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Réédition de Churchill et les Français



Texte du printemps 2000, resté inédit



Ce livre a été censuré sans que le pouvoir judiciaire ait été mis à contribution, ce qui est en un sens plus affligeant que s’il l’avait été. A la mi-octobre 1993 on a détruit sans aucune forme de débat un travail historique qui, en vente depuis quelques semaines, commençait à trouver son public. La raison de fond était qu’il secouait des routines de pensée. Le prétexte, une erreur d’attribution d’un document, en raison d’une homonymie. Les deux personnes en question exprimaient des idées voisines sur un sujet rare. Toutes les bibliothèques du monde, à l’unique exception de celle du Congrès de Washington, avaient mélangé leurs livres. On est toujours blâmable de ne pas vérifier assez les choses. Mais qui peut jurer qu’il serait à l’abri d’une erreur si un Victor Hugo peu connu avait publié en 1829 de puissants alexandrins, sans être pour autant celui qui rédigeait Hernani ?

La réédition est très largement fidèle à l’original, si l’on excepte la correction de l’erreur qui avait favorisé la censure. Non que sa reproduction, assortie d’une note teintée d’autodérision, eût été nuisible à la connaissance historique, mais parce que les assaillants manquent tellement, et d’humour, et de munitions, qu’ils eussent été capables de récidiver. Ils n’auraient certes pas obtenu gain de cause mais auraient pu semer le trouble, un art dans lequel ils ont montré quelque talent.

Grâces leur soient rendues d’avoir permis un ajustement de nos connaissances, dans un sens qui cependant risque de leur déplaire : la première mouture affirmait que l’homme politique dont ils prétendaient défendre la mémoire n’avait pas pris conscience du nouveau danger militaire allemand avant janvier 1935 ; les investigations menées pour la correction font remonter la manifestation de cette prise de conscience au mois de mars suivant.

Il convient de rappeler que le commentaire de ce document restait dans les limites de l’époque considérée et n’en déduisait strictement rien sur le comportement de l’homme en 1939-40, dont l’analyse reposait entièrement, et repose toujours, sur des documents de cette année-là.

L’attentat contre la première édition a laissé dans le public quelques idées fausses, dont on peut enfin faire, par le nouveau volume, appel. L’ouvrage devait être bien peu défendable, pour qu’un éditeur le lâche ainsi. On en a conclu hâtivement que le document erroné lui servait d’épine dorsale. C’était faire peu de cas des révélations sur la falsification par un ancien président du conseil de ses propres archives, le rôle louche de la Suède, l’ordre d’arrêt devant Dunkerque, les variantes de l’appel du 18 Juin non pas découvertes par l’auteur mais interprétées pour la première fois, etc.

Comme l’auteur n’était pas du genre à se laisser imposer le silence, il a usé de tous moyens pour alerter les spécialistes, sur une situation qui menaçait la liberté de tous. S’il a été partiellement entendu, le fait que la mobilisation soit restée trop faible pour obtenir rapidement une réédition est symptomatique d’un certain nombre de blocages de la recherche, d’une certaine propension à conserver, sur l’année 1940, des préjugés datant de la guerre ou de ses lendemains immédiats.

Cette aventure a aidé l’auteur à se perfectionner. Puisse sa conclusion, au terme d’un combat de sept années fécond en amitiés essentielles, inciter la société à tolérer moins facilement l’étouffement des recherches novatrices et des voix peu connues.

le 14 mai 2004



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