Le Forum de François Delpla

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MessagePosté: Mer Aoû 23, 2017 11:17 pm 
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Après la guerre, Heisenberg et les autres savants nazis furent enfermés à Farm Hall en Angleterre. La maison était truffée de micros, si bien que les Anglais ont tout écouté des conversations entre les scientifiques (nom de code "Opération Epsilon").
A l'annonce de la bombe sur Hiroshima et Nagasaki, les savant ont d'abord cru à un canular puis se sont résignés. C'est alors que Heisenberg s'est mis à expliquer trait pour trait comment les Alliés avaient du faire.
Ces conversations ont été diversement interprétés par les historiens. Powers (Le mystère Heisenberg 1992 + Stanley Goldberg et T. Powers "Declassified files reopen "Nazi Bomb" debates" Bulletin of Atomic Scientists sept. 1992 P.32-40 https://books.google.fr/books?id=pAwAAA ... &q&f=false photos innhtéressantes) y voit la preuve que Heisenberg pouvait la faire mais ne voulait pas la faire... Richard Rhodes (1988), Jeremy Bernstein (Hitler’s Uranium Club: the Secret Recordings at Farm Hall, 1996, https://books.google.fr/books?id=PQ5K2P ... &q&f=false) ou encore Paul L. Rose (Heisenberg and the Nazi Atomic Bomb Project, 1998 ; sur ces deux derniers https://www.aps.org/units/fps/newslette ... oct00.html) y voient au contraire la preuve de l'investissement total de Heisenberg dans la construction d'une bombe nazie.

Voici ces conversations :
http://germanhistorydocs.ghi-dc.org/pdf ... ish101.pdf

Je suis évidemment plus de l'avis de Rhodes/Bernstein/Rose, que de Powers à ce sujet.
La seule chose qui a complètement torpillé le projet de bombe a été la défaite allemande en URSS en 1941 (Hitler rate sa "conquête en 8 semaines")... qui a obligé Hitler à opérer des coupes draconiennes dans les budget... et comme la bombe atomique n'était pas prévue pour être opérationnelle à la fin de 1942, le budget a été coupé, ce qui a ralenti énormément les recherches, alors que de l'autre côté de l'Atlantique, exactement au même moment c'est l'inverse qu'il se passait. C'est ainsi que les Allemands qui avaient les meilleures chances de développer la bombe en 1939, se sont retrouvés dépassés par les Américains dès 1943.


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MessagePosté: Dim Aoû 27, 2017 12:29 am 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Pour montrer que Thomas Powers n'est pas le seul à répéter le discours Heisenbergien sur la rencontre de Copenhague, je cite ici le texte d'un chercheur allemand qui reprend la thèse Heisenberg-Powers...
Klaus Gottstein, Werner Heisenberg and the German Uranium Project (1939 – 1945)
Myths and Facts
, Munich, Germany, June 2016
https://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/1609/1609.02775.pdf

Notons que si cet auteur se trompe sur l'entrevue de Copenhague, il se trompe un peu moins sur les raisons de l'échec du projet allemand de bombe : "Heisenberg’s “failure” had nothing to do with “moral scruples”, sabotage or incompetence, as has been suggested by some authors. The project had just been terminated because it had shown that “bomb-building” would be extremely expensive, lengthy and useless for winning the war".
Ainsi, donc il refuse de l'écrire noir sur blanc, réflexe typiquement allemand, il ne peut l'écrire : que c'est à cause de la défaite allemande en URSS en 1941 que le budget est coupé... et que donc l'échec atomique allemand trouve sa raison non dans le coût du programme, mais dans l'échec de la stratégie hitlérienne soviétique ! On croirait encore raisonner, 75 ans après, les trompettes goebbelsiennes annonçant jour après jour des victoires les unes après les autres...


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 Sujet du message: Fritz Reiche parle !
MessagePosté: Dim Juil 08, 2018 10:46 am 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Du nouveau sur Fritz Reiche, le fameux juif allemand que Hitler dépêcha aux Etats-Unis avant Barbarossa pour faire croire aux anglo-américains qu'il aurait bientôt la bombe.

Fritz laissa un témoignage oral en 1962 où il raconte sa vie avant de passer l'arme à gauche en 1997. Le témoignage est disponible ici :
https://www.aip.org/history-programs/ni ... ies/4841-1
https://www.aip.org/history-programs/ni ... ies/4841-2
https://www.aip.org/history-programs/ni ... ies/4841-3

Il est interrogé par Thomas S. Kuhn un physicien américain, lui aussi d'origine juive.

C'est dans la dernière partie qu'il évoque le passage qui nous intéresse : son voyage de Berlin à New-York en mars 41 et le fameux message que Houtermans lui a demandé de répéter mot pour mot aux Américains.

Citation:
Very briefly, before we left Berlin - - I think it was even the day before, or two days before - Fritz Houtermans came to see me. And said, "Please remember if you come over, to tell the interested people the following thing. We are trying here hard, including Heisenberg, to hinder the idea of making the bomb. But the pressure from above" — the whole thing is very funny — this in parentheses — because it seems now to me that the thing just opposite. But at least he told me this — "Please say all this; that Heisenberg will not be able to withstand longer the pressure from the government to go very earnestly and seriously into the making of the bomb. And say to them, say they should accelerate, if they have already begun the thing." This was, by the way, February — no, March, '41. "They should accelerate the thing."

Well, I learned this a little by heart, and then I came over, and very shortly after we arrived the Ladenburgs took us out. We were living here somewhere in New York. And we came into a big party. There was collected Bethe, Wigner, Pauli, and all those people who are interested in these things. I remember von Neumann was also present, and different other people too. So it was a group of approximately ten or twelve people. And I told them exactly what Houtermans told me.

I saw that they listened attentively and took it. They didn't say anything but were grateful. And later I read the first report, the Smythe report. I told my wife at that time, "Well I have the impression, now I know." I didn't say then anything new, and they were already in the midst of the Manhattan Project, of course, and they knew everything.

Et il continue
Citation:
I thought really it is so that Heisenberg was strictly opposed to the whole thing. Obviously not. This was not so, I think.
"A l'époque je pensais vraiment que Heisenberg était opposé à la bombe, mais aujourd'hui évidemment que non je ne pense pas du tout qu'il y était opposé."

Reiche lui-même s'est rendu compte de la supercherie, de la manipulation dont il a été victime. Les paroles de Reiche que j'ai souligné le montrent.

Malheureusement, c'est le seul moment où Reiche évoque la chose. Son interlocuteur n'avait pas l'air pressé d'en savoir davantage, quand Reiche lui dit le fond de sa pensée : que Heisenberg et les autres faisaient tout pour avoir la bombe et obéir à Hitler, Kuhn répond avec un scepticisme désarmant "c'est dur à savoir" et change de sujet.

Conclusion : son témoignage confirme notre thèse qui veut que Heisenberg et les autres obéissaient à Hitler et faisaient tout leur possible pour avoir la bombe avant tout le monde. Il confirme donc aussi que le message Houtermans était une hypocrisie, une intoxication. Si son interlocuteur l'avait poussé un peu plus, Reiche aurait sans doute dit ce qu'il pensait : qu'il a été manipulé par Houtermans-Heisenberg-Hitler dans le but de faire croire aux Américains que Hitler aurait bientôt la bombe et que donc il ne fallait surtout pas l'attaquer, voire même qu'il fallait le dire aux Anglais et les convaincre de faire la paix avec Herr Hitler.
!


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 Sujet du message: La vie de Houtermans
MessagePosté: Dim Juil 08, 2018 11:21 am 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Houtermans est au coeur de cette histoire.

Juif, père hollandais, mère autirchienne. Apparemment seule sa mère était juive. A vérifier.
Il existe plusieurs version de sa vie :

1) la version la plus populaire : juif et communiste, il fuit Hitler et se réfugie en URSS chez Staline. Le méchant, idiot et antisémite Staline le prend pour un espion nazi et le renvoie en Allemagne en 1940. Le méchant intelligent antisémite Hitler ne le tue pas mais préfère se servir de lui dans son programme de recherche nucléaire pour faire la bombe A. Il survit à la guerre, jamais maltraité par les nazis. Antinazi, il envoie au risque de sa vie des messages secrets aux Alliés pour les tenir au courant des progrès de la bombe A allemande.

2) la version alternative : Houtermans n'était pas communiste, il était un espion allemand, il a servi Hitler du début à la fin. Repéré par le NKVD il est expulsé en 1940. Il est récupéré par les nazis qui le mettent au travail pour le projet de bombe atomique. Ils s'en servent aussi grâce à son image de "juif communiste résistant" pour intoxiquer les Alliés à propos des progrès de la bombe A : en 1941, il dicte un message à Fritz Reiche pour intoxiquer les Américains à la vielle de Barbarossa ; il envoie également un télégramme depuis la Suisse à Eugene Wigner scientifique américain travaillant au Projet Manhattan pour lui demander de "se dépêcher, car nous sommes sur la piste", encore une fois pour faire croire aux Alliés que les nazis étaient proches de découvrir la bombe A.

Cette dernière anecdote est rapportée par Wigner, Eugene P. and Andrew Szanton. The Recollections of Eugene P. Wigner as told to Andrew Szanton (Plenum, 1992). Wigner étant mort en 1995 il n'a pas démenti cette anecdote. Mais de quand date ce télégramme ?

Un article en anglais sur Houtermans : Khriplovich, Iosif B. "The Eventful Life of Fritz Houtermans", Physics Today, Volume 45, Issue 7, 29 – 37 (1992). Je ne l'ai pas lu mais il faudrait.

Un article en allemand sur sa vie :
http://www.naturwissenschaftliche-runds ... 4-2003.pdf


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MessagePosté: Dim Juil 08, 2018 10:22 pm 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Voici ce que je voulais poster en premier et qui a relancé mon intérêt pour cette histoire :

Mark Walker dans "Nuclear weapons and reactor researchs" (dans The Kaiser Wilhelm Society under National-Socialism, 2009, p.348-9) nous livre un écho de l'intoxication hitlérienne passée par Fritz Reiche.
Une fois arrivé aux USA Reiche répète fidèlement le message et Rudolf Ladenburg (physicien juif allemand ayant fui en 1933) l'écrit à Lyman Briggs, le chef du projet uranium américaain, le 14 avril 1941 :

Citation:
"cela pourrait t'intéresser de savoir qu'un de mes collègues [Reiche] qui arrivait de Berlin via Lisbonne il y a quelques jours m'a apporté le message suivant : un collègue de confiance [Houtermans] qui travaille dans un laboratoire de recherches lui a demandé de nous dire qu'un nombre important de physiciens allemands sont en train de travailler intensément sur le problème de la bombe à uranium sous la coupe de Heisenberg, que Heisenberg lui-même essaye de retarder le travail autant que possible , craignant les résultats catastrophiques d'un succès. Mais il ne peut pas contrevenir aux ordres, et si le problème peut être résolu, il sera résolu probablement très prochainement. Donc il nous a donné le conseil de nous dépêcher au cas où les USA entre en guerre rapidement."


Ce message montre que l'intoxication a marché : en mettant au courant un proche du président (Briggs), il y a toutes les chances que le président Roosevelt en entende parler. .

La manoeuvre a fonctionné. Mais elle n'a pas eu l'effet escompté : tenir éloigné de la guerre les Etats-Unis et les pousser à pousse l'Angleterre à la paix. Elle aura même l'effet inverse puisque cela convaincra le président américain de lancer le projet Manhattan.


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MessagePosté: Mar Juil 17, 2018 10:47 pm 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Bon, je m'excuse de parasiter votre forum ainsi, mais j'inscris ce travail dans votre approche de l'histoire hitlérienne, une approche qui met l'accent sur les ruses hitlériennes.

Du nouveau sur Houtermans :

A Berlin il était ami avec le Dr Paul Rosbaud. Or, Paul Rosbaud, dont la femme était juive et avait fui en Angleterre, travaillait pour le MI6 depuis sa rencontre avec Frank Foley officier du MI6 travaillant sous couverture à l'ambassade de Berlin au service des VISA. Paul Rosbaud a officiellement fourni de nombreux renseignements aux Anglais durant la guerre, notamment sur l'avancement de la bombe atomique allemande.
Houtermans était-il au courant du travail secret de Rosbaud ?
Houtermans lui-même travaillait-il pour le MI6 ? A-t-il été recruté ? Travaillait-il avec Rosbaud ?
Houtermans travaillait-il en tant qu'agent anglais quand il est ahttps://en.wikipedia.org/wiki/Frank_Foleyllé en URSS ?
Formait-il avec Rosbaud et Weissberg un groupe soudé d'amis plutôt socialiste et favorable aux juifs ? Ce côté fermé a-t-il condamné ce groupe en 1937 au moment des purges staliniennes ? Staline ne le sentant pas sûr à 100%. Avait-il deviné leur double-jeu ?
Hitler lui-même ignorait-il ce double-jeu ? Non, les Allemands avaient parfaitement identifié les activités de Frank Foley, et ils le laissaient sciemment sauver des dizaines de milliers de juifs allemands en leur accordant des VISA pour la Palestine ou l'Angleterre (à la manière d'un Souza-Mendès).
Staline lui aussi connaissait leurs activités, et il en a tiré les leçons : il les a emprisonné et expulsé.
Hitler lui a pensé pouvoir les manipuler. Sachant leurs liens avec les Anglais, il a pu les manipuler afin d'adresser aux Anglais ses fameuses intoxications que lui-même appelait "pilules".


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 Sujet du message: Re: La vie de Houtermans
MessagePosté: Sam Avr 27, 2019 10:49 am 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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GI Joe a écrit:
il envoie également un télégramme depuis la Suisse à Eugene Wigner scientifique américain travaillant au Projet Manhattan pour lui demander de "se dépêcher, car nous sommes sur la piste", encore une fois pour faire croire aux Alliés que les nazis étaient proches de découvrir la bombe A.

Cette dernière anecdote est rapportée par Wigner, Eugene P. and Andrew Szanton. The Recollections of Eugene P. Wigner as told to Andrew Szanton (Plenum, 1992). Wigner étant mort en 1995 il n'a pas démenti cette anecdote. Mais de quand date ce télégramme ?

Edoardo Amaldi était un physicien italien qui a vécu cette époque et connu les acteurs de ce drame, et particulièrement Houtermans.
Il s'est intéressé à tel point à lui qu'il en a écrit un livre. Mort en 1989, le livre en'est publié qu'en 2012 : The adventurous life of Houtermans.
Livre très intéressant qui reprend les archives familiales de Houtermans, notamment ses lettres à sa femme Charlotte (émigrée aux USA en 38) et à sa mère (restée à Berlin).
De manière globale, il reprend la thèse heisenbergienne.
Il en vient à parler du télégramme :

Citation:
In 1943 the anxiety of the scientists working in the Metallurgical Laboratory,
the Chicago phase of the Manhattan Project, was increased by another message
they received from Fissel: ‘‘Hurry up-we’re on the track’’ was the warning to his
colleagues [40].
I tried to get more information by correspondence with the author of the book
containing this news, who suggested to contact E. Wigner. But also Professor
Wigner could not add much, except that the cable was sent from Switzerland.
Apparently this message had an influence on the engagement of the scientists
working on the Manhattan Project. It was clearly inspired by the deep antifascist
attitude of Houtermans, but seen today, in retrospective, it appears very naive and
unjustified or at least inspired by unjustified presumptions.


Le télégramme date donc de 1943 !

Il a été révélé la première fois en 1971 dans un livre consacré au couple Roosevelt : J.P. Lash: ‘‘Eleanor and Franklin, based on Eleanor Roosvelt’s private papers’’. Cela montre à quel point ce télégramme était destiné avant tout au Président !

Mais, la remarque la plus intéressante tombe à la fin :
Citation:
It was clearly inspired by the deep antifascist
attitude of Houtermans, but seen today, in retrospective, it appears very naive and
unjustified or at least inspired by unjustified presumptions
.


Sous-entendu : c'était du vent !
Et, oui... du vent fait pour embrouiller les anglo-américains, la plus haute sphère américaine : Roosevelt.

Citation:
Un article en anglais sur Houtermans : Khriplovich, Iosif B. "The Eventful Life of Fritz Houtermans", Physics Today, Volume 45, Issue 7, 29 – 37 (1992).

Je l'ai lu finalement.
Très intéressant. Il ajoute des sources soviétiques sur Houtermans :
Houtermans a collaboré avec les nazis une fois de retour en Allemagne.
En 1942, les nazis lui proposent de retourner à Kharkov afin d'évaluer les scientifiques et les installations scientifiques de Kharkov.
Houtermans a été bien accueilli par le doyen collaborateur de la fac de Kharkov, un ancien codétenu de Houtermans dans les geoles du NKVD. Mais à Kharkov les soviétiques n'avaient laissé que les scientifiques de bas étage et les techniciens... Houtermans leur a rendu visité. Voire débarquer leur ancien collègue en uniforme nazi a fait très mauvaise impression sur ces collègues... d'autres se rassuraient de le connaitre... On ne sait encore exactement quel uniforme il arborait alors : SS ? du parti ? les choses ne sont pas claires, d'autant que Houtermans avait été envoyé là sous la férule d'un Amiral (!) de la Marine donc (!) mais il affirmait être là sous la tutelle de la Luftwaffe et donc de Göring (!). Cela est confirmé par une anecdote : Houtermans avait délivré des laissez passer aux travailleurs de l'Institut de Kharkov, des laissez-passer tamponné LUFTWAFFE, autrement dit la Heer, les soldats, ne pouvait rien faire contre eux en cas de problème. Et visiblement cela a sauvé la vie de certains d'entre eux puisque le jour où le chef de la garnison de Kharkov a été tué dans un attentat, les allemands ont raflé 2000 ukrainiens et exécuté 200 d'entre eux, parmi les 2000 raflés se trouvaient 2 scientifiques du centre qui grâce à leur laissez-passer Luftwaffe ont pu s'en tirer.

Donc, il est établi que Houtermans a activement collaboré avec les nazis et qu'il est illusoire de s'en faire un "résistant"...
Ses collègues mêmes en Allemagne ont été choqué de le voire accepter la mission de Kharkov et lui avaient déconseillé...

Citation:
[/quote]
Je n'arrive pas à retrouver cet article.


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MessagePosté: Ven Mai 10, 2019 3:14 pm 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Voici du nouveau.

Houtermans :
Andrew Szanton affirme dans son livre The recollections of Eugene P. Wigner (p.241, 1992) que Houtermans a envoyé un télégramme depuis la Suisse disant "Hurry up. We are on the track".
Wigner, qui travaillait alors sur le projet de bombe atomique américaine, explique qu'ils ont reçu le télégramme alors qu'ils étaient au travail au "Met Lab". Le Met Lab était le laboratoire de recherches dirigé par Enrico Fermi basé à Chicago.

A l'époque Wigner explique que cela les a poussé à accélérer le travail sur la bombe, car Hitler pourrait l'avoir eu. Pourtant, Wigner qui écrit après la guerre, avoue que Hitler n'était pas prêt d'avoir la bombe : "les scientifiques allemands comme Heisenberg ralentissait les travaux"... ou encore "ils n'avaient pas les moyens pour le faire".... "Hitler voulait finir sa guerre avant de l'avoir"...

Bref... il semble que sur le coup les Américains aient mordu à l'hameçon, mais que plus tard ils se soient aperçus que ce télégramme était du vent...
Mais, il ne vient pas à l'esprit de Wigner ou de quiconque que le télégramme de Houtermans était une intoxication hitlérienne ! Il n'y a aucune autre raison qui l'explique.

Ce qui m'interpelle, c'est que Wigner ne puisse pas en dire plus sur ce télégramme. Comme si quelqu'un était venu leur dire qu'un gars qui connaissait Heisenberg avait dit que les Allemands étaient pas loin d'avoir la bombe....

Et quand j'y pense, ça me fait penser à ce que disait Mark Walker (2015) : les responsables du projet Manhattan savaient dès 42 que l'Allemagne ne développait pas sérieusement le projet de la bombe, mais tenaient à faire peur à leurs scientifiques pour les pousser à travailler dur et pour avoir la bombe A. En gros, les responsables américains mentaient délibérément à leurs propres scientifiques, souvent juif ou ayant fui le nazisme, pour les effrayer et leur faire réaliser une arme affreuse et immorale : la bombe atomique.

Ce télégramme serait-il un canular des responsables américains ? Ce serait difficile à croire, mais pourquoi pas ? Ca expliquerait que Wigner ne pouvait pas en dire plus, en gros "on l'a entendu dire, ça nous a fait peur, ça nous a motivé à bosser encore plus et puis voilà".
D'autant que Wigner affirme que Houtermans connaissait Heisenberg, or c'est faux, les deux hommes n'étaient pas proches et ne se connaissaient pas particulièrement. Les responsables américains auraient-ils répandu cette fausse rumeur pour effrayer en core plus les chercheurs ? Sans doute. A moins que les responsables américains n'aient fait que mordre à l'hameçon hitlérien, un hameçon bien gros : "Houtermans est un ami de Heisenberg (prix Nobel 1932) et il vous dit que Hitler aura bientôt la bombe". Et comme dirait Goebbels, plus c'est gros plus ça passe !

Autre chose : concernant l'envoi du télégramme depuis la Suisse. Je ne me souviens plus où j'avais lu l'info, mais Houtermans aurait fait passer le mot à un scientifique allemand qui allait souvent en Suisse. Je ne me souviens plus de son nom. Un scientifique peu connu.


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MessagePosté: Ven Mai 10, 2019 4:07 pm 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Du nouveau sur l'entretien Heisenberg - Bohr de septembre 1941.



Le témoignage du physicien soviétique Evgueny L Feinberg (Epoch and personalities, 2011, p.298-299) approuve mon interprétation du témoignage de Bohr :
Voici ce que Bohr lui a dit 6 mois avant sa mort en 1961 alors que Bohr visitait les laboratoires soviétiques :
"Heisenberg était un homme honnête, mais il est étonnant à quel point les hommes changent en fonction de leurs points de vue. Dans la version de Jungk (1957) il n'y a pas un mot de vérité. Heisenberg est venu à l'automne 1941 alors qu'Hitler occupait la France et progressait rapidement en Russie. Heisenberg m'a persuadé qu'une victoire rapide des nazis était imminente et qu'il était idiot d'en douter. Les nazis ne respectent pas la science et traitent mal leurs scientifiques. Il était nécessaire de s'unir et aider Hitler, après quoi quand Hitler aurait gagné il traiterait mieux les scientifiques et leur serait reconnaissant. Chacun devait collaborer avec les institutions établies par les nazis".

Traduction : "Bohr vient travailler avec nous, la guerre est gagnée".

"Il pensait que la victoire d'Hitler était imminente ! Je ne pouvais pas lui dire un "non" catégorique. J'ai dit que je ne pouvais pas décider seul et que je devais en parler à mes collègues d'abord.

"De ce que Heisenberg nous avait dit, nous sommes arrivés à la conclusion que Hitler aurait la bombe bientôt. Sinon pourquoi Heisenberg était-il si confiant dans la victoire ?"

"Ni Heisenberg ni Weiszacker n'ont jamais réitéré cette démarche : je ne sais si c'est mon attitude ou les défaites de l'hiver 41 qui les en ont dissuadé. Peu à peu leurs points de vue évoluèrent. J'ai expliqué tout ça à Jungk mais il ne m'a pas écouté. C'est surprenant à quel point les gens changent au fil des circonstances. Les gens ont tendance à vouloir faire oublier les choses facheuses"

On ne peut pas dire plus !
Si ce n'est que Bohr ne se doutait pas du vrai but de la manoeuvre : lui faire croire que Hitler aurait la bombe ! Bohr croyait que la visite avait pour but de le débaucher, de le faire travailler pour Hitler, alors qu'en réalité le but était de répandre le bruit auprès des Américains que Hitler aurait bientôt la bombe et que donc toute velléité de guerre serait à proscrire.


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MessagePosté: Dim Mai 12, 2019 10:38 pm 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Toujours du même livre :

p.316 "comme je l'appris de Weisskopf, quand le collègue de travail de Heisenberg, Hans Jensen,eut appris l'échec de Heisenberg auprès de Bohr, il rendit visite de sa propre initiative à Bohr pour lui confier à quel point le travail sur l'uranium était dans un état pitoyable en Allemagne. Bohr a pris cela pour une provocation de plus."

p.317 "en 1988 un collègue de travail de Bohr, S. A. Rosenthal, me confia qu'il avait un jour demandé après guerre à Heisenberg s'il était venu vraiment demander un accord de résistance à la construction de la bombe il répondit : "c'eut été pure folie : si l'accord avait eu lieu, on m'aurait décapité aussitôt à mon retour en Allemagne !". Rosenthal posa la même question à Weiszacker : "Nous étions très naifs"."
Ce témoignage sur Heisenberg dément tout à fait qu'il ait voulu un accord de non prolifération avant l'heure ! c'eut été pure folie et signer mon arrêt de mort dit-il après-guerre.
S'il n'était pas là pour faire son fameux accord de non prolifération avant l'heure, alors pourquoi s'était-il rendu à Copenhague ?
Bien sûr, nous le savons : pour intoxiquer les alliés sur les avancées soit-disant tonitruantes des Allemands sur la bombe A et pour signifier aux Américains que Hitler aurait bientôt la bombe, autrement dit il disait aux Américains "il est trop tard pour attaquer !".


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MessagePosté: Lun Mai 13, 2019 5:19 pm 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Je crois avoir trouvé la biographie de Houtermans signé par le physicien soviétique Viktor Yacovlevich Frenkel https://www.mpiwg-berlin.mpg.de/sites/d ... s/P414.pdf il s'agit d'une traduction allemande.
Allez p.84-85 pour tomber sur le passage Houtermans-Reiche.
Il ne se pose pas une seconde la question du comment un savant juif a pu fuir aux USA 2 semaines avant la fin possible de tels voyages.
Il y voit la bienveillance de Max von Laue, le patron de la physique à l'époque. Laue aurait aussi été celui qui a mis en relation Reiche et Houtermans qui ne se connaissaient pas. Laue qui aurait été un opposant au nazisme et qui aurait orchestré et facilité la fuite des savants juifs entre 33 et 39.

Publié en 1992, il brosse un portrait gentillet de Houtermans, même son passage dans Kharkov occupé pendant un mois ne lui est pas reproché. Il est évident que l'auteur n'aurait pas pu publier un tel livre quelques années plus tôt.


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MessagePosté: Jeu Mai 30, 2019 10:25 am 
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Inscription: Sam Juin 18, 2016 4:19 pm
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Le fameux télégramme suisse rapporté par Wigner "we are on tracks".
Qui l'a envoyé ?
Je pensais avoir lu déjà l'identité de cet homme.

En recherchant, je suis tombé sur ce livre : Two against Hitler de John Van Houten Dippel
Les deux sont Respondek et Sam Woods.
Respondek était un financier lié à l'industrie chimique et physique. Il donnait des infos à Sam Woods, un industriel américain habitant l'Allemagne. En décembre 41, Woods est enfermé plusieurs mois avant d'être envoyé aux USA. Très vite il est de retour en Suisse, à Bâle, pour pouvoir rentrer en contact avec Respondek.

Respondek avait informé dès juillet 40 Woods et les USA de la future attaque de l'URSS. Respondek avait été chargé d'estimer l'intérêt économique de l'invasion de l'URSS occidental.
En 43, il informe Woods des progrès allemands dans le nucléaire. Et évidemment selon ses infos ils ne sont pas loin d'avoir la bombe... Toujours la même rengaine.

J'ai lu des passages de ce livre sur googlebooks, et vu son prix prohibitif (70€) je n'en lirais pas plus. L'auriez-vous par hasard ?


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