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Pierre d’achoppement



Un texte très contesté sur la folie de Hitler



Texte mis en ligne le 25 mai 2012 sur un forum dans le cadre d’un débat sur la possibilité que Hitler ait songé à reporter au dernier moment son offensive du 22 juin 1941 contre l’Union soviétique :

La folie de Hitler me semble la clé permettant de trancher nos passionnants débats.

Elle ne fait qu’un avec son antisémitisme, si on appréhende convenablement celui-ci : le point fondamental, c’est qu’un match se déroule entre

-  une entité parasitaire et maléfique, visant une domination du monde qui ne signifierait rien d’autre que la fin de la vie sur terre (le parasite tuant la créature dont il se nourrissait), et sur le point d’y parvenir en 1918 ;

-  et la race aryenne, qui a trouvé dans une Allemagne dirigée par Hitler le moyen de se ressaisir et de contester, au dernier moment, cette fatale évolution.

La Providence, qui ne veut pas que l’humanité meure, l’a prouvé en désignant Hitler au coeur de la nuit de novembre 18, et en le guidant de ses mains bienveillantes jusqu’au pouvoir, puis jusqu’à la percée de Sedan. Dont la suite logique était une paix rapide et générale, d’autant plus facilement acceptée qu’elle serait "généreuse" ; elle permettrait de conquérir tranquillement un "espace vital" aux dépens des Slaves.

Et puis boum, le processus s’est enrayé. La Juiverie a soudain trouvé en Churchill un champion impitoyable (Mers el-Kébir) qui contre toute logique a refusé la paix généreuse, et contre toute attente n’a pas été, alors, balayé par les appeasers.

La sidérante affaire de Mers el-Kébir entraîne au bout d’une dizaine de jours (le temps de constater que Churchill n’est toujours pas renversé, que Vichy encaisse sans beaucoup broncher, et surtout que Roosevelt approuve) la décision ferme de retourner le dispositif militaire vers l’est, pour une attaque massive le plus tôt possible, c’est-à-dire au printemps 41.

Pour autant, on ne va pas ménager l’Angleterre, mais essayer de lui faire subtilement comprendre qu’on l’adore, à condition qu’elle vire Churchill ; en attendant, on va lui adresser et des coups et des menaces, les uns et les autres soigneusement dosés pour ne pas déboucher sur un divorce irrémédiable.

La décision de Barbarossa est donc un pari. Elle n’est précisément pas conforme à Mein Kampf, qui laisse certes supposer une guerre-éclair contre la France mais point contre l’URSS, puisque la première est censée "assurer les arrières" de la conquête de l’espace vital. Le calendrier s’est donc, Churchill oblige, resserré. Churchill est apparu comme une épreuve envoyée par la Providence, pour obliger l’Allemagne à devenir beaucoup plus expéditive et brutale.

A ce moment sans doute, la décision d’attaquer vers l’est en 1941 est irrévocable, même si Churchill est encore au pouvoir malgré les coups et les menaces.

Là-dessus arrive, mi-mars 41, l’"information" suivant laquelle Hoare prépare un gouvernement de rechange, bientôt suivie de divers signes allant dans le même sens, reçus par Albrecht Haushofer. Le vol de Hess paraît prendre place dans ce cadre, mais le ratage technique de la fin (parachutage au lieu d’atterrissage, et capture bête par la police locale) ne permet pas de savoir si Hoare bluffait ou non.

D’où un dilemme terrible : les coups n’ont-ils pas été un peu trop appuyés, permettant à Churchill de s’accrocher à son fauteuil, au prétexte que l’antisoviétisme nazi serait, depuis le début, un cache-sexe pour une volonté de vaincre l’Angleterre ? Dans ce cas, il faut confirmer l’ordre de Barbarossa, et la confirmation du choix antisoviétique peut permettre à Hoare de passer à l’action. Mais d’un autre côté, faire signer un nouveau pacte à Staline signifierait que toute la force allemande accumulée vers l’est ne peut plus viser que le Moyen-Orient... et cela aussi pourrait faire tomber Churchill.

Alors, chère Providence, qu’est-ce que tu attends de moi au juste ?

Il ne serait pas exclu que, le 20 juin, il ait tiré à pile ou face...

*********

Ce message répondait à l’intervention suivante :

Narduccio le Jeu 24 Mai 2012, 2:20 pm

En fait, Hitler a peur de ce qui est arrivé en 1941 : la guerre sur 2 fronts. Mais, il ne faut pas oublier qu’il raisonne essentiellement en terrien (comme Pétain d’ailleurs). L’Angleterre résiste, mais elle semble seule sur son île et loin des réalités du continent. Il a à sa disposition, plus de la moitié de la capacité industrielle mondiale. A l’époque, l’industrie est concentrée dans 3 secteurs : l’Angleterre, les USA, l’Europe nord-occidentale (en y incluant la Tchécoslovaquie). Il domine des terres riches en hommes et en agriculture. Bref, à part le manque de pétrole (et encore, il y a le pétrole roumain) et le manque de quelques matières premières, il rançonne l’Europe entière au profit de l’Allemagne.

Dans l’état d’esprit d’un terrien, il est où le front de la guerre entre l’Angleterre et l’Allemagne ? Il n’y en a plus. Quelques troupes qui se battent en Afrique depuis février 1941. A peine 1 division. Et pas mal de soldats qui font le pied de grue le long des côtes de l’Atlantique. Et de plus en plus de sous-mariniers qui coulent des milliers de tonnes de marchandises et qui vont peut-être couper le ravitaillement de l’Angleterre. Bref, à ce moment-là, il n’y a plus de fronts. Mais, j’insiste, çà c’est la vision d’un terrien et ils furent nombreux à penser cela en 41-42. Ce qui m’embête, (pour eux) c’est qu’il y a même des amiraux français pour penser la même chose ...

N’étant pas dans sa tête, je ne chercherais pas à savoir jusqu’à quel point cet aspect des choses à influé sur la vision d’Hitler.

Ensuite, il y a les services de renseignements. Ils annoncent que l’armée soviétique est faible et démoralisée suite aux purges, mais que Staline est en train de réarmer et de renforcer l’armée. Donc, plus longtemps on attend et plus ça va être difficile. Il semblerait aussi que la vision raciale donne aux allemands une excessive confiance en eux. Ils se croient les rois du monde. En fait : ils sont les rois du monde ! Ils ont envahi tous les pays limitrophes avec des pertes faibles. Ils ont battue en 6 semaines la meilleure armée du monde (enfin, celle qu’on considérait comme la meilleure armée du monde) et pour la première fois depuis 1815, l’Angleterre n’a plus son mot à dire en Europe continentale ... Dans la vision de la société de l’époque, les allemands sont les rois du monde. Même Churchill dira que ce fût la période la plus sombre de l’histoire anglaise.

D’ailleurs, dans de nombreuses discussions, on sent que cette aura persiste encore de nos jours. Il n’y a qu’à voir le nombre de personnes qui croient qu’Hitler pouvait envahir l’Afrique du Nord Française d’un claquement de doigt ... Qu’il lui suffisait de vouloir. Pourtant, la désillusion va arriver assez vite, quelques mois pour les plus lucides. 18 mois pour les plus obtus.

Analyse

Narduccio nous offre la quintessence de la vision classique : Hitler avait certes pour principe d’éviter la guerre sur deux fronts mais en attaquant à l’est sans en avoir fini avec l’ouest il ne transgresserait "presque pas" ses principes. Il raisonnerait en européen et en terrien, indifférent ou presque aux choses de la mer et n’écoutant que son appétit de terres slaves. Constatant qu’il n’y a plus d’obstacle entre lui et les territoires sous domination soviétique, il se jetterait dessus sans réfléchir plus avant. L’auteur, du coup, néglige lui-même de regarder la carte du monde : l’urgence, pour Hitler, serait dictée surtout par son besoin irrépressible d’agression et de conquête, un peu par le fait que l’URSS est en train de se renforcer militairement... et pas du tout par les préparatifs américains d’entrée en guerre, ni le prêt-bail qui, en mars 1941, en est une inquiétante prémisse !

Quant à la prémisse du raisonnement de Narduccio, elle n’est autre que celle qui depuis 1920 (bientôt un siècle !) handicape les antinazis de toute obédience : la sous-estimation de l’intelligence de Hitler, qui va de pair avec celle de sa folie. Charlie Chaplin, au moins, le faisait jouer avec un globe terrestre. Mais la plupart de ceux qui lui prêtent leur myopie le considèrent comme incapable de regarder au-delà du continent européen.

Narduccio croit que Hitler croit que "c’est arrivé", à un Churchill près, dont il veut ignorer l’opposition. En réalité, sa décision d’attaquer l’URSS en 1941 procède d’une vision des plus lucides de la situation qu’il a déclenchée par ses agressions contre les traités de 1933 à 1938, puis contre les pays limitrophes de l’Allemagne, tous envahis sauf la Suisse et le Liechtenstein. La condition sine qua non pour que ces avancées se transforment en victoires durables était la résignation anglaise, et tant qu’elle manque il manque l’essentiel. La conviction de Hitler à cet égard est prouvée aussi bien par ses propos que par ses actes.

Certes Churchill ne dispose dans l’immédiat, face à la puissance allemande, que de forces dérisoires, auxquelles l’Allemagne dispute d’ailleurs certaines contrées marginales, de façon souvent victorieuse (Grèce, Crète, Libye...) à moins qu’elle ne fixe des forces anglaises importantes avec des contingents allemands squelettiques (Irak), cependant que les possessions anglaises d’Asie (telles que Singapour), ainsi que les dominions d’Australie et de Nouvelle-Zélande, sont dangereusement dégarnis malgré une menace japonaise croissante.

Mais les succès prévisibles ou déjà advenus contre la Grande-Bretagne n’ont précisément rien pour rassurer Hitler, puisque ils inquiètent les Etats-Unis, une puissance aux ressources énormes, inaccessible aux armes allemandes. Churchill réussit à faire durer la guerre, et ce malgré de nombreux désastres ? C’est bien la preuve que l’Allemagne doit d’urgence jouer ses atouts pour essayer de se mettre hors d’atteinte. Vaincre l’URSS avant l’hiver, remettre en production ses régions les plus riches et, dans la foulée, faire tomber Churchill en rendant le coût de la guerre insupportable pour les banquiers de la City, voilà bien la seule voie qui reste ouverte à un analyste du rapport des forces aussi réaliste que Hitler.

Cependant, il s’agit d’un pari, et Hitler n’aime guère cela : il a pris l’habitude de tricher au maximum pour aider la pièce à tomber du bon côté. En l’occurrence, il met tout en oeuvre pour obtenir la chute de Churchill avant le fatidique 22 juin. Les coups de boutoir précités dans les Balkans et au Moyen-Orient, en avril-mai 1940, sont faits pour cela, tout comme la visite très médiatisée à Berlin du ministre des Affaires étrangères nippon, Matsuoka. Or brusquement, à la mi-mars 1941, les craquements internes du gouvernement britannique sur lesquels il spéculait, et qui avaient cessé vers la fin de juillet 1940, reprennent et se précisent : l’ambassadeur britannique à Madrid Samuel Hoare, dernier rescapé des quatre politiciens qui avaient défini et mené la politique d’appeasement (infiniment patiente devant le nazisme et malléable par lui) à occuper un poste important en Europe (depuis l’éviction du gouvernement de John Simon en mai 1940, la mort de Neville Chamberlain en novembre et l’exil de Halifax à Washington en janvier 1941), fait savoir à l’agent allemand Hohenlohe qu’il a un plan très avancé pour réunir une nouvelle majorité aux Communes et signer la paix avec l’Allemagne. Cet acte de Hoare, connu seulement en 1986 lors de la publication des documents diplomatiques italiens sur la période (l’épisode étant rapporté à Mussolini par Lequio, son ambassadeur madrilène), est tellement contraire à tout le reste de son comportement d’ambassadeur (et à la réserve sur les questions de politique intérieure qu’impose cette fonction, a fortiori en temps de guerre dans des oreilles ennemies !) et tellement imprudente si réellement il conspire contre Churchill, qu’on est bien obligé de supposer une conspiration, ourdie par celui-ci... et corroborée par quelques autres pièces.

Le fait que Hitler ait mordu à l’hameçon est lui-même établi par un certain nombre d’éléments... dont le vol de Rudolf Hess, difficilement compréhensible tant qu’on ne disposait pas du télégramme Lequio. On trouve aussi, dans les archives anglaises, des traces fort intéressantes d’efforts allemands pour semer la zizanie au sommet de l’Etat britannique en dénonçant le comportement anti-churchillien de Hoare à cette occasion, jusque dans l’année 1943.

Le texte de Narduccio, pièce maîtresse d’une bataille d’arrière-garde sur quelques forums (outre le forum vert sur lequel sont parus nos deux textes, lien donné ci-dessus, la bataille a fait rage sur Passion-histoire et est en cours sur La Tribune), part du principe que Hitler s’était enfermé dans le choix de Barbarossa et n’avait aucun autre fer au feu. Si, tout au contraire, on fait la part belle dans son esprit à la souplesse, à côté certes de raideurs et d’idées fixes (en lesquelles je diagnostique sa folie), on est obligé de considérer d’une part qu’il avait un besoin éperdu de faire tomber Churchill pour ne guerroyer que sur un front (ce qu’un Kershaw va jusqu’à nier), d’autre part qu’il était attentif aux effets mêmes, sur toutes les autres puissances, de sa préparation, impossible à dissimuler complètement, d’un assaut vers l’est.

Le fait qu’il préparât une agression contre la citadelle du communisme était de nature à séduire bon nombre de gens dans tous les pays. Une fois l’opération déclenchée, Churchill prend les devants dans son discours du 22 juin au soir en disant que Hitler se trompe fort s’il croit séduire par là les conservateurs en Angleterre et même aux Etats-Unis, ajoute-t-il en précisant que bien sûr c’est à eux de le dire. Mais avant l’attaque ? Hitler avait bien entendu intérêt à préparer les esprits anticommunistes, pour la placer sous les meilleurs auspices, tout en faisant preuve de discrétion pour laisser Staline le plus longtemps possible dans l’incertitude sur sa détermination.

La vision traditionnelle d’un Hitler sauvage et bas de plafond a longtemps oblitéré toute réflexion sur ce sujet. Il est grand temps de s’y mettre ! Pour Narduccio comme pour quiconque.

Complément : l’intrigue Churchill-Hoare contre Hitler (premier semestre 1941)

(extrait du mémoire L’individu dans l’histoire du nazisme)

Churchill avouera vers la fin de l’année 1940, à Eden puis à Colville, avoir éprouvé de grandes angoisses au moment de la chute de la France. Mais sont-elles moindres au printemps suivant ? Là-dessus il faut mettre ses pas dans ceux de Martin Allen qui, surprenant la totalité des spécialistes, dont l’auteur du présent mémoire, a donné en 2003 une vision renouvelée du vol effectué par Rudolf Hess vers l’Ecosse le 10 mai 1941. Certes, cinq ans plus tard, une partie de sa documentation a été disqualifiée par la révélation d’une fraude sans précédent, l’introduction d’une trentaine de faux documents dans les archives britanniques à partir de 1999 et leur utilisation par Allen au long de trois ouvrages, au départ, bien accueillis. Mais une partie de ses thèses, fondée sur des sources qui ont résisté à cet examen, reste debout, particulièrement dans le cas du livre sur Hess. Devant l’impasse que constituait pour lui la ténacité churchillienne, Hitler s’était résolu à mettre sur pied une attaque contre la Russie avant d’avoir amené l’Angleterre à la paix... mais il espérait bien y parvenir in extremis, avant de tirer le premier coup de feu vers l’est. Churchill, pendant ce temps, espérait sans trop y croire que l’Allemagne attaquerait l’URSS en dépit de son propre maintien dans la guerre, et entreprit de l’y aider. Pour ce faire il se résolut à tirer parti, dans le plus grand secret, de l’attitude des conservateurs qui, tel le ministre des Affaires étrangères Halifax, avaient cherché à engager l’Angleterre sur la voie d’un armistice lors de l’effondrement de la France : il utilise avec sa complicité, en mars 1941, un vieux compère de Halifax dans la mouvance de Chamberlain, Samuel Hoare, devenu ambassadeur à Madrid, pour faire croire à Hitler qu’une équipe conservatrice de rechange est sur le point de le renverser, en prélude à des négociations de paix. Un voyage en Ecosse est mis sur pied pour amorcer des pourparlers, c’est un lieutenant de Hess qui est attendu... et c’est Hess qui se présente car Hitler, méfiant et surtout pressé, a risqué une grosse carte pour vérifier si l’adversaire était sincère ou bluffait. Mais ce qui aurait dû rester secret est aussitôt connu car Hess manque le terrain prévu, saute en parachute et se fait pincer bêtement par des policiers locaux.

La conspiration britannique préalable au vol de Hess, dont j’ai pris une pleine conscience seulement dans l’automne 2010 en allant copier en bibliothèque et en traduisant de l’italien un télégramme de Lequio, ambassadeur de Mussolini en Espagne (cf. infra, p. OOO95), permet un saut qualitatif tout en confirmant l’intuition première de Lukacs et de Costello, sur la lancée de laquelle j’avais cheminé pendant deux décennies  : l’humanité était vraiment très mal en point et menacée par un danger immense, peu remarqué à l’époque (et complètement oublié dès qu’il commença à s’éloigner), au cours de la grosse année qui va du 10 mai 1940 au 22 juin 1941. Car au fond, nous pensions tous que la décision hitlérienne d’attaquer l’URSS était irrévocable, soit, comme je l’affirmais, par exemple tout récemment dans Mers el-Kébir, depuis la mi-juillet 1940, soit au plus tard lorsqu’il signait la directive Barbarossa, le 18 décembre. Hitler souhaitait fort que l’Angleterre vînt à composition avant mais avait décidé, de toute façon, de passer outre. Or si on prend en compte l’intoxication de Hoare envers Hohenlohe, on est amené à se demander si elle n’a pas eu pour effet de faciliter non seulement l’envol de Hess en laissant entendre qu’il allait être accueilli par des conspirateurs anti-churchilliens prêts à passer à l’action, mais l’attaque vers l’est elle-même, qui pouvait être annulée jusqu’à 48 h de l’heure H. Qui sait, après tout, si la foi de Hitler en la Providence (qui « ne pouvait l’abandonner » s’il se lançait vers l’est après avoir écrasé la France), n’a pas été aidée, de façon décisive, par l’image qu’avait réussi à donner Churchill, d’une classe politique anglaise truffée de bourgeois anticommunistes, qui trouveraient l’énergie de renverser le gouvernement si l’Allemagne, par cette attaque, confirmait et sa vocation antisoviétique, et son option anglophile ?

En d’autres termes, au danger d’arrêt de la guerre avec un bilan nazi au plus haut, dans le cas où Churchill aurait glissé sur une peau de banane aux Communes comme Chamberlain avec son « Hitler a manqué le coche » d’avril 1940, il faut maintenant ajouter la considération suivante : Hitler aurait pu choisir non pas de déclencher, mais d’annuler, pour l’an 1941, son attaque à l’est. Il pouvait alors mettre Churchill dans une situation intenable. D’une part, il aurait retardé l’entrée en guerre des Etats-Unis (si on considère que pour Roosevelt Barbarossa fut l’exaction nazie de trop, qui le détermina définitivement à entrer en guerre ; je développe quelques raisons de le penser dans Churchill et Hitler) et freiné leur préparation.

D’autre part et surtout, au moyen du potentiel accumulé en Europe de l’est, qu’il pouvait à tout moment mettre en branle vers le sud via les Balkans (à une époque où la Turquie était bien près de basculer, comme en 1914, vers le camp germanique), il avait toute latitude de développer pendant le reste de l’année des menaces on ne peut plus angoissantes sur Gibraltar, Malte, Chypre, Suez et l’Irak... et d’obtenir finalement cette chute tant désirée de Churchill, qui aurait permis en 1942 un Barbarossa nettement plus confortable. Dans cette hypothèse, l’intoxication churchillienne en direction de Hitler via Hoare, Hamilton, Hohenlohe et Haushofer, ne serait plus un gadget secondaire qui n’aurait guère eu d’utilité sinon celle, toute relative, de piéger Hess, mais bien un facteur essentiel : en lui faisant espérer que le fait même de s’attaquer au bastion central du communisme lui vaudrait les faveurs d’une intelligentsia britannique déjà en révolte sourde contre Churchill, cette deception aurait donné au moral de Hitler un coup de pouce indispensable pour qu’il lance la guerre sur deux fronts.

le 23 novembre 2012



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