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Regards de Churchill sur l’Allemagne et de Hitler sur l’Angleterre dans les années 1920



Extrait de la version première de "Churchill et Hitler" (2002)



Personne n’a cerné très rigoureusement la personnalité de Winston Churchill. Peut-être est-ce impossible. Il était, en tout cas, fort déroutant : anglais et américain, travailleur et dilettante, accommodant et autoritaire, démocrate et aristocrate, intempérant et capable d’ascèse, fantasque et persévérant, individualiste et tribal, globe-trotter et casanier, intellectuel et manuel, urbain et rural. Politicien certes, mais à ses heures car il était aussi écrivain et, lorsqu’il n’était pas ministre mais simple député, n’était pas, et de loin, le plus assidu aux débats des Communes.

Hitler est infiniment plus simple. Plus exactement, sa nature double s’exprima successivement sous ses deux faces. Il fut d’abord un individualiste brûlant d’entreprendre une carrière artistique, puis devint brusquement un homme politique, inventant une méthode inédite pour relever son pays d’une défaite. Le premier personnage s’était fondu tout entier dans le second.

Winston Spencer Churchill descend par sa mère d’un homme d’affaires américain et par son père du général John Churchill (1650-1722), premier duc de Marlborough. Son propre père, Randolph (1849-1895), devient un ministre conservateur en vue avant de disparaître prématurément. Winston, doté d’un fort esprit de clan, écrira de gros livres sur ces deux ascendants.

Animé d’une vocation militaire mais élève moyen, il intègre l’école de Sandhurst et participe à quelques combats coloniaux mais il s’évade de l’armée sous l’aiguillon de son autre passion, l’écriture. Il se rend vite célèbre par des reportages, notamment ceux qui narrent son évasion des geôles boers, en 1899. Il en profite pour se faire élire député, sous l’étiquette conservatrice, l’année suivante. En 1904, il rompt avec les conservateurs sur la question du libre-échange (auquel il est favorable), est accueilli à bras ouverts par un parti libéral en plein rajeunissement et devient ministre dès 1906. Il occupera tous les postes importants du cabinet entre cette date et 1929, à l’exception des Affaires étrangères... et de la direction du gouvernement. 1914 le trouve à l’Amirauté, où il s’illustre, jusqu’à ce que la désastreuse expédition des Dardanelles, qu’il avait vivement encouragée, suspende sa carrière ministérielle, en 1915. Son ami Lloyd George le réintègre en 1917, après quelques mois passés sur le front d’Artois avec le grade de commandant. Il se distingue alors surtout par son opposition viscérale à la révolution russe : il encourage les interventions étrangères en soutien des armées blanches et, s’il finit par se résigner devant la victoire des Rouges [1] , trouve prématurée la reconnaissance de leur gouvernement par celui de Londres en 1922, et surtout le traité de commerce qui s’ensuit. C’est l’une des raisons de sa rupture avec Lloyd George et de son retour au bercail conservateur, en 1924. Il devient alors ministre des Finances, avec un succès mitigé (il échoue dans sa tentative de rétablir la parité-or de la livre, abandonnée à l’occasion de la Première Guerre mondiale).

L’échec électoral des conservateurs en 1929 ne les éloigne des affaires que pour deux ans, mais l’éclipse de notre homme est beaucoup plus durable. C’est d’abord sur la question coloniale qu’il se brouille avec la majorité du parti, en se montrant hostile au nouveau statut de l’Inde que préparent son ministre, Samuel Hoare, et le vice-roi, lord Irwin (qui hérite un peu plus tard du titre de lord Halifax). Mais très vite la question dominante devient celle du réarmement, face à une Allemagne menaçante. Dès 1932 un abîme se forme entre lui et les principaux leaders, tant travaillistes que conservateurs, qui poursuivent la chimère du désarmement.

Un autre combat de Churchill intéresse le présent livre, bien que dans son esprit il n’ait pas eu, du moins avant les années 30, le moindre rapport avec l’Allemagne : il est de tous les hommes d’Etat anglais, et de loin, celui qui soutient le plus la cause du sionisme [2], ce mouvement né à la fin du XIXème siècle pour enrayer les persécutions subies par les Juifs dans de nombreux pays en bâtissant un Etat où ils seraient souverains. Churchill a soutenu vigoureusement, en 1917, la déclaration du ministre anglais des Affaires étrangères, Balfour, promettant aux israélites, après la guerre, la création d’un « foyer national juif » en Palestine (une déclaration contresignée peu après par les puissances alliées) et, en tant que ministre des Colonies, il a visité l’endroit en 1921. Ses motivations sont assez obscures. Il parlera plusieurs fois, avec émotion, du « rêve sioniste ». Il semble qu’il admire là des hommes d’action entreprenants, mus par un élan spirituel, et ne s’attarde pas sur le fait que la terre qu’ils convoitent est déjà occupée, ni sur le flou calculé de l’expression « foyer national » [3] . En tout cas, contrairement à ce qu’en dira Hitler (peut-être induit en erreur par cette option sioniste), cette passion ne cohabite pas avec le moindre désir de favoriser l’influence, dans d’autres pays, des minorités juives.

Adolf Hitler n’aurait jamais dû croiser sa route, ni croiser le fer avec un bretteur de ce pays, de cette génération et de cette caste. Né quinze ans après lui dans un milieu obscur, il n’a encore rien accompli de saillant à l’âge de trente ans, où le député Churchill quitte avec éclat son parti et s’apprête à devenir ministre. Il est seulement anéanti par la défaite de son pays en 1918, bientôt suivie du traité qui le désarme et l’humilie, notamment par le corridor de Dantzig qui zèbre son territoire pour offrir un débouché maritime à la Pologne. Cinq ans plus tard, Hitler n’est encore qu’un prisonnier remâchant les leçons de sa première aventure politique, conclue en fiasco dans une rue munichoise, le 9 novembre 1923. Quatre ans encore et, ayant à la force du poignet reconstruit son parti, il séduit 2% des électeurs aux législatives de 1928. Au même âge, en 1913, Churchill présidait avec autorité à la mise en service des dreadnoughts flambants neufs de la première marine du monde. Et en 1928, il est peu vraisemblable que l’Anglais, sans doute brièvement alarmé au moment du putsch raté de 1923, ait encore en mémoire le nom de l’Allemand. Ses écrits, en tout cas, n’en portent pas la moindre trace. Il est donc fort improbable, quoique divers auteurs l’affirment avec assurance, qu’il ait pris connaissance de Mein Kampf, ce livre de 1925 dont l’écho en Allemagne même est alors faiblissant.

Mais si Hitler indiffère un Churchill alors plutôt obsédé par Gandhi, et si l’Anglais a négligé bien à tort un ouvrage instructif non seulement sur sa violence mais sur ses intentions et ses méthodes, en revanche il surveille en permanence l’Allemagne, comme du lait sur le feu. Dès la conférence de la Paix (qui avait abouti au traité de Versailles), il avait dans une lettre à Lloyd George plaidé pour une attitude compréhensive envers le peuple allemand et son nouveau gouvernement [4] . Un an plus tard, il revient à la charge, toujours par lettre :

Vous devriez dire à la France que nous ferons une alliance défensive avec elle contre l’Allemagne si et seulement si elle modifie entièrement son comportement à l’égard de l’Allemagne et accepte loyalement une politique britannique d’aide et d’amitié à l’égard de l’Allemagne [5] .

Cette politique serait propre, dit-il, à « consolider les éléments anti-spartakistes et anti-Ludendorff en un puissant bloc de centre-gauche ». Voilà bien, appliquée à l’Allemagne, la quintessence de la philosophie politique churchillienne : il s’agit, sans œillères sectaires, de s’entendre entre gens de bonne compagnie pour isoler les extrémistes, ici représentés du côté gauche par les spartakistes (en train de fonder le parti communiste allemand), et du côté droit par les « Ludendorff [6] », c’est-à-dire des Allemands revanchards -le général vaincu en 1918 faisant alors campagne contre le traité. S’il ne connaît pas Hitler, Churchill balaye du regard l’endroit où il surgira.

Il propose dès ce texte une « révision précoce » dudit traité, faite par une conférence où on inviterait, sur un pied d’égalité, la « nouvelle Allemagne ». Quelques mois plus tard, il franchit le stade des lettres personnelles au premier ministre pour adresser un mémorandum à chacun de ses collègues du gouvernement : il leur écrit le 29 août 1920 que « la France est déraisonnable parce qu’elle est terrifiée ». Le remède serait une alliance entre elle, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, ce qui implique une « profonde révision du traité de Versailles et l’acceptation de l’Allemagne comme un partenaire égal dans la future conduite de l’Europe ». Enfin, un an plus tard, c’est une position officielle qu’il prend lorsque, en tant que ministre des Colonies, il s’adresse aux premiers ministres des Dominions à l’occasion d’une conférence impériale, le 7 juillet 1921. Il prend parti pour une réconciliation anglo-allemande, à condition qu’elle ne soit pas dirigée contre la France : elle doit donc s’accompagner d’une alliance défensive anglo-française contre l’Allemagne, « en dernière instance ».

On peut poursuivre cette étude de ses opinions vis-à-vis de l’Allemagne en lisant sa monumentale histoire de la Grande Guerre intitulée The World Crisis, une oeuvre en plusieurs tomes publiés de 1923 à 1929.

Dès l’introduction du tome 1, après avoir loué la pondération du premier chancelier de l‘Allemagne unifiée, Bismarck, il stigmatise l’aventurisme de l’empereur Guillaume II (1888-1918), qui en une vingtaine d’années avait cimenté contre lui un bloc anglo-franco-russe ne laissant à l’Allemagne, comme allié sûr, que l’Autriche. Lorsque lui-même rejoignit un parti libéral que la guerre des Boers avait profondément divisé entre pacifistes et "libéral-impérialistes", il louvoya, avoue-t-il à mots couverts, entre les deux tendances et ne se rallia franchement à la seconde que dans le sillage de Lloyd George, qui, le 21 juillet 1911, en pleine crise d’Agadir, avait averti l’Allemagne qu’elle trouverait l’Angleterre sur son chemin si elle faisait la guerre à la France au sujet du Maroc. Depuis lors, Winston n’avait eu de cesse que le pays fût bien préparé à la guerre. Il avait pris position pour l’envoi d’un corps expéditionnaire en France dès la mobilisation, alors que des voix puissantes s’y opposaient. S’il passe en 1911 du ministère de l’Intérieur à celui de la Marine, c’est pour mettre à la raison sur ce sujet les amiraux, avec la bénédiction du premier ministre Asquith et du ministre des Affaires étrangères, Edward Grey. Son récit suggère fortement qu’en 1914, sans l’appoint des troupes britanniques, la bataille de la Marne aurait débouché sur une capitulation française et que l’Angleterre elle-même n’aurait plus eu qu’à traiter.

¬En divulguant dès 1923 ces débats qu’on retrouvera en 1940, Churchill montre sa francophilie en même temps qu’il en dessine les limites. L’Alsace-Lorraine est, avant 1914, une propriété allemande reconnue par tous les hommes politiques britanniques. On ne veut outre-Manche qu’impressionner l’Allemagne, pour réduire ses appétits. Et Churchill est peu convaincant lorsqu’il cherche à disculper son pays de l’accusation d’avoir piégé l’Allemagne à la veille de la guerre, en ne l’avertissant pas clairement qu’elle s’apprêtait à y participer. L’opinion, écrit-il, ne l’aurait pas compris et le cabinet se serait déchiré. En cette année 1923 qui voit l’irruption de Hitler dans la vie politique allemande, quelqu’un suggère à Londres que si l’Allemagne se tourne vers l’est l’Angleterre ne fera pas grand-chose pour la retenir :

Au début de la guerre, l’Allemagne avait le choix entre une stratégie prudente et une stratégie audacieuse. Elle pouvait soit, comme elle le fit, tomber sur la France avec le gros de ses forces et contenir pendant ce temps-là la Russie ; soit tomber sur la Russie avec de grandes forces et se tenir sur la défensive avec la France. Si elle avait pris le second parti, elle aurait dit à la France et à l’Europe :"C’est une querelle orientale. Nous sommes en train de sauver notre allié autrichien de la Russie. Nous n’avons pas de querelle avec la France, nous n’avons pas l’intention d’envahir son territoire. À moins que vous ne nous attaquiez vous-même, nous ne vous toucherons point. Quant à la Belgique, elle est sacrée pour nous." Le gouvernement allemand en aurait alors appelé à l’Angleterre pour aider à localiser la lutte, un effort de bonne volonté aurait sans doute été déployé dans ce but. Par conséquent, la France aurait eu à choisir entre abandonner son alliée ou envahir seule de sang-froid l’Allemagne. Ni la Belgique ni l’Angleterre ne seraient entrées en guerre. À l’hiver les armées russes auraient été taillées en pièces à l’est, et la France arrêtée par les retranchements et les fils de fer barbelés sur le sol allemand à l’ouest.

Si donc l’Allemagne avait commencé par attaquer vers l’est, la Grande-Bretagne ne serait pas intervenue, du moins en temps utile :

La France aurait donc paru être l’agresseur qui avait fait un traité avec la Russie pour récupérer ses provinces perdues, qui, en raison de ce traité, avait envahi l’Allemagne, et avait été arrêtée par les défenseurs du Vaterland. D’autre part, du moment que la Russie était battue, des forces considérables allemandes pouvaient être ramenées pour s’avancer vers la France. Et si, au second stade, les Allemands avaient pris le parti de violer la neutralité de la Belgique, la Grande-Bretagne, si jamais elle était intervenue, l’aurait fait divisée et trop tard. Toutes ces terribles considérations politiques ou stratégiques étaient présentes à l’esprit du Ministère britannique et M. Lloyd George, en particulier, ne voulut jamais croire, jusqu’à ce que l’invasion en masse de la Belgique fût un fait accompli, que les Allemands seraient assez fous pour les ignorer.

Ce livre comporte une préfiguration encore plus directe du problème posé par l’Allemagne hitlérienne. Avant de donner le coup décisif, le gouvernement allemand a sondé personnellement Winston Churchill. Le 24 juillet 1914, le diplomate Ballin, au cours d’un dîner, lui avait fait d’étranges suggestions :

"Supposez que nous ayons à entrer en guerre avec la Russie et la France ; supposez, d’autre part, que nous battions la France mais ne lui enlevions pas, en Europe, un pouce de son territoire, seulement quelques colonies pour nous indemniser. Cela changerait-il quelque chose à l’attitude de l’Angleterre ? Supposez que nous vous donnions une garantie au préalable." Je m’en tins à ma formule que l’Angleterre jugerait des événements à mesure qu’ils naîtraient, et que ce serait une erreur d’admettre qu’elle se tiendrait à l’écart quoi qu’il advînt.

On ne sait si Hitler a lu ce premier tome, mais on y a bien des raisons de le supposer. La prison lui en laissait le loisir et un livre sur la guerre dont il voulait renverser le verdict, écrit par une personnalité saillante du camp adverse, avait tout pour l’attirer. Il est également vraisemblable qu’il se soit fait communiquer après son arrivée au pouvoir les archives de la mission Ballin. Il voulait en effet, du moins le proclame-t-il dans Mein Kampf, séparer l’Angleterre de la France et de la Russie, pour battre successivement ces deux pays. On pourrait même, comme cette stratégie n’est pas clairement formulée avant 1925, faire l’hypothèse d’une influence directe, sur elle, du livre de Churchill, mais ce serait, en l’état actuel des sources, une pure spéculation. L’année de prison qui suit son putsch raté, qu’il appelait son « université aux frais de l’Etat » [7] , fut en effet riche en lectures et en conversations, par exemple avec le géopoliticien Karl Haushofer et, contrairement au préjugé tenace qui fait de Mein Kampf, dicté alors à Rudolf Hess, son compagnon de captivité, un « fatras de lectures mal digérées », les influences sont fondues en une synthèse dont les ingrédients ne sont pas aisés à identifier. Restons-en donc à l’idée, moins aventureuse, que Hitler a lu le tome 1 de La crise mondiale et a pu trouver, dans la réaction du ministre de la marine aux offres de Ballin, à la fois un encouragement -l’Angleterre n’est pas insensible à ce genre de sirènes- et un avertissement : Churchill, pour sa part, n’entend pas laisser à l’Allemagne le champ libre sur le continent.

Les trois autres volumes, publiés jusqu’en 1929 à raison d’un tous les deux ans, sont étrangement sensibles aux soubresauts de l’actualité. Ainsi le second, écrit en 1923 et 1924, est profondément marqué par l’occupation française de la Ruhr (1923-1925), ressentie par beaucoup, à travers le monde, comme le présage d’une reprise prochaine des hostilités :

L’humanité ne devait pas échapper aussi facilement à la catastrophe où elle s’était précipitée. Il fallait que l’orgueil fût partout humilié et ne reçût nulle part de satisfaction. Les merveilleux exploits devaient rester sans couronne, et les sacrifices des combattants sans récompense. Il fallait que la victoire s’achetât tellement cher qu’elle se distinguât à peine de la défaite. Elle ne devait jamais donner la sécurité même aux vainqueurs. (...) Aux convulsions de la lutte devait succéder le tumulte stérile de l’après-guerre. De nobles espoirs, une belle camaraderie et de nobles audaces ne devaient aboutir, pour chaque nation, qu’au désappointement et à l’abattement. (...) La victoire la plus complète qui ait jamais été remportée n’a réussi ni à résoudre le problème européen ni à supprimer les dangers qui ont produit la guerre.

Churchill, par cette page et par beaucoup d’autres, prend rang parmi les plus virulents des nombreux écrivains qui, à cette époque, stigmatisent l’absurdité de la guerre [8] .

Le troisième tome, daté du 1er janvier 1927, vibre en revanche des espoirs nés à Locarno. La conclusion célèbre le peuple allemand, qui a si bien et si longtemps défié l’univers... en espérant qu’il se satisfera de cet hommage ! Elle s’achève par un hymne pacifiste :

L’oubli clément étend ses voiles, les mutilés s’éloignent en boitant, le souvenir des êtres chers se réfugie dans le brouillard de la mémoire de ceux qui les pleurent. Une nouvelle jeunesse est là, qui revendique ses droits, et le fleuve de l’éternité s’écoule, recouvrant même les champs de bataille comme si toute cette histoire n’était qu’un rêve.

En avons-nous fini ? Ou n’est-ce là qu’un chapitre d’une histoire insensée et cruelle ? Faudra-t-il sacrifier encore une autre génération pour apurer les sombres comptes du Germain et du Gaulois ? Nos enfants seront-ils condamnés à verser leur sang et à agoniser sur des terres dévastées ? Ou doit-elle naître enfin des feux mêmes de la bataille, cette réconciliation des trois grands adversaires qui leur permettrait d’unir leurs génies propres tout en assurant à chacun d’eux, dans la liberté et la sécurité, une part dans la reconstitution de la splendeur de l’Europe ?

Le dernier tome (1929) montre que cet espoir s’est affermi. Il chante les louanges du traité de Locarno, gage sûr de paix pour peu qu’on tienne toujours la balance bien égale entre les gamins batailleurs des deux rives du Rhin, et qu’on surveille l’URSS :

L’histoire n’offre aucun précédent à un engagement de ce genre.

Il n’en fut pas moins endossé aussitôt par toutes les classes et tous les partis d’Angleterre. Cette grande entreprise fut poussée par l’expérience et l’habileté de M. Briand et par l’étonnant courage civique de M. Stresemann et d’autres chefs de l’opinion. Elle reçut, au moment décisif, l’appui de toute la force de l’Italie, maniée par le réalisme clairvoyant de Mussolini. D’innombrables difficultés furent surmontées. Des négociations qui eussent pu exiger dix ans de persévérance furent achevées en quelques semaines. La coopération des petites puissances fut obtenue. Et, le 16 octobre 1925, près des eaux d’un lac tranquille, les quatre grandes démocraties de l’Occident engagèrent solennellement leur parole à maintenir la paix entre elles et à combiner leurs efforts contre celle d’entre elles qui, rompant le pacte, viendrait à assaillir l’une des nations-soeurs. Le traité final de Locarno fut signé, comme il convient, à Londres, d’où était venue l’impulsion principale.(...)

Le Traité de Locarno peut être regardé comme la contrepartie fournie par le Vieux-Monde au traité de Washington conclu en 1921 entre les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Japon et par lequel avait été réglée et assurée la paix dans le Pacifique. Ces deux augustes instruments s’élèvent, comme deux pyramides jumelles, de chaque côté de l’Atlantique. Imposant leur autorité à toutes les grandes nations du monde ainsi qu’à leurs armées et à leurs flottes, elles forment les fondements de granit sur lesquels les conceptions plus larges de la Société des Nations et l’idéalisme du Pacte Kellogg peuvent élever les édifices plus spacieux et mieux liés de l’avenir.

La tâche n’est pas achevée. (...) Les anxiétés de la France, les rancunes de l’Allemagne ne sont qu’en partie éteintes. Sur les grandes plaines de l’Europe centrale et orientale, découpées en Etats nombreux animés d’un ardent nationalisme, planent les ombres offensées de Pierre le Grand et du grand Frédéric, avec les souvenirs de leurs guerres. La Russie, qui se condamne à l’isolement, aiguise ses baïonnettes dans la nuit arctique en proclamant machinalement, de ses lèvres affamées par sa faute, sa philosophie de haine et de mort. Cependant, depuis Locarno, notre espoir repose sur une base plus sûre. La répulsion provoquée par les horreurs de la dernière guerre sera durable ; et cet intervalle béni offre aux grandes nations l’occasion d’organiser le monde dans la conviction que les difficultés qui restent à surmonter ne sont pas plus grandes que celles qui ont déjà été vaincues.

Outre la dernière phrase, où on trouve un procédé courant du discours churchillien pour prôner l’optimisme, ce passage frappe par l’attachement passionné du signataire à la paix, et par les conditions qu’il y met. Ce doit être une paix équilibrée, faite de concessions réciproques et non une préparation déguisée de la guerre. C’est évidemment là-dessus qu’il se sépare, dès le début, des dirigeants conservateurs qu’on ne va pas tarder à appeler les appeasers.

Cette analyse des sentiments de Churchill vis-à-vis de l’Allemagne dans les années 20 montre la logique, la constance et le courage de ses positions qui ne vont pas varier dans les décennies suivantes, si ce n’est sur les modalités. Il s’agit d’assagir l’Allemagne, d’y trouver des gens raisonnables et de pactiser avec eux. On ne peut l’empêcher d’avoir ses Hitler et ses Ludendorff, mais il faut les noyer dans la démocratie à l’intérieur et, à l’extérieur, dans une politique qui accorde au patriotisme allemand des satisfactions tangibles. Les instances internationales doivent veiller au grain, et il n’est pas étonnant de trouver ici un vif éloge de Briand, qui à la même époque lance sa campagne pour les « Etats-Unis d’Europe » (après avoir, en 1928, signé, avec le secrétaire d’Etat américain Kellogg un pacte mettant « la guerre hors la loi », contresigné par 26 autres pays [9]) et une prédilection pour la diplomatie multilatérale. D’un autre côté, Churchill n’est pas un faiseur de systèmes : il cherche à améliorer les choses « pas à pas » [10] en coopération avec ceux qui, estime-t-il, voient moins loin et moins clair que lui -d’où sa solidarité étroite avec le gouvernement conservateur des années 1924-29, celui sur lequel il a, pendant l’entre-deux-guerres, le plus d’influence. Il est en désaccord profond avec le ministre des Affaires étrangères Austen Chamberlain, partisan, lui, de traités bilatéraux [11] ... et il le soutient d’autant plus chaleureusement lors du traité de Locarno, allant jusqu’à laisser entendre que le mérite lui en revient, alors que c’est plutôt l’entente entre Briand et Stresemann qui est au principe de l’accord. Il est vrai qu’il ne nomme pas Chamberlain (demi-frère aîné de celui qui s’illustrera à Munich) et que lorsqu’il dit que « Londres » est à l’origine du traité, il faut peut-être entendre « Churchill »... Toujours est-il qu’il ne crie pas victoire car pour lui Locarno n’est qu’une étape. On a réglé le problème de la frontière occidentale de l’Allemagne, restent ceux des frontières méridionales et orientales où on trouve l’Autriche [12], les Sudètes [13] et le corridor polonais. N’eût-il tenu qu’à Churchill, la conjoncture favorable de la fin des années 20 aurait vu poser ces problèmes, alors qu’on les évitait pudiquement -laissant à Hitler une grande marge de manœuvre.

Si Churchill n’aime ni ne hait l’Allemagne, Hitler en revanche éprouve pour l’Angleterre un attachement vif et durable, qu’on trouvera tout au long de ses discours et de ses actes, à condition de regarder les uns et les autres avec discernement.

Au principe de ses opinions politiques, lors de son adolescence, on trouve un immense amour de l’Allemagne. Avant la Première Guerre, le seul témoignage un peu étoffé est celui d’August Kubizek, fréquenté lorsqu’Adolf avait entre seize et dix-neuf ans. Ils parlaient essentiellement de musique et Hitler, s’il se pâmait devant Wagner, avait une prédilection pour la musique allemande en général, sans marchander son admiration à ses représentants d’origine juive comme Mendelssohn ou Mahler -qu’il n’hésiterait pas à sacrifier plus tard, lorsque ses conceptions racistes seraient formées. Il est assez vraisemblable, même si d’autres raisons ont pu jouer, que le refus de faire son service militaire dans l’armée « multinationale » des Habsbourg explique en partie l’exil à Munich en 1913 de ce sujet autrichien. En tout cas, quoi qu’en disent ceux qui, trouvant peut-être le nombre de ses victimes insuffisant pour fonder une condamnation, l’accablent de tous les reproches imaginables, la lâcheté doit jouer un rôle mineur dans cette fuite, en temps de paix, de la conscription, puisque dès le début de la guerre il se porte volontaire pour servir dans l’armée bavaroise.

Un précieux témoin de son évolution est la lettre qu’il expédie en février 1915 à un ami munichois [14] . Après avoir décrit des combats où son régiment a subi des pertes énormes, il conclut que la victoire devra être remportée également contre un ennemi intérieur qu’il baptise « l’internationalisme ». C’est donc le parti socialiste SPD, membre de la Deuxième Internationale et adversaire de la guerre jusqu’à la veille de son déclenchement, qui est visé : point trace ici de racisme ni d’antisémitisme. Au contraire, dans la fraternité du front, Hitler ne fait encore aucune distinction entre les combattants juifs et les autres.

Qu’on le veuille ou non, il ne forme son système qu’au lendemain de la défaite de 1918 [15] . Une cure hypnotique où on lui suggère qu’il a l’étoffe d’un héros national, découverte dans les années 1970 et encore largement méconnue de nos jours [16] , y a sans doute aidé. Les troubles révolutionnaires de Munich (mars-mai 1919) et le traité de Versailles font en sorte, sans qu’on puisse préciser quand ni comment, que sur le désir d’une revanche militaire se greffe la haine d’un ennemi accusé de tous les maux, la « race juive » ou, formulation encore plus fréquente, « le Juif ». Dès lors s’élabore un système raciste qui emprunte à beaucoup de précurseurs en se distinguant de tous par sa radicalité. Les Juifs sont traités de parasites ou de vermine d’une façon qui n’a rien de métaphorique et appelle, sinon d’emblée leur destruction, du moins leur « éloignement » (Entfernung) : le premier texte antisémite connu de Hitler, une lettre du 16 septembre 1919, prône déjà cette « solution ». Il n’y manque qu’un élément : de parasite local le Juif deviendra, en 1920, un comploteur planétaire, attaché non seulement à la perte de l’Allemagne, mais à l’instauration d’une domination de sa « race » sur le monde entier -un danger mortel pour l’humanité : puisque le parasite ne peut vivre qu’aux dépens d’un hôte relativement vigoureux, sa domination ferait rentrer l’espèce dans le néant. Dans cet ajout ultime à une théorie dès lors remarquablement fixe [17] , on devine, sans pouvoir la suivre à la trace, l’influence d’un texte russe traduit en allemand à la fin de 1919, les « Protocoles des Sages de Sion » .

Si les Juifs sont dangereux pour tout le monde, les autres « races » ne sont pas pour autant sur le même plan. Les Blancs sont les meilleurs et, parmi eux, les « Nordiques » ou « Aryens ». Voilà qui déjà permet de décerner à l’Angleterre un brevet d’excellence, tant son empire illustre la domination de ces Aryens sur les ethnies les plus diverses. Cependant, en tant que vainqueur de l’Allemagne, elle n’est pas sans reproche. L’indulgence à son égard émerge lentement, par le biais d’une réflexion sur les erreurs de Guillaume II : il a défié trop d’ennemis à la fois. De l’idée qu’à l’avenir il faudra ménager soit l’Angleterre, soit la Russie, Hitler passe lentement à une option définitive en faveur de la première. Les événements de 1923 contribuent sans doute à orienter ce choix, tant Londres met d’énergie à désavouer l’invasion française de la Ruhr, pourtant motivée par un dossier solide sur la violation des clauses de Versailles relatives aux réparations dues par l’Allemagne. Mais surtout, le séjour en prison consécutif à l’avortement du putsch de novembre est l’occasion d’une réflexion complémentaire sur les « races », qui aboutit à classer les Slaves dans les « sous-hommes » et, en orientant définitivement vers l’est la revendication d’un « espace vital » allemand, fait coïncider opportunément la théorie raciale avec le souci de ne pas multiplier les ennemis.

L’Allemagne proposera donc à l’Angleterre un compromis : contrairement à l’époque impériale, elle renoncera à se doter d’une forte marine et de points d’appui coloniaux -ce qui dispensera l’Angleterre d’entretenir une forte armée de terre et lui permettra de vouer ses ressources au maintien de sa domination mondiale, à présent contestée par les Etats-Unis et le Japon. Quant à la France, elle sera également priée, fût-ce un peu plus rudement, de se concentrer sur ses colonies. Hitler, dans Mein Kampf, suggère qu’il est prêt à lui laisser ses frontières, y compris l’Alsace-Lorraine chèrement reconquise en 1918, mais prévoit tout de même une guerre de revanche, destinée à briser sa force militaire afin d’« assurer les arrières » de l’expansion vers l’est.

Ces plans font bon marché d’une chose : la politique traditionnelle de « balance of the powers » qui amenait l’Angleterre, depuis le XVIème siècle, à soutenir sur le continent les concurrents de la puissance la plus forte, afin d’empêcher celle-ci de devenir pour elle une menace. Churchill, héritier admiratif et historien de Marlborough, laudateur de Drake, de Nelson et de Pitt, artisan et chantre de l’effort britannique dans la Première Guerre mondiale, reste un champion inébranlable de cette politique qui a brisé les élans de Philippe II, Louis XIV, Napoléon et Guillaume II. Reste à savoir si l’Angleterre en a encore les moyens.

Mais cette mise au point du programme d’expansion cohabite, dans le premier tome de Mein Kampf, avec une innovation plus importante encore. L’année de méditation carcérale sur l’échec de son putsch amène le candidat chancelier à faire, dans ses méthodes, une place immense à la ruse [18] , et à s’attribuer, en conséquence, un rôle de maître absolu dans le processus qu’il compte mettre en œuvre. Avant 1924, il ne se voit peut-être pas nécessairement comme le « Führer » de l’Allemagne, s’il l’est déjà, depuis 1920, de son propre parti « national-socialiste ». Il se voit en éveilleur, peut-être même en martyr. Puisque, lors de la répression de la manifestation du 9 novembre, les balles l’ont épargné, à présent il entend bien conduire le processus [19] -et ne plus composer avec les Ludendorff, les Kahr et les Lossow qui ont fait échouer cette première tentative. C’est qu’il mesure mieux les difficultés : son programme est de nature à dresser contre lui chrétiens et communistes, bourgeois et ouvriers, démocrates et aristocrates, ainsi que toutes les grandes puissances et tous les Etats frontaliers de l’Allemagne. Il faudra donc transiger ou du moins faire semblant, en laissant croire à chacun que c’est le voisin qui est visé, et pour cela un contrôle discret mais absolu de la ligne politique et de ceux qui sont chargés de la mettre en œuvre s’impose à tout moment. Témoin cette confidence du 8 novembre 1935, lors de la douzième commémoration du putsch :

Le destin a voulu notre bien. Il n’a pas permis le succès d’une action qui, si elle avait réussi, aurait nécessairement fini par sombrer en raison de l’immaturité du mouvement et de l’insuffisance de ses bases organisationnelles et spirituelles.

Dans cette ruse, la dissimulation des objectifs va prendre une part croissante. Témoin cette différence rarement relevée entre le premier tome de Mein Kampf et le second (1927), sur la question des handicapés. En 1925 il s’agit de les tuer et deux ans plus tard l’auteur ne parle plus que de les stériliser, moyennant quoi leur disparition prendrait six siècles ! On sait que l’opération « T4 », visant à hâter le processus par des assassinats, sera entreprise à la fin de 1939 : le fait de fixer de longs délais, plus longs en tout cas que ceux qu’il a en tête, est aussi l’un de ses tours les plus banals et nous en rencontrerons maints exemples [20] .

le 24 novembre 2011

[1] Cf. Gilbert (Martin), Churchill’s Political Philosophy, Oxford University Press, 1981, p. 80-81.

[2] On peut ranger aussi dans cette catégorie le conservateur Leopold Amery et le libéral Archibald Sinclair, qui sont proches de lui sur beaucoup d’autres questions.

[3] Cf. Wasserstein (Bernard), Britain and the Jews of Europe / 1939-1945, Oxford university Press, 1979, rééd. 1988, p. 30-31.

[4] Cf. Gilbert (Martin), Churchill’s Political Philosophy, op. cit., p. 65-66 (lettre du 20 mai 1919).

[5] Ibid., p. 71.

[6] Le général Erich Ludendorff (1865-1937) avait commandé l’armée allemande de 1916 à 1918, sous la direction nominale du maréchal Paul von Hindenburg.

[7] Cf., du même auteur, Hitler, Paris, Grasset, 1999, p. 132.

[8] Une remarque faite par John Maynard Keynes... à propos du tome suivant (The Nation, 5 mars 1927).

[9] On se gausse ordinairement de ce texte et on a raison s’il s’agit de relever son caractère gratuit, aucune procédure de sanction en cas de manquement n’étant définie. En revanche on a tort d’oublier, bien souvent, qu’il servit de pilier essentiel à l’acte d’accusation lors du procès de Nuremberg : ce texte librement signé par l’Allemagne, et jamais dénoncé par Hitler, avait bel et bien mis hors la loi la guerre d’agression.

[10] C’est le titre qu’il donne au livre dans lequel il regroupe ses articles de politique étrangère des années 1936-39.

[11] Ce qui a l’effet, perçu et dénoncé par Churchill, d’attiser le soupçon permanent de la France que Berlin et Londres s’entendent à ses dépens.

[12] Un pays germanique que les acquisitions vers l’est de ses seigneurs Habsbourg avaient écarté au XIXème siècle de l’unité allemande. La perte de ces territoires en 1918 posait la question de sa réunion (Anschluss) à l’Allemagne, mais le traité de Versailles l’avait interdite sans aucune consultation des populations.

[13] Une région montagneuse de l’ancienne Autriche-Hongrie, de peuplement majoritairement allemand et donnée à la Tchécoslovaquie en 1919 pour lui assurer, du côté de l’Allemagne, une frontière facile à défendre.

[14] Cf., du même auteur, Hitler, Paris, Grasset, 1999, p. 50.

[15] La chronologie de la conversion de Hitler à son propre système continue de susciter de vifs débats. Il est remarquable (et peu remarqué) que Churchill, lorsqu’en 1948 il écrit ses mémoires, se range résolument du côté de ceux, encore aujourd’hui bien minoritaires, qui, balayant d’un revers de main, sur ce point, le récit de Mein Kampf, estiment que le moment décisif, y compris pour l’apparition de l’antisémitisme, survient au lendemain de la défaite de 1918. Ce point sera développé à la fin du dernier chapitre. Cf. Hitler (op. cit.), p. 443-445.

[16] Cf. Binion (Rudolph), Hitler among the Germans, New-York, Elsevier, 1976, tr. fr. Hitler et l’Allemagne, Paris, Points Hors-ligne, 1994.

[17] Du moins sur la « question juive ». Des précisions capitales apparaîtront dans le premier tome de Mein Kampf sur la notion d’ « espace vital » et le statut des Slaves (cf. infra).

[18] cf., du même auteur, pour le rôle de Rudolf Hess dans ce processus, Les tentatrices du diable, Paris, L’Archipel, 2005, p. 289-90.

[19] Une étude récente de Brigitte Hamann met en lumière le rôle, dans la restauration de son moral, de la famille de Richard Wagner et en particulier de sa bru, Winifred (Winifred Wagner oder Hitlers Bayreuth, Munich, Piper, 2002 ; cf. Les tentatrices..., op. cit., ch. 5).

[20] Sur tout ceci, cf., du même auteur, Hitler, op. cit., p. 131-135, et Les tentatrices du diable, Paris, l’Archipel, 2005, passim.



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