Visite guidée . prof . TV . Invectives . Editos . Bio/chro/info . FDlivres . Articles/docs . Débats . Dialogue avec les oeuvres . Lettres . Forum .
Abonnement
Rechercher
Plan
Accueil
Contact
Liens

 

FDlivres

L’album de 2004 sur la Libération réédité et enrichi



Texte de la nouvelle introduction



Avant-propos

Ce livre est bâti sur le socle, légèrement modifié, d’un album publié lors du précédent anniversaire décennal de la Libération. Le regretté Jacques Baumel, depuis la mairie de Rueil-Malmaison qu’il allait bientôt confier à son premier adjoint Patrick Ollier, en avait dirigé la réalisation et rédigé la préface.

En sus d’une place plus grande pour le texte et les documents écrits, ce nouvel ouvrage bénéficie des avancées de la recherche, à commencer par celles qui avaient été rendues publiques lors de l’anniversaire de 2004. Ces travaux dont les plus saillants, sur le plan académique, sont deux livres d’Olivier Wieviorka et une synthèse de Paul Kennedy sur les innovations techniques du camp allié en 1943-1944, ont audacieusement défriché des champs nouveaux au moyen de sources inaperçues. Cécile Desprairies a mis au jour cent mesures de Vichy qui subsistent sous nos yeux, montrant une Libération, suivant les domaines et les points de vue, tantôt fâcheusement oublieuse, tantôt, au contraire, avisée. Ainsi, le « meilleur ouvrier de France » était allemand ! Ce genre de concours n’existait pas dans l’Hexagone. Son implantation dut beaucoup à l’imitation des institutions allemandes par le régime de Vichy et à son exaltation des corporations médiévales : pour amadouer l’occupant on cherchait à le convaincre que la France, désormais soucieuse d’artisanat plus que d’industrie, n’était plus un concurrent. Après tout, l’industrie s’en est remise et l’artisanat mérite bien d’avoir ses palmarès. La source impure peut être à bon droit oubliée, comme je l’ai vérifié auprès d’un confrère, auteur de livres d’histoire sur la période, qui avait participé à des jurys de « meilleur ouvrier » sans soupçonner cette origine.

Il est certes plus préoccupant que le parcours de la flamme olympique, portée sur des milliers de kilomètres depuis la Grèce par des coureurs à pied, ne soit jamais mis en relation avec le décorum des Jeux de Berlin en 1936, et leur fonction d’attrape-nigauds : la « grande fraternité du sport » dissimulait en particulier une ferme intention allemande de visiter la France de la façon la moins fraternelle, et la moins sportive, qui soit. Le silence sur cette origine montre une lacune dans une libération, celle du monde à l’égard du nazisme. Sans nier les mérites des Jeux et de leur fondateur français Pierre de Coubertin (1863-1937), mort trop tôt pour avoir pu se poser la question d’une collaboration avec l’Allemagne, il convient de se souvenir qu’il avait été fermement partisan de laisser l’organisation de l’olympiade de 1936 à Berlin, quand Hitler y eut pris le pouvoir.

La décennie écoulée a vu disparaître un grand nombre de libérateurs du territoire français. En dehors de Jacques Baumel, déjà cité, certains étaient devenus des amis, des inspirateurs et des lecteurs de l’historien « baby boomer » que je suis : Lucie et Raymond Aubrac, Serge Ravanel, Francis Crémieux, Stéphane Hessel (en mission pour le BCRA et arrêté à Paris le 10 juillet 1944) et bien d’autres. On peut citer aussi Henri Rol-Tanguy, Maurice Kriegel-Valrimont, Anna Marly (compositrice du chant des Partisans), Marcel Bigeard (délégué militaire pour l’Ariège), Paul Aussaresses (parachuté comme « Jedburgh » dans le même département), les combattants de la IIème DB Alain de Boissieu, Jean Compagnon et François Jacob, Elisabeth de Miribel (qui suit en tant que journaliste la IIème DB d’Alençon à Paris) et l’abbé René de Naurois, aumônier du commando Kieffer. Citons enfin quatre Pierre avec lesquels se bâtit l’édifice : l’officier de parachutistes Château-Jobert, qui fonce de maquis en maquis, Messmer qui précède à Paris l’état-major du général Koenig, Clostermann qui nettoie le ciel, Lefranc parachuté dans un maquis de l’Indre. Certains de leurs cadets venaient de recueillir leurs souvenirs et en ont tiré des oeuvres éclairantes : ici se détachent la biographie de Rol-Tanguy due à Roger Bourderon et le livre d’entretiens de Pascal Convert avec Raymond Aubrac.

On aura relevé dans la liste quelques noms de personnes qui ont par la suite commis des illégalités en milieu colonial, soit avec la bénédiction de leur gouvernement, soit en se rebellant contre lui : leurs noms n’ont pas à être retirés pour autant de la liste des libérateurs, ni leurs services gommés. La connaissance de la collaboration a également progressé, et tiré parti du témoignage des anciens avant qu’ils ne disparaissent. Exemplaires sont à cet égard les entretiens, répartis sur deux ans, entre le milicien Paul Frechou et François Le Goarant de Tromelin, qui ont nécessité plusieurs voyages à Montevideo où Frechou s’était réfugié après la guerre, sans jamais avoir raconté sa version des choses. Réputé avoir dirigé le commando qui a tué Georges Mandel le 7 juillet 1944, il révèle qu’il n’était pas sur place, non point qu’il y aurait répugné, mais parce qu’il avait dans la Milice des responsabilités d’un niveau plus élevé, ce qui est tout à fait convaincant.

J’ai moi-même, stimulé par la rencontre du fils du commissaire Courrier (responsable de l’établissement d’internement des prisonniers politiques de Vichy entre 1940 et 1942), écrit en 2008 aux éditions de l’Archipel le premier ouvrage sur la mort de Mandel, et mis en lumière une commandite hitlérienne. Il ressort de ce cas, et de bien d’autres, que le nom de « Milice » a été abusivement étendu après la guerre à toutes sortes d’officines et qu’il est temps de cerner plus précisément les services rendus aux Allemands, par les organisations comme par les individus. Ainsi, il apparaît que l’assassinat de Mandel est le fait d’une sorte de tueur à gages, encarté dans la Milice mais prenant directement ses ordres auprès des SS.

Mentionnons enfin Patrick Desbois, un pionnier né après la guerre et travaillant sur l’Europe orientale, mais issu d’une famille résistante de Bourgogne et propulsé vers l’histoire par son intérêt pour la captivité de son grand-père à Rawa-Ruska. Sauvant avec son association Yahad-In Unum la mémoire des témoins de la Shoah par balles, il nous donne année après année, depuis 2007, une ample moisson de comportements nazis auprès des populations occupées, propre à éclairer toute l’entreprise hitlérienne.

Voilà qui indique une direction pour les recherches de la prochaine décennie : l’histoire de la Libération progresse à coup sûr et d’un pas sûr quand on s’interroge sur la politique allemande pour mettre en lumière, par-delà les questions de personnes et les contradictions réelles ou apparentes, la volonté d’occuper la France le plus longtemps possible tout en l’affaiblissant le plus possible. En d’autres termes, les Français non résistants étaient plus souvent naïfs et sensibles aux chantages que traîtres et vendus à l’ennemi. Cela ne fait ressortir que mieux le mérite des combattants, même tardifs. Ce livre espère apporter sa contribution dans cet effort de longue haleine.

• Principaux ouvrages parus depuis 2004

Aboulker (José), La Victoire du 8 novembre 1942, paris, Le Félin, 2012.

Azouvi (François), Le Mythe du grand silence : Auschwitz, les Français, la mémoire, Paris, Fayard, 2012.

Berlière (Jean-Marc), en collaboration avec Frank Liaigre, Le Sang des communistes, Les Bataillons de la jeunesse dans la lutte armée, automne 1941, Paris, Fayard, Paris, 2004 ; Liquider les traitres, la face cachée du PCF (1941-1942), Paris, Robert Laffont, 2007 ; Ainsi finissent les salauds : séquestrations et exécutions clandestines dans Paris libéré, Paris, Robert Laffont, 2012 ; en collaboration avec Le Goarant de Tromelin (François), Liaisons dangereuses : miliciens, truands et résistants (été 1944), Paris, Perrin, 2013

Bourderon (Roger), Rol-Tanguy, Paris, Tallandier, 2004

Convert (Pascal), Raymond Aubrac : résister, reconstruire, transmettre, Paris, Seuil, 2011

Decaux (Alain), Tous les personnages sont vrais / Mémoires, Paris, Perrin, 2005

Delpla (François), Qui a tué Georges Mandel ? Paris, L’Archipel, 2008 ; Mers el-Kébir, Paris, F-X de Guibert, 2010 ; Churchill et Hitler, Paris, Le Rocher, 2012, rééd. Perrin, Tempus, 2013 ; Hitler, Paris, Grasset, 1999, rééd. augm. Saint-Malo, Pascal Galodé, 2013 ; Le Troisième Reich, Paris, Perrin, 2014

Delenda (Antoine), Vichy, journal d’un opposant de l’intérieur, Paris, F-X de Guibert, 2010

Desbois (Patrick), Porteur de mémoires, Paris, Michel Lafon, 2007

Desprairies (Cécile), Sous l’œil de l’Occupant, la France vue par l’Allemagne, 1940-1944, Paris, Armand Colin, 2010 ; L’héritage de Vichy - Ces 100 mesures toujours en vigueur, Paris, Armand Colin, 2012

Grenard (Fabrice), Maquis noirs et faux maquis, Paris, Vendémiaire, 2013.

Kennedy (Paul), Engineers of Victory / The Problem Solvers Who Turned the SWW, New-York, Random House, 2013 ; version française Le Grand tournant / Pourquoi les Alliés ont gagné la guerre / 1943-1945, Paris, Perrin, 2012

Lottmann (Herbert), De Gaulle-Pétain règlements de comptes, Paris, Perrin, 2008

Morvan (Françoise), Miliciens contre maquisards, Rennes, Ouest-France, 2010

Nativité (Jean-François) Servir ou désobéir / La gendarmerie dans les départements pyrénéens (1939-1944), Paris, Vendémiaire, 2013

Olivier (Laurent), Nos ancêtres les Germains, Paris, Tallandier, 2012 Schneider (Valentin), Un million de prisonniers allemands en France, 1944-1948, Paris, Vendémiaire, 2011.

Vergez-Chaignon (Bénédicte), Les vichysto-résistants - De 1940 à nos jours, Paris, Perrin, 2008 ; Histoire de l’épuration, Paris, Larousse, 2010

Wierviorka (Olivier), Histoire du Débarquement en Normandie, Des origines à la libération de Paris, Paris, Seuil, 2006 ; La Mémoire désunie : Le souvenir politique des années sombres, de la Libération à nos jours, Paris, Seuil, 2010

88888888888888888888888888888888888888888888888888888888888888

Communiqué de presse

François Delpla

Ils ont libéré la France préface d’Yves Guéna


En librairie le 2 avril 2014 cahier photo 8 pages - 288 pages - 13,50 €


100 jours pour libérer la France

Le débarquement de Normandie, la flambée des maquis, la colonne Leclerc au cœur de Paris, le retour du général de Gaulle, le rétablissement de la République... Une nation écrasée, la France, dont le territoire a été choisi comme champ de bataille par de puissants alliés, se redresse et se bat après quatre ans d’occupation. En quelques semaines, l’Allemagne nazie perd sa plus belle prise et se trouve réduite à livrer sur son propre sol un combat désespéré. La guerre n’est pas achevée, mais l’espoir incarné par la Résistance l’a emporté sur la résignation. Restent les ruines, morales aussi bien que matérielles... François Delpla présente les cent jours qui ont vu la France secouer le joug de l’Occupation, ici restitués dans ses épisodes glorieux comme dans ses heures sombres, s’appuyant sur de nombreux documents comme sur les récentes avancées de la recherche.


François Delpla, né en 1948, normalien et professeur agrégé, spécialiste de la Seconde Guerre Mondiale, est l’auteur d’une biographie plusieurs fois rééditée de Hitler (Grasset, 1999). Parmi de nombreux ouvrages, on lui doit notamment Churchill et les Français (Plon, 1993), Montoire (Albin Michel, 1996), L’Appel du 18 juin (Grasset, 2000), Mers el-Kébir (de Guibert, 2003). Les éditions de l’Archipel ont publié Les Tentatrices du diable : Hitler, la part des femmes (2005), Nuremberg, face à l’Histoire (2006) et Qui a tué Georges Mandel ? (2008). Il tient un blog très suivi sur Mediapart. Yves Guéna, préfacier de cet ouvrage, ministre du général de Gaulle et ancien président du Conseil constitutionnel, avait dix-huit ans lorsqu’il rejoignit Londres le 19 juin 1940. Engagé dans les FFL, grièvement blessé le 9 août 1944 dans un char de la 2e DB, il a livré ses Mémoires d’Outre-Gaulle (Flammarion, 2010).


Contact presse : LP Conseils Julie Massault 24 rue de Saint-Quentin 75010 Paris Tél. : 01 53 26 42 10- julie@lp-conseils.com

le 2 avril 2014



---------------------
Tous droits réservés © Copyright 2004 F. Delpla
Site
sous Spip - TZR-Créations