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Dialogue avec les oeuvres

Le Hitler de Bernard Plouvier



commentaire d’interview



(publicité reçue dans ma messagerie ; quelques fautes d’orthographe corrigées pour le confort du lecteur)

Entretien avec le Dr Bernard Plouvier, auteur d’Hitler. Une biographie médicale et politique (6 volumes) aux Éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’Histoire »

(propos recueillis pas Fabrice Dutilleul)

Encore une biographie d’Hitler, alors qu’il en est tant de déjà parues ! À quoi bon ?

Au fait d’avoir étudié durant un tiers de siècle le personnage, dans ses écrits, ses discours et ses actes, d’avoir essayé de dépouiller son histoire de l’invraisemblable ramassis de légendes et de mensonges encore colportés de nos jours dans les media, mais aussi dans les livres des doctes historiens diplômés ; enfin d’avoir tenté de diagnostiquer ses diverses maladies en épurant là aussi la narration des historiettes de concierge...

Était-il réellement fou et parkinsonien ?

Encore faut-il s’entendre sur le type de psychose - la folie dans le langage courant, car le mot « fou » ne veut pas dire grand-chose en médecine - qui était celle d’AH et sur la variété de syndrome parkinsonien qu’il présentait. On ne veut retenir aujourd’hui que ses crimes, incontestables, mais on le présente non pas comme UN génie du mal, mais comme LE mal absolu... ce qui empêche de s’interroger sur ses réalisations politiques et économiques, ainsi que sur son génie de stratège militaire, n’en déplaise à ses contempteurs. Il a évidemment commis des erreurs, mais l’on attend toujours le premier Chef d’État de l’histoire humaine n’en ayant jamais commis. Quant aux crimes contre l’Humanité, il est loin d’en détenir le monopole. Ne serait-ce qu’en comparaison de son contemporain Joseph Staline, pour ne citer que le plus emblématique.

Était-il véritablement un « génie » politique ?

La réponse du IIIe Reich au chômage de masse, au désastre économique, social et démographique que fut la République de Weimar reste un modèle de politique innovante. En janvier 1933, le pays est en proie à la guérilla civile, entretenue par le Parti communiste ; 7,6 millions d’hommes en âge de travailler sont chômeurs à plein temps (et non les 6 millions de la narration usuelle) et 4 millions sont en état de chômage partiel ; les grandes villes allemandes sont autant de lupanars où les touristes sexuels viennent assouvir leurs désirs « pour pas cher » ; la balance du commerce extérieur est en déficit monstrueux et les caisses de l’État sont aussi vides que celles des assurances sociales... En trois mois, les rues sont nettoyées des voyous et des prostitués de tous sexes ; en deux années, la moitié du chômage est résorbée, avant que ne débute le réarmement (pour des raisons budgétaires, il ne commence que durant l’année fiscale 1935-36). L’étude véritable du IIIe Reich (et non de la caricature d’enfer décrite par les conteurs qui ne s’intéressent qu’au sort des opposants marxistes et juifs) n’est pas dépourvue d’intérêt.

Ses maréchaux et ses généraux l’ont accusé d’avoir gâché leurs immenses victoires du début de la guerre.

L’histoire est écrite non seulement par les vainqueurs, mais aussi par ceux des vaincus qui ont survécu ! Il n’est nullement exagéré d’affirmer que la Wehrmacht de 1939-40, puis la « nouvelle Wehrmacht » de 1943-44 sont des créations du « génie hitlérien », en dépit de l’opposition de généraux à l’esprit rétrograde qui, jusqu’en 1938, pariaient sur la cavalerie à l’ancienne ! Si l’on peut reprocher quelque chose à Hitler, avant la guerre, c’est d’avoir mis longtemps à se séparer de « professionnels » qui préparaient une nouvelle guerre de 1914. En 1938, encore, les « professionnels » de la Direction des Armements estiment que la radio ne fonctionnera jamais dans les chars et, jusqu’en 1940, AH ne parvient pas à obtenir d’eux des chars munis d’un canon long.

Il est exact que son erreur majeure fut, l’été de 1940, de ne pas verrouiller la Méditerranée occidentale en prenant Gibraltar et Malte, quand cela était possible à faible coût. En bon « terrien », le Führer était fermé à la stratégie navale.

Et ses crimes et le génocide des Juifs d’Europe ?

Et on oublie trop souvent les ordres de génocide sur les Tziganes, l’élite polonaise et l’élite soviétique (qui n’était pas forcément l’élite des peuples russe, biélorusse et ukrainien). Il est hors de question de nier sa responsabilité personnelle, pleine et entière en tant que seul maître du Reich, dans ces ordres et leur exécution. Tout au plus, dans un pays où règnerait la liberté d’expression (ce qui n’est pas toujours le cas de la France sur certains sujets), pourrait-on discuter les bilans chiffrés des crimes de guerre et contre l’humanité ou encore aborder le sujet des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par les vainqueurs, non seulement les Soviétiques, mais aussi les honorables Alliés occidentaux, qui, par le statut du Tribunal Militaire International de Nuremberg, ont été considérés comme vierges de tout soupçon sur ce point... ce qui est un impudent mensonge de propagande.

Oui, AH a ordonné de réaliser des crimes de masse et c’est en 1944 qu’un juriste juif a, pour l’occasion, inventé le terme de génocide, mais la réalité n’avait pas attendu Hitler ni cette guerre. Sont rappelés et décrits dans les volumes 2 et 5 plusieurs exemples de génocides antiques, médiévaux, modernes et contemporains ; nombre d’entre eux sont survenus après la IIe Guerre mondiale, le « Devoir de mémoire » n’ayant nullement empêché leur répétition ni leur prolifération, après la décolonisation de l’Afrique et de l’Asie.

Dans le volume 6, sont comparés les états de service politiques et militaires, les états de santé physique et mentale des ennemis d’AH, les vainqueurs de 1945... et les faits sont parfois quelque peu différents de la narration officielle ! L’on cite également quelques autres cas de « fous de Dieu », car Adolf Hitler a perpétré ses crimes et s’est lancé dans une guerre pour s’être imaginé choisi par la « divine providence » que son esprit faux avait imaginée (et qui n’avait rien de commun avec celle des chrétiens, mais présentait quelques similitudes avec celle de Moïse et de Josué).

À ceux qui seraient surpris de ces quelques phrases, l’on peut rappeler l’aphorisme de Niccolo Machiavel : « La vérité ne traîne pas sur les grandes routes où passe tout le monde »... sans que quiconque puisse prétendre posséder cette « vérité » insaisissable, ce qui ne veut pas dire que l’on soit obligé de prendre de trop grandes libertés avec elle, par exemple en continuant d’utiliser pour la narration historique les mensonges et les fleurs de rhétorique de la propagande de guerre alliée.

Hitler. Une biographie médicale et politique (6 volumes), Dr Bernard Plouvier, éditions Dualpha, collection « Vérités pour l’Histoire », dirigée par Philippe Randa, chaque volume 31 euros.

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Commentaires

La masse de ces volumes, leur prix, la difficulté probable de les trouver en librairie comme en bibliothèque m’amènent à commenter cette interview sans avoir lu les livres et sans être assuré de les lire un jour.

J’ai comme l’impression d’une caricature de moi-même. Un Hitler psychotique, fou de se croire missionné par une Providence, aux décisions militaires cependant pertinentes (en ce qui me concerne, surtout jusqu’en mai 1940), voilà qui converge avec mon travail. Mais les divergences ne sont pas moins notables.

Le nazisme est un tout, dont on ne saurait isoler des aspects positifs, notamment en matière économique. Pour le faire, d’ailleurs, Plouvier commet cette perle de prétendre que le réarmement ne commence qu’en 1935, pour des raisons budgétaires ! Il y aurait donc d’abord un dirigeant obsédé par la misère des masses et mettant en oeuvre d’habiles recettes contre le chômage, puis, on ne sait pourquoi (sans doute en raison de la méchanceté du monde qui refuse de le reconnaître comme un grand homme ?), ordonnant de fabriquer des armes.

Les crimes sont reconnus, mais tardifs (la nuit des Longs Couteaux est, du moins dans ce que Plouvier, en toute liberté, sélectionne, passée sous silence) et, sinon excusés, du moins équilibrés par ceux de Staline et de tous les massacreurs de l’histoire, mais aussi par ceux des vainqueurs occidentaux, coupables de s’en être cachés lors du procès de Nuremberg.

Hitler apparaît aussi comme un grand moraliste, qui dès 1933, par un coup de torchon bienvenu, a sauvé son pays d’une dépravation sexuelle massive. Le tourisme pédophile du tiers-monde actuel semble parasiter la vision de l’auteur. Quant aux persécutions, elles sont censées n’être mentionnées que par des "conteurs qui ne s’intéressent qu’au sort des opposants marxistes et juifs". Ces opposants sont sans doute considérés par l’auteur lui-même comme infra-humains d’une part, tandis qu’il pense aussi peut-être qu’il suffisait de n’être ni juif ni marxiste pour jouir d’une pleine liberté d’opinion, d’expression et d’association. Hélas Dachau, dès 1933, recevait bien d’autres catégories de pensionnaires. Enfin, on relèvera que les Juifs jouissaient en Allemagne, d’après cette prose, de la tranquillité la plus parfaite, pour peu qu’ils ne fussent pas des opposants. Leur persécution sur une base raciale est purement et simplement niée.

Tout en ne se présentant pas comme un négationniste, Plouvier trouve le moyen de plaindre ces gens-là, par ses propos sur la liberté de contester le chiffrage des victimes du judéocide nazi, qui serait bafouée dans maints pays actuels.

Le tableau n’est pas moins caricatural lorsque, pour démontrer les qualités militaires de Hitler, Plouvier accuse tout uniment les officiers allemands des années 30 d’avoir non seulement préparé la guerre de 1914, mais "parié sur la cavalerie à l’ancienne" ! Pour ne rien dire du bobard de guerre froide, cent fois réfuté, de l’agression nazie contre l’URSS justifiée (comme l’étaient, à en croire la propagande nazie, à peu près tous ses crimes hitlériens) par l’assertion que la victime préparait elle-même une agression. Un bobard ici rafraîchi, précisé et amplifié : 20 000 chars prêts pour l’offensive auraient envahi jusqu’à la France ; c’est ce qui s’écrivait pendant la guerre froide, précisément, mais à propos d’une offensive à venir ; nul n’avait jamais poussé aussi loin que Plouvier le mépris des capacités défensives de l’armée allemande en 1941 !

Last but not least, la république de Weimar est présentée en elle-même comme un régime catastrophique, pour des raisons tout intérieures et sans la moindre allusion à la situation mondiale qui expliquait au moins une petite part de ses difficultés, tant au lendemain du traité de Versailles qu’à celui du krach de Wall Street.

D’après les propres dires de son auteur, ce livre qui se prétend d’histoire est donc, lui-même, un enfant de la crise... de celle d’aujourd’hui. Il prend place dans une offensive très actuelle contre la démocratie et les droits de l’homme, et dans une époque où l’inculture historique semble autoriser les raccourcis les plus obscurantistes. Le remède n’est certes pas dans une défense intégriste de la production sur le nazisme des années 1960-1990 qui au contraire, par ses déformations fonctionnalistes et sa caricature d’un Hitler aboyeur, renouvelée du journalisme bavarois de 1920, a ouvert la voie à ce type de révisonnisme nauséabond.

L’antidote réside dans une compréhension toujours plus fine des mécanismes de cette dictature, conduite par un fou intelligent.

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Une réponse de l’auteur

Bien lu la profession de foi de Mr Delpla.

1 - Le "Révisionnisme" tant reproché dans ces lignes haineuses n’est- il pas la qualité première d’un travail innovateur ? Est-ce la faute de ceux qui veulent présenter les archives inexploitées et les témoignages inutilisés durant des décennies, si les parlementaires français ont absurdement confondu "révisionnisme" (source de toute avancée scientifique) et "négationnisme" ? Les confusions sémantiques témoignent toujours d’un fanatisme et d’une connaissance superficielle du sujet

2 - Puisque Mr Delpla argumente certains points précis et ne se contente pas de généralités méprisantes, l’on peut y répondre :

a - J’explique en 15 pages du volume 3 la purge des perturbateurs de droite et de gauche (les conservateurs monarchistes et les nationaux- bolcheviks) étalée du 30 juin au 2 juillet 1934 et qu’un journaliste a qualifié on ne sait trop pourquoi de "Nuit des longs couteaux", terme absurde repris par les "auteurs sérieux".

b - Dachau, en 1933-34, contenait des marxistes et des récidivistes de droit commun ; les Juifs n’y étaient admis qu’appartenant à l’une ou l’autre de ces catégories (cf. Collectif Dachau, publication officielle de 1979). Quant à la liberté d’expression jusqu’en 1943, l’étude de Johnson sur la gestapo des Laender de l’Ouest (2001) a bouleversé ce que l’on croyait en savoir : elle était beaucoup plus grande qu’on ne l’avait soutenu sur la foi de la presse étrangère de 1933 à 1939, puis de la propagande de guerre alliée.

c - Le retard conceptuel des généraux de la Heer est exposé en long et en large dans les Mémoires de von Manstein, de Guderian et même de Paulus... La cavalerie à l’ancienne était le "dada" (si j’ose ce mauvais jeu de mots) de von Fritsch et de Beck.

d - Le Plan Orage est une tarte à la crème dans les milieux moscovites depuis le début des années 1970, prévu pour la 1re quinzaine de juillet 1941... Attendons un siècle ou deux pour que les "auteurs sérieux" apprennent à le connaître (multitude de références in "Suvorov" et quelques passages de Grigorenko).

e - Persiste et signe sur le début du réarmement massif lors de l’année budgétaire 1935-36

- avant le mois de mai 1935, la Heer ne contient que 300 000 soldats... Castellan (1954) a démontré depuis plus d’un demi-siècle que sous le régime weimarien l’on était passé progressivement (de 1929 à 1932) de 100 000 à 300 000 hommes

- budget militaire de l’année 1934-35 : 658 millions de RM (Vermeil, 1953) soit 4,1% du PIB, contre 6,3% en France et 18,3% en URSS, cette année-là (Bairoch, 1994). Par la suite, le budget militaire passe à 8% du PIB en 35-36 et à 13% en 36-37 (Madison, 1995).

J’ajoute que la moyenne des budgets militaires des années 1924-25 à 1931-32 était de 671 millions de RM (Rentenmark pour l’année 24-25), avec un budget de 645 millions en 32-33, au plus fort de la crise économique allemande (et j’étudie longuement la crise internationale et le parallèle évident entre l’échec du New Deal et le succès de l’expérience économique des nazis).

Je ne pense pas que le nazisme ait la moindre chance de jouer au Phénix : il manque l’ingrédient humain, c’est-à-dire un chef prométhéen, des troupes bouleversées par une guerre hallucinante, enfin des hommes et des femmes jouissant de conditions de vie sans commune mesure avec notre mol hédonisme.

Pour ma part, je n’appartiens à aucun parti ni aucune chapelle. J’avais abordé en 1979 l’histoire de la SGM pour étudier, par tradition familiale, l’épopée de la France Libre... Au fil des années, j’ai découvert d’un côté une narration manichéenne navrante de puérilité, dont les arguments remontaient à la propagande de guerre alliée, de l’autre une multitude d’archives, de témoignages, de monographies inexploitée ou utilisée après caviardage.

J’aimerai enfin que l’on m’explique comment l’on peut faire progresser la narration historique autrement qu’en révisant des dogmes manifestement obsolètes... Il est vrai que selon nos honnêtes élus du peuple et la loi du 13 juillet 1990, tout est dit sur le sujet et la discussion close par les juges impartiaux du TMI de nuremberg.

B. Plouvier



Commentaire

(transmis à l’auteur)

Je fais partie de ceux pour qui tout historien est par définition un révisionniste. Mais de même qu’il peut exister de mauvais historiens, un révisionnisme peut être nauséabond. On peut également vérifier ci-dessus que je n’ai nullement assimilé le révisionnisme au négationnisme, un terme heureusement forgé par Henry Rousso pour rompre avec une confusion (encore fréquente dans les écrits de langue anglaise) entre la révision de bon aloi et la négation absurde du meurtre des Juifs européens par les nazis.

Bernard Plouvier, si dans cette première intervention il déforme mes propos à ce sujet et à d’autres, a le grand mérite d’accepter le débat.

a) Sur la nuit des Longs Couteaux (durant plus qu’une nuit, et mettant en jeu des armes peu blanches : une habitude de langage qui vaut ce qu’elle vaut, comme le fait d’appeler Indiens les peuples de l’Amérique précolombienne ; d’ailleurs les Allemands nomment le plus souvent l’épisode "Röhm-Putsch", ce qui est encore plus fantaisiste) : il est étrange de dire "nationales-bolcheviques" certaines de ses victimes, et inexact d’en faire, par quelque biais que ce soit, une affaire d’idéologie ; il s’agit au contraire d’une mystification de grande ampleur pour accroître le pouvoir de Hitler et de ses SS.

b) D’accord avec ce que vous dites sur la non-arrestation des Juifs en tant que tels pendant les premières années, mais cela ne veut pas dire qu’il ne leur arrivait rien de désagréable et de contraire aux droits de l’homme, comme votre interview le donne à penser.

c) Certes il y avait en Allemagne comme en France des généraux qui hésitaient à remplacer tous les chevaux par des chevaux-vapeur, mais ils n’en restaient pas pour autant à la charge de cavalerie comme, là encore, vous le laissiez entendre.

d) Désaccord total : Souvorov est un idéologue fâché avec les faits et largement reconnu comme tel. Quant à Grigorenko, qui était un peu loin de l’action (il servait alors en Sibérie), j’ai son gros ouvrage et veux bien examiner ces "quelques passages" si vous m’en donnez les pages.

e) C’est sans doute le plus solide dans votre dossier mais attention. La France avait une armée normale, pas l’Allemagne, d’où une différence du pourcentage des dépenses militaires qui n’exclut pas, côté allemand, un réarmement déjà massif. Et ce brusque démarrage en 1935, comment l’expliquez-vous ?

Au fait, saviez-vous qu’il existait déjà un biographe français de Hitler et un seul ? Aviez-vous connaissance de mon livre ? A priori je ne pense pas, et j’espère que vous allez prendre assez vite conscience que les portes que j’enfonce n’étaient pas toutes ouvertes.

PS.- La loi Gayssot, que je combats et espère moribonde, ne fige nullement la recherche en l’obligeant à s’en tenir aux conclusions de Nuremberg.



Réponse

reçue le 4 janvier 2013

1 - J’ai lu toutes les biographies d’AH, parues en langue française et anglaise (et deux en langue allemande) de celle d’Olden à celle de Kershaw... Cette dernière m’a tellement indigné que j’ai décidé de n’en plus lire désormais et de me contenter des monographies sur le IIIe Reich. Je n’ai donc pas lu celle de M. Delpla et rédigé la mienne de 2005 à 2007 ainsi que mes livres suivants sur Pie XII et Roosevelt, traitant de la même époque, que j’étudie depuis 1975.

2 - Un mot sur l’affaire des 30.6 - 2.7 1934

a - Persiste et signe sur l’appellation de nationaux-bolcheviks pour Röhm et Gregor Strasser, même s’ils n’aimaient pas Niekisch et n’en étaient pas aimés : tous avaient en commun de vouloir une armée de miliciens et une économie étatisée

b - L’époque est alors fort troublée : les KPD sont écrasés et le péril communiste éloigné, donc monarchistes et catholiques relèvent la tête et voudraient bien se débarrasser du Führer... ce qui est très simple à faire grâce à la Consitution votée à Weimar : il suffit de faire écrire un mot de révocation par le Président gâteux v. Hindenburg

c - En dépit de ses immenses succès en politique intérieure (ordre rétabli, chômage en baisse considérable) et extérieure (sortie de la SDN et de la comédie de la Conférence du Désarmement, approuvée à une écrasante majorité au referendum du 12 nov. 33) AH est infiniment plus vulnérable qu’on ne l’écrit de nos jours.

d - Quant à la réalité du complot de Röhm et de son état-major, elle est loin d’être exclue, si l’on accepte le témoignage du Dr Emil Ketterer, médecin-chef de la SA, de l’état-major de Röhm.

e - Une purge est toujours une affaire double : conflit de hauts personnages, mais aussi divergences de fond. Qu’Himmler et Goering en aient profité pour se débarrasser d’un concurrent dangereux, c’est une évidence, mais la part idéologique est énorme, tant au sein du NSDAP que vis-à-vis de l’opposition conservatrice... en outre, le débauché Röhm ne pouvait plaire aux pudibonds AH, R. Hess ou H. Himmler (qui n’avait pas encore de maîtresse !)

AH est félicité par les chefs de l’Armée, qui n’aimaient ni V. Schleicher, politicien, ni v. Bredow (proche du KPD ; cf. ses Mémoires publiés en France en 1934 sous le pseudo de "XXX", très usité durant l’entre-deux-guerres) ; il calme les catholiques et les monarchistes, par le seul fait d’avoir montré sa force et dégraissé des deux tiers les effectifs de la SA, exclue désormais de tout rôle... le tout au prix de 77 morts ; Robespierre avait tué bien plus, au printemps de 1794, sans obtenir de se maintenir au Pouvoir.

2 - La Plan Orage a été développé en 1974 par Ivanov, historien soviétique, et on en trouve mention dans les Mémoires de l’amiral Kouznetsov dès 1966 (ministre de la Marine du bon Joseph) : tous deux se lamentaient en outre de ce que Staline ait ordonné de démanteler fin 1940 et début 41 les forts de la Ligne Staline pour en retirer les canons, transformés en artillerie mobile (renseignements identiques in Grigorenko, passé de l’EM de Sibérie en Biélorussie).

On trouve mention de "l’esprit d’offensive" de Staline dans les Mémoires de Gafenco.

In Destremau, 2007, on note deux câbles diplomatiques curieux : Diamantopoulos, ambassadeur de Grèce en URSS, câble le 13 mai 1941 qu’il est étonné de l’importance "des préparatifs russes contre l’Allemagne" ; idem, le 16 avril, de l’ambassadeur brésilien à Helsinki (Paulo Danta).

Quant à "Suvorov" (je n’arrive pas à mettre la main ce jour sur son patronyme exact, ce qui n’a guère d’importance), son étude est très fouillée au plan militaire... cela en fait-il un idéologue, je ne sais. Une chose est certaine : les Pionere allemands ont été très surpris de constater que les ponts et voies ferrées séparant côtés allemand et russe avaient été déminés peu de temps avant le 22 juin ! Quant au chef du GRU, qui avait affirmé que les Allemands n’étaient pas prêts pour une attaque, il n’a pas été exécuté... la survie de Filip Golikov est un peu étonnante si l’on refuse la réalité du Plan Orage, d’exécution imminente, l’été de 1941 !

3 - Nul n’a jamais prétendu que les Juifs aient été à la fête dès février 33... mais parler de "Droits de l’homme" à l’époque est un anachronisme dans à peu près la moitié des pays de cette époque

4 - Lorsque le 21 mai 1935, la Wehrmacht est officiellement présentée au monde, la Kriegsmarine est forte d’un unique Uboot et la nouvelle Luftwaffe aligne 1700 Ju 52 jusque là affectés à la Lufthansa, qui était le réseau de transport de fret et de passagers le plus important de la planète, et, comme avions de combat, des biplans qui font rire les Italiens. Officiellement, la Heer passe de 12 à 36 divisions, mais à l’automne de 1935, elle ne compte que 650 000 hommes : on a tout juste doublé les effectifs en huit mois. L’armée française est de même taille pour un pays de 40 millions d’habitants (Reich : 66).

Quant aux blindés, il existe certes depuis 1934 des "Pz I"... des automitrailleuses de 5 tonnes,seuls en place jusqu’à l’apparition du PzII en 1936 (lui-même étant un poids plume de 9,6 tonnes avec un ridicule canon court de 30mm). La 1ère PzDiv. n’est constituée qu’au printemps de 1936 et si AH n’envoie en Espagne qu’un seul bataillon de Pz c’est parce qu’il est assez démuni ! Jusqu’à l’été de 1940, AH ne parvient pas à obtenir des buses du service des armements de la Heer que l’on dote les Pz d’un canon long (cf. v. Manstein et Guderian)

Une charge de cavalerie a été réalisée aux manoeuvres d’automne de 1933 qui ont ahuri AH (comme Guderian qui a présenté un exercice utilisant des "chars" de bois, montés sur des camionnettes a lieu en février 34)

5 - La loi Fabius-Gayssot porte certes sur la "négation des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre" (et l’on ne voit guère que quelques illuminés pour les nier... dans les deux camps en présence de 1939 à 1945), mais aussi sur "l’apologie du racisme" ou l’apologie de la collaboration, ou la critique de la résistance (cf. le texte complet de la Loi rectifiant celle du 29 juillet 1881 ; texte "consolidé" le 24 février 2004 et reconsolidé le 7 août 2009... et il ne s’agit plus uniquement de délit, mais aussi de "crime" à propos de "discours", sans qu’il soit spécifié s’il s’agit d’un écrit ou d’un authentique discours parlé... avec les juristes, il faut s’attendre à tout en matière "d’interprétation de la Loi").

Or certaines personnes ont déjà été déférés devant des juges par les associations spécialisées, pour avoir présenté la politique économique et sociale du IIIe Reich sous un jour riant, ce qui a paru une offense aux malheurs des Juifs (pas de condamnation, mais lourds frais de défense)... Vincent Reynouard (effectivement "illuminé") a connu la prison pour contestation de la version officielle de l’affaire d’Oradour/Glane... pourtant ses arguments étaient loin d’être méprisables. Je ne parle pas du sort de David Irving, puisque ce sont les Autrichiens qui l’ont enfermé durant 300 jours.

N’importe qui peut conserver ses opinions, personnellement je n’y vois aucun inconvénient, n’étant ni méprisant ni méchant de nature, mais rappelons-nous qu’il a fallu deux millénaires pour juger sereinement de Néron.

Pour AH, c’est bien plus difficile : il a effectivement ordonné d’exécuter l’élite polonaise (et n’a été que fort peu obéi... Staline a fait bien pire dans la moitié orientale de la Pologne) ; AH a ordonné de tuer les membres du PC de l’URSS à mesure de la progression de la Wehrmacht en URSS ; il a ordonné la Shoah (et je maintiens que l’on aimerait pouvoir calmement débattre de son importance quantitative, ce qui est immpossible du fait de la loi ci-dessus évoquée... Gerald Reitlinger serait condamné de nos jours en France !!!) ; et je n’oublie pas le génocide des Tsiganes non sédentarisés... MAIS, il a aussi été un très brillant chef d’État, innovant en matière d’économie, de finances publiques et de lois sociales ; il a été un grand chef de guerre... tout autant qu’un paranoïaque délirant, s’estimant investi d’une "mission divine" qui était de créer les conditions géopolitiques permettant à SA race de proliférer dans une Europe de l’Atlantique à une ligne Akhangelsk-Astrakhan, dans l’espoir de créer ce surhomme nietzschéen qui avait illuminé son séjour à Landsberg, en 1924.

En Bref, chacun peut avoir son opinion à condition de l’asseoir sur une étude longue et minutieuse. À l’Académie des Sciences de New York, j’ai en 1981-82 côtoyé deux universitaires US, Prof. d’histoire contemporaine et spécialistes de l’Europe que j’ai trouvés "fort légers"... j’imagine que ce n’est pas le cas de tous les chercheurs européens.

Le désaccord est total entre M. Delpla et moi, ce qui ne m’enpêche pas de le remercier pour le temps dépensé à lire mes propos et à y répondre. Amitié BP

PS : Dès que j’ai eu un peu d’argent de poche (vers 1962), j’ai commencé à acheter et à dévorer les livres de la collection bleue de "J’ai lu", mais les lectures d’un adolescent, menées sans méthode, déforment plus qu’autre chose : en 1975, j’étais persuadé de pouvoir consacrer les loisirs d’une vie à l’épopée de la France Libre, dont me parlait constamment mon père très respecté et jusqu’en 75 je n’avais appris qu’à haïr "le boche"... il m’a fallu un bon lustre pour me rendre compte que je n’étais qu’un "primaire déformé"... reformaté par des études scientifiques. Il est évident que papa aurait aimé la biographie de M. Delpla, comme il avait très apprécié celle de Bullock (attention : je ne mets pas ces deux auteurs sur le même plan, ne connaissant pas encore le travail de M. Delpla que je vais lire, ne serait-ce que par respect pour la mémoire de mon père)... il est mort à temps pour s’éviter le déshonneur de "ma" modeste biographie ! Sur ce, je classe l’affaire.



Esquisse rapide d’une future réponse

Par les temps qui courent, le fait de dialoguer sans s’insulter est rare et précieux.

Je comprends mieux votre démarche et votre réaction à une histoire trop sainte... mais vous mets en garde contre l’excès inverse.

En tout cas votre érudition m’intéresse. Il se trouve par exemple que j’ai lu récemment de très près le livre de XXX [1] et envisageais que Bredow en fût l’auteur, mais me demandais si on ne pouvait pas aussi soupçonner Alvensleben. Qu’est-ce qui autorise, d’après vous, une attribution aussi tranchée ?

(mis en ligne le 4 janvier 2013)



Deux points principaux

SUR LA METHODE

Il me semble que vous prenez un peu trop systématiquement le contrepied des vulgates, en triant les documents qui vont dans votre sens.

SUR LE FOND

Vous semblez manquer complètement (ou au moins largement) la part de la ruse dans la politique hitlérienne et, horreur, adhérer au tic le plus dommageable et le plus majoritaire des historiens que vous affirmez mépriser : la croyance en un panier de crabes qui s’agiterait autour de Hitler et dont les affrontements joueraient dans sa politique un rôle déterminant. Exemple :

Qu’Himmler et Goering en aient profité pour se débarrasser d’un concurrent dangereux, c’est une évidence, mais la part idéologique est énorme, tant au sein du NSDAP que vis-à-vis de l’opposition conservatrice... en outre, le débauché Röhm ne pouvait plaire aux pudibonds AH, R. Hess ou H. Himmler (qui n’avait pas encore de maîtresse !)

Avez-vous repéré les mémoires d’Otto Wagener ? Ce livre trop tard venu (1978) pour être aisément pris en compte, tant les sièges étaient faits, montre à satiété que Hitler avait été fort tolérant à l’égard de l’homosexualité de Röhm et s’en était donc servi pour ourdir à loisir un piège. Les humeurs de Göring et de Himmler comptant donc pour peau de balle.

Aucun crime n’a été plus prémédité que la nuit des Longs Couteaux, y compris dans les modalités servant à le faire passer pour une improvisation, et cette préméditation suppose un cerveau unique.

Quant aux aspects idéologiques de l’affaire, la thèse de Jean Philippon en a fait justice depuis plus de vingt ans. Röhm peut difficilement être classé à gauche et son organisation ne doit pas être confondue avec une centrale syndicale tenant la dragée haute au patronat ! Il était tout au plus un chef corporatiste, revendiquant pour ses troupes une meilleur place dans l’Etat.

Je vous recommande à cet égard mes travaux à paraître sur la prise du pouvoir pour son quatre-vingtième anniversaire, et notamment un dossier du magazine en ligne Histomag , à paraître dans quelques jours.

le 5 janvier 2013

[1] Koltz (Helmut, éditeur), De Weimar au chaos / Journal politique d’un général de la Reichswehr, Paris, Editions de la Nouvelle revue critique, 1934, tr. angl. The Berlin Diaries May 30, 1932 to Jan. 30, 1933, New-York, Morrow, 1934.

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