Le Forum de François Delpla

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MessagePosté: Jeu Jan 30, 2014 8:51 am 
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Comment débloquer une bonne fois les études sur le nazisme ? Heidegger fut l'une de ses dupes les plus célèbres et les plus importantes. L'intelligentsia française l'a sauvé du purgatoire entre 1945 et sa mort (1976), en montrant contre vents et marées que sa philosophie débordait son bref (mais enthousiaste) engagement nazi. Il est plus que temps d'aborder le volet hitlérien des choses. La parution, fin 2013, d'un dictionnaire français apologétique puis, en mars 2014, de "Cahiers noirs" du philosophe, dévastateurs pour le dictionnaire, pourrait créer un choc originel et une brutale prise de conscience : sur le nazisme on ne sait encore rien ou presque.

Pierre Assouline a ouvert le bal sur son blog : http://larepubliquedeslivres.com/heideg ... tionnaire/

Dès qu'il a connaissance des Cahiers noirs, Hadrien France Lanord, l'un des trois directeurs du dictionnaire et l'auteur de l'article sur l'antisémitisme, plaide coupable tout en amorçant une vigoureuse contre-attaque : http://parolesdesjours.free.fr/actualiteheidegger.pdf

Il lit ce texte le 8 décembre dans une soirée du séminaire de la Règle du jeu où Sylviane Agacinski, notamment, lui donne la réplique : http://video-streaming.orange.fr/cultur ... 05747.html

Il semble aller de soi que pour tous les participants (y compris Alain Finkielkraut, interrogé à part) le nazisme est un objet simple et philosophiquement inintéressant. Au prix d'ailleurs d'une croyance enfantine en l'un des propos les plus mensongers de Heidegger sur le sujet : il se serait dégoûté des nazis à l'occasion de la nuit des Longs couteaux (30 juin 1934). Hé non : il a commencé à persifler dans ses cours (et seulement contre les seconds ...couteaux) fin 34-début 35 et ses partisans ne trouvent rien de plus précoce à se mettre sous la dent (à part sa démission du rectorat de Fribourg; hélas elle a lieu en avril 34, avant la sanglante nuit, et est donc forclose pour alimenter le mythe). Sylviane condense cette erreur en employant le mot "pègre" : il prendrait ses distances en comprenant qu'il a affaire à une bande d'assassins.

Voilà qui se retourne : puisqu'il supporte, aussi, cela, c'est que sa philosophie s'accommodait d'un peu de sang versé.

Et si, jusqu'à la fin, ses persiflages épargnent le Führer pour se concentrer sur ses lieutenants, c'est qu'il adhère à une vision (qui est aussi, par exemple, celle d'Otto Wagener) suivant laquelle Hitler a été fâcheusement accaparé par ses conseillers les plus médiocres, arrivistes et mafieux.

O vous mes frères passionnés d'histoire, il ne faut plus lâcher l'affaire ! Suivons ces débats, intervenons, faisons comprendre aux philosophes que l'établissement des faits est, pour eux aussi, une étape non facultative !


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 10:29 am 
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Citation:
Comment débloquer une bonne fois les études sur le nazisme ?


J'ai la réponse : en renonçant à l'anachronisme.
Tant qu'on n'aura pas compris qu'en 1933-38 les crimes du bolchevisme étaient commencés depuis vingt ans tandis que ceux du nazisme étaient presque tous encore à venir on s'exposera à ne rien comprendre. On s'exposera à trahir l'histoire. Ce décalage entre les deux frénésies fit que le communisme fit très peur et que son contraire, le nazisme, reçut, comme le fascisme, de grands soutiens. Or, comme le nazisme et le fascisme moururent longtemps avant le communisme et que l'Histoire est écrite par les vainqueurs, on a eu la victoire médiatique des communistes et la défaite médiatique des fascismes et du nazisme.
Cette question est rarement abordée. Elle l'a été néanmoins à propos de 3 fils notoires de "collabos" notoires, Dominique Jamet, Dominique Fernandez et J-P Azéma, quand ils furent réunis sur un plateau de TV. Dominique Jamet rappela qu'entre les deux guerres le fascisme eut une image séduisante. Il parut la jeunesse du monde, dit Jamet.
Dans ces conditions comment s'étonner que des gens très bien comme Pie XI, Churchill et Gandhi aient rendu visite à Mussolini ou que Jouvenel ou Duverger aient fréquenté chez Doriot ? Dans ces conditions pourquoi Heidegger n'aurait-il pas eu son heure pro-nazie ? Lloyd George n'a-t-il pas été reçu par Hitler ? Ne l'a-t-il pas trouvé un hôte parfait ? Sans même parler du duc de Windsor ou de Churchill lui-même. Oui, même Churchill a eu une phrase malheureuse sur Hitler. Léni Riefenstahl l'a rappelée pour se dédouaner de sa collaboration avec le personnage monstrueux par excellence que fut Hitler mais dont la monstruosité n'apparut pleinement qu'en 1945.


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 10:37 am 
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il est impossible de présenter les choses ainsi, particulièrement dans le cas de Heidegger.

Il n'a rien d'un innocent, ni d'un ignorant, c'est vers 1930 un savant au mieux de sa forme intellectuelle et il embrasse, en tous sens, le nazisme en pleine conscience de beaucoup d'enjeux. Pire, son autorité aide très puissamment Hitler à s'imposer dans les milieux intellectuels.

Sa grande faute -mais est-ce une excuse ?- est qu'il n'imagine pas une seconde que le régime, une fois installé, se passera aisément de son magistère et exploitera jusqu'au bout son soutien pour prendre des directions et des décisions que, certes, il n'avait pas entièrement anticipées.


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 10:48 am 
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Citation:
Il n'a rien d'un innocent, ni d'un ignorant, c'est vers 1930 un savant au mieux de sa forme intellectuelle et il embrasse, en tous sens, le nazisme en pleine conscience de beaucoup d'enjeux


Je n'en crois rien.
Si futé qu'il ait pu être, Heidegger ne pouvait prévoir les dérives du phénomène nazi. Personne d'ailleurs ne l'a fait.
Même pas ma grand'mère. Et pourtant, en tant que française, elle percevait en Hitler tout le poids de la germanité que Heidegger, lui, ne ressentait pas ou qu'il ressentait même positivement.


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 12:30 pm 
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Et puis, de toute façon, le refus de l'argument d'autorité t'interdit de te réclamer de la notoriété d'Heidegger pour prétendre qu'il n'a pu que prévoir les dérives du nazisme. Surtout que tu accentues cette violation de ta charte en te réclamant de sa maturité et de la plénitude de ses facultés lors de sa période pro-nazie.


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 12:35 pm 
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Citation:
Il n'a rien d'un innocent, ni d'un ignorant, c'est vers 1930 un savant au mieux de sa forme intellectuelle et il embrasse, en tous sens, le nazisme en pleine conscience de beaucoup d'enjeux. Pire, son autorité aide très puissamment Hitler à s'imposer dans les milieux intellectuels.


En matière d'utilisation de l'argument d'autorité n'as-tu pas, ici , dépassé toutes les bornes ?


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 4:35 pm 
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boisbouvier a écrit:
Citation:
Il n'a rien d'un innocent, ni d'un ignorant, c'est vers 1930 un savant au mieux de sa forme intellectuelle et il embrasse, en tous sens, le nazisme en pleine conscience de beaucoup d'enjeux. Pire, son autorité aide très puissamment Hitler à s'imposer dans les milieux intellectuels.


En matière d'utilisation de l'argument d'autorité n'as-tu pas, ici , dépassé toutes les bornes ?


???????????????

tu n'y comprends vraiment rien

pourtant tu cites de plus en plus souvent wikipédia. Révise ! http://fr.wikipedia.org/wiki/Argument_d%27autorit%C3%A9


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 5:59 pm 
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Exemples
« Comment Voltaire peut-il prétendre parler de l'égalité des Hommes alors qu'il avait investi dans le commerce des esclaves ? »note 3

« Comment peut-on lire ce que Jean-Jacques Rousseau peut écrire sur l'éducation des enfants alors qu'il a abandonné les siens ? »note 4

« Hannah Arendt n'est pas une philosophe à laquelle on puisse faire référence parce qu'elle a eu une relation avec un nazi en la personne de Martin Heidegger »

« Ce conférencier prône la mobilisation individuelle pour lutter contre le réchauffement climatique ; or il est venu à moto au centre de conférence, alors que celui-ci est desservi par les transports en commun. » (Quelle est la réfutation de cet argument ?)


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 10:16 pm 
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??????????????????????

??????????????????????

tes exemples seraient plutôt des contre-arguments.


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MessagePosté: Ven Juin 20, 2014 10:31 pm 
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Oui. J'ai voulu m'amuser. Heidegger ne fut pas coupable d'avoir été nazi puisque le nazisme, contrairement au communisme, n'avait pas encore commis de crimes à l'époque où Heidegger a adhéré à ce mouvement criminel. C'est au contraire s'il ne l'avait pas été qu'il eût été coupable de lâcheté dans ses choix politiques puisque, d'une part les nazis, comme les différents fascismes dans toute l'Europe, sont apparus comme les meilleurs garants de la défense des libertés et que c'est à la faveur de la confiance qu'ils ont inspirée qu'ils ont pris les commandes de l'état et que, de l'autre, la démocratie parlementaire donnait la preuve de son impéritie.


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MessagePosté: Sam Juin 21, 2014 4:36 am 
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je crains que tu n'amuses que toi quand tu es aussi mauvais clown.

L'argument d'autorité, tu l'utilises couramment en te retranchant derrière kershaw. Exemple : tu le suis aveuglément dans le plus mauvais chapitre de ses Fateful Choices à propos du moment, justement, le plus fateful de la guerre : http://www.empereurperdu.com/tribunehis ... =12&t=1175


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MessagePosté: Sam Juin 21, 2014 5:39 am 
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Certes, je suis Kershaw, mais pas aveuglément : à cause de la qualité de son argumentaire.
Premier point.
Mais je voudrais nous concentrer sur mon précédent propos.
Compte tenu de cette antériorité de vingt ans des crimes du bolchevisme sur ceux du nazisme et de l'impéritie (au moins apparente) de la démocratie parlementaire à les combattre, compte tenu aussi (et peut-être surtout) du bouleversement conceptuel radical qu'il constituait avec son Internationale qui mettait en cause toute l'histoire des civilisations et les nations elles-mêmes, n'était-il pas louable d'être fasciste en 1933-38 ? Gandhi et Churchill, je le répète, rendaient visite à Mussolini. Non seulement il n'était pas tabou mais encore il parut comme Franco un recours contre Lénine, Trotzky et Staline. Bref, le bolchevisme fit peur, très peur.
Les crimes du nazisme furent encore supérieurs à ceux du communisme mais ils leur furent postérieurs de sorte que les personnages qui furent fascistes en 1933 comme Heidegger, Jouvenel ou Duverger ne furent pas répréhensibles pour autant. Pas plus que ceux (dont je suis) qui ont voté la Constitution de la V° République dont l'article 16 donne, en fait, au président élu des pouvoirs illimités tout à fait comparables à ceux que Hitler a hérités au soir du 23 mars 33.
Si on adopte définitivement la règle de renoncer à l'anachronisme en Histoire (et comment pourrait-on la refuser, cette règle ?) on ne reproche pas à Heidegger son nazisme de 1933. On ne reproche pas à Hannah Arendt d'avoir aimé ce monsieur. C'était son droit.
Qu'en dis-tu ?


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MessagePosté: Sam Juin 21, 2014 6:27 am 
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La métaphore fameuse de l'homme qui se noyant se raccroche à un serpent a servi surtout pour qualifier la politique ottomane tout au long du XIX° siècle mais elle peut servir à l'entre-deux-guerres.
Le fascisme, c'est le serpent. L'homme qui se noie, c'est l'Europe de l'après guerre de 14.


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MessagePosté: Sam Juin 21, 2014 8:49 am 
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Et je me dis aussi que pour que des esprits aussi distingués que Bertrand de Jouvenel et Maurice Duverger aient pu fréquenter chez Doriot ou qu'un esprit aussi mesuré que ma grand'mère ait pu avouer avoir ressenti une attirance pour Mussolini, oui, je me dis qu'il fallut bien que le Bolchevisme fît peur.
Or, cette peur avait de quoi se nourrir et se fortifier. On l'a oublié mais partout où le Bolchevisme s'est installé il a régné par la terreur à une époque où Mussolini, loin de pratiquer le racisme et l'antisémitisme, s'entourait de femmes juives comme Anna Kulisciov, Angelica Balabanoff et Margherita Sarfati. Une banque juive de Turin finançait à pertes sévères son quotidien, d'ailleurs "socialiste".
Car ce socialisme-là répudiait l'internationalisme prolétarien.


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MessagePosté: Sam Juin 21, 2014 9:50 am 
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Puis-je te poser une question, Delpla ?
Entre Mussolini et Staline, qui préfères-tu ?

Et une deuxième ?
Entre Franco et Staline, qui préfères-tu ?


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