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Bio/chro/info

Chronologie des attaques contre Lucie et Raymond Aubrac





-  1943 : arrêté à Caluire avec Jean Moulin le 21 juin, Raymond Aubrac est libéré le 21 octobre par son épouse à la tête d’un commando ; elle avait réussi par des ruses à localiser un fourgon dans lequel la Gestapo le faisait transporter.

-  1972 : Klaus Barbie, ancien chef du SD et de la Gestapo à Lyon, est démasqué en Bolivie et une instruction pour crimes contre l’humanité est ouverte en France, dont la première pièce est sa reconnaissance, sur photographies, par Raymond Aubrac.

-  1983 : Barbie, ramené en France, prend pour avocat Jacques Vergès et celui-ci commence à susurrer qu’Aubrac n’a pas été délivré par la Résistance mais retourné puis libéré par l’occupant ; auparavant, Barbie, dans ses nombreux interrogatoires et interviews, n’avait jamais mentionné Lucie ni Raymond Aubrac, vraisemblablement oubliés l’un et l’autre.

-  1984 : les Aubrac, jusque là fort discrets sur leurs aventures de 1943 et leur résistance en général, publient leur version des faits au moyen d’un livre signé de Lucie, Ils partiront dans l’ivresse, qui rencontre un grand succès. Cette publicité suit donc la calomnie -alors que les commères (et les compères) colportent que les Aubrac sont des vantards "qui n’ont peut-être pas trahi mais beaucoup embelli, et dont il était temps de rabaisser le caquet".

-  1991 : décès de Barbie après sa condamnation (en 1987) à la prison à vie ; diffusion par Vergès de son prétendu "testament", un long texte d’avocat (l’expression "d’après des recherches entreprises par Me Vergès" est récurrente) accusant non seulement Raymond mais Lucie d’être des résistants retournés à partir du 13 mars 1943 ; ainsi Lucie est dite avoir téléphoné à Barbie, le 21 juin à midi, l’heure et le lieu de la réunion de Caluire.

-  avril 1997 : aucun éditeur de journal ou de livre n’ayant publié, pendant six ans, le "testament", soudain Albin Michel s’en charge, en deux exemplaires juxtaposés ; il figure en annexe du livre de Gérard Chauvy Aubrac Lyon 1943, après avoir été intégralement cité par petits bouts dans le corps du livre. Celui-ci n’a strictement rien d’un travail historique ou, au mieux, pourrait en constituer la première étape : semer le doute sur ce qu’on croyait savoir, par l’accumulation de données contradictoires. Mais aucune thèse alternative n’est proposée. Sans affirmer qu’on doit prendre le texte de Vergès pour argent comptant, l’ouvrage le présente comme aussi fiable, ou aussi peu, que le livre de Lucie.

Contrairement à ce qu’on croit très souvent, Chauvy n’a fait aucune recherche personnelle : tous les documents qu’il cite sont déjà dans Vergès, sauf un ; en revanche, il apporte un dossier sans rapport avec l’affaire, celui d’un résistant français membre d’un réseau britannique, Jean Biche. Arrêté le 19 octobre 1943, il aurait été délivré dès le 21 par de très efficaces amis, capables de monter sur l’heure une attaque de fourgon : des milliers de personnes par ailleurs intelligentes vont avaler cela pour se dispenser d’ajouter foi plus longtemps aux "invraisemblances" du récit de Lucie. Elles n’iront toutefois pas jusqu’à écrire que l’immeuble de la Gestapo lyonnaise était cerné d’automitrailleuses anglaises attendant la fin de la garde à vue de Biche pour le récupérer quand les malheureux occupants seraient obligés de prendre le risque du transport vers la prison.

-  Printemps 1997 : réaction globalement timorée de la profession historienne aux affabulations Vergès-Chauvy. Rôle curieux du résistant Daniel Cordier, lui-même calomnié quelques années plus tôt et vigoureusement défendu par les Aubrac : il va répétant qu’ils n’ont certes pas trahi mais qu’il y a dans leurs déclarations de suspectes "zones d’ombre". Il est le héraut principal de la légende selon laquelle ils recherchent la publicité. La jalousie semble y avoir sa part.

-  mai-juillet 1997 : tenue d’une "table ronde" dans les locaux de Libération (17 mai) puis publication des propos échangés ; la quasi-totalité des historiens français de la Résistance française signent un désaveu cinglant de cette séance.

-  octobre 1997 : sortie du livre de François Delpla Aubrac les faits et la calomnie, contestant page par page celui de Chauvy et dont pas une ligne n’a encore, en 2012, été contestée - les sycophantes en étant réduits à l’accuser de partialité sans précision aucune ou, surtout, à le passer sous silence.

-  1997-2004 : procès en diffamation des Aubrac contre Chauvy ; condamnation très lourde de l’auteur et de l’éditeur, confirmée en appel et cassation, maintenue par la cour européenne des droits de l’homme ; des jugements, au total, beaucoup moins répercutés par les médias que la calomnie. Ayant clamé urbi et orbi qu’ils épuiseraient toutes les procédures de recours, l’auteur et l’éditeur ont toutefois renoncé à demander à la cour européenne un deuxième examen de l’affaire -ce qui rendait le jugement définitif au bout de six mois, soit en octobre 2004 (le présent site est peut-être le seul média au monde qui ait été attentif à cette nouvelle !).

-  mars 2007 : décès de Lucie Aubrac ; hommage national sans fausses notes ou presque (incise venimeuse dans le "20h" de David Pujadas sur la "vision très rigide de la Résistance" qui aurait affecté la défunte).

-  mars 2011 : sortie du livre de Pascal Convert Raymond Aubrac : résister, reconstruire, transmettre, fruit de centaines d’heures d’entretien et de nombreuses recherches d’archives.

-  avril 2012 : décès de Raymond Aubrac ; le soir même, sur un blog de Marianne, vigoureuse attaque de Stéphane Courtois, historien monocorde des "crimes du communisme", répandue comme une traînée de poudre sur Internet ; contrairement à la contestation du propos de Courtois par François Delpla, publiée un jour plus tard au même endroit, et très peu reprise.

-  mai 2013 : Daniel Cordier publie De l’Histoire à l’histoire (avec la collaboration de Paulin Ismard Collection Témoins, Gallimard) et écrit p. 97 une très lourde contre-vérité, tendant à faire croire que le nom véritable de Raymond Aubrac (Samuel), trahissant sa judéité, était connu des Allemands dès son arrestation et que le couple s’en serait toujours caché. Réactions indignées sur divers forums... contre qui s’indigne.

-  mai 2013 : parution, chez Gallimard encore, d’un livre du journaliste Jacques Gelin sur Caluire L’affaire Jean Moulin / Trahison ou complot qui ne s’en prend nullement aux Aubrac dans le corps du texte mais leur consacre une annexe au vitriol, dans le droit fil des insinuations de Daniel Cordier. Certes ils n’ont pas "donné" la réunion de Caluire, mais ils ont passé avec Barbie un marché suspect, notamment pour obtenir que Raymond ne soit pas, comme les autres arrêtés, transféré à Paris pendant l’été -ce qui permit à Lucie de le faire évader à l’automne. Comme ils se sont cachés de ce marché (qui présuppose notamment que Lucie ait vu Barbie plus souvent qu’elle ne le prétendait), sa contrepartie ne devait pas être très avouable : c’est du moins ce que le lecteur est amené à conclure. On a donc affaire à du Chauvy ou à du Vergès light ou soft, faisant rentrer par la fenêtre la calomnie chassée par la porte.

-  15 août 2013 : décès de Jacques Vergès, suivi d’hommages sans guère de fausses notes au courage et à l’esprit démocratique qu’il aurait montrés en prenant en charge la défense des indéfendables, dont Barbie. Le nom d’Aubrac semble ignoré des thuriféraires.

-  août-septembre 2013 : Jacques Gelin intervient dans un débat sur les Aubrac auquel je participe moi-même -une démarche que n’ont faite, à ce jour, pour ne parler que des vivants, ni Gérard Chauvy, ni Stéphane Courtois, ni Daniel Cordier, ni Jean-Pierre Azéma, ni Henry Rousso. Cela se passe sur le site Livres de guerre. Une réédition comportant une correction de l’annexe est annoncée.

le 15 septembre 2013



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