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Hitler prend le pouvoir sans l’argent du patronat



Extrait d’un dossier intitulé "Qui finance les révolutions ?" paru dans "Historia"



De tous les thèmes abordés dans ce dossier, la prise du pouvoir par Hitler en Allemagne est probablement celui dont l’aspect financier est le plus secondaire.

On a pourtant longtemps cru l’inverse. La sous-estimation de Hitler, dont les études actuelles portent encore d’amples stigmates, conduit à diminuer, dans l’explication de ses succès, la part de l’intelligence, et à augmenter celle de la violence physique ou du martèlement des slogans. Pour beaucoup d’auteurs, fussent-ils avertis et d’ordinaire perspicaces, la prise du pouvoir est le fruit d’une combinaison simple entre un déluge de propagande, des exactions de brutes enrégimentées dans les SA et des complaisances politiciennes de droite. Les deux premiers facteurs sont censés induire d’immenses besoins financiers, le troisième inciter les riches à ouvrir largement leur bourse.

Les années 1970-80 ont vu apparaître, sous l’impulsion d’un historien américain, Henry Ashby Turner, des aperçus novateurs. On s’est rendu compte que la manne patronale arrosait bien moins le parti nazi que la plupart de ses concurrents, et que les rares capitalistes favorables à Hitler avant la prise du pouvoir étaient, à l’exception de Kirdorf et de Thyssen, d’une envergure relativement faible.

Mais ce travail de sape, tout salubre qu’il soit, laisse entière une double question. Si ce n’est pas un pont d’or qui amène Hitler au pouvoir, par quels chemins y arrive-t-il ? Si les grands patrons ne coopèrent pas à ce processus criminogène par de généreuses donations, faut-il néanmoins les considérer, eux et leurs richesses, comme un élément neutre [1] ?

Considérons à titre d’exemple les versements aux partis politiques, exprimés en Reichsmarks, de la firme chimique IG Farben pour les dernières années de la République de Weimar, en moyenne annuelle :

parti populiste : 200 000 ; organisations proches : 200 000. parti démocrate : 30 000 ; organisations proches : 30 000. Centre (catholique) : 50 000 ; organisations proches : 70 000. campagne de Hindenburg : 1 million.

On voit que les subsides de cette firme très puissante qui, puisqu’elle produit bien des substances utiles aux fabrications de guerre, pourrait avoir intérêt à une politique militariste, échappent aux nazis et vont de préférence au parti populiste, alors plutôt tourné vers la résolution pacifique des conflits (son membre le plus célèbre était Gustav Stresemann).

Bien plus, à quelques mois de l’arrivée des nazis au pouvoir, IG Farben jette d’un coup dans la balance une somme proche du double de son budget politique annuel pour soutenir Hindenburg, l’adversaire de Hitler à la présidentielle. Le trust chimique commence certes à subventionner le parti nazi dans la deuxième moitié de 1932. Mais les autres ne sont pas dépouillés pour autant. Sans doute s’agit-il plus d’une assurance tous risques, après que les voix du parti eurent dépassé le tiers de l’électorat dans les scrutins d’avril et de juillet, que d’une prise de position en sa faveur.

Le parti nazi (NSDAP) semble avoir tiré le plus clair de ses ressources de la masse de ses adhérents et de ses sympathisants [2]. S’il n’y avait guère de grands patrons parmi eux, il y en avait beaucoup de petits et de moyens, surtout à partir de la crise de 1929, qui frappait durement et sans recours cette catégorie alors que, pour éviter qu’il y ait d’un coup de nombreux chômeurs de plus, l’Etat renflouait quelques grands groupes au bord de la faillite. De même, les succès bien connus de Hitler dans les milieux ruraux étaient assez lucratifs.

En l’absence d’archives sur les finances du parti, on a pu reconstituer certains comptes à partir de sources policières. Ainsi, les données abondent sur la situation en Rhénanie-Palatinat, grâce à un agent infiltré, pour les années 1930-1932 (jusqu’en juin). Elles ont été étudiées par le chercheur allemand Horst Mazerath, assisté de l’incontournable Turner. Ils établissent que l’autofinancement apportait au NSDAP autant d’argent, sinon plus, qu’au parti socialiste SPD, pourtant plus riche d’adhérents et de traditions militantes.

Dans ce domaine comme dans d’autres, il ne faudrait pas méconnaître le sérieux des nazis et leur capacité, singulièrement supérieure à celle de leurs adversaires, de progresser en tirant la leçon de leurs erreurs. Les anecdotes montrant un Hitler aux abois, suppliant des millionnaires de lui venir en aide pour faire face à une échéance, se raréfient à la fin des années vingt. La fameuse Maison Brune, le siège munichois du parti, qu’on dit avoir été financée par Fritz Thyssen, était avant tout une ruche où on préparait minutieusement la prise du pouvoir.

Si ce n’est pas en lui assurant une supériorité financière que le patronat favorise l’avènement de Hitler, il est loin, cependant, d’être à cet égard au-dessus de tout soupçon. Selon Turner, son attitude est semblable à celle de l’armée. Il ne croit pas si bien dire.

L’armée de terre allemande n’est pas et ne sera jamais un repaire de nazis. On y cultive un mépris aristocratique pour les parvenus et on n’y lit guère Mein Kampf. Mais Hitler cerne et infiltre la place, de plusieurs manières. Ses SA agacent les militaires de carrière, surtout quand ils vocifèrent contre les vieilles castes et se prennent pour une armée clandestine qui transgresse les clauses de démilitarisation du traité de Versailles. Hitler laisse même un dirigeant du parti, Gregor Strasser, chef du petit groupe nazi au Reichstag, dire à la tribune en mars 1929 que, le jour de la prise du pouvoir, on pendra les généraux.

Mais il distribue des rôles à ses partisans, y compris quand ils ont l’air de s’opposer à lui. Les SA berlinoises se révoltent deux fois contre la direction du parti, en 1930 et 1931, et sont matées par le Führer en personne : après avoir déchaîné une violence qui inquiète, il démontre une autorité qui rassure. Les discours propres à fâcher les officiers sont équilibrés par d’autres, confiés notamment à Göring.

Ce fils de bonne famille a d’abord été un militaire professionnel formé aux meilleures écoles, et s’est couvert de gloire pendant la Grande guerre. Très mondain, il excelle à rassurer l’armée, et aussi le patronat. Il fréquente Thyssen et un autre gros poisson du capitalisme allemand, même s’il est plus riche de talent et de relations que de fortune, Hjalmar Schacht, le « sauveur du mark » en 1923. Présenté à Hitler lors d’un dîner chez Göring le 5 janvier 1931, il va plaider sans relâche pour son entrée au gouvernement.

Gregor Strasser, lui, est utilisé comme un épouvantail, plus encore vis-à-vis des patrons que des officiers. Il cultive plus que Hitler le côté « socialiste » de la doctrine. Il a ses journaux, ses maisons d’éditions, et un poste très élevé dans le parti, où il est chargé de « l’organisation ». Hitler presse comme un citron ses capacités militantes, tout en faisant acte d’autorité de temps à autre pour montrer qui commande, ainsi lors de la fameuse assemblée de Bamberg, en 1926, où Strasser, venu pour critiquer Hitler, mord lourdement la poussière et se soumet piteusement.

Le Führer s’ingénie à faire croire, avec un immense talent de comédien et de metteur en scène, que la lutte des classes traverse son parti. Plus que des marks, en ces années 1930-32, il semble mendier un soutien politique, pour l’aider à dominer sa remuante aile gauche. Il intrigue tout le monde, mais personne ne voit clair dans son jeu. La seul talent qu’on lui reconnaisse, et qu’il laisse transparaître, est sa capacité de fasciner les foules. Il ne semble pas bien en maîtriser les effets. C’est un « tambour », un « agitateur de brasserie ». Il se garde de combattre ces clichés, qui ont encore aujourd’hui leurs adeptes. Personne ne voit en lui un grand politique. Même son mimétisme déclaré envers Mussolini semble en faire un pantin, un suiveur, un minable.

Le 1er janvier 1932, il prophétise que le parti sera au pouvoir avant un an. Il aura raison à un mois près. Il affronte Hindenburg pour la présidence et, comme le maréchal a le soutien des « marxistes » du SPD, son adversaire s’offre une ample moisson d’électeurs de droite. Très divisé face à cette élection, le patronat l’invite au « club de l’Industrie » de Dusseldorf, le 27 janvier 1932. Des quelque 650 auditeurs de son discours très médiatisé, la plupart restent sceptiques, mais quelle caution ! Il recueille 30% des voix au premier tour (contre 18% aux législatives de septembre 1930), 36,8% au second. Lors des élections législatives de juillet, il progresse encore, à la stupéfaction générale, pour atteindre 37,4%.

Mais alors, Hindenburg lui ayant proposé la vice-chancellerie, il commence à décevoir les opportunistes en exigeant « la chancellerie ou rien » et pose, dans l’automne, quelques gestes qui font baisser sa popularité, en ayant l’air de réactiver les aspects les plus « socialistes » et les plus violents de son programme. Le chancelier von Papen croit le moment favorable pour dissoudre le Reichstag et effectivement les élections de novembre voient régresser les nazis, à 33%.

On exulte, en Allemagne et dans le monde. Non seulement Léon Blum, pour qui Hitler a perdu « même l’espérance » du pouvoir, mais les socialistes allemands sont rassurés, ainsi qu’un grand nombre de leurs adversaires « de classe ». Dans une situation politique chaotique, où les institutions républicaines ne jouent plus normalement, faute de majorité parlementaire, depuis 1930, beaucoup, et sans doute parmi eux bien des chefs d’entreprise, se prennent à espérer qu’une solution autoritaire est à portée de la main pour sortir de la crise sans trop de remous sociaux, en évitant les nazis et leurs débordements -soit que leur popularité retombe comme un soufflé, soit qu’on les mate en les intégrant dans un gouvernement qu’ils ne dirigeraient pas. On spécule notamment sur leurs difficultés financières, induites par trois campagnes très rapprochées.

C’est dans la mise au point de cette solution autoritaire que le bât blesse. L’homme fort du gouvernement Papen, le général von Schleicher, croit son heure venue et prend le poste de chancelier. C’est rejeter Papen du côté de Hitler. D’autant plus que, pour compléter le chassé-croisé, Schleicher s’abouche avec Gregor Strasser ! Le rencontrant secrètement le 2 décembre, il lui offre cette vice-chancellerie que Hitler refuse obstinément. La manoeuvre serait de grand style... si elle réussissait. C’est-à-dire, si Strasser avait véritablement derrière lui une partie importante des nazis. Comme Schleicher prend contact en même temps, et non sans écho, avec les syndicats, il pourrait rompre, au moins en apparence, avec la politique d’austérité qui depuis trois ans provoque les travailleurs sans endiguer la montée du chômage, et il ruinerait les chances des nazis, tant en obtenant une majorité stable qu’en cassant leur parti.

Mais Strasser est un tigre de papier. Lorsque le Führer, prévenu par une indiscrétion, lui demande des comptes, il s’incline une fois de plus, jurant ses grands dieux qu’il n’a jamais envisagé d’accepter l’offre, mais seulement d’en faire bénéficier son chef. Hitler l’accuse néanmoins de trahison et il démissionne de ses fonctions, mais non du parti, le 8 décembre, puis part en vacances.

Privé de cet allié, Schleicher ne renonce pas. Mais sa caution de gauche, il est obligé de la chercher vraiment à gauche et de séduire la social-démocratie. C’est ce qu’il tente de faire dans une allocution radiodiffusée, le 15 décembre, en annonçant notamment l’annulation d’une baisse des salaires décrétée par Papen. Les socialistes allemands ont déjà, certes, avalé bien des couleuvres, au nom de l’antinazisme. Ils ont voté Hindenburg dès le premier tour et se dévoueraient encore pour servir sous un général aristocrate, si c’était la seule chance de dissiper le cauchemar hitlérien.

Mais le résultat des élections de novembre les en dissuade doublement : d’une part, comme leurs camarades français, ils sont persuadés que le danger s’éloigne, d’autre part ils ont, pour la première fois, perdu un certain nombre de voix au profit des communistes. Ceux-ci s’isolent dans une surenchère impuissante et vilipendent les concessions des socialistes, lesquels éprouvent le besoin, pour conserver leurs électeurs, d’un coup de barre à gauche.

On se doute que le patronat considère ces péripéties avec un effarement croissant. Son hostilité aux nazis ne diminue pas. Il est faux, non seulement qu’il renfloue in extremis un parti au bord du dépôt de bilan, mais que pour parer au danger communiste, incarné par 17% des électeurs, il signe un chèque en blanc aux citoyens deux fois plus nombreux que séduit le nazisme. Les patrons sont ici, comme sous tous les cieux, friands de stabilité politique.

C’est justement ce que Hitler va leur faire miroiter. Il s’en tient, certes, à sa devise « la chancellerie ou rien », mais en apparence, dans ses négociations avec Papen qui commencent le 5 janvier, il fait progressivement des concessions gigantesques. Il réduit ses exigences en matière de portefeuilles, jusqu’à se contenter du ministère de l’Intérieur, Papen prenant la vice-chancellerie et Hitler s’engageant à l’associer à toutes les décisions. Dans cette combinaison, les nazis apparaissent ultra-minoritaires et entourés de gens respectables, qui tiennent notamment les postes intéressant la vie économique.

Un patron joue un rôle décisif mais, curieusement, personne ne le cite en tant que tel : Joachim von Ribbentrop. Il accueille dans sa villa les deux dernières réunions, l’une entre Hitler et Papen, l’autre entre les mêmes et Oskar von Hindenburg, fils et conseiller du président. Or ce n’est pas un « représentant en champagne », c’est-à-dire un simple salarié, mais le gendre et l’associé d’un grand négociant en vins. Il vient d’adhérer au parti nazi. Le banquier Schröder, qui a accueilli la rencontre du 5 janvier, n’est même pas encore membre du parti, à l’inverse du fabriquant de gélatine Wilhelm Keppler, animateur depuis l’automne d’un « cercle » portant son nom, destiné à faire signer des pétitions réclamant la chancellerie pour Hitler, avec un succès restreint. Thyssen est le seul patron de grande envergure qui s’affiche avec les nazis, son compère Kirdorf étant alors très âgé, et retiré de toute fonction dirigeante depuis 1925.

Ainsi, le patronat, s’il fait bon accueil au cabinet Hitler, croit qu’il s’agit d’un cabinet Papen déguisé, qui va précisément faire rentrer le torrent extrémiste dans un lit de sagesse et de respectabilité. On ne peut pas dire qu’il finance une révolution, ni même qu’il en cautionne une : il ne s’agit, dans l’esprit des nantis, que d’une restauration de l’ordre bourgeois. Mais, dira-t-on, le ministère de l’Intérieur ? Le pouvoir sur la police ? Précisément, ce secteur est confié au nazi le plus présentable, Göring (il devient ministre sans portefeuille dans le cabinet allemand et ministre de l’Intérieur de Prusse, le ministre de l’Intérieur du Reich, sans autorité directe sur la police, étant le nazi Wilhelm Frick).

Le reste va dépendre du rythme imposé par Hitler aux événements. Il devait rechercher une majorité parlementaire, mais s’arrange pour que les négociations échouent rapidement et fait dissoudre le Reichstag, puis dramatise la campagne électorale. Son zèle anticommuniste a, escompte-t-il, suffisamment séduit le grand capital pour qu’il puisse convoquer ses principaux représentants, le 20 février, au domicile de Göring. Il leur déclare que ces élections représentent la dernière chance de vaincre légalement le communisme, après quoi Schacht leur demande de les financer, et obtient une promesse de dons de 3 millions. C’est alors seulement que Gustav Krupp met la main à la poche.

Une semaine encore s’écoule avant que ne brûle le Reichstag : l’événement sert de prétexte à une suspension des libertés qui s’avèrera définitive. Mais la dictature sera toujours attentive à sauver les formes, et à mobiliser les capacités des gens au nom de valeurs traditionnelles et consensuelles comme la patrie, le travail ou la famille, bien plus qu’elle ne les contraindra d’épouser étroitement son idéologie.

Les grands patrons allemands ont été chargés d’opprobre par les historiens, pas seulement de gauche, et par les juges de Nuremberg, pas seulement soviétiques. L’histoire se doit d’y mettre le holà. Mais sans omettre pour autant de discerner leur rôle, qui est celui de marionnettes bien naïves. Si l’historien n’est pas un procureur, son champ de compétence excède celui de la justice. Le tribunal peut pardonner l’imprudence et absout par principe la bêtise. Mais c’est une faute lourde, pour l’historien, que de ne pas voir une manipulation et de se laisser lui-même manipuler, comme un vulgaire contemporain, par des discours lénifiants, des gestes anodins, des manoeuvres combinées dont le sens n’apparaît qu’en prenant de la hauteur pour repérer des convergences.

La prise du pouvoir par Hitler est l’exemple même de la convergence, orchestrée par un cerveau puissant, d’actes suscités par la logique routinière des rapports de force, qui n’ont en eux-mêmes aucune raison de déboucher sur une vaste entreprise criminelle. Le grand patronat et le grand capital sont des réalités et non des mythes, mais leurs adversaires leur prêtent volontiers indûment un cerveau, alors que ces entités sont le plus souvent acéphales, c’est-à-dire traversées elles-mêmes d’une infinité de rapports de force. On sombre trop facilement dans la théorie du complot -un travers qui, d’ailleurs, menace équitablement tous les partis, courants ou écoles. Dans le cas du nazisme, il y a bien un complot, mais ce n’est pas celui des riches -les pauvres !

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évolution des effectifs du NSDAP

1923 55000 1925 27000 1928 100000 1929 178000 1930 (mars) 210000 1933 (30/1) 830000

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Bibliographie

Matzerath (Horst) et Turner (Henry A.), « Die Selbstfinanzierung des NSDAP », Geschichte und Gesellschaft, 3,1977. Turner (Henry A.), German Big Businesss and the Rise of Hitler, Oxford University Press, 1985. de La Gorce (Paul-Marie), La prise du pouvoir par Hitler, Paris, Plon, 1983.

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Personnalités dont les photos illustrent la version imprimée

*Schröder (Kurt von) (1889-1966) : banquier de Cologne, membre du parti populiste à partir de 1928. Membre de cercle de Keppler. Adhère au NSDAP en février 1933.

*Keppler (Wilhelm) (1882-1960) : industriel moyen du pays de Bade, adhésion au NSDAP 1927, conseiller économique de Hitler en 1931, adhésion à la SS en 1935.

*Flick (Friedrich) (1883-1972) : un des principaux dirigeants (avec Thyssen) des Aciéries réunies, verse 50000 marks au parti nazi en 1932 mais vingt fois plus pour la campagne de Hindenburg, puis 7 millions sous le Troisième Reich, plus 100000 par ans à la SS.

*Thyssen (Fritz) (1873-1951) : un des principaux sidérurgistes allemands. Quitte le DNVP (dirigé par Hugenberg) pour le NSDAP en 1931. Fuit en Suisse fin août 1939.

*Hugenberg (Alfred) (1865-1951) : militant politique pangermaniste dès 1890, prend en 1928 la direction du parti national-allemand (DNVP). Après un passage chez Krupp, fonde un empire médiatique. Dirige en 1929 un comité contre le plan Young qui permet à la propagande nazie de bénéficier ponctuellement de ses subsides. Allié à diverses reprises aux nazis dans leur ascension vers le pouvoir et seul chef de parti dans le gouvernement de Hitler, à part lui. Démission le 27 juin 1933, jour de l’auto-dissolution de son parti.

*Krupp (Gustav) (1870-1950) : sidérurgiste et président (à partir de 1931) de l’Union de l’industrie allemande. Pas de sympathies ni de versements pour les nazis avant février 1933, puis docile serviteur du régime ensuite.

*Papen (Franz von) (1879-1969) : militaire de carrière, ami de Hindenburg, politicien du Centre catholique, dont il est exclu quand il accepte la chancellerie en mai 1932. Cherche à regrouper la droite non nazie, puis se rapproche de Hitler. Démissionne de la vice-chancellerie après la nuit des Longs couteaux (juillet 1934) mais accepte ensuite des ambassades (Vienne puis Ankara).

*Göring (Hermann) (1893-1946) : officier d’active, aviateur, commande en 1918 l’escadrille Richthofen. Nazi à partir de 1922. Commande la SA lors du putsch de 1923. Député en 1928, préside le Reichstag à partir d’août 1932.

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Encadré de tête intitulé "le contexte" :

Il y a deux époques dans l’histoire du parti nazi, séparées par le 9 novembre 1923. Avant : un groupe peu distinct de la nébuleuse nationaliste qui refuse la défaite de 1918, lié aux milieux militaires qui rêvent d’une revanche proche. Après : un chef qui médite en prison pendant une année sur l’échec du putsch de 1923 et devient une célébrité nationale à l’occasion de son procès. D’où une stratégie "légale" pour la conquête du pouvoir, d’abord apparemment peu efficace (2,6% des voix aux législatives de 1928), puis brusquement plus prometteuse, à la faveur de la lutte contre le plan Young sur les réparations (second semestre 1929) et de la crise économique. Celle-ci fait voler en éclats une majorité de centre-gauche et, à partir de septembre 1930, le chancelier Brüning (Centre catholique), grâce à la confiance du maréchal Hindenburg (élu président de la République en 1925) gouverne par décrets-lois. Il ouvre la période des "cabinets présidentiels" : après la réélection de Hindenburg en avril 1932, les chanceliers von Papen (mai-novembre 1932) et von Schleicher (novembre 1932-janvier 1933) sont tout aussi impuissants à trouver une majorité. Mais la montée des voix nazies paraît enrayée aux élections de novembre et beaucoup espèrent une décrue.

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François Delpla, le 11 février 2004

[1] Quand Turner, dans un livre récent et bien accueilli, s’essaie à raconter la prise du pouvoir, d’une part il ignore complètement les questions financières, d’autre part il ramène tout à un jeu d’ambitions individuelles et de culpabilités personnelles, au niveau d’une demi-douzaine d’hommes influents, aspirants ministres ou conseillers du président Hindenburg.

[2] Hitler, étant depuis longtemps un orateur à succès, pouvait se permettre de faire payer l’entrée de ses meetings.

article publié (avec de légères variantes) par Historia (no 639, mars 2000). Le dossier "Qui finance les révolutions ?" dirigé par Rémi Kauffer, comportait notamment un article d’Alexandre Adler sur Parvus.



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