Le Forum de François Delpla

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MessagePosté: Dim Jan 07, 2018 5:45 am 
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Ma recension, mise en ligne sur le site http://www.delpla.org/site/articles/art ... i-1940.php
et sur Mediapart https://blogs.mediapart.fr/francois-del ... ritannique
ainsi que sur Facebook https://www.facebook.com/groups/StudyOf ... on_generic






Darkest hour. Ce singulier multiplié et ce superlatif édulcoré par le titre français du film, « Les heures sombres », émanent des mémoires de Churchill. D’après ce livre largement diffusé il y aurait eu, au printemps de 1940, une seule heure noire pour l’Angleterre et le monde lorsque Hitler eut écrasé, à la mi-mai, les défenses françaises dans la région de Sedan. Elle serait survenue vers le 26 mai. Ce jour-là, un rapport rédigé par les chefs d’état-major est soumis au cabinet de guerre de cinq membres, dont Churchill a pris la tête deux semaines plus tôt :

This report, which of course was written at the darkest moment before the Dunkirk Deliverance ( ) I must admit that it was grave and grim. But the War Cabinet and the few other Ministers who saw it were all of one mind. There was no discussion. Heart and soul we were together. (1)
(Penguin Books 1985, t. 2, p. 79)

Ce rapport qui, à partir d’attendus peu encourageants, concluait de manière volontariste que l’aventure d’une continuation de la guerre sans la France pouvait être tentée, était donc censé n’avoir entamé en rien la résolution unanime des ministres. C’est Louis Aragon, plus tard, qui intitula Le mentir-vrai un recueil de nouvelles où la vérité, mal voilée, est perceptible à qui s’en donne la peine. Ici, c’est le rapprochement entre la noirceur avouée de l’heure et la farouche résolution prêtée à tout un chacun qui a de quoi intriguer.

Le film de Wright déchire ce voile à belles dents. Il met en exergue un duel qui, dès la veille de la nomination de Churchill, soit le 9 mai, l’opposait au ministre des Affaires étrangères Edward Halifax, et qui se poursuit jusqu’au 28, jour où une séance de la Chambre des Communes consacre la victoire du premier ministre.

Dès le 9 mai donc, soit à la veille non seulement de l’accession de Churchill au 10 Downing street mais de la grande offensive allemande sur le front de l’Ouest, on voit Halifax déplorer l’état de guerre et souhaiter qu’on en sorte par la négociation. Puis Churchill prononce son fameux discours inaugural, sans recueillir le moindre applaudissement. Et les nouvelles du front minent rapidement sa position. Halifax prend la tête de la fronde mais Chamberlain n’est pas en reste : tous deux conspirent pour renverser le gouvernement (dont ils sont respectivement le deuxième et le troisième personnage !) par une motion de censure. Churchill est obligé d’accepter que Halifax sonde Mussolini le 25 mai par son ambassadeur à Londres, Giuseppe Bastianini, sur l’éventualité qu’il joue les médiateurs. Puis, la situation se dégradant encore, le cabinet décide, le 28 mai, de rédiger une demande officielle de médiation au gouvernement italien. Churchill lui-même est alors en proie au doute : il se demande s’il ne faut pas arrêter les frais.
C’est alors qu’il prend le métro, pour la première fois. Reconnu et salué, il demande aux voyageurs « comment ils tiennent le coup » et ne recueille que des encouragements à continuer la lutte. Requinqué, il harangue avec succès les ministres non membres du cabinet de guerre, puis les Communes. Au terme de ce dernier discours, Chamberlain lève son veto et son mouchoir, signe convenu pour déclencher les applaudissements des députés conservateurs et Halifax conclut, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, que Churchill a « mobilisé la langue anglaise ».

Cette œuvre est une brèche énorme dans un mur épais. Churchill lui-même avait passé sous silence les divergences du cabinet, pendant la guerre comme il sied quand on veut mobiliser un pays, et ensuite pour sauvegarder 1) le prestige que son opiniâtreté solitaire de 1940, qui avait conduit à la victoire, valait au Royaume-Uni et 2) l’unité du parti conservateur, dont il entendait rester et dont il resta la chef, auréolé et intouchable du fait de cette victoire.

Les débats du cabinet, mis en forme dans des « minutes », sont accessibles aux chercheurs depuis 1971. Lesdits chercheurs ne se sont pas pressés d'exploiter lesdites minutes. Pendant deux décennies, même, ils se sont contorsionnés pour y retrouver à toute force une confirmation des mémoires de Churchill ! En 1990 enfin, John Lukacs les a lues sans œillères pour les besoins de son livre intitulé The Duel / The Eighty-Day Struggle Between Churchill and Hitler. Non content de mettre au jour la fronde de Halifax, il a tiré cette conclusion quasiment inédite et néanmoins incontestable : Hitler avait alors manqué d’un cheveu une victoire totale. Indifférent à la criaillerie qui dénonçait le retour à une « histoire faite par les grands hommes » au détriment de la beauté des descriptions structurelles, le grand historien américain d’origine hongroise a récidivé en 1999 dans Five Days in London / May 1940, un livre concentré sur la période du 24 au 28 mai. Ces deux ouvrages ont été abondamment traduits et sans doute largement lus, mais n'ont guère infléchi les analyses antérieures. Témoin, en particulier, les œuvres d’Ian Kershaw : dans son Hitler, en 2001, il passe rapidement sur cette crise sans lui attacher une importance particulière et dans Fateful Choices, en 2007, où il consacre à la décision anglaise de continuer la guerre un chapitre entier, il aseptise l’affaire en la réduisant à un débat de bonne compagnie où Churchill convainc Halifax grâce à la supériorité de ses arguments.

Soulevée, une chape de plomb peut très bien retomber et le devoir de tout amateur d’histoire est de faire en sorte que, désormais, la terrible solitude de Churchill au moment de la débâcle française soit reconnue sans circonlocutions. Pour y aider, il n’est sans doute pas inutile de signaler les erreurs historiques du film.

La plus importante porte sur Halifax. Autant il est vrai qu’après la percée de Sedan il met tout en œuvre pour arrêter la guerre (notamment en présentant à Churchill, au terme des débats du 27 mai, une démission qui, si elle était rendue publique, sonnerait le glas du gouvernement), autant il est faux qu’il ait parlé de négociation dès le 9. Il importe de bien cerner la logique de son comportement. Comme au temps de l’appeasement, il cherche un terrain d’entente avec l’Allemagne pour ne pas trop écorner les finances de son pays et sa capacité de faire face à des nécessités militaires qui sont loin de ne concerner que l’Europe. L’agression de Hitler contre la Pologne méritait bien une déclaration de guerre et, s’il entend limiter le coût du conflit, il n’est pas « pour la paix à tout prix ». Pendant toute la drôle de guerre, on ne le voit pas proposer au cabinet l’ouverture d’une négociation, comme il le fait ouvertement du 26 au 28 mai. C’est donc la récente dégradation de la situation militaire qui le meut. Jusque là il tolérait Churchill, à présent il le perçoit comme un panier percé, qui va dilapider en pure perte le patrimoine du Royaume.

Il importe aussi de comprendre pourquoi il refuse le poste de premier ministre, qui lui tend les bras le 9 mai. Il n’est pas vrai que les travaillistes aient refusé d’entrer dans un gouvernement dirigé par lui (le film ne le précise pas assez nettement), et la seule raison qu’il donne, « mon heure n’est pas encore venue », est obscure. On voit bien par ailleurs que Chamberlain continue à diriger le parti conservateur mais ceci n’est pas mis en rapport avec cela. En fait il y a une faille entre Chamberlain et Halifax, par où se glisse Churchill, et pour devenir premier ministre, et pour surmonter la crise déclenchée par la débâcle militaire sur le continent. L’ancien PM a insisté pour garder la présidence du parti conservateur, contrairement à toutes les traditions qui la réservent au PM en exercice. Halifax, étant lord, ne pourrait parler aux Communes et devrait recourir à un porte-parole… désigné par le président du parti, donc par Chamberlain. Il ne veut pas être un PM honoraire. C’est pourquoi il accepte Churchill comme une solution de transition en se disant que, si elle échoue, la question de la présidence du parti se reposera.

Halifax n’est donc ni un crypto-nazi, ni un lâche, mais seulement un homme à la fois ébloui et épouvanté par les victoires allemandes, et à court d’imagination pour les limiter, sinon par la diplomatie. De ce point de vue, il importe de se demander ce qu’il sait ou pressent des conditions de paix hitlériennes. Dans le film il calcule que c’est « l’intérêt de Hitler » qu’elles ne soient pas trop dures. Dans la réalité, on sait aujourd’hui que dès le 6 mai Berlin a donné une idée précise de ses futures conditions en cas de victoire, par l’intermédiaire de Dahlerus. Il siérait de ne plus perdre de vue ce dossier, mis au jour par John Costello en 1991 (après une esquisse imparfaite de Benoist-Méchin en 1956) et détaillé dans Churchill et les Français, ch. 12, en ligne : https://www.delpla.org/article.php3?id_article=377 .
Quant à Churchill, c’est très bien de le faire descendre d’un piédestal de héros inoxydable en le montrant en proie au doute… mais pas de cette façon-là. Pas en le faisant s’épancher devant n’importe qui et même dicter à une imaginaire secrétaire un message de capitulation, juste avant de se faire rafistoler le moral par le peuple dans un wagon de métro. Il avoue ses états d’âme fluctuants à un Colville, à un Eden… des semaines ou des mois après. Non seulement la scène du métro, comme le message capitulard, sont inventés, mais ces inventions brouillent fâcheusement les idées. Nous sommes en temps de guerre, et d’une guerre menée tambour battant par un maître de la surprise. L’information est rationnée et si le peuple réagit, c’est surtout en ouvrant de grands yeux ébahis, certainement pas en analysant la situation et en suggérant des solutions.

Eden, justement : il y a sur lui à redire. On le voit souvent aux côtés de Churchill et approuvant ses choix. Là, le film me semble trop conformiste. Il a été compromis dans l’appeasement, il est ambigu lors de cette crise (dont curieusement il ne dit presque rien dans ses mémoires) et ne sera jamais très proche de Churchill même si, lorsqu’il récupère les Affaires étrangères en décembre aux dépens de Halifax, il apparaît vite comme son dauphin… et lui succédera effectivement, en 1955 ; il est un peu à Churchill ce que Pompidou sera à de Gaulle, celui qui prolonge l’épopée en l’embourgeoisant.

Une dimension manque complètement dans le film : la dimension répressive. Churchill ne peut pas, pour des raisons d’équilibre politique, mettre Halifax en prison sous une accusation de défaitisme, mais il fait un exemple en incarcérant Mosley, chef du parti fasciste britannique, et plusieurs centaines de ses partisans, à partir du 23 mai, en vertu d’une loi adoptée le 22 sous l’égide de Chamberlain et d’Attlee. Voilà qui nous éloigne d’Ian Kershaw et de ses discussions entre gentlemen au sein du cabinet !

Le traitement de la conversation Halifax-Bastianini du 25 mai vers 17h mérite autant le compliment que le blâme. C'est très bien d'en parler, alors que cet événement capital reste ignoré du grand nombre. Mais le Secretary for Foreign Affairs est ici plus épargné qu'épinglé. Le film le montre obtenant l'autorisation du cabinet pour cette ouverture vers un allié de l'ennemi, alors qu'en fait il outrepasse considérablement un mandat qui, à la réunion de cabinet du matin, autorisait seulement la poursuite d'une conversation entre diplomates de second rang, sur des sujets subalternes et non sur la perspective d'une conférence de la paix ! D'autre part, Halifax, dans la vraie vie, ment le lendemain en prétendant que Bastianini a parlé le premier d'une conférence, alors que c'est lui : à l'écran, il échappe à ce reproche.
(L'affaire est exposée au chapitre 12 de Churchill et les Français -lien ci-dessus- et le procès-verbal est en annexe https://www.delpla.org/article.php3?id_article=553 )

La fiction a tous les droits, et le commerce a son mot à dire. Quelques bons mots de Churchill, étalés sur cinq ou six décennies, sont ici regroupés pour pimenter le spectacle, parfois de manière bien fâcheuse. Ainsi la fameuse apostrophe "je suis aux toilettes et ne peux m'occuper que d'une merde à la fois", dont la victime était, avant 1914, un jeune député venu s'excuser au lendemain d'une altercation, est ici adressée à Lord Privy Seal : heureusement, le public ne saisit pas spontanément que le titre de Lord du Sceau Privé est alors porté par Clement Attlee, le leader travailliste dont le soutien est indispensable... et nullement acquis d'avance ! Dans un film, d'autre part, il est bon d'avoir des rôles féminins et ici il y en a deux, aussi peu ancrés l'un que l'autre dans la réalité historique : la secrétaire Elizabeth Layton, recrutée en 1941 et moins proche du PM que la plupart de ses assistants masculins, et Clementine Churchill, qui voyait surtout son mari le week-end aux Chequers. La célèbre lettre où l'épouse conseille au PM d'être plus patient et moins cassant avec ses collègues est casée après sa première colère contre une Miss Layton décomposée, et passe pour une aide amicale voire pour un joyau de l'amour conjugal... alors qu'elle date du 27 juin 1940 et ne fait qu'ajouter aux difficultés du Vieux Lion pour convaincre ses collègues de continuer la guerre, déjà immenses en mai et redoublées en juin après l'armistice franco-allemand.

Car la plus grande erreur que pourraient commettre des spectateurs qui se fieraient trop à ce film serait de croire que l'ovation reçue le 28 mai (non point aux Communes mais lors de la réunion des ministres) avait clos le débat. Tout ce que Churchill obtient ce jour-là de ses collègues du cabinet de guerre, c'est que la discussion sur la médiation italienne soit suspendue jusqu'à ce qu'on connaisse le nombre des soldats évacués par Dunkerque. Et ce que Churchill obtient le 4 juin en magnifiant cette évacuation, bien aidé par Mussolini dont la volonté d'entrer en guerre s'est entre-temps affermie, c'est que la question soit oubliée. Elle n'a donc pas été tranchée, jamais, et il est logique qu'elle se pose à nouveau quand la France abandonne la lutte. Le véritable tournant se produira le 3 juillet ou plutôt le 4, quand l'affrontement sanglant de Mers el-Kébir avec la marine française, survenu le 3, fait l'objet d'un discours churchillien qui retourne des Communes initialement perplexes, le premier qui soit ovationné par les députés : voilà qui donne enfin un peu d'air à la politique de lutte à outrance.

En résumé, ce film a l'immense mérite de mettre le doigt sur un fait aussi essentiel que méconnu, la solitude de Churchill au sein des élites britanniques, dans son option antinazie résolue, entre le 10 et le 28 mai 1940, qui a pour corollaire (insuffisamment souligné) le fait que Hitler a failli remporter alors une victoire décisive. Il a le défaut de ne pas montrer suffisamment la redoutable habileté du coup porté par l'Allemagne et la solidité de sa position, qui allait lui permettre encore de côtoyer la victoire pendant plusieurs semaines.



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(1) La traduction française (Plon, 1947, t. 3, p. 93) est convenable : « Ce rapport qui fut, cela va sans dire, écrit à l’heure la plus noire, avant le sauvetage de Dunkerque ( ) était grave et sombre. Mais le cabinet de guerre et les quelques autres ministres qui en eurent connaissance étaient tous du même avis. Il n’y eut pas de discussion. De coeur et d’âme nous étions à l’unisson. »


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MessagePosté: Dim Jan 07, 2018 10:50 am 
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C'est sa grandeur : avoir refusé de négocier la paix avec Hitler. Préférant l'alliance avec Staline, sachant que l'affrontement entre les nazis et les bolcheviks était inéluctable.

La question se pose du point de vue anglais : a-t-il fait le bon choix ? Lui-même se posera la question : "n'a-t-on pas tué le mauvais cochon ?".

En effet, malgré la victoire, l'empire britannique va sombrer en quelques années. Sur le plan intérieur, le welfare state va bouleverser la société britannique, faisant totalement disparaître l'aristocratie et la gentry, sauf à la marge... Et le Royaume-Uni restera endetté jusqu'au début du XXIème siècle envers les USA. Pas sûr que Gladstone et Disraeli aient approuvé.

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MessagePosté: Dim Jan 07, 2018 4:51 pm 
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L'histoire du cochon est apocryphe ! Voir la rubrique "perles".

La paix signée par Halifax en mai ou juin 40 = la réalisation pleine et entière du programme de Mein Kampf -au cas où Hitler réussirait à acquérir l'Ukraine et la Biélorussie, pas forcément par la guerre et en une seule fois. En particulier les Juifs d'Europe et peut-être même de Palestine sont transférés à Madagascar, devenu un mouroir sous bonne garde SS. Volens nolens, Halifax nouait l'alliance "aryenne" proposée par le nazisme : gladstonienne ? disraélienne ?

Churchill n'était pas ravi du choix devant lequel la victoire sur la France le plaçait, d'incliner l'Union Jack soit devant la bannière étoilée, soit devant la croix gammée, mais y en avait-il un autre ?


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MessagePosté: Dim Jan 07, 2018 6:39 pm 
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François Delpla a écrit:
L'histoire du cochon est apocryphe ! Voir la rubrique "perles"


A quel endroit, exactement ? Je l'ai lu chez plusieurs auteurs, sans me souvenir précisément desquels...

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MessagePosté: Dim Jan 07, 2018 8:21 pm 
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ici (24 mars 2012) http://www.delpla.org/article.php3?id_article=199

Taguieff m'a d'ailleurs écrit, et depuis nous sommes copains !


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MessagePosté: Lun Jan 08, 2018 12:36 am 
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D'accord, mais encore ?

Citation:
Rappel : "nous avons tué le mauvais cochon" est un propos rapporté, mal situé dans le temps, sans aucun répondant écrit et, last but not least, linguistiquement peu anglais, destiné à faire croire pendant la guerre froide que son auteur regrettait d’avoir choisi de concentrer son effort militaire contre Hitler, plutôt que contre Staline.


"Wrong pig"... Wladimir Féderovski, Alexandre Adler cautionnent le propos. A La Haye, en 1948 ? A Postdam, en 45 ? C'est repris en boucle sur internet depuis au moins 2007. Mais je l'avais lu bien avant...

Autre version : c'est le 05/03/1946 qu'il aurait déclaré lors du discours de Trenton qu’un « rideau de fer s’est abattu sur l’Europe » et qu’on « avait tué le mauvais cochon ».

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MessagePosté: Lun Jan 08, 2018 11:34 am 
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Vérification faite, c'était le discours de Fulton. La phrase n'y figure pas !

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MessagePosté: Mar Jan 09, 2018 12:24 pm 
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Sa diffusion mériterait une étude comme celle que Mimo Franzinelli a consacrée au bobard de la correspondance sulfureuse entre Churchill et Mussolini ! http://lanostrastoria.corriere.it/2015/ ... di-londra/


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MessagePosté: Ven Jan 12, 2018 6:27 am 
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Cela peut servir, d'avoir des amis royalistes !


Jean-Philippe Immarigeon : Winston et moi – A propos du film « Les heures sombres »


11
Jeudi
jan 2018

Écrit par Bertrand Renouvin dans Billet invité, La guerre, la Résistance et la Déportation





Demandez à un Français quel fut le plus grand homme d’Angleterre, il donnera immédiatement un nom. Demandez-lui qui fut le héros incontesté de la Seconde Guerre mondiale, il vous répondra la même chose. Et s’il fallait n’en retenir qu’un protagoniste à qui la France doit d’être encore libre, il citera, quitte à chagriner les mannes de Mon Général, le même patronyme. Mais Charles de Gaulle aurait sans doute fait les mêmes réponses, lui qui, le 7 avril 1960 rappela devant le Parlement de Londres qu’en 1940 la Grande-Bretagne « assuma seule la liberté du monde ». Car lorsque Malraux dit que l’Angleterre n’est grande que pour elle-même quand la France est grande pour le monde entier, il oublie, toujours dixit de Gaulle, « la gloire immortelle de Winston Churchill ».

Winston Churchill et Léon Blum

Quelle étrange renommée chez nous que celle d’un descendant du Malbourough de la contine, à qui on ne tient pas rigueur du calvaire de la seconde plus belle flotte que la France ait possédée ! Lui-même en avait la conscience tranquille et ne doutait de rien, en témoigne cette intervention en français à la BBC, en octobre 1940, alors que la carcasse du Bretagne est encore fumante en rade d’Oran, comme le sont les canons du Richelieu qui ont riposté à Dakar à l’attaque de la Royal Navy, et qui y va de go : « Français ! C’est moi, Churchill, qui vous parle ! ». Inconscience ou inculpabilité ? Il s’agit de mettre les rieurs de son côté, et ça, il sait faire : « Nous attendons l’invasion promise de longue date ; les poissons aussi ». Sacré Winston !

Aussi lorsqu’une fiction, une de plus, suit le personnage dans la crise du printemps 1940, le même intérêt populaire et historique s’empare des nations cousines, de part et d’autre du Channel. C’est ce qui se passe pour Darkest Hour (avec Gary Oldman) sorti ces jours-ci et qui a déclenché, à Londres comme à Paris, les mêmes débats et les mêmes enthousiasmes un peu forcés comme les mêmes réserves – à dire vrai ce sont les secondes qui dominent, disons, pour rester aimable avec les auteurs, que la critique est assez partagée.

Il faut dire qu’il y a saturation, même si la marque Churchill fait vendre et pas seulement les cuvées spéciales des champagnes Pol Roger que Sir Winston appréciait au-delà du raisonnable. Une soixantaine d’acteurs l’ont déjà incarné au cinéma comme à la télévision, la BBC en ayant fait, comme il se doit, son personnage fétiche dans des œuvres qui hésitent entre biopic et didactique, ne sachant choisir entre le portrait d’un bonhomme hors du commun et le rappel pédagogique des heures les plus périlleuses de l’Europe. Mais faut-il choisir ?

On citera ainsi, pour la TV, Into the storm en 2009 (avec Brendan Gleeson) et Churchill’s Secret en 2016 (avec Michael Gambon), et pour le cinéma Churchill en 2017 (avec Brian Cox) qui se focalise sur la préparation du Débarquement de 1944. Et on pourrait se perdre dans l’énumération des œuvres où il apparaît comme personnage qu’on n’ose dire secondaire, comme dans la série The Crown, et même dans quatre épisodes du mythique Doctor Who (saisons 5 et 6), lui conférant un peu du statut magique et intemporel du héros éponyme. Signalons également The Gathering Storm en 1974 avec Richard Burton dans le role titre et, toujours pour la BBC, un Churchill and the generals en 1981.

Nous ne sommes pas en reste puisque le Vieux Lion est le personnage obligé de toutes nos fictions sur la défaite de 1940, portant la contradiction à un Paul Reynaud qui perd pied, et mettant à l’étrier celui d’un certain général de brigade à titre temporaire. Liquidons ici un sujet qui n’a même plus l’heur d’énerver : les Français ont disparu des films anglo-saxons, nous ne sommes même plus le pays dont les routes sont bordées de platanes pour que la Wehmacht puisse y marcher à l’ombre, nous n’existons plus. Dunkirk l’année dernière comme Darkest Hour cette année auront consacré la victoire posthume de Roosevelt dans sa croisade anti-française. Vendre un film à Hollywood nécessite de satisfaire à un cahier des charges précis, et le French Bashing ne semble même plus lui convenir, il faut désormais la réécriture orwellienne de l’Histoire – mais les Britanniques ne sont pas mieux lotis, qui n’ont toujours pas digéré l’affront national du film U-571 de 2000, qui attribue aux Américains la capture d’une machine Enigma.

Churchill, lui, fait vendre. Quel autre personnage peut se targuer d’avoir été à la fois un hérault de la liberté et un alcoolique avoué, un essayiste perspicace et un maniaque du travestissement, un redoutable polémiste et un peintre amateur très correct ? Que nous dit alors ce Darkest Hour, une fois admis le classicisme de sa forme et saluée la performance de Gary Oldman, qu’on n’ait pas encore mis en scène de ces semaines qui vont du 10 mai au 3 juillet 1940, de la bascule de Sedan à l’attentat de Mers el-Kébir ? Que Churchill entraîna les Britanniques dans la poursuite de la guerre, ce que l’on avait fini par comprendre ; mais, et c’est nouveau pour le grand public, qu’il dut, à domicile, batailler ferme pour s’imposer à un gouvernement que Hitler tenta sur le mode : votre île et votre empire ne m’intéressent pas, je vous les laisse avec votre flotte si vous me laissez les mains libres sur le continent ! D’où cette double interrogation : la première, qui était en toile de fond de tout ce qui a été dit et répété mais pas de manière aussi claire, est de savoir si, sans Winston Churchill, le Royaume Uni et le Commonwealth auraient continué la lutte au soir de la déroute française. La seconde, plus brutale, est de savoir s’il fut lui-même menacé d’être débarqué au moment de cette débâcle qui était aussi celle du British Expeditionnary Force ?

Cette approche est bien connue et documentée par les historiens depuis une trentaine d’années, et je ne peux que renvoyer à tous les travaux de François Delpla sur la question, et à son billet http://www.delpla.org/site/articles/art ... i-1940.php que l’on peut résumer ainsi, même si c’est de manière très réductrice : film imparfait et incomplet mais qui a le mérite de sensibiliser les opinions à cette crise, avec un bémol toutefois que l’on ne peut que partager, sur la scène du métro. Trouvaille scénaristique mais bêtise logique qui fragilise la démonstration et brouille les cartes : qui a entraîné qui, de la nation et de ses dirigeants ? Quitte à reverser dans l’hagiographie churchillienne traditionnelle, rejoignons François Delpla quand il écrit que le seul obstacle qui se dressa face à Hitler fut Churchill, qui n’avait pas besoin de valider, pour parler comme le management, son intuition ; le peuple britannique, tout aussi en état de sidération que le peuple français, aurait accepté ce que ses dirigeants auraient imposé. Et Eric Hobsbawm a raison lorsqu’il écrivit : « Ceux qui reconnurent qu’il n’y avait pas de compromis possible – ce qui était une appréciation réaliste de la situation – le firent pour des raisons qui n’avaient rien de pragmatique. Ils jugeaient le fascisme par principe et a priori intolérable. »

Si Churchill douta, quelle fut la nature de ce doute ? Sur la nécessité de se battre contre le nazisme, certainement pas : sur la meilleure manière de s’y prendre, peut-être. Sa première préoccupation – et c’est là que la sortie de la France des films anglo-saxons est une ânerie monumentale – n’est pas le BEF mais l’armée française à laquelle, comme beaucoup mais lui sans doute plus que d’autres, il vouait un véritable culte. C’est même sa seule préoccupation lorsqu’il saute dans un avion et vient à Paris le 16 mai : si l’armée française cède, lui-même, sur un siège éjectable, sautera. Le combat de Churchill se joue donc sur deux plans : convaincre les dinosaures de l’appeasement, Halifax et Chamberlain, de ne pas l’obstacler, pour citer un des nombreux barbarismes de son français fleuri, et en même temps convaincre les Français de ne pas renoncer. Et il s’agit du même combat. Il le poursuivra, une fois sa situation domestique raffermie, mais sans grand espoir à Briare les 11 et 12 juin et à Tours le 13 juin, psychodrame franco-britannique reconstitué maintes fois chez nous par le cinéma et la télévision.

Car quelle différence finalement – si l’on écarte ceux qui virent dans la victoire allemande une revanche sur 1789 et la Gueuse, et acceptèrent idéologiquement le nazisme – entre les réalistes de Bordeaux et ceux de Londres ? Comment ne pas être tenté de gagner du temps, la première manche étant perdue, et accepter la proposition hitlérienne qui est finalement peu ou prou la combinaison de Rethondes, certes à prendre ou à laisser mais qui permet de conserver un brelan dans sa manche (c’est du moins autour de cette illusion que se développe, depuis soixante-dix ans, toute l’interprétation pétainiste) : empire-flotte-or ?

Sauf que là encore ceux dont parle Hobsbawm firent, aussi et surtout, un pari, celui du discours du général de Gaulle du 18 juin et des jours suivants lorsque, à la triade française encore intacte, il ajoutait un quatrième mousquetaire. Ce pari, qu’écartaient les « réalistes », tient en un syllogisme très simple et, aux yeux de Churchill comme de Gaulle, très évident : l’enjeu de cette guerre est total pour la civilisation dite occidentale, en conséquence cela prendra le temps qu’il faudra mais l’Amérique y entrera, et ce jour-là la guerre sera gagnée. C’est peut-être ce qui différencie, et avant même l’offensive allemande, ces deux lutteurs du reste de leurs commensaux politiques. Avec toutefois cette différence : alors que Charles de Gaulle ne connaît l’Amérique que par les essais neo-tocquevilliens des années trente qui décrivent un monstre en gestation (Duhamel, Romains ou Dandieu et Aron, Bernanos bien sûr, Durtain, Cocteau mais aussi, d’une certaine mesure, Morand, Maurois ou Siegfried) mais n’a aucun doute sur l’engagement des Etats-Unis, Winston Churchill, à moitié américain et qui connait bien les compatriotes de sa mère (signalons en passant, puisque nous sommes dans l’invention des frères Lumière, la mini-série de 1974, Jenny, avec Lee Remick dans ce rôle), est plus inquiet, et sa relation de la guerre atteste, une fois gagnée la Battle of Britain, qu’il lui faut encore gagner celle de l’engagement américain, et que c’est loin, très loin d’être joué.

C’est ce qui m’avait frappé lorsque je lus, jeune, ses Mémoires sur la Seconde Guerre mondiale dans la traduction de 1947, que le Cercle du Bibliophile avait édité en douze volumes sous couverture rouge cerise écrasée, illustré de nombreuses photos et cartes, avec en annexe cette mine extraordinaire de notes et rapports dont il inonda ses ministres et, plus encore, ses amiraux et généraux qui n’en pouvaient mais, l’ombre de Gallipoli ne cessant d’être présente. Churchill se bat contre le nazisme et, en même temps, ferraille, jusqu’au bout, jusqu’à Postdam, avec l’Amérique. C’est un versant du personnage que l’on sous-estime, puisque la doxa gaullienne nous le présente comme aligné, pour ne pas dire aliéné, aux Etats-Unis. Mais les vacheries, comme seuls les sujets de Sa Gracieuse Majesté se permettent à l’encontre de leurs anciennes colonies américaines, sont nombreuses dans le texte : concernant une recommandation de Roosevelt sur l’indépendance inéluctable de l’Inde, concernant leur fiasco du débarquement d’Anzio (après celui du Maroc et de Salerne) et l’hypertrophie ridicule de la logistique dans l’armée américaine, et surtout dès l’automne 1940, une fois la bataille du pouvoir gagnée aux Communes et celle d’Angleterre dans les airs, celle du Lend-Lease qui va l’occuper jusqu’en février 1941.

Pour m’être penché sur la question en 2012, à l’occasion de l’écriture d’un documentaire, sur l’évasion de l’or de la Banque de France en 1940, et avoir consulté le dossier French Gold des archives de la Bank of England, je confirme que les tensions furent aussi extrêmes que le suggère Churchill, et que le pari sur l’engagement du Nouveau Monde aurait pu rétrospectivement relever de l’acte de foi irrésolu. Il fallut là encore toute la patience et la diplomatie du Premier britannique pour éviter une rupture avec les Américains que certains membres du War Cabinet demandaient (Bevin et Beaverbrook). Je le signale parce que Churchill fut souvent bien seul dans son rôle tout à la fois de leader charismatique mais également de médiateur toujours sur la brèche, devant une fois se garder à droite et l’autre fois à gauche, et parce que le grand absent des fictions récentes, et leur faiblesse scénaristique, est l’arrière plan du régime parlementaire britannique, encore quelque chose que le public américain – mais pas seulement – sevré de chevaliers Jedi et de seigneurs des anneaux, ne peut ou ne veut plus comprendre.

Et les rapports avec les Etats-Unis ne s’arrangèrent pas suite au vote au Congrès du Crédit-Bail. Signalons une production canadienne de 1993 sur Dieppe qui comporte une scène extrêmement violente entre le Premier britannique et ses généraux d’une part, et leurs homologues américains d’autre part, les seconds traitant les premiers de lâches et de traîtres parce qu’ils ne veulent pas débarquer en France dès 1942. C’est très amusant parce que l’opération en Normandie deux ans plus tard fut quand même aux deux tiers Anglo-Canadienne, et que les Américains étaient sur le point de rembarquer à Omaha après une heure à peine de combat. Si les Godons n’avaient pas été là pour tenir leurs plages, n’a pas chanté Michel Sardou, nous serions peut-être tous en Germanie.

Mais il faut lire également, et les écouter parce que les reconstitutions, quel que soit le talent des acteurs dans le rôle titre, sont en deça de ceux du comédien Churchill jusque dans le bafouillage de textes soigneusement écrits mais dont on ne sait s’il était délibéré ou éthylique, les trois grands discours du printemps 1940 (13 mai « Blood, toil, tears, and sweat », 4 juin « Never surrender » et 18 juin « Finest hour »). Et puis il faut voir et revoir les actualités de l’époque, ou plutôt celles du printemps 1943 et de la visite en Afrique du Nord, pour comprendre comment se fit l’alliance, pas évidente au début de la guerre, entre un cabotin de génie mais titré et un peuple d’ouvriers qui se découvrit à son contact un enthousiasme de teen ager. C’est là, au milieu de la 8th Army, sous le parapluie qui lui sert d’ombrelle ou le casque colonial, troquant son uniforme de colonel des Queen’s Own Hussars contre un hybride de bleu de travail et de pyjama à fermeture éclair comme ceux que portent les nourrissons, qu’il se permet à plusieurs reprises ce signe que fait Gary Oldman dans Darkest Hour, ce V de la victoire avec le majeur et l’index mais paume retournée ce qui, nombre de Français l’ignorent, est chez les Anglais un doigt d’honneur de six siècles dont nous partageons la paternité. Car les chevaliers français ayant promis de couper les deux doigts des archers gallois qui leur faisaient tant de misère avec leur Long Bow, c’est le geste que ces derniers leurs renvoyèrent à Azincourt lorsque, prisonniers, ils défilèrent devant eux.

Mais les Français ne sont pas rancuniers. Au soir du D-Day, au sortir d’une mémorable altercation entre un Churchill murgé au dernier degré et un de Gaulle qui garde son calme quoique n’étant pas, pour paraphraser son délicieux understatement du 7 avril 1960, « constamment et entièrement d’accord sur des points particuliers avec mon illustre ami » (une pièce se joue actuellement à Paris sur cet épisode, Meilleurs ennemis), le chef de la France Libre prononça une allocution que, au 10, Churchill écouta avec Eden. « D’immenses moyens d’attaque, c’est-à-dire, pour nous, de secours, ont commencé à déferler à partir des rivages de la Vieille Angleterre. Devant ce dernier bastion de l’Europe, à l’Ouest, fut arrêtée, naguère, la marée de l’oppression allemande. Il est, aujourd’hui, la base de départ de l’offensive de la Liberté. » Vieille Angleterre, Europe, Liberté : la scansion ternaire gaullienne a tout dit en trois phrases. Eden rapportera que Churchill éclata en sanglots.

En passant, pas un mot ce soir-là pour les Américains, Charles de Gaulle sait très bien d’où viennent les croc-en-jambe. Et il s’agit, pour les Français, de ne pas se tromper d’ennemi héréditaire, n’est-ce pas, mironton mironton mirontaine ?

God bless Winston !

Jean-Philippe IMMARIGEON



Avocat et docteur en droit, Jean-Philippe Immarigeon est spécialiste de l’histoire des Etats-Unis et des questions de stratégie. Il a publié chez François Bourin Editeur La diagonale de la défaite, De mai 1940 au 11 septembre 2001 en 2010.


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MessagePosté: Sam Jan 13, 2018 9:19 pm 
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François Delpla a écrit:
La paix signée par Halifax en mai ou juin 40 = la réalisation pleine et entière du programme de Mein Kampf -au cas où Hitler réussirait à acquérir l'Ukraine et la Biélorussie, pas forcément par la guerre et en une seule fois. En particulier les Juifs d'Europe et peut-être même de Palestine sont transférés à Madagascar, devenu un mouroir sous bonne garde SS. Volens nolens, Halifax nouait l'alliance "aryenne" proposée par le nazisme : gladstonienne ? disraélienne ?

Imaginons que Halifax fasse la paix avec Hitler en 40, l'Angleterre avait toujours la solution de déclarer la guerre à Hitler après Barbarossa. Surtout qu'à cette date les japonais attaquent les Américains et de fait les Américains entreraient dans la guerre.

Mais quel est le rapport avec Gladtsont et Disraeli ?


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MessagePosté: Dim Jan 14, 2018 11:13 am 
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GI Joe a écrit:
Imaginons que Halifax fasse la paix avec Hitler en 40, l'Angleterre avait toujours la solution de déclarer la guerre à Hitler après Barbarossa. Surtout qu'à cette date les japonais attaquent les Américains et de fait les Américains entreraient dans la guerre.

Mais quel est le rapport avec Gladtsont et Disraeli ?


C'était une réponse à Bruno :
Roy-Henry a écrit:
En effet, malgré la victoire, l'empire britannique va sombrer en quelques années. Sur le plan intérieur, le welfare state va bouleverser la société britannique, faisant totalement disparaître l'aristocratie et la gentry, sauf à la marge... Et le Royaume-Uni restera endetté jusqu'au début du XXIème siècle envers les USA. Pas sûr que Gladstone et Disraeli aient approuvé.


Si (hypothèse que le film donne enfin à un large public l'occasion d'examiner) Halifax signe la paix fin mai (ou fin juin-début juillet) 40, les conséquences sont planétairement sismiques.

Roosevelt ne peut plus guère se présenter et un appeaser a toutes chances d'entrer dans le bureau ovale, Kennedy ou Lindbergh par exemple. Il y a aussi, dès le retour des prisonniers, des élections en Angleterre et en France, dont les parlements ont été prorogés du fait de la guerre. Fortes chances que Churchill, laminé, perde son siège; en France, une majorité très à droite et très repentante (ou revancharde) par rapport au "laxisme du Front populaire", bref une situation analogue à l'ordre moral de 1871 et suivantes, un pétainisme sans Pétain.

Quant à Hitler, il joue plus que jamais les hommes de paix et les constructeurs d'une Europe apaisée, que des Juifs londoniens et parisiens ont dérangé et obligé à frapper. Il n'a pas un besoin vital de vaincre l'URSS dès 41 et en trois mois, il peut la grignoter, l'étouffer économiquement, la discréditer plus encore...

Halifax signant, c'est Mein Kampf réalisé à 90 %, sans qu'on voie ce qui pourrait faire obstacle aux 10% restants.


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MessagePosté: Lun Jan 15, 2018 11:23 pm 
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Ivan ?

Je veux dire par là que Staline peut se préparer à la guerre. Barbarossa ne serait plus alors une surprise. Et dans cette hypothèse, rien ne permet d'affirmer que les nazis auraient pris Moscou. Sur leur garde, mieux préparés et mieux commandés, les soviétiques auraient pu mieux résister. Question insoluble : l'URSS aurait-elle pu vaincre sans l'apport matériel des Anglo-Saxons ?

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MessagePosté: Jeu Jan 18, 2018 9:16 pm 
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François Delpla a écrit:
GI Joe a écrit:
Imaginons que Halifax fasse la paix avec Hitler en 40, l'Angleterre avait toujours la solution de déclarer la guerre à Hitler après Barbarossa. Surtout qu'à cette date les japonais attaquent les Américains et de fait les Américains entreraient dans la guerre.

Mais quel est le rapport avec Gladtsont et Disraeli ?


C'était une réponse à Bruno :
Roy-Henry a écrit:
En effet, malgré la victoire, l'empire britannique va sombrer en quelques années. Sur le plan intérieur, le welfare state va bouleverser la société britannique, faisant totalement disparaître l'aristocratie et la gentry, sauf à la marge... Et le Royaume-Uni restera endetté jusqu'au début du XXIème siècle envers les USA. Pas sûr que Gladstone et Disraeli aient approuvé.


Si (hypothèse que le film donne enfin à un large public l'occasion d'examiner) Halifax signe la paix fin mai (ou fin juin-début juillet) 40, les conséquences sont planétairement sismiques.

Roosevelt ne peut plus guère se présenter et un appeaser a toutes chances d'entrer dans le bureau ovale, Kennedy ou Lindbergh par exemple. Il y a aussi, dès le retour des prisonniers, des élections en Angleterre et en France, dont les parlements ont été prorogés du fait de la guerre. Fortes chances que Churchill, laminé, perde son siège; en France, une majorité très à droite et très repentante (ou revancharde) par rapport au "laxisme du Front populaire", bref une situation analogue à l'ordre moral de 1871 et suivantes, un pétainisme sans Pétain.

Quant à Hitler, il joue plus que jamais les hommes de paix et les constructeurs d'une Europe apaisée, que des Juifs londoniens et parisiens ont dérangé et obligé à frapper. Il n'a pas un besoin vital de vaincre l'URSS dès 41 et en trois mois, il peut la grignoter, l'étouffer économiquement, la discréditer plus encore...

Halifax signant, c'est Mein Kampf réalisé à 90 %, sans qu'on voie ce qui pourrait faire obstacle aux 10% restants.

Vous êtes bien pessimiste.
Les Anglais n'étaient pas pour la paix, et les Américains étaient foncièrement antinazis. Halifax n'aurait pas fait la paix, et s'il l'avait imaginé, les anglais ne l'auraient pas laissé faire. De même pour les Américains : Kennedy était un incapable qui ne représentait rien et Lindbergh ne valait pas beaucoup plus.
A force de croire que seul Churchill voulait se battre on oublie que celui qui a déclaré la guerre c'était Chamberlain "l'appeaser" ! Si les anglais ont gagné, et si Churchill était PM c'est qu'il avait les Anglais derrière lui et qu'ils voulaient se battre. Les anglais se sont battus, et ont gagné. Les Français se sont battus mais ont perdu.


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MessagePosté: Ven Jan 19, 2018 9:54 am 
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Les Anglais, pas pour la paix ?

L'opinion publique est pour la guerre, en effet, en septembre 1939. Elle l'est toujours le 10 mai 1940. Mais, jusqu'à quel point ? L'annonce de l'armistice avec la France paraît avoir changé la donne. L'opinion est bonne à prendre par un leader déterminé. Le peuple hésite : continuer la guerre seul, sans secours immédiats, semble quelque peu téméraire. Surtout que la perspective d'une invasion n'est plus utopique. Derrière une unanimité de façade, il est permis de déceler des lézardes. Le coup de Mers el Kébir met fin aux interrogations.

Bien présenté par un Halifax dopé par la perspective de la paix, un accord avec Hitler serait passé comme une lettre à la poste.

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MessagePosté: Ven Jan 19, 2018 10:06 am 
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Il y aurait un beau livre à écrire sur le trio Chamberlain-Halifax-Churchill depuis, mettons, l'époque de Munich jusqu'à la retraite du premier, en octobre 1940. Il y a de subtiles différences entre les deux poids lourds appeasers et, dans cette faille, Churchill se glisse petit à petit. Il arrive à Halifax d'être plus combatif que Chamberlain mais, dans l'état actuel de mon information, ce n'est plus jamais le cas après le 1er septembre 39.

Puisque nous sommes censés discuter des pages de mon site, je vous renvoie au chapitre 12 de Churchill et les Français https://www.delpla.org/article.php3?id_article=377 et à la conversation Halifax-Bastianini http://www.delpla.org/article.php3?id_article=553 . Si ces lectures n'infléchissent pas votre présente analyse, il serait intéressant que vous expliquiez pourquoi.


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