fous ? Tous les individus ordinaires qui vont consulter des voyantes et tiennent compte de leurs prédictions dans leur conduite sont ils fous ?

Les expéditions des Croisés qui partent vers Jerusalem pour libérer le supposé tombeau du supposé fils de leur supposé Dieu ne sont pas moins aberrantes, vues par un non-chrétien, que les lubies bizarres et les projets subséquents d’ AH que vous rapportez à propos de Wagener. En Chine traditionnellement, et au Tibet, les leaders ne prenaient aucune décision importante sans consulter d’abord leur astrologue, et c’est d’ailleurs toujours le cas pour le Dalai Lama.

Vous établissez l’équation : croyances apparemment absurdes et totalement improuvées + mise en oeuvre concrète de ces croyances = folie. Sur la base de cette définition aussi subjective qu’extensive, c’est tous les fidèles de toutes les religions, sectes etc qui sont fous. Adhérer à des croyances, même absurdes, y conformer son comportement et s’y accrocher mordicus en opposant un déni de réalité à tout ce qui vient les infirmer n’est absolument pas un symptome de folie—en fait, les psys observent que c’est un comportement humain des plus fréquents.

Vous nous donnez dans plusieurs posts, différentes définitions de ce que VOUS entendez par folie. Vos définitions personnelles de la folie ne peuvent par définition rien apporter de constructif au débat : le seul élément à peu près solide sur lequel on puisse se baser pour déterminer si Hitler était fou ou non, le seul recevable dans une cour de justice, dans un hopital et donc aux yeux de l’historien, c’est la (ou les) définitions utilisées dans la psychiatrie clinique pour déterminer si un individu est "compos mentis", et donc ou non responsable de ses actes.

Sur la base de ces définitions cliniques, AH n’est pas fou, bien que présentant divers troubles de la personnalité mentionnés plus haut (et dans la mesure où on peut établir un tel diagnostic a posteriori).

Revenons à un peu plus de sérieux et de rigueur méthodologique pour ce qui est des arguments versés au débat svp.


Tonnerre

MessagePosté : 20 Juin 2011 12:58

Citation : le seul élément à peu près solide sur lequel on puisse se baser pour déterminer si Hitler était fou ou non, le seul recevable dans une cour de justice, dans un hopital et donc aux yeux de l’historien, c’est la (ou les) définitions utilisées dans la psychiatrie clinique pour déterminer si un individu est "compos mentis", et donc ou non responsable de ses actes. Quelle perle !

Que voilà une critique précise, informative et constructive ! > :( .

Lancer ainsi un jugement aussi réactif que personnel, à l’emporte-pièce, sans aucune explication ni argumentation, c’est se comporter en polémiste, pas en historien.

Donc, à vos yeux, c’est une perle de prétendre baser un jugement sur la folie d’AH sur les définitions symptomatiques de la folie reconnues et adoptées en psychiatrie clinique ; et comme les définitions utilisées par les psychiatres dans leur pratique médicale sont selon vous à écarter dans ce débat, c’est donc les vôtres que nous devrions adopter, votre parole devant nous suffire pour ce qui est de vos compétences en matière d’aliénation mentale ?

Tout cela est totalement fantaisiste, vraiment décevant de votre part.

En fait, et d’après vos posts précédents, en plus de vos définitions personnelles posées comme devant faire autorité, votre argumentation repose essentiellement sur de vagues témoignages de personnages plus ou moins douteux ou fantomatiques, témoignages parfois de Xème main, certes à examiner mais que vous prenez au pied de la lettre, sans vérification sérieuse quant à leur crédibilité.

Le moins que l’on puisse dire, et pour rester poliment dans la litote, c’est que cette approche a peu à voir avec celle de l’histoire universitaire.


Tonnerre

MessagePosté : 20 Juin 2011 16:48

Il est sûr que ce débat serait plus à sa place sur les fils déjà existants traitant de la personnalité et de la psychologie d’Hitler.

Pour la continuité du débat, je poste néanmoins ici ma réponse au dernier post de Mr Delpla, quitte à passer ensuite sur les fils ad hoc :

Que vous considériez ce que vous rapportez dans le lien ci dessus comme probant jette un éclairage, disons éclairant, sur vos critères en matière de recherche historique. Le roman de Weiss est un mélange de faits et de fiction impossible à démêler ; il est incroyable de gober tout ça sans se poser au moins certaines questions.

Le texte ci-dessous recadre ces élucubrations d’histoire-fiction, il est très long mais vaut la peine : http://findarticles.com/p/articles/mi_7 ... n28460310/

Mais votre principal handicap dans ce débat, c’est le confusionnisme et les idées fausses qui sont les vôtres sur les définitions de la folie, de la psychose, ce qu’en disent Freud, Lacan, etc.

Brièvement, quelques rectifications :

-  Ni Freud ni Lacan, ni les psychiatres modernes en général ne confondent psychose et folie

-  la définition de la psychose est différente chez Freud et chez Lacan

-  le traitement des psychoses ne relève pas de la psychanalyse, Freud s’étant le plus souvent abstenu de s’y risquer, et n’ayant que peu abordé dans ses écrits le traitement des psychoses. IL a d’ailleurs lui même écrit que "la psychanalyse guérit des névroses voire des perversions" (et rien d’autre) , l’affirmation sur la guérison des perversions (au nombre desquelles était alors comptée l’homosexualité) étant d’ailleurs contestable du point de vue de l’importance des résultats thérapeutiques obtenus De nos jours, le traitement des psychoses , qui sont des pathologies sérieuses perturbant habituellement gravement le fonctionnement social et professionnel du patient, ne concerne que les psychiatres, qui sont rappelons le, des médecins.

-  corrélativement à cela, l’hypothèse de l’étiologie exclusivement psychogénétique des psychoses, qui était celle de Freud et de la psychanalyse, est maintenant abandonnée, pour une approche articulant psychogénèse et organogénèse

-  enfin, et après vérification , une psychose n’est pas causée à proprement parler par des événements extérieurs ; ceux ci ne peuvent au plus que servir de déclencheurs sur un terrain psychotique déjà existant : voir ce lien mentionnant ce point et articulant la différence psychose/PTSD : http://www.sharecare.com/question/whats ... -psychosis

Qu’Hitler ait été victime de PTSD (syndrome de stress post traumatique) en 18 suite à certaines circonstances traversées lors de la PGM, c’est vraisemblable et même probable. Mais un PTSD n’est pas une psychose, quoique certains symptomes puissent être similaires.

La psychose n’entraine pas un simple déni de réalité, elle cause généralement un profond repli sur soi, le psychotique vit dans son monde intérieur et ses interactions avec le monde extérieur sont minimales et "déréalisées" au point qu’il lui devient quasi-impossible d’agir effectivement sur lui. Condition qui semble peu compatible avec l’exercice de la profession de dictateur :mrgreen : .

Et qu’il ait subi une hypnose, pourquoi pas ; de là à poser que cette hypnose l’ait métamorphosé radicalement et en ait fait un autre homme, du raté ait fait un surhomme en quelque sorte, c’est surestimer considérablement l’effet de telles thérapies.

Tout ça est excitant, mais naif et premier degré comme du roman-feuilleton. J’ai d’ailleurs trouvé sur le net des sites complotistes, occultistes, etc qui ont vu l’aubaine et lient cette histoire Forstner/Weiss avec Alistair Crowley, les Cathares, etc tout le bazar occultiste nazi habituel. Ce qui n’est pas non plus une preuve a contrario.


Retour sur le fil "la santé d’Hitler"

Tonnerre

MessagePosté : 21 Juin 2011 16:48

Citation :

Alors ils se méprennent : est-il sensé de voir dans les Juifs des bacilles ou du poison ?

Il faut choisir : ou bien c’est une ruse politique, ou bien il le croit.

Dans la première hypothèse, comment expliquer l’extermination ?

Dans la seconde, comment se passer du mot "fou" ?

Je n’ai pas le temps de répondre point par point à vos nombreux posts, il y aurait tant de points à relever que cela prendrait des heures.

Sur le manque de rigueur terminologique et conceptuelle dont vous faites preuve, déjà souligné plus haut, juste un exemple parmi d’autres :

de nouveau, dans vos derniers posts, vous utilisez indifféremment les mots "psychose" et "folie" pour désigner les troubles psychologiques dont souffrait AH.

Ces deux mots ne sont pas interchangeables, ils correspondent à des définitions différentes en psychiatrie clinique. Qui plus est, Freud et Lacan eux mêmes, les références dont vous réclamez, distinguent bien entre psychose et folie, comme je l’ai déjà signalé.

J’ai également signalé que cela n’avait pas de sens, comme vous le faites, de préciser que votre définition de la psychose est celle de Freud ET de Lacan, puisque comme on peut s’y attendre, leurs défintions respectives de la psychose diffèrent de façon importante.

Tant que vous utiliserez des mots comme psychose, folie, mégalomanie, de façon imprécise ou dans le sens que leur donne le langage courant, alors que vos interlocuteurs les utilisent en essayant de rester au plus près de leur définition médicale, nous jouerons dans le sketch "dialogue de sourds au café du Commerce".

Citation :

Sur l’antisémitisme rationnel : pour ma part je n’emploie l’expression qu’entre guillemets, même s’ils ne sont pas toujours visibles. C’est-à-dire que je la cite d’après Hitler, notamment dans sa lettre du 16 septembre 1919, dont l’esprit se retrouve dans toutes ses expressions sur la question. Il veut dire qu’il faut arrêter de casser du Juif n’importe comment, par passion, et le faire de façon méthodique.

D’accord là dessus, je l’ai déjà dit d’ailleurs, c’est le seul point sur lequel l’antisémitisme hitlérien est original : la méthode rationnelle, systématique et technologiquement avancée d’élimination des juifs. [ ici, une divergence fondamentale entre T et son habituel alter ego dit "Duc de Raguse" ; mais aucun des deux ne la relève : beau symptôme de ce qui est raté dans ce débat, par excès d’amour de la polémique et défaut de passion pour l’histoire]

Pour ce qui est de son contenu idéologique, le Juif comme bacille, ce thème a trainé dans pratiquement tous les écrits antisémites modernes, à commencer par Drumont, qui est peut être le premier à faire la synthèse entre l’argumentaire de l’antijudaisme chrétien, celui de l’antisémitisme économique fortement marqué à gauche et celui de l’antisémitisme racial, biologique et donc à prétentions scientifiques.

Poser comme vous le faites l’équivalence saugrenue : croyance en la notion du juif comme bacille = folie est met en outre en évidence que, si vous connaissez sans doute l’antisémitisme hitlérien, vous avez des lanques en ce qui concerne l’antisémitisme au XIXème siècle :

en fait, ce que vous présentez comme une preuve de folie est justement la caractéristique définissante de l’antisémitisme moderne/biologique : dans l’antisémitisme racial, la référence au juif /bacille, au juif /maladie, au juif ferment de corruption, est non seulement fréquente, elle est centrale.

Le schéma théorique fondamental de cet antisémitisme biologique est sa vision de la société comme une entité organique, une sorte de grand corps dont la vitalité est sapée par un ennemi interne , le juif , qui prospère dans ce corps à la façon d’un parasite, d’une part en se nourrissant de sa substance, d’autre part en le polluant et en le corrompant, l’affaiblissant ainsi de multiples façons.

Cette vision "pasteurienne’ du juif a été évidemment influencée par les découvertes scientifiques d’une époque où la syphilis et la tuberculose faisaient des ravages ; c’est sur ce modèle d’agent pathologique, de vecteur de maladies infectieuses qu’est dès lors représenté le juif, et les méthodes qui doivent être mises en oeuvre pour le combattre seraient une transposition symbolique des méthodes radicales d’hygiène et de prophylaxie préconisées par la nouvelle médecine hygiéniste . Et de nouveau, si l’on adopte vos critères, et si tous les antisémites racialistes sont fous, cela fait vraiment beaucoup de monde.

Je regrette mais votre définition ramasse tout de la folie n’est pas compatible avec une approche historique rigoureuse. Enfin, pourquoi l’antisémitisme ne pourrait-il être qu’une ruse politique ou une croyance, il est le plus souvent un mélange inextricable des deux, le calcul politique ou économique confortant la conviction, la conviction servant de rationalisation au calcul.


Tonnerre

MessagePosté : 22 Juin 2011 12:03

Citation : Ce qui fait de Hitler un fou actif dans le monde, c’est qu’il se crée en permanence des institutions sur mesures, d’abord partisanes puis étatiques.

Quel dictateur ne le fait pas, ou n’essaie pas de le faire ? Sur ce point, je peine à voir la différence radicale d’AH avec les dictateurs idéologiques ayant cherché/réussi à instaurer un système totalitaire au 20ème siècle.

Par définition, un système totalitaire, visant à créer un homme nouveau après avoir soi-disant liquidé l’ancien, a besoin d’institutions sur mesure, d’une multiplicité d’institutions ad hoc en fait, encadrant les individus du berceau à la tombe. D’une façon générale, si l’on analyse la personnalité des hommes arrivant au pouvoir suprême dans des systèmes non démocratiques (et même dans une bien moindre mesure dans des sociétés démocratiques) , ils présentent généralement des troubles de la personnalité caractéristiques (qui ne relèvent généralement ni de la folie ni de la psychose) : paranoia, égocentrisme/narcissisme pervers/manque total d’affects et d’empathie, bizarreries sexuelles, mégalomanie, obsessivité , absence de surmoi et de structures morales etc.

Ces troubles de la personnalité sont fréquemment présents chez ces individus parce qu’ils représentent en fait, dans l’entreprise ardue de la conquête du pouvoir, non pas des handicaps mais des atouts précieux, voire des conditions sine qua non : l’égocentrisme radical, l’absence complète de loi morale et de surmoi, la capacité à liquider ses rivaux et à faire tuer des millions d’individus sans rien ressentir, sans scrupules ni remords, la méfiance systématique du paranoiaque envers ceux qui l’entourent, la concentration intense de l’obsessionnel sur le but à atteindre, toutes ces dispositions psychologiques , lorsqu’elles deviennent pathologiques, loin d’indiquer qu’un individu est fou, le marquent au contraire comme exceptionnellement adapté, au sens darwinien du terme, c’est à dire exceptionnellement doué pour prospérer et être dominant dans son milieu.

Les pervers narcissiques sont donc nécessairement très présents aux plus hauts échelons de la politique (et des grandes entreprises).

Que ce pouvoir soit exercé au nom d’une idéologie ou non, l’idéologie servant à donner une légitimation pseudo-morale à cette domination (au nom de la justice sociale, du bien de la Nation etc), cela ne modifie pas radicalement l’équation du point de vue de la psychologie de ce type de leader et au fait que ces individus ne sont pas fous, mais au contraire exceptionnellement armés mentalement pour la lutte et la survie.


Tonnerre

MessagePosté : 11 Juil 2011 10:42

J’ai cherché à me documenter sur cette affaire du roman de Weiss, et sur le fait que Weiss l’aurait écrit en s’inspirant directement du dossier médical d’Hitler à l’hopital médical de Pasewalk, où celui-ci a été traité fin 18. Comme les textes donnés en référence par Mr. Delpla sont essentiellement en anglais , c’est sur les liens dans cette langue que j’ai fait porter mes recherches. Mais le texte anglophone le plus complet et le plus probant reste celui que j’ai donné en lien ci dessus, qui est très long (environ une vingtaine de pages avec l’appareil de notes, très complet). C’est essentiellement mais pas seulement sur ce texte qu’est basé le résumé suivant, qui sera néanmoins fort long également, et je prie les lecteurs de m’en excuser.

Donc voici un abrégé des éléments principaux du dossier : Hitler séjourne à l’hôpital militaire de Pasewalk en Poméranie en novembre 1918 , victime apparemment de syndrome de stress post-traumatique (appelé à l’époque "Kriegsneurose" , névrose de guerre) consécutif à des traumas vécus sur le front ainsi que d’une cécité, diagnostiquée comme soit résultant d’ une exposition au gaz moutarde, soit comme "cécité hystérique" d’après les deux médecins militaires qui l’ont traité, le Dr Karl Kroner et le Dr Edmund Forster. Hitler a dit dans MK que sa décision de se lancer dans la politique date de son séjour à Pasewalk. Or son dossier médical a disparu de cet hopital. Mr. Delpla fait référence à deux livres qui traitent du séjour de Hitler à Pasewalk, celui de Bernhard Horstmann , "Hitler in Pasewalk" (2002), et "The Man who Invented Hitler" (2003) de David Lewis, ce dernier livre bénéficiant d’une recherche plus approfondie que le premier.

Selon Lewis, ce dossier médical disparu de Hitler aurait été saisi par le colonel von Bredow à l’instigation de von Schleicher en 1932. C’est la possession de ces documents compromettants pour Hitler, où il était diagnostiqué comme "psychopathe présentant des symptômes hystériques" qui aurait valu à von Bredow et à von Schleicher d’être assassinés durant la Nuit des longs couteaux, assassinats suivi d’une fouille en règle de leurs résidences.

Selon Lewis, ce dossier médical n’aurait cependant pas disparu car Forster en aurait fait des copies ; muni d’une copie, il se serait rendu à Paris en 1933, où il aurait rencontré des exilés allemands tels que Joseph Roth, Alfred Döblin et Ernest Weiss. Il aurait alors laissé une copie de ce dossier à Weiss. Ernest Weiss, juif et né en Tchéslovaquie en 1882, était médecin de formation (chirurgien), et avait exercé la médecine avant la PGM à Vienne, Berne et Berlin. IL était ami proche de Kafka, qu’il avait rencontré en 1913 (Kafka le mentionne dans son journal) ; durant la PGM, il sert comme médecin militaire sur le front Est, et y gagne la Croix d’or. Après la guerre, il se rend à Prague, qu’il quitte pour Berlin en 1921 ; il abandonne également la carrière médicale pour devenir romancier (il est l’ami d’écrivains célébres tels que Franz Werfel et Max Brod). Il devient un écrivain prolifique, publiant un roman par an. En 1933, il retourne à Prague pour soigner sa mère malade. Après la mort de celle ci, il ne peut pas revenir dans l’Allemagne nazie, il part donc pour Paris en 34. Il y mène une vie assez misérable d’exilé, vivant en partie de la générosité d’amis plus fortunés, comme Stefan Zweig et Thomas Mann. Il écrit le roman sur lequel se base la thèse soutenue par les deux livres ci-dessus en 1938. Il se suicide lors de l’entrée des Allemands à Paris en juin 40.

Le roman n’est pas publié tout de suite après avoir été écrit, le manuscrit est envoyé aux US en 39, mais ce n’est que longtemps après la guerre qu’il retrouve le chemin de l’Allemagne, où il est publié en 63, sans attirer grande attention.

Ce n’est qu’à la suite de la publication en 73 d’un document déclassifié de l’US Naval Intelligence concernant la cécité d’Adolf Hitler, que ce roman suscite un intérêt. Ce document déclassifié était basé sur des informations fournies par le docteur Karl Kroner, collègue d’Edmund Forster à Pasewalk. Kroner y relatait qu’il avait examiné Hitler atteint de cécité et qu’il l’avait placé suite à cet examen aux soins du docteur Forster.

En 1976, Rudolph Binion (qui n’est pas un historien mais un juriste de formation) redécouvre ce roman obscur et oublié de Ernst Weiss, intitulé "Der Augenzeuge" (Le témoin oculaire) et le confronte avec le document déclassifié. A son instigation, le roman de Weiss est traduit en anglais et publié en 77, avec un avant-propos de Binion.

Dans ce roman, Weiss semble s’inspirer du séjour d’Hitler à Pasewalk : un épisode-clé se déroule dans un hôpital nommé " P." dans lequel un médecin militaire sans nom, qui est le narrateur, traite de nombreux soldats souffrant de traumas de guerre. Parmi ces soldats, l’un d’eux, nommé simplement A.H. dans le roman, attire l’attention du docteur/narrateur ; il a été diagnostiqué comme souffrant de "cécité hystérique" et d’insomnie. Mettant en oeuvre une nouvelle et audacieuse méthode thérapeutique, le docteur/narrateur parvient à restaurer la vue de ce patient. Le reste du roman évoque l’ascension vers le pouvoir de son ex-patient avec pour background le chaos qui régnait en Allemagne pendant ces années. Bien évidemment, l’auteur de ce roman s’est inspiré de façon transparente de l’histoire d’Hitler dans son récit. Le problème est que ce roman a été interprété par certains comme un compte-rendu exact en tous points du séjour d’Hitler à Pasewalk,séjour dont l’auteur aurait eu connaissance parce qu’il aurait eu accès à ces fameux dossiers médicaux d’Hitler établis par le vrai Dr Forster qui les lui aurait communiqués avant qu’ils ne disparaissent.

Récemment un psychanalyste (non historien) David Lewis a basé une large part de sa biographie de Forster sur ce roman, dont il pose, comme Binion, qu’il est un substitut entièrement fiable pour ces dossiers manquants de Pasewalk, ceci sans examen approfondi de ce texte.

En fait, ce roman n’est pas une transcription fidèle de dossiers disparus mais un texte littéraire utilisant un contexte historique comme background d’une intrigue plus ou moins fictive. Dans ce roman, son auteur essaie d’expliquer en termees psychanalytiques comment un personnage réel tel qu’Hitler a pu exister et développer son emprise au point de subjuguer un peuple entier.

Sa thèse est qu’au début de la guerre, le personnage baptisé A.H. était un soldat anonyme qui n’avait rien du leader charismatique qu’il est devenu après la guerre. Le romancier part donc de l’hypothèse (historiquement discutable) que quelque chose s’est produit à Pasewalk, qu’une métamorphose radicale a eu lieu, qui a complètement changé cette chenille en papillon. Son autre thèse est que, à la "névrose de guerre" apparente du personnage A.H. a correspondu la psychose collective qui s’est emparée des Allemands, gravement déstabilisés par la défaite et le chaos subséquent. Weiss propose un mélange subtil de faits réels et de fiction pour donner l’impression que son personnage A.H. est bien le personnage historique célèbre auquel pense le lecteur. Mais en fait, il a utilisé différentes sources historiques pour créer ce background historique ; parmi celles-ci, il y a :

-  MK : des passages entiers du roman sont des transcriptions presque mot pour mot de passages de "Mein Kampf", l’auteur de l’article en lien y donne plusieurs exemples de passages du roman juxtaposés avec des passages pratiquement identiques de MK pour apporter la preuve de ces emprunts ;

-  le diagnostic de "cécité hystérique" et le déni concomitant de cécité physique due au gaz moutarde proviennent d’une ancienne biographie d’Hitler écrite par Rudolph Olden. C’est chez Olden qu’apparait pour la première fois la thèse selon laquelle, d’après plusieurs médecins l’ayant examiné, la cécité de Hitler ne pouvait avoir une cause physique (gaz moutarde) et qu’il s’agissait par conséquent d’un symptôme neurotique.

-  la description des accès d’antisémitisme aigus de A.H. à Pasewalk semble être tirée , là aussi presque mot pour mot, de certains épisodes de la biographie d’Olden. Olden en particulier adopte la thèse que l’antisémitisme d’Hitler s’est déclaré à Vienne, alors qu’il semble s’être développé dans le Munich révolutionnaire de l’après-guerre.

-  un autre livre sur lequel Weiss s’est basé pour écrire son roman est la biographie d’Hitler par Konrad Heiden, publiée un an après celle d’Olden. Weiss suggère dans son roman que l’antisémitisme d’A.H. pourrait être la conséquence d’une expérience décevante avec une fille juive, or cette hypothèse apparait pour la première fois dans la biographie d’Heiden.

La question centrale posée par le livre de Lewis est : est-ce que Weiss a eu accès au dossier médical disparu d’Hitler comme Lewis le prétend et dans quelles conditions ? D’après Walter Mehring, Weiss aurait reçu ce dossier à Paris. Dans la 2ème édition de son autobiographie, Mehring mentionne une rencontre entre plusieurs collaborateurs de l’hebdomadaire des émigrants allemands, "Das Neue Tagebuch" et un docteur de Pasewalk dont le nom n’est pas précisé. Mehring est donc la principale et la première source sur laquelle se basent Lewis et ses prédécesseurs pour affirmer que Weiss a littéralement recopié le dossier original d’Hitler qui aurait été remis par Forster à ces émigrés allemands lors d’un voyage à Paris en 1933.

Cependant, des amis de Weiss ne confirment pas cette version (voir note 21 dans le lien donné plus haut) ; et surtout, ce qui infirme cette version est que le nom du psychothérapeute de Hitler est resté inconnu jusqu’en 73, lorsqu’un document déclassifié de la Naval Intelligence datant de 1943 identifie le docteur Forster comme le psychiatre qui a soigné Hitler pendant sa convalescence à Pasewalk. Ce document a été écrit par un autre docteur (neurologue) de Pasewalk, Karl Kroner, qui a examiné Hitler dès son arrivée à l’hôpital et , vu l’état d’agitation dans lequel il se trouvait, a diagnostiqué sa cécité comme étant d’origine hystérique. Kroner y souligne que Forster a également diagnostiqué Hitler comme présentant une psychopathie accompagnée de symptômes hystériques.

Il n’est donc pas prouvé sur la base des informations ci-dessus que Weiss ait bien eu communication d’une copie du dossier médical de Hitler qu’il aurait utilisée pour son roman. En fait, cette hypothèse apparait douteuse sur la base des autres faits suivants :

-  il ne peut y avoir eu communication directe : le voyage qu’aurait fait Forster à Paris (pour quelle raison, ce n’est pas précisé de façon convaincante) aurait eu lieu en 1933. Or, en 1933, Weiss est à Prague où il est revenu pour soigner sa mère mourante. Ce document aurait donc été a remis à Weiss par des exilés allemands que Forster aurait contactés lors de son voyage à Paris. Pourquoi l’auraient-ils remis à Weiss ? Ce n’est pas expliqué.

Ces exilés allemands gravitaient autour du groupe du "Das Neue Tagebuch" , qui était une des plus importantes publications d’exilés allemands dans le monde, et cette publication était évidemment très hostile à Hitler. Néanmoins, bien que ce serait par eux que Weiss aurait obtenu copie de ce dossier, ils ne l’ont jamais publié. Pourquoi ? Et pourtant, révéler en 33/34 des documents prouvant que Hitler était un psychopathe hystérique aurait constitué un coup de propagande magistral contre les nazis.

-  il y a trop de passages médicalement vagues voire inexacts au point de vue psychiatrique pour que ce roman puisse être basé sur la transcription d’un authentique dossier médical ; le romancier apparait cependant comme pouvant avoir bénéficié d’informations d’insiders, peut être de récits de témoins oculaire antinazis écrits pour des raisons politiques.

-  et surtout, les méthodes psychothérapeutiques décrites dans le roman ne correspondent pas du tout, en fait sont en opposition, avec les méthodes utilisées par le vrai docteur Forster à Pasewalk, méthodes sur lequel on possède des informations médicales détaillées obtrenues par de nombreux autres dossiers médicaux de soldats traités.

Le psychiatre et narrateur du roman de Weiss, pour traiter les soldats souffrant de ce qu’on appelerait maintenant syndrome de stress post-traumatique, met en oeuvre des méthodes psychothérapeutiques modernes, directement inspirées par les récents travaux de Freud et de certains de ses disciples. Ces méthodes freudiennes n’étaient pas du tout celles du vrai docteur Forster dont l’approche thérapeutique avec les soldats traumatisés au front était traditionnelle, et aussi simple que brutale : Forster considérait ces patients soit comme des tire au flanc purs et simples, soit comme des hommes faibles et peureux qu’il fallait ramener dans le droit chemin en les "secouant’, en leur faisant honte de leur lâcheté et en les culpabilisant pour leur manque de dévouement à la patrie. La peur et la faiblesse des soldats ne constituaient pas à ses yeux une maladie, tout au plus une mauvaise habitude et aussi une menace pour le moral des combattants du front : "dass es keine Krankheit Hysterie gibt sondern nur eine hysterische Reaktion" écrit-il à propos de ses patients.

Ces soldats se divisaient selon lui entre
-  les fraudeurs, relativement rares
-  les peureux sans volonté ("Willenschwache") qui simulaient inconsciemment des symptômes.

Selon Forster, chez ces derniers, c’était la volonté qui était atteinte, et il falllait la re-stimuler en créant chez le soldat traité un sentiment de honte, en insistant sur le fait qu’il n’était pas malade mais simplement "mal éduqué" et qu’il était indigne d’être un soldat allemand. En plus de la honte, des punitions physiques et le recours à des électrochocs délibérément douloureux étaient aussi utilisés. Il fallait que le traitement médical soit si désagréable que le soldat désire retourner au front, ce qui était le but ultime du "traitement".

Ce syndrome de stress post-traumatique alors baptisé "Kriegsneurose" avait retenu l’attention de divers médecins militaires qui avaient dévelopé des traitements pour y remédier mais le but du traitement était toujours de renvoyer le patient au front ou en usine de guerre aussi rapidement que possible. La théorie sur laquelle reposait le traitement conçu par Forster était que le soldat souffrant de Kriegsneurose était victime d’un trauma que seul un contre-trauma, c’est à dire un nouveau choc créé par le psychothérapeuthe, pouvait guérir. Le malade avait réagi au trauma initial par une "fuite dans la maladie", seul un nouveau choc pouvait amener un retour à la normale et amener une "fuite dans la santé". Dans cette approche, le patient devait bander sa volonté pour résister à un nouveau choc, et grâce à sa volonté ainsi reconstruite, il allait pouvoir retourner au front.

Il y eut également des psychanalystes, tant du côté allemand que du côté anglais, qui mirent au point des méthodes de traitement basées sur les théories psychanalytiques—parmi eux, Sandor Ferenczi, Simmel et Karl Abraham.

D’autres, tels Ernst Kretschner, eurent recours à l’hypnose pour amener le patient à faire retour à des épisodes traumatiques refoulés dans le subconscient censés être à l’origine de ses troubles. La thérapie psychanalytique longue associait hypnose et "talking cure" (parole du patient), tandis que la thérapie courte de Semmel associait hypnose et suggestion. Mais le but thérapeutique était également de renvoyer ces soldats le plus rapidement possible au combat, quite à les faire réadmettre en hôpital psychiatrique après la guerre pour compléter le traitement.

Dans le roman de Weiss, il est important de noter que le narrateur/docteur ne présente pas les troubles du protagoniste A.H. comme une névrose de guerre résultant de traumatismes subis au combat mais comme la conséquence de la défaite : en conformité avec les théories de Freud sur la conversion hystérique, si le personnage A.H. devient aveugle, c’est parce qu’il "préfère être aveugle que de voir la défaite de l’Allemagne".

Le cas A.H. tel que le présente le roman de Weiss est donc une application parfaite des théories de Freud sur l’hystérie, et c’est cette hypothèse que démontrait déjà la biographie de Konrad Heiden.

Dans le roman, le narrateur/docteur fait parler son patient pendant des heures, et celui-ci se lance dans de violentes diatribes antisémites. Le psychothérapeute cherche la cause de cet antisémitisme virulent, jusqu’au moment où il a une illumination : "avez-vous eu des expériences désagréables avec des femmes juives ?" demande t’il à son patient ; en bonne orthodoxie freudienne, il pose que l’explication de l’antisémitisme du patient est d’origine sexuelle.

Toujours conformément à l’orthodoxie freudienne, le patient commence par refuser cette explication avec indignation, ce que le psychothérapeute voit comme un comportement typique de résistance confirmant la véracité de son explication : plus le patient résiste aux explications du psychanalyste, plus le psychanalyste peut être sûr qu’il a mis le doigt sur un noeud psychologique crucial dans les troubles du patient.

Le narrateur/docteur décide alors que la seule façon de vaincre cette résistance du patient à la guérison est de lui raconter un mensonge énorme, incroyable—ce qui est une application de la théorie proposée par Kretschmer : le patient a deux volontés, l’une de rester malade, l’autre de guérir, il faut opposer aux fantasmes et peurs du patient qui nourissent sa volonté de rester malade un fantasme plus fort, un mensonge énorme ("gigantischer Lüge") qu’il soit impossible de prouver faux.

Donc le docteur/narrateur du roman gagne la confiance de son patient en acceptant apparemment la théorie de celui-ci quant à l’origine de sa cécité, le gaz moutarde. Lui ayant ainsi donné l’impression qu’il est entendu, cru et compris, il brise ensuite les résistances de son patient A.H. par l’hypnose, et le force a "sortir de sa carapace" (dixit Weiss), c’est à dire à casser les structures mentales et croyances qui s’opposent à son retour à la santé.

Une nuit, l’ayant placé en état d’hypnose, il va le suggestionner et affirmer que sa maladie étant d’origine physiologique (ce qu’il croit faux), seul un miracle peut le sauver, mais que les miracles ne sont accordés qu’aux individus exceptionnels qui peuvent agir sur les forces naturelles par la seule puissance de leur volonté, et il lui demande d’abord s’il aura cette force là, qui seule pourra le guérir. Et il lui affirme ensuite que oui, il a cette force en lui, parce qu’il est, comme Mahomet et Jésus, un élu de la Providence .

Le narrateur/docteur réalise aussi que, si son patient est choqué, c’est que (en application avec les théories de Ferenczi), il était déjà malade, le choc n’ayant été qu’un simple déclencheur chez un individu souffrant déjà de "névrose paranoiaque" selon l’expression utilisée dans le livre de Rudolph Olden mentionné plus haut.

Et il comprend que, s’il veut guérir son patient, il doit se comporter comme Dieu avec lui, et utiliser le pouvoir de la suggestion pour le convaincre de guérir. Comme le patient n’avait pas d’atteinte physiologique et recouvre la vue, le personnage A.H. se met donc à croire dur comme fer qu’il est un homme providentiel.Et c’est donc en voulant guérir son patient que le héros de Weiss a créé un monstre, le monstre Adolf Hitler, c’est sa suggestion hypnotique qui, en boostant la mégalomanie d’A.H., l’a lancé dans sa carrière politique en le convainquant qu’il avait une mission à remplir : sauver l’Allemagne.

C’est lui qui, jouant les apprentis sorciers (thème classique de la littérature gothique et de l’expressionisme allemand), a réveillé et déchaîné toutes les tendances pathologiques latentes d’A.H. : narcissisme, mégalomanie, égocentrisme exacerbé, nationalisme , haine des juifs, etc. Car bien sûr, il n’a pas pu libérer A.H. de l’emprise de sa suggestion hypnotique après la séance comme le font habituellement les hypnotiseurs.

Et à la fin du livre, il comprend ce qu’il a fait et les conséquences que sa thérapie réussie va avoir pour l’histoire du monde : "j’ai créé un monstre, il est trop tard". Le Golem est lâché, rien ne pourra plus l’arrêter : le docteur/narrateur rencontre plus tard son ex-patient, d’abord dans une brasserie—et là, la relation est inversée : c’est lui qui est à son tour hypnotisé par l’orateur. Le roman décrit ensuite l’ascension d’A.H., devenu instoppable, alors que des foules toujours plus nombreuses succombent pareillement à son pouvoir hypnotique. Une autre rencontre a lieu à la fin du livre, où le docteur/narrateur se trouve dans un meeting ou A.H. parle devant des foules immenses, et où le psychiatre se sent réduit à n’être plus qu’une particule anonyme dans la foule en transe. Weiss décrit l’extase collective de la foule, transformée en un seul être vibrant sous la parole magique d’A.H. lui même en transe aussi.

Or le vrai Forster non seulement n’était pas un disciple des théories psychanalytiques mais il n’utilisait pas l’hypnose ; en fait, il était même opposé à son utilisation psychiatrique.

Le roman a pour but explicite de se servir du cas d’Adolf Hitler pour illustrer le bien-fondé des théories psychanalytiques et l’efficacité des méthodes thérapeutiques qui en étaient alors l’application. Dans sa correspondance, Weiss évoque également un thème central : la rencontre entre la névrose d’un individu et le malaise collectif de la nation en proie au chaos de l’après-guerre, unis dans une sorte de relation de dépendance mutuelle et névrotique. La névrose individuelle des vétérans se fond dans la psychose collective du peuple allemand : en fait, la suppression des crises personnelles est opérée par une régression collective (selon la théorie de Freud) qui rend les masses encore plus suggestibles et crédules.

Après Freud et Simmel, ce que qu’offre Weiss dans ce roman est une étude illustrée sur la psychologie des masses, qui est la clé qui, selon lui, permet de comprendre la réussite de maniaques comme Hitler.

Il est visible que de nombreux passages du roman sont des paraphrases fictionalisées de divers "morceaux" de théorie freudienne. Par exemple, la théorie freudienne sur le leader, qui doit représenter tous les attributs typiques de l’individu de masse, d’une façon claire et simple, tout en donnant l’impression d’être plus fort que l’individu moyen. Ce sont essentiellement Kretschner et Freud qui sont les références théoriques explicites de Weiss, et Pasewalk est présenté comme le microcosme reflétant la situation du macrocosme/Allemagne. Ce livre n’est pas une tentative d’expliquer le nazisme par une bio d’Hitler mais plutôt une tentative de comprendre les différents processus psychologiques, tant individuels que collectifs, qui ont rendu cette ascension possible.

En tout cas, cette oeuvre littéraire mélangeant informations avérées, rumeurs, fiction, paraphrase d’ouvrages préexistants et argumentation pro-freudienne ne peut être considérée comme un document historique.


Tonnerre

MessagePosté : 11 Juil 2011 22:35

J’ai résumé ci-dessus les critiques de ces deux ouvrages trouvées dans quelques articles apparemment bien informés sur le net, et je viens de recevoir le livre de Lewis, commandé pour pouvoir avoir une idée directe et plus précise de la question. En attendant, quelques critiques de simple bon sens ne figurant pas dans ces articles, certaines déjà abordées plus haut :

-  la thèse qu’un psychiatre ait pu magiquement transformer , d’un coup de baguette freudienne, un raté en maître de la manipulation des foules et en grand leader politique relève d’une vue magique et infantile de la psychologie humaine (et de la politique) qu’on s’attend à trouver dans des romans de gare, pas dans des ouvrages historiques. Que le séjour à Pasewalk ait compté dans l’évolution qui a amené le futur dictateur à s’orienter vers la politique , soit.

Mais la notion du psychiatre-démiurge tout puissant qui crée un génie à partir d’un individu des plus ordinaires par la seule puissance de la suggestion hypnotique est absurde, bien que je conçois qu’elle puisse flatter l’ego des psys qui ont diffusé cette légende en leur présentant une idée surestimée de leurs pouvoirs.

Hitler, contrairement au titre sensationnaliste de Lewis, n’a pas été "inventé" par un psychiatre, ni Forster, qui ne pratiquait pas l’hypnose de toute façon, ni un autre. Il possédait certaines aptitudes que certaines circonstances et certains milieux lui ont permis d’utiliser et de cultiver, et il n’avait pas besoin de psychiatres pour le convaincre qu’il avait une mission à accomplir, sa mégalomanie "naturelle" et certains événements vécus pendant la PGM l’en avaient déjà convaincu.

De plus, l’idée qu’un hypnotiste puisse exercer un tel pouvoir sur les gens qu’il hypnotise relève d’une vision hautement fantaisiste de l’hypnose, dont on savait assez peu de choses à l’époque. On sait maintenant que si la suggestion hypnotique peut avoir certains effets psychothérapeutiques, il ne faut pas cependant en attendre médicalement des miracles. A fortiori elle ne peut pas transformer un individu sous-doué en surdoué. Enfin, l’idée que Hitler est advenu parce que le docteur anonyme n’a pu "lever" la suggestion qu’il avait planté dans la tête de A.H. sous hypnose est le comble du grotesque, c’est du grand guignol, comme d’ailleurs toute la séquence de l’hypnose décrite dans le livre, qui se déroule évidemment de nuit (c’est bien connu que les psychiatres traitent leurs patients la nuit, de préférence par une nuit d’orage ? :mrgreen : ) , avec le médecin-gourou qui fait des passes au dessus de son patient en psalmodiant des incantations mystérieuses évoquant les noms de Jésus et de Mahomet.

-  car c’est bien aux intrigues rocambolesques du roman populaire plus qu’à la transcription d’un dossier médical que font penser certains aspects du roman de Weiss.

Dans sa caractérisation des personnages principaux (AH et le docteur anonyme à l’hôpital de P.), il est évident que l’auteur puise abondamment dans un stock de clichés littéraires et de stéréotypes, certains très anciens : le thème du Golem qui vient du folklore juif, le thème de l’apprenti-sorcier, du savant fou, qui crée artificiellement un être monstrueux qui échappe ensuite à son créateur et sème la désolation partout où il passe est un thème traditionnel repris au XIXème siècle par les romantiques et les gothiques avec le Frankenstein de Mary Shelley, au XXème siècle par les expressionnistes allemands avec Murnau et son docteur Caligari.


Tonnerre

MessagePosté : 12 Juil 2011 16:52

Merci de votre réponse Mr. Delpla.

Je vais attendre d’avoir lu le livre de Lewis pour répondre sur certains points, et aussi tant qu’affaire d’avoir lu le roman de Weiss, qui existe en Français en collection de poche et que je viens de commander.

Entre parenthèses, le livre de Lewis se trouve en vente d’occasion pour moins de 50 centimes d’Euro sur un très grand site de vente de livres en ligne donc à ce prix, une lecture de vérification s’impose.

Juste deux ou trois points de principe : vous dites que tout fait ventre en histoire. Certes, un historien peut et même doit —par exemple— lire les romans de Balzac s’il veut comprendre la société française de la Restauration, etc ;

Mais si toutes sortes de documents peuvent fournir des pistes à l’historien, il est bien évident que dans le principe même—et c’est un truisme majeur— les éléments d’information sur des événements historiques trouvés dans une oeuvre de fiction ne sauraient faire l’objet par l’historien du même traitement que celui qu’il réserve aux informations trouvées dans des documents "réels".

Au mieux, un romancier mélange des éléments réels tirés de son observation ou de son expérience personnelle déformés en fonction de sa subjectivité à des éléments purement imaginaires. Et il est toujours pratiquement impossible de démêler ce qui relève de l’un de ce qui relève de l’autre. Le roman de Weiss fait de nombreux emprunts, en ce qui concerne la typologie des personnages et certains aspects de l’intrigue, au clichés éculés du genre du roman fantastique populaire sous sa forme la plus échevelée.

Cela seul aurait du rappeler à des gens sensés que l’on avait affaire à de la littérature, à une fictionalisation de thèmes historiques, comme chez Balzac ou Dumas (en fait, avec Weiss, on semble être plus proche d’Eugène Sue).

Et qu’il était donc absurde, par définition, de prétendre que la description de la thérapie mise en oeuvre par le docteur anonyme de l’hôpital de P. n’était que la transcription pure et simple d’un dossier médical—c’est très naif artistiquement de postuler qu’un romancier fonctionne comme un appareil-photo et recherche (et peut atteindre) la reproduction servile et objective du réel, sans qu’interviennent filtrage, déformation, transposition et recomposition.

Ce qui a première vue est le plus rocambolesque dans cette histoire, c’est pourquoi le vrai Forster aurait fait des copies du dossier d’Hitler et aurait jugé bon de les remettre à des éxilés allemands antinazis à Paris.

Ces deux livres indiquent qu’il aurait été— je cite l’expression de Binion "antifasciste". A t’on des preuves, ou au moins des indications de ces opinions politiques antifascistes, qui paraissent assez inattendues chez Forster, étant donné les méthodes qu’il utilisait avec les soldats traumatisés qu’il traitait (leur faire honte d’être de mauvais soldats allemands et leur infliger des traitements et punitions douloureuses pour qu’ils repartent aussi rapidement que possible au front). A t’on des indications sérieuses qu’il ait eu des contacts avec des exilés antifascistes à Paris ?. Et pourquoi le supposé dossier médical d’Hitler aurait il abouti dans les mains de Weiss plutôt que dans celles d’exilés ayant plus de surface sociale, plus aisés et donc plus susceptibles de garder ce dossier compromettant en lieu sûr que leromancier (ce dernier n’avait qu’à peine de quoi subsister à Paris).

Pourquoi, si ces exilés craignaient d’être abattus par des sbires d’Hitler s’ils publiaient ce dossier à Paris n’ont-ils pas envoyé ces dossier à des exilés allemands aux US, qui auraient pu publier ces informations médicales dans des journaux américains sans grand risque ? Pourquoi avoir remis ce dossier à un romancier et non à un/des journalistes si l’on voulait qu’il soit publié ?

Que Weiss (pas Forster) ait fréquenté des milieux d’exilés allemands antifascistes à Paris, c’est prouvé. Qu’il ait eu communication d’informations d’insiders sur les sales petits secrets du nazisme et de son leader, c’est tout à fait plausible.

Mais cette histoire de dossier médical que Forster lui aurait transmis par exilés allemands interposés évoque furieusement un autre cliché littéraire, un procédé romanesque des plus classiques que Weiss aurait pu utiliser pour donner plus de poids et de crédibilité historique à son roman : dans de nombreux romans, le romancier annonce au début que l’histoire qu’il va raconter, il l’a trouvée dans une correspondance (Les liaisons dangereuses) de préférence découverte par hasard dans un grenier, ou qu’un inconnu lui a remis un manuscrit éclairant des événements mystérieux ("Le manuscrit trouvé à Saragosse"), ou qu’un proche d’un personnage célèbre lui a remis le journal secret tenu par ce personnage, etc.

Prétendre que son roman est tiré d’authentiques informations médicales hautement secrètes et compromettantes rendait le livre de Weiss autrement plus excitant pour les éventuels lecteurs, et autrement plus intéressant pour un éditeur que s’il l’avait simplement présenté comme une oeuvre de fiction inspirée de loin par quelques faits historiques réels.

Enfin, en admettant que ce dossier médical ait bien abouti entre les mains de Weiss, il faut tout de même se poser certaines questions :

-  quelle validité faut il accorder au diagnostic de "cécité hystérique" qui aurait été confirmé par Forster ? Ces mécanismes de conversion hystérique théorisés par Freud sont maintenant très contestés. La cécité de Hitler, qui s’était apparemment guérie toute seule AVANT l’intervention de Forster, n’était elle pas tout simplement une atteinte temporaire due à l’hypérite ? La rechute signalée par Binion, et que Forster prétendrait avoir guérie, ne serait elle pas tout simplement une rechute temporaire, comme il s’en produit dans nombre de guérisons, et non un symptome hystérique ?

Et enfin, l’affirmation que Forster soit bien à l’origine de la guérison de Hitler et de son incroyable ascension politique subséquente ne relève t’elle pas de sa part d’une mégalomanie galopante, en tout cas d’une surestimation grotesque de l’impact de son traitement , et d’une conception magique, "gouroutesque" de la psychothérapie ? Prétendre avoir transformé un zéro en homme de génie maître de l’Allemagne , excusez du peu !

Pour pouvoir accepter cette hypothèse délirante, il faut de plus admettre—comme dans les théories du complot— une kyrielle de faits non prouvés et/ou parfaitement invraisemblables, et aussi un certain nombre d’hypothèses et théories psychanalytiques hautement contestables.

Hypothèses dont, s’il en était besoin, la lecture d’un résumé des thèses de Binion confirme le caractère contestable : Brinion affirme que, bien qu’ayant recouvré la vue, Hitler la reperdit le jour même de l’armistice ( ?) "parce qu’il ne pouvait pas voir la défaite de l’Allemagne". Il affirme également que Forster, non content d’avoir guéri Hitler, avait aussi guéri Gôring de son addiction à la cocaine, avait sorti Bernhard Rust, ministre de l’Education d’une sale affaire de viol en le déclarant irresponsable car fou (alors qu’il ne l’était pas), etc etc ; bref que, médecin attitré des nazis, il en savait trop car ayant trempé dans de nombreuses sales histoires. C’est du roman feuilleton.

Toujours selon Binion, c’est parce qu’il avait été gazé que Hitler a voulu gazer les juifs, et c’est parce qu’un médecin juif aurait mal soigné sa mère d’Hitler qu’il serait devenu antisémite. Hitler aurait demandé à ce médecin, Bloch, d’appliquer une thérapie radicale pour soigner Klara, l’application de gaze iodoforme en compresses, procédé dangereux car toxique pour le malade, et qui aurait pu hâter sa fin. Binion pose que c’est parce qu’Hitler établit une analogie entre sa mère et l’Allemagne, la mort de sa mère et la mort (défaite) de l’Allemagne qu’il est antisémite : de même que sa mère a été tuée par un médecin juif , l’Allemagne a été tuée par les juifs. Ce qui est une façon de projeter à l’extérieur la culpabilité qu’il éprouve pour avoir tué sa mère en demandant qu’on lui applique le traitement toxique. Etc etc etc. Ces interprétations de psys sont sans doute légitimes en psychanalyse —discipline de plus en plus contestée et loin d’être une science exacte au point de confiner parfois au charlatanisme— mais elles n’ont pas leur place en histoire.


Tonnerre

MessagePosté : 15 Juil 2011 14:06

Citation : que sait-on du caractère (et des capacités oratoires) d’Adolf Hitler avant 1918 ?

Ses amis d’adolescence et de jeunesse le décrivent comme une personnalité dominatrice—dans la relation, ils se décrivent implicitement ou explicitement comme dominés par lui. C’est le cas de Kubizek dans son livre, où ils apparait comme très admiratif d’hitler, fasciné par sa personnalité intense. Clairement, il se considère comme très inférieur à son ami intellectuellement, et aussi il semble subjugué par son côté volontaire, autoritaire, irrascible et impulsif.

Cela n’implique pas pour autant qu’AH soit un chef de bande, il n’apparait pas comme grégaire, en fait plutôt solitaire à cet âge là. Mais dans la relation avec Kubizek, c’est AH qui prend les décisions, choisit les sorties qu’ils font ensemble, les lectures dont ils discutent etc ; Kubizek note aussi que Hitler aime déjà se lancer dans des tirades interminables sur tel ou tel sujet qui l’intéresse, et que le rôle qu’il lui assigne, comme à tous ses "amis" est essentiellement de l’écouter soliloquer.

Sur des photos d’enfant, Hitler a d’ailleurs un air volontaire et arrogant qui semble indiquer qu’il avait déjà une haute opinion de lui-même.

Prétendre que la personnalité d’Hitler change du tout au tout après Pasewalk est donc factuellement faux : il est déjà très "reconnaissable" dans les évocations de ceux qui l’ont connu avant qu’il soit connu.

De plus c’est psychologiquement absurde—les psychologues de toute obédience considèrent en effet que la personnalité est déjà essentiellement formée au sortir de l’enfance ; disons qu’à une certaine époque, AH prend pleinement conscience de ses dons d’orateur parce qu’il trouve un milieu où il peut les exercer sur une grande échelle et être enfin apprécié et reconnu à sa juste valeur pour ça.

Mais Hitler a toujours été un individu qui discourait interminablement et s’écoutait parler, simplement il est passé d’un auditoire amical restreint à des foules entières.

Dans d’innombrables biographie d’hommes célébres, on lit qu’ils s’ennuyaient à l’école, et qu’avant de trouver leur voie (acteur, artiste, politicien etc) , ils ont fait 36 métiers desquels ils se sont plus ou moins faits renvoyer, parce qu’ils étaient nuls dans ces jobs, pas faits pour ça. Au contraire, dès que ces apparents ratés entrent en contact avec une activité et un milieu qui leur permettent d’utiliser des dons jusque là peu ou pas employés, ils s’épanouissent, cessent de galérer et connaissent enfin le succès—sans qu’il y ait besoin d’intervention psychanalytique pour autant.

Cette histoire de la métamorphose d’Hitler à Pasewalk relève des contes et légendes qui se développent inévitablement autour des personnages célèbres.

La plupart des humains ont soif de merveilleux et, à la plate et décevante réalité, préfèrent mythes et histoires rocambolesques. Il y aurait un fil à ouvrir sur les nombreuses légendes qui ont proliféré au sujet d’AH : Hitler l’homme à un seul testicule, Hitler l’homosexuel, Hitler l’homme au grand père juif (et maintenant Hitler l’Arabe pour changer), etc. Plus généralement, chaque historien a sa vision d’Hitler, visions souvent si radicalement opposées qu’on se demande s’ils parlent bien de la même personne : Hitler " l’homme sans qualités", Hitler l’homme qui n’existe que par et pour le politique comme chez Kershaw, Hitler simple surface de projection de peurs et de fantasmes collectifs, Hitler le dictateur impuissant, et bien sûr Hitler le fou, avec une foule de subdivisions en différents diagnostics quant au type de psychopathologie dont il souffrait—hystérie, paranoia, névrose, psychose, pervers narcissique, etc.

Cette histoire de Pasewalk témoigne du naif optimisme (certains diraient mégalomanie) des disciples de Freud aux débuts de cette théorie, alors révolutionnaire, et dont, dans l’excitation de la découverte, ils surestimaient quelque peu l’importance ("je vous apporte la peste" a dit Freud, ce qui était très exagéré) ; à les en croire, pour ce qui est de l’âme humaine, la psychanalyse pouvait tout expliquer et (presque) tout guérir.

On sait maintenant que la plupart des cas de guérison proclamés par Freud étaient frauduleux et que les problèmes de ses malades ont perduré après leur soi-disant guérison, si même le traitement imposé par Freud n’a pas complètement détruit leur santé.

Elle est aussi caractéristique de l’intérêt extraordinaire qu’a suscité Hitler chez les psychanalystes ; une kyrielle de freudiens de toutes obédiences ont proposé leur propre explication de la personnalité du dictateur, pondant leurs théories sur son cadavre comme des mouches, prétendant pouvoir pénétrer et dévoiler les mystères insondables de son psychisme.

Et ces psychanalystes ont prétendu psychanalyser Hitler EN L’ABSENCE DU PATIENT, en violation de l’un des principes fondamentaux de la thérapie psychanalytique, l’écoute/décodage de la parole du patient, échafaudant, en l’absence d’informations concrètes, les interprétations et hypothèses les plus délirantes.

Hitler est ainsi devenu une sorte de passage obligé voire de lieu d’affrontement des interprétations psychanalytiques. Et c’est dans ce mouvement que s’inscrivent Binion et (sans doute) Lewis. Et aussi Weiss, enthousiaste de Freud (il aurait suivi l’enseignement du maître à Vienne) et son roman, qui a été écrit non pas comme une biographie visant à établir la vérité des faits sur certaines périodes de la vie du dictateur mais comme une défense et illustration de thèses psychanalytiques comme seules propres à expliquer son ascension.

A propos de Forster traitant Hitler par l’hypnose, Mr Delpla avance l’argument suivant : certes, on sait que Forster, d’après les dossiers médicaux de ses autres patients, n’utilisait pas l’hypnose pour les traiter, et pas davantage la psychanalyse. Mais ne peut on supposer que, vu la personnalité spéciale de Hitler (qui n’était donc pas si ordinaire que cela), il aurait fait une exception et aurait, pour une fois, tenté une expérience avec l’hypnose et la psychanalyse ? On peut tout supposer, mais l’historien ne fonde pas son travail sur des suppositions. On exige de lui à juste titre qu’il n’avance que sur la base de données constatables, au moins de faisceaux d’indices.

Qu’est ce qui nous prouve concrètement que Forster aurait pu utiliser une seule fois l’hypnose et la psychanalyse pour guérir Hitler ? Rien, aucun document fiable, cette version n’existe qu’à l’état d’intrigue dans une oeuvre romanesque.

Qu’est ce qui nous prouve par contre que Forster utilisait d’autres méthodes, plus traditionnelles, pour traiter les soldats traumatisés ? Les dossiers médicaux de ses autres patients, qui n’ont pas disparu, eux.

Et pourtant, c’est l’hypothèse "Forster hypnotiste" que retient Mr. Delpla. Ce qui pose un problème fondamental de méthodologie : chez lui, c’est l’absence même de preuves qui valide une hypothèse historique—parce que si les preuves sont absentes, ce ne peut être que parce qu’on les a fait disparaître.

J’ai d’ailleurs trouvé ce même type de logique paradoxale dans des ouvrages qui soutenaient que Hitler aurait été homosexuel ou juif : nous n’avons aucune preuve de son homosexualité ou de sa judéité mais justement, c’est parce qu’Hitler les a fait disparaître.

Donc, avec ce type de raisonnement, tout est possible : j’ai ainsi de bonnes raisons de penser que AH était un franc maçon transexuel adepte du satanisme :mrgreen : . Sérieusement, ce qui me gêne souvent chez Mr Delpla, qui néanmoins soulève souvent des questions intéressantes, c’est cette proclivité a toujours privilégier les hypothèses les plus invraisemblables, les plus sensationnalistes, les plus abracadabrantes.


Tonnerre

MessagePosté : 15 Juil 2011 16:08

Citation : vous continuez, non seulement à déformer mon propos, mais à ébarber soigneusement tout ce qui, dans la documentation, pourrait contredire votre thèse : les remords de Forster, son voyage à Paris, son suicide,

Vous donnez ici de nouveau un échantillon de votre démarche déductive et probatoire si particulière : le voyage de Forster à Paris et son suicide prouvent sans nul doute qu’il a bien traité Hitler par l’hypnose et par la psychanalyse, et que c’est lui, et lui seul, qui a fait de l’obscur raté d’avant la guerre le triomphant orateur, génie politique et militaire (pour un temps) et idéologue inspiré que nous connaissons—Hitler lui même n’y étant que pour fort peu de chose :mrgreen : Sans commentaire.

Citation : le mérite longtemps solitaire et incompris de Binion d’avoir mis en lumière tout cela après que l’excellent Deuerlein (que vous reléguez aussi sous la table) lui eut simplement signalé l’intérêt du roman de Weiss pour répondre à sa question sur la métamorphose de 1919

J’ai donné plus haut un exemple des divagations de Binion ; le fait que vous preniez au sérieux si peu que soit les interprétations extravagantes de cet individu donne une idée assez précise des failles de votre méthodologie.

Citation : S’il ne s’agissait que moi je laisserais glisser mais non, là je vous trouve impardonnable et, surtout, pitoyable d’assimiler cette oeuvre de pionnier aux élucubrations sur le testicule unique et l’homosexualité.

Je m’en prends uniquement à votre méthodologie, pas à votre personne ; avec ce genre d’épithètes, c’est vous qui faites dériver cette discussion vers l’attaque ad hominem , en violation de la charte.

Citation : La vérité, c’est qu’il y a bien une métamorphose, un devoir, pour l’historien, de l’expliquer au maximum

La Vérité, c’est vous qui la détenez évidemment, tous ceux qui ne sont pas d’accord avec vous sont dans les ténèbres de l’erreur.

Et là,-avec l’usage d’un tel vocabulaire, nous quittons le domaine de l’histoire pour entrer dans le domaine du religieux : non seulement, le croyant dédaigne de répondre aux critiques de ses croyances , mais il juge inutile de prouver les opinions qu’il défend : la foi ne se communique pas par la démonstration rationnelle mais par la force de l’affirmation. Vous affirmez avec force qu’il y a bien eu une métamorphose radicale à Pasewalk, j’ai mis en évidence qu’on pouvait très bien, quand on est jeune, passer de l’échec au succès sans intervention psychanalytique, vous n’avez rien répondu à cet argument, et vous contentez de répéter ad libitum votre article de foi.

Je me bornerai désormais à rendre compte de mes lectures sur la question Forster/Weiss, n’ayant que peu d’inclination pour ce vain exercice qui consiste à essayer de dissuader les amateurs de théories du complot de leurs convictions psychologiquement structurantes, avec lesquelles vos schémas habituels présentent d’intéressantes similarités.


Tonnerre

MessagePosté : 16 Juil 2011 11:35

Lisez cet article en allemand (lien ci dessous) paru dans le "Journal für Neurologie, Neurochirurgie und Psychiatrie" intitulé "Die Behandlung Adolf Hitlers in Lazarett Pasewalk : Historische Mythenbildung durch einseitige bzw spekulative Pathographie". L’auteur, J. Armbruster, est psychiatre et psychothérapeuthe de formation et exerce comme chef de clinique à la clinique/polyclinique de psychiatrie et psychothérapie Ernst-Moritz-Armdt, Greifswalde am Hanse Klinikum Stralsund.

Cet article explique—avec schéma—comment le mythe de la métamorphose d’AH à Pasewalk suite à un soi-disant traitement hypnotique par Forster s’est développé, à partir d’hypothèses spéculatives et "partiales" (einseitige) exposées et reprises dans les medias. Je cite un extrait du résumé de cet article (très mesuré) : "Au cours des années passées, le psychiatre Edmund Robert Forster (1878-1933 ) est devenu graduellement un centre d’intérêt. Un rapport de la US Naval Intelligence datant de 43 a encouragé certains auteurs à conclure que le suicide de Forster était du essentiellement au fait qu’il avait traité Hitler (l’article souligne que ce rapport basé sur les dires du docteur Kroner est sujet à caution, car Kroner qui était juif, pourrait avoir fait un récit altéré des événements, s’y donnant notamment un rôle plus important, afin d’ obtenir la protection des autorités américaines) .

" Basé sur le roman "Der Augenzeuge" par Ernst Weiss (1882-1840), et sans considération des autres possibilités, quelques publications ont développé cette théorie , allant jusqu’à affirmer que Forster avait traité Adolf Hitler par hypnose. La caractérisation de Forster comme le créateur d’Hitler peut servir d’exemple illustrant le développement d’un mythe fabriqué par les media, alors que la tragédie du destin personnel de Forster n’attirait que peu d’attention". Et la conclusion de ce résumé est que "les investigations visant à établir un diagnostic a posteriori ne devraient généralement être envisagées qu’avec les plus grandes réserves".

http://www.kup.at/kup/pdf/8276.pdf


Tonnerre

MessagePosté : 17 Juil 2011 14:24

Citation : Et comme je suis patient je renouvelle ma demande : quelle est votre explication de la métamorphose du rêveur solitaire en meneur d’hommes méthodique ?

Dans cette histoire de Hitler à Pasewalk, vous présentez comme prouvés une kyrielle de faits qui ne le sont pas du tout et dont l’exactitude conditionne pourtant la crédibilité de votre théorie.

Pour commencer, vous posez comme évidence indiscutable, en fait en prémisse à tout débat, qu’il y a eu métamorphose totale d’AH à Pasewalk, ce qui n’est qu’une opinion ne reposant sur aucun élément probant. Hitler dit dans MK que sa vocation politique et messianique lui est devenue claire à Pasewalk, c’est sans doute un moment clé mais de là à parler de métamorphose, c’est—encore une fois—une dramatisation sensationnaliste.

Car cette vocation messianique est présente et observée chez lui AVANT Pasewalk : plusieurs amis de jeunesse (dont Kubizek mais il n’est pas le seul) indiquent dans leurs souvenirs que Hitler entretient depuis son adolescence la notion qu’il est appelé à remplir une mission providentielle, même si alors il n’a pas encore renoncé à la vocation artistique.

Une autre confirmation de cette vocation messianique lui sera apportée par les diverses occasions où il a échappé "miraculeusement" à la mort pendant la guerre.

Si quelque chose s’est bien cristallisé dans sa tête dans cet hopital, absolument rien ne prouve non plus que cela serait du au docteur Forster et à une supposée cure hypnotique qu’il n’a jamais pratiquée sur ses patients, ni avant Hitler ni après.

A certaines étapes de la vie, on prend des décisions qui se concrétisent soudainement, après avoir mûri longtemps dans les têtes ; éventuellement, dans la jeunesse, cela peut se produire après quelques années d’hésitation , de "glandage" et de ratages. Mais un jour, on se réveille, et l’on sait que l’on veut devenir chirurgien, journaliste, pompier. Ou se marier, partir à l’étranger, que sais-je. Et à partir du moment où l’on sait enfin ce pourquoi on est fait, et qu’on s’y consacre entièrement (dans un milieu favorable), le succès arrive, souvent.

La transformation d’Hitler de rêveur solitaire en meneur d’hommes méthodique, de "glandeur" en leader a lieu parce qu’il trouve enfin sa voie—la politique—, et fait les rencontres cruciales qui lui permettent d’ y faire carrière —et ce APRES Pasewalk. Rencontres cruciales qui vont lui offrir l’occasion, pour la première fois, d’utiliser pleinement ses aptitudes et de réaliser sa vraie vocation. Et le monde extérieur va—enfin— lui renvoyer la vision grandiose qu’il a de lui-même, depuis sa jeunesse, et valider sa mégalomanie. Nul besoin d’être hypnotisé pour ça.

A ce propos, il est important de rappeler que, dans MK, Hitler dit qu’à Pasewalk, il a eu une "vision" de son avenir et répondu à l’injonction de voix intérieures. Ces voix lui disaient de sauver la Mère patrie des juifs qui l’avaient violée (et vous avez raison de souligner qu’il voyait cette tâche comme ultra-urgente). Et il finit le chapitre (je cite la traduction anglaise du texte : "with the jews, there can be no bargaining, there can be only the hard either/or. I had resolved to become a politician".

Ce sont donc, d’après lui, des voix INTERIEURES qui lui confirment qu’il a une mission politique à accomplir, pas celles de Forster et Kroner (quoique Forster ait pu stimuler son nationalisme puisque c’était sa thérapie pour renvoyer les soldats traumatisés au front). En fait l’audition de voix intérieures qui vous imposent des taches à accomplir est un des symptomes les plus caractéristiques de la schizophrénie—qui n’est pas équivalente à l’aliénation mentale (le terme de folie est un mot du langage courant qui n’est pas utilisé en psychiatrie).

Ces troubles de la personnalité existaient chez AH AVANT Pasewalk, de même que son racisme/antisémitisme, certes moins intense mais omniprésent dans la culture allemande de l’époque, de même que son talent oratoire.

La personnalité d’Hitler le leader n’est pas apparue subitement, ex nihilo et comme par miracle dans cet hopital ; sur ce point, votre approche relève de la pensée magique. La psychiatrie ou la psychanalyse peuvent dénouer des conflits internes, révéler des motivations inconscientes, elle ne peuvent pas créer un homme nouveau.

Citation : si vous avez un moyen de le joindre, invitez Armbruster à venir débattre, et en attendant répondez-moi !

Vraiment, inviter Armbruster à débattre ; dans tous les sens du terme, vous ne doutez de rien

Et la courtoisie suggère que, si l’on souhaite une réponse de son interlocuteur, l’usage de formes telles que "pourriez vous me répondre ..." ou "merci de bien vouloir me répondre ?..." soit de rigueur.

Je vous ai déjà répondu plusieurs fois, et j’ai signalé dans ces réponses une quantité de failles majeures dans votre théorie, or vous n’avez réfuté aucune de ces objections.

Voilà une liste récapitulative, sans doute incomplète, de tout ce que vous nous demandez d’accepter comme démontré, alors que cela ne l’est nullement, ou même a été établi comme probablement ou manifestement faux :

-  Hitler a subi une métamorphose totale à Pasewalk (non, tout au plus la résolution d’une crise d’identité)

-  sa cécité était bien d’origine hystérique (ce concept de cécité hystérique est très daté, et le diagnostic de Kroner/Forster est maintenant contesté ; de plus, Hitler n’avait pas un comportement "hystérique" tel que défini par Forster—peur, faiblesse de la volonté— , en fait il voulait retourner au combat)

-  il n’avait aucun sentiment d’avoir une mission providentielle à remplir avant d’y séjourner (faux, voir ci dessus)

-  il était un incapable sous-doué avant de séjourner à P. (faux, certes il ne s’était pas encore "trouvé" mais il avait impressionné nombre de ceux qui étaient entrés en contact avec lui par la puissance oratoire de ses diatribes enflammées et les connaissances d’autodidacte qu’il possédait sur des sujets très divers.

-  le docteur Forster traitait ses patients par l’hypnose et était un disciple de Freud (faux, rien de tel n’est indiqué dans les dossiers médicaux de F.)

-  il a hypnotisé Hitler et l’a transformé en politicien génial par les suggestions implantées dans son esprit en état d’hypnose ( c’est l’hypothèse du roman de Weiss ; à noter que Thomas Mann a écrit au début des années 30 une nouvelle "Mario und der Zauberer (Mario et le magicien) dans laquelle une jeune homme est hypnotisé par un magicien de foire, et qu’il en résulte chez lui des effets bizarres. Cette nouvelle a vraisemblablement inspiré Weiss, qui connaissait Mann personnellement.

-  l’hypnose peut transformer un raté en génie (faux )

-  comme la suggestion hypnotique n’a pu être levée, les injonctions de Forster sont restées gravées dans l’esprit d’Hitler jusqu’à sa mort, Forster a "inventé" Hitler, il a créé un monstre (du grand guignol)
-  Forster a fait une copie du dossier d’Hitler et l’a communiquée à des exilés allemands (aucune preuve, Forster a bien fait un voyage à Paris, mais la raison de son voyage n’est pas établie, ni la remise d’un dossier à des antinazis)

-  en admettant que Forster ait remis le dossier à ces antinazis, pourquoi ceux ci l’auraient ils remis à un romancier ? La publication d’un document dans un roman et non dans un journal ne peut que décrédibiliser le document publié. Des exilés amis de Weiss nient que cette transmission ait eu lieu, le seul de ces exilés à survivre jusque dans les années 50, Leopold Schwarzschild, n’a jamais rien affirmé à ce sujet.

-  Forster s’est suicidé parce qu’il avait soigné Hitler et poussé par la Gestapo( ? ; selon Lewis lui même, il avait déjà fait plusieurs tentatives de suicide et venait d’être renvoyé de son université)

-  Weiss aurait bien eu le dossier et l’a recopié textuellement (improbable de la part d’un romancier, même si Weiss a eu le dossier entre ses mains, il a très bien pu le romancer)

Comme déjà dit, votre thèse n’existe que dans la mesure où vous ignorez les critères méthodologiques les plus élémentaires de la recherche historique en matière de vérification de sources et d’informations. C’est votre droit de ne voir dans l’histoire que scénarios rocambolesques et hypothèses complotistes, mais cette instrumentalisation "mystagogique" et sensationnaliste qui est constante dans votre démarche compromet sérieusement votre crédibilité en tant qu’historien.


Tonnerre

MessagePosté : 17 Juil 2011 18:34

"Mario et le magicien’’, une nouvelle de 1930 de thomas Mann, semble bien être une des sources du roman de Weiss et en particulier de son intrigue de l’hypnose d’Hitler par un psychiatre ; certains des éléments du scénario sont identiques dans les deux textes, d’autres sont repris mais transposés ou "en négatif". D’abord, cette nouvelle de Mann , comme le roman de Weiss, a pour thème le fascisme comme pratique politique basée sur la manipulation des foules, en fait c’est une parabole transparente sur le fascisme : un magicien (il s’avère que c’est un hypnotiseur) donne une représentation dans une petite ville italienne. Cet homme, nommé Cipolla, est inquiétant, physiquement bizarre, voire repoussant. Il hypnotise différents membres de l’assistance, et les amène à faire des actes de plus en plus choquants , ridicules, humiliants, il annihile leur volonté et les transforme en animaux stupides qu’il dompte et fait agir à sa guise.

Il s’en prend d’abord aux faibles, aux plus humbles, à des enfants, des simples, des gens du peuple. L’assistance devrait se révolter devant ces abus de pouvoir mais elle est aussi sous son emprise, au point que Cipolla parvient à amener tout le public à se conduire comme des moutons dociles, à lever tel ou tel membre et à danser quand il leur en donne l’ordre. Finalement, un jeune homme, Mario, un serveur, monte sur scène. Cipollo l’hypnotise profondément , lui fait révéler ses secrets les plus cachés, ses infortunes amoureuses. Il arrive même à le convaincre (thème du "mensonge énorme" du docteur dans le roman de Weiss—cf la phrase d’Hitler : "plus le mensonge est énorme, plus il a des chances d’être cru") qu’il est la jeune fille dont Mario est amoureux. Mario, en pleurs, embrasse passionnément Cipollo, le caresse et se conduit avec lui comme s’il était la jeune fille.

Mais il se réveille de sa suggestion hypnotique, réalise avec horreur qu’il s’est conduit publiquement de façon ridicule et honteuse , et ce jeune homme effacé et ordinaire, pris d’une pulsion soudaine et incompréhensible, se transforme en meurtrier, et tue l’hypnotiseur, libérant ainsi la ville de son emprise.

Comme dans le roman de Weiss, on a un hypnotiseur (qui est le leader fasciste chez Mann, l’inventeur du leader fasciste chez Weiss), qui , par le pouvoir de la suggestion, soumet à sa volonté des gens banals et ordinaires, leur fait adopter des comportements inhabituels voire extravagants ou odieux, et fait surgir en eux des personnalités complètement différentes de leur personnalité normale.

Il joue les démiurges et peut littéralement faire d’eux ce qu’il veut ; et comme c’est un personnage malfaisant, il use et abuse sadiquement de ce pouvoir, pour ridiculiser et humilier. Le docteur du roman de Weiss, lui, use de son pouvoir de façon bienveillante, et s’il manipule l’esprit de son patient AH par la suggestion, c’est pour le guérir.

Mais Cipollo, comme le docteur, ont joué les apprentis sorciers : la créature qu’ils ont inventée se retourne contre eux et la relation de domination instaurée par l’hypnotiste est inversée (nouvelle mouture de Frankenstein) : les pulsions dangereuses que Cipolla a éveillées en Mario font de lui un monstre, un meurtrier, et la créature tue son créateur. Et le nouvel Hitler qu’a créé le docteur de Weiss devient le politicien charismatique qui subjugue tout un peuple, peuple soumis dont fait partie le docteur et dans lequel il se retrouve à la fin du roman réduit à l’état d’élément anonyme et dépersonnalisé.

Cette histoire d’Hitler le raté transformé par hypnose en leader charismatique et maitre du monde a quelque chose qui relève si manifestement du roman feuilleton qu’il est assez incroyable qu’on ait pu la prendre pour argent comptant.

Qui plus est elle relève du genre d’intrigues et de personnages romanesques qui sont véritablement archétypiques du roman gothique et de l’expressionisme allemand.

Des histoires de savant fou , de mauvais génie manipulateur qui transforme des gens normaux en monstres, il y en a beaucoup dans la production romanesque et cinématographique de l’Allemagne des années 30 (Fritz Lang, Metropolis, Le Cabinet du docteur Caligari etc) ; en fait, c’est dans l’air, et la correspondance symbolique avec le fascisme est évidente.


Tonnerre

MessagePosté : 18 Juil 2011 8:35

Le film "Le cabinet du docteur Caligari" , de Robert Wiene, a une intrigue qui a pu inspirer Mann et Weiss. Ce film date du début de 1919, c’est un des tout premiers films expressionnistes.

Le docteur Caligari est un personnage inquiétant, un de ses malades, Cesare, est somnambule (a des dons de medium) et le docteur Caligari le tient sous son emprise depuis des années.

Caligari et Cesare se produisent dans des fêtes foraines, où Cesare, mis en transe par Caligari, prédit l’avenir aux spectateurs. Un soir, il prédit qu’un jeune homme de l’assistance va être assassiné. Ce qui se produit en effet le lendemain. D’autres personnes sont assassinées.

Après diverses péripéties, il est découvert que c’est Cesare qui commet ces assassinats, suggestionné par Caligari, qui est en fait le directeur de l’asile psychiatrique où Cesare est pensionnaire.

Caligari a ainsi trouvé le moyen de commettre des assassinats par procuration sans être inquiété, en libérant les pulsions meurtrières latentes de son patient et en implantant des suggestions de meurtres dans son cerveau. Mais son malade lui échappe, la situation se renverse, il est démasqué et pourchassé par la population de la ville, doit se réfugier dans l’asile dont il est le directeur et y est enfermé. L’atmosphère de ce film est lourde et angoissante, des critiques ont vu dans ce film une préfiguration du nazisme.

Extrait du résumé du film :

ACTE 5 : L’étau se resserre autour de Caligari, des documents trouvés dans son bureau attestent qu’il a manipulé Cesare le somnambule pour le conduire à commettre des meurtres sous son contrôle. Il voulait prendre la place du vrai Caligari, un autre mystique qui lui aussi manipulait un somnambule, cela afin de découvrir le secret de son contrôle.

ACTE 6 : Démasqué, Caligari achève de sombrer dans la folie, il est interné avec une camisole de force dans son propre asile psychiatrique.


Tonnerre

MessagePosté : 18 Juil 2011 21:47

Citation : Si vous croyez ce que vous écrivez, vous auriez intérêt à soigner davantage votre argumentation. Les trois quarts des affirmations que vous me reprochez ne sont, en effet, pas de moi

Pour clarifier le débat qui se perd dans les malentendus, pourriez vous davantage préciser ce que vous pensez qu’il s’est passé à Pasewalk ? Par exemple, lesquelles des affirmations ci-dessus reprenez vous à votre compte ? Et selon vous, dans le roman de Weiss, quels éléments reflètent ce qu’était vraiment le docteur Forster et qui s’est passé à Pasewalk, et lesquels relèvent de la fiction ?

Merci de ces précisions.


Tonnerre Sujet du message : Re : La santé d’Hitler MessagePosté : 19 Juil 2011 9:20 En ligne Modérateur Modérateur

Inscription : 04 Juin 2006 12:47 Messages : 2071 Localisation : RP Citation :

Forster a soigné Hitler, et en 1933 cela posait problème aux deux parties.

Il est allé à Paris et un dossier a circulé.

La phrase "croyez en vous aveuglément et vous cesserez d’être aveugle" colle avec l’ensemble de la démarche nazie.

Les tonnes de silence, puis de boue, déversées sur Forster et Binion n’honorent pas les déverseurs

De nouveau, vous vous contentez d’asséner des affirmations ; pour ce qui est de fournir des preuves, des faits précis et des raisonnements étayant vos dires, il n’y a rien dans les énoncés ci-dessus.

Je le répète : il n’y a aucune preuve du fait que le vrai Forster ait même seulement sorti de l’hopital le dossier d’Hitler et l’ai gardé chez lui. Forster a cessé de travailler à Pasewalk fin 1918, il a ensuite travaillé à l’hopital de la Charité. Hitler était alors un parfait inconnu, pourquoi Forster aurait il gardé (ou copié) le dossier médical d’un parfait inconnu ? Mais peut être est il revenu plus tard à Pasewalk pour le subtiliser , par une nuit sans lune ?

Cette histoire de dossier sorti par Forster n’est qu’une des nombreuses invraisemblances et improbabilités dont cette histoire est un tissu. Binion est le type du psychanalyste qui sur-interpréte de façon délirante, nous renseignant ainsi plus sur son propre psychisme, sur ses propres fantasmes , que sur ceux de celui qu’il analyse. C’est d’ailleurs ce que divers critiques de la psychanalyse reprochent à son créateur (avoir fait non pas une théorie du psychisme humain mais du psychisme freudien) , Onfray n’étant que le dernier en date.

Il existe—j’en ai lu quelques unes—des analyses psychanalytiques pénétrantes, subtiles— et prudentes. Le problème est Binion fait de la psychanalyse à la machete : c’est laborieux, simpliste, scolaire, sans nuance, et pour tout dire inintelligent. Quant à Forster, vous confondez obstinément un personnage de roman, le docteur anonyme de l’hopital de P tel que décrit par Weiss. , et le vrai Forster.

Le personnage du roman de Weiss, a très peu à voir avec le vrai Forster, et beaucoup à voir avec Weiss lui-même- je reviendrai sur ce point très important dès que j’aurai un moment.


Tonnerre

MessagePosté : 24 Juil 2011 10:57

Je viens de terminer la lecture du roman de Weiss, "Le témoin oculaire". Excellent roman, il est injuste que Weiss, ami de Kafka, de Thomas Mann et de Stefan Zweig, et comme eux écrivain connu de son époque, ait été assez oublié, car il a un réel talent littéraire. Et lui, à la différence de Binion, ne manie pas la théorie psychanalytique comme un marteau-pilon, non seulement il a des connaissances étendues en matière de psychanalyse, d’hystérie et d’hypnothérapie mais le décodage psychanalytique qu’il fait de l’ascension d’Hitler et de la subjugation subséquente du peuple allemand est pénétrant, subtil et pétri d’intelligence, même si l’on peut ne pas adhérer à toutes les thèses qu’il avance.

Je viens de terminer également « The Man Who Invented Hitler », de David Lewis. Nettement moins intéressant, des retours en arrière inutiles sur des épisodes ultra-connus de la biographie d’Hitler étirés en paraphrases interminables, le tout écrit dans un style journalistique donnant un tour romanesque, et donc décrédibilisant , à ce qu’il raconte. Et finalement une démonstration boiteuse et peu convaincante qui renforce mon scepticisme.

Donc, je rappelle la genèse de cette histoire : jusque vers les années 70, personne ne spécule sur ce qui s’est passé à Pasewalk, personne, sauf quelques individus directement intéressés, ne sait qui y a traité Hitler.

Dans MK, Hitler parle de ce séjour dans un hôpital à la fin de la guerre suite à une exposition au gaz moutarde qui lui a brûlé les yeux. Il évoque une période où il a eu des visions, où des voix l’ont assuré qu’il avait une mission à remplir, celle de sauver l’Allemagne des juifs et de leurs alliés, et où s’est cristallisée sa vocation politique. Il ne dit pas y avoir été soigné par un psychiatre, et il présente sa cécité temporaire comme due à une atteinte physique.

En 1963, le roman de Weiss, « Le témoin oculaire », dont le manuscrit avait disparu pendant plus de 20 ans, est enfin publié, sans attirer beaucoup d’attention, mais en 1972/1973, un nouvel élément intervient qui créée un intérêt pour cet ouvrage : un document de la US Naval Intelligence est déclassifié et diffusé, il s’agit de l’ interrogatoire d’un certain docteur Kroner, réfugié juif allemand, effectué en 1943 à Reykjavik par un officier de l’OSS (ancêtre de la CIA) , dans lequel Kroner fournit un certain nombre d’informations importantes : que Hitler à été soigné à l’hôpital de Pasewalk par le docteur Forster, neurologue, suite à son gazage et à la cécité dont il souffrait. Le docteur Forster l’aurait diagnostiqué comme « psychopathe à symptômes hystériques » et le suicide de celui-ci, survenu en 33 alors qu’il était directeur de la faculté de médecine de l’Université de Greifwald, aurait été en fait un assassinat commis par les nazis parce qu’il aurait diagnostiqué Hitler comme psychopathe . Ci-dessous le texte de ce rapport :

http://www.dredmundforster.info/karl-kr ... ss-officer

Enfin et surtout, en 1975, Binion, recueille des confidences d’un ami de Weiss, Walter Mehring, qui affirme que lui et d’autres exilés allemands (Alfred Döblin, auteur de « Berlin Alexanderplatz », Joseph Roth et Leopold Schwartzschild) auraient présenté Forster à Weiss lors d’un voyage que Forster aurait fait à Paris en 33, et que Forster aurait remis à Schwartzschild, directeur du journal ‘Dans Neue Tagebuch » , journal des exilés allemands à Paris, le dossier médical d’Hitler qu’il aurait gardé chez lui depuis 1918. Schwartzschild, craignant la répression nazie s’il publiait ce document, le remit alors à Weiss, et celui-ci s’en serait inspiré directement pour son roman. Le roman de Weiss, à la suite de ces révélations, est alors présenté par certains (Binion, professeur d’histoire, Lewis, neuropsychologue et Hartmann ) comme étant , pour le chapitre se déroulant à l’hôpital de « P. »., un récit exact de ce qui s’est passé au véritable hôpital de Pasewalk, car basé sur ce dossier médical.

Et l’histoire s’enrichit de nouveaux détails et s’embellit à mesure qu’elle se propage : pour Lewis par exemple, un élément nouveau s’y ajoute : Hitler aurait subi une métamorphose totale à Pasewalk, passant du raté solitaire au leader politique charismatique, et cela serait du au traitement mis en œuvre par le docteur Forster, traitement qu’il prétend à base de suggestion hypnotique inspiré par les méthodes psychanalytiques, tout comme dans le roman. Et Forster serait donc, selon le titre sensationnaliste du livre de Lewis, « l’homme qui a inventé Hitler »

C’est donc essentiellement sur le témoignage de Mehring que cette histoire repose, le témoignage de Kroner recueuilli par l’US Naval Intelligence ne précisant, pour ce qui s’est déroulé à Pasewalk, que le nom du médecin traitant d’Hitler et sa spécialité, ainsi que son diagnostic.

J’ai déjà souligné certaines des objections majeures auxquelles se heurte cette thèse de Binion, Lewis & co :

-  le vrai docteur Forster n’utilisait pas l’hypnose avec ses autres patients, ’il n’était pas un disciple de Freud et employait, pour faire repartir au front les soldats traumatisés, des méthodes autrement plus brutales et primitives que la psychanalyse.

-  le docteur Forster, ayant quitté l’hôpital de Pasewalk peu après la guerre (et celui-ci ayant d’ailleurs été rapidement fermé) , n’avait aucune raison d’avoir, avant d’en partir, copié le dossier d’un parfait anonyme, un simple caporal parmi les nombreux soldats traumatisés qui lui étaient passés entre les mains.

D’ autres objections font apparaître cette thèse comme douteuse ; en voici quelques-unes :

-  Mehring situe le contactWeiss/Forster à l’été 33, or il semble qu’en 33, et d’après sa correspondance, Weiss avait du rentrer à Prague et y rester de longs mois pour soigner sa mère très malade-il ne quittera Prague qu’après sa mort.

Et surtout, seul Mehring a rapporté ce contact Weiss-Forster, aucun des autres amis soi-disant impliqués dans cette rencontre-Döblin, Schwartzschild et Roth— ne l’ont jamais mentionné à quiconque, et pourtant Schwartzschild a survécu une quinzaine d’années à Weiss ; plus surprenant encore, Weiss entretenait avec des amis intellectuels allemands en exil une correspondance importante et fréquente—certains d’entre eux d’ailleurs l’aidaient financièrement. Et pourtant, dans aucune des lettres qu’il leur écrit il ne parle de cette rencontre avec le médecin d’Hitler, ni de remise du dossier médical, ce qui aurait pourtant été un scoop énorme dans le milieu des exilés allemands antinazis en 1933.

Mehring est donc la seule source de cette histoire de remise de dossier médical ; ni Weiss, ni Forster, ni aucun des amis ayant soi-disant assisté à cette rencontre n’ont jamais mentionné un tel événement à quiconque. Comme indiqué plus haut, dans sa description de AH, Weiss s’est beaucoup inspiré des biographies de l’exilé allemand Konrad Heiden—dont il fit la connaissance à Paris— et de Rudolf Olden. Et bien entendu de MK. Il est également important de savoir que le manuscrit définitif du roman de Weiss a été perdu (c’est cette version qu’il avait envoyée, sur recommandation de Stefan Zweig et dans l’espoir d’obtenir un prix littéraire, à l’American Guild for German Cultural Freedom, qui lui versait déjà une petite allocation). Personne même ne sait ( d’après l’Introduction ) d’où a ressurgi le manuscrit qui a été mis en circulation en 1951 par l’agent littéraire américain Paul Gordon et présenté à plusieurs éditeurs européens. On sait par leur (importante) correspondance que Weiss a soumis le manuscrit définitif à Stefan Zweig, sans mentionner à lui plus qu’à aucun autre une quelconque histoire de dossier médical.

En conclusion provisoire, et pour mettre en évidence le fait que la thèse de Mr Delpla est loin de faire l’unanimité parmi les historiens et critiques de l’œuvre de Weiss, je cite un extrait de l’excellente introduction à la traduction française du roman :

"il convient peut être d’accueillir avec prudence les indications que Walter Mehring donne de l’origine du roman. Il est difficile de comprendre les raisons qui auraient pu pousser le docteur Forster, psychiatre qui aurait soigné Hitler à Pasewalk, à conserver le dossier d’un caporal insignifiant. ...Si sa cécité est attestée par "Mein Kampf", rien n’indique qu’elle ait pu être d’origine hystérique... Enfin, il est surprenant que Weiss lui-même n’ait jamais ébruité cette fantastique histoire de rencontre avec le médecin d’Hitler, qu’on n’en trouve aucune mention dans sa correspondance (ni de dossier remis par des exilés allemands), pas même dans ses lettres à Stefan Zweig". Et en effet, comme le souligne aussi cette introduction, il est peu crédible qu’un exilé juif antinazi veuille à tout prix ne pas divulguer des informations compromettantes sur Hitler pour respecter le secret médical.

"Fantastique histoire", c’est le mot.

Pourquoi Mehring aurait-il inventé cette histoire de dossier médical ? Ca n’est qu’une hypothèse , mais avant la guerre, dans le milieu des exilés allemands juifs et/ou antinazis, de nombreuses rumeurs très péjoratives circulaient sur Hitler, la plupart totalement ou partiellement calomnieuses. Le but de ces rumeurs étant évidemment de présenter Hitler comme un monstre, un fou, un malade, un pervers sexuel, etc aux yeux des opinions publiques occidentales.

Comment mieux étayer une rumeur comme quoi Hitler serait un dangereux malade mental qu’en affirmant qu’il avait fait un séjour dans un hôpital à la fin de la guerre, non pas pour une atteinte physique (une cécité due au gaz moutarde) mais pour une « cécité hystérique » (diagnostic que ne poserait plus un psychiatre moderne) , et qu’il avait été officiellement diagnostiqué comme « psychopathe à symptômes hystériques » (c’est-à-dire « à mi chemin entre la santé mentale et la folie », comme le dit le rapport du US Naval Intelligence Service) par un neuropsychiatre éminent, le docteur Forster ?

Et qu’on en avait même la preuve écrite, Forster ayant conservé par devers lui pendant plus de 15 ans le rapport médical de ce patient, et qu’il aurait remis ce rapport à d’autres exilés allemands antinazis qui l’auraient remis à Weiss, qui l’aurait utilisé dans son roman...

On remarque d’abord un côté « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours » dans ce récit, qui est une caractéristique typique du processus de propagation des rumeurs.

Deusio, les déclarations qui « valident » l’histoire Forster/Weiss émanent toutes d’exilés allemands antinazis (Mehring, Kroner). J’ai souligné que Kroner a fait les déclarations en question en 43, aux autorités militaires américaines, dont il attendait un visa pour pouvoir émigrer aux Etats-Unis.

Il est très probable que Weiss, exilé allemand antinazi et qui fréquentait les milieux d’exilés allemands antinazis à Paris, était au courant des multiples rumeurs qui circulaient sur Hitler dans ces milieux. Il est aussi très probable qu’il ait utilisé certaines de ces rumeurs dans son roman, et même il est possible que certaines d’entre elles aient comporté quelques grains de vérité.

MessagePosté : 25 Juil 2011 8:47

Donc la thèse de Binion et Lewis est que ce que décrit la partie du roman de Weiss située à l’hôpital de P. — le comportement du personnage AH, ses symptômes, sa relation avec le docteur/narrateur, le diagnostic, le traitement mis en œuvre-tout cela correspond à ce qui s’est vraiment passé au véritable hôpital de Pasewalk parce que Weiss aurait tiré tous ces détails du dossier médical d’Hitler.

En fait, si l’on étudie la vie et l’œuvre romanesque de Weiss, bien plus qu’au véritable docteur Forster, ce qui concerne le médecin psychiatre de l’hopital de P. dans le roman de Weiss renvoie surtout à la biographie du romancier lui-même, ainsi qu’aux grands thèmes récurrents de son œuvre et à certains archétypes littéraires qu’il recycle, comme je l’ai déjà mentionné.

Comme Weiss, le médecin psychiatre qui soigne le patient nommé AH dans le roman est chirurgien de formation, mais acquiert des connaissances en psychiatrie et en psychanalyse qui l’amènent à s’orienter ensuite vers ce domaine. Alors que Forster n’était pas chirurgien, juste psychiatre/neurologue-et nullement psychanalyste.

Comme Weiss, son personnage est chirurgien militaire au front durant la PGM, et voit défiler entre ses mains des soldats atrocement blessés et mutilés qu’il s’efforce de réparer tant bien que mal, opérant à la chaîne sans dormir pendant des jours. Forster, étant psychiatre, a bien traité des soldats psychologiquement traumatisés mais n’a pas pratiqué la médecine d’urgence sur les champs de bataille.

Comme Weiss, le D/N du roman est passionné par la dissection anatomique, les mécanismes infiniment compliqués du corps humain , l’anatomie du cerveau et son rapport avec l’intelligence. Ce qui n’était pas la spécialisation de Forster (d’après ce qu’en dit Lewis), qui était connu pour ses travaux sur l’effet du tréponème pâle (vecteur de la syphilis) sur le cerveau et le système nerveux, ainsi que pour ses recherches sur les tumeurs cérébrales. Toujours d’après Lewis, sa théorie médicale de référence était plutôt organiciste (les (vrais) troubles mentaux ont une base organique), alors que l’approche du docteur du roman est plus moderne, plus psychologique car il s’intéresse au fonctionnement même de la pensée, et non pas tant à celui ses organes. Etc etc.

De nombreux détails biographiques et médicaux que Weiss prête à ce personnage sont donc tirés de propre sa vie et de sa pratique médicale.

Si l’on examine l’abondante production littéraire de Weiss, on observe que ses thèmes de prédilection sont l’analyse des ressorts cachés des comportements humains, de cette part obscure en nous qui est refoulée, occultée dans la vie sociale ordinaire—pulsions, désirs inavouables, instincts criminels, folie—, et qui surgit à l’occasion de crises et de circonstances exceptionnelles.

Weiss appelle cette part d’ombre notre "âme souterraine" (à peu près le id/ça de Freud, par lequel il est très influencé) et elle émerge à certaines occasions sous la forme de comportements incompréhensibles, aberrants, brutaux, terrifiants, barbares. "Ce qui semble l’attirer par dessus tout,—dit l’introduction du roman,—c’est la description d’états de conscience , de situations psychologiques limites où l’unité de la personne, la raison, la morale semblent s’effondrer". De pair avec ce thème des états psychologiques limites , ces crises morales où les barrières de la raison cèdent devant notre part de ténèbres, l’autre grand thème récurrent de son œuvre est celui du médecin "dominateur" , qui se prend pour Dieu, veut jouer le rôle du destin dans la vie de ses patients, et qui finalement n’est qu’un apprenti-sorcier, car par son intervention dans la vie de ses malades, il déclenche des conséquences imprévues et provoque des catastrophes .

Ce personnage de médecin-démiurge apparait dans plusieurs de ses romans, en particulier "Der Fall Vulkobrankovics" (1924) et "Männer in der Nacht" (1925), ainsi que dans un autre roman dont le titre est particulièrement parlant, puisqu’il s’intitule "Georg Letham, Artz un Mörder" (Georg Letham, médecin et meurtrier), de 1931.

Le personnage du médecin-démiurge est également au centre du ’’Témoin oculaire", un autre de ces docteurs qui "avec leurs fioles ou leurs scalpels, maître de la douleur, de la vie comme de la mort,. ... veulent égaler Dieu".

Et donc, loin d’être uniquement inspiré par la personnalité du vrai docteur Forster comme le prétend Lewis, le docteur/narrateur du roman renvoie en fait à un leitmotiv thématique obsédant des romans de Weiss, déjà présent dans son œuvre depuis ses débuts de romancier dans les années 20.

Mais-et c’est ce qui est le plus surprenant-si d’après Mr Delpla la partie du roman de Weiss qui se déroule à P. correspond à ce qui s’est vraiment passé à Pasewalk, pourquoi certaines de ses affirmations sur ce qui s’y est passé contredisent-elles la version de Weiss ?

Exemples :

Selon Mr Delpla, il y a à Pasewalk et suite au traitement, "métamorphose du rêveur solitaire en meneur d’hommes méthodique".

Le roman de Weiss dit exactement le contraire : d’après la description que fait le romancier d’AH à son arrivée à l’hopital de P. —et donc AVANT le traitement du docteur/narrateur—A.H. n’est pas un solitaire, c’est un homme énergique et hyperactif, un meneur d’hommes à la volonté irrésistible doublé d’un orateur charismatique.

Je cite des extraits de cette partie du livre : "on me l’ (AH) avait signalé comme un éternel perturbateur, un meneur, un éternel mécontent qu’il fallait sanctionner disciplinairement" .

A l’hôpital de P. ,écrit Weiss, le caporal AH "imposait sa volonté", "terrorisait les autres comme s’il n’y avait personne d’autre que lui", tyrannisait son entourage, exigeant de toujours avoir quelqu’un à sa disposition pour le guider , l’aider à aller aux toilettes, manger etc.

Mr Delpla affirme que : "il (Hitler) discourait beaucoup mais il était très isolé". Tout à l’opposé, Weiss le décrit comme déjà entouré de supporters dont quelques uns sont fanatiques : "Parfois l’envie le prenait de donner l’ordre à quelques amis (il y en avait un petit nombre qui lui étaient attachés de manière fanatique) de venir au milieu de la nuit auprès de son lit (malgré son rang peu élevé, il les avait bien en main) et il leur tenait des discours sans fin sur ses convictions politiques et ce avec un tel feu qu’après ils ne pouvaient pas plus dormir que lui. ..." .

IL a donc déjà attiré autour de lui un groupe d’admirateurs qui lui obéissent au doigt et à l’oeil : "il ne manquait de rien, avait même beaucoup de compagnie".

Sa force de conviction absolue, qui est un des ressorts de l’emprise qu’il établira plus tard sur les foules, est déjà présente :

"Il avait des idées simples mais convaincantes et il en était tellement pénétré que son cercle grandissait constamment" ; "il ne doute jamais, n’apprend jamais".

C’était déjà "un homme supérieur, cultivé, ...", "un homme qui comprenait vite, il était intelligent. Quand il mentait, il croyait dire la vérité". Il devinait les hommes et sa volonté était déjà extraordinairement forte ; en fait, c’est la force de sa volonté qui l’avait rendu aveugle : il n’avait pas VOULU voir la défaite de l’Allemagne. Et il souffrait déjà de "mégalomanie", il était "dangereux".

Son caractère est donc déjà très "hitlérien", extrêmement affirmé, fixé, psychorigidifié. Et le D/N déclare : "j’ai soigné des malades de son genre, sans toutefois les changer fondamentalement. Car le fond de ces hommes, leur instabilité, leur fausseté, leur insatiabilité, leur ignorance d’eux mêmes, leur incapacité à se mettre dans la peau d’un autre , et même de comprendre ne serait-ce que le simple droit de vivre d’un autre, leur ingratitude, leur feu égocentrique, tout cela seul un Dieu aurait pu le changer de fond en comble".

Mais ajoute t’il, "nous autres médecins, nous nous estimons semblable à Dieu..."

Ce que dit le docteur/narrateur en fait, c’est qu’il a essayé de changer AH, mais qu’il a échoué dans cette entreprise hubristique.

A l’hopital de P , il n’y a donc pas eu métamorphose au sens où Mr Delpla l’entend : parce que Weiss, fondamentalement pessimiste, estime que c’est impossible.

Le maître et mentor en psychiatrie du D/N, « le Kaiser des fous » a d’ailleurs tenté l’expérience avant lui, croyant qu’ en greffant des morceaux de thyroide à un idiot, il pouvait le rendre intelligent. Il a aussi lamentablement échoué : après une amélioration passagère, l’idiot est retombé dans son abrutissement : les médecins de Weiss se PRENNENT pour Dieu mais ce que dit Weiss, c’est qu’ils surestiment leur pouvoir et qu’ils ne peuvent changer la Nature.

C’est-à-dire exactement le contraire de ce qu’affirme F. Delpla au sujet du traitement d’Hitler par Forster.

Je cite de nouveau Mr Delpla sur l’antisémitisme d’Hitler : "il devient homme d’action, et obsessionnellement antisémite , en un temps très court, au lendemain de la guerre" ; "brusque surgissement de son antisémitisme en 1919", précise t’il. Le AH du roman est déjà un antisémite virulent lorsqu’il arrive à P ; je cite Weiss :

"La haine des juifs était si forte chez lui qu’il refusait de manger à une table où mangeaient des juifs. Il les évitait et affirmait les reconnaître à l’odeur". "Il hurlait... chuchotait comme dans un délire,.. "Dot Judt" (le youtre dit avec l’accent autrichien ndlr) était la cause de tout. (...) Des centaines de milliers de jeunes filles sont séduites par de répugnants bâtards juifs aux jambes torses". "Il en revenait toujours aux juifs"...".

Le récit de la séance d’hypnose est captivant, Weiss est un conteur habile et sait ménager ses effets : selon le docteur/narrateur, AH étant devenu aveugle parce qu’il n’a pas voulu voir la défaite de l’Allemagne, il suffit donc qu’il veuille guérir pour qu’il le puisse. C’est un bras de fer entre deux volontés, "esprit contre esprit" ; comme dit plus haut, le D/N affirme à AH qu’un homme ordinaire ayant le même problème de cécité que lui ne pourrait jamais guérir, mais " un élu", "un homme possédant une volonté particulière, de l’énergie spirituelle", peut guérir. Et que "l’Allemagne maintenant a besoin d’hommes ayant de l’énergie et une foi aveugle en eux mêmes". Le psychiatre allume une bougie, demande à son patient de la fixer, AH distingue d’abord des formes vagues, puis de plus en plus distinctes etc. Et le docteur/narrateur conclut : « J’avais joué au destin, à Dieu et j’avais rendu à un aveugle la vue et le sommeil ».

Donc le docteur/narrateur ne dit pas du tout qu’il a transformé AH, dont le caractère était déjà essentiellement fixé avant le traitement. Ce qu’il dit avoir fait pour lui, c’est :

-  lui rendre la santé, le guérir de sa cécité, handicap rédhibitoire qui l’aurait empêché de faire quoi que ce soit politiquement ; c’est dans ce sens, en rendant possible la carrière politique d’Hitler, qu’il a joué au Destin.

-  lui donner confiance dans le pouvoir de sa volonté, soi-disant capable de subjuguer même les forces naturelles (le D/N a fait croire à AH que sa cécité est physiologique, causée par le gaz moutarde). Volonté qui était déjà despotique, simplement le D/N lui confère une sorte de validation finale et irréfutable : AH se voyait depuis longtemps comme messianique et élu, mais le D/H lui en fournit la preuve par neuf puisque qu’il lui fait croire qu’il peut faire des miracles, en fait qu’il peut s’automiraculer :

"j’étais le premier à avoir fait des miracles sur cet être miraculeux" écrit Weiss. Donc selon Weiss, AH est déjà "miraculeux" avant l’intervention du D/N, ce dernier ne fait que le lui confirmer "officiellement", il le consacre en tant que messie en quelque sorte. Loin de le changer, il booste au contraire ses pires défauts, l’autorise à donner libre cours à une mégalomanie et à une tyrannie sans limites.

Après cet épisode, le D/N enterre dans une cassette les notes qu’il a prises durant le traitement, fuit en Suisse par peur des nazis, met le dossier dans le coffre d’une banque mais sa femme, qui est juive, le remet aux nazis en échange de l’immunité pour elle et sa famille. A la fin, le D/N s’engage en Espagne aux côtés des troupes républicaines.

Et sur la base de ces divergences radicales entre lui et Weiss, on peut se poser la question : Mr Delpla a-t-il lu le livre considéré , par les auteurs mêmes dont il soutient les thèses, comme le témoignage le plus complet sur Hitler à Pasewalk ?


Tonnerre

MessagePosté : 28 Juil 2011 12:43

Citation : Autant votre post précédent était éclairant, autant celui-là régresse vers une polémique inintéressante et a-historique .

La discussion du roman de Weiss n’est évidemment pas a-historique puisque le problème est justement que Binion, Lewis & co ont conféré à ce livre (du moins à la partie qui concerne Pasewalk) le statut de document historique (car basé sur ce fameux dossier médical). Or, après quelques recherches (que je continue), je pense de plus en plus que ce roman est essentiellement une fiction basée sur des éléments historiques, et que cette histoire de remise de dossier, qui repose sur UN SEUL témoignage , celui de Mehring, est une légende. Et le meilleur moyen de le prouver, c’est de faire apparaître tout ce qui relève de la littérature et non du document historique dans ce livre, à savoir la thématique propre de l’auteur, les archétypes littéraires qu’il recycle, ce qui est tiré de sa propre biographie et les emprunts qu’il fait à des textes préexistants comme la biographie d’Hitler de son ami Olden .

Citation : Par ailleurs, puisque nous débattons, il faudrait essayer de monologuer le moins possible, c’est-à-dire de se répondre.

Il me parait difficile par définition de polémiquer en monologuant. Si je monologue, c’est justement pour éviter de polémiquer . . Citation : Ainsi, j’aimerais savoir si je vous ai convaincu sur la très faible pertinence de l’objection : "pourquoi Forster aurait-il gardé le dossier ?"

Vous me répondez que Forster POUVAIT avoir gardé le dossier car il écrivait des articles en se basant éventuellement sur des dossiers. De même qu’il POURRAIT l’avoir remis à Schwartzschild, qui POURRAIT l’avoir remis à Weiss, qui POURRAIT l’avoir copié textuellement pour son livre ...

Cette histoire d’articles ne change rien au fond du problème.

Qu’est ce que le cas d’un soldat anonyme parmi des centaines d’autres traités pour "shellshock" pouvait avoir de particulièrement intéressant pour mériter spécialement un article ? Et que Forster ait mis de côté son dossier médical à cet effet ? Et qu’il ait gardé ce dossier pendant 15 ans, alors que l’hôpital de Pasewalk a fermé en 19 ?

Oui, Forster écrivait des articles , sa spécialisation étant les effets du tréponème pâle sur le cerveau et le système nerveux et les tumeurs cérébrales. Ces articles étaient publiés dans des revues scientifiques/médicales allemandes, et ils ont été lus comme documents essentiels à connaître par ceux qui s’intéressent à cette histoire de Pasewalk, dont Lewis, qui cite plusieurs articles de Forster dans les notes de son livre.

Est-ce que Forster a publié un article qui pourrait évoquer, même de loin, le cas d’Hitler ? Evidemment non, vous pensez bien que si Lewis avait rencontré quoi que soit, dans les articles de Forster (sur qui il semble avoir fait de sérieuses recherches) , qui aurait pu étayer sa thèse, il en aurait fait état.

Citation : vous voulez absolument tenir à distance et Forster, et Binion. Or le premier a bel et bien soigné Hitler, et l’affaire a bel et bien trouvé une conclusion tragique en 1933, après un voyage de Forster à Paris qui avait bien des chances d’être lié à cette affaire, et Binion a bel et bien recueilli des informations corroborant la chose.

De nouveau des hypothèses présentées comme des certitudes, des affirmations péremptoires que n’étaye aucun fait précis et vérifié.

Lewis écrit lui-même que Forster est allé à Paris non pas pour remettre un soi-disant dossier mais pour assister à la présentation faite par un collaborateur de son équipe médicale nommé Zador à l’occasion d’un colloque médical, présentation qui portait sur un nouvel appareil très contesté, une plate-forme basculante ("tilting platform") , une invention de Zador, pour la mise au point de laquelle Forster avait autorisé des sommes importantes sur le budget de l’hôpital.

Cette plate-forme permettait soi-disant d’étudier les réactions nerveuses des malades qui y étaient placés et de diagnostiquer les tumeurs cérébrales, sujet d’étude cher à Forster.

Ce qui est intéressant, c’est que Lewis, tout en soutenant la thèse du meurtre de Forster par les nazis, met en évidence, dans son livre, une série d’éléments qui font en fait pencher la balance du côté du suicide :

-  Forster avait fait deux tentatives de suicide, une le 31 août par pendaison, l’autre le 4 septembre par empoisonnement (rapporté par sa femme Mila) avant la dernière, qui fut la bonne, le 12 septembre

-  il était très mal vu par ses collègues, par les autorités de l’université et par les nazis pour les raisons suivantes : en 1933, alors que les administrations allemandes étaient « déjuivées » (c’est le mot qui était utilisé, signifiant que ces administrations devaient mettre à la porte leurs employés juifs), il n’avait pas voulu se débarrasser de ses collaborateurs médecins juifs. Zador avait été ainsi licencié par l’université mais Forster avait continué à financer ses (bizarres) recherches sur les fonds de l’hôpital.

-  il avait scandalisé ses collègues en prenant une maitresse juive qu’il partageait avec un autre collaborateur juif, Zucker (ce n’était pas une calomnie, lui même l’a reconnu), qu’il avait aussi défendu et refusé de licencier.

-  il avait dépensé beaucoup d’argent de l’hôpital en rénovations et aménagements considérés comme dispendieux ; qui plus est, il avait fait décorer les lieux en faisant acheter les toiles d’artistes juifs plus tard inscrits sur la liste des auteurs d’art dégénéré.

Forster, selon Lewis lui-même, avait accumulé les imprudences et s’était fait beaucoup d’ennemis , il était vu comme "enjuivé", adonné aux "excentricités", dépensier, obstiné, trop familier avec le petit personnel, les infirmières en particulier, de mœurs relâchées, fréquentant des bohèmes et des gens peu recommandables, et mauvais gestionnaire. Binion a interviewé plusieurs personnes qui ont connu Forster, plusieurs d’entre elles ont déclaré que « Forster était fou », un excentrique, un imprudent. Et bien sûr, la calomnie s’est greffée sur ces imprudences : brodant sur la situation de ménage à trois avec Zucker et la familiarité excessive avec les infirmières , il a été la cible de dénonciations : des lettres adressées au Ministère de l’Education l’accusaient d’organiser des orgies à l’hopital-les fausses accusations de dépravation sexuelle étaient utilisées fréquemment par les nazis pour se débarrasser de ceux qui ne leur convenaient pas, dans ce cas particulier un haut responsable qui refusait d’appliquer les consignes de déjudaisation du parti. Donc Forster a bien eu maille à partir avec les nazis, mais pas pour la raison alléguée.

Car Forster n’était pas antinazi : plusieurs de ses confrères (cf les docteurs Krisch et Kroll) , tout en admettant que sa conduite était parfois bizarre, ont nié que celui-ci ait jamais exprimé des critiques envers Hitler et les nationaux-socialistes ; il était bien trop apolitique pour ça, selon eux.

Bien qu’il ait été blanchi des accusations de débauche et de malversations, le ministère de l’Education lui réclama néanmoins sa démission. Initialement, Forster accepta et envoya une lettre au ministère. Puis il se rétracta, sous l’influence de sa femme. Qui le trouva mort dans son bain d’une balle dans la tête peu après. La théorie de Lewis est que les nazis ont tué Forster parce qu’il avait soigné Hitler et qu’il refusait de démissionner. Théorie absurde : s’il détenait en effet des informations compromettantes sur la santé mentale d’Hitler, le fait que Forster démissionne ne changeait rien au danger qu’il représentait à cause de ces informations.

Au contraire, les nazis pouvaient « tenir » bien plus facilement un homme occupant une position importante et craignant de la perdre qu’un homme qui l’avait perdue. Les hypothèses de Lewis relèvent d’ailleurs constamment de ce genre de logique fautive.

Citation : Je voudrais en revanche, pour finir, relever dans votre argumentaire une objection de poids : le fait qu’Ernst Weiss n’ait pas parlé du dossier dans sa correspondance, notamment avec Stefan Zweig. Je propose une piste : ces émigrés se méfient de tout, et notamment de la poste. Même si en définitive ils n’ont pas su tirer parti de ce dossier en temps utile, ils savaient bien que c’était de la dynamite, mettant en jeu et leur droit de séjourner dans la France de Blum ou de Daladier, et leur sécurité vis-à-vis des

Et pourquoi les personnes impliquées ayant survécu comme Schwartzschild n’en ont pas davantage parlé après la guerre, alors qu’elles ne risquaient plus rien ? Cette remise du dossier médical d’Hitler-si elle avait vraiment eu lieu-était un événement peu oubliable et suffisamment sensationnel pour mériter d’être raconté après coup.

Et ce n’est pas seulement que Weiss ne parle pas du dossier dans sa correspondance, il ne parle pas même de la rencontre avec Forster, ce qui n’avait pourtant rien de très compromettant à révéler par lettre. En fait, c’était nettement moins compromettant aux yeux de la police et du gouvernement français que de fréquenter des exilés allemands ouvertement antinazis voire même communistes, ce que Weiss n’avait pourtant pas peur de faire.


Tonnerre

MessagePosté : 06 Aoû 2011 12:10

Citation : Ce n’est pas moi qui affirmais quelque chose sur les faits, mais vous et des gens que vous citiez. Ces personnes trouvaient très difficile à croire que Forster ait gardé le dossier. L’argument ne vaut rien, s’agissant d’un homme connu pour garder force paperasses. Le reconnaissez-vous enfin ?

Connu par qui ? Je n’ai lu ça nulle part. Ni dans Binion, ni dans les notes du livre de Weiss, ni dans Lewis. De nouveau, des opinions assénées d’un ton sans réplique, jamais de preuves, pas de références, pas de sources. .

Citation : Le reconnaissez-vous enfin ?

Croyez vous vraiment que ce genre d’impérieuse mise en demeure , faite sur ce ton comminatoire, est susceptible de rallier vos interlocuteurs à vos hypothèses farfelues ? Un minimum de psychologie devrait vous faire comprendre qu’elles ont l’effet inverse.

Sur la base d’un seul élément douteux,—le témoignage oral de Mehring—, un château de cartes d’hypothèses a été échafaudé, chacun des partisans de la thèse du dossier d’Hitler soi-disant base du roman de Weiss, rajoutant de nouvelles hypothèses aux anciennes. Ainsi, la thèse d’un changement psychologique radical de Hitler qui serait survenu à Pasewalk suite à la thérapie mise en oeuvre par Forster est une thèse qui ne figure nullement—au contraire, voir plus haut— dans le roman de Weiss, pourtant soi-disant transcrit du fameux dossier médical.

Elle repose également sur un seul élément, aussi incertain que le témoignage de Mehring : un adjudant au 16ème régiment bavarois d’infanterie de réserve nommé Wiedemann a connu Hitler dans cette capacité pendant la guerre.

Après la guerre, interrogé à ce sujet par les autorités américaines, il aurait fait la déclaration suivante : « Hitler était un excellent soldat, un homme courageux, fiable, calme et modeste. Mais nous n’avons pas trouvé de raison de le promouvoir parce qu’il n’avait pas les qualités requises pour être un leader ».

Lewis rapporte cette déclaration dans son style journalistique/fictionnalisé habituel, un des éléments qui laisse le lecteur dubitatif quand à son sérieux en tant qu’historien. On apprend ainsi que « Kempner (le juriste américain qui a interrogé Wiedemann) sourit fugacement et caressa ses cheveux rares et grisonnants en reposant la question : « diriez-vous que Hitler n’avait pas la personnalité pour devenir un leader ? »—le texte de Lewis est ponctué de telles notations style roman de gare.

La conclusion que Lewis tire de cette anecdote, c’est que Forster a miraculeusement transformé Hitler en leader à Pasewalk.

Pas que l’adjudant Wiedemann et les autres sous-offs du 16ème d’infanterie aient pu faire une erreur d’appréciation, disons carrément être trop bêtes pour discerner les qualités d’Hitler, ou même qu’Hitler ait pu manquer des qualités nécessaires pour devenir un simple adjudant, mais posséder celles, très différentes et nettement plus rares, pour conduire un parti politique- ce ne sont pas exactement les mêmes. Non, pour Lewis, l’adjudant Wiedemann ne saurait s’être trompé, et ses paroles sont à prendre au pied de la lettre.

En fait, toute cette histoire repose sur deux déclarations douteuses prises au pied de la lettre, sans aucune évaluation critique, gobées avec une crédulité consternante et sur lesquelles l’imagination de Binion Lewis etc a rajouté des hypothèses rocambolesques dont aucun indice ne permet même d’envisager la simple possibilité. Au moins, Alexandre Dumas ne prétendait pas être un historien > :( .


Tonnerre

MessagePosté : 10 Aoû 2011 8:59

Citation : Dont, soit dit en passant, vous semblez ignorer que ce n’est pas un simple adjudant de la PGM mais, de 1935 à 1939, l’un des plus proches collaborateurs de Hitler doublé d’un mari adultère sur ordre, poussé par son maître dans les bras de la "princesse" Stephanie von Hohenlohe (sans rapport apparent avec le Max qui nous occupe ailleurs un max) puis envoyé comme diplomate (et comme faux résistant) aux Etats-Unis et en Chine.

Comment pourrais-je l’ignorer ? Ne serait ce que parce que Lewis consacre environ une page et demie à détailler la carrière de Weidemann dans son livre. Vous par contre, n’avez manifestement pas lu le livre de Lewis, sinon vous ne m’accuseriez pas d’ignorer qui est Weidemann.

Un seul autre point de la carrière nazie de Weidemann-qui est un second rôle du nazisme— me parait justifier d’être versé au débat, parce qu’il confirme les doutes sur la solidité de son jugement : le fait que lorsqu’il était consul à San Francisco (jusqu’à son renvoi par les autorités américaines en 41), il ait fait étalage de façon flamboyante et provocatrice de ses convictions nazies.

Enfin, il est intéressant de souligner que l’hypothèse de Lewis sur la métamorphose d’Hitler en leader à Pasewalk repose en fait sur une version tronquée du témoignage de Weidemann et des autres officiers de son régiment sur Hitler : la raison principale de la surprenante non-promotion d’Hitler a un grade supérieur, bien qu’il ait été considéré comme un excellent soldat, est surtout due au fait qu’il était vu par ses supérieurs comme un « bohémien », un artiste fantasque et non comme un vrai militaire.

Ce n’est donc pas le fait qu’il ait manqué de leadership qui était en cause, plutôt qu’il n’était pas considéré comme suffisamment sérieux et stable pour qu’on lui confie certaines responsabilités.

Citation : Je vous donne raison sur un point : je serais un parfait abruti si je prétendais que ce psy a transformé par hypnose un raté en leader. Je vous rappelle que je n’ai parlé de rien d’autre que d’un déclenchement de psychose.

Pas exactement, vous minorez habilement votre thèse maintenant mais je me permets de de vous rappeler ce que vous avez posté plus haut :

Citation : Et comme je suis patient je renouvelle ma demande : quelle est votre explication de la métamorphose du rêveur solitaire en meneur d’hommes méthodique ?

« meneur d’hommes méthodique » et « psychotique » , c’est tout de même un peu différent.

Citation : Le problème récurrent, c’est que ce n’est pas la mienne. Je n’adhère ni à tout Lewis, ni à tout Binion et n’ai rien dit pour ma part du témoignage de Wiedemann.

Vous n’êtes pas au centre de mes préoccupations Mr Delpla. La plupart du temps, j’interviens sur ce fil non pas pour vous répondre mais —comme vous l’avez vous même souligné—en monologuant, simplement pour verser au débat les informations que j’ai glanées dans les quelques livres que je viens de lire qui sont les références essentielles sur l’affaire de Pasewalk.


Tonnerre

MessagePosté : 28 Aoû 2011 12:06

Binion était bien professeur d’histoire à Brandeis, et il a écrit de nombreux livres d’histoire, touchant à des sujets très divers et des périodes très différentes. J’ai terminé depuis quelque temps son livre "Hitler Among the Germans", qui est une des références dans l’histoire de Pasewalk. En fait, l’histoire de Pasewalk tient très peu de place dans ce livre, qui par ailleurs n’est pas entièrement inintéressant ; mais d’une part il est écrit dans un anglais souvent alambiqué, jargoneux, lourd et peu élégant. Et surtout sa méthode historique suscite d’importantes réserves.

C’est la caractéristique de la psychanalyse de proposer des interprétations de comportements humains, décodés à partir de postulats théoriques préétablis-d’ailleurs contestables et contestés.

C’est ce qu’est censé faire un psychanalyste, mais ce qui lui est demandé avant tout, c’est un résultat thérapeutique, autrement dit une amélioration de l’état psychologique du patient ; le résultat thérapeutique est en quelque sorte la preuve par neuf qui le dispense de prouver l’exactitude de ses hypothèses de travail-qui sont improuvables la plupart du temps de toute façon .

IL n’en va pas de même avec l’historien qui , lui, est tenu d’étayer ses hypothèses.

Or le problème est que Binion fait de la psycho-histoire et donc utilise une approche psychanalytique dans son travail d’historien. Cette dimension interprétative est l’axe de son travail, aux dépens de l’établissement de la véracité des faits, ce qui fait que son livre comporte plusieurs erreurs factuelles de taille, ce qui est gênant.

Un exemple parmi d’autres de ces erreurs : le fait qu’il reprenne la légende de Weiss élève de Freud à Vienne ; Weiss est très influencé par Freud mais n’a jamais été son élève. Mais cette légende cadre avec la thèse de Binion, donc il ne se pose pas la question de son exactitude—et ce n’est pas la seule de ses hypothèses basée sur des erreurs factuelles. Il a aussi une facheuse tendance à ne retenir des éléments de la biographie d’Hitler que ceux qui cadrent avec ses interprétations.

Et surtout, dans ses analyses, il confère à de pures spéculations interprétatives, souvent bizarres et saugrenues, le même statut qu’à des faits avérés et se contente d’affirmer avec autorité les thèses assez délirantes qu’il propose, dont Mr. Delpla donne un exemple assez typique ci-dessus : que Hitler a fait gazer les juifs parce que le traitement à l’iodoforme utilisé par le docteur juif, Bloch, qui a soigné sa mère, répandait une forte odeur-d’où l’association entre gaz et juifs : avec les chambres à gaz, Hitler leur rend la monnaie de leur pièce.

Or Binion n’a pas l’air de savoir que l’iodoforme, dans la médecine d’il y a un siècle, était l’antibiotique par excellence, encore plus répandu que la pénicilline de nos jours, celui qu’on utilisait constamment pour désinfecter les blessures et les cicatrices dans les hopitaux, les dispensaires, les cabinets médicaux. Tous ces endroits sentaient habituellement l’iodoforme, et en toute probabilité Hitler l’avait déjà senti avant que sa mère ne soit traitée à l’iodoforme par le docteur Bloch pour le cancer dont elle souffrait et suite à son opération (le cancer était généralement vu comme une maladie infectieuse à l’époque). Cette association iodoforme/juifs/chambres à gaz est donc plutôt capillotractée

Pour vous donner une idée du caractère souvent hautement fantaisiste des thèses de Binion, le mieux est de citer des extraits de son livre :

« Son antisémitisme (de Hitler) était une réaction à la culpabilité ressentie suite à l’agonie de sa mère en 1907 causée par le traitement administré par Bloch qu’il avait exigé. Cette réaction, longtemps réprimée, a ressurgi suite au gazage (au gaz moutarde NDLT) qui lui a rappelé l’agonie de sa mère-un rappel d’une intensité traumatique qui l’ a forcé à revivre l’expérience non assimilée qui le sous-tendait ». Pourquoi son gazage lui rappelerait-il l’agonie de sa mère ? L’iodoforme a une odeur particulière mais ce n’est pas un gaz.

Variante sur ce thème : « le trauma qui le poussait contre les juifs découlait de sa violence aimante de 1907 contre la poitrine coupable de sa mère, ou plutôt contre ses excroissances cancéreuses ».

« Sa mère lui a donné le sein, et il l’a sucé de façon suffisamment prolongée et libidineuse pour développer une fixation sur les seins (de sa mère) au stade oral agressif qui succède à la poussée des dents ».D’où, selon Binion, un trauma aigu lié à une vive culpabilité lorsque sa mère est morte justement d’un cancer du sein. « Son développement émotionnel (d’Hitler NDLT) a été essentiellement arrêté à la période où il était encore nourri au sein subséquente à la poussée de ses dents. De cette oralité agressive découlent ses tirades frénétiques, de même que ses envies de sucre, et ses phobies anti-tabac, anti-alcool et anti-viande plus tard. De là découle aussi sa soif de conquête et d’assimilation brutale, poussé qu’il était dans ces entreprises extérieures par le désir de retrouver le bonheur d’être nourri au sein ressenti par le nourisson et de se dissoudre dans le monde qu’il absorbe ».

« Universalisant son agressivité orale dans sa course conquérante vers l’Est, ...il a projeté la conquête des territoires de l’Est au-delà d’elle-même, vers une conquête mondiale, bouclant ainsi le cercle le ramenant à l’état d’extase totale ressenti contre la poitrine de sa mère ».

Désolé, mais je ne vois pas pourquoi le projet de conquête mondiale attribué à Hitler est un retour au sein maternel.

Le cancer de Klara est lui-même une conséquence d’une « expérience de séparation majeure dans l’enfance », Klara a « perdu deux deux frères et une sœur successivement avant d’atteindre l’âge de 32 mois ».

Je pourrais multiplier les exemples. Il est possible que Binion ait été un historien décent à ses débuts, lorsqu’il a travaillé sur Tardieu. Malheureusement, sa rencontre avec la psychanalyse lui a été fatale-j’ai plusieurs fois constaté personnellement les ravages que pouvait causer la psychanalyse prise à la lettre sur des esprits influençables et mal structurés :mrgreen : . Je reconnais à Binion (rétrospectivement) le droit absolu d’échafauder les hypothèses psychologiques les plus délirantes sur tel ou tel personnage historique. Simplement, si c’est de la psycho, ça n’est plus de l’histoire car par définition, l’historien ne cherche jamais à faire disparaître la frontière qui sépare ses hypothèses des faits.


Tonnerre

MessagePosté : 28 Aoû 2011 15:03

Citation : En l’occurrence, les passages de Binion sur Pasewalk sont clairs et pertinents. Il montre de façon pionnière, mais en cohérence avec une documentation impressionnante, dont force textes hitlériens interprétés avec méthode, qu’il y a là une période fondatrice. Il ne parle pas de "psychose déclenchée",

Pas vraiment, il est aussi fantaisiste sur Pasewalk qu’ailleurs—et pourquoi en serait il autrement ? Sa méthodologie reste la même à travers le livre, et c’est cette méthodologie —qui est psychanalytique et non historique et qui en conséquence ne distingue pas fonctionnellement entre spéculation et information vérifiée/vérifiable, qui pose problème. Je n’ai pas le temps d’y revenir aujourd’hui mais j’essaierai dès que j’aurai un moment. [annonce non suivie d’effet à ce jour, 4/10/2011]


Tonnerre

MessagePosté : 29 Aoû 2011 14:20

Citation :

car pour l’instant vous donnez dans la diffamation et la divagation pures. L’enquête sur Pasewalk, sous la stimulation du grand Deuerlein, et avec la coopération du très avisé John Toland, est première, soignée, exhaustive (par rapport à ce qui était accessible à l’époque) et présentée avec prudence (par exemple sur la question de l’hypnose).

Soit vous employez à tort et à travers des mots dont vous ne connaissez pas le sens, soit vous donnez délibérément dans l’excès de langage, dans le (vain) espoir de compenser le vide argumentatif de vos propos par la surenchère verbale.

Je vous invite à relire la définition du mot « diffamation » telle qu’elle figure dans la loi du 29 juillet 1881, article 29 :

« toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération de la personne...auquel le fait est imputé est une diffamation... »

Pour caractériser la diffamation les allégations doivent porter atteinte :

• à l’honneur et

• à la considération de la personne visée.

• Une simple critique ou appréciation de valeur ne sera pas retenue comme diffamatoire.

Critiquer les écrits de Binion comme je le fais ne constitue en aucun cas de la diffamation. Par contre, accuser à tort un individu qui exerce son droit fondamental de critiquer une œuvre d’être un diffamateur pourrait bien être de la diffamation .

Sur ce fil, vous n’avez jusqu’ici contribué aucune preuve, aucun fait concret, aucune source précise, aucune citation,aucune source, aucune analyse. Encore et toujours, vous vous contentez d’affirmer, de trancher, d’exprimer vos opinions personnelles sans autre forme de procès, sans même une esquisse de justification, pensant apparemment que le simple fait que ces opinions sont les vôtres doit suffire à vos interlocuteurs et clore le débat.

Vous en donnez un nouvel exemple dans le post que je cite : Deuerlein est « grand », John Toland est « très avisé » et leur enquête est « soignée et exhaustive ». Une série de purs jugements de valeur, sans aucune qualification donc sans intérêt . Alors que ce qui serait sensé et ferait avancer le débat serait de citer leur travail et de démontrer pourquoi XX est grand, avisé etc.

Ce qui est encore plus choquant, c’est que vous permettez ces jugements à l’emporte-pièce, alors que vous n’avez manifestement pâs lu les ouvrages -références cités dans ce débat, à commencer par le roman de Weiss.

Vous n’avez pas lu non plus le livre de Binion d’ailleurs, sinon vous vous seriez aperçu qu’il parle peu du séjour de AH à Pasewalk, qu’il dit très peu de choses sur le traitement de Forster et ne conclut pas formellement que les hallucinations messianiques de AH à Pasewalk étaient la conséquence du traitement dudit Forster.

Je cite : » I left tantalizing questions wide open about Hitler’s hallucinations in Pasewalk, beginning with wether it was spontaneous or induced. “ Binion expose les raisons soutenant les deux hypothèses, et de nouveau il repart dans la divagation psychanalytique : la raison pour laquelle les hallucination d’AH pourraient avoir été auto-provoquées, c’est que l’iodoforme provoque des délires, Klara a certainement du délirer durant son agonie (on n’en sait rien, en fait), et donc les hallucinations d’AH a Pasewalk seraient ... AH imitant sa mère, en une sorte de mimétisme oedipien.

Même logique divagante quand il expose les arguments à l’appui de la thèse selon laquelle les hallucinations auraient été provoquées par le traitement de Forster, ce traitement ayant été l’hypnose .

D’abord, est-ce que l’hypnose peut effectivement provoquer des hallucinations, la question n’est jamais posée, nous devons croire Binion sur parole sur ce point. Personnellement, je n’ai jamais entendu des psychiatres ou des hypnotiseurs parler de tels cas, mais passons.

Binion reconnait lui-même que Forster était radicalement contre l’utilisation thérapeutique de l’hypnose, qu’il l’a (je cite) « expressémment condamnée » en 1917. Mais dans la foulée, ça ne l’empêche pas d’ajouter que Forster a pu utiliser une méthode thérapeutique qu’il désapprouvait, car il aurait créé la « cure miracle » tout spécialement pour Hitler. De nouveau, des affirmations sans preuves, et surtout, parfaitement invraisemblables : quelle est la probabilité que Forster ait traité Hitler

-  avec une méthode, l’hypnose, qu’il a condamné expressément quelques mois avant de le traiter

-  ait mis au point un traitement spécial juste pour Hitler, qui n’était alors qu’un soldat traumatisé anonyme parmi des centaines d’autres confiés à ses soins.

Ceci alors que Forster était connu pour ses méthodes thérapeutiques brutales, qui se résumaient essentiellement à : vous êtes un simulateur, conscient ou inconscient. Ressaisissez-vous, cessez de vous comporter comme une femmelette, conduisez-vous comme un homme et comme un soldat allemand digne de ce nom, et remontez au front presto.

Citation :

toute la littérature anti-Binion dont il a été question dans ce fil fait preuve d’un manque dommageable de rigueur et d’une grande paresse argumentative, en jetant le bébé Pasewalk avec l’eau du bain psycho-historique.

La logique de Binion est aussi incohérente quand il traite de Pasewalk que quand il aborde la psychologie d’Hitler ; son manque de rigueur ne dépend pas du sujet abordé , il est inhérent à sa méthodologie même. Quand au reproche de manque de rigueur, et de paresse argumentative, venant de vous, grand maître des ukases prononcés ex cathedra et multirécidiviste de l’attaque personnelle, c’est , disons, surréel.


Tonnerre

MessagePosté : 30 Aoû 2011 13:15

Citation : Binion, que je suis censé ne pas avoir lu, figurait ces dernières semaines parmi mes livres de chevet

Si CET ouvrage de Binion était en effet votre "livre de chevet", expression un tantinet exagérée d’ailleurs quel que puisse être l’intérêt que vous éprouviez pour cet historien, comment se fait il que vous lui prêtiez des thèses qui n’ont jamais été les siennes ? J’insiste : bien qu’ayant une préférence pour la thèse : les hallucinations d’Hitler à Pasewalk ont été provoquées par l’hypnose pratiquée par Forster, Binion se garde de conclure formellement en faveur de cette hypothèse.

Ce qui révèle sans doute qu’il est plus ou moins conscient de sa fragilité.

Idem pour Weiss, qui ne dit pas du tout, contrairement à ce que vous avancez (voir plus haut), que AH n’était pas un leader avant Pasewalk.

Je ne cherche pas à vous prendre en défaut, Mr Delpla, c’est simplement que je trouve très regrettable que vous ne contribuiez aucun élément d’infomation précis à ce débat.

Vous restez dans le vague, essentiellement vous vous bornez à émettre des verdicts sans appel et à distribuer blâmes et éloges.

Au lieu de les "noter", citez donc ces auteurs, résumez leurs thèses, donnez nous vos sources précises, voilà qui serait une contribution positive au débat. Par exemple, vous citez à plusieurs reprises Ernst Deuerlein, soulignant le rôle qu’il a joué dans la révélation de l’hypothèse Weiss/Forster. Puisque vous l’avez lu, précisez nous par exemple dans lequel de ses ouvrages il aborde Pasewalk, ce qu’il en dit, etc... Pour Toland, je suppose qu’il aborde la question dans sa bien connue biographie d’Hitler. En clair : vos interventions seront d’autant plus appréciées que vous éviterez les opinions non étayées, les jugements de valeur non justifiés et que vous respecterez ceux qui vous/nous lisent en fournissant précisions et références .

Ah et évitez aussi de noter mes posts : il faudrait vraiment que vous intégriez qu’un post sur PH n’est pas une copie d’examen.

le 4 octobre 2011



---------------------
Tous droits réservés © Copyright 2004 F. Delpla
Site
sous Spip - TZR-Créations