samedi 2 avril 2005
de Victor Slavescu (01/04/2005 16:17:29) Bonjour, A l’été 1934 (9-10 juillet), Barthou se rend à Londres pour obtenir l’appui du Gouvernement britannique à son projet de Pacte de l’Est qui implique l’adhésion de l’URSS à la SDN. Malgré les réticences "traditionnelles" de Londres vis-à-vis de Moscou, Barthou obtient le ralliement des Britanniques. On sait que Vansittart était partisan de ce rapprochement (et plus largement d’une alliance anti-nazie). Quel a donc été son rôle dans ses discussions ? A-t-il pesé personnellement auprès de son ministre ? Je suppose qu’on devrait pouvoir trouver certaines indications dans ses mémoires... Si quelqu’un possédait ce livre dans sa bibliothèque, son aide serait précieuse. Re :Ralliement britannique et rôle de Sir Robert Vansittart de DENIS Eric (02/04/2005 17:50:07) en réponse à Ralliement britannique et rôle de Sir Robert Vansittart de Victor Slavescu (01/04/2005 16:17:29) Bonjour, Un ouvrage de MICHAEL JABARA CARLEY, 1939, en partie à ce propos est disponible sur la grande toile ici. (...) Désolé... de François Delpla (02/04/2005 16:12:29) ... j’ai beaucoup de mal à voir en Vansittart un anti-appeaser conséquent. Il est connu d’ailleurs qu’au FO ce n’est pas sur lui que Churchill s’appuyait, mais sur Ralph Wigram. Dans Leçons de ma vie (Londres 1943, tr. fr. 1944), s’il est fort vague sur son action personnelle (ou collective) en 1934, il situe lui-même fort obligeamment sa distance avec celui qui est devenu premier ministre : M. Churchill lui-même, bien qu’encore trop adonné à l’emploi du mot périmé "nazi", a décrit la haine universelle pour la race "allemande" que celle-ci est en train de se préparer. (...) Hitler n’est pas un accident, mais un aboutissement délibéré et inévitable. Nous sommes par conséquent en guerre non seulement avec le nazisme, mais avec la nation allemande. (p. 324-326) Il cite (p. 294-95) des morceaux soigneusement choisis de son journal, datés de 1933. L’un d’eux, situé dans l’été sans autre précision, pourrait vous intéresser : L’Allemagne se prépare visiblement pour une agression. Les preuves vont déjà se multipliant. Il ne peut rien sortir de l’hitlérisme que du mal et du danger pour le reste du monde. L’hitlérisme est bien plus mortel que le fascisme, qui n’a jamais présenté de danger réel pour l’Angleterre. Le bolchevisme, non plus, ne présente pas de danger pour nous. L’hitlérisme, lui, est excessivement dangereux. L’impuissance de Van qui, contrairement à Churchill, est aux affaires, et dans une position des plus influentes, naît de la cohabitation entre la lucidité de la dernière citation et l’aveuglement révélé par la précédente. Puisque une grande majorité des Allemands, et non les seuls nazis, rêvent d’en découdre, que faire, sinon gagner du temps ? Sur le problème précis que vous posez, j’ai essentiellement à ma disposition une source, le Vansittart de Norman Rose (Londres, Heinemann, 1978). Il écrit dans une note du 10/2/34 : Nulle part ne se dessine aujourd’hui une politique ferme pour arrêter l’hitlérisme. Les Français en auraient adopté une s’ils avaient pensé que nous étions partants (willing) et capables. Ils savent bien que nous n’étions absolument ni l’un ni l’autre -et avant tout pas capables. Après avoir cité cela, Rose continue (p. 110-111) : Les déficiences de la puissance anglaise conduisirent Van à penser que ce qui pouvait le mieux réfréner (contain) l’Allemagne, c’était un règlement européen global, incluant l’Allemagne, et non un accord bilatéral anglo-allemand. (...) C’était aussi l’idée générale de Louis Barthou, le ministre français des Affaires étrangères, et quand les deux hommes se rencontrèrent en juillet 1934, Van soumit un plan de son cru, d’un contenu similaire aux vues de Barthou (note .- Il y avait trois parties principales dans les propositions de Van : (a) un traité d’assistance mutuelle entre Allemagne, Pologne, Tchécoslovaquie, URSS, et Etats baltes ; (b) un accord franco-allemand auquel l’URSS serait associée plus tard ; (c) une convention liant les pactes d’assistance avec les traités de Locarno et le Covenant.) A Victor de jouer : je n’ai pas souvenance que Barthou ait proposé quelque équivalement du point (b). Donc je pose la question : est-ce que le biographe n’est pas un peu généreux en identifiant autant son héros à Barthou ? Cela dit, on peut accorder à Van que, comme Churchill, il met entre parenthèses son antisoviétisme : c’est prouvé non seulement par la citation de son journal (qu’il faudrait évidemment confronter avec l’ensemble du texte mais je n’ai pas encore entendu dire qu’il fût accessible), mais par le fait qu’il convie pour la première fois l’ambassadeur soviétique à Londres, Ivan Maisky, en juin 34 dans sa résidence de campagne, et le fera ensuite régulièrement (ibid., p. 113). Re :Désolé... de Victor Slavescu (03/04/2005 11:49:31) >Donc je pose la question : est-ce que le biographe n’est pas un peu généreux en identifiant autant son héros à Barthou ? Je le crois dans la mesure où je n’ai jamais trouvé aucune mention de ce "contre-plan" britannique dans les Documents Diplomatiques Français (aucune note française n’y fait référence me semble-t-il). Comme je le dis ci-dessus, les Britanniques n’ont pas fait preuve de beaucoup d’insistance lors des négociations à Londres. Ce "plan" semble surtout être une réponse "bancale" au mémorandum sur le sujet remis par Corbin le 28 juin 1934 à John Simon. Le 5 juillet Corbin fait d’ailleurs savoir à Paris que les demandes du FO portent sur des observations d’ordre juridique [...] et s’abstiennent de toute considération politique (DDF, T VI., 1ère série, N°434) Un second memorandum est remis le 6 juillet, qui répond aux questions britanniques. (ibid., n°441) Suite aux entretiens franco-britanniques des 9-10 juillet, Sir John Simon s’est déclaré prêt, sous réserve de l’assentiment de son Gouvernement, à recommander officiellement ce plan non seulement à l’acceptation de Berlin et de Varsovie mais encore à l’approbation de Rome. (De Diplo. Paris aux postes concernés, MAE, Fonds Prague, article 104, télégrammes 817-823). Le moins que l’on puisse dire c’est les Britanniques ayant accepté du bout des lèvres le principe de ce Pacte, n’ont guère fait de zèle et exercé aucune pression sur l’Allemagne. Dès le 1er août, après avoir fait déposer un memorandum à la Wilhelmstrasse par son ambssadeur à Berlin, le secrétaire d’Etat [Simon] a ajouté qu’il croyait avoir rempli toute la tâche assignée au gouvernement anglais pour faciliter notre action (DDF, T.VII, 1ère série, n°50). Re :Désolé... de Victor Slavescu (03/04/2005 13:49:59) Le projet Barthou comporte trois plans, cad trois traités distincts : Il est très intéressant de constater que le projet britannique reprend celui de Barthou... à une notable exception près. Londres cherche à substituer l’Allemagne à l’URSS dans le traité B. Cela aurait rendu totalement inopérant un projet initialement destiné à isoler l’Allemagne. La politique britannique de conciliation avec Berlin est effectivement toujours de mise, Vansittart ou pas... Il est révélateur de constater que les Britanniques n’ont pas trop insisté. En deux jours il avaient rallié le projet français. Je crois... de François Delpla (03/04/2005 15:04:33) ... que nous sommes au bout de notre documentation. Pour aller plus loin il faudrait soit le volume correspondant des docs diplo britanniques, soit carrément une plongée dans les archives (celles de Vansittart à Cambridge ou celles du FO). Le résultat atteint n’est déjà pas négligeable : Van est quelque peu vicieux, et totalement attentiste. Il est loin de désirer une alliance avec l’URSS, et laisse les Français se compromettre à cet égard, mais il entrouvre la porte, à toutes fins utiles. En substituant dans son point "b" un accord avec l’Allemagne à un accord avec l’URSS il se donne l’air de faire du Barthou en freinant les efforts du Français : c’est bien le comportement de quelqu’un qui veut gagner du temps et ne pense pas qu’il y a urgence. Alors que, de toute évidence, le moment le plus approprié pour cet accord avec l’URSS qu’il faudra bien finir par signer à Téhéran et Yalta, le moment où il aurait été le plus efficace, c’est bien ce milieu de 1934. Wojtyla aurait peut-être bien été quand même élu pape en 1978, mais sur de tout autres bases ! Cet accord aurait signifié que tout le monde comprenait que la peur du communisme avait enfanté un monstre, et qu’il fallait le terrasser toute affaire cessante. La Pologne serait restée indépendante, capitaliste et bourrée de Juifs... J’arrête là ! Et je termine par une question : si en 1943 Vansittart traite Hitler d’aboutissement logique de l’histoire allemande, en est-il là en 34 ? N’y aurait-il pas une place dans ce cerveau patricien pour l’idée que Hitler est une aubaine, puisque par ses outrances, son inculture, etc. il démonétise le nationalisme allemand, bref qu’il urge de ne pas trop le prendre au sérieux ? Re :Je crois... de Victor Slavescu (03/04/2005 15:26:39) Je ne connais pas assez le personnage pour oser ne serait-ce qu’un début d’appréciation personnelle sur son action diplomatique. Je ne rajouterais qu’une chose : Vansittart, ainsi que Léger, disposent d’une infuence énorme sur les directions respectives du FO et du Quai. Pour autant, ils ne restent que des "seconds couteaux" qui mettent en oeuvre la politique de leurs ministres. Barthou, par discipline gouvernementale, à partir de la note du 17 avril 1934, abandonne son idée première d’une conciliation avec Berlin et rencontre à cette occasion les ambitions de Léger avec lequel il s’accord au mieux pour "résister". La donne est différente en GB. Vansittart ne semble pas entretenir de relation de confiance ni avec Simon, ni avec Eden. Peut-être pouvons-nous trouver là un élément explicatif de cet attentisme, mentionné dans votre message. La fascination de Hitler de François Delpla (03/04/2005 17:48:09) Vansittart ne semble pas entretenir de relation de confiance ni avec Simon, ni avec Eden. Peut-être pouvons-nous trouver là un élément explicatif de cet attentisme, mentionné dans votre message. ********************************************************* Cela me paraît une piste en effet. Van est, comme Léger, un M."Je sais tout", un technocrate de la diplomatie fort méprisant pour les politiques. Cela me fait rebondir vers le 18 juin 40. Van se dépense sans compter pour empêcher l’appel de De Gaulle. Il n’a pas daigné s’en expliquer et les documents sont laconiques, mais il ne serait pas très étonnant que sa réaction soit guidée par un profond mépris pour l’amateurisme de Churchill, et de De Gaulle (excusez du peu). Et le 23 juin, Léger lui-même arrive à la rescousse, pour seconder son torpillage inlassable du Général ! (cf. mon 18 juin, III 3) Mais surtout, l’attitude de Van me fait penser, en 34 comme en juin 40, à celle de Mandel dans ce dernier cas. Il est infiniment plus sympathique et antinazi que Baudouin mais celui-ci a sans doute raison de le croquer ainsi, lors d’un conseil des ministres (celui du 13 juin) : M. Mandel, silencieux aujourd’hui comme hier, forteresse de mépris dont l’oeil glacé s’amuse à constater chez tous ses collègues une peur et une médiocrités supérieures à ses larges prévisions. (Neuf mois au gouvernement, Table ronde, 1948, p. 163) Vansittart et Mandel sont incontestablement des lutteurs mais on dirait que le rythme des initiatives hitlériennes les paralyse comme le ferait le regard d’un serpent. Il ne leur reste plus qu’à contempler l’évolution des choses avec un fatalisme certain. Ralliement britannique et rôle de Sir Robert Vansittart
Le traité A : Le pacte oriental proprement dit. Il s’agit d’un texte d’assistance militaire qui jouerait pour les seuls pays voisins contre l’agression commise par tout contractant. Par exemple : L’Allemagne attaque la Pologne. Doivent se porter à son secours tous les pays frontaliers de la Pologne signataires du texte.
Le traité B : Pacte d’assistance franco-soviétique. L’URSS donne sa garantie aux accords de Locarno. La France donne sa garantie au Pacte de l’Est.
Le traité C : Acte général soumettant l’ensemble du protocole au Pacte de la SDN et qui prévoit l’entrée de l’URSS dans l’organisation internationale.
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