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Le Haltbefehl devant Dunkerque : une intervention récente de Karl-Heinz Frieser



De Lourdes erreurs sur le troisieme Reich et les raisons de sa défaite



Le débat depuis un an sur le web francophone

Le chapitre de la Ruse nazie (1997) sur Frieser

Dünkirchen - Warum Hitler seinen Sieg verschenkte

Dunkerque : pourquoi Hitler a laissé échapper sa victoire.

L’interview de Frieser

DIE WELT, 17. Mai 2013

Die überraschende Weisung erging am 24. Mai 1940 um genau 12.45 Uhr. Mitten im unaufhaltsamen Vormarsch der deutschen Truppen in Nordostfrankreich ordnete die Heeresgruppe an : "Auf Befehl des Führers (...) ist nordwestlich Arras die allgemeine Linie Lens - Bethune - Aire - St. Omer -Gravelines (Kanallinie) nicht zu überschreiten."

La surprenante directive arriva le 24 mai à 12h 45 précises. En plein pendant une avancée ininterrompue des troupes allemandes dans la France du Nord-oues, la direction du groupe d’armée édicta [j’ajoute ce que le journaliste a coupé -FD] : "Par ordre du Führer, l’attaque à l’est d’Arras est à poursuivre avec les VIIIème et IIème corps en coopération avec l’aile gauche du groupe d’armées B, en direction du nord-ouest. En revanche, au nord-ouest d’Arras la ligne générale Lens-Béthune-Aire-Saint-Omer-Gravelines (ligne des canaux) ne doit pas être dépassée. Il appartient au contraire à l’aile ouest de rameuter toutes les forces en marche et de laisser l’ennemi buter contre la bonne position de défense offerte par la ligne citée."

Als "Halt-Befehl" ist diese Order berühmt und berüchtigt geworden. Denn sie ermöglichte das "Wunder von Dünkirchen" : Die eingeschlossenen alliierten Soldaten nutzten die Angriffspause, um Stellungen zu errichten, die einige Tage lang gehalten werden konnten. Obwohl der taktisch widersinnige "Halt-Befehl" schon knapp 49 Stunden später wieder aufgehoben wurde, verschaffte der Stopp der Wehrmachts-Panzer der britischen Regierung die notwendige Zeit, um eine gewaltige Evakuierung zu organisieren. Mehr als 370.000 britische und französische Soldaten konnten über den Kanal entkommen.

Cet ordre est devenu ultra-célèbre sous le nom de "Halt-Befehl". Car il a permis le "miracle de Dunkerque" : les soldats alliés enfermés mirent à profit la suspension des attaques pour dresser des positions qui puissent être tenues quelques jours. Bien que le "Halt-Befehl" tactiquement déraisonnable ait été levé à peine 39 heures plus tard, l’arrêt de la Wehrmacht donna au gouvernement britannique le temps nécessaire pour organiser une évacuation à grande échelle. Plus de 370 000 soldats français et anglais purent franchir la Manche.

Seit 73 Jahren ist umstritten, wie es zu diesem Befehl kam. Es gibt zahlreiche Thesen. Niemand kennt sich damit besser aus als der Militärhistoriker Oberst a. D. Karl-Heinz Frieser. Der "Welt" stand der Autor des Standardwerkes "Blitzkrieg-Legende" Rede und Antwort.

On débat depuis 73 ans sur la genèse de cet ordre. Les thèses sont nombreuses. Nul ne s’y connaît davantage que le colonel Karl-Heinz Frieser, historien militaire. L’auteur de l’ouvrage classique Blitzkrieg-Legende a donné à notre journal des éclaircissements et des réponses.


Der "Halt-Befehl" an die deutschen Panzer 1940 zählt zu den umstrittensten Fragen des Weltkriegs. Der Historiker Karl-Heinz Frieser hat die Akten gelesen : Hitler wollte seine Generäle treffen.

Von Sven Felix Kellerhoff

Le "Halt-Befehl" donné aux blindés allemands compte parmi les quesitons les plus controversées de la SGM. L’historien Karl-Heinz Frieser a lu le dossier : Hitler voulait se mesurer avec ses généraux.

Par Sven Felix Kellerhoff

Die Welt : Der "Halt-Befehl" erging ganz offiziell im Namen Hitlers. Hat er tatsächlich persönlich den Vormarsch der Panzer gestoppt ?

Die Welt : Le "Halt-Befehl" porte très officiellement la signature de Hitler. Est-ce lui personnellement qui a arrêté les blindés ?

Karl-Heinz Frieser : Generaloberst von Rundstedt, der Oberbefehlshaber der Heeresgruppe A, befahl für den 24. Mai das Anhalten der Panzer. Ihm erschien das Angriffstempo zu schnell. Doch das O5berkommando des Heeres wollte sofort auf Dünkirchen vorstoßen und entzog ihm das Kommando über die Panzerdivisionen - gegen den Willen und ohne Wissen Hitlers. Daraufhin entzog dieser dem Oberkommando des Heeres die Verfügungsgewalt über die Panzerdivisionen und bekräftigte seinerseits den "Halt-Befehl".

Karl-Heinz Frieser : le colonel-général von Rundstedt, commandant du groupe d’armées A, a ordonné l’arrêt des blindés pour le 24 mai. Il lui semblait que le mouvement était trop rapide. Mais le haut commandement de l’armée voulait attaquer Dunkerque tout de suite et lui retira le commandement des blindés -contre la volonté de Hitler et à son insu. Là-dessus, Hitler a retiré à l’OKH l’autorité sur les divisions blindées et a confirmé pour sa part le "Halt-Befehl".

Die Welt : Es gibt verschiedene Erklärungen, warum es zu diesem Befehl kam. Die erste lautet, das Gelände bei Dünkirchen sei zu sumpfig für Panzer gewesen.

L’origine de l’ordre fait l’objet de plusieurs explications. La première serait que le terrain, devant Dunkerque, était trop marécageux pour des blindés.

Frieser : Dies ist mit Sicherheit falsch, denn der Regen, der das Gelände sumpfig machte, fiel erst nach dem "Halt-Befehl".

C’est sans aucun doute faux car la pluie qui rendit le terrain marécageux s’est mise à tomber seulement après l’ordre d’arrêt.

Die Welt : Sollten die deutschen Panzer für weitere Operationen geschont werden ?

S’agissait-il d’épargner les blindés pour la suite des opérations ?

Frieser : Die sogenannte "Panzerkrise" ist eine Legende. Zwar hatte die Zahl der einsatzbereiten Kampfwagen drastisch abgenommen, doch nachdem Ersatzteile im Lufttransport herangeschafft worden waren, konnten die meisten Panzer innerhalb von Stunden instand gesetzt werden. Im Übrigen hätte am 24. Mai ein einziges Panzerregiment genügt, um auf das nur 15 Kilometer entfernte und fast unverteidigte Dünkirchen vorzustoßen.

Ce qu’on appelle la "crise des Panzer" est une fable. Certes le nombre des blindés en état avait drastiquement diminué, mais après un apport de pièces de rechange par voie aérienne, la plupart des engins purent être réparés en quelques heures. Du reste, le 24 mai, un seul régiment blindé aurait suffi pour attaquer Dunkerque, distant de 15 kilomètres et sans défense ou presque.

Die Welt : Hatten die deutschen Generäle Angst vor einem Flankenangriff, etwa durch den dynamischen General Charles de Gaulle ?

Les généraux allemands craignaient-ils une attaque de flanc, par exemple du dynamique général Charles de Gaulle ?

Frieser : Soeben war bei Arras der einzige ernst zu nehmende Flankenangriff der Alliierten gescheitert. Wie die Feindaufklärung meldete, gab es nirgendwo ein Anzeichen für einen neuen gefährlichen Angriffsversuch. Die Alliierten waren nämlich nicht in der Lage, ihre weit verstreuten Panzer zu einem operativen Gegenangriff zusammenzufassen.

Justement, la seule attaque de flanc sérieuse portée par les Alliés, celle d’Arras, avait échoué. L’observation de l’ennemi n’indiquait aucun signe de préparation d’une nouvelle tentative dangereuse d’attaque. Les Alliés n’étaient tout simplement pas en état de rassembler leurs blindés très dispersés pour une contre-attaque opérationnelle.

Die Welt : Oder ging es darum, die Engländer zu schonen - um Grundlagen für einen deutsch-britischen Friedensschluss zu schaffen ?

Ou s’agissait-il de ménager les Anglais -pour créer les conditions d’un traité de paix germano-britannique ?

Frieser : Hitler behauptete später, er habe die Engländer absichtlich entkommen lassen. Er "hätte es nicht über sich gebracht, eine Armee von so guter blutsverwandter englischer Rasse zu vernichten". Während der Evakuierung jedoch wollte er mit einer heimtückischen Munition unter den Engländern ein Blutbad anrichten. Im Übrigen konnte kein deutscher Politiker so dumm sein, die britische Armee, die ein unschätzbares Faustpfand für Friedensverhandlungen darstellte, absichtlich entkommen zu lassen.

Hitler a déclaré plus tard qu’il avait intentionnellement laissé les Anglais s’échapper. Il n’aurait pu "se résoudre à anéantir une armée d’un aussi bon sang de race anglaise". Pourtant, pendant l’évacuation, il voulait avec des munitions sournoises faire un bain de sang parmi les Anglais. Du reste, aucun politicien allemand ne pouvait être assez fou pour laisser exprès s’échapper une armée anglaise qui dans une négociation constituait une aussi bonne monnaie d’échange.

Die Welt : Sie haben praktisch alle gängigen Deutungen für den "Halt-Befehl" widerlegt. Überzeugt Sie denn die Annahme, Hitler habe seinen Generälen einfach nur zeigen wollen, wer letztlich die Entscheidungsbefugnis hatte ?

Vous avez réfuté à peu près toutes les explications qui ont cours sur le Halt-Befehl. Etes-vous donc convaincu par l’idée que Hitler aurait simplement voulu montrer à ses généraux que c’était lui qui commandait en dernier ressort ?

Frieser : Bei dieser Kontroverse kam es zur Rebellion der Generäle im Oberkommando des Heeres gegen Hitler. Es ging darum, wer bei operativen Entscheidungen das Sagen haben sollte : der Generalstab oder der Zivilist Hitler. Dieser gewann den Machtkampf gegen die Generäle von Brauchitsch und Halder. Hitlers Heeresadjutant, Major Engel, berichtete später, dass es beim "Halt-Befehl" nicht um "sachliche Argumente" gegangen sei. Hitler wollte vielmehr seinen Generälen demonstrieren, "dass er führe und niemand anders".

Pendant cette controverse on en vint à une rébellion des généraux de l’OKH contre Hitler. Le différend portait sur la question : qui doit décider en matière d’opérations, les généraux ou le civil Hitler ? Il gagna la partie contre les généraux von Brauchitsch et Halder. Son Adjutant militaire, le major Engel, déclara plus tard qu’au moment du Haltbefehl il ne s’agissait pas "d’arguments objectifs". Hitler voulait plutôt démontrer à ses généraux que "c’était lui qui commandait et personne d’autre".

Die Welt : Welche Bedeutung hatte dieser Befehl denn nun ? Entschied er wirklich den Zweiten Weltkrieg ?

Quelle portée eut donc cet ordre ? Décida-t-il vraiment de l’issue de la guerre ?

Frieser : Ohne Hitlers Intervention wäre es zur größten Katastrophe der Geschichte Großbritanniens gekommen. Es hätte fast die gesamte Berufsarmee verloren. Dies hätte wohl auch das Ende der Regierung Churchill bedeutet. Eine neue Regierung aber hätte ein generöses Friedensangebot des anglophilen Hitler kaum zurückweisen können. Wie die Weltgeschichte dann verlaufen wäre, wenn das Deutsche Reich sämtliche Kräfte gegen die Sowjetunion hätte konzentrieren können, ist eine fatale Frage. Doch Hitler degradierte den schon sicheren strategischen Erfolg zu einem rein operativen.

Sans l’intervention de Hitler, une énorme catastrophe se serait produite dans l’histoire de la Grande-Bretagne. Presque toute l’armée de terre aurait été perdue. Cela aurait aussi signifié aussi la chute du gouvernement Churchill. Un nouveau gouvernement aurait cependant pu difficilement refuser une généreuse offre de paix de l’anglophile Hitler. Comment aurait pu alors évoluer l’histoire du monde, si le Reich allemand avait pu concentrer toutes ses forces contre l’Union soviétique, voilà une terrible question. Et pourtant, Hitler a dégradé un succès stratégique d’ores et déjà assuré en une simple victoire opérative.

Das "Wunder von Sedan" (der überraschende Durchbruch durch die alliierte Front im Mai 1940 ; d. Red.) wurde durch das "Wunder von Dünkirchen" konterkariert.

Le "miracle de Sedan" (la surprenante rupture du front allié en mai 1940 -ndlr) a été effacé par le "miracle de Dunkerque".

Mis en ligne le 5 juillet 2013. Commentaires à suivre.



Commentaires

Frieser est un historien inégal... et ce n’est pas entièrement de sa faute. Au lieu de l’encourager par des critiques à approfondir son travail sur la campagne de France, on a paralysé son esprit par des vapeurs d’encens, des deux côtés du Rhin, depuis la parution de son Blitzkrieg-Legende en 1995. Quelques détails ici et là.

Le défaut principal de son livre (qui contient par ailleurs de bonnes pages, et de bonnes cartes) est un silence, proche du négationnisme, sur ce que Hitler pouvait bien avoir en tête lorsqu’il déclenchait la Seconde Guerre mondiale en général, et cette campagne de France en particulier. A vrai dire, comme il nous campe un Hitler à peu près décérébré, la démarche a sa logique : il n’avait, littéralement, rien en tête.

D’où, par exemple, p. 328-329 de l’édition française, le fait qu’il se retranche derrière "la majorité des auteurs anglo-saxons" pour tirer des conclusions sur les conséquences de l’arrêt, et prendre quelque distance en disant qu’ils ont tendance à exagérer les mérites militaires de l’Angleterre. Or ici, il écrit en son nom propre ces lignes, qui sont donc très nouvelles (d’autant plus qu’aucun historien à ma connaissance, anglo-saxon ou pas, ne tient le même langage) :

Sans l’intervention de Hitler, une énorme catastrophe se serait produite dans l’histoire de la Grande-Bretagne. Presque toute l’armée de terre aurait été perdue. Cela aurait aussi signifié aussi la chute du gouvernement Churchill. Un nouveau gouvernement aurait cependant pu difficilement refuser une généreuse offre de paix de l’anglophile Hitler. Comment aurait pu alors évoluer l’histoire du monde, si le Reich allemand avait pu concentrer toutes ses forces contre l’Union soviétique, voilà une terrible question. Et pourtant, Hitler a dégradé un succès stratégique d’ores et déjà assuré en une simple victoire opérative.

Il y avait jusqu’ici un Rubicon : les tenants des explications traditionnelles (antérieures à 1991 et au livre de Costello Les Dix jours qui ont sauvé l’Occident) se taisaient obstinément sur la question centrale, celle de la paix. Devant l’explication costellienne, reprise, affinée, précisée et développée par votre serviteur, ils se sont mis à répondre (quand ils ont daigné répondre, c’est-à-dire fort rarement) que si Hitler voulait la paix il aurait été plus logique qu’il bouclât l’encerclement. Mais le Rubicon demeurait ce petit cours d’eau qu’on ne franchissait pas : il n’y avait, bien entendu, aucun rapport entre le Haltbefehl et la question de la paix.

Frieser est un tenant confus des explications traditionnelles : à la fois il les démolit toutes (comme ici celles que le journaliste lui soumet) et il est quand même capable d’écrire que Rundstedt avait arrêté les blindés et que Hitler n’a rien fait d’autre que lui donner raison -ce qui, s’agissant d’un des gradés les plus hauts et les plus compétents, nous oriente vers une explication militaire de l’ordre. Cependant, par le paragraphe ci-dessus, Frieser aborde, enfin, la question de la paix ! Et sous-entend carrément que le cabinet était au bord de la mutinerie puisque, sans Haltbefehl, donc en cas de capture de l’armée britannique, le ministère Churchill était à coup sûr renversé.

La faute est évidente :

1) rien ne permet de l’affirmer, et Frieser ne se risque pas à le démontrer ;

2) pour les deux principaux décideurs, à savoir Churchill et Hitler, la chute du cabinet en cas de capture de l’armée était tout sauf évidente... puisque Churchill, qui pouvait choisir le rembarquement vers le 20 mai, en avait le 24 largement laissé passer l’heure, et que Hitler a, précisément, laissé une porte de sortie.

Quelques erreurs factuelles

Rundstedt, commandant du groupe d’armées A, a ordonné l’arrêt des blindés pour le 24 mai. Il lui semblait que le mouvement était trop rapide.

Rundstedt est l’objet de démarches de ses subordonnés Kluge et surtout Kleist. Ce dernier ne dit pas qu’on va trop vite, mais que ses blindés souffrent. L’ordre dit "de regroupement", envoyé par Rundstedt dans la soirée, accorde un arrêt limité à la journée du 24 ("pour le 24 mai" est ambigu). L’idée que Rundstedt trouvait le mouvement trop rapide est une spéculation d’après-guerre, absolument pas documentée.

C’est sans aucun doute faux car la pluie qui rendit le terrain marécageux s’est mise à tomber seulement après l’ordre d’arrêt.

Il y a là une confusion entre la situation objective (la pluie n’y a d’ailleurs rien à voir : les marais repérés par Hitler et Keitel pendant la Première Guerre mondiale avaient été drainés) et les raisons alléguées sur le moment : Hitler avait bel et bien invoqué l’humidité du terrain comme cause de l’arrêt, entre autres (devant le chef de l’OKH, Brauchitsch, le 25 au matin).

Du reste, le 24 mai, un seul régiment blindé aurait suffi pour attaquer Dunkerque, distant de 15 kilomètres et sans défense ou presque.

Evolution intéressante, et un peu surprenante, de Frieser par rapport à son livre : quand il y parle d’"un seul régiment", c’est pour dire qu’il aurait suffi d’un tenir un en réserve pour parer à toute initiative de l’ennemi, tant il était passif.

le 5 juillet 2013



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