Posté sur Histoforums le 27/02/2004 05:27:21
Bonjour !
J’ai découvert un peu tard, après de neigeuses vacances, les fils récents sur la Pologne et me réjouis qu’on en parle car son rôle dans la genèse de la 2ème GM reste souvent dans le vague, tandis que ses relations avec quatre au moins des grands protagonistes (France, Allemagne, Grande-Bretagne et URSS) sont cruciales.
De Gaulle, écrivant à sa pieuse mère pour justifier une alliance de la France avec le diable soviétique en décembre 36, n’y va pas par quatre chemins : "La Pologne n’est rien, et d’ailleurs elle joue le double jeu" (sous-entendu : entre la France et l’Allemagne). La politique de Beck justifie hélas la seconde affirmation, tandis qu’elle nie assez effrontément la première.
Certes l’attitude de la France, dès janvier 33, est loin d’être à la hauteur du défi hitlérien. C’est d’ailleurs un assez sain principe, en tout temps, d’être plus sévère envers les grandes puissances qu’envers les moins grandes.
Néanmoins, c’est la Pologne non point de Beck mais de Pilsudski qui joue, en janvier 34, sans pression d’aucune sorte sinon la bêtise de ses dirigeants, un rôle majeur dans la division des forces antinazies potentielles en signant avec Hitler un pacte de non-agression, matrice de tous les accords-bidon (côté allemand) qui vont suivre, en particulier Munich et le pacte germano-soviétique. C’est la première maille que Hitler parvient à détricoter, donc la plus importante... et Churchill reconstituera le tricot in extremis, entre 41 et 45, en faisant à Staline les concessions que l’on sait.
Loin de moi l’idée que cette bévue de janvier 34 était irréparable (et d’abord un bon soufflet de la France s’imposait, si elle voulait se faire respecter, mais elle fut aussi apaiseuse qu’avec Hitler). Je ne suis pas pour ma part à la recherche de LA responsabilité originelle des lâchetés face au nazisme, qui dédouanerait toutes les autres. Mon propos n’est que chronologique. Le drame est que Hitler est un maître diviseur, quasiment non perçu comme tel à l’époque (et pas du tout assez aujourd’hui).