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Débats

Archives des forums de l’histoire (suite)




(A propos du tome 2 du Hitler d’Ian Kershaw)

Envoyé par : François Delpla

Jeudi, 14 Décembre 2000, at 9:55 a.m.

En réponse à : Répondre ......juste en passant. (Olivier Stable)

Nous découvrons peu à peu ce nouvel instrument. Il est très pratique et plutôt fructueux pour l’honnêteté du dialogue qu’on puisse citer exactement les propos de l’autre avant de leur répondre, mais on peut aussi les couper et, là c’est parfois fâcheux.

Je rétablis donc la continuité :

"Je n’aime pas, et je l’ai dit, que sur le Net on se réclame de quelqu’un, on ouvre des parapluies, au lieu de défendre soi-même ses propres idées. J’indiquerai néanmoins en passant que ce tome 2 provoque la perplexité des critiques du Monde et de Libé (respectivement il y a 2 et une semaine), qui n’avaient pas été avares d’éloges sur le premier."

Si vous me relisez à tête reposée, vous verrez que (dans ce message que je disais rapide, écrit au fil du clavier avant de vaquer à de durs devoirs) j’étais loin de vous attaquer acrimonieusement mais me moquais au contraire de moi-même car je faisais, en invoquant la baisse des actions de Kershaw au Monde et à Libé, une entorse à mes principes, qui veulent qu’on argumente toujours sur le fond et jamais en invoquant des autorités.

Mais foin de mises au point sur ce qu’ont dit ou écrit Delpla, Kershaw, Vidal et Stable, parlons de Hitler et de 1939-45, pour ne pas tromper sur la marchandise ceux qui nous font l’honneur de cliquer sur nos messages.

Il est tout de même ahurissant qu’on doive, à l’extrême fin du siècle, se battre pour démontrer l’efficacité du nazisme. Oui ou non, avait-il partie gagnée le 10 mai 1940, après un sans faute politique, diplomatique, économique et militaire (ceci entendu non pas en soi, mais dans la perspective même de cette victoire) si l’offensive en Belgique avait, comme cela faillit être le cas et le fut en France, conduit un premier ministre démissionnaire à reprendre sa démission ? En d’autres termes, si la percée de Sedan et les désastres consécutifs avaient été encaissés au 10 Downing Street par Chamberlain et non par Churchill ? Je martèle cette question depuis dix ans... et j’ai tout mon temps !



Suffisait pas de lire Mein Kampf

Envoyé par : François Delpla Dimanche, 17 Décembre 2000, at 8:02 p.m.

En réponse à : Réponse nuancée parmi d’autres qui le furent moins (Jacques Ghémard)

> - Russie > Mais n’est elle pas l’alliée de l’Allemagne quand elle écrase la Pologne, > asservit les états Baltes et s’attaque à la Finlande ?

Non ! C’est très mal ce qu’elle fait là et ça peut ressembler à ce que fait l’Allemagne mais elle ne s’est pas alliée à elle et ne le fera pas. Le dire est une affirmation polémique, certes très répandue, mais non historique.

Revoyons la définition du mot "alliance", par exemple dans le Robert : union de deux pays qui s’engagent à se porter mutuellement secours en cas de guerre.

Je ne dis pas cela pour le plaisir de me prendre tantôt un nouveau rappel à l’ordre occidental de Jean Baudin, mais pour faire une habile transition vers un de mes dadas, à travers une question à Jacques : toutes ces ambiguïtés dans tant de pays, cela relève-t-il à ton sens de la nature humaine, ou bien dans cette 2ème GM, mise sur orbite en 1933, les très habiles tromperies de Hitler ne sont-elles pas primordiales pour expliquer que presque personne ne sache sur quel pied danser ?

Un petit exemple pour en revenir au point de départ : Mein Kampf est un livre des plus francs, mais Hitler feint de le renier et n’y a pas grand mal, tant il expose un programme disproportionné par rapport à ce qu’on estime couramment possible. On est donc dans la situation où une prophétie se réalise point par point par les soins de son prophète qui cependant dit qu’il n’en est rien.

Ils avaient quelques excuses, les ancêtres !

Nous, moins.



Maréchal, me voilà !

Envoyé par : François Delpla Mardi, 2 Janvier 2001, at 5:20 p.m.

En réponse à : Rép : Réhabilitation un peu facile du maréchal (Pierre)

Sur Pétain il faut à mon avis se garder de deux écueils : la théorie de l’innocence et celle du complot. Si c’était un militant d’extrême droite candidat à la dictature, il a un peu laissé passer sa chance et la défaite de 40, dont nul en France ne prévoyait la soudaineté, lui a providentiellement rendu un avenir. En revanche, pour le présenter comme un brave retraité répondant à l’appel du devoir il faut gommer bien des faits et des écrits, notamment une lettre de 1937 à Gaston Doumergue, son président du conseil de 1934, où il se montre inconsolable de la chute de ce ministère, disant qu’à présent il est à craindre qu’on ne soit obligé de faire couler le sang pour rétablir l’ordre (lettre citée dans mon « Montoire », p. 45).

Quant à Paul Reynaud, il est bien peu exact de dire qu’il ne voulait pas assumer la défaite. Il se voyait tout à fait diriger une France vaincue, en lui tenant des discours moralisateurs. Son problème, c’est qu’il ne voulait pas le faire (et sans doute ne le pouvait pas) tant que l’Angleterre poursuivait la guerre (quelques détails dans Churchill et les Français, Polygone, 2000 -et un dossier prochainement dans Histoire de guerre).



Gamelineries ?

Envoyé par François Delpla Mercredi, 3 Janvier 2001, at 2:01 p.m.

En réponse à : Rép : gamelin (Prosper)

>j’ai assisté à un colloque au mois de novembre sur l’année 1940. Quelqu’un a posé la question apparemment saugrenue de savoir "si Gamelin était intelligent" pour avoir agit comme il l’a fait entre septembre 1939 et mai 1940. Cette question me paraît en fait fort intéressante. Pour ma part je pense que Gamelin était certainement intelligent ça ne fait pas de doute et que sa stratégie était cohérente si ce n’est intelligente : cohérente avec une opinion publique et une classe politique encore traumatisée par les tueries de 14-18. dit Franck Et Prosper : > Il y a quand même une controverse qui frappe : pourquoi Gamelin a-t-il > marqué son accord sur le fait d’envoyer en Hollande la 7ième Armée > française, or en faisant cela il se privait non seulement d’une puissante > armée de réserve, mais il dégarnit également tout le flanc gauche de > l’armée française ?

Derrière ces deux attitudes, une même sous-estimation, celle du danger sur le point de s’abattre. Celle de Hitler, partagée par les militaires allemands et les politiques d’un peu partout. Entre autres illusions, Hitler avait semé celle qu’il était un gagne-petit. La série Autriche-Tchécoslovaquie-Pologne-Danemark-Norvège devait en bonne logique se poursuivre par la Hollande et la Belgique, ou la Suisse, ou quelque proie balkanique. Personne ne s’attendait à autre chose, y compris Churchill et de Gaulle. D’autre part (ici le rôle personnel de Hitler reste difficile à discerner, mais le résultat est là) les antinazis de la "résistance", style Oster ou Hassell, relayés par les diplomates hollandais ou vaticans, avaient parfaitement fait passer le message d’une attaque, vers le 10 mai contre le futur Benelux, mais de la percée de Sedan, qui seule condamne les initiatives de Gamelin, rien n’avait filtré.

Du grand art, vous dis-je !

Gamelin n’était pas un artiste. Il aurait pu tout de même être plus méfiant. Il était pris dans une ambiance générale de mépris pour les capacités allemandes mais il en était l’un des choristes les plus actifs.



L’armée de Hitler

(à propos du livre d’Omer Bartov)

Envoyé par François Delpla Dimanche, 7 Janvier 2001, at 9:29 p.m.

En réponse à : L’armée de Hitler (Jean Baudin)

> Vous faites sans doute allusion à "Hitler’s Army : Soldiers, Nazis, > and War in the Third Reich" de Omer Bartov (Oxford University Press, > 1992) dont une traduction en français a été publiée chez Hachette en 1999 > sous le titre "L’armée d’Hitler". > Si ma mémoire est bonne (car je ne possède pas cet ouvrage et je l’ai lu > il y a un bon moment), il ne s’agit pas du tout d’une histoire de l’armée > allemande, mais d’une thèse bien précise, qui vise à démontrer, exemples à > l’appui, que toute la Wehrmacht - et pas seulement les Waffen-SS - était > imprégnée de l’idéologie nazie (puisqu’entre autres toutes les jeunes > recrues avaient passé leur adolescence sous le IIIe Reich) et que > notamment à l’Est, elle s’est rendue coupable des mêmes crimes raciaux que > les SS...

Il y a d’autres facteurs. Il s’agit d’une contribution majeure à la question sempiternelle des études sur le nazisme : dans quelle mesure les Allemands ont-ils « marché » ? Le champ étudié n’est pas la totalité des forces armées, mais une partie des soldats du front de l’est.

Bartov s’oppose à une thèse peu connue en France, mais qui a contaminé la plupart des études sur l’armée du Troisième Reich : en 1948, à partir d’investigations rapides auprès de prisonniers faits à l’ouest, les sociologues américains Shils et Janowitz avaient conclu que la cohésion de cette armée venait non de l’endoctrinement nazi, mais des « groupes primaires », unissant des soldats à des officiers bien connus d’eux par voisinage régional.

Bartov montre que cette loi, déjà bien douteuse en général, ne s’applique nullement dans ce cas. Il donne des exemples saisissants des pertes du front de l’est, qui entraînaient un renouvellement rapide empêchant toute solidarité de cet ordre. Restait, justement, l’endoctrinement. Les premiers revers avaient entraîné une « démodernisation » de la guerre. Les fiers pilotes d’irrésistibles Panzer se muaient en combattants cloués au sol, au contact d’un ennemi menaçant qu’il était utile de considérer comme infra-humain, afin de s’endurcir contre les coups subis et d’asséner les siens avec plus de décision.

Ainsi -contrairement à ce qu’enseigne un Goldhagen- le Führer a réussi, par sa guerre, à nazifier largement son peuple, bien plus qu’il n’a exploité des prédipositions idéologiques latentes.



Churchill et Mers el-Kébir

Envoyé par François Delpla Jeudi, 11 Janvier 2001, at 10:27 a.m.

Nous en avons déjà parlé en juillet, au moment de l’anniversaire (voir archives).

Brièvement donc : pas trace de panique chez les Anglais. Ils savent bien que les bateaux ne sont pas près de se rallier à l’Allemagne et encore moins d’être saisis par elle.

Cunningham à Alexandrie, désobéit à l’ordre de tirer et trouve un compromis. C’est un gentleman ? Soit. Mais Somerville est-il une brute pour autant ? Il a lui aussi désobéi et cherché un compromis. La différence, c’est que Churchill a insisté, dans ce cas et pas dans l’autre. Il a exigé que la poudre parle et que le sang coule, à l’endroit où il y avait le plus de bateaux.

Ses raisons sont entièrement politiques : il s’agit d’afficher la résolution britannique, avant tout aux yeux de Roosevelt. Pour cela, il est indispensable de démontrer que cette résolution est partagée par le cabinet de Londres. En clair, il faut mouiller Halifax (engagé sans trop se cacher dans des approches de paix par la Suisse et la Suède) dans un acte qui coupe les ponts.

Cette violence est du même ordre que celle de Hitler, qui a besoin du meurtre pour fonder son empire racial. Il s’agit de se dresser vraiment, enfin, contre son défi.



Débat sur les vrais et les faux historiens

Envoyé par : François Delpla Jeudi, 11 Janvier 2001, at 2:40 p.m.

En réponse à Rép : Débat les vrais et les faux historiens ! ! ! (Mickael R)

J’éliminerai le mot "faux", qui est péjoratif, et je me concentrerai sur la définition du vrai historien. A mon avis, qu’importe le flacon... je veux dire la source. En tout cas le critère des archives est des plus trompeurs. L’historien, c’est celui qui découvre du neuf sur une question historique. A côté il y a d’autres activités très nobles : enseignant, vulgarisateur, compilateur... La découverte peut très bien se faire en réfléchissant sur les matériaux connus. Par exemple, après six mois de travail continu, à base d’archives et de bien d’autres choses, sur l’appel du 18 juin, j’ai vu tout à coup se métamorphoser le texte : presque à chaque ligne me sont apparues des traces de rafistolages. La censure anglaise avait manié le ciseau, et de Gaulle avait repoli comme il avait pu.



La rigidité du programme hitlérien

Lundi, 22 Janvier 2001, at 5:34 a.m.

En réponse à Rép : Qui trop embrase risque de ne pas éteindre ? (Vincent Schaer)

> Bonjour ! > J’en reviens toujours -faut m’excuser, je ne comprends vite que si on > m’explique longtemps- au problème vu de chez Lord Winston.

Petit détail, il n’est pas lord, c’est son cousin qui est duc de Marlborough car son papa n’était qu’un cadet : personne n’est parfait.

>Pour continuer > la guerre (ce que je ne lui reprocherai pas), a-t-il forcément besoin de > jeter la France, qui vient d’encaisser un choc énorme mais dispose encore > de grandes ressources, dans les bras de l’adversaire ? Parce que pour > continuer la guerre, encore faut-il pouvoir la faire. Or, le principal > problème de l’Allemagne pour débarquer en Angleterre est la Home Fleet. Si > la Marine française venait à renforcer la puissance aérienne et terrestre > allemande, le péril serait immense ! > Et à ce moment là, peu importent les colonies gagnées une fois que la > métropole est tombée et irrécupérable. > Deuxième problème, dont je subodore la réponse cette fois. Pourquoi après > Mers-el-Kébir Hitler refuse-t’il l’appui militaire de Pétain (un > renversement d’alliance clair et net) ? En Europe continentale, l’Allemagne > était maitresse sans que la France puisse s’y opposer avant longtemps. Une > fois le R-U conquis ou à genoux, les USA n’auraient plus rien eu à dire, > et les Antilles n’étaient pas pour le Reich des intérêts vitaux ! > En d’autres termes, pourquoi en Juillet 40 Hitler ne choisit-il pas > d’accepter la collaboration militaire de la France (qui ne lui coute que > des mots) contre l’Angleterre, pour en finir à l’Ouest rapidement, et se > retourner sans inquietude vers l’Est ensuite ?

Si vous subodorez la réponse à la deuxième question, vous n’êtes pas désarmé devant la première ! Dans ce duel de Titans, la France n’est qu’un gros rocher qu’on s’envoie à la figure. Hitler a un programme précis et minuté de confection d’un empire à la barbe de toutes les autres grandes puissances, y compris l’Italie, qui n’ont rien à y gagner, ou des clopinettes. Il ne peut associer la France à sa victoire ni de près ni de loin. Quant à Churchill, s’il a fait preuve d’une francophilie émouvante et presque suicidaire pendant la débâcle, surtout en différant l’embarquement de Dunkerque jusqu’à un moment où il devenait impossible sauf arrêt hitlérien, lors de l’armistice (vieux de dix jours au moment de Mers el-Kébir) la France est un boulet qui risque de l’entraîner vers le fond.

Démoralisée et d’ailleurs largement captive, l’armée française ne compte plus. Reste la marine. Il faut se souvenir qu’elle est privée de ses ports d’attache et de ses arsenaux, ce qui fait que l’Angleterre, pour la prendre en charge, doit commencer par adapter des centaines de machines-outils aux dimensions de ses pièces, ce qui prendrait des mois même si elle en faisait une priorité -et elle en a quelques autres.

Quant à l’Allemagne, qui n’aurait pas ce problème si on suppose qu’elle convainc immédiatement les ouvriers français de travailler pour elle, elle n’aurait pas d’équipages à mettre sur les navires et devrait, elle aussi, mettre des mois à en former, sauf si elle utilisait les équipages français, ce qui suppose une co-belligérance dont elle ne veut pas.

L’enjeu immédiat n’est donc pas la flotte, mais l’opinion publique française. L’Angleterre ne doit pas se l’aliéner durablement. A cet égard, un coup très dur, porté à un patient qui est déjà sous le choc opératoire d’une immense et soudaine défaite, n’est pas très dangereux. Il suffit que l’Allemagne reste en position de vainqueur insatiable, et l’Angleterre de libérateur potentiel. Et même si Vichy déclare la guerre, étant donné que l’Allemagne ne lui offrira rien de palpable en échange, cela ne fera que multiplier les divisions, les cas de conscience et, pour l’Angleterre, les possibilités de recruter des dissidents, notamment aux colonies.

La supériorité de Churchill c’est qu’il comprend Hitler mieux que quiconque, ce qui lui permet de se placer, lui, résolument dans une perspective de guerre longue. La seule opinion publique à bichonner, c’est celle des Etats-Unis (que, contrairement à certains, je n’oppose pas à son président), or à quoi est-elle sensible ? A l’éventualité d’une menace maritime. Tout ce qui diminue la puissance navale d’une Europe éventuellement hostile y sera accueilli par des vivats.



Todorov et les Aubrac

Envoyé par : François Delpla

Date : Dimanche, 28 Janvier 2001, at 2:29 p.m.

Le dernier essai de Tzvetan Todorov a été utilisé ici et là pour tenter de nous convaincre que l’étude et la dénonciation du nazisme devaient céder le pas à celles du communisme.

En fait, il en présente des condamnations équilibrées et il les complète, ce qui est assez rare pour être remarqué, par de gros doutes sur l’innocence d’un certain nombre de démarches occidentales, d’Hiroshima au Kosovo.

Mais il commet deux pages lamentables, sur les Aubrac. Sans citer d’autre source que la « table ronde » de Libé et le bouquin consécutif d’un de ses protagonistes les plus hargneux, Todorov prétend qu’il s’agit d’un différend entre « les résistants » et « les historiens », les premiers n’aimant pas que les seconds examinent de trop près les détails de leurs combats.

Rien, dans le cas présent, n’est plus faux, et je m’en veux pour preuve, ayant longuement interrogé les Aubrac sur les contradictions de leurs récits (qui avaient fourni un angle d’attaque au sinistre Vergès -pas celui de la Réunion, de la zizanie plutôt-, et à leurs autres calomniateurs, qui consciemment ou non suivent les traces de ce pionnier). Il s’en est suivi un livre d’histoire, à mille lieues de toute hagiographie, la meilleure preuve étant qu’on n’a pu le contester, mais seulement l’étouffer (pour l’instant, mais patience...).

Dans une lettre ouverte déposée hier sur mon site (cliquer plus bas), j’informe Todorov que les trois universitaires qui ont mené le procès, loin de représenter leur corporation, sont apparus bien isolés lorsque la grande majorité des spécialistes de la Résistance ont protesté publiquement contre leur attitude. Il sera intéressant de voir si Todorov, informé par courrier, accepte de prendre conscience de la grave déformation qui a amené son esprit si affûté à donner dans un tel panneau et s’il en tirera quelques conclusions sur le degré de désinformation qu’on atteint parfois dans de vieilles démocraties.



Complément todorovien

Envoyé par : François Delpla Mardi, 30 Janvier 2001, at 3:27 p.m.

Todorov écrit p. 257, en conclusion de son développement sur Hiroshima :

"Les bombes atomiques ont tué moins de personnes que la famine en Ukraine, que les exterminations nazies en Ukraine et en Pologne ; ce que les unes et les autres ont en commun, c’est qu’elles sont toutes perçues par leurs acteurs comme un moyen pour atteindre le bien. En même temps, un autre trait marque aussi ces bombardements : c’est qu’ils sont source d’orgueil pour ceux qui les ont commis (et qui méritent d’être distingués par l’université d’Oxford, et par bien d’autres sans doute, en tant que bienfaiteurs de l’humanité), alors que les crimes totalitaires, même s’ils étaient perçus comme des gestes politiques utiles, voire méritoires, par leurs auteurs, restaient des secrets soigneusement gardés. Staline n’a jamais reçu de médailles pour avoir organisé le massacre des paysans, même Himmler se plaignait que son exploit, l’extermination des Juifs, ne pouvait être célébré au grand jour : l’un comme l’autre se rendaient compte que le monde extérieur les aurait condamnés s’il avait appris la nature exacte de leurs agissements. En quoi ils ne se trompaient pas : aussitôt connus, ceux-ci sont devenus l’emblème du mal absolu. Il n’en va pas ainsi dans le cas présent et, pour cette raison, même si le crime est moindre, l’errement des criminels qui tuent au nom de la démocratie est plus grand.(...)

Le totalitarisme peut nous apparaître parfois, à juste titre, comme l’empire du mal ; il ne s’ensuit nullement que la démocratie incarne, partout et toujours, le royaume du bien."

On me dira peut-être que la citation est, comme celles de Baudin, extraite de son contexte. Je répondrai que c’est assez commun, s’agissant des citations, que ce qui compte, c’est leur représentativité et que celle-là me paraît résumer le livre à merveille.

Je ne suis pas d’accord en tous points, sur le plan factuel. Sur les parts respectives du meurtre délibéré et de la brutalité collectiviste, indifférente aux conséquences, dans la famine en Ukraine, ma religion n’est pas faite. Elle l’est, en revanche, sur les discours par lesquels Himmler, fin 43-début 44, détaillait la solution finale aux cadres du régime : ses états d’âme n’y étaient pour rien, chaque mot étant pesé par le Führer dans l’intention d’attacher lesdits cadres jusqu’au bout au char du régime, en leur mettant le doigt sur leur complicité dans l’assassinat, précise-t-il à de nombreuses reprises pour le cas où il y aurait des somnolents, de femmes et d’enfants.

Mais si l’auteur, qui ne se prétend pas historien, est tributaire de sources parfois peu sûres, quelle élévation de pensée ! Quel refus des alternatives manichéennes où le débat ordinaire entend nous coincer ! Quelle gifle sur la bonne conscience démocratique qui sous-tend le discours de tant de dirigeants actuels !



Où est l’incompatibilité ?

Envoyé par François Delpla Date : Dimanche, 4 Mars 2001, at 6:26 p.m.

En réponse à Himmler : fanatique ou humain ? (Nico)

(...) je comprends dans quel sens vous employez le mot "humain" mais je ne manque pas une occasion de dire que le nazisme est quelque chose de parfaitement terrestre. Le fanatisme aussi : le jour où on pourra l’exclure de la définition de l’humain quelques petites choses auront changé.

***Est ce que Himmler est, comme le dit Schellenberg, un homme sensé, partisan de la paix et de la libération des juifs contre une aide humanitaire ou bien Schellenberg n’est pas arrivé à prendre du recul face à ce personnage ?***

Il y a une autre hypothèse : que Schellenberg, parfaitement au courant du fanatisme (indiscutable) de Himmler cherche à brouiller les pistes, à l’usage du public des années 50. Voilà comment, à mon sens, les choses se sont passées. Hitler, sentant venir la défaite, met tout en oeuvre pour enfoncer des coins entre les alliés de l’ouest et l’URSS. Il surcharge les SS de missions secrètes, par le canal des pays neutres, et progressivement au cours de ces sondages Himmler prend une posture d’opposant potentiel, il se donne un masque de repenti et de brave type qui n’était nazi que par obligation. Cela dans l’éventualité où, si Hitler disparaissait, les Occidentaux se montreraient plus ouverts à une entente, plus disposés à estimer que le totalitarisme soviétique est désormais le plus dangereux.

Pendant la guerre froide, ce jeu est plus que jamais d’actualité.

Il faut donc lire Schellenberg avec le plus grand esprit critique, il reste un impérialiste allemand soucieux de redorer l’image de son pays et de lui assurer le plus beau harnachement possible dans l’attelage américain.



L’accord progresse mais il n’est pas total

Envoyé par François Delpla Mercredi, 7 Mars 2001, at 7:06 p.m.

En réponse à Ah ben voilà ! ! ! (Nico)

> En clair, on était d’accord sur le fond du problème : Hitler s’est bel et > bien servi du "système" démocratique de la république de Weimar > !

Dans un précédent message vous me donnez acte que Hitler était le plus grand manipulateur de l’histoire. Donc il faut revoir vos formulations, telle celle-ci :

***Si Hitler a bien séduit le peuple allemand pour des fins politiques (et c’est d’ailleurs pour cela que la démagogie et toujours liée à la politique, même encore aujourd’hui !), il est incontestable que Hitler a, dès son accession au pouvoir assurée, commencé à épurer, éliminer avec toutes la grâce qui caractérise les nazis, les opposants du régime et à embrigader le peuple.***

Certes il a COMMENCE à épurer dès la prise du pouvoir, mais il n’en a pas moins continué à séduire, et à utiliser des gens très éloignés de ses idées, soit en les enrôlant dans telle ou telle entreprise (comme le réarmement) au nom de valeurs patriotiques par exemple, soit même en utilisant leur opposition, dont il avait à l’avance calculé les effets et même dessiné le profil.

J’en ai donné de nombreux exemples dans l’affaire de l’incendie du Reichstag. En voici un : le "Livre brun", le plus grand best-seller émanant du Komintern, fait grand cas de la "thèse du souterrain", qui prouverait la culpabilité de Göring. J’en suis pour ma part tout à fait convaincu, de cette culpabilité (et bien seul de mon espèce parmi les historiens mais ce serait trop long à expliquer) mais je remarque que la piste du souterrain a été indiquée à la presse, le soir même de l’incendie, par Göring lui-même.

C’était donc une fausse piste. Le plus probable est qu’il a fait mettre le feu par quelque discret employé de ce Reichstag dont il était président depuis six mois, un délai largement suffisant recruter sans se faire voir quelques salariés prêts à toutes les besognes. Et les personnels ont été très peu et très mal interrogés, on les a seulement considérés comme des témoins éventuels, non des suspects, puisqu’outre la thèse du commando "forcément communiste" venu par le souterrain (que le Livre brun transforme en un commando "forcément SA"), on a mis entre les mains de la police un coupable sur mesure, van der Lubbe.

Tout cela pour dire que répression et manipulation ne s’opposent pas et sont les deux mamelles du régime. Or on a jusqu’ici énormément sous-estimé la seconde et surestimé la première, au point d’inverser complètement leur rapport. Ce que vous sembliez bien faire dans vos précédents messages. Pour ma part, je considère essentiel qu’on mette au jour aujourd’hui (mieux vaut tard...) toutes les ficelles auxquelles des gens se sont laissés prendre, de l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par presque tout le monde.

C’est pour cela que j’insiste tant sur le caractère humain du phénomène. Rien de métaphysique là-dedans, un simple paquet de ruses, qui montre la capacité collective de l’humanité à se faire avoir, à jouer la partition d’un chef d’orchestre unique, lors même qu’elle croit s’opposer, et à lui, et à l’autre, le "salaud", celui qui le soutient.



Nazis et allemands

Envoyé par François Delpla Jeudi, 15 Mars 2001, at 2:45 p.m.

En réponse à Nazis et pas Allemands... (Evelyne)

(...) Les peuples, hélas, ont leur part de responsabilité dans les crimes qu’on commet en leur nom. Je ne veux pas dire qu’elle soit collective ou automatique, simplement qu’il n’y avait pas besoin d’avoir sa carte pour être un criminel, et avec le nazisme moins encore qu’avec tout autre régime, because l’habitude de Hitler de manipuler, de salir, de compromettre, ainsi par les discours de Himmler exposant la Solution finale fin 43 début 44 à des cadres pas tous nazis, pour les rendre clairement complices -d’où la triste fin, bien mise en lumière par Gita Sereny, d’un Speer qui passait son temps à se bricoler des alibis pour démontrer qu’il n’avait pas assisté à une telle séance (la différence sur ce point avec le stalinisme est évidente pour tous, j’espère).

Bref, pour généreuse qu’en soit l’intention, le tic, récurrent chez certains humanistes, consistant à dire "allemand" quand on veut dire du "bien" et "nazi" quand on veut dire du mal, gomme la difficulté du travail de mémoire qui fait aussi son intérêt et son efficacité. Il s’agit, pour nous aussi, Français, de voir en face de quoi son pays a été capable, afin d’essayer de faire en sorte, hic et nunc, qu’il se conduise autrement.



Emmanuel Mounier et la Résistance

Envoyé par François Delpla Dimanche, 11 Mars 2001, at 5:44 a.m.

Je remonte un débat des profondeurs, celui qui est parti d’une question sur Uriage.

Oui, les cadres et maîtres à penser de cette école qui a "bien" fini ont relativement "mal" commencé et le fait de dire qu’ils étaient "résistants dès le début" n’a pas grand sens.

Mon travail sur Montoire m’a amené à relever que la revue de Mounier, "Esprit", qui avait cessé de paraître pendant la débâcle, a choisi, après hésitation, de reparaître début novembre... juste après la poignée de main, et avec des attendus révélateurs. Il constatait la défaite historique de la démocratie et estimait nécessaire de prendre un virage pour "en redresser la courbe" (mon livre p. 123 ; la citation est du 17 août mais elle rend bien compte de la philosophie de ce premier numéro).

C’est tout de même impressionnant ! Car si on peut comprendre qu’un directeur de revue hésite à mettre au panier son enfant pour une poignée de main politique dont les conséquences ne sont pas encore nettes, il y avait eu aussi, entre-temps, la résistance de l’Angleterre sous les bombardements, gage d’une guerre longue. Force est d’en conclure que Pétain et la Révolution nationale n’étaient pas pour cette mouvance une catastrophe ni un mal nécessaire, mais bien, comme pour Maurras même si c’était à un degré moindre d’exaltation, une circonstance providentielle pour mettre en pratique leurs idées "non conformistes des années 30".

Loin de moi l’idée de leur jeter la pierre, ce qui reviendrait à exalter la 3ème République, à exclure qu’elle eût besoin de réformes ou de révolution. Mais sous la botte ennemie ?

Il n’y a pas à sortir de là : plus on prête à ces gens des intentions pures, plus il faut constater le pessimisme de leur vision du devenir de la guerre. Les Anglais ne seront peut-être pas vaincus mais nous, sur le continent, le nazisme, il faudra faire avec un bon bout de temps. Et sauver pied à pied "l’âme française". Alors autant commencer tout de suite.

Ce qui est grave, ce n’est pas qu’à l’époque ils l’aient pensé, c’est qu’après guerre, en écrivant les bios de Mounier, Beuve-Méry, etc., on l’ait gommé.



Et la ruse nazie ?

Envoyé par François Delpla Mercredi, 21 Mars 2001, at 5:38 a.m.

En réponse à Mai 40. Une autre issue était-elle possible ? (Olivier Stable)

Pas encore lu May mais... son travail et le courant dans lequel il s’inscrit sont accessibles en français depuis May dernier dans le numéro d’Autrement intitulé "Mai-juin 40 vu par les historiens étrangers" -un titre peu exact d’ailleurs car il ne s’agit que d’une école étroite dont les fleurons sont l’Allemand Frieser et l’Anglais Martin Alexander. Pas un mot, par exemple, sur ou de Jean Vanwelkenhuyzen dont le Pleins feux sur un désastre (Bruxelles, Racine, 1995) est ce qu’on a fait de mieux et de plus précis sur les comportements politiques et militaires des Alliés pendant les jours clés de la défaite, du 10 mai au début juin (attention, son livre de 1994 Miracle à Dunkerque, sur l’arrêt allemand devant cette ville, est décevant).

Concernant May, les critiques sceptiques (dont on aimerait avoir les références) me semblent toucher juste, et condamner avec une équitable sévérité toute cette école. Elle a un seul mérite : informer le monde, qui a eu tendance à l’oublier, que l’armée française existait, qu’elle était (compte tenu de l’apport britannique) largement digne de celle de 1914 dans tous les compartiments de jeu. Mais elle manque complètement le facteur qui fait toute la différence ou presque : le formidable élan de la machine de mort nazie, avançant depuis 1933 sous une direction cruelle et perverse, mais d’autant plus efficace tant qu’on n’en prenait pas la mesure.



Un manipulateur encore ignoré

Envoyé par François Delpla Samedi, 24 Mars 2001, at 3:17 p.m. En réponse à Hitler (Paul)

>Je > ne fais pas partie de ceux qui disent que Hitler était un médiocre qui a > été simplement là au bon moment, mais tout de même, je trouve que tu lui > fais porter un costume de Machiavel pour tous les événements avant 40 qui > me surprend un peu. Les autres leaders politiques de l’époque n’était > quand même pas de pantins, des marionettes à ce point là.

Non. En principe. Mais nous avons affaire à l’un des plus grands manipulateurs de l’histoire. Surtout parce qu’il excelle à planquer son talent sous des tonnes de vulgarité.

La "repentance", si à la mode, devrait commencer par là : se faire avoir n’est pas répréhensible en soi ; se faire avoir parce qu’on a fait des études et qu’on est persuadé d’être plus fort qu’un autodidacte, si.

>Tout ce qui > s’est passé en Europe avant guerre, ne s’est pas passé gràce à lui. Je > prend l’exemple des SA et de la nuit des longs couteaux, j’ai l’impression > que tu suggères dans ton article (et je me trompe peut-être) qu’Hitler > aurait immaginé très tôt qu’en liquidant un jour cette branche > "révolutionaire" de son mouvement il se rallierait les > "Patrons". Je me trompe ? Je ne sais pas si je suis clair.

Je ne dis pas qu’il a planifié cela très tôt. Il est possible que la date ne soit pas très cernable par la recherche historique et, en tout cas, elle n’est pas actuellement cernée, à mon avis. Ce qui me différencie de nombre d’historiens (Frei et Philippon étant les plus récents) qui prétendent prouver qu’il a improvisé, sous l’empire de "révélations" sur les menées "conspiratrices" de Röhm.

Ce que je remarque, c’est que très tôt, dès sa sortie de prison (fin 1924), il tient des discours contradictoires à des clientèles diverses, et répartit à cet effet les rôles entre ses lieutenants, certains étant peut-être complices, d’autres certainement pas. Gregor Strasser est le manipulé en chef. Or, en tant que victime, il a été relativement épargné par le tribunal "de l’histoire". Il faut bien voir que c’est l’une des brutes nazies les plus sombres. Il ne cesse de promettre la potence aux patrons et aux généraux... très certainement avec l’aval de Hitler qui, pendant ce temps, fait jouer de la flûte à Göring.

Il est possible qu’un pogrom contre la prétendue "aile gauche" du nazisme, pour embobiner les élites, soit prévu de longue date. Ou bien que ce ne soit qu’une éventualité. Une improvisation, en tout cas, certainement pas.



Une cause nommée Adolf Hitler

Envoyé par François Delpla Jeudi, 29 Mars 2001, at 2:50 p.m.

L’officier allemand dont il est question au début de cette discussion s’appelle Harl-Heinz Frieser. Il a commis au début des années 90 un pavé, Blitzkrieg Legende, sous l’égide de l’institut de recherches militaires ouest-allemand, et il l’a résumé en mars 2000 dans le n° d’Autrement sur mai-juin 40. Non seulement il insiste sur cette idée d’un "embouteillage" de Panzer dans les Ardennes, simple comme bonjour à bombarder, mais il va beaucoup plus loin dans le n’importe quoi. Il prétend que Hitler n’avait nullement prévu une "guerre-éclair" (qu’est-ce qu’il lui faut !) et que le succès allemand est dû d’une part à la chance, d’autre part à l’énergie de Guderian, tertio à des faiblesses techniques chez les Alliés, notamment dans les transmissions.

J’appelle cela s’enferrer dans la mauvaise direction, pour ne pas voir quelque chose qui gêne : une unité de conception dans la manoeuvre qui ne peut émaner que d’une tête et d’une seule, surtout en dictature, j’ai nommé celle du dictateur. Loin d’être un pionnier, il est peut-être le 100 000ème qui erre par refus de reconnaître la moindre qualité au Führer.

Je suis donc en parfait accord avec Olivier sur le rôle de la méconnaissance par les Alliés du jeu ennemi, comme sur le caractère fâcheux des neutralités belge et luxembourgeoise... deux choses qui vont d’ailleurs ensemble.

On était en retard d’une guerre, moins sur un plan technique ou tactique que sur celui de la haute stratégie. On avait affaire à quelqu’un qui appliquait mieux que quiconque les principes de Clausewitz sur l’union intime du militaire et du politique, et sur la bataille d’anéantissement. On s’obstinait à voir en lui un avorton inculte, brouillon, esclave de ses instincts du moment, au point de ne même pas tenter de voir de haut (c’est le cas de le dire) ce qu’il fabriquait. Son entrée brutale en Belgique correspondait à l’image qu’on avait de lui : un affreux tricheur qui, démuni car nous sommes les plus forts, essaie de rompre notre beau blocus dans lequel il est près d’étouffer : le prendre de vitesse dans les plaines flamandes et y stabiliser le front, c’est, enfin, lui rabaisser le caquet.

Arrivent là-dessus, alors que nous sommes fiers de notre belle avancée en Belgique comme à la parade, des renseignements sur des tanks qui déboulent dans les Ardennes. On se dit tiens, il faut reforcer un peu cette aile-là, on y envoie progressivement les chasseurs occupés à viser les ponts de Maastricht. On fait des choses, mais on les fait mollement, non parce qu’on est mou, mais parce qu’on est orienté, dribblé par l’ennemi et qu’on n’essaie toujours pas de le comprendre. On se réveille brusquement le matin du 14, avec une brèche de 80 kilomètres... et instantanément on se résigne, sauf valeureuses exceptions, à l’armistice.



Pas d’accord

Envoyé par François Delpla Vendredi, 30 Mars 2001, at 8:36 a.m.

En réponse à Rép : Une cause nommée AH (Gunrry)

> Je me trompe ou quelqu’un a sorti un jour qu’en 1940, > Gamelin était le meilleur général... Allemand ! ! ! > Si je n’ai point rêvé, à qui doit-on cette formule ? > (que je trouve d’ailleurs fort juste, même si il est > plutôt réducteur de faire porter le chapeau à une personne > en particulier, alors que c’est bien l’ensemble de l’Etat-Major > Français qui est à blâmer pour l’occasion). > 1919-1939, une seule devise, "l’immobilisme est en marche"...

Gamelin porte certes des responsabilités énormes. Mais la principale, qui implique une bonne part des autres, est sa relation malsaine avec Daladier, depuis juin 1936. Contrairement à ses prédécesseurs, il néglige d’éclairer le pouvoir politique sur les vues et besoins de l’armée, au contraire il équipe d’arguments militaires à géométrie variable le pouvoir, ou plutôt l’aile droite du Front populaire, représentée par Daladier et Delbos dans des postes clés du gouvernement, puis arrivant au pouvoir en submergeant Blum, en avril 38. Pendant la drôle de guerre il est un enthousiaste du blocus et des opérations périphériques, ses principaux subordonnés Georges, Weygand et Doumenc étant, contrairement à ce qu’on a parfois dit après guerre pour des raisons elles-mêmes politiciennes, moins convaincus que lui... et comme par hasard ici son soutien principal est Darlan, lui aussi confit en amitiés radicales.

Ce sont ces gens qui sabotent l’alliance russe, avant tout parce que la stratégie de Daladier pour vaincre Hitler passe par l’anticommunisme et la marginalisation des socialistes. Inutile de préciser qu’Adolf boit du petit-lait. Son pacte avec Staline est un coup parfait pour neutraliser ces combinards.

Donc, quelles que soient les responsabilités militaires, la défaite est avant tout politique, ô combien. La stratégie de Gamelin, elle-même, est fille d’une sous-estimation du danger nazi et allemand, qu’il est loin d’avoir initiée. On peut la résumer ainsi : seuls de dangereux gauchistes peuvent prétendre que Hitler est fort.

François Delpla, le 11 juin 2004



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