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 Sujet du message: Contresens sur la crise ?
MessagePosté: Sam Nov 22, 2008 8:55 pm 
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Inscription: Mar Juil 11, 2006 4:47 pm
Messages: 13
Bonjour,

Je viens de lire votre dernier éditorial du 14 octobre et, en un sens, je le trouve assez amusant : quand vous causez histoire, je vous fais confiance, mais quand vous vous aventurez dans l'économie, vous laissez plus de place aux préjugés qu'à la réflexion et aux faits :

> la politique publique américaine est au cœur de la crise de l'immobilier. Notamment, Freddy Mac et Fannie Mae, qui ont été les pousse-au-crime de la bulle, sont des produits du New Deal. Si vous voulez interpréter cette crise dans une perspective historique, il serait plus fructueux de la voir comme une liquidation des derniers vestiges du New Deal que comme une occasion d'appliquer les leçons du New Deal (il y aurait d'ailleurs beaucoup à dire sur les résultats du New deal http://workforall.net/Lecons-du-Crash-d ... ssion.html).

> une mauvaise régulation bancaire, déresponsabilisante, et une fiscalité inadaptée (favorisant la dette par rapport au capital) ont grandement contribué à la gravité de la crise. C'est pourquoi conclure que la crise actuelle invalide le libéralisme me parait pour le moins osé.

> enfin, je pense que vous faites un contre-sens sur la signification de cette crise. C'est une crise de la dette, de toutes les dettes. Or, les entités les plus endettées sont les Etats. Je me risque (admirez mon courage) à faire une prédiction dans une situation si fluctuante : la situation actuelle, où les Etats viennent au secours du privé est transitoire. Bientôt, les Etats non vertueux (c'est à dire tous sauf la Suisse et le Canada) seront étranglés à leur tour par leur dette et sera la fin des Etats-providences, qui n'auront été qu'une parenthèse de l'histoire (1). Je vous autorise à me mettre cette prédiction sous les yeux dans deux ans et à bien rigoler si je me suis trompé.

Un dernier commentaire : que devraient faire les Etats face à la crise ? Faire leur boulot d'Etats : faire respecter les lois et les réglements, et non essayer de les tordre pour arranger Pierre ou Paul en fonction des circonstances.

Quant à donner de l'argent des contribuables (rappelons que l'Etat prend l'argent dont il vit) à des boites au bord de la faillite, c'est récompenser la mauvaise gestion.

Cordialement

FB

(1) : je précise ma pensée. L'inflation réduit mécaniquement la dette, inversement la déflation l'augmente mécaniquement. Or, les derniers communiqués de la Fed pointe l'inquiétude de la déflation (vous ne pouviez le savoir le 14 octobre). La déflation favorise la dette étatique dans un premier temps, mais si elle dure, Les Etats se retrouvent dans une situation précaire. Dans ce cas, les Etats auraient bien du mal à trouver des créanciers (La France doit trouver chaque semaine des créanciers prêts à lui prêter environ 1 milliards d'€). Les Etats seraient alors obligés de baisser leurs dépenses de 30 %, voire plus. Ca serait la fin des Etats providence, ce qui ne me chagrinerait certes pas, mais qui me fait quand même très peur : j'imagine qu'une telle évolution ne se ferait pas sans que le sang coule (1793, 1848, 1871 etc ...).


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MessagePosté: Dim Nov 30, 2008 9:51 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 7:20 am
Messages: 6769
Pardon de répondre seulement aujourd'hui : le signalement des nouveaux messages sur ma boîte de réception laisse à désirer (avis général : m'adresser un mél si on souhaite que je sois prévenu à coup sûr).

En deux mots car mon travail de traduction sur Schindler m'accapare, je me bats actuellement surtout contre les approches que j'appelle religieuses. L'étatisme ou le libéralisme, en soi, m'indiffèrent ou plutôt les deux me révulsent, s'il s'agit de lunettes transformatrices des faits.

Vous-même, sur votre blog http://fboizard.blogspot.com/, êtes affecté d'une fréquente tendance à privilégier le privé et à dénigrer le public en tant que tels.

En France depuis que je suis tout petit les idées libérales dominent largement. La prétendue gauchisation voire marxisation de l'université, toujours très mal située dans le temps et l'espace, ne m'a jamais semblé que pleurnicherie de qui ne supportait pas, même majoritaire, d'être contredit. Cependant, il est de fait que dans les années 1990 les idées libérales ont connu un âge d'or et une quasi-exclusivité, à la suite de l'effondrement du système que vous savez. Cette situation n'a hélas pas encouragé les libéraux à approfondir leurs théories mais plutôt, comme je le suggère dans cet édito, à rechercher une sorte de solution finale contre le New-Deal et l'Etat-providence.

La période actuelle engendre une nouvelle ouverture du jeu.


PS.- "Etat-providence" est une expression idiote et ses partisans auraient intérêt à en trouver d'urgence une autre, comme les altermondialistes l'ont fait quand ils ont mesuré le caractère fâcheux du mot "anti-mondialiste".

Il n'y a pas de providence et il ne doit pas y en avoir puisque toute production est faite par des hommes. La seule question est celle de la plus ou moins grande inégalité dans le contrat de travail, entre le possesseur de l'entreprise et le salarié. A qui le profit, la sécurité, la dignité, la liberté, etc. ?


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MessagePosté: Mar Déc 02, 2008 6:33 am 
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Inscription: Sam Juil 01, 2006 10:49 am
Messages: 1380
Localisation: Francais de Bangkok
Bonjour,
Je pense que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées entières prêtes au combat. Si le peuple américain permet un jour que des banques privées contôlent leur monnaie, les banques et toutes les institutions qui fleuriront autour des banques priveront les gens de toute possession,d'abord par l'inflation, ensuite par la récession, jusqu'au jour où leurs enfants se réveilleront, sans maison et sans toit, sur la terre que leurs parents ont conquis.

Non, ce n'est pas une profonde pensee de Daniel. L'original :
Citation:
I believe that banking institutions are more dangerous to our liberties than standing armies. If the American people ever allow private banks to control the issue of their currency, first by inflation, then by deflation, the banks and corporations that will grow up around the banks will deprive the people of all property until their children wake-up homeless on the continent their fathers conquered

Thomas Jefferson, 1802

_________________
Cordialement
Daniel
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MessagePosté: Lun Fév 09, 2009 1:09 am 
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Inscription: Jeu Aoû 31, 2006 3:52 pm
Messages: 16
Localisation: perpignan
Oui, affirmons haut et fort que le libéralisme est innocent !
Les racines de la crise actuelle remonte à la fin des années soixante lorsque la droite conservatrice américaine a établi toute une batterie de"think-tanks" destinés à contrer l'idéologie "progressiste" qui sévissait alors aux Etats-Unis... ( Contre culture, Rock'n'roll, libéralisation des mœurs, Laissez-aller de l'administration démocrate, conquête de l'égalité raciale etc... ). L'aboutissement de ce processus fut d'abord sur le plan économique le début de démantèlement de la société de téléphone Bell en multiples sociétés concurrentielles qui annonçait les multiples privatisations ultérieures, puis sur le plan politique et sociologique l'élection du président Reagan et dans une moindre mesure de Tatcher en Angleterre...
Ces deux élections permirent à une classe conservatrice capitaliste de disposer enfin du pouvoir politique pour imprimer leur idées au reste de la société. Ce faisant débutait un processus de privatisation en tout genre, de démantèlement de l'état providence ( ou mieux de rendre en privatisant tout autour l'impossibilité de l'existence de cet état... ); les armes de ce combat furent les institutions internationales ( F.M.I, banque mondiale etc... ), la politique générale du monde Anglo-saxon notamment la place de la Grande-Bretagne dans l'Union Européenne agissant comme un cheval de Troie, les intérêts des classes dirigeantes mondiales qu'elles soient politiques ou économiques ainsi que leur soumission et leur fascination pour le monde Anglo-saxon et Etatsunien en particulier. La guerre froide soudant l'ensemble face à une idéologie de gauche assimilée au communisme ceci dans un premier temps...
L'effondrement du communisme permit à ce beau monde de se "lâcher" sans crainte; il n'y avait plus de modèle alternatif crédible donc la fin de l'histoire advenait ( voir les thèses de F.Fukuyama ) et le capitalisme néolibéral financiarisé ( la financiarisation de l'économie étant la résultante de la libéralisation de l'économie et de la dérégulation des marchés financiers qui atteignant une masse critique vers le mileu des années 80, allait acquérir son autonomie économique ) allait pouvoir s'épanouir pour des siècles et des siècles...
La gauche ( communiste ou non ) parallèlement, voyant ses "certitudes" s'effondrer se rallia à l'idéologie dominante et en fut discréditée ( voir le caractère gauchiste d'un Blair, la 2ème élection de Clinton sur des thèmes dérobés aux conservateurs et l'état de la gauche européenne en général... ). tout allait donc bien dans le meilleur des mondes possible...
Les ultimes partisans de la régulation étant naturellement tout à la fois archaïques et totalement incapables d'appréhender la modernité.... Bref des dinosaures !
Seulement, une triple crise prenait forme de manière discrète mais néanmoins assez prévisible; à savoir : le développement de bulles spéculatives à intervalles rapprochés fragilisant le système, la paupérisation relative des populations occidentales dues au transfert de richesses entre le capital ( nourrissant les bulles spéculatives ) et le travail ainsi que de la mise en place d'un libre-échange généralisé et enfin la crise écologique dont l'effet de serre n'est que la résultante ultime de la prolifération des êtres humains sur la planète.
Les trois crises ont éclaté quasiment en même temps se révélant l'une l'autre et sont devenues évidentes en septembre dernier pour les Français.
Le problème étant pour la France que nous avons élu, il y a 18 mois le dernier représentant pur et dur de cette idéologie au moment ou partout dans le monde elle était remise en cause. Quant aux solutions à trouver et à mettre en œuvre, elle me paraisse un peu illusoire; les résultats de négociations internationales sont toujours "too few, too late " et devront ensuite être mises en œuvre par des hommes qui il y a 6 mois étaient adeptes de l'idéologie ( voir les tortillages de fesses de notre bien aimé grand leader prônant le protectionnisme ici et la libéralisation des échanges la bas... ) contraire et qui s'en était fait les complices passifs ou actifs et enfin se pose la question de la dépossession du pouvoir de groupes qui n'ont pas l'intention de renoncer à leurs petits privilèges et qui possèdent toujours de puissants appuis là ou c'est utile !
Bref, tout ceci prouve que le néo-libéralisme n'a rien à voir avec la crise, mais vraiment absolument rien à voir. Les vrais coupables étant les masses laborieuses précarisées qui osent réclamer une protection sociale, du travail, des retraites et des revenus décents...
Salauds de pauvres !

Amicalement

Gus


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