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Montoire



Ouvrage édité chez Albin Michel - 1995 (ISBN 2-226-08488-6)



MONTOIRE : UN CARREFOUR DE MYTHES

Article paru dans le numéro 9 de la revue Histoire de Guerre / www.edipol.com

(JPEG) Dans l’immense majorité des livres, même récents, qui traitent de la rencontre de Montoire entre Hitler et Pétain, le 24 octobre 1940, on " apprend " que Laval, le deuxième personnage du gouvernement de Vichy, a manigancé l’entrevue avec l’ambassadeur allemand Otto Abetz, que le maréchal, peu ou mal informé, s’y est rendu dans un souci exploratoire contre l’avis de son entourage, et qu’il s’en est suivi une amélioration des relations germano-vichystes, sans collaboration militaire. On s’interroge peu, en général, sur ce que souhaitait Hitler. Avait-il du temps à perdre, pour se laisser ainsi sonder ? Il est vrai que le sujet n’a guère passionné les historiens allemands ou anglo-saxons. La majorité des rares études sont françaises, et intégrées à des livres plus généraux, à l’exception d’un ouvrage spécifique, dû à l’auteur de ces lignes et paru en 1996 .

Une initiative hitlérienne

Pétain certes -et non, que l’on sache, Laval- était demandeur d’une rencontre. Mais depuis juillet ! Hitler a pris tout son temps pour répondre et l’a fait quand cela l’arrangeait. Il est exact que Pétain n’a pas été informé d’une acceptation ni consulté sur les modalités et a été, plutôt, convoqué comme un domestique. C’est Laval qui transmet le message, au retour d’une rencontre exploratoire qu’il a lui-même, à Montoire déjà, le 22 octobre 1940, avec Hitler et son ministre des Affaires étrangères Ribbentrop, en route pour Hendaye où ils devaient converser le lendemain avec le Caudillo d’Espagne. Il est faux que Laval ait caché, à cette époque, quoi que ce soit de ses contacts avec les Allemands à ses collègues du gouvernement.

Pour comprendre Montoire, il faut remonter au 18 juin. Non pas à l’appel de De Gaulle (encore que son ombre plane, nous le verrons, sur la rencontre), mais à la conversation de Munich entre Hitler et Mussolini, destinée à accorder les violons allemands et italiens sur les conditions d’un armistice avec la France, dont l’armée est en train d’être balayée par les Panzerdivisionen. Mussolini est venu avec un grand appétit de colonies et de bateaux français. Hitler le frustre d’entrée :

En ce qui concernait le cas de la France, la question qui se posait à ce moment avait trait au moyen d’obtenir, au cours des négociations, qu’un gouvernement français continue à fonctionner en territoire français. Ce serait de beaucoup préférable à la situation créée par un refus du gouvernement français d’accepter les propositions allemandes et sa fuite à l’étranger, à Londres, d’où il continuerait la guerre. (...) Le Führer exposa en détail quel accroissement de puissance la flotte française représenterait pour l’Angleterre (...). Dans certaines catégories, la capacité actuelle de la flotte britannique serait pratiquement doublée, notamment en ce qui concerne les destroyers. Compte tenu du fait qu’un convoi protégé par six destroyers ne pourrait plus être attaqué par des sous-marins, on peut réaliser l’avantage qu’aurait l’Angleterre en utilisant les nombreux destroyers français. Le mieux serait donc d’essayer de parvenir à un accord avec le gouvernement français pour la neutralisation de la flotte. Cette neutralisation pourrait résulter de son désarmement dans des ports français sous une surveillance allemande et italienne, l’Allemagne garantissant à la France, afin de l’y inciter, que la totalité de la flotte lui serait rendue après la conclusion de la paix .

Le raisonnement hitlérien sur la flotte vaut aussi pour les colonies françaises : si le gouvernement a le bon goût de stationner en métropole et de s’y exposer aux pressions allemandes, il convient de de lui laisser l’administration de ses territoires d’outre-mer, faute de quoi ils basculeront dans le camp britannique. On voit ici à la fois que Hitler manque d’ambitions africaines et qu’il n’est pas bête : il anticipe, à sa manière, sur l’appel que de Gaulle va lancer quelques heures plus tard et ses " conditions généreuses ", inattendues chez les Français de Londres comme chez les Britanniques, vont plus sûrement que le prestige de Pétain, et en confortant celui-ci, couper l’herbe sous les pieds du général rebelle. S’il n’a pas de visées africaines, c’est que Hitler, depuis le début de son action politique, s’est juré d’éviter les erreurs de Guillaume II dans la guerre précédente. Il choisira une direction d’expansion et une seule. Celle-ci est claire dès 1924, et ne variera plus. Ce sera l’est : un choix qui concilie la stratégie et le racisme. Pour les besoins de la cause, les Slaves sont déclarés " sous-hommes ", qu’ils soient russes, ukrainiens ou polonais. L’anticommunisme est donc ici second, il sera surtout invoqué pour faire agréer les appétits hitlériens par les bourgeoisies occidentales.

Beaucoup croient, jusqu’aujourd’hui, qu’en 1939 Hitler a changé son fusil d’épaule et s’est résigné à une lutte à mort contre la Grande-Bretagne, coupable d’avoir dérangé ses plans polonais par sa déclaration de guerre du 3 septembre. Mais toute la campagne à l’ouest dément ce point de vue. Durant la " drôle de guerre ", tandis que les ennemis s’épargnent, les sondages de paix vont bon train. Puis Hitler lance une offensive soigneusement dosée pour détruire le fer de lance de l’armée française et écoeurer les Britanniques. Elle marque un temps d’arrêt devant Dunkerque pour laisser aux adversaires le loisir de se décider à la paix. Comme cela ne marche pas (à cause de la présence inattendue de Churchill à la tête de l’Angleterre), on augmente un peu les doses et on occupe la France, à moitié, toujours sans faire grand mal à la Grande-Bretagne sinon économiquement, par la fermeture de l’Europe à son commerce.

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François Delpla, le 18 janvier 1997



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