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Lettres d’information 2013




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Lettre d’information n° 90

L’Allemagne, la France et le monde, du 22 janvier 1963 au 30 janvier 1933

Chers lecteurs,

La diffusion du n° 89 a été perturbée par la destruction de la liste d’adresses, même s’il a été publié comme de coutume sur le site, et sur Livres de guerre http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php ?index=53065&v=2 .

Je vous en donne donc le texte en annexe. Le carnet a été reconstitué de bric et de broc, de façon encore très incomplète et imparfaite : n’hésitez donc pas à intervenir dans les deux sens, pour signaler des doublons ou votre souhait de ne plus recevoir cette lettre, ou pour compléter la liste soit en suggérant à des personnes intéressées de s’inscrire, soit en me suggérant de leur faire cette proposition contact@delpla.org.

Aujourd’hui, je vous parlerai tout d’abord de la sortie, demain jeudi, dans la foulée de la commémoration du traité de l’Elysée (22/1/1963) et en avant-première de celle des débuts du nazisme (30/1/1933), de mon livre sur la prise du pouvoir par les nazis : « Hitler / 30 janvier 1933 / la véritable histoire », aux éditions Pascal Galodé http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=579 . Il se trouve que rien n’est paru sur le sujet depuis le livre de Henry Turner en 1996 et que ce dernier comporte, comme j’ai pu encore récemment le découvrir, de graves erreurs.

Depuis plus de vingt ans, entre autres activités de recherche (détaillées dans mon mémoire d’auto-histoire soutenu en juin dernier http://derniereguerremondiale.net/DGMHS1.php ), je dépiste, et décris le plus précisément possible, des complots nazis (par exemple, dans ce dernier livre, la préméditation de la nuit des Longs couteaux trois ou quatre ans à l’avance, du moins dans le cerveau de son concepteur). Il reste du pain sur la planche, pour des décennies peut-être. Mais en toute logique l’entreprise suscite des résistances puisque les gens, par définition, étaient passés à côté de ces complots. Les lecteurs diagonaux, ou de mauvaise foi, ont dans ces cas-là prestement à la bouche l’accusation d’« histoire complotiste ». (à cet égard, le débat sur la résistance de l’amiral Canaris ne baisse pas d’intensité même s’il ne frise pas toujours les sommets : http://www.amazon.fr/Canaris-Le-ma%C3%AEtre-espion-Hitler/dp/2262036713 )

Or il se trouve que l’historien Henry Turner (1932-2008), professeur à Yale et auteur d’ouvrages démystificateurs (notamment sur le financement patronal des nazis avant la prise du pouvoir, dont il avait eu le courage, dans les années 1980, de montrer les limites), sombre à propos de la prise du pouvoir dans une théorie conspirationniste que rien n’étaye, et qui ne s’autorise que du plus épais moralisme. Le nazisme c’est mal, le politicien de droite Franz von Papen est celui qui met finalement le pied de Hitler à l’étrier : il est donc censé avoir conspiré avec lui pour circonvenir le brave président von Hindenburg et savonner la planche du courageux général von Schleicher, en sorte que l’arrivée au pouvoir des nazis était la chose la plus évitable et la moins logique du monde. Une sorte d’accident. D’autres ont parlé d’un Tchernobyl politique...

Le livre de Turner avait reçu un accueil très favorable, en France et ailleurs. En sorte qu’aujourd’hui les préjugés abondent. Ce qui pèche le plus, depuis le début (c’est-à-dire l’année 1933 elle-même, déjà riche en considérations sur « ce qui s’est passé »), c’est l’analyse du jeu nazi. On fait comme s’il n’existait pas. Comme si la foule primaire et vociférante des partisans de Hitler -que lui-même était le premier intéressé à faire apparaître comme telle- avait été une simple masse de manœuvre entre les mains de politiciens inconscients, s’affrontant au bord du gouffre. Or c’était plutôt le futur vainqueur qui manoeuvrait, et fort bien. Il contrôlait le jeu politique depuis sa percée de 2,6% à 18% des voix, le 14 septembre 1930 -laquelle devait peu, au rebours de ce qu’on pense généralement, à la crise économique. Il était assez à droite pour encourager les politiciens de ce bord à exclure du gouvernement toute la gauche, et assez « révolutionnaire » pour refuser son concours sans pour autant perdre son électorat, mais en le doublant au contraire. Le tout sur fond d’aggravation des problèmes de toutes sortes. L’alliance avec Papen, dont ce dernier semblait l’élément dominant, était au bout du compte une figure des plus logiques. Je donne en annexe, et pour la première fois en traduction française, deux documents lumineux et négligés, l’échange de lettres Hitler-Hindenburg de la fin novembre 1932, et le procès-verbal du premier conseil des ministres, présidé par un Hitler modeste et déférent.

Mon livre peut être complété par le dossier paru dans un magazine en ligne, où j’ai eu plaisir à diriger une jeune équipe un peu plus à l’ouest : http://www.39-45.org/portailv2/news/news-0-16+histomag-39-45-n-81-janvier-f-vrier-2013.php .

On trouvera aussi sur le site :

-  une amorce de discussion avec Bernard Plouvier, avocat vigoureux de Hitler dans certains domaines, mais travaillant ses dossiers http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=578 .
-  un nouvel article de Marc-André Charguéraud, sur Laval et le Vel d’Hiv : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=584 .
-  un ajout à la recension du livre de Kerjean sur Canaris http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=530 .

Bonnes lectures, et bonne année !

fdelpla

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Lettre précédente (si les liens sont illisibles, retrouvez-les ici http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php ?index=53065&v=2 )


PRISE DU POUVOIR PAR HITLER : LE TESTAMENT DE MARTIN BROSZAT


mercredi 19 décembre 2012 à 15h38 Lettre d’information n° 89

Chers abonnés,

Le grand connaisseur allemand du Troisième Reich, décédé en octobre 1989, avait consacré à la prise du pouvoir en 1984 son avant-dernier livre, et son dernier sur l’histoire de l’Etat hitlérien. Il écrit en conclusion de cet ouvrage, qui est surtout un inventaire des sources et des travaux : "« (...) il manque encore une présentation générale de la politique et de la stratégie, en matière de prise du pouvoir, de Hitler et du NSDAP avant 1933. »" La situation, en presque vingt ans, n’avait guère bougé. Le seul livre d’universitaire consacré à la prise du pouvoir, dû à l’Américain Henry Turner en 1996, est en effet à mettre sur le même rayon que celui, paru l’année précédente, de Karl-Heinz Frieser sur la campagne de France de 1940. Tous deux mentionnent le moins possible Hitler et le nazisme, pour rendre compte de deux événements qui constituent leurs plus retentissants succès. Les « erreurs » des adversaires tiennent plus que jamais le haut de l’affiche.

Le livre de votre serviteur « Hitler / 30 janvier 1933 / La véritable histoire », à paraître le 24 janvier prochain, six jours avant l’anniversaire, aux éditions Pascal Galodé, remplit quant à lui exactement le programme dessiné par Broszat. On peut en juger ici par son sommaire : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=579

Ceux d’entre vous qui disposent d’espaces médiatiques pour des recensions de livres sont vivement encouragés à se manifester (avec copie à mon adresse contact@delpla.org ) auprès du service de presse : presse@pascalgalodeediteurs.com .

A l’autre bout de la période nazie, le dernier livre d’Ian Kershaw, sur les derniers moments du Troisième Reich, a attiré des commentaires élogieux et mérités : le maître de Sheffield, fort d’une longue familiarité avec Hitler et son régime, s’avère aussi bon dans la fresque nationale que dans la peinture d’un individu. Ma petite musique http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=566 s’inscrit donc en contrepoint, plutôt qu’elle ne brise une harmonie.

Le Troisième Reich a toujours associé, en proportions variables, la terreur et la séduction. Sous les bombes et face à la montée inexorable d’une marée hostile de tous côtés, il va de soi que, pour expliquer le maintien de la discipline et même, bien souvent, de la combativité, le rôle de la terreur augmente tandis que la séduction s’estompe. On se retrouve, écrit Kershaw dans le droit fil de ses analyses antérieures, devant un « pouvoir charismatique sans charisme ».

Mais alors, Hitler se séduit-il encore lui-même et, si non, pourquoi s’obstine-t-il dans la voie nazie, désormais sans issue ? Le livre n’apporte d’autre réponse que la vitesse acquise et le refus du capitaine de voir en face les récifs vers lesquels il fonce. La cause de la longévité du régime malgré le désastre ne serait que la pulsion de mort qui anime le dictateur, engendrant un goût pour l’apocalypse et le crépuscule des dieux qu’il arriverait encore à faire partager par de larges fractions d’un peuple résigné.

Il en va tout autrement si on prend en compte la folie de Hitler, qui lui inspire le sentiment d’être désigné par la Providence pour mener un combat « aryen » contre l’influence juive. S’il en est bien ainsi, toute défaite ne peut être que provisoire. Ce sentiment seul explique que l’autodestruction apparente cohabite avec la mise en réserve de forces pour une future revanche, ainsi quand Hitler charge Albert Speer de diriger la politique de la « terre brûlée » en sachant bien que, sous la direction de son ami, elle sera des plus sélectives. Le « testament politique » du 28 avril 1945 est à cet égard lumineux, l’Allemagne se voyant promettre renaissance et pérennité pour peu qu’elle maintienne les Juifs à l’écart. Le calcul, une fois de plus, n’était pas entièrement absurde, et son échec résulte pour une large part d’une circonstance alors peu prévisible, l’étalement immédiat des crimes à Nuremberg grâce à l’acharnement, en particulier, de quelques personnalités américaines, et la réaction pitoyable des accusés, se chargeant les uns les autres et chargeant les dirigeants morts.

Parmi les derniers articles du site, on trouvera aussi
-  une mise en garde contre le site Mecanopolis http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=564 ;

-  une série de mises au point sur les polémiques internautiques les plus hautes en couleurs soulevées par mon travail http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=570 ;

-  un commentaire sur le « Hitler » fleuve de Bernard Plouvier, à partir d’une interview de l’auteur ;

-  également à partir d’une interview, quelques appréciations sur le livre de Manuel Gomez « La face cachée du gaullisme » http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=569 ;

-  un extrait de mon « Churchill et Hitler » (à paraître en juin en collection Tempus) portant sur les SS Harlequin et Colombine, infiltrés en Angleterre en 1943 ;

-  une discussion sur le vol de Hess, en rapport avec la folie de Hitler et la décision d’attaquer l’URSS http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=568 ;

-  un nouvel éditorial sur la révolution du journalisme d’investigation menée par le site Mediapart et son intérêt pour la connaissance historique ;

-  l’annonce de la parution d’un ouvrage très instructif, signé d’Arnaud de la Croix, sur les relations entre le nazisme et la franc-maçonnerie http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=581 ;

-  un article d’André Charguéraud sur la conférence d’Evian (1938) avec mon grain de sel http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=561 ;

-  une nouvelle mise au point sur l’arrêt allemand devant Dunkerque : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=560 . Bonnes lectures... et joyeuses fêtes !

fdelpla

PS
-  mon mémoire d’habilitation est en ligne sur le site du magazine Dernière Guerre mondiale http://derniereguerremondiale.net/DGMHS1.php
-  mon blog sur Mediapart : http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla

-  si ce message s’affiche mal, retrouvez-le ici http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=528 .

Supplément (31 janvier)

Prise du pouvoir par Hitler : un article de Völker Ullrich

DIE ZEIT, 17/1/2013

et sur Zeit online

Le chapeau, qui résume bien l’article, exprime la quintessence de quatre-vingts ans d’erreurs, d’approximations et d’oubli de l’essentiel :

"Eigentlich ging es mit Hitler und seiner Partei schon zu Ende. Aber durch Intrigen und Querelen der Konservativen gelangte er am 30. Januar 1933 doch noch ins Kanzleramt."

"En réalité, Hitler et son parti étaient déjà proches de leur fin. Mais grâce aux querelles et aux intrigues des conservateurs il parvint tout de même à la chancellerie le 30 janvier 1933."

Un paragraphe de la conclusion n’est pas moins emblématique :

"Hitlers Triumph war keineswegs ein »Betriebsunfall« der deutschen Geschichte, aber er war auch nicht das unvermeidliche Resultat der Weimarer Staatskrise. Noch Ende Januar 1933 gab es die Möglichkeit, ihn von der Macht fernzuhalten - wenn Hindenburg Schleicher die Auflösungsorder nicht verweigert und ihm gewährt hätte, was er Papen schon einmal zugestanden hatte : nämlich die Neuwahlen zum Reichstag über die verfassungsmäßig gesetzte Frist von 60 Tagen hinaus zu verschieben. Diese Lösung wäre auf eine verschleierte Militärdiktatur hinausgelaufen ; die Chancen, dadurch erst einmal Zeit zu gewinnen, bis sich die wirtschaftliche Lage sichtbar gebessert haben würde, standen nicht schlecht."

"Le triomphe de Hitler n’était en aucune façon un "accident de parcours" de l’histoire allemande, mais pas davantage le résultat inéluctable de la crise de l’Etat weimarien. Il existait encore à la fin de janvier 1933 une possibilité de l’empêcher d’arriver au pouvoir -si Hindenburg n’avait pas refusé à Schleicher un décret de dissolution et lui avait accordé ce qu’il avait déjà une fois permis à Papen : décaler les élections suivant la dissolution au-delà du délai de 60 jours fixé par la constitution. Cette solution aurait abouti à une dictature militaire déguisée ; les chances de gagner tout d’abord du temps, par ce moyen, jusqu’à une amélioration sensible de la situation économique, n’étaient pas minces."

Ces spéculations ne sont pas que journalistiques. Elles démarquent de près le livre de Henry Asby Turner junior, paru en 1996, que, dans mon récent ouvrage sur la prise du pouvoir http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=579 , j’estime aussi désastreux, s’agissant de sa thèse centrale, que celui de Frieser sur la campagne de France, et pour des raisons voisines :

"Henry Ashby Turner Jr, dans son livre paru en 1996 sur les soubresauts politiques allemands de janvier 1933, parle de la prise du pouvoir dans des termes très voisins. Comme Frieser, il s’intéresse peu à Hitler, et bien davantage aux fautes de ses adversaires. C’est d’autant plus frappant qu’ayant découvert et édité quelque vingt ans plus tôt les mémoires de Wagener, il serait mieux placé que quiconque pour discerner des réalités derrière les apparences du discours nazi. Mais il semble avoir oublié ce travail, au point de ne pas mentionner Wagener dans sa bibliographie et de ne puiser chez lui aucune information. Sa thèse est simple, voire simpliste : Hitler avait en Schleicher un rival aussi dangereux que capable, qui disposait de tous les avantages souhaitables pour lui damer le pion. Il aurait, en cas de réussite, exercé le pouvoir de façon dictatoriale, pendant une longue période. Toutefois, son régime aurait été « détestable mais non diabolique ». Les principaux coupables de son échec sont donc le Zentrum et la social-démocratie, qui n’ont pas su appliquer à l’analyse de la situation le même talent que Turner. Lequel va jusqu’à écrire qu’ils ont commis, en n’adhérant pas aux projets autoritaires du général, « l’une des plus grosses bévues politiques de tous les temps ». L’histoire fait preuve de son ironie coutumière en faisant éclore sur le continent américain, cinq ans après la chute de l’empire soviétique et au beau milieu de la présidence Clinton, un livre qui témoigne d’une foi aussi faible en la démocratie et d’une estime aussi basse pour les partis qui la prônent."

Ainsi, dans un exercice d’histoire-fiction passablement aventureux, des Gribouille rétrospectifs jugent que l’appel au soldat (et, qui plus est, à Kurt von Schleicher, l’officier le plus dépourvu de principes et le plus bouffi d’arrivisme qu’on puisse imaginer) était, pour sauver les libertés, une solution non seulement excellente, mais évidente, que de gauche à droite la classe politique allemande est coupable d’avoir ignorée !

Il me semble hélas que le discours d’Angela Merkel, d’une ouverture d’esprit remarquable (au point que cette ancienne opposante de RDA, décrivant brièvement le bûcher de livres du 10 mai 1933, cite Karl Marx parmi les " plus grands intellectuels de langue allemande" ainsi ostracisés), repose sur une analyse historique identique ou très voisine.

L’habileté de Hitler n’y est en tout cas pas mentionnée -ni, à plus forte raison, analysée. Il aurait pu échouer, certes, comme tout homme engagé dans une partie difficile, mais il avait engrangé des atouts considérables, que ces proses ignorent et qu’il n’était pas simple de neutraliser.

C’est peut-être le moment de rappeler le mot d’Emile de Girardin :

"On peut tout faire avec des baïonnettes, sauf s’asseoir dessus".

François Delpla, 31 janvier 2013

sur le site

et le nouvel édito : http://www.delpla.org


Supplément (10 février 2013)

Nouveaux ajouts à l’occasion des 80 ans du nazisme, commémorés abondamment sinon de façon novatrice en RFA mais passés inaperçus dans le grand pays victime un peu plus à l’ouest (plus somnambule qu’à l’époque ?), et du livre y afférent de votre serviteur (remarqué par le seul Franck Ferrand http://www.europe1.fr/MediaCenter/Emissions/Au-coeur-de-l-histoire/Sons/L-INTEGRALE-Hitler-30-janvier-1933-1395189/ ; mais d’autres journalistes phosphorent, paraît-il )

-  publication d’une interview de l’auteur dans le magazine gratuit en ligne Dernière guerre mondiale, paru ce jour http://derniereguerremondiale.net/indexDGM.php (rappel : dossier d’Histomag http://www.39-45.org/index.php ) ;

-  un débat dans Die Zeit avec ma participation résolument germanophone (et une belle photo du cabinet où les conservateurs paraissent dominer les nazis) http://www.zeit.de/2013/04/Hitler-Machtuebernahme-Reichskanzler-1933 ? ;

-  une présentation étoffée du livre d’Arnaud de la Croix sur Hitler et la franc-maçonnerie http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=581 ;

-  une charge contre ma thèse sur l’arrêt devant Dunkerque qui tourne en eau de boudin : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=583 ;

-  sur le forum, le débat s’anime à propos du livre iconoclaste (au bon ou au mauvais sens du terme, that is the question) d’Alain Michel sur Vichy, avec des contributions de l’auteur et de Marc-André Charguéraud : http://www.delpla.org/forum/viewtopic.php ?f=90&t=879 .

-  rappel : un article du n°1 du magazine Histoire(s) de la dernière guerre intitulé "Hitler prend le pouvoir... de déclencher une guerre"
-  au cas où ce message s’affiche malrécapitulatif des lettres d’information 2013



L’abyssale ignorance de Julien Dray et de ceux qui le citent

Lettre d’information du site de François Delpla

http://www.delpla.org

n° 91

Chers abonnés,

L’anniversaire de l’incendie du Reichstag, le 27 février, est hélas passé tout aussi inaperçu en France (mais non, encore une fois, dans l’Allemagne d’Angela Merkel) que celui de la prise du pouvoir par les nazis.

Mais nous avons un peu de temps pour nous rattraper. Disons jusqu’à l’anniversaire de la loi entérinant la disparition de tous les groupements politiques allemands non nazis, adoptée le ... 14 juillet 1933. Et après tout, pourquoi ne pas placer notre fête nationale sous les auspices de la commémoration d’un régime qui a mis si fort la patrie en danger, ainsi que la démocratie ?

L’incendie du Reichstag tombait trop à propos pour ne pas avoir été organisé par ses bénéficiaires. L’idée fait doucement son chemin en RFA, sur les ruines de l’orientation dite fonctionnaliste de la recherche. Elle défie l’éducation classique des historiens, peu formés à conclure en l’absence de tout document suggérant au moins un peu cette conclusion. Hélas les nazis battent des records dans l’économie des moyens de leurs conspirations, comme dans l’effacement des traces. Faut-il pour autant leur donner le bon Dieu, c’est le cas de le dire, sans confession ?

Rien de neuf sur le site à propos de cette crémation qui en annonçait et en symbolisait bien d’autres, mais on peut rappeler quelques classiques : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=62 ; http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=112 ; http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=427 .

Je viens en revanche de mettre en ligne un article inédit sur un autre coup fourré hitlérien, l’arrêt devant Dunkerque du 24 mai 1940, qui est un peu à la mainmise sur l’Europe ce que l’incendie du parlement est à la dictature sur l’Allemagne (à cela près que, depuis deux semaines, un facteur dérange enfin les calculs du Führer : l’arrivée de Churchill à la tête du gouvernement de Londres ; l’ordre d’arrêt met en danger sa position mais débouche sur un échec, qui commence à sonner discrètement le glas du nazisme) : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=594 . Je n’avais en effet jamais critiqué dans le détail ce livre de 1994, qui a fait beaucoup pour refermer, en nombre d’endroits et de cerveaux, la brèche ouverte en 1991 par John Costello dans les explications militaires du Haltbefehl.

A titre d’hommage à Stéphane Hessel, je mets en ligne une interview que j’avais faite de lui, en octobre 2009 puis en mai 2010, pour le magazine Histoire(s) de la Dernière guerre : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=596 . Elle est précieuse, notamment, par l’évocation de Walter Benjamin, dont Hessel était, en un double sens, l’un des derniers témoins.

C’est en sortant de son appartement que j’avais photographié, au carrefour d’Alésia, la plaque de rue évoquant les époux Basch, qui m’avait fourni l’occasion d’un commentaire expliquant que la Milice avait bon dos et que sa manipulation par les SS était un sujet vierge : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=451 . Je signale à ce propos l’immense intérêt du livre de Jean-Marc Berlière et François Le Goarant de Tromelin Liaisons dangereuses - Miliciens, truands, résistants, qui vient de paraître chez Perrin et devrait être prochainement chroniqué en rubrique "Lu" -au moins pour la partie qui confirme et approfondit mes investigations sur l’exécution de Georges Mandel. Une telle décision ne pouvait être qu’hitlérienne et ce livre confirme qu’elle l’était, même si les auteurs laissent la porte entrouverte à des initiatives locales (échappant en toute certitude au chef milicien Darnand) dans son application.

J’en reviens donc aux débuts du nazisme et j’en arrive à Julien Dray, sans hostilité particulière pour sa personne mais avec une intolérance abyssale pour sa bourde, objet du nouvel éditorial http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=595 et d’un billet sur Mediapart http://blogs.mediapart.fr/blog/francois-delpla/100313/fraiment-dray-gond : affirmer qu’une gauche MAJORITAIRE a, par sa division, laissé bêtement Hitler prendre le pouvoir est le symptôme d’une carence très grave dans la compréhension de cet événement. Elle ne mériterait d’ailleurs même pas d’être signalée si la phrase n’avait été répercutée docilement par la quasi-totalité des journalistes français. On ne peut que leur conseiller la dernière étude sérieuse sur la question, que beaucoup ont d’ailleurs reçue sans avoir apparemment le temps de l’ouvrir (les exceptions, à ce jour, s’appellent Franck Ferrand http://www.delpla.org/forum/viewtopic.php ?f=112&t=878 , Thomas Rabino http://jusqualadernieregoutte.blogspot.fr/2013/02/dernieres-nouvelles-de-hitler.html et Bruno Modica http://clio-cr.clionautes.org/spip.php ?article4427 ).

Bonnes méditations !

François Delpla

si le message s’affiche mal, retrouvez-le sur le site : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=588



Nazisme : des débats sur Dunkerque, Hess, Canaris...

Lettre d’information du site de François Delpla

n° 92

31 mars 2013

Nazisme : des débats sur Dunkerque, Hess, Canaris...

Chers lecteurs,

Mon mémoire d’auto-histoire intitulé « L’individu dans l’histoire du nazisme / Variations sur l’arbre et la forêt », soutenu à Brest il y a bientôt un an pour l’obtention d’une habilitation, devant un jury composé d’Edouard Husson, président, Robert Frank, Fabrice Bouthillon, Christian Bougeard, Claude d’Abzac Epezy et Ronan Calvez, n’a point encore trouvé d’éditeur « papier » (il faut dire que je n’en ai point très activement cherché, étant donné sa brièveté ; cela viendra en son temps, avec le renfort d’un ou deux articles) ; en revanche, il connaît aujourd’hui même sa deuxième édition en ligne, dans l’Histoquiz de Pierre Chaput http://www.histoquiz-contemporain.com/Histoquiz/Lesdossiers/interviews/memoire/ , après celle, immédiate, du magazine Dernière guerre mondiale dirigé par Daniel Laurent http://derniereguerremondiale.net/DGMHS1.php . L’édition de Chaput pourra même servir de friandise en ce week-end pascal, puisqu’elle est téléchargeable... sur tablette. On trouvera en dernière page le film de Daniel Costelle et Isabelle Clarke sur Eva Braun auquel j’ai collaboré comme conseiller historique... et en bas de l’écran toutes les fonctions possibles, à utiliser sans modération : zoom, dézoom, impression de tout ou partie des pages, partage avec les réseaux sociaux, mail, son, vignettes, auto-défilement, recherche de mots, plein écran...

Ainsi va l’irruption lente et chaotique, sur le web francophone, de nos débats d’historiens. Il faut à cet égard signaler et saluer le blog récemment ouvert et néanmoins actif de l’historien israélien Alain Michel, qui accueille les controverses suscitées par son livre anti-paxtonien Vichy et la Shoah http://vichyetlashoah.blog.lemonde.fr/2013/01/30/ma-reaction-a-francois-delpla/ . De même, François Kersaudy, depuis l’an dernier, n’hésite pas à croiser le fer sur le site de vente et de commentaires de livres Amazon.fr http://www.amazon.fr/review/RS1XPP48309OA , comme sur Passion-Histoire http://www.passion-histoire.net/n/www/viewtopic.php ?f=49&t=3750&st=0&sk=t&sd=a&hilit=Puttkammer&start=345 . On peut donc saluer un progrès depuis la critique au vitriol par Florent Brayard du livre d’Edouard Husson, la calme réponse de l’intéressé sur le site La vie des idées http://www.laviedesidees.fr/Shoah-l-intuition-et-la-preuve.html , et le refus de ce dernier de publier ma mise au point jugée « agressive » http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=408 .

A ce propos, j’ai mis en ligne une recension du dernier opus de Kersaudy, Les Secrets du Troisième Reich, en contestant plus particulièrement ses visions à mon gré trop classiques de Rudolf Hess et de l’amiral Canaris http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=600 http://clio-cr.clionautes.org/spip.php ?article4461#.UVVGeFfDXK2 http://www.39-45.org/viewtopic.php ?f=17&t=30264&start=150 .

Je rappelle que, sur la profondeur et la chronologie de l’antinazisme de Canaris, le livre pionnier d’un jeune historien, Eric Kerjean, avait fait l’objet en 2012, de la part de certains, d’un traitement dont la malveillance n’avait d’égale que le soin mis à concentrer le propos sur des aspects inessentiels pour n’avoir pas à se mesurer à la thèse principale http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=530 . Tout bien considéré, le principal argument de ceux qui s’obstinent à voir dans le patron des services secrets militaires allemands (l’Abwehr) entre 1935 et 1944 un antinazi de longue date voire éternel, c’est la fin : son exécution par pendaison à Flossenburg le 9 avril 1945. Bel exemple d’histoire finaliste ! Belle démonstration d’essentialisme et de manichéisme : d’une pratique (ô combien répandue de nos jours) consistant à classer les gens et les choses une fois pour toutes d’une façon binaire. Bel échantillon, surtout, d’un refus de pénétrer la logique du nazisme.

Hitlerest,dudébutàlafinde son action politique, un preneur d’otages amoral, pour qui la vie humaine n’a de valeur qu’autant qu’elle sert ses buts. La décision de laisser vivre les gens qui sont en son pouvoir oud’abréger leur existence dépend entièrement de l’utilité qu’il attribue à leur maintien en vie ou à leur décès, au moment considéré. Il n’y a donc aucune contradiction entre le fait que le dictateur, devenu commandant en chef de l’armée allemande au début de 1938, ait encouragé son chef des services secrets à pénétrer les mouvements de résistance en se présentant comme acquis à leur cause puis, en temps de guerre, à se faire passer pour un opposant auprès de certains émissaires de l’ennemi, et le fait que Hitler ne veuille pas laisser derrière lui cet homme de talent partageant bien des secrets du régime, au moment où il prépare sa propre sortie. Raisonner autrement, c’est en faire un être moral, qui se laisserait inhiber par la reconnaissance des services rendus.

Hitler remporte dans sa carrière deux succès énormes, inattendus et paradoxaux, qui ouvrent une large carrière à ses entreprises : LA PRISE DU POUVOIR du 30 janvier 1933 (sur laquelle porte mon dernier livre http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=579 en montrant qu’elle devait peu au hasard, et beaucoup au fait qu’il avait contraint ses rivaux à lui abandonner la chancellerie http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=579 ; un anniversaire toujours aussi peu commémoré en cette année 2013, sinon en Allemagne, ce qui est un symptôme inquiétant sur l’état du monde), et LA VICTOIRE SUR LA FRANCE. Dans celle-ci, Canaris a joué un rôle de premier plan, en laissant le colonel Oster -un véritable opposant, lui- prévenir l’ennemi d’une prochaine offensive vers la Belgique, en sorte que Français et Britanniques s’y précipitent sur l’heure tête baissée pour s’y faire bientôt encercler, sans avoir pris le temps ni d’analyser les mouvements de l’ennemi, ni de soupçonner le moindre piège.

Il est plus que temps de rompre avec la vision, encore largement dominante, d’un Troisième Reich divisé en factions mortellement rivales qui feraient de la surenchère « en direction du Führer ». Non seulement le chef, nullement paresseux, avait l’œil à tout (du moins à tout ce qui comptait à ses yeux : il n’est pas question d’en faire un surhomme), mais il s’était donné des instruments d’intervention rapide dans tous les secteurs de son appareil d’Etat.

Chez Perrin toujours, je rappelle la parution du livre très novateur de Berlière et Le Goarant (toujours pas chroniqué en rubrique « Lu », mais cela ne saurait plus tarder) Liaisons dangereuses - Miliciens, truands, résistants-, qui porte notamment sur l’assassinat de Georges Mandel et rejoint mon diagnostic de 2008 dans le premier livre sur ce meurtre : un crime point du tout milicien, mais allemand et même, plus que probablement, hitlérien ; largement motivé par la « race » de la victime, il est donc désormais à inscrire dans la Shoah.

A ce propos, un autre livre vient de paraître, dans lequel ma contribution est ténue : La loi peut-elle dire l’histoire ?, aux éditions Bruylant http://belgicatho.hautetfort.com/archive/2012/12/19/la-loi-peut-elle-dire-l-histoire.html . Il s’agit des actes d’une journée d’études tenue en 2009 à la Maison des avocats de Paris, avec des contributions, notamment, de Pierre Nora, Georges Kiejman et Bertrand Favreau ; c’est la rencontre de ce dernier, biographe de Mandel, lors de mon enquête sur son assassinat, qui m’avait valu cette invitation. Je fais montre ici de ma pugnacité coutumière contre la loi Gayssot et ses inconvénients très supérieurs à ses avantages, comme le montre l’inflation actuelle des revendications communautaires sur le mode : « pourquoi eux et pas nous ? ».

Parmi les nouveautés du site, on trouvera aussi :

-  une bibliographie sur Hitler, arrêtée en 1999 http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=599 ;

-  un article de Marc-André Charguéraud sur les vains appels au secours de diverses communautés juives http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=601 ;

-  un ajout à l’analyse du livre Miracle à Dunkerque de Jean Vanwelkenhuyzen http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=594 ;

-  à propos de l’arrêt devant Dunkerque encore, une clarification sur les allées et venues d’un pèlerin de la paix nazie en mai 1940, le consul suédois en France, Raoul Nordling : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=598 .

-  de nouvelles « perles contre l’histoire » http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=199 ;

Bonnes et heureuses Pâques et lectures !

Fdelpla

PS.- Si le message s’affiche mal : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=588 .

PS 2.- Après la victoire de David Mediapart contre Goliath Cahuzac et l’establishment qui l’a protégé au-delà du raisonnable, il vaut peut-être la peine de relire l’éditorial de décembre, qui tirait de cette extravagance quelques leçons pour les historiens : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=580



L’arrêt hitlérien devant Dunkerque : le débat s’anime !

Lettre d’information du site de l’historien François Delpla n° 93

2 juin 2013

Chers abonnés,

Le 24 mai à 12h 30, alors que la seule ligne de défense organisée (celle de l’Aa) qui sépare les blindés allemands du groupe d’armées A, fonçant depuis Sedan, de leurs camarades du groupe d’armées B traversant la Belgique à pied par le nord, est en train de céder, donnant aux uns l’espoir et aux autres la crainte que le plus grand encerclement militaire de l’histoire soit bouclé dans la soirée ou le lendemain matin, Hitler douche brutalement les enthousiasmes allemands et rend une marge de manoeuvre à l’ennemi en restaurant lui-même la ligne de l’Aa, côté allemand. Les blindés, stoppés net, deviennent en effet, explique-t-il aux généraux Brauchitsch et Halder, "l’enclume" sur laquelle viendra taper, quand il pourra, le Hgr B brusquement rebaptisé "marteau".

Hitler se répand alors, auprès de divers généraux, en justifications d’ordre militaire : il voudrait économiser les blindés pour la suite, leur épargner un terrain gorgé d’eau, resserrer son dispositif par crainte d’une contre-attaque, épargner les villes flamandes, ne pas occuper trop de terrain au sol pour pouvoir multiplier les bombardements aériens... Göring, chef de l’aviation et fier d’en avoir fait une "arme nazie", s’étant mis en avant pour réclamer cette dernière solution, et Rundstedt, chef du Hgr A, s’étant porté volontaire pour sembler avoir réclamé une pause, Hitler (qui, surtout depuis 1929, avait pris l’habitude, pour cacher son jeu et la continuité de ses desseins, de se présenter comme tiraillé entre divers lieutenants) laissait dire qu’il avait été influencé soit par l’un, soit par l’autre, soit par les deux.

Parfaitement inaperçu des journalistes et historiens de la campagne jusqu’en 1946 (parce que les vainqueurs avaient intérêt à masquer, ou à ne pas voir, les heureux hasards ou les cadeaux de l’ennemi qui avaient favorisé leurs vaillants soldats ; parce qu’inversement la propagande nazie insistait sur l’idée d’une irrésistible marche en avant), l’épisode n’a fait l’objet d’aucune étude historique digne de ce nom avant 1991. Lire la suite www.delpla.org/article.php3 ?id_article=560

Vous pouvez également replacer mon analyse dans l’ensemble des rapports entre Churchill et Hitler en acquérant pour quelques euros l’ouvrage éponyme, qui fut il y a un an mon mémoire principal d’habilitation et sort cette semaine chez Tempus. Voilà qui me vaut une nouvelle « visibilité »... avec, sur les sites commerciaux, une splendide faute d’orthographe dans mon nom, qui trahit la relativité du phénomène ! Cf. http://livre.fnac.com/a5556510/Francois-Delpha-Churchill-et-Hitler . Un extrait du livre a été mis en ligne, concernant l’article de Churchill sur Hitler paru en 1935 http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=609 .

Pour en finir avec la pochitude, je mets la dernière main à un toilettage du texte de ma biographie de Hitler (Grasset, 1999), toujours hélas unique dans notre kershawlâtre Hexagone, et à une préface substantiellement actualisante, à paraître fin août chez Grand West, la collection de poche de Pascal Galodé http://pascalgalodeediteurs.com/grand-west-poche_177_.html .

Votre site favori sur mes travaux s’est enrichi d’un éditorial pour une fois muet sur eux et renouant avec les considérations d’actualité : le mésusage du pavé parisien par de maladroits clones m’a inspiré quelques considérations sur un remugle de mai 68 qui confirme Karl Marx tout en le démentant. L’événement se répète en farce sans avoir été pour autant, en sa première édition, excessivement tragique !

A part quelques nouvelles « perles contre l’histoire » http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=199 , vous pourrez aussi goûter en rubrique « invectives » quelques grognements relevés sur Wikipédia http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=607 , un article sur l’affaire Karski- Haenel précédemment paru chez Juan Asensio http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=605 , un « couac » dans l’unanimité des louanges sur Daniel Cordier http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=610 assorti d’une actualisation de la chronologie des calomnies contre le couple Aubrac http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=545 , et de mes contributions à ce sujet parues dans l’Humanité http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=604 , l’interview de 1998 intitulée « La calomnie pour effacer la mémoire » et le texte écrit au moment de la mort de Lucie, « Une force qui ne plie pas ».

Last but not least, j’ai chroniqué en rubrique « Lu » l’un des ouvrages les plus novateurs parus depuis longtemps sur la Seconde Guerre mondiale, Pourquoi les Alliés ont gagné la guerre, de Paul Kennedy.

Puissent toutes ces lectures ne point vous détourner d’apprécier, du moins en France, l’un des premiers dimanches ensoleillés de l’année !

fdelpla

PS.- Si le message s’affiche mal : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=588 .


PS.- J’oubliais de vous signaler la parution, ce jour, d’un beau dossier sur les crimes de guerre dont j’ai eu l’honneur de rédiger (p. 59) la conclusion lucidement pacifiste : http://derniereguerremondiale.net/DGM/DGM8.pdf .



Arrêt devant Dunkerque : Karl-Heinz Frieser se met à table !

Lettre d’information du site de François Delpla, n° 94, 21 juillet 2013

Chers abonnés,

Mon livre La Ruse nazie http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=616 , pilonné à la fin du siècle dernier, sera de nouveau disponible en 2014. Il comportera une mise à jour sous la forme d’une postface, développant notamment la présent note, mais le texte d’origine sera reproduit moyennant la correction de quelques coquilles, pour montrer ce qui, dès 1997, était disponible pour nourrir un débat, si faim il y avait eu.

Voici un an, un court article résumant mes recherches sur l’arrêt allemand devant Dunkerque, le 24 mai 1940, déclenchait enfin, sur de nombreux forums ou blogs d’histoire francophones, des discussions passionnées, qui se poursuivent encore. Voir ici : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=555 .

D’autre part, en janvier dernier, je constatais avec inquiétude que le quatre-vingtième anniversaire du régime nazi était commémoré seulement en Allemagne.

A présent, les deux séries se sont rejointes : le débat allemand sur le nazisme a engendré, pour la première fois, un débat sur l’arrêt devant Dunkerque, lors de son anniversaire... le soixante-treizième du nom : les temps ne mûrissent pas toujours en chiffres ronds !

La relecture, dans quelques années, de ces discussions commencées en juillet 2012 sera fort instructive.

Je ne connais pas d’autre débat où l’une des deux thèses en présence se réfugie autant dans les généralités, la théorie et la logique (ou ce que, des décennies plus tard, on estime logique), en négligeant l’observation du comportement des acteurs.

Les deux thèses sont les suivantes :

1) Hitler stoppe afin de laisser un petit délai aux Alliés pour agréer ses conditions de paix : telle est l’explication diplomatique apparue en 1991 sous la plume de John Costello et développée par moi, en rupture totale (il importe de le souligner, car la confusion est fréquente) avec une supputation peu rigoureuse (initiée par Basil Liddell Hart), selon laquelle Hitler stoppait pour laisser l’Angleterre rembarquer ses troupes afin de s’entendre avec elle PLUS TARD ;

2) l’arrêt procède d’une gerbe de préoccupations militaires, exprimées sur le moment par Hitler ; cette théorie n’est soutenue que par des considérations générales sur les difficultés concrètes des offensives blindées... sans rien de concret à l’appui.

Je plaide pour une histoire plus proche des documents. Ils montrent, tandis que l’infanterie allemande occupe lentement la Belgique, l’aile marchante opérant un encerclement d’une dimension inédite par l’Aisne, la Somme et la côte au nord d’Abbeville, en tirant pleinement parti de la révolution induite dans l’art militaire par la vitesse des chars. L’ennemi, qui est le plus fort sur le papier, est constamment bousculé dans ses velléités de réaction, l’assaillant n’ayant pas la courtoisie de le laisser déployer méthodiquement ses moyens.

Cependant, le 24 mai à 12h 30, l’avant-garde blindée fait preuve brusquement d’une telle courtoisie et laisse l’ennemi en déroute se ressaisir, mettre en défense le périmètre de Dunkerque et sécuriser un couloir d’évacuation vers ce port.

Aucun général allemand n’avait réclamé une telle pause. Un seul accepte de contresigner ce diktat, Gerd von Rundstedt, pendant deux jours. Il y trouve un profit immédiat (la récupération intégrale des dix divisions blindées que ses supérieurs venaient de lui retirer) et a sans doute noué avec Hitler, avant la campagne, une complicité de plusieurs mois (en général sous-estimée par l’historiographie, par exemple lorsqu’elle prétend que la Wehrmacht applique un "plan Manstein" -alors qu’il a été dressé par Hitler, Rundstedt et Guderian APRES la mutation dudit Manstein en Prusse-orientale).

Les seuls documents du 24 mai et des jours suivants qui vont dans le sens d’une explication militaire sont donc des déclarations de Hitler ou parfois de Göring, assénées à des généraux médusés : la crainte de perdre des chars dans des marais imaginaires, les combats de rues auxquels ils seraient impropres, l’étirement des lignes de ravitaillement, la crainte d’une contre-attaque de l’ennemi en déroute, un caprice de Göring soucieux de mettre ses avions en valeur, etc., - toutes considérations précisément absentes des documents militaires produits par les unités combattantes à tous les niveaux, dont un grand nombre ont été conservés et sont archivés à Fribourg. Le livre de Karl-Heinz Frieser « La Légende de la guerre-éclair », achevé de rédiger (d’après sa bibliographie) en 1990, publié en Allemagne en 1995, traduit en français en 2003 (mais contesté dans la Ruse nazie dès 1997) prétendait éclipser les deux classiques signés d’Ellis (1954) et de Jacobsen (1958), rendus obsolètes par l’ouverture des archives mais recopiés avec confiance (et sans égards pour leurs béantes contradictions) par tous ceux qui avaient entretemps parlé de l’ordre d’arrêt. Tout en reproduisant certaines erreurs (comme l’affirmation que les blindés avaient déjà été arrêtés par Rundstedt le 23 mai), le colonel allemand affirme nettement que, le 24, il n’y a aucune raison militaire de suspendre l’offensive et avance une raison entièrement politique (esquissée déjà par Jacobsen au beau milieu de ses explications militaires diverses) : le souci de Hitler de montrer que c’est lui qui commande.

Dans son gros ouvrage, qui vaut surtout par la description des combats, Frieser ne dit rien du nazisme et ne souffle mot des ambitions du régime dans cette campagne. Prolongeant la sous-estimation de Hitler par les Allemands diplômés, à laquelle cet autodidacte devait une bonne part de ses triomphes, il le présente comme un caporal caractériel égaré au milieu de généraux compétents, qui ne savent par quel bout le prendre. S’il n’y a, dans tout son livre, pas un mot sur les objectifs de l’offensive, c’est qu’il donne (il n’est hélas pas le premier) dans l’erreur consistant à penser que Hitler, en agressant sauvagement la Pologne, s’imaginait que la France et l’Angleterre allaient s’abstenir de lui déclarer la guerre, et fut tout désemparé qu’elles le fassent. Donc, puisque il entre en guerre contre son gré, il est normal qu’il n’ait pas de but, d’autant plus que, autre thèse du livre, il ne croit pas possible une victoire rapide sur la France : elle lui est offerte sur un plateau par quelques officiers dynamiques. On ne saurait donc compter sur Frieser pour remarquer les offres « généreuses » faites en sous-main à Paris et à Londres à la veille de l’offensive (par Göring, recevant le 6 mai l’homme d’affaires suédois Dahlerus), et pour expliquer l’arrêt des blindés par le souci d’arrêter la guerre elle-même.

C’est alors que survient, en mai dernier, la bonne surprise du soixante-treizième anniversaire. La presse allemande débat enfin du Haltbefehl et consulte Frieser http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=615 . Ce dernier dévoile à Die Welt, le 17 mai, son sentiment sur la thèse de Costello -certes d’une manière un peu indirecte :

« Hitler a déclaré plus tard qu’il avait intentionnellement laissé les Anglais s’échapper. Il n’aurait pu "se résoudre à anéantir une armée d’un aussi bon sang de race anglaise". Pourtant, pendant l’évacuation, il voulait avec des munitions sournoises faire un bain de sang parmi les Anglais. Du reste, aucun politicien allemand ne pouvait être assez fou pour laisser exprès s’échapper une armée anglaise qui dans une négociation constituait une aussi bonne monnaie d’échange. (...)Sans l’intervention de Hitler, une énorme catastrophe se serait produite dans l’histoire de la Grande-Bretagne. Presque toute l’armée de terre aurait été perdue. Cela aurait aussi signifié aussi la chute du gouvernement Churchill. Un nouveau gouvernement aurait cependant pu difficilement refuser une généreuse offre de paix de l’anglophile Hitler. »

Quel aveu ! Tout en s’obstinant à ne rien dire d’une offre allemande de paix blanche mise sur orbite avant l’ordre d’arrêt (une information pourtant esquissée dans Benoist-Méchin -1956- avant Costello -1991- ; et Frieser cite Benoist à d’autres propos), voilà que Frieser déclare que Hitler s’apprêtait à faire une telle offre après la capture de l’armée anglaise et que cette capture aurait provoqué la chute du gouvernement Churchill. C’est là reconnaître, on ne peut plus clairement (et contrairement à beaucoup d’historiens anciens ou actuels, comme Ian Kershaw), que l’orientation churchillienne de lutte à outrance contre le nazisme était encore bien mal assurée, et le courant appeaser en mesure, la déroute de l’armée française aidant, de renverser le premier ministre deux ou trois semaines après sa nomination.

Affirmer, cependant, que ce renversement était certain en cas de capture de son armée, tandis que si Hitler s’abstenait de couper la dernière issue, il laissait bêtement une chance au premier ministre de sauver son fauteuil, est une spéculation des plus hasardeuses, doublée d’un raisonnement a posteriori, bien peu historique. Le fait est que Hitler pouvait fermer le cercle, s’en rendait aussi bien compte que ses généraux, et choisit de ne pas le fermer. C’est ici qu’une réflexion sur le nazisme serait précieuse : il ne s’agit pas d’une anglophilie banale, mais d’une démente idéologie raciste, qui entend pérenniser pour mille ans la domination « aryenne », l’Angleterre régnant sur les races dites de couleur, l’Allemagne sur une Europe débarrassée des Juifs et, pour l’essentiel, des Slaves. La capture d’une armée destinée à faire marcher droit des milliards d’« inférieurs » pendant un millénaire n’était pas une mince responsabilité et on comprend que le prophète raciste ait hésité, préférant jouer la chance d’un « assagissement » de Londres avant d’en arriver là.

La vérité, c’est que Hitler maîtrise entièrement son affaire du 30 janvier 1933 au 10 mai 1940, et que l’arrivée de Churchill au pouvoir dérange définitivement ses plans, l’obligeant à des choix hasardeux pour la première fois, et définitivement.

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En dehors de l’arrêt devant Dunkerque (qui fera l’objet d’un article de magazine avant la fin de l’année), le site s’est enrichi d’une recension du classique de Kershaw sur l’opinion en Bavière http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=614 , publiée également par les Clionautes http://clio-cr.clionautes.org/spip.php ?article4627#.UevX723JeQo , d’un article de Marc-André Charguéraud sur le retard du Vatican à rompre avec l’antijudaïsme devant l’urgence hitlérienne http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=612 , du signalement d’un cas de censure sur le site France-Israël http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=611 et de quelques perles http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=199 .

Le livre de janvier dernier sur la prise du pouvoir sera résumé en septembre prochain par un article dans une grande revue généraliste. Au chapitre des rééditions, après Churchill et Hitler sorti comme prévu en juin chez Tempus, la dernière main a été mise à la parution de ma biographie de Hitler (1999), avec une longue préface et une bibliographie très étoffée, à paraître fin août chez Grand West, la collection de poche de Pascal Galodé http://pascalgalodeediteurs.com/grand-west-poche_177_.html . Il faut s’attendre également en 2014 à une reparution, sous une forme à définir, de mon album de 2004 sur la Libération. Mais présentement la synthèse sur le Troisième Reich à paraître au début de l’année chez Perrin accapare mes pensées.

Bonnes lectures estivales !

fdelpla

PS.- Si le message s’affiche mal : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=588 .



Lettre n° 95 (et du Val d’Oise en sus !)

19 décembre 2013

Chers abonnés,

Une période d’écriture intensive m’a éloigné de vous quelque temps mais ma pensée vous accompagnait. Par une harmonie des choses qui n’a rien de secret, le site ne s’est pas enrichi à son rythme habituel.

Je viens tout de même de renouveler l’éditorial http://www.delpla.org/ . J’ai ajouté quelques recensions http://www.delpla.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=6 , deux ou trois perles http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=199 et quelques articles de Marc-André Charguéraud http://www.delpla.org/rubrique.php3 ?id_rubrique=21 .

Du côté des débats de forums, une relance du grand classique « juin 1940, armistice ou capitulation ? » m’a fait renoncer à l’idée, exposée en 2006 http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=227 , que ce débat aurait opposé Weygand et Reynaud pendant quelques heures le 15 juin. Il n’a, en fait, pas eu lieu du tout, sinon sur un plan sémantique, sans la moindre esquisse, côté Reynaud, de passage à l’acte en direction d’une capitulation (contrairement à ce qu’on lit sous des plumes très diverses). Et pour cause : le civil, comme le militaire, souhaitaient un armistice (mais Reynaud à la condition, et en espérant fort, que les Anglais s’y associent).

Quant à l’utilité heuristique des débats de forum en complément des disputes universitaires, elle a fait l’objet d’une sobre mise au point : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=3 . Parmi les feuilletons, celui sur le vol de Rudolf Hess fait toujours recette http://www.39-45.org/viewtopic.php ?f=17&t=30264&p=466653#p466653 et a été récemment relancé par une émission de France-Inter http://www.franceinter.fr/emission-rendez-vous-avec-x-rudolf-hess-la-mystification-de-churchill-2 ; celui sur Lucie et Raymond Aubrac, hélas, aussi et, de façon plus lamentable encore, il se confirme qu’un soldat point inconnu du tout, Daniel Cordier , cherche sempiternellement à ranimer la flamme http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=543 http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=610 http://www.livresdeguerre.net/forum/miniforum.php ?sujet=1628 .

Du côté des parutions, les deux articles annoncés précédemment (sur l’arrêt devant Dunkerque et la prise du pouvoir par Hitler) ont été retardés mais restent programmés. Le « Hitler » de 1999 est bien ressorti en poche, avec préface actualisante et bibliographie actualisée, le 20 novembre chez Pascal Galodé, cependant que « Churchill et Hitler » poursuit chez Tempus son bonhomme de chemin. La réédition de l’album sur la Libération se concrétise, avec un texte fort augmenté mais sans les photos, et une nouvelle préface d’Yves Guéna, sous le titre « Ils ont libéré la France » : c’est pour avril, chez L’Archipel. Quant à la réédition actualisée de la « Ruse nazie », elle suit son cours.

Je n’ai pas fait de livre sur Vichy depuis « Qui a tué Georges Mandel ? », en 2008 : cela commence à faire beaucoup ! J’ai dans l’idée que le prochain devrait porter un titre proche de « Vichy sous influence / Comment Hitler contrôle sa proie ». Alléchant, non ? Vierge, en tout cas, tant l’étude de ces années reste « franco-française ».

Que 2014 nous soit à tous propice !

fdelpla

Si le message s’affiche mal : http://www.delpla.org/article.php3 ?id_article=588

le 19 décembre 2013



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