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Débats

L’arrêt devant Dunkerque



Réponse à quelques objections



Le chapitre de la Ruse nazie (1997) sur Frieser

Après des années de silence, et de discussions sur la toile à mon initiative, mon explication a été enfin largement discutée dans l’été 2012, à la suite de la parution d’un très bref article dans le magazine en ligne Dernière guerre mondiale.

Malheureusement le livre La Ruse nazie / Dunkerque 24 mai 1940 de 1997, l’une de mes plus mauvaises ventes, reste peu lu, notamment des objecteurs. Je rappelle que j’en ai conservé, après la liquidation des éditions France-Empire, un stock que j’écoule à prix coûtant.

Je vais ci-après citer le texte intégral de l’article, en répondant au fur et à mesure aux objections.

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Le Haltbefehl devant Dunkerque : une énigme qui joue les prolongations

Le 24 mai 1940 11h 30 (heure française) ou 12h 30 (heure allemande), Hitler ordonne l’arrêt de l’offensive blindée qui, après avoir coupé de leur arrière-pays les ports de Boulogne et de Calais les jours précédents, s’apprêtait à réserver le même sort à Dunkerque, consommant ainsi l’encerclement dans une poche de plus en plus étroite des armées de terre anglaise et belge, ainsi que des meilleures troupes françaises.

Pourquoi ? Pour contraindre la France, l’Angleterre et la Belgique à se rendre et à signer la paix, comme un propriétaire arrête son molosse à quelques centimètres de la gorge d’un cambrioleur surpris, en lui ordonnant de cesser toute résistance. Mais cette explication n’est apparue qu’en 1991, sous la plume de John Costello, avant d’être précisée et développée par moi-même, dans mon premier ouvrage historique, quelques mois plus tard .

Que disait-on donc auparavant ? Tout d’abord, rien, et ce pendant six ans. L’arrêt, qui avait duré jusqu’au matin du 27, n’avait tout bonnement pas été remarqué par les journalistes et les premiers historiens. C’est le journal du général Halder (chef d’état-major de l’armée de terre allemande), tout bruissant des protestations de son auteur et de maints officiers frustrés, qui obligea les observateurs à remarquer ce Haltbefehl. En 1948, dans un livre écrit à partir de ses entretiens avec les généraux allemands prisonniers, Basil Liddell Hart mit au jour une kyrielle de justifications données par Hitler lui-même -en sus de celles qu’on trouvait déjà chez Halder.

Or, avant Costello (et même souvent aussi, hélas, après), les historiens eurent tendance à enfiler ces justifications à la queue leu leu plutôt que d’en dégager une logique.

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Ces paragraphes n’ont guère été contestés (sauf bien entendu l’image du molosse, résumant la thèse ; cf. infra).

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Deux citations en témoigneront, l’une due à Henri Michel et l’autre à John Keegan :

« (...) il est certain que le Führer, en agissant ainsi, était d’accord avec Keitel et Jodl et avec le responsable sur place, le général von Rundstedt, dont il n’a fait qu’avaliser la décision. Celui-ci ne s’était pas déterminé par des considérations de politique, ni même de stratégie générale -comme la crainte de Hitler, selon son expérience de 1914-18, de voir les blindés s’enliser dans les Flandres, ou le désir du Führer de donner à la Luftwaffe de Göring un succès spectaculaire en l’enlevant à une armée de terre jugée « réactionnaire ». Il est probable que la nécessité de laisser souffler ses chars avait été révélée à von Rundstedt à la fois par l’attaque anglaise sur Arras du 21 mai -qui avait avancé de 16 km avec trois bataillons et 16 chars-, les préparatifs français sur la Somme et l’arrivée de quelques renforts britanniques à Calais, ensemble de mesures annonçant une attaque d’envergure sur les deux flancs de l’étirement allemand. Mais l’esprit tortueux de Hitler lui avait fait tenir de singuliers propos sur la nécessité de l’Empire britannique ; il n’est pas exclu qu’il ait envisagé de permettre aux Anglais de ‘sauver la face’. » (Michel )

« La contre-attaque britannique [d’Arras] (...) alarma Hitler. Rundstedt, commandant le groupe d’armées A, admit avec lui que les Panzer étaient allés trop loin pour leur sécurité et devaient arrêter leur avance en attendant que l’infanterie, plus lente à se mouvoir, ait ‘doublé’ les murs du couloir, pour éviter une répétition de l’effet de surprise d’Arras. (...) Le 24 mai, Hitler ordonna aux forces blindées d’arrêter leur avance. Il refusait de laisser les Panzer s’engager dans les basses terres de la côte qu’il jugeait peu propices à des opérations de blindés. » (Keegan )

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Ces deux citations ont fait l’objet d’un reproche, notamment ici : ces autorités seraient des cibles choisies pour leur vulnérabilité. C’est fort inexact. Il s’agit d’historiens sérieux et reconnus. Ils n’ont pas beaucoup travaillé sur le Haltbefehl ? mais c’est le cas de tous ! Je les ai invoqués justement pour montrer en quelques lignes comment la question était traitée avant Costello : en enfilant au petit bonheur les justifications nazies.

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On ne peut qu’être frappé par le caractère subjectif de ces proses, et leur éloignement de toute rigueur d’historien, d’autant plus qu’il s’agit de spécialistes chevronnés, difficiles à prendre en défaut ailleurs. L’énigme n’excite visiblement pas leurs papilles de chercheurs ; ils ont plutôt l’air de proposer de mauvaise grâce une explication parce qu’il le faut bien ; et, chassant l’avarice, chacun en offre plusieurs, à charge pour l’amateur de faire son tri. Nous pouvons néanmoins leur décerner, ex aequo, la médaille de l’illogisme : s’il y a dans le dispositif allemand, en ce jour et à cette heure, quelque fragilité, ce serait le moment de foncer, et de boucler l’encerclement, plutôt que de ralentir et de le suspendre. Michel, qui pense redoutable (ou du moins pense que Rundstedt devait le penser) l’arrivée de renforts à Calais ou sur la Somme, et Keegan, qui pense que le chef du groupe d’armées A jugeait nécessaire d’attendre l’infanterie, nous laissent supposer que ce général avait soit oublié le b.a. ba de son métier, soit gagné son avancement avec une bonne dose de favoritisme.

Il y a là surtout, de la part de ces deux auteurs fort représentatifs, une observation fort distante et distraite du réel. Certaines raisons qu’ils avancent pourraient expliquer des dispositions allemandes du 22 mai, certainement pas du 24. De ce point de vue, un livre très inégal, paru en 1995 mais achevé d’écrire (d’après sa bibliographie) en 1991 soit au moment des travaux de Costello (et sans en tenir le moindre compte) a tranché toutes les incertitudes : le colonel allemand Karl-Heinz Frieser, étudiant minutieusement la position des unités sur le terrain, a montré dans son Blitzkrieg-Legende que le 24 mai à 12h 30 aucun officier allemand ne craignait plus nulle part la moindre contre-attaque et que l’heure était à l’euphorie de la victoire. Ordonné par celui qui dirigeait à la fois l’armée et l’Etat, l’ordre ne pouvait donc avoir que des raisons politiques.

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Ce dernier point a été contesté de façon assez confuse. On continue de mettre bout à bout des bribes qui tendraient à prouver que Hitler s’inquiète toujours, le 24 mai à midi, pour le flanc sud de la percée.

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Frieser en propose une entièrement nouvelle... et entièrement fausse, à mon avis : mis devant le fait accompli d’un retrait de ses blindés à Rundstedt, par l’OKH du général von Brauchitsch (celui dont Halder est chef d’état-major), au profit du groupes d’armées B du général von Bock, Hitler rendrait séance tenante ses blindés à Rundstedt. Mais dans ce cas, pourquoi les arrêter ? Pour montrer qui est le maître, écrit Frieser. Mais cela n’est nullement documenté. Excellent dans la démolition, Frieser ne fait donc pas mieux que les autres dans la proposition : il avance une explication parce qu’il en faut bien une, mais elle n’a rien de convaincant.

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Chez mes contradicteurs, cette thèse de Frieser ne fait guère recette ; ils penchent plutôt pour l’explication militaire classique ; cependant, elle est à présent avancée avec un peu moins d’assurance.

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Ces proses antérieures à Costello, ou ignorantes de son apport, charrient une vision de Hitler et de sa guerre terriblement datée. Si on se permet aussi légèrement des explications aussi confuses de sa conduite, c’est qu’on lui prête, à lui-même, une confusion et une légèreté sans pareilles. Voyez ce chef qui se souvient au dernier moment qu’il a vu en 1914-18 des marais autour de Dunkerque ! (au demeurant, il n’y en a plus...) Voyez cet Ubu qui fait avorter le plus grand encerclement de l’histoire pour montrer que c’est lui qui commande ! Voyez ce matamore qui a peur de son ombre, cet impulsif qui ne voit même pas que la partie est gagnée ! etc.

Le nazisme était une aventure folle, mais méthodiquement et intelligemment menée : tel est l’apport croissant des recherches nouvelles, depuis environ deux décennies. Contrairement à la propagande anglo-américaine de guerre, logique mais peu pertinente, il ne s’était donné ni l’Angleterre ni les Etats-Unis comme ennemi mortel, mais uniquement la France et la Russie. Et puisqu’il voulait ménager l’Angleterre il était aussi obligé d’épargner en grande partie la France, en se contentant de briser son outil et son prestige militaires, et de se payer, territorialement parlant, sur la seule Russie et quelques pays slaves environnants. L’arrêt devant Dunkerque est donc inséparable des propositions faites par Göring au Suédois Dahlerus, intermédiaire fréquent entre Berlin et Londres, le 6 mai 1940 : si les Allemands attaquent et parviennent à Calais (ce sera chose faite le 23 mai, veille de l’arrêt), il faudra demander la paix et ses conditions seront modérées. Le mérite essentiel de Costello est d’avoir trouvé là-dessus un document miraculé, dans un coin mal expurgé des archives de Paul Reynaud -alors que le ménage a été bien fait, ou que la dissimulation persiste, à Berlin, Stockholm et Londres. Ce document reste ignoré de bien des spécialistes, qui se condamnent à répéter sans fin le propos propagandiste de Churchill : « Les conditions allemandes ne pourraient être que dures ».

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Ici, une objection intéressante : "il faudra demander la paix et ses conditions seront modérées" est un résumé discutable (et introuvable dans mes articles et chapitres plus développés sur le Haltbefehl) des rares documents qui parlent de la proposition de Göring. Le plus solide, celui trouvé par Costello dans les archives de Reynaud au quai d’Orsay, dit que c’est l’Allemagne qui, lorsque son armée se sera "emparée de la côte belge et de Calais", émettra une offre "généreuse", que Göring alors esquisse.

Voilà qui m’amène à réfléchir (un apport très utile de la discussion, justifiant à lui tout seul le soin que j’y apporte) à la différence induite dans l’attitude du Reich sur cette question, entre le 6 et le 24 mai, par l’arrivée de Churchill au pouvoir d’une part, et son comportement politique et militaire d’une autre.

Sous Chamberlain, Hitler pouvait espérer que sa percée blindée entre Sedan et la basse-Somme provoquerait des disputes interalliées et un rembarquement britannique en cours d’exécution, ou au moins prévisible au vu des mouvements de troupes, avant que la Wehrmacht ne soit parvenue à Calais. L’Allemagne aurait alors pu faire à la France une offre, parfaitement irrésistible. Mais rien de tel ne se produit ; la solidarité interalliée semble totale et les Anglais ne montrent aucune velléité d’embarquement (les replis anglais s’effectuant vers la France, en coordination avec les troupes de ce pays, c’est-à-dire vers le sud... sinon bien sûr quand les Allemands bouchent cette direction, amenant une partie des replis à s’effectuer vers l’ouest, mais toujours en direction du territoire français et en aucun cas vers les ports). Dans ces conditions, l’émission d’une offre de paix généreuse, contrastant avec l’ampleur de la victoire, serait une arme entre les mains de Churchill, qui pourrait dire sur tous les tons que Hitler a peur de la suite et que pour cette raison même il ne faut pas lui faire le cadeau de la paix.

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Conclusion

La conséquence la plus immédiate de cet arrêt infructueux et de la reprise du combat trois jours plus tard (aucune ouverture de paix n’étant venue de Londres, en raison de l’obstination et de l’habileté politique churchilliennes ; le ministre des Affaires étrangères Halifax, appeaser invétéré, avait presque réussi, le 27 mai, à déstabiliser son premier ministre, mais ceci est une autre histoire) est le sauvetage des troupes britanniques par Dunkerque, dont les défenses avaient pu être renforcées dans l’intervalle. D’où parfois, chez les rares qui refusent les explications par les peurs et les lubies de l’ancien caporal, l’idée que par l’arrêt il voulait favoriser l’embarquement. Cette explication est tout aussi fausse -Churchill ayant précisément, au cours des journées précédentes, répudié la solution d’embarquement tant qu’elle restait possible, Hitler ne pouvait savoir qu’il profiterait de l’arrêt pour la mettre en œuvre. Du moins aucun document ne va dans ce sens -alors qu’il y a l’offre de paix de Göring, à valoir le 23 mai, pour documenter la seule thèse qui subsiste : la soif nazie d’un arrêt immédiat de la guerre à l’ouest, « sur le sable de Dunkerque ».

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Un certain nombre d’objections ont été soulevées ici. La plupart consistent en une prime aux effaceurs de traces : il n’y a pas le moindre document allemand sur la conversation Göring-Dahlerus, les archives suédoises restent bouclées (on va parfois jusqu’à dire que ce serait de ma faute !), en France Reynaud garde bien des choses pour lui et a épuré les dossiers déposés aux Archives nationales, seuls ceux du Quai d’Orsay levant un coin du voile, et à Londres la correspondance diplomatique avec la Suède a fait l’objet de coupes avouées, sous un prétexte de toute évidence fallacieux (la menace d’une invasion allemande... qui n’aurait été fatale qu’à ces dossiers).

Loin de me rendre hommage pour avoir suivi ces pistes aussi loin que possible, on va parfois jusqu’à prétendre que je tire prétexte de ces destructions et dissimulations pour combler les vides suivant ma fantaisie. Que nenni : je me contente de ce qui surnage.... mais j’en tire avec énergie toute la substance possible.

Incontestablement, Göring a fait miroiter une paix "généreuse" et conforme aux annonces de Mein Kampf, plus ou moins clairement réitérées pendant toutes les années 30 : la politique extérieure du Troisième Reich ne vise une expansion territoriale que vers les territoires slaves de l’est, tout en entendant régler à un moment, militairement, le sort de la France ; en revanche, elle recherchera l’amitié de l’Angleterre, ce qui suppose de frapper rapidement la France et de se contenter d’écraser son armée, sans toucher à son territoire, ou très peu. Ainsi il n’est question de prendre à la métropole que le bassin ferrifère de Briey, et de faire céder par la France à l’Allemagne une quantité non précisée de colonies (mais l’Allemagne, nazie ou non, n’a jamais parlé que de récupérer les colonie perdues en 1918, soit, côté français, le Togo et la moitié du Cameroun). Mes contradicteurs prétendent que c’est énorme, que cela ne ménage pas du tout l’Angleterre, que si l’Alsace-Lorraine n’est pas mentionnée elle est nécessairement sous-entendue quand on parle de Briey !

La question fondamentale est celle-ci : qu’a Hitler en tête le 10 mai, quand il déclenche son offensive, sous un gouvernement Chamberlain ? J’y réponds clairement, en inscrivant cette réponse dans sa démarche générale. Non seulement il veut peu de chose, en dehors du désarmement de fait de la France, et des "mains libres à l’est", mais, par les ouvertures de Göring, donne à Paris comme à Londres le mode d’emploi de son offensive : que la France signe, quand elle aura mesuré les dégâts, et tout ira bien.

Les contradicteurs de ma thèse sur l’ordre d’arrêt sont courts, confus et contradictoires à ce sujet. Ils se lancent dans des spéculations point du tout documentées sur l’intérêt que Hitler aurait eu à agir autrement : en publiant son offre, en ne s’arrêtant précisément pas devant Dunkerque pour mieux démontrer sa supériorité...

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Sur ATF 40

Un débat particulièrement heurté et géré d’une manière très spéciale a eu lieu sur le forum Armée de terre française en 1940 de juillet à septembre 2012, après la parution de l’article ci-dessus.

Décision a été prise un jour de le verrouiller, en me laissant le dernier mot. Le voici, daté du 9 septembre :

Bonsoir à tous

J’accepte ce rôle de voiture-balai et cette fenêtre d’expression, par principe (j’écris partout où on veut bien de ma prose) et en passant sur l’humiliation d’un moment et d’un sujet dictés, dont les autres intervenants ont l’air de s’accommoder. Mais en même temps, pas question d’y passer le week-end et de me détourner de mes autres tâches. C’est ainsi que j’ai consacré de longues heures de ce dimanche à des investigations sur le « plan Otto », une falsification (matinée d’hypothèses branlantes et de torsions de documents) remarquable et jusqu’ici inaperçue, non sans rapport d’ailleurs avec la campagne de France, ni avec la problématique du Haltbefehl, en prolongeant une discussion éclose sur d’autres forums.

Je tire avant tout une leçon de cette expérience ; de ces remous inattendus suscités par un court article à propos d’une thèse que j’élabore au grand jour depuis vingt ans et que j’ai développée principalement dans trois ouvrages, dont le dernier, La Ruse nazie (1997), n’a fait l’objet pour l’instant d’aucune critique défavorable, tant sur le papier que sur Toile : après une longue période de silence et de mépris, l’explication diplomatique du Haltbefehl suscite aujourd’hui des comportements de fauves blessés .

Il serait d’ailleurs paradoxal que Louis C n’ait pas lu La Ruse nazie, vu son investissement dans les débats de forums sur le Haltbefehl, qu’il rappelle et assume ici même. De deux choses l’une : ou il fuit cet ouvrage, ou il a fini par le lire... et préfère en ignorer les démonstrations et les documents, pour mieux ergoter à son aise sur des formulations ou monter en épingle des silences, voire en inventer, dans des débats nécessairement moins élaborés.

Je rappelle en passant que j’ai sauvé un stock de cet ouvrage disparu, et en cède des exemplaires à prix coûtant.

Pour en finir avec les contradictions de Louis C, chacun aura remarqué que dans un premier temps il prétendait se soumettre à son propre diktat (pas plus d’un message) et que dans un second puis un troisième etc. il s’est mis à commenter les messages des autres, de façon plus ou moins développée.

Il a été question de la place du Haltbefehl dans l’ensemble de mon travail, donc je peux enfin en parler sans qu’on crie au hors sujet ! Eh bien il est grotesquement faux qu’il en soit la clé de voûte et que, si mon interprétation était démontrée fausse, l’ensemble de mes seize ouvrages et de mes articles s’effondrerait dans un nuage de poussière. Pour penser cela, il faut donner dans le mythe selon lequel je présenterais un Hitler « omniscient ». C’est, comme souvent en cette affaire, l’hôpital qui se moque de la charité. Ce n’est pas moi qui le dis omniscient, c’est une tendance de l’historiographie, lourde et sans doute encore majoritaire, qui se refuse à voir dans ses actes la moindre logique et la moindre continuité. Les rares et rapides passages sur lui du livre de Frieser procèdent invariablement de cette attitude. Et ce livre, souvent bon sur les détails et souvent désastreux sur les questions d’ensemble, garde une audience indue, très préjudiciable à la compréhension du Troisième Reich. Les efforts qu’on déploie pour m’empêcher de le critiquer me confirment que je suis sur la bonne voie.

La question des questions est là : Hitler, lorsque le 10 mai il attaque, sait-il ce qu’il veut ? D’après Frieser, non. Il faudrait déjà trancher ici. Ce que ne font ni Didier ni les deux Louis. A la fois ils me reprochent de maltraiter Frieser, et ils prétendent que, si Hitler a l’intention, fortune militaire faite, de signer une paix rapide et blanche, il devrait nécessairement faire autre chose que le Haltbefehl.

Si donc on m’accorde que Hitler, après le coup décisif contre l’armée française qu’il escompte à Sedan, n’en déplaise à Frieser et à ses foules d’adulateurs, n’aura de cesse de se retirer de la partie, du moins à l’ouest, les bribes sauvées du feu (par vous inexpliqué) sur la commission dont Göring charge Dahlerus et Nordling deviennent incontournables. Il y a bien une « offensive couplée des chars et des diplomates », comme je l’écrivais en 1993. Il est de première importance de souligner, aux yeux de Paris et de Londres, quoique pour des raisons différentes, que l’Allemagne envisage des conditions de paix on ne peut plus « généreuses ». Pour Paris, ce sera une incitation à signer au plus vite, et la suite confirme que la tentation ne fut repoussée que par l’énergie de Churchill. Pour Londres, il est prévu au départ que les gouvernants de cette capitale ne trouvent pas de raison, et en tout cas pas la force, de retenir Paris sur la voie de l’abandon. Il serait logique également que, devant le caractère désespéré de la situation, les troupes anglaises refluent vers la mère patrie.

Le remplacement de Chamberlain par Churchill est la clé des différences (sur lesquelles, apport intéressant de cette discussion, mon attention a été mieux attirée) entre les dispositions du couple Hitler-Göring avant la bataille, et leur attitude au moment décisif (ou plutôt, non-décisif) des 23 et 24 mai. Les conditions « généreuses », capables de mener par le bout du nez un gouvernement Chamberlain comme Hitler le fait depuis son avènement, pourraient être, aux mains de Churchill, une arme de choix. On m’a peu répondu là-dessus. On a même prétendu qu’une comparaison avec la situation, un peu mieux connue, de juillet, n’était pas pertinente. Je ne peux que redire : Mers el-Kébir, le 3 juillet, joue le même rôle que le changement gouvernemental du 10 mai pour déboussoler Hitler. Avant, il envisageait de balancer des millions de tracts sur la Grande-Bretagne, détaillant ses conditions. Mais puisque Churchill montre à Mers el-Kébir l’ampleur de son culot et de son autorité, on met les tracts au pilon et se contente, le 19 juillet, d’un discours vague sur ce point : Hitler aime et respecte l’empire britannique, ce qui semble indiquer qu’il ne veut pas l’amputer ni le désarmer.

L’ordre d’arrêt ? Mais il est consubstantiel à la stratégie de Hitler, qui ne frappe à l’ouest que pour créer les conditions de gigantesques conquêtes à l’est. Il veut donc, de toute éternité, arrêter ses troupes en plein élan victorieux, sans le leur avoir nullement laissé prévoir.

Bon. J’ai épuisé le temps que je m’étais imparti et dois vraiment passer à autre chose. De toute façon ce n’est qu’un début. Je réprouve une dernière fois de toutes mes forces ce verrouillage et proclame :

ON NE PEUT VERROUILLER LA TOILE !

Et encore moins le débat. Merci à tous et au revoir.

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Prosopopée d’un fou

sur Monde en guerre

Jeu Avr 04, 2013 10:50 am

en réponse à "carlo", qui réagit à mon affirmation que le Haltbefehl est "militairement idiot" :

Si la démarche est militairement idiote, elle est diplomatiquement profondément débile. (...)

Il était aisé pour Hitler de signifier son action diplomatique, envoyer un diplomate quelconque et dire : nous sommes prêts à discuter, il en est encore temps. Pas plus difficile que ça.

C’est là que le facteur de la folie de Hitler montre toute son importance, et que ceux qui le négligent errent.

Son fantasme : je suis envoyé par la Providence pour faire de l’Allemagne le porte-drapeau d’une réaction de l’humanité au bord du gouffre, afin d’enrayer la marche de la Juiverie vers la domination mondiale. Tout marche comme sur des roulettes jusqu’au 10 mai 1940 : je prends des risques parfois insensés (Rhénanie 7 mars 1936, la France fondée à réagir seule au quart de tour et la communauté internationale obligée de la soutenir) et toujours la Providence est à mon rendez-vous ; même chose dans la crise polonaise où, après avoir dressé savamment la communauté mondiale contre moi du 15 mars au 21 août 1939, je la fais exploser ce soir-là par l’annonce de mon pacte avec Staline, que j’ai rendu docile comme un agneau après avoir bavé contre lui depuis six ans ; ce 10 mai 40, je lance contre la France mon attaque décisive, qui va me permettre dix jours plus tard de dicter mes conditions au monde entier et, réussite suprême, de mettre le Royaume-Uni dans ma poche pour qu’il me laisse opérer Staline à mon heure et à ma guise ; j’ai lancé de discrets jalons, pour préparer le terrain de cette paix, par des émissaires suédois, à partir du 6 mai.

Patatras, Churchill, ce Juif auquel je disputais ledit Royaume-Uni depuis le début des années 30, chacun tirant sur un bras, devient premier ministre le même 10 mai. Je frappe à Sedan comme si de rien n’était et j’observe les réactions britanniques ; rien, pas le plus petit signe d’une colère de Londres contre les Français, d’une désolidarisation des Alliés sur le terrain comme en mars 1918, d’une velléité anglaise de rembarquement. Au contraire, Churchill vient à Paris le 16 mai [visite aussitôt connue en Allemagne cf. journal Goebbels] et arrive visiblement à réaffirmer l’alliance, à la ressouder en dépit du danger. Où sont passées mes offres de paix généreuse ? Je ne puis les exhiber publiquement et il serait même imprudent de les renouveler, ce renard de Churchill n’attend que cela pour parler de ma lâcheté. Je ne puis que prier ma Providence pour que Dahlerus ait converti Halifax et que celui-ci rassemble des alliés parlementaires afin de dresser aux Communes un guet-apens à Churchill, pendant qu’à Paris j’administre à Reynaud une piqûre de rappel, par Nordling. Bon mais qu’est-ce qu’ils foutent ? J’avais fait dire par Dahlerus qu’il faudrait signer la paix quand je serais à Calais et me voilà devant Dunkerque. Je stoppe, que faire d’autre ? Bien entendu, je n’ai rien dit du volet diplomatique de mon offensive à ces crétins de généraux, dont le métier est de cogner et qu’il eût été sot d’inviter à foncer tout en leur disant que la paix était pour dans deux semaines : c’eût été inviter l’armée entière, de proche en proche, à éviter de se faire tuer avant.

Je laisse donc à l’Angleterre un tout petit délai pour comprendre et si elle maintient sa combativité sous une forme ou sous une autre en dépit ou à la faveur de mon arrêt, il va bien falloir lui faire comprendre qu’elle est à poil, en achevant la ruine de son allié français, en le contraignant à un armistice qui menacera jour après jours ses colonies, en caressant Roosevelt dans le sens du poil pour qu’il comprenne qu’il vaut mieux s’entendre avec moi, et tenir compte de mon manque d’ambitions atlantiques, plutôt que d’encourager une rébellion militaire des vieilles démocraties contre mon hégémonie sur l’Europe, etc.

Bref, il faut absolument, en cette fin de mai, amener tout le monde, dans un délai d’un mois, à partager la sagesse de Staline, qui devant mes succès n’esquisse pas le moindre rapprochement avec l’Occident.




Résumé d’étape

(déposé le 2juin2013surles divers forums)

Le 24 mai à 12h 30, alors que la seule ligne de défense organisée (celle de l’Aa) qui sépare les blindés allemands du Hgr A, fonçant depuis Sedan, de leurs camarades du Hgr B traversant la Belgique à pied par le nord, est en train de céder, donnant aux uns l’espoir et aux autres la crainte que le plus grand encerclement militaire de l’histoire soit bouclé dans la soirée ou le lendemain matin, Hitler douche brutalement les enthousiasmes allemands et rend une marge de manoeuvre à l’ennemi en restaurant lui-même la ligne de l’Aa, côté allemand. Les blindés, stoppés net, deviennent en effet, explique-t-il aux généraux Brauchitsch et Halder, "l’enclume" sur laquelle viendra taper, quand il pourra, le Hgr B brusquement rebaptisé "marteau".

Hitler se répand alors, auprès de divers généraux, en justifications d’ordre militaire : il voudrait économiser les blindés pour la suite, leur épargner un terrain gorgé d’eau, resserrer son dispositif par crainte d’une contre-attaque, épargner les villes flamandes, ne pas occuper trop de terrain au sol pour pouvoir multiplier les bombardements aériens... Göring, chef de l’aviation et fier d’en avoir fait une "arme nazie", s’étant mis en avant pour réclamer cette dernière solution, et Rundstedt, chef du Hgr A, s’étant porté volontaire pour sembler avoir réclamé une pause, Hitler (qui, surtout depuis 1929, avait pris l’habitude, pour cacher son jeu et la continuité de ses desseins, de se présenter comme tiraillé entre divers lieutenants) laissait dire qu’il avait été influencé soit par l’un, soit par l’autre, soit par les deux.

Parfaitement inaperçu des journalistes et historiens de la campagne jusqu’en 1946 (parce que les vainqueurs finaux de la guerre avaient intérêt à masquer, ou à ne pas voir, les heureux hasards ou les cadeaux de l’ennemi qui avaient favorisé leurs vaillants soldats ; parce qu’inversement la propagande très encadrée des nazis insistait sur l’idée d’une irrésistible marche en avant), l’épisode n’a fait l’objet d’aucune étude historique digne de ce nom avant 1991. Personne ne s’y est vraiment attelé, notamment pour dégager, documents d’époque en main, laquelle ou lesquelles des explications hitlériennes pouvaient correspondre à un embryon de réalité, et dans quelle mesure Göring et Rundstedt avaient pu peser d’un poids quelconque. Toujours insérées dans des études plus générales, les considérations d’historiens sur le Haltbefehl ressemblaient absolument toutes à des colliers de perles, enfilant sans méthode et sur le même plan un nombre variable de justifications nazies et de bredouillages rundstedtiens.

A l’heure où j’écris, personne ne s’est risqué à une explication militaire claire et cohérente. Pas plus dans des livres ou des articles que sur les forums, lorsque le débat que j’essayais en vain de susciter depuis 1992 a brusquement démarré en juillet 2012, à la suite d’un court article de moi dans un magazine en ligne. On a vu cependant apparaître un autre type d’explication militaire... renouvelé, lui, non de confidences nazies, mais de la propagande alliée : il s’agit d’un véritable négationnisme, non de l’ordre d’arrêt lui-même, mais de son effet. Les blindés auraient déjà été arrêtés... par l’ennemi ! Il est vrai que la ligne de l’Aa résistait encore, du côté de Gravelines. Peut-être les Allemands étaient-ils de grands sportifs et des tâcherons méticuleux, qui considéraient qu’ils n’avaient pas le droit d’aller plus loin tant qu’ils n’avaient pas consciencieusement nettoyé un obstacle.

La seule explication qui soit, pour l’instant, claire, cohérente et corroborée par des documents est d’ordre politique. Elle s’inscrit, suivant une logique aussi élémentaire que couramment oubliée, dans le cadre des visées du nazisme. L’offensive du 10 mai 1940, préparée et lancée alors que Chamberlain gouverne à Londres depuis trois ans, en fonçant comme un taureau naïf dans tous les chiffons rouges du matador Hitler, vise en apparence à reprendre une partie contre la France et l’Angleterre commencée par Ludendorff en 1918, mais il n’en est rien. Il s’agit d’écraser au plus vite les meilleures divisions françaises attirées en Belgique, afin de dissuader l’Angleterre à tout jamais de compter sur la France pour assurer la sauvegarde de ses intérêts ; ainsi devra-t-elle se résigner à un compromis de long terme avec l’Allemagne, enfin autorisée à dominer le continent européen et à s’y étendre, pourvu que ce soit vers l’est au détriment de pays slaves auxquels l’Angleterre ne s’est jamais beaucoup intéressée. Un appât non négligeable réside dans la révolution russe, soi-disant prolétarienne et marxiste, que les grands partis anglais détestent chacun à sa façon, et que Hitler se fait fort, depuis toujours, de liquider, même s’il a provisoirement pactisé avec Staline pour pouvoir se lancer vers l’ouest.

Un auteur anglais, Basil Liddell Hart, a fait dès 1949 quelques pas dans ce sens, timides, titubants et aussi peu soucieux de coller aux documents que les explications militaires susmentionnées, dont d’ailleurs ils partageait la plupart, achevant par là de créer plus de confusion qu’il n’apportait de lumière. La première véritable clarification est venue de John Costello en 1991. Il a découvert l’existence d’une offensive couplée des chars et des diplomates, montrant que Hitler avait pris soin d’avertir l’Angleterre, et accessoirement la France, que le triomphe qu’il préparait sur la Meuse était tout sauf une revanche de 1918 et qu’il avait l’intention de se retirer d’Europe occidentale en échange d’une portion très restreinte de territoire en Belgique et en France, et surtout de la paix. Ainsi avait-il fait savoir à Londres, par le truchement d’un messager habituel, le Suédois Dahlerus, instruit par Göring quatre jours avant l’offensive, qu’il ferait une offre de paix quand ses armes auraient pris Calais (qui allait être investi le 23 mai).

Ainsi, l’ordre d’arrêt s’explique d’abord et avant tout parce qu’aucun écho de cette démarche n’est encore parvenu à Berlin, tandis que le comportement des troupes anglaises sur le terrain est militairement aberrant : elles se laissent piéger, et bientôt encercler, en Belgique, sans la moindre velléité apparente d’éviter la capture par un embarquement. Hitler, qui n’a aucun moyen de savoir ce qui se trame au sein du cabinet de Londres, peut cependant supposer qu’une telle aberration y suscite des remous et que ses vieux partenaires Chamberlain et Halifax mènent la vie dure à Churchill, devenu par surprise premier ministre le 10 mai. Cependant, une telle situation l’empêche de renouveler et de présenter de façon plus officielle, comme il l’avait annoncé, son offre "généreuse", dont Churchill risquerait de s’emparer en clamant qu’elle cache force pièges. Il ne reste qu’à bloquer le mouvement d’encerclement, mais brièvement, sans dire pourquoi (sinon à Göring) et sans même en avertir les Anglais (ce qui aurait le même inconvénient que de claironner son offre "généreuse") : à eux de constater que l’encerclement n’est pas achevé, que la paix aurait l’avantage de sauver leur armée de terre d’une captivité certaine, et qu’il urge de mettre à profit ce sursis, en renversant Churchill et en consentant à une négociation avec le Reich.

Faute de quoi il faudra conclure que Churchill a trop la situation en main et se résigner à envahir la France ; la contraindre à un armistice séparé créera de nouveau à Londres, un puissant effet de souffle contre les positions de Churchill car la paix, si elle reste "généreuse" (notamment par la renonciation allemande à la flotte française), semblera plus attractive encore. Et de fait, Churchill, qui a sauvé son fauteuil de justesse début juin en présentant l’évacuation de Dunkerque comme une grave défaite allemande, sera considérablement déstabilisé fin juin et ne s’en tirera que par le coup d’audace de Mers el-Kébir, contraignant Hitler à jouer sa dernière carte contre l’URSS.



Quand les ruses d’Ulysse se font ficelles

Curieux, cet Ulysse 57 du forum beige, et plus curieux encore les ménagements à son endroit des partisans d’une explication militaire (par ailleurs toujours peu pressés de satisfaire mon souhait d’en lire une définition claire). Alors qu’il devrait être critiqué de tous les côtés, et particulièrement agressé par mes agresseurs, je suis le seul à lui dire ma façon de penser.

Il se dit en effet pleinement d’accord avec Costello et moi-même sur l’explication diplomatique mais prétend... la réconcilier avec l’explication militaire, avec essentiellement un argument : il connaît ce domaine et se passionne pour lui et comme ce ne serait pas mon cas je n’y connaîtrais rien et il me rendrait grand service en attirant mon attention là-dessus. Il ne semble pas se rendre compte une seconde du poids d’insulte que le propos comporte, non seulement contre moi qui en souris mais contre mes jurys de thèse et d’habilitation et, plus grave peut-être, contre l’ensemble du lectorat et de la critique qui aurait dû depuis longtemps se détourner railleusement d’un faux historien, acharné à ne voir les choses que sous un angle.

Car dans mes livres et publications diverses sur le Haltbefehl le côté militaire se taille la part du lion. Mais Ulysse lit très peu et l’assume. Il est toujours en train de me poser des questions basiques, non seulement sur ma thèse mais sur la situation, y compris militaire. Et gare si je ne réponds pas à la première sommation : c’est évidemment parce que la question a fait mouche (sic) !

Périodiquement il dit qu’il part en permission, pour lire. Je suis très partagé à ce sujet : cela devrait lui permettre de choisir enfin entre l’explication diplomatique sauce 1991 (fondée sur la mission confiée à Dahlerus ; répudiant Liddell Hart et toute idée de "laisser les Anglais s’embarquer pour faciliter la paix plus tard") et le génie dont aurait fait preuve Hitler en transformant les blindés en "enclume" et les troupes à pied en "marteau"... dans l’improvisation la plus totale et pour 48 h seulement !

Mais en même temps cela priverait le débat de la personne la plus investie, dont les prestations montrent jour après jour la parfaite incompatibilité entre les prétextes militaires, tous de source hitlérienne, et l’explication par la recherche de la paix immédiate et générale "sur le sable de Dunkerque".



déposé le 30 juin sur des forums variés :

Il est de plus en plus frappant, sur les divers forums où le débat fait florès (et parfois rage) depuis exactement un an, que les tenants d’une explication d’ordre militaire accumulent les considérations générales sur la difficulté de l’entreprise dans laquelle s’étaient lancés les Allemands. Certes, beaucoup de choses pouvaient enrayer un mouvement aussi risqué et un mécanisme aussi compliqué, mais à l’heure précise de l’ordre d’arrêt les difficultés avaient été surmontées et les impératifs militaires poussaient plus à l’accélération qu’au ralentissement -ce qui d’ailleurs explique que le caporal Hitler, qui savait faire l’idiot comme personne, ait accumulé dans les oreilles de ses généraux des justifications militaires diverses et variées.



Dimanche 15 Septembre 2013 13:11:38

Petite méditation dominicale sur l’acharnement thérapeutique par lequel certains tentent de sauver l’explication militaire.

1) De 1947 à 1991, tout le monde traite le Haltbefehl comme une bourde, en admettant que la jonction des armées de Rundstedt et de Bock était urgente et facile ;

2) Costello révolutionne l’étude du Haltbefehl par la trouvaille d’une recherche allemande de paix immédiate et générale ; je creuse ce sillon ; personne apparemment ne nous lit ni ne nous écoute, à part un auteur de pamphlet bâclé, lui-même peu diffusé ;

3) En 2012 le débat s’engage enfin... et pour contredire notre thèse on se met à écrire que le Haltbefehl n’est plus une bourde !

C’est du reste très logique, si on prête à cette "pensée" le soubassement suivant :

1) pas question d’admettre que Hitler ait pu vouloir ménager (militairement et provisoirement) la France ainsi que (durablement et sur tous les plans) l’Angleterre ; il est urgent de continuer à penser que c’était un cogneur tous azimuts bas de plafond ;

2) il convient donc plus que jamais d’affirmer que les raisons du Haltbefehl étaient militaires ;

3) comme Delpla ne va pas nous lâcher facilement, plus qu’une solution : exploiter l’incompétence absolue qu’on lui prête en matière d’histoire militaire, et son refus de se soigner ;

4) et plutôt que d’admettre que Hitler ait été, en cette occurrence particulière, un apôtre de la paix, nous allons en faire un homme qui s’y entendait, lui, en matière militaire, et mieux que Delpla !

Le tout dans un festival d’histoire spéculative, absolument indifférente aux archives et uniquement fondée sur des plongeons de scaphandrier dans les profondeurs supposées de la méditation hitlérienne.



(après une nième accusation de refuser l’explication militaire par un amour trop exclusif de la mienne !)

François Delpla Sujet du message : Re : Reprise après les remous de l’été 2012 MessagePosté : 27 Sep 2013 05:41 pm

Aujourd’hui, je me contenterai de rappeler la genèse de l’explication militaire.

Le Haltbefehl est strictement inconnu avant la découverte, en 1946, du journal de Halder -trop tard pour qu’il figure, même partiellement, dans les documents du premier et principal procès de Nuremberg.

C’est déjà hénaurme ! Il y en avait pourtant eu, des articles et des livres sur Dunkerque ! Apparemment leurs auteurs se passaient très bien de cette donnée. Hitler était un pur et simple loser, pas fichu de ne pas laisser les Anglais s’échapper, point.

Le livre qui va donner le ton, c’est tout bonnement celui de Churchill, doublement intéressé à ne pas déborder du cadre des explications militaires. Car ces pages pratiquent une double dissimulation :

-  celle de la crise qui a été à deux doigts d’emporter son cabinet et dont le paroxysme commence en plein arrêt allemand, le 26 mai au matin ;

-  celle de sa propre résistance aux objurgations des nombreux généraux qui réclamaient depuis plusieurs jours un rembarquement dont il avait laissé passer l’heure, et qui n’avait été encore possible que par la vertu de cet arrêt (ce qui ne veut pas dire que l’arrêt avait cet embarquement pour but, pour des raisons diplomatiques, contrairement à ce que prétend un Liddell Hart... au milieu d’une gerbe d’explications militaires).

La matrice churchillienne de l’explication militaire fait porter le chapeau principal à Rundstedt, ce qui contredit frontalement la documentation. Cette falsification sécrète en 1954 un délire d’Ellis, qui mélange complètement le Haltbefehl impératif et sine die du 24 avec un ralentissement arraché à Rundstedt par Kleist le 23, peu impératif, lié au besoin de "nettoyer Arras", ne fixant aucune limite à ne pas dépasser et, last but not least, limité à la journée du 24 pour solde de tout compte.

(comme on n’entend plus parler de cet ordre dit "de regroupement" -Aufschliessbefehl- après la soirée du 23, je propose de considérer que l’évacuation anglaise d’Arras, le 23 au soir, l’a rendu caduc, explicitement ou implicitement : ce point n’a pas été contredit à ce jour dans le débat ouvert en juillet 2012)

Ellis est à l’origine de cette stupidité, écrite par bon nombre des auteurs qui dissertent sur le Haltbefehl en passant et sans approfondir, que Hitler "n’a pas eu à stopper des blindés qui l’étaient déjà" ou "n’a fait que confirmer (les plus rigoureux disent tout de même "prolonger") un ordre de Rundstedt".

Jabobsen, reprenant le dossier à la fin des années 50 et intellectuellement dans l’orbite de Halder (l’archétype du général qui après coup hitlérise tous les manquements de la Wehrmacht), tresse l’influence de Rundstedt avec celle de Göring, qui avait dans l’après-midi du 23 ostensiblement réclamé qu’on laisse l’aviation "finir le travail à Dunkerque". Désormais on a trop de pères... d’autant plus que Jacobsen redonne, tout de même, un rôle à Hitler, et au Haltbefehl sa date du 24, lors de la venue de Hitler à Charleville.

Bref, tout cela n’est pas de l’histoire, mais du remplissage, parce qu’il y a un fait et qu’en écrivant sur la période on est bien obligé d’en causer.

Tu vois que je persiste dans mes habitudes de ne répondre à aucune objection !

Et je réitère ma remarque : personne n’a encore donné de l’explication militaire du Haltbefehl une formulation claire. Je reconnais en revanche volontiers, et l’ai toujours fait, que mes contradicteurs ont souvent présenté des formulations claires. Le malheur veut qu’à tous les coups elles soient plusieurs, et difficilement compatibles. Un bouquet d’explications claires, voilà qui est aussi loin d’une explication claire que la coupe des lèvres... quand elle en est loin. Une seule fois un partisan de l’explication militaire s’est risqué à me donner satisfaction : c’est Göring qui, se faisant fort de réduire la poche avec ses avions, a provoqué le Haltbefehl (Mercredi 31 Juillet 2013 20:58:26 ).

J’ai montré que cela collait bien mal avec la documentation : il ramène sa fraise le 23 dans l’après-midi et quand Hitler arrive à Charleville presque un jour après rien n’est encore, c’est le cas de le dire, arrêté. Mais sur le forum de Bruno, il n’a pas fallu plus de temps pour que l’explication simple par Göring et l’aviation disparaisse des radars !



le 30 septembre 2013



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