Le Forum de François Delpla

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MessagePosté: Lun Sep 10, 2012 7:53 am 
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Le message conclusif de Didier Houliez pourra fournir une bonne base de discussion :

Citation:
Une critique de l’hypothèse diplomatique du Haltbefehl proposée par François Delpla…

Laissons l’auteur poser quelques bases :

« (…) ce que la démarche nazie a de plus essentiel (…) consiste à faire contre la France une guerre courte avec l'objectif essentiel de ruiner sa puissance et son prestige militaires, de telle sorte qu'un tel allié ne soit plus utile pour l'Angleterre et que celle-ci soit placée devant un choix cornélien : soit continuer à empêcher l'Allemagne de régner sur l'Europe, et se donner une tâche au-dessus de ses moyens, conduisant à la perte de son empire et de son rang de puissance mondiale, soit agréer cette domination allemande et partager bon gré mal gré la vision raciste d'une "domination aryenne sur le monde", en gardant son empire et son rang de puissance mondiale d'une part, en participant activement ou passivement à l'étranglement de l'URSS et de son régime communiste, d'autre part. »

Sans acceptation de ces bases, il est évidemment inutile de discuter plus avant la théorie du Haltbefehl.

Il faut tout de même noter immédiatement que ces bases sont tout à fait en cohérence avec le déroulement de la campagne de France même en faisant abstraction du Haltbefehl : défaite complète de la France, puis « main tendue » à l’Angleterre en Juillet.

Birger Dahlerus, industriel suédois, diplomate amateur !

Le seul document sur lequel s’appuie cette thèse diplomatique est la relation d’une entrevue entre Goering et Dahlerus.

D’après F Delpla, « Dahlerus, (…) [est spécialiste] des relations avec l'Angleterre, ayant une habitude ancrée depuis près d'un an des navettes entre le bureau de Göring (voire de Hitler, rencontré au moins une fois) et celui de Halifax. »

La réalité est quelque peu différente. Birger Dahlerus est d’abord un proche de Göring (il en emploie le beau-fils), qui dispose de nombreuses entrées dans les milieux d’affaires londoniens. Il a été utilisé par Göring fin juillet et en août 1939 pour essayer de séparer (déjà !) l’Angleterre de la Pologne, tâche dont il s’est acquitté sans bien se rendre compte de l’objectif final avec le zèle du néophyte. En fait d’habitude bien ancrée depuis un an, les navettes ont eu lieu un peu moins d’un an auparavant, avant la déclaration de guerre, pas depuis. Il est d’ailleurs intéressant de noter que les derniers contacts (1er et 3 septembre) avec Londres l’ont été par téléphone avec Sir Alexander Cadogan, et que ce dernier note ainsi son ultime réponse dans son Journal : « I said ‘Rats’ » ! On voit que Dahlerus a su se ménager une oreille attentive à Londres ! (J Vanwelkenhuyzen, l’Agonie de la paix, Duculot, 1989, p 252)

La rencontre avec Hitler ne s’est pas faite dans le cadre de telles navettes : Dahlerus avait contacté à Oslo Sir George Oligvie-Forbes (qui était conseiller d’ambassade à Berlin un mois auparavant) le 24 septembre 1939, pour tenter une nouvelle médiation. Il rencontre ensuite Göring et Hitler le 26. Dahlerus rapportera la “réponse” du dictateur lors du procès de Nuremberg : “ To my great disappointment he then definitely declared that he was not prepared at all to discuss the question of Poland. Poland was occupied and that was no business any longer of Great Britain.” Il n’apparaît pas qu’il ait fait la moindre navette avec Londres à cette occasion ! (Nuremberg Trial Proceedings Vol 9)

Nous retrouvons cet efficace diplomate amateur à l’occasion des discussions sur le minerai suédois et la Norvège. Entre septembre et avril-mai, il n’apparaît pas, à ma connaissance, quelque navette entre Berlin et Londres.

A nouveau, laissons F Delpla résumer (il le fait désormais correctement après nos discussions) :

« Göring, le 6 mai (date établie par ailleurs, sur pièces solides; et en tout cas avant le 10, jour du déclenchement de l'attaque -et de l'arrivée au pouvoir de Churchill), a, de la part de Hitler, entretenu Dahlerus de l'intention allemande de proposer une paix "généreuse" dans l'hypothèse où la guerre serait portée en Belgique et où l'armée allemande se rendrait maîtresse de la côte [belge, note DH] ainsi que de Calais. Le message est relayé auprès du gouvernement français par un autre Suédois, Nordling, qui vient en causer à Reynaud le 20 mai, en pleine débâcle impuissante des armées alliées piégées en Belgique. »

L’intervention de Nordling.

La transmission du message par Nordling, consul général de Suède en France, est attestée par un document trouvé aux archives du Quai d’Orsay, rédigé semble-t-il par l’ancien ministre de France en Allemagne, Coulondre. Nordling a par ailleurs laissé un témoignage dans son livre de mémoires, (p 55 à 60, Raoul Nordling, Sauver Paris, Mémoires du consul de Suède, par F Virgili, Editions Complexe, 2002, Mémoires écrites en 1945 cf p 18) tandis que Benoist-Méchin en fait une relation assez différente. (p 145-146, Soixante jours qui ébranlèrent l’occident, Coll. Bouquins, Robert Laffont, 1981 – édition originale 1956, chez Albin Michel)

D’après Benoist-Méchin, qui s’appuierait sur des Carnets de Darlan dont l’existence n’est pas prouvée, Nordling aurait été convoqué par Goering le 15 mai. Les mémoires de Nordling et le contenu de la note du Quai d’Orsay convergent au contraire sur un point important, Nordling n’a pas rencontré Goering, et ne fait que rapporter ce que lui a confié Dahlerus !

D’après les Mémoires de Nordling, sa présence à Berlin était fortuite et Dahlerus aurait voulu arranger une rencontre avec Goering pour « discuter de la possibilité d’un armistice avec la France », rencontre qui ne s’est pas faite.

Le message de Goering et ses interprétations possibles.

Ce message tel qu’il est relaté par la note Coulondre ne comporte aucune indication claire vis-à-vis de l’Angleterre, mais l’annonce d’une future proposition de paix à première vue modérée (des colonies, les cantons d’Eupen et Malmédy en Belgique qui appartenaient à l’Allemagne en 1914, le bassin de Briey en France) assortie de menaces en cas de refus. Le seul objectif « militaire » annoncé est la possession de la côte belge jusqu’à Calais… ce qui permet de menacer très directement l’Angleterre.

Ces « confidences » de Goering à Dahlerus peuvent être interprétées de différentes manières :

a. La tentative d’intoxication apparaît évidente, puisque l’opération qui est suggérée est une offensive en Belgique visant la possession de la côte d’Anvers à Calais… A elle seule, elle pourrait justifier les « confidences ».



b. Elles peuvent avoir comme but premier un message « diplomatique » à destination de la France, tel que Nordling le transmettra. Mais Goering renoncera semble-t-il à rencontrer Nordling, retirant ainsi tout caractère officiel au message, et lui retirant donc beaucoup de son poids. D’autre part, le passage de Nordling à Berlin à ce moment était, d’après ses Mémoires, imprévisible, et rien ne garantissait donc à Goering que ses « confidences » seraient relayées vers la France en temps utiles. Il est donc difficile de voir dans cette transmission une manœuvre diplomatique parfaitement montée.



c. Cette communication pourrait être à destination de l’Angleterre : nul besoin de contenir une offre de paix généreuse, bien au contraire. On voit d’ailleurs mal pourquoi Dahlerus ou Nordling aurait caché cette partie de la communication. Au moment où elle est émise, F Delpla reconnait d’ailleurs que l’objectif est de détacher la France de l’Angleterre. Pour cela, rien de tel que de faire savoir (ou croire, ça ne change rien) à l’une qu’elle sera traitée plus durement que l’autre… Cela cadre tout à fait avec la politique allemande, avec la propagande de la Drôle de Guerre... Cela rejoint les inquiétudes de Churchill qui, le 18 mai, écrit au général Ismay : « Il faut se tenir prêt à ce que les français se voient proposer des conditions de paix très avantageuses et que nous ayons à supporter tout le poids de la guerre ». (p 33, J Lukacs, Churchill, Londres, Mai 40, Odile Jacob, 2002)



d. Enfin, il faut garder à l’esprit que cette conversation se tient en marge de discussions sur la position de la Suède vis-à-vis de l’Allemagne et du partage du minerai de fer suédois (« neutralisation » de Narvik, passages de renforts pour la Norvège) : il est surprenant qu’apparaisse une revendication sur le plus important bassin ferrifère d’Europe, qui n’a jamais été allemand… Cette conversation peut être comprise comme une menace voilée à l’égard de la Suède. D’abord la certitude d’une victoire rapide contre la France, le fait que la neutralité ne protège pas (revendications en Belgique), puis la volonté de s’approprier un bassin ferrifère qui rendrait l’Allemagne beaucoup moins dépendante du fer suédois pour la poursuite d’une guerre contre l’Angleterre. (Les exportations de minerai de fer à destination de l’Allemagne s’élevaient à 9 millions de tonnes en 1939)

Il y a donc plusieurs possibilités pour interpréter cette conversation du 6 mai Goering-Dahlerus. Le but peut être unique, comme il peut être multiple. Dans tous les cas, elle ne contient pas d’offre de paix généreuse vis-à-vis de l’Angleterre, il n’y a pas de raison qu’elle en contienne étant donné l’objectif allemand à ce moment et rien ne montre que quiconque l’ait comprise comme cela, si cette conversation a été prise en compte.

La perception du message de Goering

Au contraire, elle est bien comprise comme l’éventualité d’une proposition de paix séparée. C’est ainsi que l’aura comprise Nordling :

« A la suite de cette paix séparée s’ouvrirait l’ère d’une collaboration économique intime entre l’Allemagne et la France. » (op cit)

C’est ce que relatera D. Leca, le chef de cabinet de Reynaud à la Présidence du conseil. « Nordling voit Margerie, puis Devaux, et leur fait part de l’étrange message dont il est chargé : en deux mots, Goering suggère une paix séparée. » (p 149, D. Leca, La Rupture de 1940, Fayard, 1978, cité également p 398 par F Delpla, Les Papiers secrets du général Doumenc, Olivier Orban, 1992, lequel ne relève absolument pas cette notion de paix séparée).

C’est encore ce que remarque F Delpla en lisant le Journal 1939-1940 de Roland de Margerie, chef de cabinet de Reynaud au Quai d’Orsay, à propos des conversations entre Reynaud et Margerie le 26 mai :

« Il est un peu curieux que, ni à propos de l’Italie, ni à celui de l’Angleterre elle-même, il n’ait été question de la paix générale, mais seulement d’une paix séparée franco-allemande. » (http://www.delpla.org/article.php3?id_article=458)

Lors de la réunion du Cabinet de Guerre du 25 mai, l’essentiel de la discussion, après l’étude de la situation militaire, tourne autour de l’acceptation ou non par l’Angleterre de négociations séparées… (le compte rendu est disponible sur ce site)

En Angleterre même, l’idée que l’Allemagne pourrait faire une proposition de paix séparée à la France a donc été avancée par Churchill dès le 17 mai (cf supra), et est reprise du 25 au 27 mai lors des « fameuses » discussions du War Cabinet. Lorsque Halifax évoque des conditions de paix raisonnables, c’est avec de telles réserves qu’il est difficile de penser qu’il y croit réellement, il ne veut simplement pas en exclure l’idée a priori : « il (est) certes peu probable que nous ne recevions jamais une proposition qui n’irait pas à l’encontre des conditions fondamentales qui (sont) essentielles pour nous » (p 170, J. Lukacs, op. cit.)

L’attitude de Halifax au cours des journées du Haltbefehl.

Concernant l’attitude de Halifax, il faut noter la contradiction qu’il y aurait à rechercher la médiation de l’Italie, qui n’est nullement acquise, puisque Mussolini a nettement durci sa position et qui s’accompagnera inévitablement de pertes territoriales en Méditerranée. Autrement dit, alors qu’Halifax aurait appris par la filière suédoise que Hitler n’aurait pas ou peu de revendications vis-à-vis de l’Angleterre, il passerait, pour sonder l’Allemagne, par l’Italie qui elle a des revendications territoriales !

F Delpla nous explique que Halifax n’aurait pas voulu reconnaître qu’il avait « fricoté » avec la Suède, pays neutre, et que pour cela, il aurait approché ou se serait laissé approcher par l’Italie, ennemi potentiel… En effet, le 25 mai, Halifax ne dissimule pas que « sur proposition d’un tiers, une entrevue a eu lieu entre Sir Robert Vansittart et un membre du personnel de l’ambassade d’Italie. » (Lukacs, p 107) L’argument qu’il fallait aller vite ne tient pas : si l’Allemagne est bien disposée, le Vatican, l’Espagne ou la Suède seraient beaucoup plus rapides, puisqu’ils ne poseraient a priori pas de conditions, alors que convaincre Mussolini est tout sauf évident. L’argument que des concessions territoriales auraient été inévitables en cas de poursuite de la guerre ne tient pas non plus, si Halifax sait ou suppose que l’Allemagne est bien disposée. La logique serait donc de ne surtout pas passer par l’Italie, seul pays susceptible en fait de retarder la conclusion et d’aggraver les conditions de paix, d’autant plus si l’Angleterre se place d’emblée en position de quémandeur !

Autre argument : « Or, [si Halifax] n'a pas révélé la chose tout de suite au cabinet, elle devient jour après jour une dissimulation gênante : voilà une bonne raison de passer, et de proposer au cabinet de passer, par Mussolini pour connaître enfin officiellement les conditions allemandes. »

Donc, F Delpla nous explique que le message a été conçu pour être pris d’abord comme une rodomontade, mais ça ne permettrait pas à Halifax d’expliquer que justement, il n’avait pas pris le message au sérieux ? Et plutôt que de reconnaître une erreur de jugement, il entraînerait son pays vers une négociation où elle risque de perdre la domination en Méditerranée ?

Bref, tout le comportement de Halifax montre qu’il n’a reçu aucun équivalent des « propositions généreuses » de Goering.

Des propositions si généreuses ?

Hitler s’est mis dans une position délicate à force de renier ses engagements. Le doute est clairement exprimé par J. Jeanneney, président du Sénat. Dans son Journal, il note au 25 mai : « Accessoirement, Reynaud dit : si les Allemands devenaient maîtres de la côte, il n’est pas exclu qu’ils fassent des offres de paix directes ou indirectes. (…) Réponse : (…) Il faudrait d’ailleurs les souhaiter inacceptables. Car autrement elles masqueraient certainement le dessein d’écraser la France en deux temps. A nouveau, Prague suivrait infailliblement Munich. » (cité p 385, par… F Delpla, Papiers secrets…)

Il faudrait maintenant que les alliés prennent au sérieux une vague annonce, qui plus est colportée par un intermédiaire qui a prouvé sa grande naïveté précédemment. Mais le caractère généreux des propositions peut être légitimement suspecté, puisque la possession du bassin de Briey permet de rendre inefficace la ligne Maginot – Hitler n’a pas procédé de façon différente avec la Tchécoslovaquie. On ne peut évidemment pas affirmer qu’il se serait comporté ainsi, puisqu’aucune négociation et a fortiori aucun accord n’a eu lieu en fait, mais on peut affirmer que la revendication du bassin de Briey n’était certes pas le meilleur moyen de faire comprendre qu’il renonçait à l’Alsace-Lorraine !

D’autant qu’un coup d’œil à une carte permet de comprendre très rapidement que la possession du bassin de Briey dessine logiquement la possession soit du sud du Luxembourg, soit d’un bon tiers de la Moselle. C’est l’argument très sérieux de Jardin David.

F Delpla nous répond : « Briey était difficile à détacher de l'ensemble ? Göring et son maître, à ce stade, avaient-ils poussé aussi loin l'analyse ? » Autrement dit, Hitler monte une manœuvre diplomatique et militaire conjointe, délicate, dont dépend le sort de l’Allemagne nazie, mais ils n’auraient pas « poussé aussi loin l’analyse » !

On peut toujours objecter que Hitler aurait pu renoncer à Briey et aux colonies au cours des négociations, mais le but était justement de rassurer l’Angleterre avant les négociations… L’important n’est donc pas ce que Hitler aurait éventuellement fait pendant les négociations, il est, dans l’hypothèse Delpla, de savoir ce qu’il fait avant pour inciter l’Angleterre à venir à la table des négociations. Pas grand-chose, puisqu’une fois de plus, l’idée est d’abord d’abattre la France en la détachant de l’Angleterre.

Le problème n’est en aucun cas de savoir ce que Hitler pourrait envisager comme conditions de paix pour l’Angleterre, il est de savoir comment l’Angleterre envisage ces conditions de paix, et ce que Hitler peut avoir fait pour… Or, si le message de Goering est là pour rassurer l’Angleterre, le moins que l’on puisse dire est qu’il est très mal rédigé, et qu’il n’atteint absolument pas son objectif. Il faut en conclure que, si ce message est une partie d’un plan précis, il est bien mal formulé et bien mal utilisé. Hitler aurait donc commis diplomatiquement une belle bourde… mais il serait incapable de commettre une erreur d’appréciation sur le plan militaire ?

Une future proposition de paix… qui ne vient pas !

Venons-en maintenant à un autre aspect :

Le « message » de Goering, si il a un sens diplomatique, annonce une proposition de paix venant de Hitler lorsque l’armée allemande se sera rendue maîtresse de la côte belge et de Calais.

C’est bien ce qu’attendent les Anglais (cf la citation de Churchill, supra) et surtout les Français, ou au moins Reynaud, comme le montre la citation précédente.

C’est évidemment ce que retient le rédacteur de la note du Quai d’Orsay, intitulée Offres éventuelles de paix de l’Allemagne et qui se termine par cette phrase « Il est permis de se demander en particulier si le Duce n’attend pas le moment où M. Hitler, s’estimant vainqueur, formulerait des conditions de paix, pour entrer lui-même en scène. »

Le 24 mai, l’armée allemande n’est maîtresse ni de la côte belge, ni de Calais, et aucune proposition de paix ne vient.

Pour expliquer cela, F Delpla ne retient que le nom Calais et explique l’absence de proposition par l’arrivée de Churchill à la place de Chamberlain : Hitler aurait effectivement fait une proposition si Chamberlain était resté Prime minister, mais ce n’est plus possible avec Churchill ! Autrement dit, comme un "die hard" est au pouvoir, c'est désormais à lui de demander la paix, et non à Hitler de faire une proposition de paix, comme il l'avait lui-même - ou plutôt Goering - annoncé. Autrement dit encore, si des faibles avaient été au pouvoir, Hitler leur aurait fait une proposition de paix, puisque des durs (enfin un dur) sont au pouvoir, il faut que la proposition de paix vienne d'eux...

Bien que ce raisonnement soit essentiellement spéculatif, il faut s’attarder sur ce qui modifierait la position de Hitler : ce seraient le comportement irrationnel de la BEF, preuve de la volonté de Churchill de la sacrifier au seul profit de l’alliance et de la continuation de la guerre, et la crainte qu’il fasse valoir qu’une proposition de paix généreuse soit interprétée comme une preuve de faiblesse.

La BEF aurait un comportement irrationnel !

Au lieu de retraiter vers les ports, la BEF d’après F Delpla, retraiterait vers le sud en vue de la préparation d’une contre-attaque. Outre que l’on ne voit pas très bien ce qu’aurait d’irrationnel la préparation d’une contre-attaque – après tout, celle du 21 a fait très peur au commandement de la Heer - le repli vers le sud est une vue de l’esprit. Il suffit de comparer les cartes de situation des grandes unités établies par le SHAT entre le 12 et le 24 mai (en ligne sur ATF40), pour constater que le repli britannique se fait dans une direction ouest-sud-ouest, et donc vers Boulogne. Les divisions qui sont déplacées vers le sud le sont aussi pour garnir défensivement la poche qui est en train de se créer. Rien donc que de très logique.

Le général Franklyn a évacué Arras dans la nuit du 23 au 24, donc avant le Haltbefehl …

C’est aussi précisément entre le 22 et le 23 que sur le front du Heeresgruppe B apparaît une divergence entre la BEF et la Ière armée : alors que les forces françaises restent sur la position marquée par l’Escaut de Valenciennes et le canal de la Sensée, les britanniques retraitent sur la position frontière.

Ainsi, même si les alliés peuvent semblent solidaires, les premiers signes de divergence apparaissent sur le terrain, et depuis le 16 la BEF retraite avec méthode en direction des ports, et renforce la défense de ces même ports depuis le 21.

D’après F Delpla, l’attitude de la BEF ne pourrait être que le reflet de la volonté de Churchill, laquelle s’opposerait depuis presqu’une semaine aux demandes de Gort. Il est exact que Pownhall note dès le 15 qu’il faudrait évacuer trois armées. Pourtant, on trouve chez F Delpla (Papiers secrets… p 262) la note suivante :

« Sur les rapports franco-britanniques dans la poche du Nord, le Journal de Voruz apporte des lumières nouvelles. Les relations des chefs de la BEF avec la mission française [de liaison, dont le général Voruz est le chef, note DH] sont bonnes jusqu’au 22 mai, à ceci près que le 16 ils ont du mal à croire nécessaire le repli ordonné par Billotte, et que le 20, divers officiers se montrent nerveux et irritables, accusant les français d’être responsables de leur recul. »

En fait, ce n’est que le 19 que Gort a fait valoir que l’évacuation pourrait devenir indispensable. Ce n’est qu’à partir du 20 qu’il apparaît effectivement que Churchill pèse sur les décisions du War Office. Mais c’est le moment où les anglais renforcent la défense des ports de Boulogne et Calais, tout en commençant les évacuations de « bouches inutiles ».

D’autre part, la Wehrmacht n’a pas de vision claire de la position des unités alliées qui ne sont pas au contact. Les renseignements dont dispose le Groupe d’Armées Rundstedt indiquent une grande quantité de troupes dans le quadrilatère Dunkerque-Courtrai-Béthune-Calais le 23 mai ! (Kriegstagebuch West des Heeresgruppe A, traduction en ligne)

Petit rappel tout de même, il ne se passe que 9 jours entre le début du repli (16 mai) et l’abandon officiel du plan Weygand (25 mai) ! Autrement dit, c’est quand enfin les anglais se dissocient des français que le Haltbefehl est levé ! Pourquoi alors la proposition de paix ne vient-elle pas, puisque la BEF se comporte enfin comme l’attendrait Hitler ?

Dernière chose : beaucoup à cette date, considèrent que l’Angleterre ne pourrait pas se maintenir dans la guerre sans la France, et c’est précisément ce sur quoi compte Hitler (voir Lukacs, p 31 à 33, voir Delpla, supra). Il était donc parfaitement logique de maintenir la BEF en France tant qu’il restait une chance pour le plan Weygand !

Contrairement donc à l’affirmation de F Delpla selon laquelle « il avait un tableau dans lequel le gouvernement britannique n'avait manifesté aucune velléité de rembarquer ses troupes », la seule chose qui apparaît est que la manœuvre de retraite n’est pas assez rapide par rapport à l’avance allemande, ce qui est tout de même le but même du Fall Gelb !

Churchill pourrait « retourner » la proposition !

C’est l’argument le plus difficile à réfuter, tant il ne repose que sur une interprétation personnelle. D’après F Delpla, Hitler pense donc que Churchill pourrait exploiter la modération de la proposition pour convaincre ses alliés ou ses collègues du War cabinet qu’elle révèle en fait la faiblesse de Hitler. Mais l’annonce d’une proposition future est déjà faite ! Les conditions « généreuses » seraient déjà connues. Donc Churchill est déjà en position de la retourner si il le veut. Ne pas la confirmer ne peut que renforcer les doutes sur la sincérité de cette annonce chez ceux qui y croiraient (et l’on n’a vu que chez les Anglais, personne ne s’attend à une proposition de paix concernant l’Angleterre) et affaiblir leur position. En aucun cas, elle ne peut affaiblir Churchill. Churchill base toute son argumentation sur la conviction que les conditions de l’Allemagne ne peuvent être que très dures. Personne ne le contredit, sinon Halifax mollement. Et Halifax n’aurait donc pas mis dans la confidence Chamberlain ? En conclusion, sans proposition de Hitler au moment du Haltbefehl, ce sont ceux qui croiraient à l’imminence d’une telle proposition qui verraient leur position affaiblie, et il y a assez peu de chances qu’une réelle proposition renforce la position de Churchill, bien au contraire.

Le Haltbefehl, un ordre a priori risqué ?

Le Haltbefehl est le sujet de telles polémiques parce que ses conséquences apparaissent rétrospectivement catastrophiques pour l’Allemagne, le sauvetage de la BEF étant un facteur majeur du maintien de l’Angleterre dans la guerre. Il lui faudrait donc une raison où l’enjeu justifie un tel risque. Ce risque était-il perçu ?

La réponse est clairement non ! Probablement personne, ni en France, ni en Angleterre, ni en Allemagne, n’envisageait une telle réussite de l’opération Dynamo.

Les instructions de l’Admiralty à l’amiral Ramsey en font foi : « Il est impératif que l’opération Dynamo soit menée avec le maximum de vigueur, pour pouvoir transporter jusqu’à 45 000 soldats du corps expéditionnaire britannique en l’espace de deux jours ; il est probable qu’après ce délai, l’intervention de l’ennemi mettra un terme à l’évacuation. » (Au moment où ces instructions sont données, le Haltbefehl a été levé).

Goering, le 27, se gausse : « Seuls quelques bateaux de pêche font la traversée ; on espère que les tommies savent nager. » (cité par Lukacs 159)

Si les conséquences étaient imprévisibles, il est impossible d’affirmer que Hitler avait conscience de prendre un risque important, et donc nullement indispensable d’y chercher une raison supérieure qui eût valu de courir ce risque.

Des indices en faveur des thèses « diplomatiques »

A dire vrai, trois « traces » sont généralement citées à l’appui des théories diplomatiques du Haltbefehl. Le 2 juin, devant un parterre de généraux, Hitler explique que « la campagne sera terminée d’ici six semaines. Il [veut] signer une paix raisonnable avec la France, puis la voie serait libre pour une entente avec l’Angleterre. Puis, à [la] stupéfaction [des généraux], il parla avec admiration de l’Empire britannique (...)» (Blumentritt, cité par K.H. Frieser, le Mythe de la guerre-éclair, Belin, ed. française 2003, p 336) Ce jour-là, Hitler aurait également déclaré à Rundstedt, qu’en laissant échapper la BEF, il espérait avoir incité la Grande-Bretagne à la paix.

Si l’on considère que le déclaration est sincère, et ne vient pas justifier tout à coup un ordre qui s’avère lourd de conséquences et qui apparaissait inutile à une partie du Haut-Commandement, la surprise des généraux est instructive : pourquoi donc les anglais auraient-ils dû comprendre quelque chose que le haut-commandement n’avait lui pas compris ? Il s’agit ici davantage d’une justification de la thèse diplomatique façon Liddel Hart que de celle de F Delpla.

Les deux autres déclarations sont plus tardives : Jodl à Nuremberg, parlera de la « paix sur le sable de Dunkerque » et Hitler lui-même, dans ce que l’on a appelé son « testament politique », recueil de conversations avec Martin Bormann en 1945, déplorera que les anglais n’aient pas compris sa « sportivité » au moment de Dunkerque… On voit que ces déclarations ont eu lieu à un moment où la sincérité de leurs auteurs peut légitimement être mise en doute !

Voici d’ailleurs un jugement porté sur ce recueil : « Si les négationnistes se mettent à utiliser le "testament politique" pour tenter de montrer qu'on a méjugé Hitler, il importe (mais c'est toujours le cas en histoire) de rétablir le contexte. Ainsi montrera-t-on qu'ils continuent et prolongent sa besogne des derniers temps, consistant, avec la complicité de Göring, Himmler, Speer et quelques autres, et en laissant sur le bord de la route quelques comparses au cerveau lent comme Kaltenbrunner ou Bormann, à fignoler une image présentable du nazisme, en espérant qu'après quelques années de purgatoire il puisse retrouver des couleurs. » (F Delpla, http://www.39-45.org/viewtopic.php?f=58&t=16614)

En guise de conclusion…

Si l’on résume, d’après les sources disponibles :

- il n’y a aucune trace que le message de Dahlerus ait été pris en considération en Angleterre ;

- personne en France ne considère que le message de Dahlerus concerne également l’Angleterre ;

- personne en Angleterre ne semble réellement croire que les conditions de paix allemandes puissent être généreuses, pas même Halifax ;

- le message annonce une proposition de paix (dans des conditions qui ne sont pas réalisées au moment du Haltbefehl) qui ne viendra jamais ;

- le comportement de la BEF est tout à fait compatible avec une retraite progressive vers les ports, ce qu’il est bien, en définitive ;

- le risque que la BEF puisse être évacuée aussi efficacement n’était pas perçu ;

- il n’y a strictement aucune logique à penser qu’un arrêt de 48h pourrait mettre en difficulté Churchill grâce à un message préalable officieux qui ne concerne l’Angleterre que parce qu’il évoque une proposition de paix séparée vis-à-vis de la France, et ne contient rien qui puisse sérieusement rassurer l’Angleterre sur les intentions allemandes ;

- d’autant que l’absence de proposition ne peut qu’affaiblir ceux qui croiraient en cette annonce…

En conclusion, aucune source n’étaye une relation entre le Haltbefehl et la conversation Goering-Dahlerus. Non pas parce que le pendant anglais aurait disparu, mais parce que selon toute vraisemblance ce pendant n’existe pas, puisque l’intention initiale est de séparer la France de l’Angleterre. L’interprétation proposée ne se fonde désormais plus que sur des raisonnements supposés de Hitler qui lui-même supputerait les réactions de Churchill… et le rejet en bloc des explications militaires au prétexte qu’elles seraient multiples, nazies, et totalement réfutées par Frieser (ce qui n’est pas vrai au moins pour la crainte de contre-attaques, que Frieser reconnait puisqu’il dit que « Hitler devait avoir d’autres raisons que la seule peur d’une contre-offensive » ), et de l’explication de Frieser au motif… qu’elle ne correspond pas à sa propre vision de Hitler.

On a tout à fait le droit d’y croire.

Mais de là à vouloir imposer la thèse F Delpla comme seule acceptable, comme vérité, et pire, à expliquer que ceux qui n’y croient pas sont crispés sur l’interprétation militaire, il y a un monde.



Au-delà de la perpétuelle oscillation entre hypothèse et certitude (mon explication apparaît certainement fausse tout au long du message, pour finir "acceptable" dans la conclusion), j'ai ici un embryon de succédané de ce que je réclame depuis le début : une explication rivale.

Pour l'instant elle est toute négative : au lieu de dire "voilà ce que Hitler vise quand il attaque le 10 mai", il est dit "les documents dont se sert Delpla pour montrer ce que Hitler vise quand il attaque le 10 mai sont passibles d'une interprétation différente de la sienne". Mais cette interprétation n'est précisément qu'esquissée et reste un simple négatif de la mienne.

Faisant une montagne de l'expression "paix séparée" apparue dans le plus tardif des trois documents réchappés d'une destruction systématique (et tirant de grands effets rhétoriques du faible cas que j'en fais pour ma part), DH veut absolument que Hitler cherche uniquement, par son offre "généreuse", à séparer la France et l'Angleterre, pour concentrer les coups sur cette dernière.

C'est là, qu'on le veuille ou non, du Frieser et du pire : il s'agit d'un Hitler jouant au jour le jour sans plan défini, et croisant par hasard de temps en temps ses annonces de Mein Kampf sans les prendre lui-même au sérieux, comme un vieux chemin emprunté jadis tous les jours et retrouvé sur quelques mètres pendant une promenade quinze ans plus tard.

En réalité il est devant son défi le plus ardu : frapper à mort la puissance française sans susciter de haine ni de craintes mortelles chez son allié britannique. Il est donc tout à fait logique que Londres soit, via Dahlerus, premier destinataire du message, destiné à un gouvernement Chamberlain-Halifax.

Pas un mot encore chez DH des effets de ce changement gouvernemental, sinon pour caricaturer les miens. Pas un égard non plus pour la destruction d'archives londoniennes, naïvement avouée et que je suis le premier (merci qui ?) à avoir remarquée. C'est sans doute ce qu'il y a de plus dégoûtant dans le long article de Didier. Oui, il y a de quoi vous dégoûter de travailler... si une telle chose pouvait m'arriver.

J'ai présenté Dahlerus comme un habitué des navettes entre Berlin et Londres. Eh bien j'ai écrit n'importe quoi puisque ce n'est qu'en juillet-août 39 que le mot est approprié. En effet, Dahlerus est bien venu à Berlin en septembre, mais alors il n'est pas allé à Londres. Bref,

Citation:
Entre septembre et avril-mai, il n’apparaît pas, à ma connaissance, quelque navette entre Berlin et Londres.


Quel aveuglement ! Non seulement le nom de Dahlerus a été (je l'ai démontré et Didier n'y fait aucune allusion) pourchassé dans les archives du Foreign Office, mais il a été oublié sur une chemise pendant la guerre de Finlande (hiver 39-40), ce qui laisse à penser qu'il a fait à ce moment aussi une navette. Sans exclure que, pour des raisons de discrétion étant donné l'état de guerre, et sans même attendre les difficultés de trajet résultant de l'occupation allemande en Norvège et au Danemark, il ait désormais borné ses navettes, côté anglais, à l'ambassade anglaise de Stockholm.

On notera aussi la persistance du mot "amateur" accolé au nom de Dahlerus : voilà qui rattache le billet de Didier au conservatisme historique le plus épais -les historiens, avant Costello, ont en effet longtemps accordé à ce négociateur une attention insuffisante, sous le prétexte qu'il n'était pas diplomate de profession.


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MessagePosté: Lun Sep 10, 2012 10:44 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
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Encore une capdebosquerie :
Citation:
Thierry Moné




Nouveau messageSujet: Re: Enigme septuagénaire, l'arrêt devant Dunkerque ou Haltbefehl Aujourd'hui à 10:01

[NDLM: message rédigé et bloqué au moment où je verrouillais, je le laisse donc passer. Maintenant en revanche c'est terminé ! - LC]

(suit le message de Thierry)


Le malheur, c'est que j'avais posté un peu avant ceci :

François Delpla a écrit:
Lien vers une réponse à Didier : viewtopic.php?f=29&t=342&p=14417#p14417


Deux poids, une démesure !

Reste à espérer que les adversaires du verrouillage (assez peu nombreux à vrai dire) trouvent tout seuls le chemin du présent fil.

Le dernier décret-loi autocratique de Louis C vaut d'ailleurs le détour : libre à chacun d'ouvrir un nouveau fil sur le Haltbefehl, mais les hérétiques -idées ou personnes- en seront impitoyablement exclus !

http://atf40.forumculture.net/t5059p435 ... fehl#43782

Citation:
Ainsi que je l'ai annoncé, il est licite d'ouvrir un (ou plusieurs) nouveaux fils sur Dunkerque, à la condition expresse qu'ils soient informatifs. Par exemple positions des unités, détails des combats, ce genre de choses. En revanche, les théories de François Delpla sur l'ordre d'arrêt bénéficient d'une exposition suffisante sur notre forum, via deux fils de discussion dont la longueur cumulée dépasse les 40 pages, sans compter un fil fleuve datant de 2006 et consultable sur son forum pour lequel des liens ont été postés ici et autres fils dans d'autres forums. En conséquence, je persiste et signe dans ma démarche liberticide et préviens que je censurerai à vue et sans nouvel avertissement:
- tout nouveau fil de discussion qui s'ouvrirait portant sur les théories de François Delpla, y compris pour les critiquer (cette critique a, elle aussi, bénéficié d'une exposition suffisante ici);
- une publicité excessive pour ce type de discussions, via des messages postés dans des fils existants et disant par exemple "voici un lien vers un nouvel article écrit par FD sur le sujet" ou "on peut consulter un débat intéressant portant sur les théories de FD dans ce forum". C'est l'équipe de modération d'ATF40 qui décidera ce qui constitue une publicité "excessive": parfois le premier message du style pourra très bien être enlevé. Oui, je sais, c'est arbitraire et très méchant.


Conservez, encadrez, dans quelques années on refusera de vous croire quand vous direz qu'en 2012 on osait, en France, être aussi directif et aussi fier de l'être, dans un lieu en principe voué au débat !

Mais trêve de pastiches d'Alfred Jarry, et place au perfectionnement de l'explication de l'ordre d'arrêt.


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MessagePosté: Mar Sep 11, 2012 8:49 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
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AVIS DE VERROUILLAGE TECHNIQUE

Je verrouille ce fil pendant quelques jours pour permettre un redémarrage de la discussion à partir d'un résumé : viewtopic.php?f=29&t=852 .

La réouverture permettra de scinder les problèmes :

-sur ce fil-ci, on voudra bien concentrer les considérations sur les remous de l'été 2012 et les différents signes de panique dont ont fait preuve les tenants d'une évanescente explication militaire;

- sur viewtopic.php?f=29&t=852 , nous reprendrons l'analyse des sources et les conclusions à tirer de leur ENSEMBLE.


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MessagePosté: Ven Sep 14, 2012 7:17 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
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Le débat qui a eu lieu cet été sur ATF 40 est rébarbatif à lire, que ce soit sur place ou dans les sauvegardes rapides et incomplètes tentées ici, mais il peut être résumé d'une façon très simple.

Les adversaires de la thèse diplomatique (Hitler stoppe pour favoriser, ou du moins ne pas entraver le cas échéant, un traité de paix général et immédiat) font tout pour noyer le poisson :

-le porteur vivant de cette thèse (son tout premier auteur publié en livre, John Costello, étant décédé en 1995) est bourré de défauts personnels (inversement, toute critique par lui d'une position est facilement assimilée à un mépris constant pour les personnes qui ne partagent pas son avis);

-parmi ces défauts, celui d'écrire des phrases comme la précédente, au lieu de passer son temps à distinguer soigneusement chacun de ses détracteurs pour lui rendre son dû dans des posts individualisés : signaler un défaut très répandu serait les mettre tous dans le même sac en un "malhonnête amalgame" (le spécialiste de cette pleurnicherie précise est Didier Houliez);

-je constate l'absence de toute thèse rivale, présentée en 2012 de façon complète par une personne prête à justifier de la moindre bribe de ce qu'elle avance. Toute demande dans ce sens provoque des réponses énervées ou erronées (on prétend qu'on l'a déjà fait, sans lien ni précision d'aucune sorte). Ceci explique cela : qui veut garder sa foi dans les thèses floues traditionnelles est bien obligé de dénigrer, dans sa personne, celui qui, depuis vingt ans, en propose une à la fois claire et nouvelle;

-cette situation a débouché très normalement sur une attitude, en matière de modération, pire que tout ce que je connaissais, même si l'arme du bannissement n'est pas utilisée : prise du pouvoir par un seul qui en plein débat se met à produire des règles restrictives visant le seul porteur de la thèse nouvelle et à s'arroger le droit de décider instantanément si elles sont respectées ou non, la sanction étant la destruction immédiate, totale, ou partielle, du message incriminé sans égard pour ceux qui lui ont répondu et en disant pis que pendre de ce qu'on a fait disparaître, sans que quiconque puisse vérifier;

-tout cela ne prouve certes pas la validité de ma thèse, mais les difficultés énormes que rencontrent ceux qui entreprennent de la réfuter.


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MessagePosté: Sam Sep 15, 2012 6:52 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
Messages: 6775
Cela va sans dire... et je l'ai déjà beaucoup dit mais il semble nécessaire de le répéter : la très légitime sévérité de mes critiques envers le traitement récent de la question du Haltbefehl sur ATF 40 s'accompagne d'une reconnaissante reconnaissance (au nom de l'intérêt de la recherche historique) du fait que des gens comme Monsieur Houliez, les deux Louis et quelques autres prennent la peine de discuter une thèse que tant de spécialistes reconnus traitent par le silence, à moins qu'ils ne l'assimilent de la plus grossière façon à la thèse diplomatique antédiluvienne initiée par Liddell Hart (Hitler stoppant pour favoriser un embarquement suivi d'un traité de paix généreux avec la seule Angleterre -tel est le fil rouge, en particulier, du livre Miracle à Dunkerque -1994- de Jean Vanwelkenhuyzen, lequel est resté sans réaction devant ma Ruse nazie de 1997).


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MessagePosté: Dim Sep 16, 2012 3:28 pm 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
Messages: 6775
Cela dit, quand je lis une chose pareille, je me dis que l'autoritarisme de Louis C ne s'applique pas qu'à ma personne, ni à la question du Haltbefehl :

Louis a écrit:
Citation:
BRH a écrit:
Il n'y a rien à répondre à ce petit pensum.


J'en prends acte. Tant que ses arguments resteront sans réponse, "ce petit pensum" sera donc lui-même considéré comme une réponse parfaite à vos déclarations qu'il n'y avait qu'à et que Weygand aurait dû. Toute nouvelle répétition desdites sera donc superflue.


Question : ai-je été le catalyseur qui a déclenché le surgissement de cette raideur, ou s'était-elle déjà manifestée à d'autres propos ?


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MessagePosté: Mar Sep 18, 2012 8:21 pm 
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Inscription: Dim Juil 02, 2006 10:41 pm
Messages: 800
ça ne m'amuse plus de dialoguer avec ces messieurs. Ils veulent à tout prix nous faire croire que Weygand était un grand stratège, dénué de moyens.

S'il n'avait guère de moyens, en effet, il était surtout décidé à ne pas faire de stratégie, mais de la politique !

_________________
"L'Histoire est un mensonge que personne ne conteste." Napoléon


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MessagePosté: Mer Sep 19, 2012 11:21 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
Messages: 6775
Je souscris à cette analyse... à un détail près.

On ne peut pas accuser un forum d'avoir une tendance, dans la mesure où il est fréquenté par des intervenants suffisamment divers. Cela me rappelle un vieux crépage de chignon avec des gens qui voulaient à toute force qu'un certain forum fût "pétainiste".

Ce qui peut arriver, c'est qu'un certain nombre de modérateurs semblent se coordonner pour faire triompher une thèse en pénalisant de toutes sournoises façons ses rivales. C'est dans ce genre de cas que je rappelle qu' "on ne peut verrouiller la Toile". Il y a toujours des lieux où s'exprimer (notamment ici !) et ce genre de petit jeu, si la protestation des internautes n'y met pas fin promptement (critère important de santé d'un forum), ne peut se prolonger indéfiniment.

Le fond de l'affaire, c'est le fanatisme. Son mécanisme est toujours le même depuis Voltaire :
Citation:
Lorsqu'une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J'ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s'échauffaient par degrés malgré eux: leurs yeux s'enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits.


Il me semble qu'en France nous sommes en ce moment dans une phase de progrès du fanatisme. Dernier exemple en date, les caricatures anti-musulmanes de ce matin dans Charlie-H.

Et dire qu'il avait dû changer de titre (il s'appelait Hara-Kiri Hebdo) en 1970 parce que le ministre de l'Intérieur Marcellin (et sans doute une bonne partie de son gouvernement) n'avait pas toléré la Une "Bal tragique à Colombey, un mort", stigmatisant de façon plutôt saine le déséquilibre de la presse entre la mort du Général et l'incendie d'un dancing en carton-pâte ayant fait plusieurs dizaines de victimes !

On nous dit : la liberté d'expression, il faut bien que les musulmans s'y fassent, de la part d'un journal qui a toujours bouffé du curé.

Oui, mais il se trouve qu'il bouffe de préférence de l'imam ces temps-ci, et depuis des années ! Mais je m'échauffe et m'égare, car l'affaire a déjà son fil : viewtopic.php?f=50&t=837&p=14412#p14412 .


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